Domination masculine. Patriarcat
 Marie-Victoire Louis

Histoire

Extrait de l'abécédaire féministe

date de rédaction : 03/02/2024
date de publication : 03 février 2024
mise en ligne : 03/02/2024
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Histoire

Extrait de l’Abécédaire féministe

À la recherche du patriarcat…

L’abécédaire féministe, profondément revu, comporte dorénavant 22.886 items et 23 rubriques : I. Culture (1017) ; II. Droit (421) ; III. Êtres humains (1222) ; IV. Corps (553) ; V. Enfants (309) ; VI. Femmes (3273) ; VII. Hommes (1502) ; VIII. Relations entre êtres humains (934) ; IX. Famille (586) ; X. Féminisme (470) ; XI. Justice (983) ; XII. Langage (1043) ; XIII. Patriarcat (785) ; XIV Penser (1566) ; XV. Politique (2446) ; XVI. Pornographie (172) ; XVII. Proxénétisme (471) ; XVIII. « Sciences » sociales (711) ; XIX. Démographie (36) ; XX. Économie (1072) ; XXI. Histoire (890) ; XXII. Sexes [Sexualité, Sexisme…] (285) ; XXIII. Violences (654) … et continuera d’évoluer.
* Ajout. 11 juillet 2023. XXIV. Dialogues (1489)
3 février 2024

Cf. Aussi. « Sciences » sociales. http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=1213&mode=last

Cf. Aussi. « Sciences » sociales. Économie. http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=1220&mode=last

XXI. « Sciences » sociales. Histoire

En noir. ‘Nouveaux’ items (et modifiés)

Histoire (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51) ; Par ordre chronologique Histoire (Agrégation) ; Histoire (Albanel Christine) ; Histoire (Abkarian Simon) ; Histoire (Alexievitch Svetlana) (1, 2) ; Histoire (Amnisties) ; Histoire (Anachronisme) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) Par ordre chronologique (1, 2) ; Histoire (André Christophe) ; Histoire (Anthropocène) ; Histoire (Aragon Louis) ; Histoire (Archives) (1, 2, 3, 4) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59) ; Histoire (Aron Jean-Paul) ; Histoire (Aron Raymond) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Baisse de la natalité) (1, 2) ; Histoire (Balzac Honoré de) ; Histoire (Bamford Samuel) ; Histoire (Banks Russel) (1, 2, 3) ; Histoire (Bannon Steve) ; Histoire (Barrera Guillaume) ; Histoire (Bayrou François) ; Histoire (Berberova Nina) ; Histoire (Bernardin de Saint-Pierre Jacques-Henri) ; Histoire (Berr Hélène) ; Histoire (Biographie) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) ; Histoire (Boigne. Comtesse de) ; Histoire (Blanquer Jean-Michel) ; Histoire (Bloch Marc) (1, 2, 3) ; Histoire (« Histoires-de-bonnes-femmes ») ; Histoires (Bocage) ; Histoire (Boucheron Patrick) (1, 2) ; Histoire (Bourdieu Pierre) ; Histoire (Braudel Fernand) (1, 2, 3) ; Histoire (Broué Pierre) ; Histoire (Burke Edmund) ; Histoire (Camus Albert) (1, 2, 3) ; Histoire (Carroll Lewis) ; Histoire (Casanova Jean-Claude) ; Histoire (Castoriadis Cornelius) (1, 2) ; Histoire (Céline Louis-Ferdinand) ; Histoire (Censure) ; Histoire (« C’est à l’histoire de juger ») ; Histoire (Chapoutot Johann) (1, 2) ; Histoire Par ordre chronologique (Chateaubriand François-René de) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11) ; Histoire (C. News) ; Histoire (Champollion Jean-François) ; Histoire (Chesneaux Jean) ; Histoire (Chine) ; Histoire (Churchill Winston) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (« Des circonstances de l’histoire qu’il vaut mieux ne pas décrire ») ; Histoire (Clémenceau Georges) (1, 2, 3) ; Histoire (Colonialisme) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (« Combats pour l’honneur ») ; Histoire (Commémoration) (1, 2) ; Histoire (Comparaison) (1, 2, 3) ; Histoire (Contextualiser) ; Histoire (Contretemps) ; Histoire (Costelle Daniel) ; Histoire (Courtois Stéphane) ; Histoire (Critique) ; Histoire (Chronologie) ; Histoire (« Culpabilité historique ») ; Histoire (Date) ; Histoire (Daeninckx Didier) ; Histoire (Debray Régis) ; Histoire (« Décoloniale ») ; Histoire (De Gaulle Charles) (1, 2, 3) ; Histoire (Démographie) ; Histoire (Dentelles) ; Histoire (Deutscher Isaac) (1, 2) ; Histoire (« Devoir de mémoire ») ;; Histoire (Doctrine du péché originel) ; Histoire (Documents) ; Histoire (Dostoïevski Piotr) ; Histoire (Doutes) ; Histoire (Dozsa György) ; Histoire (Dumont René) ; Histoire (Eldem Edhem) ; Histoire (Ego-Histoire) (1, 2) ; Histoire (Eliot George) (1, 2) ; Histoire (Émotion) (1, 2, 3) ; Histoire (Enseignement) (1, 2, 3) ; Histoire (Esclavage) ; Histoire (Évènements) (1) Par ordre chronologique (1, 2) ; Histoire (Extrême-droite) ; Histoire (« Faits ») ; Histoire (Fabre Jean-Henri) ; Histoire (des femmes) (1, 2) ; Histoire (Feraoun Mouloud) ; Histoire (Flaubert Gustave) (1, 2) ; Histoire (Fassbinder Rainer-Werner) ; Histoire (Fauvelle François-Xavier) ; Histoire (Féministe) (1, 2) ; Histoire (Fête nationale) ; Histoire (Fielding Henry) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Finkielkraut Alain) ; Histoire (Finley I. Moses) ; Histoire (« Floue ») ; Histoire (Foliard Daniel) ; Histoire (Foucault Michel) ; Histoire (de France) ; Histoire (Friedman Milton) ; Histoire (Furet François) ; Histoire (Frydman René) ; Histoire (Galien) (1, 2) ; Histoire (Gandhi) (1, 2, 3) ; Histoire (Généalogie) ; Histoire (Genet Jean) ; Histoire (« Geste d’apaisement ») ; Histoire (Ghouirgate Mehdi) ; Histoire (Gibbon Edward) ; Histoire (« Gilets jaune ») ; Histoire (Girard André) ; Histoire (Giroud Françoise) ; Histoire (Gitaï Amos) ; Histoire (Goethe) ; Histoire (Goldman Emma) ; Histoire (Goncourt Edmond de) ; Histoire (Gorgon The) ; Histoire (Gorki Maxime) (1, 2) ; Histoire (Gorz André) ; Histoire (Grands-mères Argentines de la place de Mai) ; Histoire (Guérin Daniel) ; Histoire (Guerres) ; Histoire (Guilloux Louis) ; Histoire (Guizot François) (1, 2) ; Histoire (Hadewijch Soeur) ; Histoire (Haffner Sebastian) (1, 2, 3) ; Histoire (Hémiplégique) ; Histoire (Hérodote) (1, 2, 3, 4, 5) ; Historien-nes ; Histoire (Hill Christopher) (1, 2) ; Histoire (Himmler Heinrich) ; Histoire (Houte Arnaud) ; Histoire (Hugo Victor) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) ; Histoire (Huguenin Jean-René) ; Histoire (Ignominies) ; Histoire (Impartialité) (1, 2) ; Histoire (Ingrao Christian) ; Histoire (Islam) ; Histoire (Israël) (1, 2, 3) ; Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) ; Histoire (« Je ne savais pas ») ; Histoire (« Jugements de l’histoire ») ; Histoire (Kantorowicz et « Les deux corps du roi ») (1, 2) ; Histoire (Kapuściński Ryszard) ; Histoire (Kepel Gilles) ; Histoire (Lavisse Ernest) (1, 2) ; Histoire (Léautaud Paul) ; Histoire (Légendes) ; Histoire (« Legs de temps longs ») ; Histoire (Le Maire Bruno) ; Histoire (Lentz Thierry) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Le Pen Marine) ; Histoire (Leopardi Giacomo) ; Histoire (« Les Annales ») ; Histoire (Lessing Doris) (1, 2) ; Histoire (L’Internationale) ; Histoire (« Longue ») (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Maalouf Amin) ; Histoire (Macron Emmanuel) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) ; Histoire (Maier Ruth) ; Histoire (Maistre Joseph de) ; Histoire (Mann Thomas) ; Histoire (Mandrou Robert) (1, 2, 3, 4, 5) ; Histoire (Manzoni Alessandro) ; Histoire (Mao-Tsé-Toung) (1, 2) ; Histoire (Márai Sándor) (1, 2) ; Histoire (Marat Jean-Paul) ; Histoire (Marker Chris) ; Histoire (Marrou Henri-Irénée) (1, 2, 3, 4, 5) ; Histoire (Martichoux Élizabeth) ; Histoire (Mauduit Xavier) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15) ; Histoire (Mauriac François) ; Histoire (Maurois André) ; Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Histoire (Mémoire) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22) ; Histoire (Mendès-France Pierre) (1, 2, 3, 4, 5) ; Histoire (Mensonges) (1, 2) ; Histoire (Messaoudi Khalida) ; Histoire (Michelet Jules) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18) ; Histoire (« Micro-histoire ») ; Histoire (Mitterrand François) ; Histoire (Mélodramatique) ; Histoire (Métaphore) ; Histoire (Modes) ; Histoire (Mollet Guy) ; Histoire (Monnet Jean) ; Histoire (Montesquieu. Critique) (1, 2) ; Histoire (Morante Esla) ; Histoire (Mordillat Gérard) ; Histoire (Mots. Poids des mots) ; Histoire (Mo Yan) ; Histoire (Mugnier Abbé) ; Histoire (Naipaul V. S) ; Histoire (Napoléon) ; Histoire (Ndiaye Sibeth) ; Histoire (Nationaliste) ; Histoire (Nietzsche Friedrich) (1, 2, 3) ; Histoire (Nora Pierre) ; Histoire (« Nous voulons changer l’histoire ») ; Histoire (Onfray Michel) (1, 2, 3) ; Histoire (« Objective ») ; Histoire (Occident) ; Histoire (Ollivier Albert) (1, 2) ; Histoire (Orale) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Orwell George) ; Histoire (Ory Pascal) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Oubli) ; Histoire (Overdose) ; Histoire (Pareto Vilfredo) ; Histoire (Parlement Européen. Résolution sur la conscience historique européenne. 17 janvier 2024) ; Histoire (Pasternak Boris) ; Histoire (Peeters Benoît) ; Histoire (Perraut Gilles) ; Histoire (Perrot Michelle) ; Histoire (Permanence) (1, 2) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Histoire (Pétain Philippe) ; Histoire (Peuple) ; Histoire (Pionnier. Pionnière) ; Histoire (Pitrou Agnès) ; Histoire (Plenel Edwy) ; Histoire (Postel-Vinay Anise) ; Histoire (Poutine Vladimir) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Préhistoire) ; Histoire (Prévert Jacques) ; Histoire (Prophétie) ; Histoire (« Quantitative ») ; Histoire (Qui fête quoi ?) (1, 2) ; Histoire (Racisme) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Radio courtoisie) ; Histoire (Rashômon) ; Histoire (Reck-Malleczewen Friedrich) ; Histoire (Reed John) ; Histoire (Rémond René) ; Histoire (Renoir Jean) ; Histoire (Revanche) ; Histoire (Rêve) ; Histoire (Révolution) (1, 2) ; Histoire (Reynaud Paul) ; Histoire (Ricœur Paul) ; Histoire (Riffaud Madeleine) ; Histoire (Riot-Sarcey Michèle) (1, 2) ; Histoire (Rivarol) ; Histoire (Roland Madame) ; Histoire (Roth Joseph) ; Histoire (Rouart Jean-Marie) ; Histoire (Rousseau Jean-Jacques) ; Histoire (Roy Arundhati) (1, 2, 3) ; Histoire (Ruptures) ; Histoire (Saïd Edward W.) ; Histoire (Saint-Simon. Claude Henri) ; Histoire (Saint-Simon Duc de) ; Histoire (Sainte-Beuve) ; Histoire (Sand George) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) ; Histoire (Sarkozy Nicolas) (1, 2) ; Histoire (Sartre Jean-Paul) ; Histoire (Satrapi Marjane) ; Histoire (Scott James C.) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Séguin Philippe) ; Histoire (« Sens de l’histoire ») (1, 2) ; Histoire (Sentiments) ; Histoire (Séverine) ; Histoire (Sorel Albert) ; Histoire (Sources) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Souvenirs) (1) Par ordre chronologique (1) ; Histoire (Staël Germaine de) ; Histoire (Steinbeck John) (1, 2) : Histoire (Steinem Gloria) ; Histoire (Steiner (George) ; Histoire (Symboles. Relativité des) ; Histoire (Székely János) (1, 2) ; Histoire (Tacite) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Taine Hippolyte) (1, 2, 3, 4) ; Histoire (Témoignage) (1, 2, 3) ; Histoire (Terkel Studs) (1, 2) ; Histoire (Thackeray William Makepeace) (1, 2) ; Histoire (Thoreau Henry David) ; Histoire (Thucydide) ; Histoire (Tolstoï Léon) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) ; Histoire (Tragédie) ; Histoire (Trotsky Léon) ; Histoire (Tulard Jean) (1, 2) ; Histoire (Updike John) ; Histoire (Vaillant-Couturier Paul) ; Histoire (« Vaincus ») ; Histoire (Valéry Paul) ; Histoire (Varnhagen Rahel) ; Histoire (Védrine Hubert) ; Histoire (« Vent de l’histoire ») ; Histoire (Vie) ; Histoire (Vie quotidienne) ; Histoire (Vilar Jean) ; Histoire (Voltaire) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33) ; ‘Vovelle Michel) ; Histoire (Wikipédia) ; Histoire (Wishful thinking) ; Histoire (Yourcenar Marguerite) (1, 2, 3) ; Histoire (Zola Émile) ; Histoire (Zemmour Éric) (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Histoire (Zweig Stefan) (1, 2, 3) ; (718)

I. Révolution française : Révolution Française (1, 2, 3, 4) ; Constitution (Bonheur) ; Cahier de doléances et de réclamations aux États généraux) (1, 2) ; Chateaubriand (François-René de) ; Femmes. Par ordre alphabétique Femmes (Corday Charlotte) (1, 2) ; Femmes (Custine Astolphe) ; Femmes (Liberté) ; Femmes (Pain) ; Femmes (« Poissardes ») ; Femmes (Gouges Olympe de) (1, 2) ; Femmes (Lacombe Rose) (1, 2) ; Femmes (Legros Madame) (1, 2, 3) ; Femmes (Méricourt Théroigne de) (1, 2, 3) ; Femmes (Monnard (Marie-Victoire) ; Femmes (Montmorin Madame de) ; Femmes (Roland Madame) (1, 2, 3) ; Femmes (Vigée Lebrun Élisabeth) ; Femmes (Marat) (1, 2, 3) ; Rey (Alain) ; Robespierre (1, 2, 3, 4, 5) ; Rousseau (Jean-Jacques) ; Saint-Just (Louis-Antoine de) ; « Terreur (La) » ; Voltaire ; (43)

II. Historiographie. Patriarcale (et critique) : Historiographie. Patriarcale (et critique) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21) ; Par ordre alphabétique. Arte ; Aron (Raymond) ; Artières (Philippe) ; Bachelot (Roselyne) ; Bouchardeau (Huguette) (1, 2) ; Boudon-Millot (Véronique) ; Burke (Edmund) ; Colet (Louise) ; Comtesse Merlin ; De Beauvoir (Simone) ; Dictionnaire des juristes. Colonies et Outre-mer. XVIIIème-XXème siècle ; Dommanget (Maurice) ; Dosse (François) ; « Droits de l’homme » ; Duby (Georges) (1, 2, 3) ; 39ème Festival international du film d’histoire de Pessac ; Finley I. (Moses) ; Fontane (Theodore) ; Foucault (Michel) (1, 2) ; France Inter ; Furet (François) et Ozouf (Mona) ; Garbit (Philippe) ; Guillemin (Henri) (1, 2) ; Guitton (Jean) ; Hitler (Adolf) ; Hobsbawm Eric (1, 2, 3, 4) ; Hymne des femmes (France) ; Jaume (Lucien) ; Jeanneney (Jean-Noël) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) ; Jaurès (Jean) ; Joinet (Louis) ; La Découverte (Éditons) ; Lasso (Gloria) ; Leys (Simon) ; Lubin (Georges) (1, 2, 3) ; Martin-Fugier (Anne) ; Mauduit (Xavier) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) ; Mendès-France (Pierre) ; Michel (Louise) ; Michelet (Jules) (1, 2, 3) ; Monde Diplomatique (Le) ; Morin (Edgar) ; Noiriel (Gérard) ; Ory (Pascal) (1, 2) ; Perrot (Michèle) (1, 2) ; Poisson (Martial) ; Prévert (Jacques) ; Robinson (Mary) ; Rosanvallon (Pierre) ; Sous-titre ; Stora (Benjamin) ; Sylvestre (Anne) ; Taine (Hippolyte) ; Tulard (Jean) (1, 2) ; Vidal-Naquet (Pierre) ; Viennot (Éliane) ; Voltaire ; Wikipédia (1, 2, 3) ; Winock (Michel) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Zemmour (Éric) (1, 2, 3) ; Ziegler (Jean) ; Yourcenar (Marguerite) ; Zola (Émile) (1, 2) ; (128)

3 février 2024 : 890 items

Histoire :

« Sciences » sociales. Histoire (1) : L’Histoire : toujours-nécessaire-afin-d’éviter-que-les-drames-ne-se-reproduisent. À l’exception de celle du patriarcat, hors l’histoire.

Histoire (2) : Dans tout recours (retour) à l’histoire, il existe toujours la menace (le risque) d’une régression erronée du fait d’un passé en grande partie mythique.

Histoire (3) : Croire que « l’histoire » en elle-même existe, c’est oublier que l’histoire est surtout - je n’ose écrire : avant tout - l’histoire écrite par celui / celle qui en fait le récit.
Sinon, comment comprendrait-on la diversité des regards des historien-nes sur une censée « même » réalité ?
- Une autre position : (9 septembre) 2019. Pour Gérard Noiriel, un historien s’assumant pourtant comme politiquement « engagé », le rôle est de l’historien est « de se tenir à distance du jugement de valeur. » 1
Une fois cela dit, que fait-il, comment fait-il ? ; que fait-on, comment fait-on ?
Et comment expliquer qu’il ait fallu tout ce temps pour penser une histoire écrite quasi exclusivement par des hommes, peu soucieux de s’interroger sur cette donne, pourtant peu mineure ?
* Ajout. 30 décembre 2019. Gérard Noiriel, présenté par France Culture, comme étant « attaché à la fonction sociale de l’histoire ».

Histoire (4) : C’est nécessairement en fonction de soi, de ses croyances, de ses intérêts, de ses passions, de ses croyances, de ses espoirs, de ses craintes, que chacun-e porte un jugement sur le passé, sur l’histoire. Hippolyte Taine [1828-1893] et Jules Michelet [1798-1874], aussi opposés soient-ils, sont tous les deux, des historiens.
Le dire, l’affirmer, l’expliciter, et donc mieux le comprendre, ce n’est faire preuve ni d’humilité, ni d’orgueil ; c’est simplement reconnaitre une évidence.
Et n’est-ce pas faire preuve d’honnêteté intellectuelle concernant les vicissitudes, les limites mais aussi les fulgurances de toute écriture nécessairement personnelle que de le dire, et donc de mieux se connaître, se comprendre. Et mieux connaitre, comprendre comment on pense, on écrit, on réfléchit.
Ce n’est pas s’inscrire dans l’ego-histoire, c’est s’interroger sur l’histoire en tenant compte de soi, de réfléchir - en premier lieu ? - sur la signification que l’on accorde au statut des êtres humains, comme à celle de la pensée.
C’est peut-être l’une des conséquences les plus notables de ce que la critique féministe de l’histoire nous aura apporté.

Histoire (5) : La rigueur serait-elle atteinte, diminuée, si l’écriture notamment celle de l’histoire, était clairement déclarée partielle, partiale, subjective ? Ce qu’elle est en réalité déjà. La singularité, la modestie affichée de cette approche, mais aussi la responsabilité qu’elle implique, ne pourra qu’enrichir le regard sur le monde.

Histoire (6) : Affirmer écrire une histoire au nom de l'Histoire, d'une pseudo-méthodologie, d'une fausse et absurde objectivité, d'une vaine tentative de théorisation « scientifique », d'une conservatrice et paresseuse inscription dans une « école » n’est plus crédible.
Depuis longtemps, en histoire : « méthode, objectivité, science » ont été confondues, et considérées comme l’objectif à atteindre.
Et puis, on découvre, lentement…- que les méthodes évoluent, changent, s’opposent ; que l’objectivité est un leurre ; que la science épouse les partis-pris des auteur-es.
Il faut l’admettre, le reconnaître, le discuter.
Les historien-nes « patenté-es » n’y perdraient rien, plus encore, tandis que tous et toutes les autres se sentiraient probablement allégé-es du poids que ces trois mots : « méthode, objectivité, science » ont fait, font peser sur eux /elles, ce dont l’histoire n’a pu que pâtir.

Histoire (7) : Il n’y a pas d’« éternel retour ». Il n’y pas même de « retour » pensable.

Histoire (8) : L’histoire, c’est le passé, le présent, le futur.
Pour illustration et exemple (parmi cent…) : les femmes - les féministes plus spécifiquement - aujourd’hui critiquent aujourd’hui l’histoire d’hier pour construire le futur.
N.B. Chacun de ces termes est sujet à analyses, regards, visions, interprétations différent-es.
* Ajout. 7 avril 2020. Et si le passé, le présent, le futur devaient être dissoutes au sein d’une réflexion concernant les processus mis en œuvre… (Poursuivre)
* Ajout. 14 janvier 2021. Mais, on ne peut comparer hier et aujourd’hui. Et demain ne sera ni hier et aujourd’hui…
* Ajout. 13 mars 2021. Hortense Archambaud, directrice de la Maison de la culture de Seine-Saint-Denis Bobigny, auteure de :
« Si le monde d’après c’est le présent, c’est un cauchemar ». 2

Histoire (9) : Il faut s’autoriser, en histoire comme ailleurs, à porter un regard singulier qui ne peut être que contemporain. Il faut s’autoriser - et surtout le dire - à porter un jugement sur le passé au prisme des questions posées par le présent, sans quoi la pensée stagne et ne peut se nourrir des avancées que l’écriture de l’histoire heureusement nous enseigne.

Histoire (10) : Je termine la lecture annotée du Dictionnaire des femmes célèbres. De tout temps et de tout pays [1992] de Lucienne Mazenod, Ghislaine Schoeller. Ce livre, certes critiquable- mais lequel ne le serait pas ? - présente un immense mérite : tous les livres, écrits par ces femmes, quelles qu’elles soient, quelques soient leurs fonctions, sont cités. Je découvre alors que j’ignore l’existence de la quasi-totalité d’entre eux ; et quand je connaissais un titre d’une écrivaine, j’en découvrais souvent bien d’autres.
Comment alors peut-on écrire l’histoire sur ces béances d’ignorances ?
Pour l’édition - que j’espère à venir - c’est une mine d’or.

Histoire (11) : L’histoire peut être racontée, écrite, construite, idéologique, fixiste, évènementielle, déterministe, navale, militaire, déconstruite, réflexive, critiquée, théorisée, marxiste, bourgeoise, coloniale, colonialiste, anticolonialiste, patriarcale, féministe…

Histoire (12) : Combien sont-ils/elles, ceux / elles qui ont vanté, réhabilité le Moyen-Âge pour mieux contrecarrer l’importance que Les Lumières auraient joué dans l’avancée de « la civilisation ». Combien d’autres exemples ?

Histoire (13) : L’histoire a souvent caché les choses, les évènements, les personnes qui ne s’accordaient pas avec les mœurs, les convenances, les normes de l’époque ; auxquelles donc elle n’a n’accordé ni crédit, ni valeur, ni signification, et dont elle n’a pas parlé. Mais que, toutes façons, elle ne voyait pas.

Histoire (14) : J’entends évoquer « la méthode, la rigueur de l’historien » : de qui, mais surtout de quoi parle-t-on ? 3

Histoire (15) : En histoire, comme partout ailleurs, les vérités fussent-elles aveuglantes, les analyses fussent-elle éclairantes, dès lors qu’elles contrarient les préjugés y trouvent rarement grâce. Peut rendre plus modeste….

Histoire (16) : L’histoire doit nous aider à comprendre celle de chacun-e d’entre nous.
Tous les dénis, les oublis, les mensonges, les incohérences, toutes les confusions, toutes les déformations de l’histoire sont autant de dénis, d’oublis, de mensonges, d’incohérences, de déformations, de confusions de la vie de chacun-e d’entre nous. Et vice versa

Histoire (17) : Les avancées, les progrès de l’histoire : le détournement des regards ; mieux : leur inversion.

Histoire (18) : Le pourquoi et le comment, certes importantes questions, sont trop souvent l’objet premier de l’historien-ne : une crise de l’histoire ?

Histoire (19) : Entendu un historien - fort sérieux - définir l’histoire comme « un savoir intelligible » et évoquer l’hypothèse de « se tromper énormément ».

Histoire (20) : Une pensée critique de l’histoire, empêche-t-elle de penser l’histoire ?
* Ajout. 31 décembre 2022. Question, aujourd’hui, dépassée, car résolue. Il est vrai qu’elle était mal posée.

Histoire (21) : La critique ne doit pas se focaliser sur l’histoire qui rabattrait le passé sur le présent et /ou l’inverse, mais de la question est de s’interroger sur le point de vue, la grille de lecture, les présupposés et les engagements à partir duquel et le passé et le présent sont analysés.

Histoire (22) : Le déni, le silence, le tabou, le refus et l’impossibilité de parler sont indissociables…

Histoire (23) : Chaque écriture historique - quelles qu’en soient les formes - est d’abord un discours sur le passé, dénommé : histoire. Et il ne peut en être autrement.

Histoire (24) : [Après écoute d’une émission d’histoire] : Comment orienter, diriger, déformer, formater une pensée de l’histoire : présupposer, créer un consensus et esquiver les désaccords ; ne pas critiquer les invité-es lorsqu’ils /elles sont fonctionnel-les dans le cadre de l’émission ; passer d’un sujet à l’autre, n’ayant entre eux, d’autre relation que formelle ; interroger l’évidence et esquiver l’essentiel ; ne pas relever erreurs, énormités, mensonges ; opposer des continuités et vice versa ; dépolitiser, nationaliser les enjeux ; s’étonner de ce qui constitue l’évidence de la vie de millions de personnes ; prendre les mots, les termes pour acquis et reprendre à son compte les mêmes pseudo-évidences ; ne pas relever contradictions, confusions, complexités ; réagir par le rire sans s’interroger de sa perception par d’autres ; singulariser, individualiser le regard sur l’histoire ; concernant la pensée féministe, la limiter à : ‘Bonjour à tous, bonjour à toutes’, ‘les hommes et le femmes’, ‘les citoyens et les citoyennes’…

Histoire (25) : Entendu : « Aujourd’hui, l’histoire a fait son travail… »

Histoire (26) : 1986. Lu dans Hard Times. Histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel [1912-2008] concernant l’effondrement de Wall street [1929] :
« Le monde nous est tombé dessus d’un coup. » 4

Histoire (27) : Pour sortir des débats piégés entre refus de l’anachronisme, aspiration à l’objectivité, nécessité de « prendre du recul », ancrages assumés ou non, dans des ‘courants’, des ‘méthodes, des ‘idéologies’, pourquoi ne pas clairement assumer son identité et donc ses engagements, et penser, lire, écrire l’histoire de manière à ce qu’elle puisse aider à permettre de construire un autre futur ?
L’histoire, au service du futur… ce qui ne préjuge en rien de sa valeur, de sa qualité, mais aurait le mérite d’une certaine recherche de cohérence, pour éviter d’avoir à parler d’une certaine honnêteté intellectuelle. (Poursuivre)

Histoire (28) : Fait-on toujours régresser la - une - certaine vision de l’histoire en la ramenant à soi ?
* Ajout. 31 décembre 2022. Question, aujourd’hui, pour moi, dépassée. Il est vrai qu’elle était mal posée.

Histoire (29) : Une histoire - une pensée - ‘engagée’, assumée, permet une double lecture, celle de son auteur-e et celle de l’histoire qu’il / elle présente. Une double critique, un enrichissement donc.
* Ajout. 31 décembre 2022. Le raisonnement est faux, car cette ‘double critique’ est aussi valable pour l’histoire qui se veut neutre, non engagée, et plus largement pour toute pensée. (Cf. Penser)

Histoire (30) : Et si une historien-ne ‘neutre’, ‘objectif-ve’, ‘scientifique’, serein-e’, ‘impartial--e’ - autant de chimères - révélait en réalité son immaturité ? à savoir qu’il / elle n’était pas même conscient-e et / ou ne s’était pas même posé la question de ses apports personnels, politiques qui ont imposé à son écriture ses évidentes grilles de lecture ?

Histoire (31) : La-nécessaire-distance-du-temps-nécessaire-à-l’histoire, considéré comme une évidence, exclut non moins nécessairement les passions, les cris, les colères, les haines, les désirs de la vie, vécus dans l’instant présent, eux aussi partagés par les historien-nes, et donc nécessairement peu ou prou par la vie elle-même.

Histoire (32) : « Il faut contextualiser » répète-t-on à l’envie. Mais, ce qui est occulté, c’est que ce-regard-se-devant-distancié l’est nécessairement concomitamment par le même regard, par l’analyse de la même personne. (Pas clair)

Histoire (33) : Une histoire qui ne remet pas en cause les fondements qui ont permis de justifier les innombrables rapports de domination sur lesquels elle s’est construite ne peut que les reproduire. Tautologie ? (Poursuivre)

Histoire (34) : L’histoire s’écrit aujourd’hui.

Histoire (35) : Sous couvert de révéler « l’arrière-plan historique », il détourna le regard du ‘plan’ actuel : « Nous nous en tiendrons là », dit-il d’un ton qui n’admettait pas la réplique.

Histoire (36) : Les « héros positifs », les « victimes éplorées », les « prostituées au grand cœur », les « Staliniens nostalgiques » … ne doivent pas faire oublier les circonstances qui les sont fait naître et donc leur part de vérité.

Histoire (37) : Si l’avenir, si - ce qui n’est pas contestable - le futur est imprévisible, alors les tentatives de penser une prévisibilité - voire des causalités - à l’histoire ne sont-elles pas aussi vouées à l’échec, erronées ?

Histoire (38) : Le temps, l’histoire, s’étouffe sans l’espace.

Histoire (39) : Rashômon devrait, concernant l’écriture de l’histoire, plus souvent, faire école.
N.B. Rashômon [1950] est un film d’Akira Kurosawa [19010-1998], au cours duquel quatre personnes présentent leur version, telle que personnellement vécue, interprétée, imaginée, interprétée, communiquée d’une même réalité.

Histoire (40) : Si l’histoire écrite par Jules Michelet [1798-1874] - ou de toute autre…- est « grande », n’est-ce pas d’abord de son fait ; lui, qui par lui-même, par là-même, la faite « grande » ?

Histoire (41) : Être conscient-e - autant que faire se peut - présenter, analyser, assumer ses engagements, ses projets, ses limites, ses apports, ses angles d’analyse, non seulement relève de l’honnêteté, mais c’est aussi aider à les décrypter et donc en dégager - autant que nécessaire - les biais, les infléchissements de la lecture de l’histoire telle que présentée, et aussi mieux apprendre de son auteur-e.

Histoire (42) : Se couvrir de l’écriture de l’« Histoire », s’en valoriser, se présenter, fièrement - ou non - comme « historien-ne », critiquer l’histoire-des-autres, sans avoir préalablement interrogé le fait que sa propre écriture est nécessairement le fait de ses propres questions, de ses valeurs, de ses normes, c’est [se] raconter des histoires, lesquelles peuvent être - ou non - fort intéressantes. Et, en tout état de cause, font parties de l’histoire.

Histoire (43) : Écrire l’histoire, c’est avoir une vision du monde : il importe, pour soi et pour l’histoire, d’en être conscient-e.

Histoire (44) : N’est-il pas plus facile de « faire de l’histoire » que de tenter de comprendre comment l’histoire nous a « fait » ?

Histoire (45) : Le présent ne cesse - et heureusement - de réinterpréter l’histoire, qui elle-même ne cesse - et heureusement - de réinterpréter le présent.

Histoire (46) : Dégager, relever, analyser (si possible) les mécanismes par lesquels les mensonges - sous toutes leurs formes - deviennent - un temps, au moins - vérités.

Histoire (47) : L’histoire n’appartient pas aux historien-nes. L’histoire n’est qu’une [re]construction présente, parmi mille autres possibles, du passé.

Histoire (48) : Si l’histoire ne remet pas en cause le présent, à quoi sert-elle ? À l’ouverture d’esprit, l’intérêt, la curiosité, la « culture » de certains-es, de beaucoup. ? Seulement ?

Histoire (49) : (2 janvier) 2024. Entendu : « Là, je reprends ma casquette d’historien ».

Histoire (50) : L’Histoire avale les évènements. Après, il lui faut le temps de les digérer.

Histoire (51) : La découverte des pierres, des cailloux échoués à marée basse sur la côte atlantique, leur diversité, leur dureté, et pour certains leur beauté, [me] fait penser que si chacun était à même - par-delà les années, par-delà les siècles - de raconter la mémoire de leur origine, et de leurs cheminements, la ‘découverte’ de Christophe Collomb [1451-1506] et de ses conséquences en serait sans doute bien relativisée.

Par ordre alphabétique. Histoire :

Histoire (Agrégation) : (22-23 décembre) 2019. Michelle Perrot, dans Le Monde, rappelle qu’à la Sorbonne :
« Tous nos professeurs sans exception étaient des hommes, et les concours n’étaient pas mixtes ; j’ai passé l’agrégation ‘féminine’ d’histoire-géographie’ (sic) »
Pour se souvenir d’où nous venons et des immenses progrès réalisés depuis, dans tant de domaines5 (Cf. Culture. Patriarcale, Femmes. « Féminin »)

Histoire (Albanel Christine) : 5 mai (2022). Christine Albanel, future ministre de la culture, rédactrice du discours de juillet 1995 de Jacques Chirac [1932-2019] reconnaissant pour la première fois la responsabilité de la France dans la déportation des juif/ves, distingue le « temps politique » du « temps de l’histoire. », analyse :
« On sortait du temps politique pour aborder le temps de l’histoire ».
Une justification du silence des victimes ? 6
N.B. Une explication des oppositions concernant, notamment, les responsabilités de la rafle du Vel d’Hiv entre « la France » - Jacques Chirac - opposée à « la République » - François Mitterrand - : dans les deux cas, permet d’éviter d’avoir à rappeler que la France qui avait perdu la guerre, et que Philippe Pétain [1856-1951] avait signé un armistice avec l’Allemagne nazie : ?

Histoire (Abkarian Simon) : (24 juillet) 2022. Simon Abkarian, dans Fou d’histoire, auteur de :
« Qui écrit l’histoire finalement ? Les vainqueurs et les vaincus la subissent » […] Et de :
« Je ne suis pas philosophe et je n’ai pas la velléité de parler plus haut que du peuple que je connais. […] ». 7 (Cf. Politique. Peuple, Penser, Philosophie)

Par ordre chronologique. Histoire. Svetlana Alexievitch :

Histoire (Alexievitch Svetlana) (1) : (7 décembre) 2015. Svetlana Alexievitch, dans son discours de réception du prix Nobel de littérature, auteure de :
« Nous, les enfants, nous aimions bien jouer dehors, mais le soir nous étions attirés, comme par un aimant, par les bancs sur lesquels les vieilles babas fatiguées se rassemblaient près de leurs maisons, leurs ‘khatas‘, comme on dit chez nous. Elles n’avaient plus de maris, plus de pères, plus de frères, je ne me souviens d’aucun homme dans notre village après la guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un Biélorusse sur quatre est mort au front ou dans la résistance. Notre monde à nous, les enfants de l’après-guerre, était un monde de femmes. » (Cf. Enfants, Famille, Politique. Guerre, Histoire. Histoire. Patriarcale)

Histoire (Alexievitch Svetlana) (2) : (14 juillet) 2022. Entendu :
« Je ne vais pas commencer par le commencement. Je commencerais par le moment où tout s’est écroulé. » 8 (Cf. Histoire. Périodisation)

Histoire (Amnisties) : Les amnisties cicatrisent - un temps - les plaies, mais étouffent l’histoire.

Histoire. Anachronisme :

Histoire (Anachronisme) (1) : Lorsque l’on entend : ‘Attention à l’anachronisme !’, il est plus que probable qu’il s’agit d’une mise en demeure cachée pour éviter que des questions gênantes ne soient posées, à l’histoire, comme à aujourd’hui, et notamment d’éviter d’avoir à interroger sa propre morale, ses propres valeurs, ses propres critères de jugement au regard de l’histoire et de ses lendemains.

Histoire (Anachronisme) (2) : « Pas d’anachronisme ! » Afin d’éviter, sous couvert de rigueur de méthode, le : ‘C’était comme ça, à l’époque’ ? Mais comment le peut-on ?

Histoire (Anachronisme) (3) : On ne peut que penser l’histoire qu’à la lumière du présent et par le prisme de son propre regard. Dès lors, il faut affirmer qu’il ne faudrait pas être ‘anachronique’ relève d’un wishful thinking impossible : personne ne peut se mettre à la place de, dans le contexte de, dans le cadre culturel d’une autre époque.
Aucun livre [d’histoire] ne peut être écrit par une personne qui se dénie sa propre personnalité.
Évident, certes, mais tant de dénis de cette évidence ont été affirmés (Poursuivre) (Cf. Penser. Méthode, Histoire. Wishful thinking, Violences. Violences à l’encontre des femmes. Harcèlement sexuel)

Histoire (Anachronisme) (4) : Avant de dénoncer un anachronisme, s’interroger pour savoir si son auteur-e n’a pas été celui / celle grâce auquel / à laquelle, l’analyse, la citation, la référence, apparaissent dorénavant comme éclairant-es.

Histoire (Anachronisme) (5) : Ce que nous savons aujourd’hui nous amène nécessairement à penser autrement le monde d’hier. Alors que peut signifier : ‘pas d’anachronisme’ ?

Histoire (Anachronisme) (6) : Dénoncer l’anachronisme, c’est aussi s’interdire de penser l’histoire, le monde, avec les yeux d’aujourd’hui.

Histoire (Anachronisme) (7) : Ils / elles affirmaient, au nom de la méthode historique, leur refus de penser, de comprendre, de juger « hier » avec l’« aujourd’hui », sans s’interroger sur l’impossibilité de faire autrement. (Poursuivre)
* Ajout. 29 septembre 2023. À supposer - hypothèse absurde - qu’il soit possible, afin d’éviter des anachronismes, de tenter de se re-mettre dans le ‘contexte’ de la société évoquée, cela ne permettrait pas de répondre à ces interrogations : dans la tête de qui ? pour se poser quelles questions ? (Poursuivre)

Par ordre chronologique. Histoire. Anachronisme :

Histoire (Anachronisme) (1) : (23 avril) 1830. Jules Michelet [1798-1830] dans son Journal, concernant le tableau La sainte famille du Titien [1490-1576], dans lequel « le petit pêcheur est vêtu à la moderne », écrit :
« L‘anachronisme si fréquent du costume fait sentir la généralité du sujet et montrer que ce n’est pas un fait limité dans le temps, mais une idée éternelle. » 9 (Poursuivre)

Histoire (Anachronisme) (2) : (15 juillet) 1936. Thomas Mann [1875-1955], dans une lettre à Karl Kereny [1897-1973], auteur de :
« Les anachronismes ne me gênent plus en rien […]. » 10

Histoire (André Christophe) : (30 juillet) 2021. Christophe André présenté sur son ‘site officiel’ comme « écrivain, psychiatre, psychothérapeute », par Wikipédia comme « l'un des chefs de file des thérapies comportementales et cognitives en France », dans une chronique quotidienne de France Inter, auteur de :
« C’est comme ça depuis la nuit des temps. »

Histoire (Anthropocène) : L’anthropocène : la fin de l’histoire.

Histoire (Aragon Louis) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui souligne, inséra cette note de bas de page :
« Pour ce qui est d’Aragon [1897-1982], je désire rappeler ici que son Histoire de l’URSS, écrite en 1965, se fonde sur l’interprétation stalinienne de quarante-trois années d’histoire russe, à quelques réserves près dues à Khroutchtev. » 11
N.B. À lier avec l’écriture de l’histoire de la Russie par Voltaire. (Cf. Histoire. Archives. Voltaire)

Histoire. Archives :

Histoire (Archives) (1) : La question des archives est une question politique qui se manifeste de nombreuses manières. Évident, mais peut être rappelé.
Et, concernant les archives féministes, la triste histoire de la Bibliothèques Marguerite Durand, - qu’il faudrait écrire - en est l’une des éclairantes manifestations. (Cf. Féminisme. Féministes. Archives)

Histoire (Archives) (2) (23 novembre) 2017. Je reçois ce jour l’annonce d’un colloque (ainsi qu’un appel à contributions daté du 6 novembre) intitulé non pas : « Les archives féministes » [ce qu’il eut pu être, compte tenu des graves menaces qui pèsent sur elles aujourd’hui], mais « Les féministes et leurs archives [1968-2018] », lequel doit avoir lieu le 1er décembre 2017 à Angers :
- Je lis : « Le caractère politique de la constitution des fonds d’archives apparaît donc évident. » Non, actuellement, il n’est, en rien, évident. Et c’est bien l’actuelle situation qui doit être entièrement repensée, au vu notamment des innombrables confusions politiques que l’introduction du pseudo concept de « genre » - accolé à féminisme comme si cela relevait de l’évidence - a légitimées.
- Je lis aussi : « L’anonymat, l’insistance sur le collectif, le refus des institutions, le caractère parfois éphémère des groupes ou encore la continuité de l’engagement jusqu’à nos jours semblent avoir été des obstacles à la constitution de fonds féministes ». Cette présentation, dissolvant les critiques théoriques, politiques, sous la dénomination caricaturale de « refus des institutions », dans un ensemble pour le moins composite, est inacceptable.
- Je lis aussi que les Archives Recherches Cultures Lesbiennes « circonscrivent le périmètre mémoriel dans lequel elles souhaitent s’inscrire ». Que fait cette critique nominative (mal déguisée) dans le cadre de ce colloque ?
- Je lis enfin : « Comment faire avec les conflits militants qui modèlent également la documentation et l’accès aux sources ? » Que font ces ‘conflits militants’ dans le cadre de ce colloque ? Et sur quels fondements, sur quelle légitimité, ce colloque serait-il à même de prendre positon ?
Mais surtout : Qu’en est-il des autres débats, autrement plus signifiants politiquement, mais singulièrement absents, concernant la situation actuelle et future des archives féministes ? (Cf. Histoire. Archives. Sources)

Histoire (Archives) (3) : Comment l’histoire pourra-t-elle intégrer dans ses analyses cette nouvelle - récente - réalité, à savoir qu’une partie de la censure a été transférée des États aux entreprises privées des GAFAM ? (Poursuivre) (Cf. Économie)

Histoire (Archives) (4) : Les archives transmises aux Archives nationales se trient, se classent, se rangent, après avoir été - souvent - sélectionnées, ‘nettoyées‘- passées au ‘broyeur papier’, expurgées, épurées, transférées ‘ailleurs’. (Cf. Politique. État. Transparence)

Par ordre chronologique. Histoire. Archives :

Par ordre chronologique. Histoire. Archives. Voltaire :

Histoire (Archives) (1) : (5 janvier) 1758. Voltaire [1694-1778] écrit à Nicolas-Claude Thieriot [1697-1772] :
« [Concernant l’écriture de l’Histoire de l’empire russe sous Pierre le Grand] : « J’attends toujours le gros tonneau d’archives qu’on m’emballe à Pétersbourg […]. » 12

Histoire (Archives) (2) : (6 août, 9 août) 1760. Voltaire [1694-1778] écrit au comte Alexandre Romanovitch Voronstov [1741-1805] :
« Il y a plus d’un an, Monsieur, que le premier volume de l’histoire de votre empire sous Pierre le Grand [1672-1725] est imprimé ; mais avant de le faire voir à personne j’ai voulu savoir s’il serait approuvé de votre cour ; on n’en paraît pas mécontent. Cette histoire est entièrement composée sur des extraits de vos archives. […] »
- Le 9 août 1760, Voltaire écrit à Jean-Jacques Dortous de Mairan [1678-1771] :
« […] Je n’ai fait que dépouiller les archives de Pétersbourg et de Moscou qu’on m’a envoyées. […]. » 13 (Cf. Histoire. Voltaire)

Histoire (Archives) (3) : (25 août) 1761. Voltaire [1694-1778] écrit à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797] :
« Ce travail ne m’empêche pas d’amasser toujours des matériaux pour votre monument [l’Histoire de l’empire russe sous Pierre le Grand]. Je ne rebute rien, dans l’espérance de trouver quelque chose d’utile dans le fatras des plus grandes inutilités ; je suis trompé quelquefois dans mon calcul. J’acquiers quelques fois de gros paquets de manuscrits, où je ne trouve rien du tout ; d’autres qui ne sont remplis que de satires, et d’anecdotes scandaleuses, que je ne manque pas de jeter au feu, de peur qu’après moi quelques libraires en fassent usage. »
La note de La Pléiade [1980] mérite d’être notée :
« Conception discutable de la préservation des sources historiques. » 14 (Cf. Histoire. Sources. Voltaire)

Histoire (Archives) (4) : (20 août) 1762. Voltaire [1694-1778] écrit à Pierre Rousseau [1716-1785] concernant la critique du premier volume de l’Histoire de l’empire russe sous Pierre le Grand :
« Je peux fort bien m’être trompé, quoique j’ai suivi aussi exactement que j’ai pu les mémoires qu’on m’avait envoyé de Pétersbourg. […] D’ailleurs, si on conteste les faits c’est aux archives de Pétersbourg à répondre pour moi. » 15

Histoire (Archives) (5) : (19 juin) 1792. Cité dans ses Études historiques par François-René de Chateaubriand [1768-1848], Nicolas de Condorcet [1743-1794] à la tribune de l’assemblée nationale, auteur de :
« C’est à ce jour l’anniversaire de ce jour mémorable où l’Assemble constituante en détruisant la noblesse a mis la dernière main à l’édifice de l’égalité politique. Attentifs à imiter un si bel exemple, vous l’avez poursuivie jusque dans les dépôts qui servent de refuge à son incorrigible vanité. C’est aujourd’hui que dans la capitale le raison brûle au pied de la statue de Louis XIV ces immenses volumes qui attestaient de la vanité de cette caste. D’autres vestiges en subsistent encore dans les bibliothèques publiques, dans les chambres des comptes, dans les chapitres à preuve et dans les maisons de généalogistes. Il faut envelopper ces dépôts dans une destruction commune. Vous ne ferez point garder aux dépends de la nation ce ridicule espoir qui semble menacer l’égalité. […] Je propose en conséquence de décréter que tous les départements sont autorisés à brûler les titres qui se trouvent dans les divers dépôts. »
Et Chateaubriand poursuit : « L’Assemblée, après avoir décrété l’urgence, adopte à l’unanimité le projet de Condorcet. […]
Le 22 février 1793, il fut ordonné de brûler sur la place des piques 347 volumes et 39 boîtes. » 16 (Cf. Droit. Constituante, Politique. Égalité)

Par ordre chronologique. Histoire. Archives. Jules Michelet :

Histoire (Archives) (6) : (4 juillet) 1837. Jules Michelet [1798-1874] écrit, dans son Journal, concernant M. Varcliter, archiviste de la ville d’Anvers :
« Je le soupçonne de déprécier à dessein un dépôt dont il veut avoir l’exploitation exclusive. » 17 (Cf. Économie. Exploitation)

Histoire (Archives) (7) : (13 juillet) 1837. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, concernant les archives de la cathédrale et de la province d’Utrecht, « le vrai centre de l’ancienne histoire de Hollande », auteur de :
« On disait à La Haye qu’on craignait de [les] montrer, de crainte qu’on n’y trouvât des armes pour le catholicisme. » 18

Histoire (Archives) (8) : (29 juin) 1840. Jules Michelet [1798-1874] dans son Journal, concernant l’archiviste de la ville d’Ypres, écrit :
« Le pauvre vieux Lambin est le digne archiviste d’une ville mourante. Il n’a pas formé d’élèves ; il a soixante-dix ans et cette ville emploie les derniers jours du savant homme, qui pouvait faire seul son histoire, à écrire des comptes d’hospices. Les vieilles haines de famille [nobles, comprend-on plus loin] ont empêché qu’il n’eut aucune place. Déjà nommé à Bruxelles, il a fallu biffer la nomination. […] » 19

Histoire (Archives) (9) : (11 août) 1850. Jules Michelet [1798-1874] écrit, dans son Journal : « J’ai repris les sources de notre histoire populaire. Pauvres sources, sous quelles masses effroyables de mensonges, d’erreurs, de fausse et vaine histoire, elles se trouvent ensevelies ! Elles subsistent pourtant, elles courent sous terre, elles vivent, salutaires et fécondes, et elles donneront la vie. » 20 (Cf. Histoire. Mensonges. Sources)

Histoire (Archives) (10) : (4 juin) 1852. Jules Michelet [1798-1874], écrit sobrement dans son Journal :
« Je déménage des Archives : vingt-deux ans ; entré en octobre 1830. » Il avait refusé de prêter serment à l’Empire : il est licencié, et / ou perd son emploi, et / ou est forcé de quitter son poste, et / ou se retire des Archives Nationales. 21

Histoire (Archives) (11) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’outre-tombe, publie une « dépêche » - « confidentielle » - qu’il a adressé le 2 avril 1829, de Rome à M. le comte de Portalis [Joseph. 1778-1858] :
« Le gouvernement pontifical est dans l’usage de tenir un registre où sont notés jour par jour, et pour ainsi dire heure par heure, ses décisions, ses gestes et ses faits ; quel trésor historique si l’on pouvait y fouiller en remontant vers les premiers siècles de la papauté ! Il m’a été entr‘ouvert un moment pour l’époque actuelle. Le Roi verra, par les documents que je vous transmets, ce qu’on n’a jamais vu, l’intérieur d’un conclave ; les sentiments les plus intimes de la Cour de Rome lui seront connus, et les ministres de Sa Majesté ne marcheront plus dans l’ombre [pour choisir le pape de leur convenance]. » 22 (Cf. Politique. Hiérarchie. Chateaubriand François-René de)

Histoire (Archives) (12) : (17 septembre) 1871. George Sand [1804-1876] répond à Honoré Bonhomme [1811-1890] qui termine un livre sur Mme Dupin [1706-1799] son arrière-grand-mère] et qui désire le lui montrer. Elle lui répond qu’elle n’en sait que ce qu’elle a écrit dans Histoire de ma vie et poursuit :
« […] Ce que j’en ai dit après avoir visité Chenonceau et parcouru ses notes et ses manuscrits, qu’on n’a pas voulu me laisser lire à loisir, sous prétexte que j’étais trop portée à avoir des idées subversives est littéralement tout ce que je sais. » 23

Histoire (Archives) (13) : 1875. Hippolyte Taine [1828-1893] préface, dédie son livre Les origines de la France contemporaine :
« À messieurs les archivistes et bibliothécaires de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales en témoignage de gratitude et de respect. » (Cf. Histoire. Taine Hippolyte)

Histoire (Archives) (14) : En sus de Gustave Flaubert [1821-1880] qui brula notamment les lettres de Louise Colet [1810-1876], il faut ajouter Balzac [1799-1850], qui, lui aussi, a détruit les lettres d’Ewelina Hanska [1801-1882]. 24 Et, combien d’autres ? Qui d’autres ? (Cf. Femmes, Écrivaines. Colet Louise, Comment faire disparaître les femmes, Hommes. « Grands », Patriarcat, Histoire. Patriarcale)

Histoire (Archives) (15) : 1929. Stefan Zweig [1881-1942], dans son Fouché, raconte comment Fouché [1759-12820], après avoir été renvoyé en janvier 1809 par Napoléon traita des archives de son ministère :
« Aussitôt commence une folle entreprise ; Fouché a fait venir un ami sûr pour l’aider. La porte de son cabinet est soigneusement verrouillée et tous les papiers secrets ou importants sont hâtivement enlevés des dossiers ; Fouché prend avec lui tous ceux qui peuvent encore lui servir d’armes, les papiers accusateurs et révélateurs ; les autres sont brûlés sans scrupules. […] Seuls sont conservés pour Savary [Anne Jean Marie René. 1774-1833 son successeur] les noms des espions et mouchards tout à fait sans valeur, ceux des concierges et des prostituées qui, d’ailleurs, ne lui apprendront rien d’important. Les cartons se vident à la rapidité de l’éclair. Les listes précieuses, contenant le nom des royalistes restés à l’étranger, des correspondants occultes, disparaissent ; partout on introduit ingénieusement le désordre ; les archives sont saccagées ; les pièces des dossiers sont marquées de faux numéros ; les chiffres du courrier sont altérés et ne même temps les employés les plus importants du futur ministre passent au servie secret, en qualité d’espions, afin de continuer à leurs rapports confidentiels à leur ancien et véritable maître. […] » (Lire la suite) 25

Histoire (Archives) (16) : 1931. Emma Goldman [1869-1940] dans Vivre ma vie, raconte :
« (Chargée avec d’autres de participer à la création d’un musée de la révolution, elle est à Kiev, en 1919, découvre de précieuses archives concernant « le pogrom organisé par [Anton] Denekine » [1872-1947] mais le bibliothécaire - qu’elle qualifie de « nationaliste fanatique » - de la Bibliothèque publique refuse de les lui donner. Selon Emma Goldman, ici de mauvaise foi, il « compr[it] le ridicule et le déshonneur qu’il risquait si on venait à savoir en Amérique qu’il avait préféré laisser ces documents inestimables nourrir les rats dans son sous-sol plutôt que de les confier au musée de la révolution pour les générations futures. » 26

Histoire (Archives) (17) : 1931. Marguerite Durand [1864-1936] lègue à la Ville de Paris sa documentation féministe personnelle, qui a puissamment participé à la renaissance intellectuelle, politique féministe à partir des années 1970. Faut-il voir dans cette explication toutes les difficultés auxquelles elle a été depuis confrontée ? Comment, pourquoi, quand, par qui la Bibliothèque Marguerite Durand a telle été vidée de sa substance, attaquée, menacée, si souvent, et si délibérément ?
* Ajout. 17 Mars 2023. À cet égard, l’analyse de Christine Bard, sur France Culture, qui présente Angers comme « la capitale du féminisme » et « la capitale des archives du féminisme », selon laquelle la bibliothèque Marguerite Durand « était saturée » n’est pas acceptable. 27
Il faudrait à cet égard, comprendre le long processus de cette disparition programmée et notamment retrouver l’appel à la manifestation (date ?) devant la Bibliothèque rue Nationale, (Paris 13ème) à laquelle assistait notamment Michelle Perrot.

Histoire (Archives) (18) : 1945. Robert Randau [1873-1950], dans Isabelle Eberhardt, Notes et souvenirs, recherchant en Algérie coloniale des archives concernant Isabelle Eberhardt [1877-1904], rencontre « un haut fonctionnaire du Gouvernement général » qui lui répondit « avec force soupirs, qu’il avait eu naguère la même inclination que moi à la recherche ».
« Mais les pièces du dossier et les procès-verbaux des enquêtes administratives de Ténès et d’ailleurs avaient disparu. » Il s’interroge alors :
« Après tout, il m’a peut-être fait là quelques gros mensonges pour éviter le scandale d’une publication peu flatteuse pour la perspicacité de ses prédécesseurs. » Et il poursuit :
« Bien d’autres données d’intérêt historique se sont effritées au Gouvernement Général. Négligence ou mesure de prudence ? Je tentais de m’informer d’Isabelle et des enquêtes de M. Marcé et de M. Salomon à la préfecture d’Alger. Même déconvenue. Lors du transfert des archives de l’ancienne préfecture à la nouvelle, les papiers furent entassés en vrac sur des camions qui déversèrent en masse leur chargement sur des glissières, dans les immenses caves qui occupent, sous l’hôtel actuel, la hauteur de cinq à six étages du sol du quai à celui du boulevard. On tenta, quelques années plus tard, de mettre de l’ordre dans ce fatras ; ce fut en vain ; les rats s’étaient multipliés dans les souterrains et avaient fait une belle besogne de ravageurs. »
Et Robert Randau propose alors cette importante conclusion finale :
« Ces sortes d’arrangements dans la documentation contribuent à faire de l’histoire une collection de fragments et une vaste imposture où chaque parti politique trouve son compte, pendant que chaque imagination d’historien travaille à sa fantaisie. » 28 (Cf. Histoire. Mensonges)

Histoire (Archives) (19) : (6 juin) 1960. Lu dans le Journal de Matthieu Galey [1934-1986] la présentation de Charles de Gaulle [1890-1970] par Alfred Fabre-Luce [1899-1983] :
« Il évoque, hargneux, sous un feint détachement amusé, son orgueil, sa petitesse, son habilité à faire disparaître des archives tout ce qui pourrait nuire à sa mémoire. »
* Ajout. 19 décembre 2019. (11 novembre) 1970. Matthieu Galey écrit, dans son Journal, concernant la mort de Charles de Gaulle, le 9 novembre 1970 :
« Sur le délai bizarre entre l’heure réelle de sa mort (7 h 30 du soir) et l’annonce officielle le lendemain matin (Pompidou, lui, ayant été paraît-il prévenu à 4 heures du matin), Gaxotte [Pierre. 1895-1982] me dit que cela a dû permettre à MM. Tricot [Bernard. 1920-2000] et Foccart [Jacques. 1913-1997] de rafler tous les papiers compromettants pour les mettre en lieu sûr. » 29

Histoire (Archives) (20) : 1976. Jean Chesneaux [1922-2007], dans Du passé, faisons table rase ? À propos de l’histoire et des historiens, auteur de :
« L’histoire classique est de plus en plus mal à l’aise à mesure qu’elle se rapproche du présent : nécessité du ‘recul’, difficulté d’être ‘objectif’ en des domaines trop ‘brûlants’. Le secret des archives, forme typique du pouvoir des classes dirigeantes sur l’histoire, est invoqué non seulement comme une excuse, mais comme une exigence intellectuelle : trente ans pour l’État, cinquante pour les familles, cent pour le Vatican. […]. » 30 (Cf. Histoire. Chesneaux Jean)

Histoire (Archives) (21) : (24 novembre) 1978. Lu dans le Journal de Matthieu Galey [1934-1986] :
« Aragon [1897-1982] a fait don de tous ses manuscrits au CNRS. […] Et cela contre la volonté de Mme Saunier-Seïté [1925-2003], qui a envoyé de force le directeur du CNRS en Suède le jour prévu pour la cérémonie de remise des documents. ‘Si on me les donnait, aurait-elle dit, je les jetterais au feu ou bien je les vendrais aux Américains.’
Et elle est ministre des Universités. » 31 (Cf. Culture, Femmes. « Politiques », Politique. État, Économie, Histoire. Aragon Louis)

Histoire (Archives) (22) : 1978. Edward W. Saïd [1935-2003], dans L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, auteur de :
« Silvestre de Sacy [1758-1838] a réussi à produire un domaine tout entier. En tant qu’Européen, il a pillé les archives orientales, et il a pu le faire sans quitter la France ; les textes qu’il a isolés, il les a alors rapportés, il les a ‘améliorés’ ; ensuite il les a annotés, codifiés, arrangés et accompagnés de commentaires. […] » 32

Histoire (Archives) (23) : (mai) 1981. Louis Joinet [1934-2019], dans Mes raisons d’état. Mémoires d’un épris de justice, évoque, pendant les quelques jours entre le second tour de l’élection de François Mitterrand [1916-1996] et l’investiture officielle, « l’usage immodéré des broyeuses de documents dans certains ministères. »
Courant concernant le fonctionnement de la pérennité de l’État ; pervertit nécessairement gravement l’écriture de l’histoire, notamment politique. 33

Histoire (Archives) (24) : 1981. Lu dans Domitila Barrios de Chungara [1937-2012]. Si on me donne la parole… La vie d’une femme de la mine Bolivienne :
« Nous avons besoin d’apprendre de l’expérience de notre propre histoire, des luttes passées en Bolivie, ou ailleurs.
Et il faut garder un témoignage de tout cela. Le malheur, c’est que nous n’avons pas gardé par écrit tout ce qui nous arrive. On a consigné très peu de choses. Et tout ce que nous gardions au syndicat, dans les radios des mineurs, par exemple, les bandes enregistrées, tout a été détruit ou pris par l’armée. Tout cela nous aurait beaucoup servi, y compris pour réfléchir sur notre action et pour la critiquer. » 34 (Cf. Penser. Pensée, Critique. Politique. Médias. Répression, Histoire. Orale)

Histoire (Archives) (25) : 1986. Je lis dans une note du tome X de la Correspondance de Voltaire [1694-1778] concernant une lettre de Voltaire à La Beaumelle [1726-1773] du 18 mars 177I [?] :
« L’original figurerait dans les archives La Beaumelle, à Valleraugue, dont l’accès a été refusé. » 35 Plus de trois siècles après, donc.

Histoire (Archives) (26) : 1990. Henri Langlois [1914-1977], fondateur et directeur de la Cinémathèque (Paris), concernant la question du choix des films devant être gardés au titre d’archives, auteur de :
« Il faut essayer de tout conserver, de tout sauver, de tout maintenir, de renoncer à jouer à l’amateur de classique. Nous ne sommes pas Dieu ; nous n’avons pas le droit de croire à notre infaillibilité. Il y a l’art et il y a le document. Il y a de mauvais films qui restent de mauvais films, mais qui avec le temps peuvent devenir extraordinaires. [...] Comment nous permettre de juger ? Seul le recul a rétabli la véritable échelle des valeurs pour les grands maîtres du passé. Seul le temps doit décider. […] »
Cette belle analyse est, bien évidemment, valable concernant les archives féministes, lesquelles si leur socle, leur périmètre, leur ambition doivent être définies et présentées comme telles, ne peuvent être soupçonnées du moindre engagement politique - au sens de : liées à un parti, un engagement caché - lequel détruit l’idée même d’archives. 36 (Cf. Féminisme. Féministes. Archives)

Histoire (Archives) (27) : 1990. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans un texte intitulé Quelle démocratie ? écrit :
« […] Les considérants [concernant les décisions publiques], (les considérants véritables, en tout cas) sont secrets, et dans la plupart des cas légalement interdits d’accès. Le délai d’accès aux archives publiques est de trente ans en Angleterre ; en France, je crois de cinquante ans. 50, 30 ou 10, ou même un mois, cela suffit pour ce que je veux montrer. Attendez cinquante ou trente ans, et vous saurez pourquoi votre père, frère ou fils a été tué à la guerre. C’est cela la ‘démocratie’. » 37 (Cf. Politique. Démocratie, Histoire. Mémoire)

Histoire (Archives) (28) : 1994. Je lis dans une note du livre de Françoise Basch [1930-2023], Victor Basch. De l’affaire Dreyfus au crime de la Milice :
« Je rappelle que les archives et carnets de rendez-vous de Blum et de Basch, ainsi que les archives de la Ligue des droits de l’homme ont été emportées ou détruites en 1940. 47 cartons d’archives de la LDH ainsi qu‘un fond privé Blum ont été récemment retrouvées en Russie. » Qu’en est-il depuis ? 38

Histoire (Archives) (29) : 1999. Jacques Derrida [1930-1004], dans Sur Parole, instantanés philosophiques, auteur de :
« À un certain moment de la vie et de la trajectoire d’un homme public, de ce que, selon des critères bien confus, on appelle un homme public, toute archive privée, à supposer que cela ne soit pas une contradiction dans les termes, est destinée à devenir une archive publique, dès lors qu’elle n’est pas immédiatement brûlée [ce que ‘il fit pour l’un de ses correspondances’] […] » 39 Ceci posé, cette prise de position ne règle pas pour autant les conflits entre l’Université américaine à laquelle il avait légué ses archives, et l’IMEC auquel il les avait aussi léguées. (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Derrida Jacques)

Histoire (Archives) (30) : (août-septembre) 2000. Benjamin Stora, dans Esprit, auteur de :
« […] L’écriture de l’histoire permet-elle d’écrire une histoire sereine (sic), ou sert-elle à raviver des vengeances passées, à réactiver des blessures toujours apparentes, non cicatrisées ? » 40 (Cf. Penser. Pensées. Binaires. Vérité)

Histoire (Archives) (31) : (22 mai) 2003. Je lis dans le livre de Benoît Peeters consacré à Derrida, [1930-2004] qu’un « colloque a été organisé autour d’Hélène Cixous, à l’occasion du don de ses archives à la BNF [Bibliothèque nationale de France] ». 41

Histoire (Archives) (32) : 2003. Jean Tulard, dans son Dictionnaire du cinéma. Les réalisateurs, note que la veuve de Silvio Laurenti Rosa [1892-1965] « a jeté ses films, en 1977, faute de trouver un lieu pour les abriter. » 42

Histoire (Archives) (33) : 2004. Eva Joly, rapportant son expérience de juge d’instruction, dans Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? auteure de :
« Nous vivons dans un monde étranger, où les vols de scellés, les écoutes sauvages, les filatures, les coups tordus, ces pratiques extraordinaires sont presque devenues notre ordinaire... Qui s’en émeut encore en France ? Dix ans durant, dans les dossiers que j’ai instruits, ne serait-ce que partiellement, la destruction des archives m’est apparue comme un sport national. J’ai connu successivement l’incendie volontaire embrasant les entrepôts du Havre, qui abritaient les archives du Crédit lyonnais ; l’incendie inexpliqué dévastant le siège social de cette même banque ; la destruction tout aussi mystérieuse des archives d’une filiale du Crédit Lyonnais à la veille de ma visite ; la disparition-provocation d’une caisse de scellés dans les locaux de la Brigade financière ; le cambriolage au siège de la FIBA, la banque franco-gabonaise, au lendemain d’une perquisition, pour nettoyer les tiroirs au cas où j’aurais eu envie de revenir faire un tour… Quand il ne s’agissait pas des broyeuses tournant à plein régime, par sacs entiers, dans les heures qui précédaient notre arrivée. » 43 (Cf. Justice)

Histoire (Archives) (34) : (8 janvier) 2008. Je relève dans le discours de Christine Albanel, ministre de la culture et de la communication (sic) au sénat, concernant le projet de loi « relatif aux archives », ces trois phrases :
- « Les archives ne sont pas seulement des sources du passé, elles sont avant tout des outils de gestion pour l'administration, des éléments de preuve pour nos concitoyens. »
- « Pour les archives privées classées en raison de leur intérêt historique, le projet de loi harmonise leur régime sur celui des objets mobiliers classés. »
- « Ce projet de loi prévoit enfin de protéger les archives publiques et privées en renforçant les sanctions pénales et administratives. » (Poursuivre)

Histoire (Archives) (35) : 2008. George Steiner [1929-2009], dans Les livres que je n’ai pas écrits, concernant Cecco d’Ascoli [1269-1327], accusé d’hérésie, brûlé vif par l’Inquisition, auteur de :
« Il n’est de fait pas impossible que les archives du Saint-Office relative au procès et à la sentence capitale aient été conservées à Rome. C’est ce qu’ont pensé certains chercheurs. Quoi qu’il en soit, si c’est le cas, elles n’ont jusqu’à présent pas été ouvertes à la consultation, sans parler de publication. » 44

Histoire (Archives) (36) : (20 juin) 2019. Entendu lors d’une série d’émissions consacrée aux témoignages dans l’émission La fabrique de l’Histoire de France Culture :
« Les femmes sont un peu les absentes de l’histoire. » 45 (Cf. Femmes, Féminisme. Archives, Langage. Adverbe, Penser. Euphémisme)

Histoire (Archives) (37) : (juin. juillet) 2019. Deux tentatives infructueuses, quasi concomitantes, cette année, du « don » (terme officiel) de mes archives personnelles (archives politiques féministes, incluses bien sûr) - de facto refusées - à deux institutions archivistiques publiques françaises peuvent aider à penser la permanence de l’absence des femmes dans l’histoire. Les raisons invoquées méritent d’être publiées ; en réalité, ne peuvent l’être, pas même connues, faute d’avoir été dites. (Poursuivre) (Cf. Droit, Femmes, Féminisme. Féministes. Archives, Penser, Historiographie. Patriarcale)
* Ajout. 6 août 2019. Je réalise soudainement : j’ai failli laisser en garde mes archives à des institutions qui, me concernant, se sont avérées ne pas être dignes de confiance. (Poursuivre)
* Ajout. 17 août 2019. Poursuite de la réflexion : Pourquoi la première institution, après un quasi accord, a-t-elle changé d’avis ? Pourquoi a telle dû me raconter des histoires ? Pourquoi [m’] a-t-elle demandé des absurdités juridiques ? Pourquoi ces incohérences ? Pourquoi l’évolution des arguments avancés ? Pourquoi ces gênes patentes ? Pourquoi ces institutions n’ont-elles pas pu / voulu m’écrire leur refus d’accepter mes archives ? (Poursuivre)
* Ajout. 20 septembre 2019. Entendu sur France Culture, dans Le cours de l’histoire, concernant les Archives départementales et un appel pour y déposer des archives :
« On dépose sans aucun problème ». 46 (Cf. Plus haut) (Poursuivre)
* Ajout. 9 juillet 2022. J’ai oublié de noter, qu’avant de contacter les Archives nationales pour leur proposer de déposer mes archives, j’avais lu - c’était public - que Michelle Perrot y avait déposé les siennes. J’appris ensuite qu’elle y avait aussi déposé sa bibliothèque, ce qui n’était pas dans les normes de l’institution, m’a-t-il été dit.

Histoire (Archives) (38) : (12 septembre) 2019. Alain Corbin, évoquant son travail d’historien aux archives départementales, ainsi que l’écriture de son livre : Le monde perdu de Louis-François Pinagot. Sur les traces d’un inconnu. 1798-1874 [Flammarion. 1998], interrogé sur l’éventualité d’un livre consacré à une femme anonyme, répondit :
« Si j’avais pris [comme objet d’histoire] une femme, je ne pouvais pas [l’écrire]… Il y avait très peu [d’archives]… En dehors de la naissance, du mariage et de la mort, il n’y a rien… » [Rires, à l’écoute, gênants] 47

Histoire (Archives) (39) : (8/9 décembre) 2019. Dans un article du Monde consacré à la presque fin de la Dentelle de Calais, je lis que l’entreprise Desseilles avait été rachetée en mars 2016 par un groupe chinois, qui avait investi 8 millions d’euros « avant de quitter la France, juste avant la liquidation » en 2019. Je lis ensuite :
« Des salariés sont convaincus que Yonsheng est reparti avec les archives de Deseilles. Dans les couloirs du dentellier, on raconte que les Chinois ont photographié des décennies d’archives. Natacha Bouchart parle de ‘pillage industriel.’ » 48 (Cf. Histoire. Dentelles, Économie)

Histoire (Archives) (40) : (2 mars) 2020. Xavier Mauduit, dans l’émission de France Culture, Le cours de l’histoire, auteur de :
« Les archives sont souvent produites par les hommes, sauf celles de l’intime qui restent souvent des archives privées. » Il évoque ensuite les Archives nationales, puis « le fond privé ». 49 (Cf. Histoire. Mauduit Xavier. Histoire. Patriarcale)
N.B. Je lis sur le site des Archives nationales :
« Les fonds privés ne sont pas soumis aux mêmes règles de communication que les fonds publics. »
Je note qu’il n’est pas fait état des règles de dépôt.

Histoire (Archives) (41) : (14 mai) 2020. Philippe Lejeune, concernant l’APA [Association pour l’autobiographie et le patrimoine autobiographique] située à Ambérieu-en-Bugey « la ville de l’autobiographie » - dont l’objectif est « la collecte, la conservation, la valorisation de textes autobiographiques inédits » - auteur de :
« On veut accueillir tout le monde. La vie et la société sont suffisamment inégalitaires. » Cette phrase, citée du Collège de France par Antoine Compagnon, lequel présente significativement ces archives comme ayant « un parfum démocratique, voire communautaire (sic). » 50 (Cf. Histoire. Biographie)

Histoire (Archives) (42) : (24 juin) 2020. Dans un article du Canard Enchaîné, il est question d’une décision du Conseil d’état en date du 12 juin, après « 5 années de procédure » ouvrant l’accès à 11 dossiers d’archives de Bruno Delaye, conseiller Afrique de François Mitterrand [1916-1996] entre 1992 et 1995. Je lis que la rapporteure du Conseil, Anne Iljic a blâmé « cette pratique aux marges du droit des archives, qui reviennent à privatiser (pour 30 à 60 ans) des archives qui ont vocation à être publiques. [...] ». Puis je lis avec plaisir - y percevant la possibilité d’un certain lien avec les refus (non justifiés) du ‘don’- refusé - de mes archives par les Archives Nationales et par La Contemporaine [Ex-BDIC] - que le droit d’« accès à la matière première que sont les archives » a primé sur la raison d’État. 51

Histoire (Archives) (43) : (5 octobre) 2020. Lors d’une émission de France Culture intitulée L’affaire du fichier juif, Sonia Combe affirme :
« Il n’y avait aucun doute que le fichier - officiellement « disparu » - retrouvé par Serge Klarsfeld était le ‘fichier juif’ établi par la préfecture de police, dirigée à l'époque par Tulard et qu’on appelait le ‘fichier Tulard’. J'ai mené l'enquête auprès des institutions. Aux archives des Anciens-Combattants, j'ai eu beaucoup de mal à avoir un entretien. Ils niaient l’avoir caché… Ils ne comprenaient même pas qu'en ne l'inscrivant pas dans un inventaire destiné au public, il était caché de fait. » Puis, interrogée sur les raisons expliquant pourquoi les Archives Nationales - qui « en avaient fait un microfilm » - archivés sous une autre appellation, « changée », qui donc ne permettaient pas l’information ayant permis de retrouver « le fichier juif » de 1940, répondit :
« J’ai compris qu’en fait c’était une pratique dans les Archives, qu’ils avaient complètement naturalisée ; ils l’avaient intériorisée, donc ils ne comprenaient même pas à quel point ils occultaient un document, et pas n’importe quel document. Il y avait une part à la fois de méconnaissance de ce qu’ils faisaient dans la pratique parce que, pour eux c’était habituel, c’était l’habitude ; il y avait une part d’indifférence à ce que représentait le fichier des juifs ; et puis il y avait une part de sentiment que ‘cela peut nuire à la France, quand même, ce qu’on avait fait là.’ » 52
* Ajout. 21 décembre 2020. 2013. Je lis dans Mes raisons d’état. Mémoires d’un épris de justice de Louis Joinet [1934-2019] que le fichier juif qui avait été utilisé pour « envoyer 76.000 juifs de France vers la mort », « visant aussi des Roms (dénoncés comme Gitans ou Tziganes), ainsi que des homosexuels… »
Les trois petits points doivent être explicités et, pour ce faire, le « fichier juif » revu en ce sens. 53 (Cf. Êtres humains. Fichier juif)

Histoire (Archives) (44) : (22 décembre) 2020. Dépêche de l’AFP, reprise par Le Figaro :
« L'Algérie exige de la France qu'elle lui remette ‘
la totalité’ des archives de la période coloniale (1830-1962) la concernant, a affirmé lundi 21 décembre le directeur des archives algériennes, Abdelmadjid Chikhi.
Chikhi a été chargé en juillet par le président algérien Abdelmadjid Tebboune de travailler sur la mémoire de la colonisation et de la Guerre d'Algérie, de concert avec l'historien français Benjamin Stora. ‘
L'Algérie réclame la totalité de ses archives, dont une grande partie se trouve en France, qui a toujours avancé de faux prétextes, comme par exemple la déclassification de nombre d'archives pourtant réunies depuis plusieurs décennies’, a-t-il déclaré.
Les demandes de la partie algérienne sont claires et ne nécessitent pas de concertations’, a estimé le directeur des archives nationales, ajoutant que ‘la question est immuable car le passé ne saurait être effacé ou oubli’. ‘Nous œuvrons à ce qu'il fasse partie de relations apaisées et équilibrées’ à construire entre les deux pays, a-t-il ajouté, lors d'une conférence de presse au siège de la radio publique à Alger.
Chikhi a également critiqué la législation française sur les archives publiques, stipulant qu'elles sont ‘
inaliénables et imprescriptibles’, en estimant que ce dossier ‘objet de négociations, n'est pas encore clos’. La France a restitué à l'Algérie une partie des archives qu'elle conservait, mais elle a gardé la partie concernant l'histoire coloniale et qui relève, selon elle, de la souveraineté de l'État français.
L'accès aux archives de la colonisation, déménagées en France après l'indépendance de
l'Algérie en 1962, est une des principales revendications des anciens combattants algériens. » 54 (Cf. Politique. Guerre. Algérie)

Histoire (Archives) (45) : (23 janvier) 2021. Raphaëlle Branche, historienne, auteure de :
« Les archives sont le cœur du métier d’historien-ne. » 55

Histoire (Archives) (46) : (5 février) 2021. Lu : « Le conseil de Paris a entériné la mise en place d’un Centre d’archives L.G.B.T.Q.I (Lesbiennes, gay, bi, trans, queer, intersexuel)
- Encore une fois qui ne voit l’évidence : les confusions, les l’incohérences, l’absurdité des formulations ? : un déni de l’intelligence dans lesquelles les lesbiennes en toute malhonnêteté intellectuelle, politique, historique, féministe, ont été intégrées - qui doit permettre de faire vivre la mémoire des minorités sexuelles. Ce centre, qui s’inspire de ceux déjà existants à San Francisco et à Berlin, s’inscrit dans ‘notre volonté de faire de Paris la capitale des fiertés L.G.B.T.Q.I. + et de l’inclusion’, a déclaré Jean-Luc Romero, adjoint d’Anne Hidalgo en charge de la lutte contre les discriminations. La ville doit désormais ‘identifier un lieu adapté pour ce centre avant la fin de l’année 2021’ en lien avec l’association Archives L.G.B.T.Q.I. +, a-t-il précisé. ‘Ensuite nous déterminerons par une convention les modalités de mise à disposition de ce local afin que le centre d’archives puisse voir le jour rapidement sous gestion autonome. » […] ‘Le collectif archives L.G.B.T.Q.I. + a réalisé un travail considérable ces vingt dernières années, rassemblant objets, archives sonores audiovisuelles emblématiques de l’histoire de la communauté L.G.B.T’, a salué le porte-parole du groupe ‘Changer Paris’. Aurélien Véron.
À comparer avec la politique de la Ville de Paris qui n’a pas même été capable de défendre la Bibliothèque Marguerite Durand, [laquelle, pour mémoire, lui avait fait don de ses archives].
Un musée, centre d’archives féministes doit être ouvert à Paris et la Ville de Paris doit publiquement, clairement justifier le refus qu’elle y a, jusqu’à aujourd’hui, opposé. 56

Histoire (Archives) (47) : (3 avril) 2021. Amos Gitai, auteur de :
« On ne met pas toutes ses archives dans un même endroit. » 57

Histoire (Archives) (48) : (30 mai) 2021. Stéphane Audoin-Rouzeau, concernant l’ouverture, l’accès aux archives en matière de responsabilités de l’État Français dans le génocide des Hutus au Rwanda, auteur de :
« Il y a des blocages évidents […] Il y a un refus d’archives qui est dans une tradition française. Les historiens savent qu’en France, l’accès aux archives est un problème compliqué et que les archives ne sont jamais de droit. » 58

Histoire (Archives) (49) : (5 juillet) 2021. Yann Potin, « historien » nous informe sur France Culture qu’ont été versés aux Archives Françoise Dolto, les « dossiers de patients gratuits », « des consultations gratuites à l’Hôpital Trousseau » mais pas ceux de « sa clientèle privée d’analyste ». 59 Comment ce distinguo est-il justifié ?

Histoire (Archives) (50) : (3 août) 2021. Lu dans Le Canard enchaîné concernant les 193 explosions nucléaires en Polynésie - dite - française, Emmanuel Macron, auteur de :
« Les archives seront ouvertes, sauf lorsqu’elles peuvent fournir des informations qu’on appelle ‘proliférantes’. » Le Canard rappelle à ce propos « les 17 essais (?) menés dans le Sahara de 1960 à 1966. » [Soit quatre ans après l’indépendance, ce qui peut expliquer la discrétion du gouvernement algérien] 60

Histoire (Archives) (51) : (octobre) 2021. En novembre 2017, Emmanuel Macron lors d’un voyage au Burkina-Faso s’était engagé à lever le secret-défense concernant l’assassinat de Thomas Sankara [1949-1987]. Lu dans Le Monde Diplomatique :
« Cette promesse ne sera pas tenue. Les deux premiers lots de documents déclassifiés ne comprennent que des pièces secondaires. […] La livraison ne contient aucune pièce issue des cabinets de Chirac et Mitterrand. » 61 (Cf. Culture. Sankara Thomas, Hommes. Féminisme. Sankara Thomas)

Histoire (Archives) (52) : (octobre) 2021. Je lis dans le Résumé du rapport intitulé Les violences sexuelles dans l’Église catholique de la CIASE [Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église] :
« La commission a accédé comme elle le souhaitait aux archives de l’Église. » (p.3)
Étonnée devant ce constat présenté par cette phrase sibylline comme une évidence, je lis la suite qui évoque plus précisément l’évocation d’« une recherche archivistique et socio historique, menée par une équipe de L’École pratique des hautes études [EPHE], sous la direction de M. Philippe Portier. Cette recherche s’est appuyée sur six types de sources » : dont […]
« à titre principal, les archives de l’Église de France, au niveau central comme dans 31 diocèses et 15 instituts, qu’il s’agisse des archives historiques, courantes ou ‘secrètes’, seuls deux refus, l’un émanant d’un diocèse et l’autre d’un institut, étant à déplorer. » (p.7)
Là encore, ces archives et leur accès nécessitent plus de précisions et de clarté. À lire dans les Annexes ? 62
* Ajout. 16 octobre 2021. (19 novembre) 2019. Témoignage de Christian Dubreuil à la CIASE [Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église] :
« Il y a une institution qui a le fichier quasiment exhaustif des criminels ; ça s’appelle la conférence des évêques de France. Demandez à la conférence des évêques de France la liste exhaustive de tous les prêtres et religieux pédophiles, dont ils ont eu connaissance - qu’ils aient ou non dénoncé les faits - et vous aurez l’approche par les criminels, qui sont moins nombreux que les victimes. Je voudrais lire le dossier du diocèse de Lyon sur le prêtre qui a abusé de moi. Est-ce qu’il y a eu d’autres victimes connues ? Les faits qui ont amené à l’écarter en 1986 semblent indiquer que l’Église savait ce qu’il pratiquait dans son lycée professionnel et autour. […] » (Cf. Droit. CIASE, Patriarcat. Église catholique, Histoire. Sources, Violences. Victimes. Violences à l’encontre des enfants. CIASE. Sand George)

Histoire (Archives) (53) : (10 décembre) 2021. Annonce officielle française : La France va ouvrir ses archives sur « les enquêtes judiciaires de gendarmerie et de police » avec « 15 ans d’avance ». Mais ni en Algérie, ni en France, la question des archives n’est réglée. Le président Algérien Abdelmadjid Tebboune revendique notamment la restitution à l’Algérie des archives concernant « la période ottomane » et celles des « insurrections populaires » pendant la colonisation. (Cf. Politique. Colonialisme)

Histoire (Archives) (54) : (12 mars) 2022. J’entends sur France Culture, dans l’émission consacrée au courageux historien Maurice Rajsfus [1928-2020], Franck Véron, « conservateur, directeur au département des archives à la Contemporaine », présenter les découvertes des cartons des archives de Maurice Rajsfus à son domicile, avec plaisir… et une petite émotion.
En effet, cette écoute m’a remémoré les deux refus non justifiés, celui de La contemporaine, après celui des Archives nationales, du don de mes propres archives à ces institutions publiques.
Les explications, dont j’espère qu’elles soient publiquement dicibles, me sont - si possible avant ma mort - toujours dues, et donc toujours attendues.

Histoire (Archives) (55) : (19 mars) 2022. Je lis la rigoureuse et passionnante présentation du Journal d’une suffragiste Hubertine Auclert par Nicole Cadène intitulée À la recherche d’un journal disparu qui permet notamment de rappeler à quel point les féministes et l’histoire du féminisme sont redevables à quelques rares femmes qui avaient seules compris l’importance de ce travail d’archives.
Et plus précisément à l’apport essentiel de Marie-Louise Bouglé [1883-1936], dont d’autres historiennes ont permis la transmission : Maïté Albistur, Laurence Klejman et Florence Rochefort…
Sur Wikipédia, je lis :
« Les proches de Marie-Louise Bouglé tentent de trouver un lieu de dépôt pour ce fonds dont aucune bibliothèque ne veut sous prétexte qu’il est dénué d'intérêt historique. » 63 (Cf. Féminisme, Patriarcat, Histoire. Historiographie. Patriarcale)

Histoire (Archives) (56) : Nicole Cadène, dans À la recherche d’un journal disparu, auteure de :
« À moins de posséder un château ou une maison avec grenier, il est difficile de conserver les archives familiales. » Comme ce constat est riche de questions concernant les causes et les conséquences de la pérennité des archives familiales… 64

Histoire (Archives) (57) : (23 mars) 2022. Le lis dans Le Canard enchaîné que les Archives nationales présentent une exposition intitulée : « Au salons des arts ménagers-1923-1983 ».
À défaut d’une exposition d’archives féministes…
* Ajout. 9 juillet 2022. Ou, du moins, de certaines d’entre elles.

Histoire (Archives) (58) : (11 juillet) 2022. Entendu sur France Culture, dans Grande traversée. Elisabeth The Queen, que celle-ci se rendit, avant sa mort, en mai 1972, à Paris, au chevet du duc de Windsor [1894-1937] - dont les sympathies - a minima - nazies et celle de Wallis Simpson [1896-1986] son épouse, étaient connues - fut de « le ramener dans le giron royal de façon à ce qu’ils acceptent, que Wallis accepte de rendre des documents qui pourraient être extrêmement sensibles et qu’on enferme leurs secrets dans les archives royales. »

Histoire (Archives) (59) : (24 janvier) 2024. Lu dans Le Canard enchaîné (p.8) :
« À l’heure où le gouvernement redoute un nouvel embrasement des provinces porté par la colère des agriculteurs, des députés se demandent ce que sont devenus les 19.500 cahiers de doléances remplis en 2019. Selon l’Huma [18 janvier 2024], ‘Quand un citoyen demande l’accès aux cahiers sauvegardés aux Archives nationales, voici ce qu’il se voir répondre :’ l’article demandé sera librement communiquables, à partir du 31 décembre 2069. […] »
Les Archives nationales s’approprient la mémoire du peuple qui ne leur appartient pas et nous volent de notre histoire : elles doivent nous être rendues.

Histoire (Aron Jean-Paul) : 1984. Jean-Paul Aron [1925-1988], dans Les modernes, auteur de :
« […] La nouveauté n’est jamais où l’on croit. L’histoire qui affleure est déjà périmée. Celle qui invente le futur parle encore indistinctement aux sensibilités qu’elle ébranle. » 65
Une grande leçon d’histoire, réellement bouleversante. (Cf. Penser)

Histoire. Raymond Aron :

Histoire (Aron Raymond) (1) : 1945. Raymond Aron [1905-1983], dans un article publié dans Les Temps Modernes, intitulé Après l’évènement, avant l’Histoire, consacré au procès de Philippe Pétain [1856-1951], auteur de cette conclusion :
« Faisons confiance non à la sérénité de l’histoire - elle ne sera ni plus juste ni nécessairement mieux informée que nous - mais à la force de l’oubli. » 66

Histoire (Aron Raymond) (2) : 1969. Raymond Aron [1905-1983], dans La philosophie critique de l’histoire, écrit :
« […] Ces brèves analyses nous suffisent pour dégager deux idées essentielles qui domineront notre étude : d’abord, la tâche que l’on se propose n’est jamais de transformer l’histoire en une science, mais de prendre conscience des caractères spécifiques de la recherche historique. […] » 67
Si son souci de ne pas transformer l’histoire en « science » est toujours valide - je me demande même comment cette idée a pu être un jour défendue -, la référence aux « caractères spécifiques de la recherche historique » est bien abstraite. (Cf. Penser. Pensées. Abstraction, Économie. Aron Raymond)

Histoire (Aron Raymond) (3) : (3 mars) 1980. Lettre de Raymond Aron [1905-1983] à Jeanne Hersch [1910-2000] :
« […] L’ambition permanente de ma vie a été de penser l’histoire en se faisant de manière aussi objective ou scientifique que possible. Je ne tendais donc pas à exalter le subjectivisme en histoire, mais tout au contraire à monter les difficultés, les limites de la quête de la vérité. » 68 Objectif et / ou scientifique : deux mots dépourvus de sens. (Cf. Langage. Mots, Penser. Pensées. Binaires, « Sciences » sociales)

Histoire (Aron Raymond) (4) : (25 mars) 1981. Raymond Aron [1905-1983], lors d’un entretien télévisé avec Bill Moyers, dans son Journal, auteur de :
« Si l’on observe le passé, l’humanité n’a progressé qu’au milieu des atrocités. […] » 69 Comment ne pas penser que privilégier ce regard, poser cette analyse-thèse comme telle, c’est nécessairement contribuer à les perpétuer ?

Histoire. Baisse de la natalité :

Histoire (Baisse de la natalité) (1) : La baisse de la natalité : l’expression politique première des femmes ; leur revanche sur l’histoire qui les a niées ? (Cf. Femmes, Patriarcat, Politique)

Histoire (Baisse de la natalité) (2) : Lorsqu’un gouvernement faible a épuisé toutes ses ‘cartouches’, affirmer vouloir faire ‘remonter la natalité’ est souvent sa dernière arme…

Histoire (Balzac Honoré de) : 1837-1943. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« […] Vous ne me paraissez pas fort en Histoire. Il y a deux histoires : l’Histoire officielle, menteuse, qu’on enseigne, l’Histoire ad usum delphini [histoire expurgée à l’usage du dauphin, le fils de Louis XIV] ; puis, l’Histoire secrète, où sont les véritables causes des évènements, une histoire honteuse. » 70

Histoire (Bamford Samuel) : 1842. Samuel Bamford [1788-1872], dans La vie d’un radical anglais au temps de Peterloo, auteur de :
« Que nul ne méprise les humbles acteurs d’un grand changement, car ils constituent souvent l’unique espoir de la vérité face à l’erreur, du bien contre le mal. » 71

Histoire. Russel Banks :

Histoire (Banks Russel) (1) : 2016. Russel Banks [1940-2023], dans Continents à la dérive, auteur de :
« Lors de ces années-là, au début de la décennie 1980, la plupart des événements et des processus à l’œuvre depuis des millénaires ont continué à se produire : quelques-uns sans bruit et lentement, centimètre par centimètre, à des kilomètres au-dessous de la surface de la Terre, d’autres à grand fracas, dans le feu et la fumée, avec des révolutions, des guerres et des invasions en surface. » 72

Histoire (Banks Russel) (2) : 2016. Russel Banks [1940-2023], dans Continents à la dérive, auteur de :
« L’histoire a un métabolisme trop rapide pour que nous puissions l’observer. » 73 (Cf. Langage. Verbe. Avoir)

Histoire (Banks Russel) (3) : 2016. Russel Banks [1940-2023], dans Continents à la dérive, auteur de :
« Quand on s’abandonne à des forces qui nous sont supérieures, disons à des forces telles que l’Histoire, Dieu ou l’inconscient, il est facile de perdre le fil des évènements. Notre vie en tant que récit disparaît. » 74 (Cf. Penser)

Histoire (Bannon Steve) : (9 mai) 2019. Steve Bannon, un temps conseiller politique de Donald Trump, puis renvoyé par lui, défenseur du « national-populisme », en réalité ultra-libéral et grand mais pas uniquement manipulateur d’opinion, auteur de :
« L’histoire est de notre côté » ; « L’histoire est avec nous ». 75 (Cf. Politique « Populisme »)

Histoire (Barrera Guillaume) : (13 mars) 2011. Sur France Culture, Guillaume Barrera, « philosophe. essayiste », auteur de :
« Les légendes agissent plus que la réalité dans l’histoire ». Ah bon ? 76

Histoire (Bayrou François) : (8 avril) 2021. Lu sur France-Info : François Bayrou, haut-commissaire au plan, concernant Emmanuel Macron, auteur de :
« Ma certitude, c’est que cet homme-là est à la hauteur de l’Histoire. » (Cf. Hommes « Politique ». Macron Emanuel, Histoire. Macron Emmanuel)

Histoire (Berberova Nina) : 1969. Nina Berberova [19011-1993], dans C’est moi qui souligne, auteure de :
« Je suis retournée en Europe. […] Le cimetière russe de sainte-geneviève-des- bois était devenu l’une de curiosités de Paris. […] Sont enterrés là, côte à côte, les ouvriers de l’usine Renault et les prix Nobel, les grenadiers de ‘Sa majesté’ et les mendiants du parvis de la cathédrale de la rue Daru [premier lieu de culte orthodoxe de la communauté russe de Paris]. […] Ici reposent Bounine [Ivan. 1870-1953] et Merejkovski [Dimitri. 1865-1941], Tchelitchev [Pavel. 1898-1957] et Pevsner [Antoine. 1884-1962] , des généraux de l’armée blanche et des poètes, des couturières et des ballerines, des agents secrets de Staline et ses détracteurs qui l’avaient fui, ceux pour qui la sortie des livres d’Olecha [Iouri. 1899-1960], de Bagritski [Edouard. 1895-1934] et de Tynianov [Iouri. 1894-1943] représentaient un évènement et ceux qui allumaient de petits cierges devant l’icône du ‘Tsar-martyr’ [Nicolas II. 1868-1918]. Les tombes des héros de la Résistance, garnies de fleurs fraîches, côtoient celles de l’émigration russe, faite de gloire, de misère, de folie et de boue. Dans cent ans, suivant l’usage en France, on labourera ce grand espace pour en faire des jardins-potagers. » 77

Histoire (Bernardin de Saint Pierre Jacques-Henri) : 1791. Jacques-Henri Bernardin de Saint Pierre [1737-1814], dans La Chaumière indienne, auteur de :
« […] Mais où est, par exemple, la source des vérités historiques, si ce n’est dans les livres ? Comment s’assurer aujourd’hui de la vérité d’un fait arrivé il y a deux mille ans. Ceux qui nous l’ont transmise étaient-ils sans préjugés, sans esprit de parti ? avaient-ils un coeur simple ? D’ailleurs, les livres mêmes qui nous le transmettent, n’ont-ils pas besoin de copistes, d’imprimeurs, de commentateurs, de traducteurs ; et tous ces gens-là n’altèrent-ils pas plus ou moins la vérité ? Comme vous le dites fort bien, un livre n’est que l’art d’un homme. Il fait donc renoncer à toute vérité historique, puisqu’elle ne peut nous parvenir que par le moyen des hommes sujets à l’erreur. » 78 (Cf. Culture. Livres, Penser. Vérité)

Histoire (Berr Hélène) : (25 octobre) 1943. Hélène Berr [1921-1945], dans son Journal, auteure de :
« En ce moment, nous vivons l’histoire. Ceux qui la réduiront en paroles comme Rumelles [personnage des Thibault de Roger Martin du Gard. 1881-1958] pourront bien faire les fiers. Sauront-ils ce qu’une ligne de leur exposé recouvre des souffrances individuelles ? Ce qu’il y a eu, en dessous, de vie palpitante, de larmes, de sang, d’anxiété ? » 79
Une leçon d’histoire. (Cf. Penser, Violences)

Par ordre chronologique. Histoire. Biographie :

Histoire (Biographie) (1) : (7 octobre) 1842. Henry David Thoreau [1817-1862], dans son Journal, écrit :
« Nous apprenons peu des livres savants, mais beaucoup plus des livres vrais, sincères et humains, des biographies honnêtes et bienveillantes. Qu’on me permette de savoir ce qu’un homme pensait, décidait, quand il hésitait, réussissait ou échouait, ce qu’il faisait et s’empêchait de faire. Je veux juste en savoir davantage de la vie d’un homme - de n’importe quel homme. Dans une véritable biographie, n’importe qui serait grand et n’importe qui petit. » 80 (Cf. Culture. Livres, Êtres humains)

Histoire. Biographie. François-René de Chateaubriand :

Histoire (Biographie) (2) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Que le passé d’un homme est étroit et court, à côté du vaste présent des peuples et de leur avenir immense ! » 81

Histoire (Biographie) (3) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, publie une lettre à Joseph Joubert [1754-1824] lui présentant son projet - en 1803-1804 ? - décrire les Mémoires de ma vie :
« Soyez tranquille ; ce ne seront point des confessions pénibles pour mes amis ; si je suis quelque chose dans l’avenir, mes amis y auront un nom aussi beau que respectable. Je n’entretiendrai pas non plus la postérité du détail de mes faiblesses ; je ne dirai de moi que ce qui est concevable à ma dignité d’homme et, j’ose le dire à la dignité de mon cœur. Il faut présenter au monde ce qui est beau ; ce n’est pas mentir à Dieu que de ne découvrir de sa vie que ce qui peut porter nos pareil à des sentiments nobles et généraux. Ce n’est pas au fond que je n’ai rien à cacher [suit des références aux Confessions de Jean-Jacques Rousseau] ; mais j’ai eu mes faiblesses, mes abattements de cœur ; un gémissement sur moi suffira pour faire comprendre au monde ces misères communes, faites pour être laissées derrière le voile. Qui gagnerait la société à la reproduction de ces plaies que l’on retrouve partout ? […] » 82 (Cf. Êtres humains. Soi. Vies - dites - privées, Hommes. Dignes. « Modestes »)

Histoire (Biographie) (4) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, concernant les Mémoires du duc de Rovigo [1774-1833] que celui-celui-ci lui avait fait lire avant publication, auteur de :
« Les hommes, dans sa position, parlent de ce qu’ils ont fait avec une merveilleuse candeur ; ils ne se doutent pas de ce qu’ils disent contre eux-mêmes ; s’accusant s’en en apercevoir, ils ne soupçonnent pas qu’il y ait une autre opinion que la leur, et sur les fondements dont ils s’étaient chargés - ici, un ministre de la police - et sur la conduite qu’ils ont tenue. […] »
Si souvent, si pertinent. 83

Histoire (Biographie) (5) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Heureusement pour lui [Napoléon-Bonaparte], il n’a point écrit sa vie ; il l’eut rapetissée : les hommes de cette nature doivent laisser leurs mémoires à raconter par cette voix inconnue qui n’appartient à personne et qui sort des peuples et des siècles. À nous seuls, vulgaires, il est permis de parler de nous, parce que personne n’en parlerait. » 84

Histoire (Biographie) (6) : 1853. « Que d’hommes en un homme » disait justement - si l’on y ajoute les femmes - Jules Michelet [1798-1874] des hommes de la Révolution française. 85
- Les biographies devraient plus s’inspirer des kaléidoscopes, afin de détruire l’idée même d’un être humain unidimensionnel. Mais il reste que la fragmentation n’est pas une solution ; une avancée ?
* Ajout. 19 mars 2014. N’est-ce pas jouer avec des mots ?
* Ajout. 17 août 2019. (12 septembre) 1839. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, écrivait :
« Hélas ! chaque homme est toute une histoire universelle, un monde. Cette fausse petite universalité est en face d’une grande et dévorante universalité du tout. » 86 (Cf. Êtres humains, Langage. Mots)

Histoire (Biographie) (7) : 1951. Henri Guillemin [1903-1992], dans son Victor Hugo [1802-1885] par lui-même, auteur de :
« Je voudrai tâcher de n’omettre rien d’important, ni en bien ni en mal, sur le compte de Victor Hugo [1802-1885], et de regrouper ici tous les traits qui permettent d’entrevoir quel homme, en vérité, il était. Mais est-on jamais sûr d’y voir clair ? Et qui sait si les choses les plus graves, les plus grandes, d’une destinée humaine ne nous demeurent pas dérobées ? Personne au fond ne connait personne. Essayons quand même. » 87

Histoire (Biographie) (8) : 1968. 1983. Michel Leiris [1901-1990], dans son Journal, auteur de :
- (27 mars) 1968. « Avec mes autobiographies, combien de choses ai-je pétrifié en moi, alors que j’entendais les liquider ! »
- (18 novembre) 1983. « D’une certaine façon, je suis l’antihéros de mes écrits dits ‘autobiographiques‘. Que voit-on, en effet, au centre de ceux-ci ? Un homme des plus quelconques, à la vie des plus quelconques, mais qui simplement sait se regarder et se raconter. » (Cf. Êtres humains. Soi) 88

Histoire (Biographie) (9) : 1981. Lu, dans Tous les hommes sont frères, recueil de textes de Gandhi [1869-30 janvier 1948] :
« Je comprends mieux à présent ce que j’ai lu autrefois sur le manque d’historicité de toute biographie. Je sais fort bien que dans ce récit, je ne consigne pas tous mes souvenirs. Mais qui dira ce qu’il faut retenir ou laisser de côté, dans l’intérêt de la vérité ? » 89 (Cf. Histoire. Gandhi. Souvenirs)

Histoire (de Boigne comtesse) : La comtesse de Boigne [1781-1866], dans ses Mémoires écrit simplement, justement, honnêtement - le terme d’« indépendance » étant sujet à caution - ceci :
« Je vais entrer dans le récit de la Restauration. Jetée par ma position dans l’intimité de beaucoup de gens influents, j’ai vu depuis ce temps, les évènements de plus près. Je ne sais si je les rendrai avec impartialité ; c’est une qualité dont tout le monde se vante et qu’au fond personne ne possède. On est plus ou moins influencé, fort à son insu, par sa position et son entourage. Du moins, je parlerai avec indépendance et dirai la vérité telle que je la crois. Je ne puis m’engager à davantage. » 90 (Cf. Penser. Pensées. Impartiale. Méthode, Politique. Vérité, Histoire. Impartialité)

Histoire (Blanquer Jean-Michel) : (16 novembre) 2919. Jean-Michel Blanquer, spécialiste de l’Amérique latine, ministre de l’éducation nationale, auteur de :
« […] l’indépendance réussie de Haïti [1804] ». 91
- Pour rappel : la France n’a reconnu l’indépendance de Haïti qu’en échange d’une indemnité de 150 millions de Franc-or « pour dédommager les colons [esclavagistes] ».
Toussaint-Louverture arrêté, est mort dans une prison en France, etc., etc…
Sans même évoquer la situation actuelle prévalant à Haïti… (Cf. Politique, Ministre)

Par ordre chronologique. Histoire. Marc Bloch :

Histoire (Bloch Marc) (1) : (10 mai) 1941. Marc Bloch [1886-1944], dans Apologie pour l’histoire. Ou Métier d’historien [1949], écrit, En manière de dédicace, À Lucien Febvre [1878-1956] :
« […] Longuement nous avons combattu de concert, pour une histoire plus large et plus humaine. La tâche commune, au moment où j’écris, subit bien des menaces. Non par notre faute. Nous sommes les vaincus provisoires d’un injuste destin. […] » 92 (Cf. Êtres humains. Soi. Bloch Marc, Penser. Morale. Bloch Marc)

Histoire (Bloch Marc) (2) : 1949. Marc Bloch [1886-1944], dans Apologie pour l’histoire. Ou Métier d’historien, auteur de :
« Je n’imagine pas, pour un écrivain, de plus belle louange que de savoir parler, du même ton, aux doctes et aux écoliers. Mais une simplicité si haute est le privilège de quelques rares élus. » 93 (Cf. Penser, « Sciences » sociales)

Histoire (Bloch Marc) (3) : 2019. Robert R. Lerner, dans Kantorowicz, une vie d’historien [1895-1963], évoque l’influence que Marc Bloch [1886-1944], « ses études et sa personnalité » a eu sur lui :
« […]
Moi aussi, j’ai eu le sentiment que sa recherche historique était ‘incontestablement éclairée d’un feu intérieur’, si absent dans les travaux des historiens. Mais précisément, c’est une qualité que je pouvais, hélas, lui emprunter. » 94

Histoire (« Histoires-de-bonnes-femmes ») : Que se cache-t-il derrière les « histoires-de-bonnes-femmes » ? Certes des fadaises. Mais encore ?

Histoire (Bocage) : (24 février) 1848. Bocage [Pierre-François Touzé, dit Bocage. Comédien. 1799-1862] fut l’un des quatre républicains qui se rendirent à la Chambre des députés pour interroger Lamartine [Alphonse de. 1790-1869] - « Dans le désarroi universel, son influence pouvait être décisive » - sur son soutien à la Régence ou à la République. Victor Hugo [1802-1885], dans Choses vues, poursuit :
« Lamartine écouta silencieusement leurs raisons, puis les pria de de vouloir bien le laisser recueillir pendant quelques instants. Il s’assit à l’écart devant une table, prit sa tête entre ses mains et songea. Les quatre consultants, debout, le regardaient silencieusement en silence. Minute solennelle. ‘Nous écoutions passer l’histoire’ me disait Bocage. » 95

Histoire. Patrick Boucheron :

Histoire (Boucheron Patrick) (1) : (17 décembre) 2015. Patrick Boucheron, dans sa Leçon inaugurale au Collège de France, auteur de :
«
Un historien ne sachant pas se montrer horripilant pratiquerait une discipline aimante, savante, plaisante sans doute pour les curieux et les lettrés, mais inefficace en termes d’émancipation critique. » Certes, mais n’est-ce pas bien facile ?

Histoire (Boucheron Patrick) (2) : (13 juillet) 2018. Patrick Boucheron, historien, auteur de :
«
On doit refuser l’arrogance du présent. » Certes… Et de :
«
Toute chronologie est mensongère. » 96 Certes, mais encore… (Cf. Histoire. Chronologie)

Histoire (Bourdieu Pierre) : 2004. Pierre Bourdieu [1930-2002] écrit dans Esquisse pour une auto-analyse :
«
On sait que le prestige des spécialités historiques s’accroit avec l’éloignement dans le temps des périodes étudiées ». 97
Il me semble que le processus évoqué par Pierre Bourdieu se soit inversé, ce qui peut être considéré positivement comme une démocratisation et une politisation accrue de l’histoire.

Histoire. Fernand Braudel :

Histoire (Braudel Fernand) (1) : (1er décembre) 1950. Fernand Braudel [1902-1985] dans son cours inaugural au Collège de France, auteur de : « L’histoire est fille de son temps. »
* Ajout. 3 septembre 2023. Certes, mais aussi de son sexe, de son pays, de sa culture, de son milieu, de ses engagements intellectuels et politiques, de sa conception de la ‘vérité’, de ses ‘maîtres’, de son ‘respect’, des ‘anciens’…
Histoire (Braudel Fernand) (2) : (18 septembre) 2022. J’entends, dans la présentation des Nuits de France Culture. Grandes voix du XXème siècle, concernant Fernand Braudel [1902-1985], « l’historien-monde », qu’il est qualifié de « patron », de « pape de l’école historique française », de « pape de la nouvelle histoire », de « prince ».
Pourquoi ces hyperboles ? Qui, que, cherche-ton à affirmer ? à démontrer ? à conjurer ? à effacer ?

Histoire (Braudel Fernand) (3) : Dans cette même émission, Fernand Braudel [1902-1985] se remémore son ancien instituteur « qui récitait l’histoire de France comme un office divin. » (Cf. Politique. Religion)

Histoire (Broué Pierre) : 1988. Pierre Broué [1926-2005], dans son Trotsky, auteur de :
«
Car même les hommes qui font à certains moments l’Histoire, ne savent pas toujours l’histoire qu’ils font. » 98

Histoire (Burke Edmund) : 1797. Edmund Burke [1729-1797] dans son texte : Première lettre sur les ouvertures de paix » auteur de :
« Les évènements de cette époque paraissent d’une importance que les révolutions de notre temps ont réduite à celle d’une querelle paroissiale : les débats qui agitaient alors la nation sont aujourd’hui, à nos yeux, des discussions de marguilliers. » 99
Salutaire analyse…
(Cf. Penser, Histoire. Évènements)

Par ordre chronologique. Histoire. Albert Camus :

Histoire (Camus Albert) (1) : 1951. Albert Camus [1913-1960], dans L’homme révolté, auteur de :
« (À la suite d’une présentation critique de
Friedrich Hegel. 1770-1831) Le maître ne sert à rien dans l’histoire qu’à susciter la conscience servile, la seule qui crée l’histoire justement. L’esclave n’est pas lié à sa condition, il veut en changer. […]
Ce qu’on appelle l’histoire n’est que la suite de ses longs efforts pour obtenir la liberté réelle. » 100

Histoire (Camus Albert) (2) : (10 décembre) 1957. Albert Camus [1913-1960], dans son discours de réception du prix Nobel de littérature, auteur de :
«
Le rôle de l’écrivain […] ne se sépare pas de devoirs difficiles. Par définition, il ne peut se mettre aujourd’hui au service de ceux qui font l’histoire ; il est au service de ceux qui la subissent. » 101 Pourquoi ces hiérarchies ? (Cf. Droit. Droits / Devoirs)

Histoire (Camus Albert) (3) : (14 décembre) 1957. Albert Camus [1913-1960], lors d’une conférence prononcée à l’Université d’Upsal, après le discours du 10 décembre 1957 lors de la cérémonie lui attribuant le prix Nobel de littérature, auteur de :
« […]
Ce qui caractérise notre temps, en effet, c’est l’irruption des masses et de leur condition misérable devant la sensibilité contemporaine. On sait qu’elles existent, alors qu’on avait tendance à l’oublier. Et si on le sait, ce n’est pas que les élites, artistiques ou autres, soient devenues meilleures, non, rassurons-nous, c’est que les masses sont devenues plus fortes et empêchent qu’on les oublie. » 102

Histoire (Carroll Lewis) : 1865. Lewis Carroll [1832-1898], dans Alice au pays des merveilles, auteur de de dialogue :
- «
Allons, racontez-nous vos aventures.
- Je vous raconterai mes aventures à partir de ce matin, dit Alice timidement. Je ne vous parlerai pas d’hier parce que je n’étais pas la même personne.
» 103 (Cf. Culture. Nonsense, Êtres humains, Dialogues)

Histoire. Casanova (Jean-Claude) : (13 mars) 2021. Jean-Claude Casanova, dans l’émission Répliques d’Alain Finkielkraut de France Culture intitulée De la guerre civile, responsable d’innombrables fonctions dont celle de président de la Fondation nationale des sciences politiques [2007-2016], auteur de :
« La responsabilité de Thiers [Alphonse. 1797-1877] est aussi grande que [celle de] la Commune [18 mars 1871-28 mai 1871] elle-même. »
- Ce que l’on appelle un penseur du raccourci ? de la synthèse ? de l’incohérence ? du mensonge ? .
N.B. Pour rappel : Thiers fut notamment nommé par les Communard-es : «
le bombardeur » de la Commune, « le massacreur » de la Commune. 104 (Cf. Hommes. « Intellectuels » Casanova Jean-Claude, Histoire. Finkielkraut Alain)

Histoire. Cornelius Castoriadis :

Histoire (Castoriadis Cornelius) (1) : 1982. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Les significations imaginaires, auteur de :
« L’ancien entre dans le nouveau avec la signification que lui confère le nouveau. » 105

Histoire (Castoriadis Cornelius) (2) : 1991. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Réponse à Richard Rotry, auteur de :
«
L’histoire n’a jamais été et ne sera jamais saisissable. » 106

Histoire (Céline Louis-Ferdinand Céline) : 1932. Louis-Ferdinand Céline [1894-1961], dans Voyage au bout de la nuit, auteur de :
« C’est effrayant ce qu’on en a des choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà. » 107

Histoire (Censure) : (30 novembre) 1852. La commission de colportage, instituée par arrêté ministériel du 30 novembre 1852 - loi du 27 juillet 1849 - se composait de deux membres de l’académie française, deux députés, un imprimeur-libraire, un maître des requêtes, quatre hommes de lettres, un médecin de l’empereur, un ancien préfet. Elle avait pour mission de rejeter du catalogue des livres autorisés à la vente par colportage (comprenant ceux vendus dans les gares) : les ouvrages blessants pour les mœurs, injurieux pour la religion et ses ministres, mensongers envers l’histoire.
Georges Lubin [1904-2000] qui rapporte en note ce fait d’histoire, s’interroge :
«
Dans laquelle de ces catégories rangeait-elle les romans de George Sand [1804-1876] ? » 108 (Cf. Culture. Censure, Femmes. Écrivaines, Patriarcat. Censure)

Histoire (« C’est à l’histoire de juger ») : « C’est à l’histoire de juger ». Non. C’est aujourd’hui qu’il faut juger. Demain, c’est déjà trop tard. (Cf. Penser. Juger, Histoire. « Laissons les historiens faire leur travail »)

Histoire. Johann Chapoutot :

Histoire (Chapoutot Johann) (1) : (2 octobre) 2020. Johann Chapoutot, historien, auteur de :
«
Libres d’obéir : le management du nazisme à la RFA » [Gallimard. 2020] Et de :
«
De fait ce qui n’a pas été interrogé, persiste, nous travaille et ressurgit. On en a vu des thématisations dans le monde économique ou dans la manière qu’on a de traiter le monde économique des persistances ou de rémanences, ou des résurgences curieuses. […] Je pense […] aussi au procès de France Télécom qui a été très bien chroniquée par Sandra Lucbert dans Personne ne sort les fusils : Je m’étais aperçu en regardant la manière dont les managers de France Télécom qui devaient mettre à la porte 22.000 personnes - puisque c’était l’objectif - qu’un cabinet de conseil privé avaient utilisé comme modèles possibles d’une action réussie la Luftwaffe et la Wehrmacht. » Et il évoque alors « l’incult[ure], […] un manque de tact et de finesse. » 109 (Cf. Économie)

Histoire (Chapoutot Johann) (2) : (2 octobre) 2020. Johann Chapoutot, historien, auteur de :
« […]
Personnellement je suis assez content de vivre en France, en Occident, en 2020 ». Suivi par Frédéric Worms, responsable de l’émission A présent de France Culture de :
«
Merci de le rappeler, effectivement ». Suivi par lui de :
«
Je pense que cela vaut de le rappeler. »
Pourquoi ces justificatifs ? à qui s’adressent-ils ? quels sont les courants politiques qui seraient concernés ? à quelles accusations réagissent-ils ? sont-elles légitimes ?
110

Par ordre chronologique. Histoire. François-René de Chateaubriand :

Histoire (Chateaubriand François-René de) (1) : 1807. François-René de Châteaubriand [1768-1848], concernant l’assassinat du duc d’Enghien [1772-21 mars 1804] dans Le Mercure - qui le supprima - cette analyse-jugement souvent citée :
«
Lorsque dans le silence de l’abjection, l’on entend plus retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur ; lorsque tout tremble devant le tyran, qu’il est aussi dangereux d’encourir sa faveur que de mériter sa disgrâce, l’historien paraît, chargé de la vengeance des peuples. » 111
Mais il importe d’ajouter - sans oublier qu’il s’appropria pour son propre compte le récit fait par le duc de Rovigo [1774-1833] après qu’il l’ait dissuadé de le publier dans ses
Mémoires (p.554) - que l’histoire de l’assassinat du duc d’Enghien par Chateaubriand, dans les Mémoires d’Outre-tombe (p.538 à 573), relève d’une précise, rigoureuse, méthode historique.

Histoire (Chateaubriand François-René de) (2) : (mars) 1811. François-René de Châteaubriand [1768-1848] dans la Préface de ses Études historiques, auteur de :
«
Chaque historien écrit d’après son propre génie : l’un raconte bien, l’autre peint mieux ; celui-ci est sentencieux, celui-là indifférent ou pathétique, incrédule ou religieux. […] Mais à qui le ciel a-t-il jamais départi cet ensemble de talents dont un seul suffirait à la gloire de plusieurs hommes ? Chacun écrira donc comme il voit ; comme il sent ; vous ne pouvez pas exiger de l’historien que la connaissance des faits, l’impartialité des jugements, et le style s’il peut. […] » 112 (Cf. Histoire. Impartialité)

Histoire (Chateaubriand François-René de) (3) : 1850. François-René de Châteaubriand, [1768-1848] dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
- «
Je suis comme le dernier témoin des mœurs féodales. » Et de :
- «
Je suis en quelque façon le dernier visiteur de l’empire turc dans ses mœurs féodales. » 113

Histoire (Chateaubriand François-René de) (4) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
«
Avez-vous entendu tomber l’Empire ? Non. Rien n’a troublé le repos de ces lieux. L’Empire s’est abîmé pourtant ; l’immense ruine s’est écroulée dans ma vie, comme ces débris romains, renversés dans le cours d’un ruisseau ignoré. » 114

Histoire (Chateaubriand François-René de) (5) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
«
Les vivants recueillent le fruit des existences oubliées qui se sont consumées pour eux. » 115

Histoire (Chateaubriand François-René de) (6) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
«
Je vous faire voir l’envers des évènements que l’histoire ne montre pas ; l’histoire n’étale que l’endroit. […] » 116

Histoire (Chateaubriand François-René de) (7) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], concernant Napoléon-Bonaparte, dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« […] Mais lorsque Bonaparte saisit le pouvoir, que la pensée fut bâillonnée, qu’on n’entendit plus que la voix d’un despotisme qui ne parlait que pour se louer et ne permettait pas de parler d’autre chose que lui, la vérité disparût.
Les pièces soi-disant authentiques de ce temps sont corrompues ; rien ne se publiait, livres et journaux, que par l’ordre du maître : Bonaparte veillait aux articles du Moniteur ; ses préfets renvoyaient des divers départements, les récitations, les congratulations, les félicitations telles que les autorités de Paris les avaient dictées et transmises, telles qu’elles exprimaient une opinion publique convenue, entièrement différente de l’opinion réelle. Écrivez l’histoire avec de pareils documents ! En preuve de vos impartiales études, côtez les authentiques où vous avez puisé ; vous ne citerez qu’un mensonge à l’appui d’un mensonge. » 117 (Cf. Culture. Censure, Penser. Vérité, Politique. Despotisme. Opinion publique. État, Histoire. Archives. Mensonge. Napoléon, « Sciences » sociales, Histoire. Impartialité)

Histoire (Chateaubriand François-René de) (8) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
«
Le temps fait pour les hommes ce que l’espace fait pour les monuments : on ne les juge bien des uns des autres qu’à distance et au point de la perspective ; trop près, on ne les voit pas, trop loin, on ne les voit plus. » 118

Histoire (Chateaubriand François-René de) (9) : 1850. François-René de Châteaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« J’ai peint les trois journées [de la révolution de juillet 1830] à mesure qu’elles se sont déroulées devant moi ; une certaine couleur de contemporanéité, vraie dans le moment qui s’écoule, fausse après le moment écoulé, s’étend donc sur ce tableau. Il n’est révolution si prodigieuse qui, décrite de minute en minute, ne se trouvât réduite aux plus petites proportions. Les évènements sortent du sein des choses, comme les hommes du sein de leurs mères, accompagnés des infirmités de la nature. Les misères et les grandeurs sont sœurs jumelles, elles naissent ensemble ; mais quand les couches sont vigoureuses, les misères à une certaine époque meurent, les grandeurs seules vivent. Pour juger impartialement de la vérité qui doit rester, il faut donc se placer au point de vue d’où la postérité contemplera le fait accompli.
Me dégageant des mesquineries de caractère et d’action dont j’avais été le témoin, ne prenant les journées de juillet [1830] que ce qui en demeurera, j’ai dit avec justice dans mon discours à la Chambres des pairs : [‘,]. » Chateaubriand démiurge… 119

Histoire (Chateaubriand François-René de) (10) : 1965. Victor L-Tapié [1900-1974], écrit concernant François-René de Chateaubriand [1768-1848] :
«
Au temps de la littérature d’apologétique et d’imagination, Chateaubriand rêvait d’une œuvre différente et consacrée à l’histoire. Selon une opinion assez répandue alors, il tenait l’histoire pour un genre supérieur, où les facultés de raisonnement, exercées sur des connaissances savantes, éclairaient l’expérience des hommes et des sociétés. Magistra vitae. L’historien devenait un interprète et un guide, capable d’enseigner aux nations le secret des politiques et leur propre destin. » 120

Histoire (Chateaubriand François-René de) (11) : 1965. Victor L-Tapié [1900-1974], écrit concernant François-René de Chateaubriand [1768-1848] :
« Personne, à présent, n’oserait placer Chateaubriand parmi les grands historiens du XIXème siècle. […] Certes, s’il n’a pas devancé Marx, il a préparé Michelet. […] En penseur indépendant il a parfaitement compris qu’aucun aspect du passé, ni l’économie, ni les mœurs, ni les arts ne devait être sacrifié, pour que fut atteinte une explication juste et complète du passé » 121

Histoire (C. News) : (6 octobre) 2021. Jean-Marc Morandini sur C. News concernant les prises de position d’Éric Zemmour sur Philippe Pétain et Vichy, auteur d’un péremptoire :
«
Ce n’est pas ça qui intéresse les gens. »
La responsabilité des télés et des sondages en matière de soutien à Éric Zemmour et à l’extrême-droite -
C. News en étant l’incarnation - est incontestable. (Cf. Penser. Pensées. Autoritaire, Politique. Extrême-droite. Médias, Histoire. Zemmour Éric)

Histoire (Champollion Jean-François) : (1er août) 2022. Jean Lacouture [1921-2015], concernant Jean-François Champollion [1790-1832], auteur de :
«
Il a ajouté 3000 ans à la mémoire du monde. » 122

Histoire (Chesneaux Jean) : 1976. Jean Chesneaux [1922-2007], dans Du passé, faisons table rase ? À propos de l’histoire et des historiens, auteur de :
«
L’auteur n’est qu’un relais, l’écriture n’est qu’un reflet ». 123 (Cf. Êtres Humains. Soi. Penser, « Sciences » sociales)

Histoire (Chine) : 2004. Philippe de Gaulle, dans De Gaulle, mon père [1890-1970], auteur de :
«
La curiosité qu’il manifeste à l’égard de la Chine est pour nous une découverte. Nous n’imaginions pas combien ce pays suscitait son intérêt. À un moment, nous l’entendons lancer : ‘Comment ignorer plus longtemps ce peuple dont les origines sont plus anciennes que l’histoire elle-même. Ne joue-t-il pas un grand rôle dans l’histoire du monde ? » 124 (Cf. Histoire, De Gaulle Charles)

Par ordre chronologique. Histoire. Winston Churchill :

Histoire (Churchill Winston) (1) : 1948. Winston Churchill [1874-1955] auteur de :
«
Un peuple qui oublie son histoire est condamné à la revivre. » (Source ?)

Histoire (Churchill Winston) (2) : 1948. Winston Churchill [1874-1955] écrit dans sa Préface à ses Mémoires de guerre. 1919-1941 :
« Comme dans mes oeuvres précédents, j’ai choisi de suivre ici, autant que possible, la méthode employée par Daniel Defoe [vers 1660-1731], dans Mémoires d’un cavalier - 1720 -, où l’auteur rattache l’exposé et la discussion de grands évènements d’ordre militaire et politique au fil de l’expérience personnelle d’un individu. […]
J’apporte mon témoignage selon mes propres lumières. » 125

Histoire (Churchill Winston) (3) : 2009. Début de l’Avant-propos aux Mémoires de guerre. 1919-1941 de Winston Churchill [1874-1955] :
«
En juin 1936, lors d’un débat particulièrement houleux aux Communes, Le député Churchill s’adresse au premier ministre Stanley Baldwin [1867-1947] : ‘L’histoire dira que vous avez eu tort dans cette affaire… Et si j’en suis certain, c’est parce que c’est moi qui l’écrirai !’. Dont acte. » 126

Histoire (Churchill Winston) (4) : 2014. Début de l’Avant-propos aux Mémoires de la grande guerre. 1911-1915 de Winston Churchill [1874-1955] :
« Lorsqu’il entreprend de rédiger ce livre en 1920, Winston Churchill est déjà un vétéran de l’écriture : il est l’auteur de huit ouvrages dont sept sur les campagnes aux frontières de l’Inde, au Soudan et en Afrique du Sud, ainsi que d’une épaisse biographie de son père, lord Randolph Churchill [1849-1895]. Les sept premiers narraient surtout ses aventures d’officier subalterne aux confins de l’empire, tandis que la biographie de lord Randolph relatait, sur le mode hagiographique, des événements dont son fils n’avait eu que très indirectement connaissance. Par contre, le présent récit, entrepris deux ans après la fin de la grande guerre et intitulé en anglais The world crisis, est celui d’un politicien expérimenté, ayant personnellement vécu les péripéties du conflit depuis les sommets du gouvernement jusqu’aux abîmes des tranchées. […]
Si, dans un premier temps, l’ancien Premier Lord ne résiste pas à la tentation de se mettre en scène, il gagne bientôt des sphères plus élevées, de sorte que son œuvre ne s’achèvera que cinq volumes et 2.300 pages plus tard, avec une reconstitution des origines et des péripéties de la Grande Guerre aussi fabuleuse par le style que par l’ampleur de la narration. […]
Mais si la prose de l’auteur semble aussi originale pour son époque, c’est que Churchill écrivait peu, il dicte à longueur de pages, ce qui donne un style particulièrement vivant que l’on cherchera en vain dans les Mémoires de ses contemporains » [Puis il engage un « assistant » qui « se charge de vérifier le manuscrit a posteriori, de traquer les erreurs et de combler les lacunes »]
« À partir du sixième et dernier volume de ce magnum opus, ajouté au début des années trente, Churchill va monter une sorte d’industrie de la production littéraire, en engageant un véritable consortium d’historiens chargés de rédiger à l’avance les canevas de ses chapitres. Ses écrits ultérieurs, notamment la vaste biographie de son ancêtre Malborough [1650-1722] et ses six volumes sur la Seconde guerre mondiale porteront la marque de ce travail collectif. […] » 127

Histoire (« Circonstances de l’histoire qu’il vaut mieux ne pas décrire Des ») : (22 février) 2022. Bénédicte Savoy, dans son cours au collège de France, cite l’analyse en 1978 faite par le présentateur lors d’un 20 heures de TF1, à l’occasion d’une demande effectuée par le directeur général de l’UNESCO « pour que reviennent dans leurs pays d’origine les pièces qui leur avaient été prises à l’époque coloniale. » Roger Gicquel évoqua à cette occasion « toutes ces collections africaines arrivées chez vous, dans des circonstances de l’histoire qu’il vaut mieux ne pas trop décrire. » (Cf. Politique. Colonialisme. Médias)

Par ordre chronologique. Histoire. Georges Clemenceau :

Histoire (Clemenceau Georges) (1) : (29 janvier) 1891. Georges Clemenceau [1841-1920], à l’assemblée nationale, auteur de :
« La révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire. » (Cf. Histoire. Révolution française)

Histoire (Clemenceau Georges) (2) : (28 février) 1894. Georges Clemenceau [1841-1920], dans La Justice, auteur de :
« Comme nous sommes un peuple civilisé, comme nous avons la double gloire de la révolution française et de son avortement […]. » 128 (Cf. Histoire. Révolution française)

Histoire (Clemenceau Georges) (3) : (17 novembre) 1903. Georges Clemenceau [1841-1920], au sénat, s’adressant à un « collège » qui lui avait déclaré que ce qu’il avait dit était « contraire à toute la vérité historique », auteur de :
« Vous ne détenez pas l’histoire, moi non plus ; quand vous serez à la tribune, vous direz votre vérité historique : je dis la mienne comme je peux, fort mal, sans doute … » 129

Histoire. Colonialisme :

Histoire (Colonialisme) (1) : (15 mars) 1956. Mouloud Feraoun [1913-1962], dans son Journal, se remémorant son « maitre [d’école] » et ses leçons, en Kabylie, dans l’Algérie colonisée, auteur de :
« Il m’a appris très tôt que la France était ma patrie adoptive et que par conséquent j’étais un petit orphelin dont on prenait soin. Cela mit dans mon cœur beaucoup d’humilité et de reconnaissance attendrie et j’aimais la France plus qu’un petit Français. Il m’a expliqué la signification symbolique des trois couleurs ainsi que la devise républicaine à laquelle il croyait avec la candeur des grands enfants, avec toute la naïveté de sa bonne bouille ronde, rougeaude et toujours souriante. Il m’a parlé de l’Empereur à barbe blanche qui pourfendait les Sarrazins, puis Jeanne d’Arc qu’il taquinait un peu à cause des voix. Il avait un profond respect pour l’éblouissant’ roi soleil‘, mais il aimait aussi le Béarnais [Henri IV. 1553-1610] qui a si bien roulé les calotins pour ensuite mourir traitreusement de la main d’un ‘père blanc fanatique. Mon maître avait l’at de l’anecdote et d’approximatives notions d’histoire. Il arrangeait ses contes sans trop de malices et nous intéressait prodigieusement. Dans notre esprit, il abolissait le temps, la distance et ces gens dont il nous parlait nous paraissaient être de chez nous. Ils étaient morts bien sûr, mais ils restaient là, tout près. Pas tellement différents des hommes d’aujourd’hui. Nous les faisions nôtres au point que nous trouvions ridicules et antipathiques tous les autres peuples sur lesquels parfois il nous touchait un mot, y compris nos propres ancêtres qui nous faisaient un peu honte mais dont nous excusions l’ignorance et que nous nous promettions de racheter en devenant de ‘bons Français’. Notre maître partageait son admiration entre Robespierre et le petit Corse qui domina le monde. Tout son mépris au contraire allait au dey Hussein [1830] font le fameux éventail nous sauva de la Barbarie. Enfin il jurait par Jules Ferry [1831-1893] et vivait dans la crainte perpétuelle de mécontenter l’inspecteur primaire.
Pourtant il était plein de bon sens et de finesse. Je le soupçonne d’avoir compris depuis longtemps. Mais, dans son honnêteté foncière, il nous a servi scrupuleusement ce que les programmes lui assignaient de nous servir dans leur lettre et dans leur esprit. Il avait compris depuis longtemps et il s’est gardé de nous avertir ! Lorsque, à notre tour, nous nous sommes mis à poser des questions et à rechercher des réponses, la colossale duperie s’est dressée devant nous comme une infranchissable barrière. » 130
Éblouissante analyse. (Cf. Politique. Colonialisme)

Histoire (Colonialisme) (2) : (30 août) 2001. Roger Botte, dans Le Monde, auteur de :
« L’occultation de l’esclavage interne aux sociétés africaines est largement partagée. Deux raisons aux connivences qui oblitèrent le sujet ; d’une part l’abolition de l’esclavage est historiquement le fait des pouvoirs coloniaux, et les Africains n’en sont nullement les acteurs ; d’autre part, avec l’opposition colonisé / colonisé s’est établie une analogie entre inégalité de l’esclavage et sujétion politique. Dans des contextes marqués par les luttes pour la décolonisation, puis par l’idéologie tiers-mondiste, la vision de la domination comme métaphore de l’esclavage excluait donc toute tentative d’étudier l’esclavage réel (sic). Aujourd’hui, en parler contredit une certaine image de la modernité africaine incompatible avec l’opprobre associé à l’esclavagisme. […] Alors, comment légitimer la demande d’une indemnisation compensatoire et expiatoire si l’on ne reconnait pas chez soi l’existence de pratiques serviles ? » 131
N.B. 1. Je pense néanmoins que, y compris en tenant compte de cette analyse, cette « demande », avec un peu de rigueur et d’honnêteté historique devrait être possible et entendue, car elle est légitime.
N. B. 2. Les réparations du colonialisme, de ses effets et de ses conséquences - aujourd’hui compris - ne relèvent ni de « compensation », ni d’« expiation ».
N.B. 3. « Pratique serviles » n’est pas synonyme d’esclavagisme. (Cf. Politique. Colonialisme)

Histoire (Colonialisme) (3) : 2004. Sous la responsabilité de (à l’initiative de ?, coordonné par ?) Marc Ferro [1924-2021], 21 auteur-es ont participé au Livre noir du Colonialisme. XVIe-XXe siècle : de l’extermination à la repentance. Hachette. Littérature. Pluriel. 1124 p :
Un livre essentiel. (Cf. Langage. Critique de mots : « Repentance », Politique. Colonialisme)

Histoire (Colonialisme) (4) : (20 mars) 2021. Entendu sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite) :
« Bien sûr qu’on a pu faire des choses qui n’étaient pas très bien […]. » (Cf. Langage. Critique de : « On », Politique. Colonialisme)

Histoires (« Combats pour l’honneur ») : Si l’histoire sortait les « combats pour l’honneur » de leur ancrage militaire, si souvent nationalistes, et y intégraient ceux - notamment les combats ses femmes si systématiquement tenues pour nulles et non avenues - qui pourraient être ainsi qualifiés, elle s’en s’enrichirait sûrement, s’en honorerait.

Histoire. Commémoration :

Histoire (Commémoration) (1) : Les commémorations : toujours trop tardives.
Évitent surtout les autocritiques et plus largement de prendre clairement position ; dès lors contribuent à prolonger une certaine conception figée de l’histoire. (Cf. Êtres humains. Autocritique, Politique. Esclavage)

Histoire (Commémoration) (2) : (13 août) 2020. Entendu : « On fête aujourd’hui… je veux dire : On commémore… » (Concernant la politique d’extermination de la population juive Hollandaise par les Nazis pendant la seconde guerre mondiale). (Cf. Langage)

Par ordre chronologique. Histoire. Comparaison :

Histoire (Comparaison) (1) : 1928. André Gide [1869-1951], dans Le retour du Tchad, auteur de :
« (après avoir cité « une danse échevelée, extravagante de [ses] porteurs, aux cris de ‘Merci Gouvernement ! » - qui ne le gêne en rien -) poursuit :
« Ah ! que ces braves gens sont donc peu mûrs pour les revendications sociales ! » 132 (Cf. Politique. Animalisation des êtres humains. Colonialisme)

Histoire (Comparaison) (2) : 1956-1957. Pierre Mendès-France [1907-1982] concernant la république, écrit :
« (en 10940) Nous avons tous ressenti, alors, cette sorte de défaite morale qui doublait la défaite matérielle, dans l’effondrement de l’été 40. Par la suite, le régime de Vichy, avec son idéologie fade et louche, ses compromissions de plus en plus marquées avec l’ennemi, a rendu à la République, un prestige fondé sur la comparaison. […] » 133 (Cf. Histoire. Mendès France Pierre)
N.B. Depuis, la république devenu un fétiche.

Histoire (Comparaison) (3) : 1984. Lu sur la quatrième de couverture repris de l’Introduction du livre de l’historien Moses I. Finley [1912-1986], Économie et société en Grèce ancienne [1965] :
« Pour Finley, la comparaison n’est pas seulement un mode d’analyse, ni la juxtaposition de deux ensembles de faits ; c’est l’essence même de l’histoire, dans la mesure où c’est le devoir de l’historien de découvrir des relations de tous ordres […]. ». 134
La question n’est pas la « comparaison », pas plus que les « relations » - dont chaque esprit est submergé - mais les critères qui la, qui les fondent. Évident, mais… (Reprendre)
N.B. Les quatrièmes de couverture : ou comment, trop souvent, les éditeurs espèrent attirer le chaland en leur proposant ce qu’ils jugent le plus facilement compréhensible par eux. (Cf. Culture. Livres, Penser. Comparaison, Histoire. Finley Moses I.)

Histoire (Contextualiser) : « Il faut contextualiser ! » répètent-t-ils sans cesse. Mais pour cela, il faudrait se juger apte à penser l’auteur-e, son être, dans son identité, ses analyses, en fonction de la période en cause, de ses contemporain-es, etc… : autant d’impossibilités. Et ce, tout en faisant abstraction de soi…

Histoire (Contretemps) : 1963-1964. Martin Luther King [1929-1968], dans Révolution non violente, auteur de :
« […] Et surtout, ils ne comprenaient pas combien devenait ridicule le mot ‘contretemps‘, alors que le cours de l’histoire révélait que le problème noir avait déjà accumulé un retard d’un siècle. » 135
* Ajout. 2 juillet 2021. Saint-Simon [1675-1755], dans ses Mémoires, auteur de :
« Les contretemps sont toujours de toutes les grandes affaires. » 136

Histoire (Costelle Daniel) : (9 novembre) 2018. Daniel Costelle, co-auteur avec Isabelle Clarke de la série documentaire télévisée Apocalypse, La paix impossible, 1918-1926 traitant de la première guerre mondiale, auteur de :
« Nous n'avons aucune interprétation de l'histoire […] » 137 Comment alors peut-on écrire l’histoire ? Et affirmant décrire des « faits » et en croyant ainsi se soustraire de toute idéologie ?

Histoire (Courtois Stéphane) : 2002. Stéphane Courtois, dans Du passé faisons table rase. Histoire et mémoire du communisme en Europe, concernant « les dizaines de victimes algériennes de la manifestation organisée par le FLN à Paris le 31 octobre 1961 [Non. Le 17 octobre 1961] qui fut on le sait très vivement réprimée par la police », auteur de :
« Ce n’est pas le lieu d'engager un débat historique sur cet évènement, même s’il serait temps de le replacer dans son contexte et de s’interroger sur… ». Pour, ensuite s’interroger :
« Mais quelle légitimité morale et historienne Jean-Luc Einaudi [1951-2014, lequel révéla le massacre du 17 octobre 1962] peut-il avoir pour dénoncer le crime d’octobre 1961, lui qui […] ? ». 138 (Cf. Politique. Colonialisme. État. Répression)

Histoire (Chronologie) : 1844. Charles-Augustin Sainte-Beuve [1804-1969] juge dans la Revue des deux mondes, La vie de Rancé de François-René de Chateaubriand [1768-1848], un « monstre de licence chronologique » ; Antoine Compagnon « un admirable tremblement du temps ». 139
* Ajout. 19 juillet 2019. Entendu évoquer « la tyrannie de la chronologie ». (source oubliée de noter)

Histoire (Critique) : 1936. André Gide [1869-1951], dans Retour de l’URSS, auteur de :
« […] Je ne me dissimule pas l’apparent avantage que les partis ennemis - ceux pour qui ‘l’amour de l’ordre se confond avec le goût des tyrans’ [Alexis de Tocqueville. De la démocratie en Amérique. Introduction] - vont prétendre tirer de mon livre. Et voici qui m’eut retenu de le publier, de l’écrire même, si ma conviction ne restait intacte, inébranlée, que d’une part, l’URSS, finira bien par triompher des graves erreurs que je signale ; d’autre part, et ceci est le plus important, que les erreurs particulières d’un pays ne peuvent suffire à compromettre la vérité d’une cause internationale, universelle. Le mensonge, fut-ce celui du silence, peut paraître opportune, et opportune la persévérance dans le mensonge, mais il fait à l’ennemi trop beau jeu et la vérité, fut-elle douloureuse, ne peut blesser que pour guérir. » 140
Pas vraiment la nécessité de la critique, en soi, pour elle-même… (Cf. Penser. Pensées. Binaires, Politique. Révolution, Gide André, Histoire. Mensonge)

Histoire (« Culpabilité historique ») : 2011. Alain Badiou et Eric Hazan, dans L’antisémitisme partout, auteurs de :
« […] La notion de culpabilité historique d’un peuple est aussi ancienne que mal fondée. Un exemple typique : On attribue très souvent l’écroulement militaire français en 1940 à une disposition défaitiste du peuple, coupable de n’avoir pas voulu se battre, d’avoir préféré capituler plutôt que de répéter la boucherie de 14-18. Or, selon tous les témoignages, toutes les enquêtes sérieusement menées auprès des acteurs de ce drame, qu’ils aient été officiers de de réserve ou simples soldats, c’est dans le haut commandement ou dans la classe politique que le défaitisme s’est imposé, tout simplement parce que les gens puissants de l’époque, notamment dans l’armée, préféraient de beaucoup Hitler et le fascisme aux communistes, tremblant qu’ils étaient encore de la peur que leur avait inspirée le Font populaire. La bourgeoisie française rejouait encore une fois la capitulation de 1871 devant les prussiens (plutôt l’invasion que le peuple parisien révolté) et celle de 1815 devant les coalisés (plutôt les bataillons étrangers que l’héritage de la Révolution). […] » 141

Histoire (Daeninckx Didier) : (17 septembre) 2021. Didier Daeninckx, auteur de :
« J’ai toujours pensé que les figurants font l’histoire… Ceux qu’on appelle le peuple. » 142 (Cf. Politique. Peuple)
N.B. Que l’histoire ‘officielle’, ‘universitaire’, apparait globalement triste, terne, peu vivante, dépassionnée, après avoir écouté pendant une heure Didier Daeninckx.

Histoire (Date) : 2008. Ryszard Kapuściński [1932-2007], dans Mes voyages avec Hérodote, auteur de :
«
En général, les biographes s’accordent sur la date de la naissance d’Hérodote, entre 490 et 480 avant Jésus-Christ, peut-être en l’an 485. Dans l’histoire de la culture mondiale, il s’agit d’une période capitale : Bouddha disparaît autour de 480, un an plus tard, Confucius meurt dans la principauté de Lu, cinquante ans plus tard, Platon voit le jour. […] » 143 (Cf. Culture, Histoire. Hérodote)

Histoire (Debray Régis) : (19 juillet) 2021. Régis Debray, auteur de :
«
L’histoire n’est plus une promesse. Il n’y a plus rien de bon à attendre de l’histoire. »
Pour rappel : Une femme meurt dans le monde par minutes pour des raisons liées à la naissance ; la FAO estime que plus de 690 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim ; 1000 personnes sont en 2021 mortes noyées entre la Lybie et l’Italie ; plus de 6500 ouvriers du Népal, du Sri Lanka, du Bangladesh sont morts sur les chantiers de la coupe du monde de foot au Qatar…

Histoire (« Décoloniale ») : (17 août) 2020. Après avoir entendu, sur France Culture, Frantz Fanon, [1925-1961] qualifié de « penseur décolonial » et avoir entendu qu’il « avait une approche décoloniale » - ce qui n’est pas le cas dans le titre de l’émission - et ayant toujours considéré Frantz Fanon comme un penseur anti-colonialiste, j’ai mieux compris mon refus de ce terme : en refusant de se positionner politiquement sur le colonialisme, on en arrive nécessairement à dépolitiser une pensée, un penseur, une politique. Dès lors, on participe, par le seul emploi de ce seul terme de « décolonial » - puis de « post-colonial » - à la dépolitisation de l’histoire, et donc à sa déformation. 144 (Poursuivre)
- Le même raisonnement est valable concernant l’emploi du terme de « racisé-e », à ceci près qu’il y a eu effectivement une décolonisation, mais que le racisme a toujours [eu] lieu. (Cf. Langage. Mots. Critique de mots. « Racisé-es »)
* Ajout. 24 août 2020. Je découvre à l’écoute de la rediffusion d’une émission de France Culture du 8 mai 2010 que les « post-colonial studies » furent liées aux « subaltern studies ». (Cf. Langage. Mots. Critique de : « Décolonial »)

Par ordre chronologique. Histoire. Charles De Gaulle :

Histoire (De Gaulle Charles) (1) : 1967. André Malraux [1901-1976], dans ses Antimémoires, cite cette phrase de Charles de Gaulle [1890-1970] :
« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. » (source et date à retrouver) 145

Histoire (De Gaulle Charles) (2) : 2004. Philippe de Gaulle, dans De Gaulle, mon père [1890-1970], auteur de :
« Il considérait toujours le présent en fonction du futur et en regardant le passé pour déchiffrer le présent. ‘On ne vit le présent que pour le futur, sinon, énonçait-il, ce n’est pas la peine d’aller plus loin. On peut s’arrêter tout de suite. ‘» 146

Histoire (De Gaulle Charles) (3) : (23 septembre) 2023. Entendu sur LCP [La chaine parlementaire. Les grands entretiens], un fragment (s. d) d’un discours de Charles de Gaulle [1890-1970], dans lequel celui-ci déclarait :
« La France vient de loin… »

Histoire (Démographie) : (1er novembre) 2023. Jacques Myard, sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), auteur de :
« L’histoire du monde, c’est l’histoire de la démographie. Tout le reste, c’est de la littérature. »

Histoire (Dentelles) : (2 septembre) 1870. Edmond de Goncourt [1822-1896] écrit dans son Journal :
« Les choses meurent comme les hommes. Chennevières [Philippe de. 1820-1899] me disait hier que le point d’Argentan, de 1815 à 1830, avait été complètement oublié et que, sans la mémoire de deux vieilles filles, encore survivantes, on n’aurait pu le retrouver. Encore y a-t-il une variété de ce point qui est perdue. Et, en note, je lis :
« Point d’Argentan ou point de France : point de dentelles à l’aiguille au XVIIIème siècle qui fut considéré comme ‘plus beau et d’une perfection plus grande que celui d’Alençon’. Ses fabricants devinrent les fournisseurs de rois de France et d’Espagne. De nos jours, il est l’exclusivité des moniales de Notre-Dame d’Argentan. » 147 (Cf. Dentelles d’Argentan sur Wikipédia
N.B. C’étaient les dentellières qui faisaient les dentelles, pas les « fabricants ». (Cf. Femmes. Comment faire disparaître les femmes)

Histoire (« Devoir de mémoire ») : Mais qui pose le ‘devoir de mémoire’ ? Avec quelle légitimité ? Sur quels fondements ? moraux ? politiques ? historiques ? Sur quels thèmes, périodes, sujets… et, dès lors, sur quels thèmes, périodes, sujets maintenus dans le silence ?
Les mémoires ne sont-elles pas - nécessairement - différentes, ambivalentes, évolutives, contradictoires, etc…
(Cf. Histoire. Mémoire)

Histoire. Isaac Deutscher :

Histoire (Deutscher Isaac) (1) : 1964. Isaac Deutscher [1907-1967], dans le chapitre Staline pendant la guerre civile de son Staline [1878-1953], écrit :
« […]
Ce schéma général du développement révolutionnaire [tel que préalablement présenté en 4 pages] doit sembler simplifié et confus [non, pertinent et clair]. La vérité historique réside moins en de grandes généralisations qu’en un enchaînement complexe d’évènements qui diffèrent dans chaque révolution. […]
Mais ce qui importe de notre point de vue, c’est la tendance générale des évènements ; et celle-ci a été commune à toutes les grandes révolutions. C’est dans cette large perspective que la métamorphose du bolchévisme triomphant et du destin propre à Staline peut être la mieux être comprise. » 148 (Cf. Penser. Méthode, Politique. Révolution, Histoire. Révolution française)

Histoire (Deutscher Isaac) (2) : 1964. Isaac Deutscher [1907-1967], dans Staline, en conclusion, auteur de :
«
La tragédie de la Russie contemporaine, c’est que toute l’élite de la nation, son intelligentzia, ses fonctionnaires et tous ses éléments à cerveau politique [!] partagent à des degrés divers la faute de Staline [1878-1953]. Il est probable qu’il n’est personne à Moscou qui, se posant aujourd’hui en accusateur et juge de Staline se puisse trouver un alibi indiscutable. Staline a fait, de la nation tout entière, ou au moins de tous ses éléments instruits et actifs [!] sa, ou ses complices. Ceux qui refusaient d’exécuter ses ordres ont péri, à part quelques rares exceptions, depuis longtemps.
Tel est le fond bien peu propice sur lequel se déroule la déstalinisation. Le seul fait qu’elle se déroule montre à quel point elle était devenue une nécessité nationale pour l’Union soviétique. Mais ceux qui l’ont initiée et les agents de la déstalinisation sont eux-mêmes inévitablement entachés de stalinisme. Il n’existe ni ne peut se trouver d’autre matériel humain [!] disponible. Et nous dirons, paraphrasant un fameux dicton bolchévique, que l’édifice de la société post-stalinienne devra être construit avec les briques qui resteront de la Russie stalinienne. » 149
Cette conclusion n’est-elle pas universelle ?

Histoire (Doctrine du péché originel) : 2017. Massimo Boffa, analysant l’oeuvre historique de Joseph de Maistre [1753-1821] auteur de :
«
Comme on le voit, on est à l’opposé de l’idée rousseauiste d’une innocence originelle de l’homme. Ce n’est pas un hasard si la doctrine du péché originel a exercé une si grande séduction sur la pensée réactionnaire : contre le volontarisme des révolutionnaires qui veulent changer le monde pour rendre l’homme à sa bonté essentielle, elle postule la corruption irrémédiable de la nature humaine que le temps historique n’a pas pour vocation de racheter. […] » (Cf. Êtres humains, Penser, Histoire. Maistre Joseph de. Révolution française) 150

Histoire (Documents) : 1985. Svetlana Alexievitch, dans La guerre n’a pas un visage de femme, auteure de :
«
Les documents sont des êtres vivants, ils changent en même temps que nous, on peut en tirer sans fin quelque chose. » Puis elle écrit, 17 ans plus tard :
«
Les documents ne meurent pas, ne restent pas figés une fois pour toutes sous une forme donnée, dans les mêmes termes, ils bougent. Nous sommes capables de puiser sans fin de la matière neuve au fond des mots, ou plus exactement au fond de nous-mêmes. » 151 (Cf. Êtres humains. Langage. Mots, Penser. Méthode, Histoire. Archives. Sentiments)

Histoire (Dostoïevski Piotr) : 1861. Piotr Dostoïevski [1821-1881], dans Souvenirs dans la maison des morts, auteur de :
«
La maison de force me devenait odieuse. La haine que ma qualité de gentilhomme inspirait aux forçats pendant ces premières années, empoissonnait ma vie toute entière. […] ‘Vous autres, nobles, vous êtes des becs de fer, vous nous avez déchirés à coup de bec de fer quand nous étions serfs’ nous disaient les forçats. » 152

Histoire (Doutes) : 1969. Arthur London [1915-1986], dans L’aveu. Dans l’engrenage du procès de Prague, auteur de :
«
Avec Lise [London. 1916-2012], nous avons beaucoup parlé de MartheUne polonaise élevée en France où elle avait fait ses études avant d’aller travailler en URSS », « disparue au début de 1937 » en Tchécoslovaquie, et envoyée dans un « camp en Sibérie, un camp très dur »].
Nos trois années de prison en France occupée et de camp de concentration n’était rien comparé au sort de Marthe, car tomber en combattant l’ennemi ne peut se mesurer à la mise au ban des siens. Nous tentions de nous expliquer de telles erreurs et de la justifier par la discipline qu’impose une lutte aussi impitoyable que la nôtre. Nous taisions nos doutes. » 153

Histoire (Dozsa György) : 1946. János Székely [1901-1958], dans L’enfant du Danube, auteur de :
« Il se proclamait un disciple de György Dozsa [né vers 1470- exécuté en juillet 1514], le seul homme, dans l’histoire de la Hongrie, à avoir incité les paysans à la rébellion contre leurs oppresseurs. La révolte qu’il avait prêchée et lui-même étaient éteints depuis sept siècles, et pourtant il était toujours haï par les milieux officiels et toujours adoré par le peuple. Les yeux de l’instituteur s’éclairaient quand ils faisaient allusion à Dozsa, et il ne manquait pas une occasion d’en parler. » 154 (Cf. Enfants, Éducation, Histoire. Mémoire)

Histoire (Dumont René) : 1977. René Dumont [1904-2001], dans Seule une écologie socialiste, auteur de :
«
Dès 1960, au colloque organisé par l’université nationale de Santiago du Chili, on parlait de ‘l’intégration de l’Amérique latine dans le monde du XXème siècle’. J’ai dû faire remarquer qu’au Chili, on était encore souvent au XVIème siècle. […] Le système de culture rappelle le XVIème siècle espagnol, une année de céréales alternant avec plusieurs années de jachère. Et il était question de passer brusquement au XXème siècle ! » 155 (Cf. Politique. Écologie)

Histoire. Ego-Histoire :

Histoire (Ego-Histoire) (1) : « L'égo-histoire (parfois orthographiée sans accent) définit une forme d'approche historiographique et de courant d'écriture historique à travers laquelle l'historien est censé analyser son propre parcours et ses méthodes de manière réflexive et distanciée. » (Wikipédia) (Cf. Histoire. Biographie)
* Ajout. 25 août 2021. Entendu légitimer l’emploi de l’ego-histoire en considérant « la guerre d’Algérie » et « mai 68 » comme des « épreuves » [personnelles]. (Cf. Politique. Guerre. Algérie)

Histoire (Ego-Histoire) (2) : (24 mai) 2022. Pierre Nora, dans le cours au Collège de France d’Antoine Compagnon, considère l’ego-histoire comme « une révolution de la conscience historique ». Où est passé « l’égo » ? 156 (Cf. Êtres humains. Conscience. Soi, Hommes. « Intellectuels », Politique. Révolution, Histoire. Biographie)

Histoire (Eldem Edhem) : (24 mars) 2022. Edhem Eldem, dans son cours au Collège de France, auteur de :
« En histoire, rien ne se résume au produit fini. Tout est affaire de contexte et de processus. » 157

Par ordre chronologique. Histoire. George Eliot :

Histoire (Eliot George) (1) : 1860. George Eliot [1819-1880], dans Le moulin sur la Floss, auteure de :
« […] Car j’ai appris de personnes savantes en histoire que l’humanité n’est pas disposée à regarder de trop près la conduite des grands vainqueurs, quand leur victoire est du bon côté. » L’histoire nous a aussi heureusement appris que le regard sur l’histoire lui-même change, et souvent radicalement. 158

Histoire (Eliot George) (2) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de :
« Lorsque Harold quitta la table, elle alla dans le grand salon, où elle pouvait calmer son agitation. […] Elle y fit les cent pas, au milieu du satin rose des fauteuils et des rideaux - la grande histoire de ce monde était réduite pour elle au petit récit de sa propre existence - une triste obscurité partout, sauf là où la lumière vive tombait sur l’étroit chemin de son sort personnel, suffisamment large pour la souffrance d’une femme. » 159

Histoire. Émotion :

Histoire (Émotion) (1) : (27 juillet) 2019. Emmanuel Laurentin, producteur depuis 20 ans de l’émission quotidienne de France Culture, La fabrique de l’histoire est interogé sur les « 5 évènements forts de son expérience de journaliste radio d’histoire. » Il évoque notamment un voyage avec des « survivants du génocide » Rwandais et déclare :
« On se retrouve embarqués, presque ‘embedded’, comme disent les journalistes de guerre, avec des survivants d’un génocide comme celui-ci, tout en gardant notre libre arbitre, en évitant de nous laisser piéger par l’émotion. » Et pourquoi donc faudrait-il « ne pas se laisser piéger par l’émotion » ? Et, comment fait-on ? En se blindant ? En devenant insensible ? inhumain ? En visant à la schizophrénie ? En refusant d’écouter les témoignages ? En appuyant sur le bouton : On et Off de son identité ?
Il poursuit : « Mais elle est là, forcément, et à un certain moment, elle vient nous dépasser, nous submerger. » 160
Mais quid alors de tous les moments de vie et de pensée où « l’émotion » que chacun-e, historien-ne ou non, ressent, devrait d’emblée, selon lui, être exclue ?
Ce serait donc ce titre, à ce prix, à cette condition que « le libre arbitre » - formulation bien impudente de l’historien-ne - pourrait s’exercer ?
On comprend peut-être mieux alors pourquoi les violences commises, subies ont été si longtemps hors champ de l’histoire. (Cf. Êtres humains. Augmentés. Libre arbitre, Politique. Animalisation du monde, Penser, Histoire. « Objective », Sentiments, Violences)

Histoire (Émotion) (2) : (28 janvier) 2020. Philippe Collin, auteur de la B.D Le voyage de Marcel Grob, consacré aux « Malgré nous », dans l’émission Affaires sensibles de France Inter, auteur de :
« L’historien n’a pas le droit de jouer avec les émotions. » 161 Mais que fait-il des siennes ? Il les étouffe ? Et comment le peut-il ? (Cf. Êtres humains. Soi)

Histoire (Émotion) (3) : (11 juillet) 2022. Philippe Collin, « producteur de radio », présentant la série de dix émissions de France Inter consacrées à Philippe Pétain [1856-1951] : Le fantôme de Pétain, auteur de :
« […] Les émotions ne doivent en aucun cas prendre le pas sur le savoir et la réflexion. Le cas Pétain n’échappe pas à la règle. Il faut le sonder à l’aune de son temps. Faisons de l’histoire. » 162
N.B. En quoi le refus des émotions permettrait-il de mieux comprendre que la présentation de Philippe Pétain comme « un traître » serait inappropriée ? Derrière le refus des émotions, ne se cache-t-il pas aussi - plutôt ? - le refus des jugements de valeurs, des engagements, des prises de positions, lesquelles qui ne se résument pas, sauf à qualifier les opposant-es à Pétain de stupides, à le qualifier de « traître » ?

Histoire. Enseignement :

Histoire (Enseignement) (1) : France. 1926. Fin du cours d’Histoire de France. Cours Moyen (Nouvelle édition conforme au programme du 23 février 1923) :
« Pour rendre à la France endettée toute sa liberté, travaillons donc. Travaillons sans relâche pour achever de panser les plaies de nos régions dévastées. Travaillons dans l’ordre pour que notre peuple, en même temps que le plus libre et le plus juste, devienne aussi, le plus heureux. » (Cf. Enfants. Éducation, Politique. État. Nationalisme, Économie)

Histoire (Enseignement) (2) : Autriche. 1937. (5 novembre) 1937. Ruth Mair [1920-1942], alors écolière en Autriche, auteure de :
« Voilà ce qu’on enseigne en allemand […]. Pas l’ébauche de problème de bon sens, des discussions qui auraient pour but de nous éclairer.
Et l’histoire : le Moyen-Âge, les Temps nouveaux. On nous bourre, là aussi de dates, de petits détails sans la moindre importance. À la fin du cours on connait peut-être la date de la bataille de Salamis mais quant à avoir une vue de l’histoire, de ses causes profondes rien. On apprend, certes, les noms de différents successeurs au trône, mais encore !
Et puis, pourquoi ne parle-t-on, en cours d’histoire, des évènements qui se déroulent dans le temps présent ? C’est toute l’ironie de la chose. Alors que la Chine et le Japon se déchirent, nous parlons de la guerre de Trente ans. Alors que la guerre civile fait rage en Espagne, nous parlons de la Glorieuse Révolution d’Angleterre. Je comprends bien qu’il ne faut pas laisser le passé de côté. Mais on pourrait nous en enseigner les grandes lignes et envisager ses liens avec le présent sans se perdre dans ses détails mesquins. Ce système produit des gens qui, certes, connaissent le Concile de Constance, mais ne savent pas quand la République a été instauré en Autriche
. […]
On fabrique ainsi des gens qui n’ont aucun lien avec la politique, qui défendent des opinions sans savoir pourquoi. Pourquoi ne nous enseigne-t-on pas comment sont nés le national-socialisme, le socialisme, et le communisme ?
» Combien juste, intelligent, combien actuel …
Écrit par une jeune fille de 17 ans.
N.B. À réfléchir notamment par tous-toutes les inspecteurs-trices de l’Éducation nationale, ainsi que par ceux et celles qui ne cessent de dénoncer les-violences-des-jeunes-des-banlieues-difficiles. 163 (Cf. Histoire. Maier Ruth)

Histoire (Enseignement) (3) : 2020. Arundhati Roy, dans Mon coeur séditieux, en 2014, se souvient de son enfance :
« […] La caste était inscrite dans le nom des gens, dans la façon dont ils parlaient les uns des autres, dans le métier qu’ils exerçaient, les vêtements qu’ils portaient. Néanmoins, je n’ai jamais croisé le concept de caste dans un manuel scolaire. » 164 (Cf. Histoire. Roy Arundhati)

Histoire (Esclavage) : Cf. Politique. Esclavage

Histoire. Évènements :

Histoire Évènements) (1) : Un évènement peut faire basculer l’histoire, mais on ne le sait que [trop ?] tard.

Par ordre chronologique. Histoire. Évènements :

Histoire (Évènements) (1) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
- « Les évènements effacent les évènements. »
- « Mais à qui ne les compte pas, peu importe les évènements. »
- « Tout évènement, si misérable ou odieux qu’il soit en lui-même, lorsque les circonstances en sont sérieuses et qu’il fait époque, ne doit pas être traité avec légèreté : ce qu’il fallait voir dans la prise de la Bastille (et ce que l’on ne vit pas alors), c’était non l’acte violent de l’émancipation d’un peuple, mais l’émancipation même, résultat de cet acte. » 165

Histoire (Évènements) (2) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui souligne, auteure, en décembre 1939, de :
« La vie passe, emportant les petits évènements comme les grands. Des noms et des époques illustres, il ne reste que des cendres. » 166

Histoire (Extrême-droite) : La constance de l’extrême droite à tenter d’exclure, de détourner, de contourner, de déformer, de relativiser la Révolution française de l’histoire, mérite-telle une histoire ? (Poursuivre) (Cf. Histoire. Révolution française)

Histoire (« Faits ») : Des faits ! des faits ! criait-on pour, disait-on, lutter contre « l’idéologie ». La régression de la pensée en marche.
Questions : Qui les choisit, les sélectionne, les comprend, les interprète, les hiérarchise, les compare, les occulte, les lie, les isole ?
Qui interroge les mots qui les incarne, la construction des phrases qui les structurent ?
Et pourquoi ces questions ? (Cf. Langage. Mots, Politique. Médias, Histoire. Archives)

Histoire (Fabre Jean-Henri) : 1879. Jean-Henri Fabre [1823-1915], dans ses Souvenirs entomologiques, auteur de :
« Le populaire n’a pas d’histoire ; jugulé par le présent, il ne peut songer à garder souvenir du passé. Ce seraient pourtant archives instructives entre toutes, et réconfortantes et pieuses, que les paperasses de famille nous disant ce qu’ont été les nôtres, nous parlant de leurs patientes luttes contre l’âpre destinée, de leurs tenaces efforts pour édifier, grain de sable par grain de sable, ce que nous sommes aujourd’hui. En intérêt individuel, nulle histoire ne vaudrait celle-là. Mais, par la force des choses, le foyer s’abandonne et, la niche envolée, le nid est méconnu.
Humble manœuvre dans la ruche des laborieux, je suis donc très pauvre en souvenirs de famille. […] » 167 (Cf. Histoire. Archives, Mémoire. Souvenirs)

Histoire (des femmes) :

Histoire (des femmes) (1) : Première étape nécessaire pour permettre, non pas de critiquer l’« histoire des hommes », mais d’aborder l’histoire du patriarcat qui lui-même n’est qu’une des expressions - sans doute la plus fondamentale - de l’histoire. Doit donc être dépassé. L’a été. Mais le « genre » devenu hégémonique, a mis un coup d’arrêt brutal au processus. (Cf. Féminisme, Langage. Genre)

Histoire (des femmes) (2) : Sentiment que progressivement l’appréhension, la compréhension, la dénonciation du patriarcat, de la domination masculine se dissout dans une histoire de femmes singulière, dont la vie est présentée, expliquée par la chance, le hasard, la bonne rencontre, les parents, la volonté, et au bout du compte, le plus souvent par la réussite ; ce qui n’empêche pas la conclusion : si je m’en suis sortie, vous aussi vous pouvez la faire. Quelques transgressions, ou plutôt celles présentées comme telles, aident à faire passer la pilule.
L’histoire appréhendée par la diffusion, toute libérale, de rôles-modèles qui se propageraient par ruissellement.

Histoire (Feraoun Mouloud) : (2 août) 1956. Mouloud Feraoun [1913-1962], en réaction à la nationalisation du canal de Suez par Gamal Abdel Nasser [1918-1978] en lien avec la situation en Algérie écrit :
« Je suis resté rêveur devant de tels commentaires tenus par de tels interlocuteurs. Dire que je n’ai jamais pu intéresser mes élèves ni au canal de Suez, ni au canal de Panama ni aux opérations de bourse ! On ne devrait jamais enseigner l’histoire à ceux qui sont tournés résolument vers l’avenir : les enfants et les gens qui souffrent. » 168 (Cf. Politique. Colonialisme, Histoire. Coloniale. Enseignement)

Par ordre chronologique. Histoire. Gustave Flaubert :

Histoire (Flaubert Gustave) (1) : (novembre) 1864. Gustave Flaubert [1821-1880] écrit à Edma Roger des Genettes [1817-1891] :
« Mais chacun est libre de regarder l’histoire à sa façon, puisque l’histoire n’est que la réflexion du présent sur le passé, et voilà pourquoi elle est toujours à refaire. […] »
Une claire réflexion, de bon sens, qui libère l’esprit de bien des contraintes… 169 (Cf. Penser. Méthode)

Histoire (Flaubert Gustave) (2) : (2-3 février) 1880. Gustave Flaubert [1821-1880] écrit à Léon Hennique [1850-1935] :
« Bref, pour en finir avec cette question de la réalité je fais une supposition : la trouvaille de documents authentiques nous prouvant que Tacite [58-120], a menti d’un bout à l’autre. Qu’est-ce que ça ferait à la gloire et au style de Tacite ? Rien du tout : au lieu d’une vérité nous en aurions deux : celle de l’Histoire et celle de Tacite. » 170 (Cf. Histoire. Tacite)

Histoire (Fassbinder Rainer-Werner) : (17 avril) 1981. Jean Tulard cite dans son Dictionnaire du cinéma. Les réalisateurs, cette phrase, publiée dans Le Monde, de Rainer-Werner Fassbinder [1945-1982] :
« Je cherche en moi où je suis dans l’histoire de mon pays, pourquoi je suis allemand. » 171 (Cf. Êtres humains. Soi)

Histoire (Fauvelle François-Xavier) : (15 mai) 2023. François-Xavier Fauvelle, dans son cours du jour au collège de France, cite un anthropologue Brésilien pour qui :
« Aucun peuple n’est une île. »

Histoire. Féministe :

Histoire (Féministe) (1) : Il ne s’agit pas - aujourd’hui - d’écrire une impossible histoire féministe, mais de tenter de retrouver et d’analyser les manifestations de pensées féministes, d’actions féministes (à définir préalablement).
Il s’agirait dès lors de rechercher - avec nos grilles d’analyse (nécessairement personnelles) d’aujourd’hui - ce qui a pu permettre de construire dans toutes ses composantes et ses si diverses modalités d’expression, le féminisme en tant qu’actions, pensées, et, donc, comment il a donc pu être exclu de l’histoire.
Il s’agirait alors de tenter de comprendre comment, depuis toujours, le patriarcat a été fondé, s’est maintenu, s’est adapté selon des modalités différenciées, à tous les modes de production, à tous les systèmes politiques, religieux. Sans transformer le patriarcat en un pouvoir immanent, mais en lui reconnaissant la force, la logique et les [in]cohérences d’un système de domination. (Cf. Patriarcat)

Histoire (Féministe) (2) : Dans le cadre donc d’une analyse du système patriarcal (concept à redéfinir sans cesse), il faudrait alors sans cesse redéfinir le féminisme dans toutes ses composantes [à expliciter pour chacun-e] afin d’apprendre à lire les forces et les faiblesses, les avancées et les reculs, les blocages, les alliances, les contradictions au sein du féminisme, entre féminismes, entre féministes. Seules ces analyses, jamais acquises, jamais définitives, peuvent permettre d’avancer dans l’analyse. (Cf. Patriarcat, Proxénétisme)

Histoire (Fête nationale) : (2 juillet-5 août) 1883. Hubertine Auclert [1848-1914], dans l’article intitulé : La séparation du budget des fêtes de la commune et de l’État, paru dans La citoyenne, auteure de :
« Le 14 juillet 1789, si mémorable pour la prise de la Bastille, ne fut pour les femmes qu’une journée de dupes. Il est donc tout à fait illogique de décorer son adversaire du titre pompeux de fête nationale. Une fête nationale, c’est l’explosion de joie qui résulte de la satisfaction intime et unanime d’un peuple-hommes et femmes. Or, si le peuple homme est satisfait de célébrer la date commémorative du jour qui le vit, serf, devenir souverain, le peuple femme qui a donné, sans profit, son coup d’épaule pour renverser la forteresse qui protégeait la royauté, est loin de vouloir fêter cette journée qui consacré son esclavage.
[…]
Pendant que la dignité féminine est foulée aux pieds, il ne peut pas y avoir de fête nationale, parce qu’il ne peut pas y avoir parité de satisfaction dans la nation. Les hommes dont le père ont escroqué le droit et la liberté des femmes ne doivent pas avoir la prétention de faire partager aux femmes leur enthousiasme reconnaissant le 14 juillet 1883. Je demande qu’on sépare le budget des fêtes de la commune et de l’État : parce que la moitié des contribuables, les femmes ne prennent pas part à ces fêtes. Aucune femme n’est invitée aux cérémonies officielles. […]
Ce jour-là tout est fait pour la masculinité et en son honneur ; à la masculinité donc de payer cette comédie de dieux qui s’encensent eux-mêmes. […]
Ce que nous, femmes, nous n’en voulons pas, c’est participer, pour notre quote-part, à l’apothéose des hommes.
Que dirait-on si, quand M de Rothschild tire des feux d’artifices chez lui pour son propre plaisir, il envoyait à pauvre hère qui n’a pas ri du tout, la note à payer ? […] »
Une analyse de l’histoire revigorante, percutante, bouleversante, essentielle, nécessaire. 172 (Cf. Féminisme, Féministe, Patriarcat, Penser, Histoire. Patriarcale)

Par ordre chronologique. Histoire. Henry Fielding :

Histoire (Fielding Henry) (1) : 1749. Henry Fielding [1707-1754], dans l’Histoire de Tom Jones, auteur de :
« En vérité, les historiens peu judicieux omettent trop souvent maintes petites circonstances d’où procèdent des évènements de la plus haute importance. On peut, en effet, considérer le monde comme une vaste machine dont les grandes roues sont premièrement mises en mouvement par les plus menues, presque imperceptibles pour toute vue qui n’est pas excellente. » 173

Histoire (Fielding Henry) (2) : 1749. Henry Fielding [1707-1754], dans l’Histoire de Tom Jones, auteur de :
« Car bien que les faits eux-mêmes apparaissent, les motifs, les circonstances et les conséquences diffèrent à un tel point quand un homme raconte sa propre histoire et quand c’est son ennemi qui la dit, que l’on ne reconnait guère que ces faits sont les mêmes. » 174

Histoire (Fielding Henry) (3) : 1749. Henry Fielding [1707-1754], dans l’Histoire de Tom Jones, auteur de :
« […] On peut souvent observer pareils cas dans la vie, où les plus grands évènements sont produits par un enchaînement subtil de petites circonstances ; et un œil sûr en découvrira plus d’un exemple dans cette histoire même. » 175

Histoire (Fielding Henry) (4) : 2020. Je lis dans la note 1 de la page 204 de Middlemarch [1871-1872] de George Eliot [1819-1880] :
« Le romancier Henry Fielding [1707-1754] aimait à se définir comme historien [Cf. Tom Jones. 1749, Livre IX. Ch.1] en jouant un peu sur le double sens du mot history : quiconque raconte une histoire joue le rôle d’historien. » 176 (Cf. Langage. Mots)

Histoire (Finkielkraut Alain) : (22 mai) 2021. Alain Finkielkraut, auteur de :
« Je vais faire encore une petite critique de la Commune. » 177 (Écouter l’émission fort instructive à de nombreux titres, notamment en matière de comparaison de grilles de lectures de l’histoire) (Cf. Langage. Adverbe, Histoire. Casanova Jean-Claude)

Histoire (Finley Moses. I.) : 1965. Moses I. Finley [1912-1986], dans Économie et société en Grèce ancienne, concernant « l’engagement de l’historien dans le présent », « les limites de son métier et son devoir envers le présent », auteur de :
« […] Je ne veux pas dire du tout qu’il ne soit pas important de fixer avec précision les données historiques. Et pourtant on ne peut pas se débarrasser de l’impression qu’il y a dans tout cela une sorte d’irréalité, quelque chose d’Alice au pays des merveilles. […]
Le passé mort n’enterre jamais ses morts. C’est le monde qu’il faut changer, non le passé. » 178 (Cf. Histoire. Comparaison. Historiographie. Patriarcale)

Histoire (« Floue ») : (31 décembre) 2022. Entendu ce jour concernant un fait d’histoire récente :
« Je reste un peu flou là-dessus, car cela pourrait être contesté. » De l’art de l’esquive…
Ce qui est ici clairement affirmé - enfermement intellectuel ? inconscience ? naïveté ? - est ce qui est effectivement si souvent mis en œuvre. (Cf. Êtres Humains. Naïveté)

Histoire (Foliard Daniel) : (10 septembre) 2020. Daniel Foliard, dans l’émission Le cours de l’histoire de France Culture, dans une émission intitulée Soldats coloniaux : la violence en images, auteur, notamment, de :
- « Ce n’est pas notre rôle de juger »
- « Il faut regarder les choses en termes de marché »
- « C’est un montage [de photos] »
- « Il y a une vraie volupté de trouver un équilibre […] ».
N.B. Lors de cette émission, au cours de laquelle la violence des photos - et donc de la violence coloniale - produites dans le livre de Daniel Foliard a été à plusieurs reprises évoquée, Xavier Mauduit, son responsable a pensé pertinent de diffuser la chanson de Mayol [1872-1941] : Boudou, badabou » [1913] après avoir précisé, pour la présenter, que « le tirailleur Sénégalais […] fascine ». 179 (Cf. Culture. Colonialisme, Politique. Colonialisme)

Histoire (Foucault Michel) : Comment est-il possible de dégager « la substantifique moelle » des écrits historiques - dits par certain-es théoriques - de Michel Foucault [1926-1984] sur la prison, sur la folie, sur ses écrits lorsque les liens entre ses analyses / assertions / jugements / hypothèses sont si dissociés de ses sources, pas même explicités, ni donc vérifiables. Les bibliographies citées par lui ne peuvent en tenir lieu. (Cf. Penser. Méthode, Histoire. Sources)

Histoire (de France) : 2018. L’Histoire mondiale de la France coordonnée par Patrick Boucheron - à laquelle 122 historiens et historiennes ont participé - [Le Seuil. Janvier 2017] s’est vendue en 2018 à 110.000 exemplaires. 180 (Cf. Histoire. Boucheron Patrick)

Histoire (Friedman Milton) : 1979. Lu sur Wikipédia. Milton Friedman [19012-2006], économiste ‘libéral’, dans un entretien télévisé, déclara :
« L'histoire est sans appel : il n'y a à ce jour aucun moyen […] pour améliorer la situation de l'homme de la rue qui arrive à la cheville des activités productives libérées par un système de libre entreprise. » (Cf. Économie)

Histoire (Furet François) : (4 février) 1995. François Furet [1927-1997], historien, auteur de :
« Nous sommes condamnés à vivre dans le monde où nous vivons ». 181
Ou : une tautologie, ou : la fin de l’histoire, de la pensée, de l’espoir, de la vie… Et, sans doute, les deux.

Histoire (Frydman René) : (15 août) 2020. René Frydman, responsable de l’émission Matière à penser de France Culture, lors une émission consacrée au médecin Paul Reclus [1847-1914] évoque ainsi son action ainsi dans la Commune de Paris [1871], après l’avoir présenté comme « un peu internationaliste » :
« […] Il « va mettre en pratique ce qu’il va développer par la suite, c’est à dire l’universalité du médecin qui traite tous les malades quels qu’ils soient. […]
On voit déjà poindre cet humanisme-là, qui va faire florès ensuite officiellement avec la déclaration de Genève, et tout ça.
Donc il va s’engager par la médecine dans l’action quotidienne, je dirais, de ce chamboulement social. Et puis il va poursuivre sa carrière, ensuite, une fois que les choses se seront calmées, on va dire, plus ou moins bien… selon le côté où on se trouve.
Mais, bon la situation est calmée. Il va y avoir une répression d’un côté…
[...] » 182
Ou : comment, pour ne pas avoir à prendre position, croit-on, on en prend clairement une et on déforme, on réécrit gravement l’histoire. (Cf. Langage. Adverbe, Penser. Humanisme)
N.B. Paul Reclus fut, lors de la Commune de Paris, chirurgien de bataillon dans lequel est aussi engagé son frère Élisée Reclus [1830-1905].
Une courte notice lui est consacré dans Le Maitron.

Par ordre chronologique. Histoire. Galien :

Histoire (Galien) (1) : 1781. Denis Diderot [1713-1784], dans l’Entretien d’un père avec ses enfants, concernant les « préceptes [de Galien 129-vers 201], sur les moyens de conserver les nouveaux-nés » (sans source), cite ceci :
« C’est aux Grecs, aux Romains, à tous ceux qui marchent sur leurs pas dans la carrière des sciences, que je les adresse. Pour les Germains et le reste des barbares, ils n’en sont pas plus dignes que les ours, les sangliers, les lions et autres bêtes féroces. » 183 (Cf. Êtres humains, Animalisation des êtres humains)

Histoire (Galien) (2) : (16 août) 2020. René Frydman, responsable de l’émission Matière à penser de France Culture, lors une émission consacrée au « grand médecin humaniste de l’Antiquité Galien » [129-vers 201], vanta notamment l’« esprit méthodique » du « médecin des gladiateurs [qualifiés de « cheptel »] et des empereurs romain », « porteur d’une vision globale propre à la médecine Grecque [...] ». 184

Par ordre chronologique. Histoire. Gandhi :

Histoire (Gandhi) (1) : 1981. Lu dans Tous les hommes sont frères, recueil de textes de Gandhi [1869-30 janvier 1948] :
« Mais, encore à cette époque [1906], je croyais que l’Empire Britannique existait pour le bien du monde. » 185

Histoire (Gandhi) (2) : 1981. Lu dans Tous les hommes sont frères, recueil de textes de Gandhi [1869-30 janvier 1948] :
« L’Histoire m’a enseigné une vérité importante. Quelle que soit la noblesse de la cause, la haine et la violence compromettent la paix que l’on recherche et font redoubler la haine et la violence. » 186 (Cf. Relations entre êtres humains. Haine, Politique, Violences)

Histoire (Gandhi) (3) : 2020. Arundhati Roy, dans Mon cœur séditieux, auteure de :
« La vie de Gandhi [1869-30 janvier 1948] et sa production écrite - 48.000 pages reliées en 98 volumes constituant ses œuvres complètes - ont été disséquées et dispersées, évènement par évènement, phrase par phase, jusqu’à ce qu’il ne subsiste aucun récit cohérent, si tant est qu’il n’y en eut jamais un. Le problème est que Gandhi a dit tout et son contraire. Aux cueilleurs de cerises, il offre une variété si extraordinaire de fruits qu’on finit par ses demander si l’arbre n’avait pas un problème. » 187

Histoire (Généalogie) : 2005. Bertrand Meyer-Stabley, dans Edwina Mountbatten, débute ainsi son livre :
« Quoi qu’il en pense, quoi qu’il souhaite, le biographe se trouve toujours confronté à une obligation aussi vaine que délicieuse, celle de dérouler l’arbre généalogique de son sujet. […] L’opération ne manque d’ailleurs pas de charme, on glane des anecdotes, on fait des découvertes, on se surprend à trouver tel trait de son modèle chez un aïeul flibustier ou tel autre dans le comportement d’un grand-père vaguement maniaque, comme si ces nuées d’ancêtres n’avaient eu pour seul but dans la vie que d’êtres des esquisses, des brouillons qui se rassembleraient enfin, après une longue attente, dans la figure même de ce modèle. […] » 188

Histoire (Genet Jean) : (18 mars) 1970. Jean Genet [1910-1986] lors d’une conférence donnée à l’Université du Connecticut (USA), publiée sous l’intitulé « Lettre aux intellectuels américains » auteur de :
« Pour un Blanc, l’histoire, passée et à venir, est très longue, et très imposant son système de référence. Pour un Noir, le Temps est court. Il ne peut remonter dans son histoire au-delà des périodes d’esclavage. » 189

Histoire (« Geste d’apaisement ») : (10 mars) 2021. J’entends lors des informations de 18 heures de France Inter, concernant Ali Boumendjel [reconnu le 2 mars 2021 « torturé et assassiné » le 23 mars 1957 par l’armée française] qu’Emmanuel Macron avait fait « un geste d’apaisement ». Ainsi, l’État Français, c’est intuiti personnae Emmanuel Macron ; une décision politique est un « geste » - terme pour le moins dévalorisant - ; ce qui relève de l’histoire est traité non en termes de vérité et de justice, mais de bon vouloir singulier. Plus encore une seule vérité dite - un secret de Polichinelle pour des centaines de milliers de personne et sans doute plus depuis des dizaines d’années - est censée cacher la violence intrinsèque de la politique coloniale française et ses millions de mort-es - et faire fonction d’excuses, de regrets, de demande de pardon et de propositions de réparations. Le colonialisme n’est pas mort : il se survit à lui-même. Quant à l’histoire elle n’a pas à être « apaisée » - ne relève pas des relations entre États - mais doit être dite, faite, écrite. (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Histoire (Ghouirgate Mehdi) : (9 décembre) 2019. Mehdi Ghouirgate, historien du Maghreb médiéval, auteur de :
« L'histoire, j'entends par là ce qui est couché par écrit […] » 190
Si, certes, cette vision de l’histoire, spécialement concernant l’histoire contemporaine, n’est plus défendue, elle en est encore la conception dominante.
Et elle en est la plus sévère condamnation.

Histoire (Gibbon Edward) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Qu’est-ce que l’histoire, écrit concernant Edward Gibbon [1737-1794] et sa « grande » Histoire du déclin et de la chute de l’Empire romain [1776-1788] :
« […] Certes l’historien qui aborde aujourd’hui l’étude de la période et du sujet, ne peut ignorer le traitement qu’en a donné Gibbon ; certes l’histoire de celui-ci est bien dépassée, comme on dit, par les progrès de la recherche ; à près de deux siècles de distance, il nous est facile d’en apercevoir les faiblesses, les lacune et les limites ; mais l’effort d’élucidation et d’intelligibilité dépensé avec tant de richesses par Gibbon fait que ce n’est jamais sans profit que nous confrontons nos hypothèses avec les siennes ; là même où, en dernière analyse, nous choisissons de nous séparer de lui, notre propre prise de position a profité du dialogue avec cet interlocuteur pénétrant et sage. » 191 (Cf. Dialogues, Penser, Histoire. Marrou Henri-Irénée)

Histoire (« Gilets jaunes ») : (27 avril) 2019. Un slogan inscrit sur un « gilet jaune » à Rennes lors de l’acte 24 des « Gilets jaunes » :
« On n’arrête pas l’histoire avec des flashballs » 192 (Cf. Politique. « Gilets jaunes ». État. Répression)

Histoire (Girard André) : 1894-1899. André Girard [1860-1942], dans - ce qui sera présenté comme son - Dictionnaire de l’anarchie [2021], auteur de :
« Veut-on être renseigné sur les mœurs, la vie habituelle, la situation économique et sociale des peuples, il faut compulser une foule de documents épars et incomplets dont l’ensemble et la réunion constituerait pourtant la véritable histoire de l’humanité. Cette exclusion des peuples au profit des gouvernants a pour résultat d’exagérer l’importance du rôle joué par ces derniers, de les hisser sur un piédestal auquel ils n’ont pas droit, d’inculquer à leur égard une considération imméritée et à l’égard du peuple, tout injuste dédain. » […]
Nous n’avons pas l’histoire des peuples. Celle-ci est entièrement à faire. Et, on peut l’affirmer, elle est la véritable histoire. »
Pour ce faire, faire ‘émerger’ partout les femmes où l’histoire les a enterrées était le nécessaire, l’indispensable, verrou qu’il fallait faire sauter. 193 (Cf. Patriarcat, Penser. Girard André, Politique. Anarchisme. Peuple, Histoire. Patriarcale)

Histoire (Giroud Françoise) : 2003. Alix de Saint-André rapporte la réaction de Françoise Giroud [1916-2003], alors, qu’en 1988, elle reçut, en sa présence, un appel téléphonique de Jean-Jacques Servan-Schreiber [1924-2006] :
« Françoise m’a dit : ‘Vous avez été témoin d’un évènement historique !’ Pour elle, l’aventure de L’Express, leur aventure, ce n’était pas qu’un épisode de l’histoire de la presse, c’était une page de l’histoire de France. » 194

Histoire (Gitaï Amos) : (16 octobre) 2018. Amos Gitaï, dans sa leçon inaugurale au Collège de France La caméra est une sorte de fétiche, auteur de :
« Il faut que l’histoire nous raconte des choses qui sont valables aujourd’hui. » 195

Histoire (Goethe) : (10 octobre) 1936. Goethe [1749-1832] - cité dans une lettre de Thomas Mann [1875-1955] à Arnold Heinz Eichmann [1907-?] - auteur de :
« L’ancien est périmé, et le nouveau, pas encore formé, mais diverses choses fermentent qui, dans quelques années, pourraient bien donner sujet de se réjouir. » 196

Histoire (Goldman Emma) : 1924. Emma Goldman [1869-1940], dans L’agonie de la révolution. Mes deux années en Russie (1920-1921), chargée par les Bolchéviques de collecter des archives en Russie concernant la révolution, écrit :
« Nous partîmes à Petrograd livrer au musée notre précieux chargement de documents récoltés dans le sud. Mais le plus précieux avait été l’expérience vécue par les membres de l’expédition, expérience qui nous avait enrichis à travers les contacts personnels noués avec des gens de toutes opinions, ou même sans opinion, et les impressions qu’ils avaient laissées en nous, jour après jour, le vaste panorama social déroulé sous nos yeux.
C’était un trésor de bien plus grande valeur que quelque document que ce soit.
» 197 (Cf. Langage. Mots, Histoire. Archives)

Histoire (Goncourt Edmond de) : (20 mars) 1871. Edmond [1822-1896] de Goncourt écrit dans son Journal :
« Tout, dans ces jours, semble arriver à plaisir pour monter le néant de la sagesse et de l’expérience haine. Les conséquences des choses et des évènements mentent ! » 198

Histoire (Gorgon The) : Dans The Gorgon s’exprimèrent les pensées populaires radicales en Grande-Bretagne de 1817 à 1821. On y écrit :
« Nous pensons réellement que nous ne pouvons pas mieux faire avancer la cause de la Réforme qu’en excluant du débat toute référence à un état antérieur de la société. […] »
Pensée politique riche, puissante, bien que, prise au pied de la lettre, absurde et dangereuse. 199 (Cf. Politique)

Par ordre chronologique. Histoire. Maxime Gorki :

Histoire (Gorki Maxime) (1) : 1906. Maxime Gorki [I868-1936], dans La mère, auteur de :
« ‘Je n’ai pas besoin de savoir comment les gens vivaient, je veux savoir comment il faut vivre maintenant’ retentit dans la chambre la voix mécontente de Vessovchtchikov. » 200

Histoire (Gorki Maxime) (2) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui souligne, auteure de :
« Gorki [Maxime. 1868-1936] était prêt cependant à altérer les faits quand il s’agissait de ‘la marche en avant de la révolution’. » 201

Histoire (Gorz André) : André Gorz [1923-2007], auteur de :
« L’avenir ne nous rendra pas le passé ». Certes… 202
(Cf. Penser. Citation, Vide-pensées, Histoire)

Histoire (Grands-mères Argentines de la place de mai) : (3 septembre) 2022. Concernant les grands-mères Argentines de la place de mai, Alexandre Valenti, auteur du documentaire - 2012 - Argentine. Les 5000 bébés volés de la dictature, les présente ainsi :
« L’histoire a changé leurs vies et leurs vies ont changé l’histoire ». 203

Histoire (Guérin Daniel) : 1965. Daniel Guérin [1904-1988], dans L’anarchisme, auteur de :
« Le retard de la conscience subjective par rapport à la réalité objective est une des constantes de l’histoire. » 204 Seule la certitude de la validité, voire de la vérité, du postulat de son analyse peut autoriser une telle assertion, laquelle par ailleurs - sans pour autant en accepter les fondements - serait sans doute plus juste en en inversant les termes. (Cf. Êtres humains. Conscience, Penser. Pensées. Binaires)

Histoire (Guerres) : Les guerres bouleversent les ‘données’ de l’histoire, en révèlent les mensonges, accélèrent le regard critique sur l’histoire, et ré-ouvrent les pensées critiques, y compris dans l’océan de la pensée binaire qui veut l’opposition des bons aux méchants. Et les effets de choc ne concernent pas, tant s’en faut, que les États strictement en guerre. (Cf. Penser. Pensées. Binaires, Politique. Guerre, Histoire. Mensonges)

Histoire (Guilloux Louis) : 1935. Louis Guilloux [1899-1980], dans Le sang noir, auteur de : « L’histoire avait beau relater par le menu tous les incidents des guerres, l’histoire ne pouvait pas tout dire, pour la bonne raison qu’elle ne pouvait pas tout savoir. » 205
Il est des évidences aveuglantes, faute d’avoir jamais été formulées.

Histoire. François Guizot :

Histoire (Guizot François) (1) : 1858-1867. François Guizot [1797-1874], dans ses Mémoires pour servir l’histoire de son temps, auteur de :
« L’histoire, c’est la nation, c’est la patrie à travers les siècles. » 206 (Cf. Politique. Nationalisme)

Histoire (Guizot François) (1) : 1858-1867. François Guizot [1797-1874], dans ses Mémoires pour servir l’histoire de son temps, auteur de :
« Il faut que le pouvoir ait infligé au pays bien des violations de droit, des iniquités et des souffrances bien amères et bien prolongées pour que les révolutions soient fondées en raison et réussissent malgré leurs propres fautes. » 207

Histoire (Hadewijch Sœur) : 1992. Lu dans un Dictionnaire de femmes célèbres :
« Hadewijch. Sœur. Mystique et poétesse allemande (XIIIème siècle) » :
« On ne sait rien de sa vie, sauf qu’elle était une béguine et qu’elle était peut-être issue d’une famille de l’aristocratie. »
« On ne sait rien de sa vie » : une exception dans ce Dictionnaire, la norme, sauf exceptions, en histoire. 208

Histoire. Sebastian Haffner :

Histoire (Haffner Sebastian) (1) : 2000. Sebastian Haffner [1907-1999], dans Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), auteur de :
« Je voudrais souligner une fois encore que la réaction politique des enfants est tout à fait intéressante pour l’historien : ce que ‘tous les enfants savent’ est en général la quintessence ultime et irréfutable d’un processus politique. » 209 (Cf. Enfants, Patriarcat)

Histoire (Haffner Sebastian) (2) : 2000. Sebastian Haffner [1907-1999], dans Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), auteur de :
« Que d’innocence et de sérieux juvénile, que de rêves d’avenir, que d’ouverture, de sympathie universelle, de confiance ! Je dois me pincer quand j’y pense. Je ne sais ce qui est le plus incroyable aujourd’hui : penser que cela a existé en Allemagne voici à peine dix ans - ou que cela ait pu disparaître aussi totalement, sans laisser la moindre trace, en à peine dix ans. » 210 (Cf. Histoire. Souvenirs)

Histoire (Haffner Sebastian) (3) : 2000. Sebastian Haffner [1907-1999], dans Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), écrit concernant l’histoire :
« Nous autres, les anonymes, sommes tout au plus les objets de l’histoire, les pions que les joueurs d’échecs poussent, laissent en plan, sacrifient et massacrent, et dont la vie, en admettant qu’ils en aient une, se déroule sans la moindre relation avec ce qu’il advient d’eux sur l’échiquier où il se trouvent sans le savoir. » 211
N.B. Il réfute plus loin cette analyse, qui garde néanmoins toute sa vérité.

Histoire (Hémiplégique) : (11 juillet) 2020. Entendu, dans l’émission Échappées belles concernant la Tunisie, un archéologue anglais affirmer :
« Le monde arabe est hémiplégique. Il ignore tout ce qui a précédé l’arabité. C’est tragique. » 212 (Cf. Culture. Arabe)
* Ajout. 17 août 2020. À comparer avec le rôle joué par les Talibans en Afghanistan concernant le Bouddhisme.

Par ordre chronologique. Histoire. Hérodote :

Histoire (Hérodote) (1) : Hérodote [480-425 avant J-C], historien, auteur de :
« Je parlerai des cités des hommes, des petites comme des grandes, car les cités qui furent grandes, ont en général, perdu maintenant leur importance, et celles, qui étaient grandes de mon temps ont d’abord été petites. Donc, d’abord parce que je sais que la prospérité de l’homme n’est jamais stable, je parlerai des unes comme des autres. » 213

Histoire (Hérodote) (2) : 2008. Ryszard Kapuściński [1932-2007], dans Mes voyages avec Hérodote, auteur de :
« (En Pologne, alors journaliste) Parfois, le soir, quand les bureaux de la rédaction se vidaient et que les couloirs s’endormaient, je m’emparais des Histoires d’Hérodote rangées au fond d’un tiroir afin de me reposer des grèves, luttes armées, des attentats et des explosions qui ébranlaient la vie de pays inconnus.
Hérodote commence son œuvre par une phrase expliquant les motivations de son entreprise :
‘Hérodote d’Halicarnasse présente ici ses ‘Enquêtes’ pour que les œuvres des hommes et leurs faits les plus mémorables ne sombrent pas dans l’oubli, et dans le but de comprendre pour quelles raisons Grecs et Barbares se font la guerre‘.
Cette phrase est la clé de tout le livre. » 214 (Cf. Penser, Politique. Guerre)

Histoire (Hérodote) (3) : 2008. Ryszard Kapuściński [1932-2007], dans Mes voyages avec Hérodote, auteur de :
« […] Tout passe, mais en passant se métamorphose. Ainsi en est-il de la mémoire, dont certaines images, remplacées par des nouvelles ne sont jamais identiques aux précédentes. On ne pénètre deux fois dans la même eau, de même qu’une image n’est jamais la reproduction exacte de la précédente.
Conscient de l’irréversibilité du temps, Hérodote veut s’opposer à sa nature destructrice : […] ‘pour que les œuvres des hommes et leurs faits les plus mémorables ne sombrent pas dans l’oubli.’
Fallait-il qu’il fût audacieux et convaincu de l’importance de sa mission pour déclarer que grâce à lui, ‘les œuvres des hommes et leurs faits les plus mémorables ne sombrent pas dans l’oubli’ ! […]
L’auteur des Histoires se présente carrément comme un visionnaire, un créateur capable de penser à l’échelle planétaire - en un mot comme le premier mondialiste. […] » (Tout lire) 215 (Cf. Histoire. Mémoire)

Histoire (Hérodote) (4) : 2008. Ryszard Kapuściński [1932-2007], dans Mes voyages avec Hérodote, auteur de :
« En lisant des livres sur Hérodote, je remarque que les spécialistes étudient exclusivement son texte, sa concision et sa solidité. La manière dont il a rassemblé toute la matière première qui lui a servi à écrire ses enquêtes et dont il a par la suite tissé sa gigantesque tapisserie ne semble guère les intéresser. » 216

Histoire (Hérodote) (5) : 2008. Ryszard Kapuściński [1932-2007], dans Mes voyages avec Hérodote, auteur de :
« Au fur et à mesure que je lis les Histoires, ma sympathie, voire mon amitié pour son auteur ne cesse de s’amplifier. J’éprouve plus de mal à me passer de lui que de son livre. Sentiment complexe que je ne saurais décrire avec précision. Car il s’agit d’une amitié pour un homme que je ne connais pas, mais qui m’envoûte et m’attire par sa relation aux autres, par sa manière d’être, sa faculté à faire naître, de créer, de souder une communauté humaine grâce à sa seule présence. » 217 (Cf. Culture. Livre, Êtres humains, Relations entre êtres humains)

Histoire (Historien-nes) : Les historien-nes, plus sensibles - et pour cause - que d’autres à l’importance de l’écriture de l’histoire, ayant aussi, plus que d’autres, accès au monde de l’édition, des médias, ont plus de facilité que d’autres à gérer de leur vivant leur propre historicité. Ou du moins à s’y efforcer… (Cf. Culture, Politique)

Histoire. Christopher Hill :

Histoire (Hill Christopher) (1) : 1977. Christopher Hill [1912-2003], dans Le monde à l’envers. Les idées radicales au cours de la Révolution anglaise, écrit dans son Introduction :
« Il est nécessaire de réécrire l’histoire à chaque génération, car si le passé reste immuable, il n’en est pas de même du présent : chaque génération interroge le passé à sa manière et découvre avec les hommes qui l’ont précédée des affinités nouvelles en revivant leurs expériences sous des aspects différents. » 218 (Cf. Patriarcat, Penser. Méthode)

Histoire (Hill Christopher) (2) : 1977. Christopher Hill [1912-2003], dans Le monde à l’envers. Les idées radicales au cours de la Révolution anglaise, écrit dans son Introduction :
« Bien que le soutien populaire accordé au parlement fut considérable dans les années 1640, à long terme, la révolution eut pour conséquence de profiter à la petite noblesse terrienne (gentry) et aux marchands, à l’exclusion des couches défavorisées qui constituaient cinquante pour cent de la population et sur lesquelles je m’efforcerai de centrer cette étude. [...] »
Il évoque alors le livre de David Underdown, Pride’s purge [Oxford. U.P. 1971] et écrit :
« Il traite à peu près de chose près de la même période que moi, mais sous un angle totalement différent : il considère les choses d’en haut, c’est-à-dire de Whitehall, alors que je me situe à ras de terre, et les noms qui figurent dans nos index respectifs ne se recoupent jamais. »
Une belle, claire, simple, fondamentale présentation de méthode.
Pourquoi faut-il tant d’années pour en découvrir l’importance ? 219 (Cf. Penser. Idée, Méthode, « Sciences » sociales, Histoire. Peuple)

Histoire (Himmler Heinrich) : 1936. Heinrich Himmler [1900-1945], auteur de :
« Un peuple vit heureux dans le présent et dans l’avenir tant qu’il connaît son passé et la grandeur de ses ancêtres. […] Ce que nous voulons faire comprendre à nos hommes et aux peuple allemand tout entier, c’est que nous ne sommes pas uniquement un peuple vieux d’un millier d’années ; que nous n’avons jamais été un pauvre peuple barbare dénué de culture, qui aurait dû acquérir sa culture auprès des autres. Nous voulons que notre peuple soit fier de son histoire. » (Cf. Culture, Êtres humains. Himmler Heinrich, Politique. Nationalisme) 220

Histoire (Houte Arnaud) : (31 juillet) 2019. Arnaud Houte, historien, sur France Culture, auteur de :
« L’historien a tendance à être prudent. » 221

Par ordre chronologique. Histoire. Victor Hugo :

Histoire (Hugo Victor) (1) : (mai) 1848. Victor Hugo [1802-1885], dans Choses vues, auteur de :
« La proclamation de l’abolition de l’esclavage se fit à la Guadeloupe avec solennité. […] Suivi de :
« Au moment où le gouverneur proclamait l’égalité de la race blanche, de la race mulâtre et de la race noire, il n’y avait sur l’estrade que trois hommes : un blanc, le gouverneur ; un mulâtre qui lui tenait le parasol ; et un nègre qui lui portait son chapeau. » 222 (Cf. Politique. Esclavage)
N.B. « L’égalité des races » doit être dissocié de « l’abolition de l’esclavage ».

Histoire (Hugo Victor) (2) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], auteur, dans Les misérables, de :
« […] Nul n’est bon historien de la vie patente, visible, éclatante et publique des peuples, s’il n’est en même temps, dans une certaine mesure, historien de leur vie profonde et cachée ; et nul n’est bon historien du dedans, s’il ne sait être, toutes les fois que besoin est, historien du dehors.
L’histoire des mœurs et des idées pénètre l’histoire des évènements et réciproquement.
Ce sont deux ordres de faits différents qui se répondent, qui s’enchaînent toujours et s’engendrant souvent.
Tous les linéaments que la province trace à la surface d’une nation ont leurs parallèles sombres, mais distincts dans le fond, et toutes les convulsions du fond produisent des soulèvements à la surface.
La vraie histoire étant mêlée à tout, le véritable historien se mêle de tout. » 223

Histoire (Hugo Victor) (3) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les misérables, auteur de :
« Que l’histoire soit à refaire, cela est évident. Jusqu’à l’époque où nous sommes, l’histoire a fait sa cour ; elle ferme les yeux quand une altesse lui dit : Histoire, ne regarde pas. Elle a pour principe l’obéissance ; et à qui doit-on obéir ? Au succès : le roi paye, le peuple ne paie point. Voilà à peu près tout le secret de ce genre d’Histoire, l’admirable étant d’être payé successivement par Pour et par Contre, et, comme Fontanes [Louis de. 1757-1821], d’être fait sénateur par l’idolâtrie et pair de France pour le crachat sur l’idole […]
Il est temps que l’Histoire entre dans la voie des aveux. » 224 (Cf. Penser. Politique. Obéir)

Histoire (Hugo Victor) (4) : 1864. Victor Hugo [1802-1885], dans son William Shakespeare, auteur de :
« Dans ce vieux monde d’histoire, le seul autorisé jusqu’en 1789, et classique dans toute l’acception du mot, les meilleur narrateurs, même les honnêtes, il y en a peu, même ceux qui se croient libres, restent machinalement en discipline, remmaillent la tradition à la tradition, subissent l’habitude prise, reçoivent le mot d’ordre dans l’antichambre, acceptent pêle-mêle avec la foule, la divinité bête des grossiers personnages du premier plan, rois ‘potentats’, ‘pontifes’, soldats, achèvent, tout en se croyant historiens, d’user les livrées des historiographes, et sont laquais sans le savoir. » 225
* 24 décembre 2022. Après une telle charge, peut-on encore se prévaloir de sa qualité d’historien-ne pour éclairer à la rechercher d’une vérité ?

Histoire (Hugo Victor) (5) : 1869. Victor Hugo [1802-1885], dans L’homme qui rit, auteur de :
« En 1867 on a condamné un homme [le Fénian Burke. mai 1867] à être coupé en quatre quartiers qui seraient offerts à une femme, la reine.
Du reste, la torture n’a jamais existé en Angleterre.
C’est l’histoire qui le dit. L’aplomb de l’histoire est beau. » 226

Histoire (Hugo Victor) (6) : 1874. Si je lis Quatre-vingt-treize de Victor Hugo [1802-1885], selon les critères de la crédibilité des personnes, de leur psychologique, de la construction de l’histoire, je peux écrire que ce n’est pas un bon livre ; si je le lis d’un point de vue historique ; c’est un grand livre. Sa présentation, en quelques mots pour chacun, des hommes de la convention est, notamment, éblouissante. 227
Histoire (Hugo Victor) (7) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de :
« Tel était Cimourdin. Personne aujourd’hui ne sait son nom. L’Histoire a de ces inconnus terribles. » 228

Histoire (Hugo Victor) (8) : (15 janvier) 1875. Conclusion du poème de Victor Hugo [1802-1885] intitulé Aux historiens :
« Il me déplaît / Que le narrateur fasse un détail trop complet / De la difficulté de combattre, et calcule, / Complaisamment, le lieu, l'heure, le crépuscule, / La distance, le temps de marcher au canon, / Si les soldats étaient bien disposés ou non, / S'il n'était point venu d'ordre contradictoire ; / Je n'aime pas entendre ainsi parler l'histoire. / Et ce tas d'arguments, de motifs, de raisons, / C'est l'encouragement sinistre aux trahisons. / La plaidoirie est sombre et l'excuse est malsaine. / Ah ! vous semez Grouchy ! [accusé d’être responsable de l’échec militaire de Napoléon en 1815. 1766-1847] Vous récoltez Bazaine. [lequel a capitulé à Metz le 27 octobre 1870. 1811-1890] » (Cf. Politique. Médias)

Histoire (Hugo Victor) (9) : 2022. Lu en exergue (sans source, ni date) du livre intitulé Victor Hugo. Témoin de son siècle :
« Ce siècle est à la barre et je suis son témoin. » Réhabilite l’ambition ? (Cf. Hommes. « Modestes ») 229

Histoire (Hugo Victor) (10) : (1er août) 2020. Dans l’émission Concordance des temps de France Culture consacrée au mensonge en politique, Jean-Noël Jeanneney cite (sans source) cette phrase de Victor Hugo [1802-1885] :
« Je ne sais pas comment cette pauvre Clio pourra s’y retrouver dans cet imbroglio. » 230 (Cf. Histoire. Mensonge)

Histoire (Huguenin Jean-René) : (12 mars) 1958. Jean-René Huguenin [1936-1962], dans son Journal, auteur de :
« - L’avenir, monsieur ? l’avenir ?... Mais il y a longtemps qu’il a commencé ! » 231

Histoire (Ignominies) : (28 septembre) 1931. Michel Leiris [1901-1990], dans L’Afrique fantôme, auteur de :
« L’administrateur […] (après avoir évoqué le conscription) dégoûté, il nous parle des fameux B.M.C [Bordels militaires de campagne] où les tirailleurs défilaient comme à la visite médicale, passant sur les femmes sans même enlever leur pantalon, si bien que les malheureuses devaient être périodiquement évacuées à cause de la blessure qu’à la longue leur faisait à la cuisse le frottement des boutons de braguette. »
L’histoire, dans sa quasi-totalité, a été construite sur le déni, le refus de voir, de relever, de prendre en compte, d’analyser, de dénoncer ces ignominies. 232 (Cf. Femmes, Hommes, Patriarcat, Politique. Animalisation des êtres humains. Colonialisme. Guerre, Proxénétisme. Bordels. B.M.C. Personnes-dites-prostituées, Violences à l’encontre des femmes, Ethnologie)

Histoire. Impartialité :

Histoire (Impartialité) (1) : Saint-Simon [1675-1775], concernant ses Mémoires, auteur du si rare et pourtant si évident :
« Je ne me pique pas d’impartialité ; je le ferais vainement. » 233

Histoire (Impartialité) (2) : 1929. Panaït Istrati [1884-1935], dans Vers l’autre flamme, auteur de :
« […] Contrairement à mes prédécesseurs sympathiques aux soviets, je ne rapporte pas une collection de témoignages pour ou contre, copieusement farcis d’impartialité. Le témoignage, c’est moi, l’impartialité, je l’ignore. […]
Ce que j’apporte ici, ce sont des convictions […] » 234 (Cf. Penser. Pensées. Impartiales)

Histoire (Ingrao Christian) : (8 août) 2019. Christian Ingrao, historien, auteur de :
« Mon maître, c’est mon maître, quand il parle, j’obéis. » 235
Les interviews, entretiens, à la radio, à la télévision - avatars d’une psychanalyse, mais publique et en outre si formatée - sont, pour ceux et celles qui en acceptent le principe et qui n’y prennent pas garde, certes des mises en valeur personnelles, bien que si souvent flagorneuses, et jamais contestées, que cachent, si souvent mal, autant de pièges, qui révèlent autant de vérités. (Cf. Langage. Possessif, Penser. Pensée. Autoritaire, Politique. Hiérarchie. Médias)

Histoire (Islam) : Edward W. Saïd [1935-2003], dans L’orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, après avoir rappelé « l’hégémonie militaire, puis culturelle et religieuse de l’Islam » du 7ème au 15ème siècle (environ), auteur de :
« Et à cet assaut extraordinaire, l’Europe ne pouvait guère répondre que par la peur et même par une espèce de terreur. […]
Ce n’est pas sans raison que l’Islam en est venu à symboliser la terreur, la dévastation, le démoniaque des hordes de barbares détestés. Pour l’Europe, l’Islam a été un traumatisme durable. […]
Depuis la fin du septième siècle jusqu’à la bataille de Lépante [7 octobre 1571], l’Islam, que ce soit sous sa forme arabe, ottomane ou nord-africaine et espagnole a dominé ou menacé effectivement la chrétienté européenne. L’Islam a surpassé, éclipsé Romme : aucun Européen aujourd’hui ne peut éviter d’y penser. » 236

Histoire. Israël :

Histoire (Israël) (1) : Dans les médias français - et sans aucun doute, bien ailleurs - lorsque l’histoire d’Israël est évoquée, je constate une fâcheuse tendance à débuter à « la guerre des six jours » [5 au 10 juin 1967] et donc « aux défaites arabes ». Quant à revenir à la création de l’État d’Israël, [1947-1948] et donc aux conditions dans lesquelles celui-ci fut constitué - par le l’expulsion, le vol et l’appropriation des terres Palestiniennes, leur exode - cela est rarement présenté comme le facteur explicatif premier, majeur, incontournable des luttes, des guerres qui ne cessent d’advenir.
Une injustice fondatrice - qui ne vise actuellement qu’à la destruction de l’idée même de Palestine - ne peut, ne doit, s’effacer. (Cf. Politique. Frontières. État. Israël, Histoire. « Longue »)

Histoire (Israël) (2) : Entendu un colon Israélien :
« Ici, vous continuez l’histoire juive avec 2000 ans d’écart. » 237
N.B. Le mur de séparation construit par Israël depuis 2002 pour séparer Israël de ce qui reste de la Palestine historique est censé être construit sur 708 kilomètres. (Cf. Politique. Frontières. État. Israël, Histoire. « Longue »)

Histoire (Israël) (3) : (14 novembre) 2023. J’entends sur le podcast « Israël – Palestine » de France Culture, qu’en Israël, l’histoire de la Nakba - de 1948 - n’est pas enseignée et que lorsque la question est abordée, le départ des palestinien-nes de leurs maisons, de leurs terres, est présenté comme étant un exil, un départ volontaire.

Par ordre chronologique. Histoire. Jean-Noël Jeanneney :

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (1) : (1er février) 2020. Dans l’émission Concordances de temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney - dont il est responsable depuis 1999 -consacrée à La parisienne, auteur de :
« Notre sujet, ce matin, appelle une justification spécifique. Il n’est pas illégitime de se demander si la figure dont nous allons parler a vraiment existé, selon quelque chose comme une unité. Ne serait-elle pas seulement le produit nuageux de fantasmes ambigus ? Quand je vous aurai dit qu’il va s’agir du mythe de la Parisienne, oui, la Parisienne depuis le XVIIIe siècle jusqu’à nos jours, vous admettrez la possibilité d'un doute initial. L’Histoire est-elle capable de s’en saisir sans que sa réalité glisse entre les doigts au point de se dérober à toute analyse concrète ? » 238
Ou : comment sous couvert d’interroger un mythe, on le réhabilite, et on dévalue l’histoire ‘concrète’. Logique… (Cf. Histoire. Patriarcale. Jeanneney Jean-Noël)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (2) : (5 septembre) 2020. Dans l’émission Concordances de temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, auteur de :
« Nous sommes seulement une discipline. Nous ne sommes pas une science exacte. » 239
- Mais qui peut encore imaginer qu’elle puisse l’être ? Pourquoi alors cette justification ? (Cf. Langage. Mots. Critique de : « Nous », Pensée. Binaire, « Sciences » sociales)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (3) : (23 janvier) 2021. Dans l’émission Concordances de temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, consacrée à l’histoire de « Bordeaux au long cours », après une référence à l’épopée du Massilia [21 juin 1940] et donc à Vichy, auteur de :
« Soyons plus optimistes, soyons plus positifs » et change de sujet.
Est-ce sur cette ‘conception’ de l’histoire que l’esclavage dans l’histoire de la ville de Bordeaux, a été évacuée ? L’esclavage ne fait-il pas partie de « la genèse, des déchirements, des continuités et ses ressorts » de cette ville ? Et, plus prosaïquement de sa richesse et de l’humanité de son honteux commerce ? Une émission-justification. 240 (Cf. Politique. Esclavage, Histoire. Esclavage)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (4) : (6 février) 2021. Dans l’émission Concordances de temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, auteur de :
« Les chercheurs occidentaux […] se sont attachés à prendre de la distance par rapport à une littérature scientifique qui étaient demeurée longtemps européo-centrée, selon une vision qui était héritée du XIXe siècle et marquée par la colonisation. Il existe bien des façons de contribuer à cet indispensable recentrage. »
Comment, peut-on juger « nécessaire » de « recentrer » une histoire colonialiste, sans prendre position sur ce que l’on entend concernant l’essentiel ?
N.B. « Recentrer » : « Remettre au centre ou diriger vers le centre, réorienter ; Réorienter sur l’objectif, sur ce qui est important, l’essentiel. »

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (5) : (20 février) 2021. Dans l’émission Concordances de temps de France Culture, curieusement intitulée Les Croisades vues d’en face, du côté de l’Islam », Jean-Noël Jeanneney s’assigne pour objectif, « à la suite des historiens européens, depuis une ou deux générations », de « décentrer, plus qu’auparavant le regard sur le passé de notre planète, […] à faire basculer nos curiosités vers le point de vue des autres, vers la manière dont ceux-ci ont vécu les temps anciens » ce dont il fallait attendre, dit-il, de « fécondes remises en cause ».
Je découvre que du fait de ce « décentrement » - ultérieurement reformulé « rééquilibrage » - l’émission ne cessa de relativiser les Croisades, pas si graves, pas si importantes, pas si violentes [nombre de morts « exagérés », lors de la prise de Jérusalem] pas si signifiantes [simplement « provisoires et parcellaires »] dès lors qu’elles étaient comparées avec les Mongols, qui, eux, représentaient « le maximum absolu de la barbarie » et dont « l’opposition est claire par rapport aux Croisés ».
Jean-Noël Jeanneney espérait-il ainsi « diminuer notre culpabilité et notre importance » ; il ne fit qu’aggraver par le renouvellement du déni la responsabilité de l’Occident chrétien ; plus encore il contribua, une fois encore, à focaliser en conclusion l’exclusif regard critique « sur les forces qui déchirent aujourd’hui encore sous nos yeux, si cruellement, longtemps après le temps des croisades, les pays du Proche et du Moyen-Orient. »
N.B. Sa référence ultime au livre d’Amine Maalouf, Les croisades vues par les Arabes. La barbarie Franque en Terre sainte [1999] présentée « comme une source également intéressante », dépourvue de toute critique historique, particulièrement méprisante, révélait mieux ses lourds partis-pris politiques. 241 (Cf. Histoire. Maalouf Amin)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (6) : (6 mars) 2021. Dans l’émission Concordances des temps de France Culture, consacrée à la propriété et le vol, Jean-Noël Jeanneney, concernant une analyse de son invité, auteur de :
- « Il demeure que, selon vous, et je crois que chacun ratifie votre point de vue… » ; de :
- « Vous avez apprécié comme nous… [un document d’archives diffusé] » ; et de :
- « Je ne sais pas si vous avez défendu la propriété mais vous avez défendu brillamment votre livre. [Arnaud-Dominique Houte. La propriété défendue. La société française à l’épreuve du vol.] 242
En tout cas, à son habitude, Jean-Noël Jeanneney, à force de sans cesse tenter d’esquiver de prendre position, n’a cessé de la révéler, tout en embarquant, sans leur accord, d’autres - dont les auditeurs/trices d’une émission d’histoire de France Culture - que lui. (Cf. Êtres humains. Soi)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (7) : (3 avril) 2021. Dans l’émission Concordances des temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, après avoir entendu évoquer « la mode qui est le fait d’une petite élite qui ne se diffuse pas encore, le choix de la haute couture qui descendrait vers la société », auteur de :
« Il y a toujours un dialogue entre l’un et l’autre. » 243
N.B. Au cours de cette émission, l’’analyse’ de Madeleine Milhaud [1902-2008], en sus de ses jugements sur [le corps des] les femmes, plus que critiquables, comportait un jugement concernant notamment Joséphine Baker [1921-1975], lequel, malgré des précautions formelles, était incontestablement raciste. (Cf. Corps. Dialogues, Femmes, Patriarcat, Histoire. Patriarcale)

Histoire (Jeanneney Jean-Noël) (8) : (21 mai) 2022. Dans l’émission Concordances des temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, auteur de :
« Vous prenez des risques, mon cher confrère. […] »

Histoire (« Je ne savais pas ») : (2 juillet) 1933. Victor Basch [1863-10 janvier 1944], président de la Ligue des droits de l’homme, concernant l’élimination des adversaires d’Hitler, auteur de :
« Effacés d’un trait de plume… communistes, puis socialistes, puis nationaux allemands, puis les casques d’acier… Les camps de concentration comptent déjà plus de soixante mille emmurés… lentement mais sûrement les juifs allemands sont condamnés ou bien à la fuite ou bien à l’asphyxie. » 244

Histoire (« Jugements de l’histoire ») : 1951. Léon Poliakov (1910-1997], dans le Bréviaire de la haine, auteur de :
« […] L’absence de textes ou de conventions protégeant les juifs ne faisait que consacrer leur faiblesse séculaire. Si leurs souffrances ne trouvaient pas d’écho, c’est que le monde prenait facilement son parti de leurs plaintes. Et qu’ils n’avaient rien d’autre à jeter dans la balance. » 245 Universel.

Histoire. Kantorowicz et « Les deux corps du roi » :

Histoire (Kantorowicz et « Les deux corps du roi ») (1) : Pour ceux et celle qui citent le livre d’Ernst Kantorowicz [1895-1963] Les deux corps du roi [1957] sans l’avoir lu (comme moi, autrement que présentée dans le livre de Robert E. Lerner) pour appliquer cette formulation au monde contemporain, il importe de rappeler son sous-titre :
« Étude de théologie politique médiévale. »

Histoire (Kantorowicz et « Les deux corps du roi ») (2) : 2019. Je lis dans le livre de Robert E. Lerner, Ernst Kantorowicz, une vie d’historien, concernant sa réception :
« Apparemment, l’élan a été donné par une référence élogieuse de Michel Foucault [1926-1984] à The king’s two bodies dans Surveiller et punir [1975. p.33, 34]. Foucault rendit un bref ’hommage’ à ‘l’analyse remarquable’ de Kantorowicz [Ernst. 1895-1963] et il semble que ce passage ait suffi à convaincre beaucoup de lecteurs d’aller voir un livre dont ils n’avaient jamais entendu parler auparavant. Depuis lors, l’ouvrage de Kantorowicz s’est vu associé à de nombreuses formules accrocheuses : ‘post-modernisme’, ‘nouvelle histoire’, ‘archéologie textuelle’, ‘histoire du corps’, ’intérêt foucaldien pour le pouvoir et le corps’.
Il faudrait une autre étude pour juger de l’adéquation de telles étiquettes. » 246 (Cf. Culture. Livre, Langage)

Histoire (Kapuściński Ryszard) : 2008. Je lis, dans Mes voyages avec Hérodote, le début de la présentation de l’auteur :
« Né en Pologne en 1932, Ryszard Kapuściński [1932-2007] manifeste précocement une certaine méfiance à l’égard de l’histoire officielle. »
Bien lui en prit : il devint ainsi (notamment) un ‘grand’ historien. 247 (Cf. Histoire. Hérodote)

Histoire (Kepel Gilles) : (15 octobre) 2022. Gilles Kepel, sur France Culture, concernant un passage de son dernier livre Enfant de Bohême, auteur de :
« Est-ce une erreur ou un fantasme, cela n’a pas d’importance. » 248

Par ordre chronologique. Histoire. Ernest Lavisse :

Histoire (Lavisse Ernest) (1) : (14 décembre) 1916. Ernest Lavisse [1842-1922] a présenté à l’académie française, ce « Rapport sur le prix de vertu » [lisible sur internet] dans lequel je lis cet ‘hommage’ aux femmes, « ces braves gens qui font le bien sans effort […] » :
« Des femmes - presque toutes pauvres - institutrices d’école publique ou d’école privée, ouvrières, domestiques, font des miracles de piété filiale, de dévouement et de charité.
Des servantes, fidèles à leurs maîtres tombés dans le malheur, les servent sans gages, et même les aident, par le sacrifice d’économies lentement amassées, à payer leurs dettes : une d’elles a élevé sept enfants de ses maîtres morts.
Une servante octogénaire d’un curé octogénaire a élevé cinq orphelins.
Une veuve, mère de trois enfants, s’est chargée de six orphelins mineurs, ses neveux et nièces.
Une mère de treize enfants a étendu sur quinze orphelins sa protection maternelle.
Ces braves gens font le bien sans effort, naturellement, comme ils respirent. Tout leur est simple, parce qu’ils ont des cœurs simples. On les devine tranquilles et satisfaits. Bienheureux, en effet, les simples de cœur, car le bonheur sur terre leur appartient ! Il appartient à eux seuls. » (Cf. Femmes. Servantes. Vertu, Patriarcat, Politique. Guerre)

Histoire (Lavisse Ernest) (2) : (15 juin) 2021. Entendu sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), cette - fulgurante - pensée de l’historien Ernest Lavisse [1842-1922] dont les « manuels » ont forgé l’esprit de millions d’enfants :
« Tu dois aimer la France car la nature l’a faite belle et l’Histoire l’a faite grande. »
On revient de loin, et certains y sont encore… (Cf. Politique. Extrême-droite. Nationalisme)

Histoire (Léautaud Paul) : (25 août) 1944. Paul Léautaud [1872-1956], dans son Journal littéraire, écrit :
« Il y a quelques semaines, je relisais des chapitres de l’ouvrage de Daniel Mornet sur Les origines intellectuelles de la Révolution française.
C’est lui, je crois, qui a fait cette remarque (sic) qu’il est faux d’attribuer comme on l’a fait à un groupe d’écrivains du temps, précurseurs de la Révolution française, une telle influence sur l’esprit du public français, le vrai peuple, dans son ensemble, sachant à peine lire, et même ne sachant pas du tout. […] » 249
Juste ? Peut-on même répondre à cette question, somme toute binaire ?

Histoire (Légendes) : 1951. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans les Mémoires d’Hadrien évoque « les légendes à demi pourries qui encombrent les recoins de l’histoire. » 250

Histoire (« Legs de temps longs ») : (23 mars) 2022. Olivier Compagnon, historien, dans l’émission de Fabrice Drouelle de France Inter, concernant l’héritage de la « théologie de la libération » en Amérique Latine, emploie la belle expression de « legs de temps longs », multiformes, sans temporalité maitrisable et le plus souvent inattendus par ailleurs. 251

Histoire (Le Maire Bruno) : (4 janvier) 2022. Dans Le Figaro, il est posé cette question à Bruno Le Maire :
« Le Président a-t-il ‘un problème avec l’histoire de France’, comme l’affirme Valérie Pécresse ? », celui-ci répondit :
« Non seulement Emmanuel Macron aime l’histoire de France - ce qui ne répond pas vraiment à la question -, mais surtout il la fait. » (Cf. Relations entre êtres humains. Flagornerie, Langage. Verbe. Faire, Politique. Ministre, Histoire. Macron Emmanuel)

Par ordre chronologique. Histoire. Thierry Lentz :

Histoire (Lentz Thierry) (1) : (2 mai) 2021. Thierry Lentz, historien, directeur de la fondation Napoléon, et auteur de Pour Napoléon [Perrin. 2021] sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite) auteur de :
« L’histoire doit nous unir. » 252

Histoire (Lentz Thierry) (2) : (9 mai) 2021. Thierry Lentz, sur Arte, auteur de :
« Napoléon pense et je pense comme lui… » 253 (Cf. Hommes. « Modestes », Penser)

Histoire (Lentz Thierry) (3) : (29 mai) 2021. Thierry Lentz, sur France Culture, auteur de :
« Pour l’historien, ce n’est pas l’essentiel. ». Et de :
« Je conserve, pour l’historien, l’argument de l’anachronisme. » 254 (Cf. Penser. Pensées. Autoritaires, « Sciences » sociales, Histoire. Anachronisme)

Histoire (Lentz Thierry) (4) : (29 mai) 2021. Thierry Lentz, sur France Culture, emploie, pour qualifier l’esclavage, les expressions de « questions humaines », de « facteur humain ». 255 (Cf. Politique. Esclavage)

Histoire (Le Pen Marine) : (26 mars) 2022. Marine Le Pen, dans Le Parisien, évoque ce qu’elle ferait après avoir été élue :
« J’irai à la basilique de Saint-Denis, symbole de la Royauté, aux Invalides, symbole de l’Empire, et devant la statue du Général de Gaulle, symbole de la République. On ne peut créer l’unité du peuple français que si l’on est capable de recréer de l’unité dans l’histoire qui est la nôtre. »
Les commentaires étant possiblement infinis, les plus graves inclus, pour mieux leur laisser libre cours, je m’abstiens du mien. 256

Histoire (Leopardi Giacomo) : 1821. Giacomo Leopardi [1798-1837], dans Le massacre des illusions auteur de :
« Regardons l’histoire et les origines de notre état présent : nous verrons quelles combinaisons de causes et de circonstances infiniment diverses ont été nécessaires pour que nous devenions ce que nous sommes. » 257

Histoire (« Les Annales ») : 2008. Bernard-Henry Lévy, auteur de :
« Parfois, c’est l’histoire (elle, bien réelle, qui me poursuit depuis qu’elle a été détaillée, il y a une dizaine d’années par un historien suisse) de Marc Bloch [1886-1944] que son ‘grand ami’ Lucien Febvre [1878-1956] adjure de céder aux Allemands qui demandent juste une chose, une toute petite chose, pour autoriser la reparution des Annales : qu’il consente à ce que son nom soit retiré de l’ours de la revue ? Quoi ? s’impatiente Febvre. Monsieur hésite ? Monsieur renâcle ? Monsieur pèse le pour et le contre, fait de la morale, brandit les méga principes, ratiocine ? Mais quel égocentrisme ! Quelle enflure du moi ! Quelle absence de sens, et de souci, du bien commun ! Bloch finit par céder, bien sûr. […] » 258 (Cf. Politique. Principe, Histoire. Bloch Marc)
N.B. « Ours » : « Dans l’édition, l’imprimerie, et la presse, l’ours est un encadré - un rectangle contenant du texte et délimité par un cadre - situé généralement au début ou à la fin d'un imprimé. Il recense les noms et adresses de l'éditeur et de l'imprimeur, ainsi que les fonctions et les noms des collaborateurs ayant participé à sa fabrication. » (Wikipédia)

Histoire. Doris Lessing :

Histoire (Lessing Doris) (1) : 1952. Doris Lessing [1919-2013], dans Les enfants de la violence, auteure de :
« […] Et la vie continua ainsi, en 35, 36, 37, 38 ; à l’époque de Noël, en 1938, on eût dit que le Club eut toujours existé et qu’il existerait toujours. […]
Ce Noël de 1938 semblait chargé d’une fièvre désespérée qui s’entendit à la ville entière […] Et cela continuait ainsi. […] Pourtant, tout cela disparut d’un instant à l’autre. » 259

Histoire (Lessing Doris) (2) : 1952. Doris Lessing [1919-2013], dans Les enfants de la violence, auteure de :
« Depuis qu’elle avait cessé de lire les journaux, il semblait que les russes fussent devenus des héros et d’admirables combattants. Ce n’était plus cette foule de moujiks démunis qui s’éparpillaient en une fuite éperdue devant les hordes nazies. Remarquable évolution - elle avait cessé de lire les journaux parce que leurs ricanements malveillants sur l’invasion de la Russie lui donnaient la nausée : tout le monde était ravi, visiblement, de voir que les valeureux alliés se faisaient battre à plate couture. Une bataille épique se déchaînait en un lieu appelé Stalingrad - d’après un éditorialiste anonyme - et représentait un tournant capital dans le déroulement de la guerre. […]
Elle fouilla dans le placard et dénicha une pile de vieux journaux. Deux années plus tôt, les Russes étaient apparus comme d’ignobles criminels complotant avec Hitler pour dominer le monde. L’année suivante, ils n’étaient plus que les malheureuses victimes d’une agression sans scrupules, mais hélas, si démoralisés qu’ils étaient, comme alliés, plus nuisibles qu’utiles. À présent, c’était une race d’invincibles géants. » 260 (Cf. Politique. Médias)

Histoire (L’Internationale) : 1871. 1ère strophe de L’Internationale :
« Debout les damnés de la terre / Debout les forçats de la faim / La raison tonne en son cratère / C'est l'éruption de la faim / Du passé faisons table rase / Foule esclave debout, debout / Le monde va changer de base / Nous ne sommes rien soyons tout. »

Histoire. « Longue » :

Histoire (« Longue ») (1) : 1977. Christian Delacampagne [1907-2009], auteur de :
« La civilisation occidentale elle-même ne résulte-t-elle pas, après tout, du brassage entre la culture romano-chrétienne et différentes cultures ‘barbares’, brassage au cours duquel les ‘barbares’, bien que militairement supérieurs, furent en fait ceux qui subirent la plus large acculturation. » 261 (Cf. Culture, Politique, Occident)

Histoire (« Longue ») (2) : 2011. Alain Badiou et Éric Hazan, dans L’antisémitisme partout, auteurs de :
« Au cours de l’année 2002, la guerre se déchaîne contre les ‘forces du Mal’ au Moyen-Orient. En Afghanistan, l’armée américaine qui a envahi le pays après le 11 septembre, poursuit son entreprise de libération. Une autre libération se profile, celle de l’Irak : militaires et diplomates préparent ouvertement l’invasion du pays pour y implanter la démocratie. En Palestine, où s’est déclenchée la deuxième Intifada, l’armée Israélienne réinvestit toute la Cisjordanie [occupée par Israël] et l’opération Rempart balaye ce qui reste de l’autonomie accordée à Oslo [1993]. En avril, la prise du camp de réfugiés de Jénine et sa destruction au bulldozer font des dizaines de morts civiles. […]
C’est dans ce contexte que se développe une campagne dénonçant ‘une vague d’antisémitisme' en France ». (Lire la suite) 262 (Cf. Politique. État. Israël, Histoire. Israël)

Histoire (« Longue ») (3) : (11 mai) 2023. Ce n’est qu’après avoir le Journal quotidien d’Edmond Goncourt [1822-1896<] de juillet 1870 à mars 1871, que j’ai compris réellement l’importance essentielle de la périodisation en histoire, sans laquelle celle de la Commune de Paris - jusqu’alors étudiée par moi en elle-même - était très largement amputée. 263

Histoire (« Longue ») (4) : (21 novembre) 2023. Comparer les analyses quasiment omni présentes dans les médias fondées sur « les attaques terroristes du Hamas » le 7 octobre 2023 avec celles débutant leurs réflexions avec la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917, puis à shoah pendant la seconde guerre mondiale, puis la création d’Israël en 1948, etc…
N.B. Je n’oublie pas que d’aucuns, dont certains sont actuellement au pouvoir en Israël - expliquent et justifient la création de l’État d’Israël - qui deviendrait alors un État théocratique - en se fondant sur la Bible ! (Cf. Politique. État. Israël, Histoire. Israël)

Histoire (Maalouf Amin) : 1983. Amin Maalouf débute l’Avant-propos de son livre : Les croisades vues par les Arabes et dont le sous-titre est La barbarie Franque en Terre sainte ainsi :
« Ce livre part d’une idée simple : raconter l’histoire des croisades telles qu’elles ont été vues, vécues et relatées dans ‘l’autre camp’, c’est-à-dire du côté arabe. »
- « Une idée simple » ? 264

Histoire. Emmanuel Macron :

Histoire (Macron Emmanuel) (1) : À deux reprises, selon mes souvenirs, concernant le Cameroun et l’Algérie, mais peut-être plus, Emmanuel Macron a demandé que l’histoire soit écrite par les historiens de la France et de ceux de ces pays. Sur quel fondement, de quel droit ? La poursuite d’une histoire colonialiste. (Poursuivre)
* Ajout. 28 décembre 2023. Une demande historique d’une autre nature : celle de la dette, décidée en 1825 de 10 millions de francs-or imposée - et payée - par la France à Haïti.
Je lis sur Wikipédia : « En 2021, le CNRS met en place une base de données en libre accès qui recense les indemnités versées aux propriétaires d’esclaves. »
Qu’en est-il de la demande de remboursement de cette somme ? (Cf. Politique. Colonialisme)

Par ordre chronologique. Histoire. Emmanuel Macron :

Histoire (Macron Emmanuel) (1) : (25 novembre) 2017. Discours du Président de la République à l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes et du lancement de la grande cause du quinquennat :
« Le sentiment d’horreur et de honte que suscite cette situation, je dois le dire, a pris une épaisseur toute particulière en effet il y a un peu plus d’un an parce que c’est bien de la honte dont il s’agit lorsqu’on est à la fois un homme et lorsqu’on est décideur public.
J’étais alors candidat, je suis maintenant Président de la République et on ne peut pas considérer que ce dont nous parlons aujourd’hui est quelque chose de banal, d’acceptable, dont on pourrait accepter même la moindre part ou le début d’ambigüité.
Je dis un peu plus d’un an parce que même comme beaucoup de nos concitoyens, ce sujet m’avait à plusieurs reprises interpellé, il était, il faut bien le dire, beaucoup moins dit, beaucoup moins raconté ; il y avait une part épaisse de silence.
Et lorsque candidat, j'avais lancé cette grande marche à laquelle plusieurs d'entre vous ont participé, qui consistait à faire remonter du terrain les préoccupations des Françaises et des Français - l'insécurité, le chômage, beaucoup de choses sont remontées - et une, au-dessus des autres, ce sujet des violences faites aux femmes, c'était la première. […]
Je ne pensais pas, je vous l’avoue, une seule seconde, que ça pouvait être le premier sujet. [...]
Quelques semaines après, je me rendais au Mans, Monsieur le Maire, cher ami et il me disait : j'ai quelqu'un de formidable dans mon équipe qui est engagé ; les gens trouvent que ce n'est pas un sujet extrêmement important ce qu'elle fait au Mans mais moi, elle m'a bluffé, va voir son association. J'y suis allé : c’était Marlène SCHIAPPA. […]
Alors en un an, quelque chose s'est passé qui est une immense libération en effet de la parole ; un immense appel des femmes pour que leur cause soit enfin au cœur du débat public. »
Qu’en déduire concernant les connaissances historiques d’Emmanuel Macron ? Qu’elles ne dépassent pas, en l’occurrence, l’année 2016 ?
Qu’en déduire concernant les conséquences politiques de ce constat, si constat il y a, : que c’est en fonction de ses temporalités, de ses prises de conscience, de son inculture féministe, de ses choix (ici, celui de Marlène Schiappa) qui devrait décider de nos vies ? (Cf. Pour la suite : Femmes. « Politiques ». Schiappa Marlène, Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Féminisme, Patriarcat, Politique. État, Violences à l’encontre des femmes)

Histoire (Macron Emmanuel) (2) : (6 décembre) 2017. Interpellé par un jeune Algérien dans les rues d’Alger qui notamment demandait que « la France assume son passé colonial vis à vis de l’Algérie », Emmanuel Macron lui répondit :
- « Qui évite quoi ? J'évite de venir vous voir ? J'évite de dire ce qui s'est passé ? Mais il s'est passé des choses, comme je l'ai dit. […]
On a cette histoire entre nous, Mais moi je n'en suis pas prisonnier. Mais vous, vous avez quel âge ? »
- « J'ai 25 ans », a répondu le jeune homme. »
- « Mais vous n'avez jamais connu la colonisation ! Qu'est-ce que vous venez m'embrouiller avec ça ? Vous, votre génération, elle doit regarder l'avenir. » 265
L’histoire, pour Emmanuel Macron, « ça embrouille » …
* Ajout. 13 mai 2018. (7 mai) 2018. Le même Emmanuel Macron, auteur de :
« […] L’histoire de notre pays est une histoire d’absolu. » 266 (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique. Colonialisme)

Histoire (Macron Emmanuel) (3) : (7 novembre) 2018. Emmanuel Macron, à Vichy, auteur de :
« J’ai toujours regardé l’histoire de notre pays en face. »
L’art de parler pour ne rien dire… (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Histoire (Macron Emmanuel) (4) : (20 janvier) 2021. Emmanuel Macron, concernant la guerre d’Algérie, refuse « les excuses » et « la repentance ». Comme si c’était ainsi, en ces termes, que devaient se poser la question de la responsabilité de la France : la repentance qui relève du vocabulaire religieux fut imposé en France par l’extrême-droite et ne concerne pas l’Algérie ; quant aux excuses, c’est un bien petit mot pour de si grands crimes. Par ailleurs, la question de la guerre d’Algérie - indissociable de la critique de la politique coloniale française - concerne certes l’Algérie et les Algérien-nes, mais aussi le France et les Français-es.
Enfin, la question des réparations notamment matérielles ne peut être ignorées, efficacement cachées derrière les mots et dates symboles.
N.B. Pour rappel, Emmanuel Macron - dont l’absence de principe, de cohérence pose un problème politique - avait, le 15 février 2017, qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité ». (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique. Guerre. Algérie)

Histoire (Macron Emmanuel) (5) : (16 août) 2021. Ayant découvert un numéro d’Esprit intitulé : Les historiens et le travail de mémoire [août-septembre 2000] et l’ayant acheté, j’y ai découvert - par hasard donc - un article d’Emmanuel Macron, signé de son seul nom, intitulé : La Lumière blanche du passé. Lecture de La mémoire, l’histoire, l’oubli de Paul Ricoeur. [p.16 à 32]
Sans distinguer ce qui relève du philosophe de son assistant de l’époque, exercice impossible par ailleurs, voici certains des termes que j’ai notamment relevés :
« eikôn, phénoménologie [de la mémoire], épistémologie [de l’histoire, cohérente], neurosciences, ontologie, architecture conceptuelle, problématique structurante, visée véritative de l’histoire, question rémanente, apories [en partie contournées], réminiscence inattendue [des images], anamnèse, problématique du temps, l’auparavant, nimésis, un ayant-été, altérité, reviviscences des images, similitude corrélative, la présence de l’absent, traces corticales (ou mnésiques), géographie corticale, trace corticales [psychiques, matérielles], l’historien ou l’homme présent, la représentance… » J’arrête là au début de la 7ème page.
Et puis, je me suis soudainement demandée - n’ayant pas de réponse ma question - :
Pourquoi devrais-je obéir à un homme que, notamment ici, intellectuellement, je ne respecte pas ? (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, « Sciences » sociales, Épistémologie)

Histoire (Macron Emmanuel) (8) : (17 octobre) 2021. À l’occasion de l’anniversaire du crime d’état du 17 octobre 1961, je lis dans ce même communiqué de l’Élysée que le chef de l’État « a reconnu les faits : les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République ». Pour constat :
- Un « fait » n’est pas un « crime », ni au singulier, ni au pluriel ;
- Les crimes n’ont pas été « commis », mais ordonnés ;
- Les crimes ne se sont pas arrêtés après « la nuit » ;
- Un crime peut difficilement être « excusé » ;
- Maurice Papon, un homme de l’État, fut préfet de police de Paris du 15 mars 1958 au 26 décembre 1966. « La République » a bon dos…
N.B. François Hollande, le 17 octobre 2012, avait évoqué « une sanglante répression ». (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)
* Ajout. 18, 19, 20, 21 octobre 2021. France Culture [LSD] emploie l’expression de « nuit meurtrière ». (Cf. Langage, Politique. Médias)
* Ajout. 20 octobre 2021. J’entends sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite) :
« La répression a été assez forte », suivi, concernant la critique des modalités du calcul du nombre estimés de morts :
« Des algériens se sont jetés dans la Seine par dépit amoureux ». Difficile à croire, mais pourtant vraiment exprimé. (Cf. Langage, Politique. Médias)

Histoire (Macron Emmanuel) (9) : (19 mars) 2022. Emmanuel Macron, à l’occasion du 60ème anniversaire des Accords d’Évian et du cessez le feu en Algérie, auteur de :
« Cette victoire pour certains, cette défaite pour d’autres, le soulagement pour beaucoup, le début d’un calvaire pour tant d’entre vous… » Ces évidences, liées à des reconnaissances partielles, « imparfaites » reconnut-il, ne peuvent se substituer à la reconnaissance de la responsabilité de la politique colonialiste - et de la guerre d’Algérie - de la France en Algérie. À cet égard, affirmer qu’« en face, il n’y a pas de répondant » n’est pas acceptable : c’est poser la mémoire, l’écriture de l’histoire au même niveau que les crimes de la colonisation. (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique. Guerre. Algérie)

Histoire (Macron Emmanuel) (10) : (août) 2022. J’ai relevé à l’occasion de la visite de trois jours d’Emmanuel Macron en Algérie - l’histoire n’étant qu’une couverture pour demander - quémander ? - une augmentation des ventes de gaz à la France :
« Nous avons un passé commun » ; « La France a une histoire intime avec l’Algérie » ; « Une histoire qui n’a jamais été simple. Mais une histoire de respect, d’amitié et oserai-je le dire d’amour qui a sa part de tragique ». Lamentable. (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique. Guerre. Algérie)

Histoire (Macron Emmanuel) (11) : 2023. Relevé :
- 24 avril 2018. « Nous avons un rendez-vous avec l’histoire. Nous avons un devoir : être à ce rendez-vous. » (concernant sa rencontre avec Donald Trump)
- 21 novembre 2020. « Les crises peuvent être, à la fin, des accélérateurs de progrès. Nous devons être au rendez-vous de l'Histoire. Et la France a tous les atouts pour l’être. » (concernant le Covid)
Et sans doute d’autres… (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Histoire (Macron Emmanuel) (12) : (31 décembre) 2023. Entendu, lu dans les « Voeux aux français » d’Emmanuel Macron :
« Et notre Histoire toute entière nous enseigne que la volonté de quelques-uns peut abattre toutes les fatalités. » (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Histoire (Maier Ruth) : (7 février) 1940. Ruth Maier [1920-1942], écrit à sa sœur :
« Tu sais, j’ai aussi lu Mein Kampf de Hitler. Tout ce qu’il écrit sur les juifs est grandiose. Absolument tout, chaque mot, chaque ligne, est une offense contre tout ce que tu tiens pour sacré. Lis-le. »
À lire notamment pour ceux et celles qui affirmaient ‘ne pas savoir’… 267 (Cf. Langage. Mots, Histoire. Enseignement)

Histoire (Maistre Joseph de) : 2017. Massimo Boffa, analysant l’oeuvre historique de Joseph de Maistre [1753-1821] auteur de :
« […] Précisément du fait de cet absence de droit originel, un symbole qui voile le pouvoir est plus compatible avec son exercice qu’un concept qui l’explique et le justifie. ‘Il existe des mystérieuses lois, insiste Maistre, qu’il n’est pas bon de divulguer, qu’il faut recouvrir d’un voile de silence religieux et révérer comme un mystère.’ De même le rôle politique du la religion ne consiste pas seulement à offrir au pouvoir temporel un fondement transcendant - rôle reconnu sur le plan juridique, pour ainsi dire - mais plus particulièrement revêtir le pouvoir de la majesté du mystère. La fonction sociale de la religion tient précisément qu’elle n’est pas une religion traditionnelle, mais au contraire qu’elle se manifeste à travers des dogmes, des préjugés, des mystères inexplicables. Ce que Maistre a bien compris, c’est qu’une société qui devient transparente à elle-même se trouve du même coup en péril permanent de dissolution, puisque le mécanisme de l’autorité y devient problématique. Pour lui, seule une société capable de sauvegarder le sens du mystère - sur ses propres origines, sur son propre fonctionnement - peut se soustraire à cette fatale issue. La conclusion de ses réflexions est sans équivoque et se situe aux antipodes du siècle des Lumières : ‘J’ose dire que ce que nous devons ignorer est plus important que ce que nous devons savoir.’ » Lumineux. 268

Histoire. Robert Mandrou :

Histoire (Mandrou Robert) (1) : (29 août) 1978. Robert Mandrou [1921-1984] écrit dans les Prolégomènes de son livre Possession et Sorcellerie au XVIIème siècle [1979] :
« La publication de ces textes inédits concernant le débat judiciaire, théologique et médical sur le sorcellerie et la possession au XVIIème siècle n’est jamais que la réalisation d’une promesse faite au cours du débat de soutenance en 1968 et longuement différée pour de multiples raisons qui relèvent pour l’essentiel de l’exercice difficile de la fonction enseignante et cherchante dans l’Enseignement supérieur […]. » 269 (Cf. « Sciences » sociales. Chercheur-euses)

Histoire (Mandrou Robert) (2) : (29 août) 1978. Robert Mandrou [1921-1984], dans les Prolégomènes de son livre Possession et Sorcellerie au XVIIème siècle [1979] évoque « le long silence de [ses] collèges français en particulier sur des tels problèmes [chacun-e peut nommer celui qui lui vient à l’esprit], où par définition les risques à courir sont plus grands que les lauriers à recevoir. » 270

Histoire (Mandrou Robert) (3) : (29 août) 1978. Robert Mandrou [1921-1984] écrit dans les Prolégomènes de son livre Possession et Sorcellerie au XVIIème siècle [1979] :
« Sur le fond du problème, je demeure convaincu que nous ne parviendrons jamais à atteindre un ensemble coordonné d’explication parfaitement satisfaisante. C’est la raison pour laquelle je reste attaché aux thèses que Michelet [Jules. 1798-1874] avait mises en forme et publiées en 1862 dans soin petit livre intitulé La sorcière, qui contient une explication cohérente à la fois du rôle joué par la femme dans la communauté rurale, de la répression organisée par les juges et enfin de la dégradation judiciaire de celle-ci. D’aucuns se sont demandé avec une feinte innocence en qui et pourquoi l’ouvrage de Michelet n’avait pas fait école. Dans une certaine mesure parce que celui-ci n’a pas pris la précaution à laquelle nous ne saurions échapper aujourd’hui de donner les sources et les références. Mais aussi, parce que son livre venait beaucoup trop tôt. Aujourd’hui où une revue de femmes s’appelle précisément Sorcières (et publie par ailleurs de très bons articles), le retentissement de l’ouvrage de Michelet serait assurément très grand, dans la mesure même où il implique une réhabilitation du rôle féminin dans les temps anciens, où la toute-puissance masculine était entérinée par le Droit et par la jurisprudence. S’il est vrai que les temps changent, d’ailleurs plus lentement que d’aucunes le souhaitent, il n’en reste pas moins que toute une mutation des mentalités est en cours et dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences. Il est certain qu’en 1862, Michelet ne pouvait être fort écouté lorsqu’il définissait ce contre-pouvoir que les femmes organisaient en face de la domination masculine symbolisée par le seigneur et le curé. Trop longtemps, dans ce pays a prévalu l’idée quelques peu gauloise que la femme prenait sa revanche nocturne et finalement menait les hommes par le bout du nez ; il n’est que de voir ce qu’était la répression de l’adultère féminin et la clémence pratiquée à l’égard de l’adultère masculin, pour être fixé sur la validité d’un tel mythe. Michelet a donc eu le grand mérite de soulever un coin du voile dans ce domaine et révéler que les femmes pouvaient constituer une contre-société efficace dans un monde où les hommes tenaient les leviers de commande et n’avaient aucune envie de les lâcher. […]. » 271 (Cf. Droit, Hommes. Famille. Adultère, Féminisme, Patriarcat, Histoire. Michelet Jules, Sources. Patriarcale)

Histoire (Mandrou Robert) (4) : (29 août) 1978. Robert Mandrou [1921-1984] écrit dans les Prolégomènes de son livre Possession et Sorcellerie au XVIIème siècle [1979] :
« […] Ce que j’ai fait de mon mieux, non sans susciter ici et là quelques réserves et critiques qui n’étaient pas toujours pleinement justifiées et que j’ai laissé courir. Après tout, un auteur n’est pas responsable des critiques qui l’attaquent, avec plus ou moins de compétence. » 272 (Cf. Penser. Critique)

Histoire (Mandrou Robert) (5) : (29 août) 1978. Robert Mandrou [1921-1984] écrit dans les Prolégomènes de son livre Possession et Sorcellerie au XVIIème siècle [1979] :
«Comme il lui est arrivé bien des fois, Michelet [Jules. 1798-1874] a été servi par ce génie mal définissable qui lui a permis de voir au-delà des textes et d’affirmer avec cette chaleur communicative qui n’appartient qu’à lui des hypothèses que nul ensuite ne réussit à démentir. » (Cf. Penser. Méthode, Histoire. Sources)

Histoire (Mann Thomas) : 1901. Thomas Mann [1875-1955], dans Les Buddenbrook, écrit :
« […] Elle vécut ainsi et le temps s’enfuit. » 273

Histoire (Manzoni Alessandro) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur, de :
« […] Comme la politique sans l’histoire est un homme qui chemine sans guide. » 274 (Cf. Politique)

Histoire. Mao Tse-Tung :

Histoire (Mao Tse-Tung) (1) : (décembre) 1935. Rapport de Mao Zedong [1893-1976] à la conférence du parti communiste à Wayaopao concernant les conséquences de la Grande marche :
« Au cours de douze mois, poursuivis jour et nuit et bombardés du ciel par des dizaines d’avions, rompant l’encerclement, anéantissant les divisions blindées, et pourchassés par une armée de près d’un million de soldats, surmontant d’innombrables difficultés et obstacles, nous sommes allés de l’avant ; à pied, nous avons parcouru plus de 12.500 kilomètres, nous avons traversé onze provinces. Croyez-vous que l’histoire ait déjà connu des marches semblables ? Non. […] » 275

Histoire (Mao Tse-Tung) (2) : (26 décembre) 2023. Entendu dans l’émission Mao et 700 millions de Chinois de France Culture [Ière diffusion. 19 avril 1969], Jacques Duhamel [1924-1977] auteur de :
« Mao parle volontiers sur trois temps. Il fait des références au passé, c’est un mémorialiste qui ramène à la Longue marche, à sa grande aventure l’essentiel de ce qui se passe, il parle au présent, c’est encore aujourd’hui le véritable chef d’état, au courant de tout, et il projette dans l’avenir, c’est un historien qui replace ça dans l’éternité du temps. »

Histoire. Sándor Márai :

Histoire (Márai Sándor) (1) : 2004. Sándor Márai [1900-1989], dans Mémoires de Hongrie, auteur de :
« [en 1945] Tout ce qu’on appelait Histoire avec un grand H avait perdu son sens ; il s’agissait avant tout de trouver du pain, des chaussures, un médecin. C’est ainsi que nous vivions dans Budapest anéantie. » 276

Histoire (Márai Sándor) (2) : 2004. Sándor Márai [1900-1989], dans Mémoires de Hongrie, auteur de : :
« […] Peut-être avaient-ils peur de l’Histoire… Nul ne savait exactement ce que recouvrait ce terme, mais chacun y sentait une menace. Dans sa préface de son dernier ouvrage, Toynbee [Arnold. 1889-1975], alors octogénaire, admettait que l’Histoire ne saurait préjuger de l’avenir […] À l’instar de toute œuvre humaine, l’Histoire était arbitraire, capricieuse et imprévisible. Aussi l’attention se porta-t-elle sur la vie quotidienne, derrière laquelle les hommes devinaient une autre Histoire, plus vraie et plus authentique que la précédente. » 277
« La vie quotidienne », ou la vie de chacun-e ?

Histoire (Marat Jean-Paul) : 1789. 1790. Si la démystification est indissociable du devoir de l’historien-ne, alors Jean-Paul Marat [1743-1793] en est un modèle exemplaire.
Ses analyses dans Le cri du peuple du 21 septembre 1789 de la nuit du 4 août 1789, celles du 12 juin 1790, toujours dans Le cri du peuple, avant même la fête de la Fédération du 14 juillet 1790 sont remarquables de clairvoyance, de lucidité, en réalité de conscience politique.
Que n‘a-t-il été entendu, à temps ? 278 (Cf. Politique. « Nuit du 4 août », Histoire. Révolution française)

Histoire. Henri-Désirée Marrou :

Histoire (Marrou Henri-Désirée) (1) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Le métier d’historien, auteur de : :
« Au point de départ, donc, il y a l’historien lui-même, de qui vont dépendre, dans une très large mesure, la qualité et la valeur de la connaissance qu’il va élaborer. On ne saurait trop insister à nouveau sur ce principe fondamental : l’histoire est inséparable de l’historien ; il en découle que tant vaut celui-ci, tant vaudra celle-là. »
Et il poursuit en invoquant : « […] l’intégrité de la conscience de l’historien […], sa sincérité. » 279
J’ai le sentiment, à la découverte de cette prise de position - qui dépasse bien sûr « l’histoire » et peut, doit être élargie aux domaines de la pensée - qu’il y a longtemps que je l’attends.
Je me rends compte aussi que je n’aurais jamais osé l’affirmer par moi-même.
Il me semble, encore confusément, qu’elle élargit considérablement la question de la valeur du jugement dit-moral.

Histoire (Marrou Henri-Désirée) (2) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Le métier d’historien, auteur de :
« […] La vérité de l’histoire repose toujours, en dernière analyse, sur cette correspondance très subtile qui s’est établie entre la structure du passé et celle de l’esprit qui le reconstruit, sur cette harmonie, cette réciprocité, où tout est nuance, délicatesse, complexité. Aussi il est bien difficile qu’un contrôle extérieur puisse opérer une vérification décisive. Aucun critique, survenant du dehors, ne pourra être aussi exigeant, aussi sévère qu’aura été l’historien lui-même, à l’intérieur du processus d’élaboration au cours duquel il a été le seul à sa débattre dans les ténèbres, l’ignorance, les incertitudes, l’ambiguïté ; lui seul, sait, au prix de quelles hésitations, repentirs, corrections, il a finalement, élaboré son jugement, peut mesurer le degré de vérité que comporte celui-ci. […] » 280 (Cf. Penser. Critique. Vérité)

Histoire (Marrou Henri-Désirée) (3) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Le métier d’historien, auteur de :
« À parler net, l’histoire ce n’est rien de plus que ce que nous estimons raisonnable de croire vrai dans ce que nous avons compris de ce que notre documentation révèle du passé. » 281
Une humilité, une franchise, libératrices …

Histoire (Marrou Henri-Désirée) (4) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Le métier d’historien, considère la séparation entre « objectivité et subjectivité » comme « une opération purement logique, une distinction formelle, non réelle. » 282
Certes, mais ne sont-ce pas plutôt les termes eux-mêmes qui sont erronés ? (Cf. Langage. Mots. Critique de mots)

Histoire (Marrou Henri-Désirée) (4) : 1961. Henri-Irénée Marrou [1904-1977], dans Le métier d’historien, après avoir évoqué « la sagesse profonde [qui] se cache dans le mot fameux d’Hamlet à Horatio : There are more things in heaven and earth » poursuit :
« Oui, il y a plus de choses dans l’homme et dans la vie, plus de complexité dans les richesses du passé, tel qu’il a été réellement vécu, que ne peut embrasser aucune théorie. » 283 (Cf. Penser)

Histoire (Marker Chris) : Chris Marker [1921-2012], auteur de :
« L’histoire jette ses bouteilles vides par la fenêtre. » 284 (Cf. Culture. Cinéma, Hommes. Remarquables. Marker Chris)

Histoire (Martichoux Élizabeth) : (19 mai) 1991. Élizabeth Martichoux, journaliste, alors cheffe de service à RTL, interrogée sur la nomination d’Édith Cresson comme première ministre auteure de : :
« L’histoire est allée un peu plus vite que nous l’avons imaginé. »
Conclusion : L’histoire dépend beaucoup du point de vue à partir duquel elle est jugée.
N.B. C’est une autre citation d’elle qui est présentée par écrit par France Culture. 285

Par ordre chronologique. Histoire. Xavier Mauduit :

Histoire (Mauduit Xavier) (1) : (23, 25 septembre) 2019. Xavier Mauduit, nouveau responsable de l’émission historique de France Culture, Le cours de l’histoire, présentant Sophie Richelle, auteure d’un livre intitulé : Hospices. Une histoire sensible de la vieillesse. Bruxelles. 1830-1914, auteur de :
« J’aime beaucoup les vieilles dames… Régé color [marque de teinture de cheveux] … et tout ce qui faut… les cheveux violets… » (Cf. Histoire. Historiographie. Patriarcale. Mauduit Xavier)
- Puis, Xavier Mauduit fait précéder la présentation du livre de Vincent Gourdon intitulé Histoire des grands-parents [Perrin], par cette ‘analyse‘ :
« Les grands parents que nous aimons tant, les grands parents gâteaux… » 286
- Il a aussi considéré que :
« L’hospice, ce n’était pas si pire que ça… » 287 (Cf. Famille, Histoire. Historiographie. Patriarcale. Mauduit Xavier, Violences. Violences à l’encontre des femmes. Mauduit Xavier)

Histoire (Mauduit Xavier) (2) : (22 novembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, émission dont il est, sur France Culture, quotidiennement responsable, auteur de :
« L’historien de toutes façons n’est pas là pour juger et prendre position et notamment sur des sujets qui sont dans les polémiques du moment. L’historien, l’historienne est là pour étudier son objet d’études et apporter des éléments au débat. Ce qui n’empêche pas que l’historien ou l’historienne en tant que citoyen a des idées à lui, mais, ça c’est autre chose. »
Préalablement, Patrick Boucheron, évoquant la nouvelle « exposition permanente du musée national de l’histoire de l’émigration », assez mal à l’aise il est vrai quant à son rôle en la matière, auteur de :
« […] On tente au fond d'assagir la frénésie du discours politique par un peu de savoir. » [publié sur le site de l’émission]
Une histoire officielle ? (Cf. Penser. Polémique)

Histoire (Mauduit Xavier) (3) : (2 décembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, lors d’une émission intitulée, Capitalisme, d’où viens-tu ?, auteur notamment de :
- « Le capitalisme produit des zombies […] »
- « Vous portez un regard de sociologue sur le capitalisme […] »
- « Il y a Engels, il y a Marx, il y a ces gens-là […] »
- « […] le piège du colonialisme […] »
- « Il y a un processus dans lequel la traite est essentielle […] »
- « Quant à sa mort [celle du capitalisme], il est bien présent […] »
- « Il y a des conséquences sociales [au capitalisme] ». 288

Histoire (Mauduit Xavier) (4) : (3 décembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, déclare, en tout modestie, à Thomas Piketty qu’il « fait œuvre d’historien », et confirme à Philippe Minard qu’il « est historien ».
L’entendre par ailleurs émettre des jugements de valeur sur des livres - dont on peut légitimement penser qu’il ne les a pas lus - est pénible à entendre.
Quant aux « archives », « lectures », « musiques » qui coupent, entrelardent, sans cesse l’émission et dont on voit mal le lien avec les deux sujets d’histoire évoqués chaque jour, en conséquence logique, elles interdisent toute pensée un tant soit peu construite. 289

Histoire (Mauduit Xavier) (5) : (12 décembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, dans une émission intitulée L’indépendance algérienne, une voix, des voix, auteur de : - « […] 1830, au moment où les français arrivent […] »
- « Messali Hadj - préalablement qualifié de « personnage » - est-ce que c’est quelqu’un de gauche ? »
- « Le discours avant l’indépendance n’est pas aussi libre qu’après l’indépendance, quoi que… »
- « Je me pose la question, mais les auditeurs et auditrice aussi, comment le FLN s’est imposé et a écrasé - puis « étouffé » - les autres mouvements […] »
- « (Actuellement), c’est toujours un débat sur l’identité algérienne. »
- « Les questions qui se posaient avant l’indépendance ne sont pas toutes réglées. »
- Et dans le cadre de la question posée par lui dans cette émission, à savoir « comprendre les mouvements algériens qui ont conduit à l’indépendance », les archives entendues furent :
1) Albert Camus, au Cercle de la France d’outre-mer, le 13 novembre 1958 [« Nous sommes entre algériens »],
2) Ferhat Abbas 1946. [« Être français à part entière »]
3) Idir chantant Exil dans le cadre de son « sublime album : « Identité »,
4) Résolution au congrès de l’UDMA. septembre 1948. (Lu) [« État rattaché à la France »]
5) Radio française. 11 novembre 1954 : [« Hors-la-loi, Fellaghas et ligues musulmanes, L’ordre sera vite rétabli ». 290
- Si cette émission ne peut être qualifiée de « révisionniste » - à tout le moins …- je veux bien être pendue. Mais cette présentation - qui n’en est pas moins honteuse - est si grossière que je ne pense pas devoir l’être…

Histoire (Mauduit Xavier) (6) : (20 février) 2020. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, dans une émission consacrée à la police, auteur de :
- « Le chef est nécessaire, mais quel chef ? »
- « Être gouverné, c’est accepter d’être gouverné. » 291 (Cf. Penser, Politique, Histoire. Patriarcale)

Histoire (Mauduit Xavier) (7) : (5 octobre) 2020. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, dans une série d’émissions intitulée « Se libérer pour gouverner », lors d’une émission intitulée « Gouverner, une histoire de l’exercice du pouvoir » laquelle est de fait consacrée « à la colonisation et à la décolonisation » dont il tente de modifier l’orientation en précisant oralement qu’il s’agit de « décolonisations », auteur (en vrac) de :
- « La volonté de changer les choses de quelques individus »
- « Il y a une question de points de vue »
- « Il essentiel de partir de l’individu »
- « Quand la parole est libérée, de manière parfois extrême » ;
- « Les luttes pour s’émanciper de la domination coloniale » (à comparer avec les luttes anticoloniales)
- « Nous ne jugeons pas le passé… mais, au moins, raconter le passé »
- « Comment arriver à être zen ? »
- Concernant le comité scientifique de l’émission Décolonisations : Du sang et des larmes. [France 2. 6 octobre 2020] : « Que des gens très bien, des historiens de renom »
- « Les générations sont appelés à disparaître, c’est ainsi »
- « Juste rappeler ce qui s’est passé » … 292
Confondant…

Histoire (Mauduit Xavier) (8) : (15 octobre) 2020. À l’écoute ce jour de l’émission de Xavier Mauduit, Le cours de l’histoire, intitulée Femmes au foyer, histoire d’une travail invisible, je ne peux que constater que, sous couvert, d’histoire et de culture, France Culture m’impose :
- les idées politiques de Xavier Mauduit : « Il y a encore aujourd’hui de quoi contester » ;
- les stéréotypes patriarcaux [une sélection] les plus éculés : « Que seraient ces maris sans leurs femmes à côté d’eux ? » ;
- la sélection d’archives les moins pertinentes, voire les plus scandaleuses et qu’il juge, lui, positivement ;
- des jugements sur des féministes qui les accusent de « mépris»[er] « les femmes au foyer » ;
- Des confusions sémantiques grossières, mêlant par exemple, « le vrai travail féminin » - en soi, déjà inacceptable - avec le « genre », repris sans question ;
En conclusion, Xavier Mauduit me fait - nous fait - reculer au plan de l’histoire de plus de quarante ans, niant des générations de recherches historiques féministes et nous contraint à penser l’histoire, au niveau où, lui, se situe. (Cf. Femmes. « Féminin »)

Histoire (Mauduit Xavier) (9) : (26 octobre) 2020. À l’écoute, ce jour, sur France Culture, de l’émission Le cours de l’histoire, j’entends que ce sont six femmes qui préparent l’émission de Xavier Mauduit.
* Ajout. 24 janvier 2023. Aujourd’hui : cinq femmes [mais un prénom ambivalent], présentées et vantées en ces termes : « cette fabuleuse équipe ».

Histoire (Xavier Mauduit) (10) : (11 février) 2021. Xavier Mauduit, sur France Culture auteur de :
« L’histoire est là pour expliquer l’actualité. » 293
Penser à cette finalité assignée à l’histoire en lien avec le titre de l’émission : « Survivre ne suffit pas. »
Répété deux jours après, dans une autre émission de France Culture :
« L’histoire ne servirait pas à grand-chose si elle ne servait pas à expliquer le présent. » [13 février. 17h 30] (Cf. Penser. Expliquer)
N.B. Cette vision de l’histoire se retrouve souvent dans la teneur des discours d’Emmanuel Macron. (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Histoire (Mauduit Xavier) (11) : (18 février) 2021. En tant qu’illustration, dans une émission consacrée à l’histoire de la montagne, Xavier Mauduit pose la question :
« En quoi la fierté montagnarde contribue à la fierté nationale ? »
J’ai aussi relevé cette opposition entre : « l’hiver - morne saison, particulièrement en montagne où la neige et le froid isolent et menacent - à la montagne accueillante des sports d’hiver ? » 294

Histoire (Mauduit Xavier) (12) : (8 mars) 2021. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, La commune un chantier transnational, auteur, entre autres, de :
- « Elle nous trouble cette Commune… »
- « Féconder la paix, est-ce le message de la Commune ? »
- « Un évènement bref mais profond »
- « Ce chantier … »
- « Une référence… »
- « Elle semblait vieillie. Son histoire avait trouvé sa place dans les récits républicain français »
- « […] Pour mai 68. Il y a des Trotskistes, des Maoïstes et aujourd’hui on a du mal à comprendre ; c’est pareil pour la Commune de Paris : il y a des vrais courants idéologiques qui se réunissent un moment et qui ne sont pas faits pour s’entendre fondamentalement. »
- « … pourriture socialiste »
- « … profanation des églises »
- « … Thiers, le méchant… »
- « … une mémoire qui peut conduire jusqu’à la révolution française »
- « la chronologie est très fine »
- « Il y a une série de traumatismes… »
- « Nous avons bien compris le jeu entre le temps et l’espace »
- « Des idées apparaissent, mais qui existaient déjà… »
- « Tout est signe … » …
Quant à l’historien de la Commune, Quentin Deluermoz invité [Commune(s), 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle. Seuil. 2020] qui avait manifestement beaucoup d’analyses, d’idées à présenter, il n’a pu commencer à s’exprimer qu’après une demi-heure.
Au-delà, cette ‘histoire’, sans cesse entrecoupée de chansons - [nombreuses, mais pas L’internationale], de commentaires, de sources pêchées un peu partout, d’archives qui, si souvent, en détournent le sens [que vient faire ici la référence à la nécessité pour l’armée française de réprimer la révolte de Mokrani en Algérie de 1871 ?], jamais je n’ai mieux compris à quel point ce processus d’incessantes interruptions empêche la pensée.
* Ajout. 20 mars 2021. Non : « gêne la pensée » : ces documents d’archives - de plus en plus nombreux dans les émissions de France Culture - infléchissant souvent considérablement la pensée.

Histoire (Mauduit Xavier) (13) : (9 mars) 2021. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, auteur de :
- « En septembre 1870, les français ont intérêt à se mettre à l’allemand ». Comme en 1940 ?
- « Nous cédons l’Alsace et la Lorraine ». « Nous », qui ?
- « C’est pratique la police, car la police fait des rapports [de police]. » 295 Et quelle est leur valeur [historique] ?

Histoire (Mauduit Xavier) (14) : (1er juin) 2023. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, auteur de de :
« Les Chinois auraient été humiliés au moment de la guerre de l’opium … ». 296

Histoire (Mauduit Xavier) (15) : (2 juin) 2023. Xavier Mauduit, dans l’émission Vestiaires de nuit, histoire des modes dans Le cours de l’histoire, auteur de :
« On apprend des choses et en plus c’est plaisant. »
Dans cette même émission, j’entends l’expression - rappelons : nous sommes en 2023 - de « dame pipi ».
J’ai entendu aussi : « C’est confirmé par les sources. »
Ainsi que : « La police veille » ; « Avec la police, les nuits sont bien plus joyeuses. » 297

Histoire (Mauriac François) : (mai) 1951. François Mauriac [1885-1970], dans Le Figaro, auteur de :
« Cependant l’Histoire, absurde du point de vue étroit et limité de l’insecte humain éphémère, ne l’est nullement pour l’hégélien ni pour le chrétien : elle ne déconcerte pas plus l’esprit de Saint Thomas que celui de Karl Marx. Elle ne paraît absurde qu’aux absurdes qui ne guérissent pas de leurs crises d’espérance et qui exigent des réalisations à court terme de leurs rêves. Si c’est le signe d’un noble cœur que de subir ces crises, c’est un signe d’intelligence que de résister à la désillusion qu’elles engendrent.
Osons regarder sans trop en rougir les baudruches crevées de nos espoirs politiques. » 298

Histoire (Maurois André) : 1952. André Maurois [1885-1967], dans sa préface à Lélia ou la vie de George Sand [1804-1876] auteur de :
« […] J’ai essayé, autant qu’il était en moi, de mettre en forme ce qu’on sait aujourd’hui sur cette grande vie. Mais la recherche ménage toujours des surprises ; il se peut que demain, des érudit[e]s trouvent des sources qui m’ont échappé. Si l’un [-e] d’eux [elle] alors fait mieux que moi, je serai le premier à m’en réjouir. » 299 (Cf. Histoire. Archives. Sources)

Par ordre chronologique. Histoire. Jean-Luc Mélenchon :

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (1) : (27 mars) 2021. Quel bonheur d’entendre, sur France Culture, Jean-Luc Mélenchon révéler, dévoiler, dénoncer, analyser les grossières et si courantes, si systématiques soit-disantes critiques qui lui étaient présentées par Hervé Gardette concernant l’histoire de La Commune. Comment ces ‘journalistes’ ne se rendent-ils / elles pas compte que tous les ‘arguments’ qu’ils pensent pertinents ne sont depuis longtemps clairement - pour qui réfléchit un tant soit peu - que justifications de l’ordre dominant. La question que je me pose est celle de savoir comment Jean-Luc Mélenchon peut-il encore supporter d’entendre de tels arguments de tel-les interlocuteurs/ trices… ? Sa culture et son ambition politique sont sans doute l’explication… 300

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (2) : (15 février) 2022. Jean-Luc Mélenchon, à la Sorbonne, auteur de :
« L’Afrique s’est fait voler le 19ème siècle par l’esclavage, le 20ème par le colonialisme et on est en train de lui voler le 21ème siècle par l’espace et la mer. »

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (3) : (15 février) 2022. Jean-Luc Mélenchon, à la Sorbonne, auteur de :
« Si j'ai une ambition personnelle, c'est d'entrer dans votre histoire et d'en sortir le plus glorieusement possible. »

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (4) : (6 mars) 2022. Jean-Luc Mélenchon, à Lyon, auteur de :
« Changeons le cours de l’histoire. Changeons le monde. Avant de changer la France. […] Un autre monde est possible. […] Nos allons reconquérir le temps long. » (Cf. Politique)

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (5) : (1er mai) 2022. Jean-Luc Mélenchon, à Paris, auteur de :
« On ne règle pas de compte quand on fait [de ?] l’histoire. »

Histoire (Mélenchon Jean-Luc) (6) : (1er mai) 2022. Jean-Luc Mélenchon, à Paris, auteur de :
« Il est possible que ce 1er mai entre dans l’histoire, comme en 1936. »

Histoire. Mémoire :

Histoire (Mémoire) (1) : On ne peut pas assimiler la mémoire individuelle - nécessairement singulière, évolutive, plus ou moins apte à re-surgir- et une mémoire qui serait censée être celle d’un pays, d’une nation. En réalité, concernant la seconde, le terme ne peut être pertinent : une mémoire ne peut être collective, à moins de rabattre les mémoires individuelles et l’immensité de leurs diversités - à celle incarnée par l’intérêt d’un État : c’est ce qui est nommé « politique mémorielle. » (À reprendre)

Histoire (Mémoire) (2) : Chaque souvenir mérite d’être sauvegardé.

Histoire (Mémoire) (3) : Mon premier souvenir ‘politique’ : une large inscription peinte en noir sur le petit muret (lui-même peint en noir et blanc) menant à Gordes : « Libérez Henri Martin ». Si je note cela, c’est que je suis sûre, quasiment persuadée, n’avoir alors entendu une quelconque référence concernant la campagne communiste pour la libération d’Henri Martin [1927-2015]. Pourquoi alors la permanence de ce souvenir ? Parce que cette inscription, étonnante, singulière, mystérieuse, hors norme, dénotait ? (Cf. Histoire. Souvenir)
* Ajout. Août 2022. Dans l’article d’Anne Mathieu, En 1950, L’affaire Henri Martin, paru dans Le Monde Diplomatique (p.23) j’apprends qu’une femme, Raymonde Dien [1929-2022], anticolonialiste, « militante communiste fut emprisonnée de février à décembre 1950 pour s’être couchéeêtre accusée de » ?] sur les voies de chemin de fer devant un train transportant du matériel de guerre » [pour la guerre d’Indochine] Elle est inculpée sous le chef de « complicité de détérioration de matériel susceptible d’être employé pour la Défense nationale ». (Wikipédia, à son nom) (Cf. Femmes. Remarquables, Politique. Guerre. Femmes)

Histoire (Mémoire) (4) : Vouloir « réconcilier les mémoires » : un déni de l’histoire.

Histoire (Mémoire) (5) : Les mémoires des vaincu-es ne laissent que peu de traces, et le plus souvent, aucune.
* Ajout. 29 avril 2022. Entendu : « Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, leur histoire sera écrite par les chasseurs. »

Histoire (Mémoire) (6) : Une réalité si souvent oubliée par les historien-nes : la mémoire des peuples n’est pas celle des États.

Histoire (Mémoire) (7) : La mémoire de l’histoire - un océan, un gouffre - survit souvent bien mal, dans les pierres, les bibliothèques, les tombes, les religions, les sports, les musées, les fouilles, les traumatismes, les peurs, etc… Mais surtout dans les silences.

Histoire (Mémoire) (8) : Il existe des mémoires brouillées, sélectives, effacées, orientées, niées, emmêlées, appauvries, élitistes, à trous, tuées, menteuses, mensongères, croisées, échangées, nationales, nationalistes, chauvines, conflictuelles, régionales, régionalistes, de classe, patriarcales, religieuses, résistantes, enfouies dans l’inconscient [personnel, collectif], appauvries, héroïques, refoulées, déformées, officielles, occupées, haineuses, de bonheur, des luttes de mémoires, des guerres de mémoires…

Histoire (Mémoire) (9) : La mémoire collective n’est pas l’addition de mémoires individuelles. (Poursuivre)

Histoire (Mémoire) (10) : Zabel Essayan [1878-1943], auteure de :
« Dans les replis de ma mémoire s’ouvrent des portes closes. » 301

Par ordre chronologique. Histoire. Mémoire :

Histoire (Mémoire) (1) : 1821. Giacomo Leopardi [1798-1837], dans ses Pensées, auteur de :
« Les années d’enfance demeurent dans la mémoire de chacun comme les temps légendaires de sa vie. Il en est de même pour la mémoire des nations, dont les temps légendaires sont les temps de l’enfance. » 302 (Cf. Enfants. Politique. Conservatisme)

Histoire (Mémoire) (2) : 1904. Louise Michel [1830-1905], dans Souvenirs et aventures de ma vie, auteure de :
« Le temps, ce grand verseur d’oubli ». 303

Histoire (Mémoire) (3) : 1929. Léon Trotsky [1879-1940] écrit, dans Ma vie :
« Les plus grands évènements sont les plus pauvres en souvenirs personnels ; c’est ainsi que la mémoire se garde contre une surcharge. » 304 (Cf. Histoire. Souvenirs. Trotsky Léon)

Histoire (Mémoire) (4) : (24 mai) 1967. Sheikh Mujibur Rahman [1920-15 août 1975] écrit dans son Journal de prison :
« Combien de nos fils du Bengale ont été pendus à la potence des anglais ? - Qui se souvient encore de leurs noms ? » 305

Histoire (Mémoire) (5) : 1974. Alexandre Soljenitsyne [1918-2009], dans L’Archipel du Goulag, auteur de :
« Nous gardons en mémoire ce qui a été, non pas l’histoire, mais seulement les pointillés que l’on a voulus nous graver dans la mémoire à force de nous les seriner à coups de burin. » 306

Histoire (Mémoire) (6) : 1979. William Styron [1925-2006], dans Le choix de Sophie, auteur de :
« Il ne me reste rien du passé. Rien du tout. Et c’est une des raisons qui font que je me sens, vous comprenez, totalement incomplète. » 307 (Cf. Penser. Vérité)

Histoire (Mémoire) (7) : (Avant 1985) Hubert Juin [1926-1987], auteur de :
« Il y a, dans les choix de la postérité, de singulières mouvances. J’entends par là que rien n’est une fois pour toutes décidé dans les panoramas de la mémoire : on devrait écrire une histoire des bibliothèques, ce qui démontrerait décidément qu’il n’existe, dans cet empire, ni Paradis, ni Purgatoire, ni véritable Enfer. » 308

Histoire. Mémoire. Studs Terkel :

Histoire (Mémoire) (8) : 1986. Lu, dans Hard times. Histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel [1912-2008] :
« C’est vraiment difficile de parler de cette époque, parce que j’ai l’impression de parler d’une autre personne. » 309

Histoire (Mémoire) (9) : 1986. Lu, dans Hard times. Histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel [1912-2008] :
« Je me souviens des problèmes chez Ford, du clash à l’usine Rouge [grève ouvrière - victorieuse - à l’usine River rouge et violences commises par le service d’ordre de Ford, soutenue par la police. 26 mai 1937]. Une énorme manif. Le chant de la foule en marche : ‘Nous voulions du pain, vous nous avez donné des balles’. C’est drôle comme des détails comme ça vous reviennent en mémoire. » Puis Robert A. Baird cite un autre souvenir :
« Je travaillais sur la chaîne d’assemblage. Je me souviens encore de mon badge, c’était le FSG348. On était en 1937. » 310

Histoire (Mémoire) (10) : (25 novembre) 1987. Pierre Chaunu [1923-2900], historien, auteur de :
« J’ai cru longtemps que la mémoire servait à se souvenir, je sais maintenant qu’elle sert surtout à oublier. » 311 Intéressant… ou : banal ? Non : faux, du fait de sa généralisation. (Cf. Penser. Pensées. Binaires, Histoire)

Histoire (Mémoire) (11) : 1990. V.S. Naipaul [1932-2018], dans L’Inde, auteur de :
« […] Mais dans la mémoire collective, certains courants perdureront à tout jamais. La foi et son expression sont un de ces courants primordiaux, même si les détails finissent par devenir flous.
‘Récemment, on a passé à la télévision des feuilletons titrés des deux épopées, le Ramayana et le Mahabharata. La plupart des gens que vous croisez dans les rues de Bengalore ne les ont pas lues. Ni dans le texte original, ni dans leur version anglaise, ni dans aucune version. Ils les tiennent pour acquises : elles sont là. Ils connaissent tous les principaux personnages et le thème général, mais ils ignoraient tous des détails, des personnages secondaires. Pourtant les séries télévisées ont été un triomphe. » 312 (Cf. Culture)

Histoire (Mémoire) (12) : 1999. Madeleine Chapsal, auteure de : Trous de mémoire. [Le livre de poche. 219 p.] Un livre plein d’idées, de réflexions, d’intelligences.

Histoire (Mémoire) (13) : 2004. Elisabeth Schwarzkopf [1915-2006], dans Les autres soirs. Mémoires, concernant son père qui « avait eu une croix de fer à Douaumont pour avoir ramené dans sa tranchée un camarade blessé en rampant sous la mitraille, écrit :
« De ces années d’enfer [1914-1918], il n’a jamais rien raconté, sauf une histoire qui le dépeint assez. Ce devait être au tout début de la guerre, pendant l’offensive. Les gens abandonnaient leurs maisons à l’approche d’ennemis qu’ils prenaient sans doute pour des sauvages. Il est entré dans une maison où la marmite fumait encore sur le fourneau. Ce qu’il voulait c’était se laver. Il est allé à l’évier, fait sa toilette, s’est essuyé à la serviette et en sortant a laissé une pièce de monnaie pour le savon utilisé. » 313
Véridique ? « Un sauvage », un Allemand, pendant la guerre, soucieux de sa propreté corporelle, peut-il sans être invité, au moment du repas, pénétrer dans la maison du pays occupé, se laver devant tout le monde et / ou leur fait quitter les lieux et s’essuyer le corps avec la serviette des autres ?

Histoire (Mémoire) (14) : 2004. Sándor Márai [1900-1989], dans Mémoires de Hongrie, auteur de :
« Les mécanismes de la mémoire, me semble-t-il, font partie des plus redoutables mystères de la conscience […]. » (Cf. Êtres humains. Conscience)

Histoire (Mémoire) (15) : (25 octobre) 2020. Paul Robert [1910-1980], auteur de :
« La mémoire est un tonneau percé. » 314

Histoire (Mémoire) (16) : (30 août) 2022. À la mort de Mikhaïl Gorbatchev [1931-2022], Vladimir Poutine a adressé à sa famille ses « profondes condoléances » et n’a pas assisté à son enterrement. (Cf. Politique. État, Histoire. Poutine Vladimir)

Histoire (Mémoire) (17) : (24 septembre) 2022. Pierre Nora, sur France Culture, récuse - regrette ? - l’émergence de « la mémoire au lieu et place de l’histoire », la réduit aux mémoires qu’il considère comme - et nomme - « mémoires minoritaires » : « les femmes, bien que les femmes ne soient pas une minorité, les provinciaux et les juifs ». Il rappelle et juge définitivement ainsi le début de la publication de ses Lieux de mémoire » [1993-1997] :
« Il y a des lieux de mémoire, parce qu’il n’y a plus d’histoire. » 315 (Cf. Langage. Zeugma)

Histoire (Mémoire) (18) : (21 novembre) 2022. Dans une émission de France Culture consacrée à la chute de Margaret Tchatcher [1925-2013], la question - faussement naïve - est posée de savoir de qui l’histoire se souviendra, de Bobby Sands [1954-5 mai 1981] ou de Margaret Thatcher. Question absurde. Question essentielle. 316 (Cf. Penser, Politique. Morale)

Histoire (Mémoire) (19) : (1er janvier) 2023. J’entends ce jour dans une émission consacrée à Claude Nougaro [1929-2004], le 1er janvier 1990, un de ses proches se rappeler de lui se souvenant de cartes postales consacrées à la révolte des vignerons du Sud-est en 1907 sur lesquelles on pouvait lire des pancartes :
« Les Cathares avec nous ». 317

Histoire (Mémoire) (20) : (25 mars) 2023. Entendu, dans l’émission de France Culture. Une vie, une oeuvre, intitulée Fella Kuti [1938-1997], la musique est un sport de combat :
« Il voulait que l’Afrique retrouve sa mémoire. »

Histoire (Mémoire) (21) : (3 mai) 2023. Je demande à une jeune femme qui écrit une B.D. consacrée à La Fronde, comment lui est venue l‘idée’ de ce travail. Elle me répond qu’étant journaliste, elle s’était rendue compte qu’elle n’avait jamais entendu parler de cette histoire.

Histoire (Mémoire) (22) : (15 mai) 2023. Dans le livre consacré à Victor Basch [1863-10 janvier 1944], en référence à la manifestation parisienne du 12 février 1934, à la lecture de la phrase :
« Peu de participants surent résister à l’émotion de la fusion spontanée des deux cortèges, communistes et non communistes », je me suis immédiatement souvenue que Charles-André Julien [1891-1991] m’avait, en s’en souvenant, en revivant devant moi l’émotion qui alors fut la sienne, transmis sa propre mémoire de cet évènement.
C’est ainsi, par ses petits canaux oraux, par grands bons historiques, que l’histoire aussi se perpétue. 318

Par ordre chronologique. Histoire. Pierre Mendès-France :

Histoire (Mendès-France Pierre) (1) : (21 novembre) 1953. Pierre Mendès-France [1907-1982], dans La vérité guidait leurs pas, concernant Joseph Caillaux [1863-1944], :
« Notre pays n’échappera à la décadence, il ne sortira du marasme, il ne rétablira sa puissance, il ne sauvegardera son indépendance qu’à la condition que tous les privilèges légaux ou clandestins exercés au dépend de l’intérêt général, disparaissent, comme prirent fin sous l’Ancien Régime, d’autres privilèges, nobiliaires ou corporatifs. Car le réseau d’avantages et des droits (qui sont en fait des passe-droits) qui enserre notre économie, les paralyse et l’empêche de s’épanouir. Au point que beaucoup de ceux qui en ont apparemment le bénéfice - souvent médiocre - sont eux-mêmes finalement perdants du fait qu’ils ne participent point à un effort qui serait possible moyennant un peu plus de clairvoyance et de courage. S’ils participaient à un pareil essor, ils y trouveraient très souvent des avantages bien supérieurs à ceux auxquels ils se cramponnent aveuglément.
Il y a des heures cruciales dans l’histoire des peuples où certaines renonciations, certains sacrifices, ne sont pas seulement des primes d’assurance contre le pire, mais, j’ose le dire, des sortes de placements, car la plus heureuse et la plus sage des spéculations pour l’individu, c’est assurément de miser sur le progrès et la prospérité de la communauté toute entière. » 319

(Cf. Droit, Politique, Économie)

Histoire (Mendès-France Pierre) (2) : (11 juin) 1955. Pierre Mendès-France [1907-1982], dans La vérité guidait leurs pas, concernant Abel Ferry [1881-1918], évoque « l’histoire oublieuse ». 320

Histoire (Mendès-France Pierre) (3) : 1956-1957. Pierre Mendès-France [1907-1982], dans La vérité guidait leurs pas, concernant Léon Blum [18731950], écrit :
« Supérieurement intelligent, il l’était, par l’aptitude à voir, à viser, au-delà de l’immédiat, dans les grands enchaînements de causalité qui font l’Histoire et que l’actualité dissimule. » (Cf. Politique) 321

Histoire (Mendès-France Pierre) (4) : (20 juin) 1959. Pierre Mendès-France [1907-1982], dans La vérité guidait leurs pas, concernant Jean Jaurès [1859-31 juillet 1914], écrit :
« Il est vrai qu’elles ont la vie dire, la haine, la bêtise, l’oppression, la guerre, vieilles fatalités de l’Histoire, complices les unes des autres, depuis le commencement des âges, et toujours vivaces, et toujours acharnées à détruire, chaque fois, les progrès accomplis. L’optimisme même de Jaurès ne les ignorait pas et son immense culture lui faisait connaître et presque comprendre l’attraction du scepticisme sur les égoïsmes, la pente qui mène les malheureux au désenchantement et parfois les égarements d’une opinion victime des mensonges. » 322

Histoire (Mendès-France Pierre) (5) : (16 octobre) 2022. Pierre Mendès-France [1907-1982], sur France Culture, concernant son rôle en juillet 1954, à la fin de la guerre en Indochine, auteur de :
« L’Histoire n’aurait pas été modifiée [si je n’avais pas été au gouvernement]. Je ne prétends pas avoir changé l’histoire. » 323 (Cf. Hommes. « Politiques », Histoire. Rêve)

Histoire. Mensonges :

Histoire (Mensonges) (1) : 1850. Charles Dickens [1812-1870], dans David Copperfield, auteur de :
« - ‘En vérité dit. M. Dick, je ne vois pas trop comment cela peut se faire, Trotwood. Vous avez trouvé cette date-là dans l’histoire ?
- Oui, monsieur.
- Et l’histoire ne ment-elle jamais ? Qu’en dites-vous ? hasarda M. Dick avec un lueur d’espoir.
- Oh ciel ! non, monsieur’ répondis-je du ton le plus positif. J’étais jeune et innocent alors, et je le croyais. » 324 (Cf. Dialogues)

Histoire (Mensonges) (2 : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d‘Outre-tombe, auteur de :
« Dans ses affirmations contraires à la vérité, M. de Talleyrand [1754-1838] avait une effrayante effronterie. […]
Il y a des absences de mémoire ou des mensonges qui font peur : vous ouvrez les oreilles, vous vous frottez les yeux, ne sachant qui vous trompe de la veille ou du sommeil. Lorsque le débiteur de ses imperturbables assertions descend de la tribune et va s’asseoir impassible à sa place, vous le suivez du regard, suspendu que vous êtes entre une espèce d’épouvante et une sorte d’admiration ; vous ne savez pas si cet homme n’a point reçu de la nature une autorité telle qu’il a le pouvoir de refaire ou d’anéantir la réalité. » 325

Histoire (Messaoudi Khalida) : 1995. Khalida Messaoudi, dans Une Algérienne debout, concernant l’enseignement officiel de l’histoire dans l’Algérie des années 1970, auteure de :
« Je découvre ainsi que l’histoire que l’on m’apprend est une histoire écrite par la nomenklatura pour crétiniser le peuple, le priver de sa mémoire, une histoire au service exclusif d’hommes détenteurs d’un pouvoir totalitaire. » 326

Par ordre chronologique. Histoire. Jules Michelet :

Histoire (Michelet Jules) (1) : 1833. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de France [X. p.300], auteur de :
« Je le déclare, cette histoire n’est point impartiale. Elle ne garde pas un sage et prudent équilibre entre le bien et le mal. Au contraire, elle est partiale, franchement et vigoureusement pour le droit et la vérité. Si l’on y trouve une ligne où l’auteur ait atténué, énervé les récits ou les jugements par égard pour telle opinion ou telle puissance, il veut biffer tout cet écrit. – Quoi ! dira-t-on, nul autre n’est sincère ? Réclamez-vous donc pour vous un monopole de loyauté ? Ce n’est pas ma pensée. Je dirais simplement que les plus honorables ont gardé le respect de certaines choses et de certains hommes et qu’au contraire, l’Histoire qui est juge du monde, a pour premier devoir de perdre le respect. » 327 (Cf. Histoire. Impartialité)

Histoire (Michelet Jules) (2) : (27 août) 1835. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, écrit :
« Je rêvais sur la route. Il me semblait que l’histoire et l’historien, aujourd’hui que l’histoire est si complexe et si absorbante, sont comme la fiancée de Corinthe et son jeune homme [poème de Goethe] : la morte sur le vivant et buvant sa vie… Le malheureux veut, du fil simple d’une vie individuelle, refiler le fil complexe des générations passées. Il a beau mettre le sien en double… » 328

Histoire (Michelet Jules) (3) : (janvier) 1839. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« Aimer les morts, c’est une immortalité. » 329

Histoire (Michelet Jules) (4) : (11 mars) 1841. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« C’est aujourd’hui aussi que j’ai arrêté, ce matin, le plan si difficile, si complexe des cent dernières pages du cinquième volume [de l’Histoire de France]. J’y ai mis, je crois, plus de moralité, d’intimité : j’ai tâché de faire justice aux choses qui se sont trouvées condamnées par le temps. » 330

Histoire (Michelet Jules) (5) : (25 mars) 1841. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« Vécu 42 ans, enseigné 50 ans. […] Et, dans mes études, vécu cinquante siècles. » 331 (Cf. Êtres humains. Soi)

Histoire (Michelet Jules) (6) : (18 juin) 1841. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« L’Histoire : violente chimie morale, où mes passions individuelles tournent en généralités, où mes généralités deviennent passions, où mes peuples se font moi, où mon moi retourne animer les peuples. » 332

Histoire (Michelet Jules) (7) : (30 janvier) 1842. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« Il faut entendre les mots qui ne furent jamais dits, qui restèrent au fond des cœurs (fouillez le vôtre, ils y sont) ; il faut faire parler les silences de l’histoire, ces terribles points d’orge, où elle ne dit plus tien et qui sont justement ses accents les plus tragiques. » 333 (Cf. Langage. Mots)

Histoire (Michelet Jules) (8) : (18 février) 1842. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« De quoi l’histoire s’est-elle faite, sinon de moi ? De quoi l’histoire se referait-elle, se raconterait-elle, sinon de moi ? » 334

Histoire (Michelet Jules) (9) : (5 août) 1843. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« […] C’est bien, mes amis, délivrez-nous du passé. Forcez-vous d’aller de l’avant, de chercher dans l’avenir. Les dégradations du vent, de la pluie, de l’herbe, de la mousse, ne faisaient qu’ajouter à votre vénération. Mais ce que la pluie, le vent n’auraient pas fait en mille ans, vous le ferez, mes amis.
Ardents travailleurs pour l’avenir, qui faites du passé table rase, je vous salue ; à vous l’honneur du l’avoir tué sans retour.
[ …] » 335

Histoire (Michelet Jules) (10) : 1846. Jules Michelet [1798-1874], dans Le peuple, Michelet, en 1838, élu à L’Institut et au Collège de France, faisant le bilan de ses années d’enseignement, auteur de :
« Si j’avais, comme historien, un mérite spécial qui me soutînt à côté de mes prédécesseurs, je le devrais à l’enseignement, qui pour moi fut l’amitié. Ces grands historiens ont été brillants, judicieux, profonds. Moi, j’ai aimé davantage.
J’ai souffert davantage aussi. Les épreuves de mon enfance me sont toujours présentes, j’ai gardé l’impression du travail, d’une vie âpre et laborieuses, je suis resté peuple. » 336 (Cf. Enfants, Hommes. « Intellectuels », Politique. Peuple)

Histoire (Michelet Jules) (11) : (13 août) 1850. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, auteur de :
« […] L’Histoire, comme toutes les sciences de la vie, est dominée par la loi générale des sexes. » 337 (Cf. Patriarcat, « Sciences » sociales)

Histoire (Michelet Jules) (12) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, concernant l’histoire (sous la monarchie), auteur de :
« L’histoire, docile esclave des seigneurs qui la payait… » 338

Histoire (Michelet Jules) (13) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, auteur de :
« Nous, croyants de l’avenir […] » 339

Histoire (Michelet Jules) (14) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, auteur de :
« […] Je suis seul ici, je le sais, les historiens sont contre moi. Que m’importe ! L’histoire est pour moi. Je n’entends par ce mot, histoire, rien autre chose que les actes du temps, les témoignages sérieux. » 340 (Cf. Langage. Mots, Histoire. Témoignage)

Histoire (Michelet Jules) (15) : (16 août) 1856. Jules Michelet [1798-1874], dans son Journal, écrit :
« Langueur, excessive langueur. […] Je ne trouve pas en moi la verte vigueur et le nerf d’acier que j’admirais dans Lamennais [1782-1854]. Il avait vécu en héros, toujours l’épée à la main. Moi, j’ai traversé tant d’histoires et vu tant de choses ! Cela n’ôte pas sans doute le mépris des choses basses, mais fait tort à la pureté, principale source de la force. » 341 (Cf. Hommes « Héros », Penser)

Histoire (Michelet Jules) (16) : 1868. Jules Michelet [1798-1874], dans sa Préface de son Histoire de la Révolution française :
« L’histoire contestée des vieux temps s’est, d’année en année, éclaircie d’elle-même par tant de documents livrés à la publicité. Mais nous autres historiens, nous y avons fait quelque chose. Prenant chacun un point de vue, nous l’avons mis (par nos exagérations mêmes) en pleine lumière. Il est intéressant de voir combien cette diversité a servi. Je voudrais qu’une main habile esquissât l’histoire de l’histoire, je veux dire le progrès qui s’est fait dans nos études sur la révolution ». 342
Analyse, jugement valide aussi pour la pensée historique féministe : j’y ajouterai aussi les régressions, indissociables des progrès...

Histoire (Michelet Jules) (17) : (21 mars) 1916. L’abbé Mugnier [1853-1944] écrit dans son Journal :
« Ce qui m’attache à Michelet [1798-1874], c’est la fusion de l’œuvre et de l’homme. Il est le plus personnel des écrivains. Son histoire à lui sourd à travers la grande histoire qu’il raconte. » 343 (Cf. Penser. Méthode)

Histoire (Michelet Jules) (18) : (11 juillet) 2020. Pierre Chaunu [1923-2009], auteur de :
« Connaissez-vous quelque chose de plus nul que Michelet ? » 344
- Pourrait dissuader de toute critique…
Et quand on connait un peu Pierre Chaunu et ses écrits…

Histoire (« Micro-histoire ») : (12 mai) 2022. Serge Klarsfeld, auteur de :
« La micro-histoire… La grande histoire, on ne la changera plus tellement… mais pour être sûr que la grande histoire dit la vérité, il faut réunir des milliers et des milliers de parcours, de témoignages, pour pouvoir vérifier que la grande histoire a raison… » 345
* Ajout. 13 juillet 2022. À une deuxième écoute, je me rends compte du danger de revivifier ce que l’historiographie féministe avait réussi à délégitimer, à récuser, à savoir l’opposition entre « micro-histoire » et « grande histoire ».
Et je doute de la validité d’une quelconque vérification qui serait nécessaire pour établir « la raison » ; en réalité je n’y crois en rien.

Histoire (Mitterrand François) : 1966. François Mitterrand [1916-1996], critiqué sur sa responsabilité notamment concernant les tribunaux d’exceptions, au sein du cabinet Guy Mollet, auteur de :
« Allons-nous nous attarder sur des évènements d’il y dix ans ? » 346 Puis, concernant l’amnistie, de :
« Effaçons le passé, dans la mesure où ce passé est pratiquement dénué toute capacité d’être dangereux » et enfin : « Cessons ce genre d’arguments. »

Histoire (Mélodramatique) : Passer sous silence, disqualifier, tenir pour rien, ridiculiser tout ce qui relèverait du « mélodramatique », c’est participer à la dévaluation de pans entiers de ce qui est généralement considéré comme relevant de l’histoire sociale, capitaliste, politique patriarcale : c’est en effet, occulter tant et tant de questions : la pauvreté, l’alcoolisme, les violences de toutes sortes et notamment celles des hommes, le proxénétisme, les séductions masculines, les naissances d’enfants non voulus et leurs cortèges de vies brisées, les pères absents, les suicides, les infanticides, la charité, les souffrances et les bonheurs de tant et tant de femmes. Il faut relire sous ce regard tout ce qui a été caché et qui a si profondément contribué à l’écriture d’une histoire patriarcale. (Cf. Culture. « Mélo »)

Histoire (Métaphore) : 1999. Günter Grass [1927-2015], dans Mon siècle, auteur de :
« Elle hésitait à remuer les fragments de souvenirs de nos Jeunesses hitlériennes communes et se réfugiait dans des métaphores du genre : ‘Dans ces sombres années de séduction fallacieuse… ‘ Elle disait aussi : ‘Comme on a sali nos idéaux, abusé de la fermeté de notre foi !‘. » 347 (Cf. Langage. Métaphore)

Histoire (Modes) : 1985. Claude Dulong [1922-2017], historienne, dans Anne d’Autriche, auteure de :
« Il y a des modes en histoire ». 348

Histoire (Mollet Guy) : 1989. Jules Roy [1907-2000], dans Mémoires barbares, concernant un projet d’écrire un livre sur la guerre de Suez [1956], auteur de :
« Je me heurtais d’abord à Guy Mollet [1905-1975], ancien président du conseil, redevenu secrétaire du parti socialiste SFIO. Il me reçut comme un chien dans un jeu de quilles. ‘Ce que vous direz ne sera ni plus faux ni plus sot que ce qui a déjà été dit. […] Je me levais et pris la porte sans le saluer. » 349

Histoire (Monnet Jean) : 1976. Jean Monnet [1888-1979], dans ses Mémoires, faisant état d’une note co-rédigée avec Arthur Salter, à Londres, le 13 juin 1940, auteur de :
« Sur le texte anglais de cette note intitulée ‘Anglo-French Unity’, je portais le soir une correction : ‘Paris may fall at once’ [Paris peut tomber d’un instant à l’autre], devint ’Paris has fallen’ [Paris est tombé]. En quelques instant une partie de l’histoire de France s’inscrivit au passé. » 350

Histoire. Montesquieu. Critique :

Histoire (Montesquieu. Critique) (1) : (mai) 1764. Voltaire [1694-1778], dans une lettre - fort critique de la manière d’écrire l’histoire Romaine et plus globalement de l’empire Romain - à la Gazette Littéraire de l’Europe, auteur de :
« L’auteur du petit volume sur la grandeur et la décadence des Romains nous en apprend plus que les énormes livres des historiens modernes ; il eut été seul digne de faire cette histoire s’il eût pu résister surtout à l’esprit de système et au plaisir de donner souvent des pensées ingénieuses pour des raisons. » 351 (Cf. Penser. Méthode)

Histoire (Montesquieu. Critique) (2) : 1968. Jean Ehrard [1926-2023] écrit dans sa préface des Considérations sur les grandeurs des romains et de leur décadence [1734] :
« Sa méthode est dans l’ensemble fort peu critique. Comment le serait-elle puisque, au lieu de confronter témoins et documents, il se borne à retenir dans chaque cas, sans donner ses raisons, le texte qui s’adapte le mieux à sa démonstration […] ? » Cité pour la critique de la méthode qui ne résume pas l’analyse critique de ce texte de Montesquieu [1689-1765]. 352 (Cf. Penser. Méthode)

Histoire (Morante Elsa) : (14 avril) 2020. Pier Paolo Pasolini [1922-1975], cité par Martin Rueff, concernant Elsa Morante [1912-1985], auteur de :
« Le vrai sujet d’Elsa Morante, c’est l’histoire de l’Italie. » 353

Histoire (Mordillat Gérard) : (4 mai) 2021. Gérard Mordillat, concernant la guerre d’Algérie, auteur de :
« Les Français ne supportent l’histoire qu’hagiographique. » 354 (Cf. Politique. Nationalisme. Guerre. Algérie)

Histoire (Mots. Poids des mots) : (28 octobre) 2019. Entendu dans l’émission Le cours de l’histoire de France Culture, intitulée Le travail contre la liberté. L’esclavage, moteur de la démocratie antique ? :
- « L’esclavage est une forme de travail. » N’est-ce pas, en subordonnant l’esclavage au travail, contribuer à faire disparaître le concept d’esclavage ?
- Insister sur « la grande variété des statuts possibles », des « conditions de vie possibles », ne s’inscrit-il pas, à minima, dans une relativité du concept d’esclavage, plus encore dans la négation de la spécificité dudit concept ?
- Le titre de l’émission ne s’inscrit-il pas lui-même dans cette problématique ?
- Définir le « travail forcé » comme un « travail sans liberté » n’est-ce pas légitimer ces définitions comme relevant de l’évidence ?
- Inaugurer la définition de l’esclavage, présentée par un contresens par ailleurs, par la présentation qu’un fait Aristote était-ce vraiment nécessaire, utile, urgent ?
- Définir les esclaves comme des « hommes-marchandises », n’est-ce pas contribuer à légitimer au-delà des mots employés, la transformation des êtres humains en marchandises ?
- Présenter l’esclavage comme « un moteur de la démocratie » [antique], n’est-ce pas signifier que l’esclavage lui serait nécessaire ?
- (Concernant Spartacus) « L’injustice dont il s’estimait victime ». N’est-ce pas signifier qu’il n’était pas une victime ? Etc…355 (Cf. Langage. Mots, Politique. Esclavage)

Histoire (Mo Yan) : 1995-2001. Mo Yan, dans Beaux seins, belles fesses, auteur de :
« L’époque était tumultueuse, mais le pré paisible. » 356

Histoire (Mugnier Abbé) : (7 janvier) 1929. L’abbé Mugnier [1853-1944], écrit dans son Journal :
« J’ai aimé les grands noms, les beaux hôtels pour la part d’histoire qu’ils me rappelaient. Le passé étincelait à mes yeux. » 357

Histoire (Nationaliste) : 1876. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de France, concernant le texte qu’il consacre à Jeanne d’Arc [1412-1431] écrit :
« S’en aller ainsi avec cinq ou six hommes d’armes, il y avait de quoi faire trembler une jeune fille. Une Anglaise, une Allemande ne s’y fut pas risquée ; l’indélicatesse d’une telle démarche lui [leur] eût fait horreur. Celle-ci ne s’en émut pas […] ». 358
Si cette ambigüe, voire absurde et ridicule comparaison, pose problème, elle peut être interprétée comme étant portée au crédit de Jeanne, elle, dès lors, qualifiée positivement en creux comme une jeune fille française.
N.B. La lecture de la Jeanne d’Arc de Michelet révèle des passages indiscutablement, violemment, nationalistes, difficiles à lire. (Cf. Histoire. Michelet Jules)

Histoire (Naipaul V.S) : 1990. V.S Naipaul [1932-2018], dans L’Inde, auteur de :
« S’éveiller à l’histoire, c’est cesser de vivre instinctivement. C’est commencer à se voir, et à voir son propre groupe, avec les yeux du monde extérieur ; et c’est connaitre une sorte de rage. L’Inde était désormais toute pleine de cette rage. Il y avait eu un éveil généralisé. Seulement, chacun s’éveillait d’abord à son propre groupe, à sa propre communauté ; chaque groupe se croyait unique dans son éveil et chacun s’efforçait de séparer sa rage de celle des autres groupes. »
« […] C’était une vision partielle des choses, mais il fallait s’y attendre : dans l’Inde toute entière des gens qui s’éveillait à l’histoire et à une connaissance nouvelle de leur place dans l‘ordre des choses, refaisaient l’histoire selon leurs besoins. » 359 (Cf. Politique. Nationalisme)

Histoire (Napoléon) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe - note de 1841 - auteur de :
« On achève d’imprimer à Saint-Pétersbourg les papiers d’État sur cette campagne [celle de Russie], trouvés dans le cabinet d’Alexandre [1777-1825] après sa mort. Ces documents, formant cinq à six volumes, jetteront sans doute un grand jour sur les évènements si curieux d’une partie de notre histoire (sic). Il sera bon de lire avec précaution les récits de l’ennemi [?], et cependant avec moins de défiance que les documents officiels de Bonaparte. Il est impossible de se figurer à quel point celui-ci altérait la réalité et la rendait insaisissable : ses propres victoires se transformaient en roman dans son imagination. » 360 (Cf. Histoire. Chateaubriand François-René de)

Histoire (Ndiaye Sibeth) : (24 juin) 2020. Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement a condamné la dégradation de la statue de Colbert [1619-1683] à l’extérieur de l’assemblée nationale - les mots « négrophobie d'État » ont été inscrits sur son socle. Elle en appelle aux « historiens (pour) expliquer avec pédagogie ce qu'ont été les faits et dans le contexte dans lequel ils se sont déroulés ». 361 De quel droit ? Et, depuis quand l’histoire appartient-elle aux historien-nes ?
Pour rappel : Colbert est l’auteur du premier Code noir. [1685] (Cf. Êtres humains. Code noir, Enfants. Pédagogie, Langage. Mots, Penser. Expliquer, Politique. Racisme)
* Ajout. 15 juin 2020. Sur France Inter, j’entends, sur ce même thème, de sa part :
« Vous devez être accompagné-es dans cette histoire » ; « Je veux une discussion historiographique » (sic).

Par ordre chronologique. Histoire. Friedrich Nietzsche :

Histoire (Nietzsche Friedrich) (1) : 1881. Friedrich Nietzsche [1844 1900], dans Aurore, auteur de :
« L’histoire universelle : Qu’est-ce, sinon des opinions présumées sur des actions présumées qui, à leur tour, ont donné lieu à des opinions et des actions dont la réalité cependant s’est immédiatement évaporée et n’agit plus que comme une vapeur ; - c’est un continuel enfantement de fantômes sur les profondes nuées de la réalité impénétrables. Tous les historiens racontent des choses qui n’ont jamais existé, si ce n’est dans la représentation. » 362

Histoire (Nietzsche Friedrich) (2) : 1886. Je lis, dans Par-delà le bien et le mal de Friedrich Nietzsche [1844 1900], concernant « la psychologie », mais d’une bien plus importante portée, cette subversive ‘réserve’ :
« […] Autant qu’il est permis de reconnaître dans ce qui a été écrit jusqu’à nous un symptôme de ce qui a été tu. » 363 (Cf. notamment, Patriarcat, Psychanalyse)

Histoire (Nietzsche Friedrich) (3) : 1901. Friedrich Nietzsche [1844 1900], dans La volonté de puissance, auteur de :
« L’histoire proclame sans cesse des vérités neuves. » 364

Histoire (Nora Pierre) : (4 mars) 2021. Sur France Inter, Pierre Nora, historien, auteur de :
« Commémorer Napoléon, oui. La Commune, non. »
Réaction de Léa Salamé, journaliste :
« Ça va faire réagir, tant mieux. » 365 (Cf. Penser. Pensées. Binaires, Politique. Médias)

Histoire (« Nous voulons changer l’histoire ») : 2014. Slogan lu dans une manifestation de Podemos [Nous pouvons. Espagne] :
« Nous voulons changer l’histoire. » 366

Histoire (« Objective ») : Sans oser se l’avouer, beaucoup d’historien-nes - comme nombre de chercheur-es en « sciences » sociales - aspirent à une histoire qui serait « objective » et, dès lors, dans leur imaginaire, d’autant plus crédible qu’elle ferait abstraction d’eux / elles-mêmes ; mais surtout les libéreraient de l’angoissante question de la part d’eux / elles-mêmes qu’ils / elles charrient nécessairement dans leurs recherches.
Mais pour reconnaitre l’évidence, il faut renoncer à la « scientificité » des « sciences » dites sociales, ici de l’histoire. (Cf. Penser. Objectivité. Méthode, « Sciences » sociales)

Histoire (Occident) : (30 septembre) 1767. Voltaire [1694-1778] écrit au comte Endrei Petrovitch Schouvalov [1742-1789] :
« Nous ne sommes tous que des nouveaux venus en comparaison de messieurs les Chinois. Mais je crois les Indiens encore plus anciens. Les premiers empires ont été sans doute établis dans les plus beaux pays. L’Occident n’est parvenu à être quelque chose qu’à force d’industrie. Nous devons respecter nos premiers maîtres. » 367 (Cf. Politique. Colonialisme, Économie. Occident, Histoire. Chine)

Histoire. Albert Ollivier :

Histoire (Ollivier Albert) (1) : 1966. Albert Olliver [1915-1964], « historien », dans son Saint-Just, auteur de :
« L’historien est toujours tenté de jouer les devins, à rebours. Connaissant l’avenir de son sujet, il peut vite usurper le privilège de fixer les stigmates de la prédestination. » 368

Histoire (Ollivier Albert) (2) : 1966. Albert Olliver [1915-1964], dans son Saint-Just, auteur de :
« Avec le recul, les mémoires, les écrits ont souvent tendance à représenter les grands évènements historiques comme le produit d’un plan bien concerté, de l’action, de la clairvoyance de quelques hommes, ou comme le résultat d’une poussée irrésistible des masses. Mais dès que l’on y regarde de plus près, on est frappé par les divergences et l’hétérogénéité des forces actives. Leur rencontre, leur amalgame ne se fait jamais sans malentendu, sans faux pas et sans anxiété. » 369

Par ordre chronologique. Histoire. Michel Onfray :

Histoire (Onfray Michel) (1) : (15 juillet) 2018. Michel Onfray, auteur de :
« […] Ce fantasme de l’homme nouveau - on aura l’occasion de le voir au moment de la révolution française et de la matrice de la révolution française - qui donnera par la suite, le bolchévisme, le fascisme, etc., le bolchévisme d’abord et le fascisme comme une réponse au bolchévisme ensuite. Jusqu’à la transgénèse. […] » 370
- Pourquoi s’embarrasser de détails, de nuances inutiles ?
* Ajout. 29 juillet 2108. Michel Onfray précisera son analyse historique :
« Le fascisme et le nazisme sont des réactions au bolchévisme. » 371
À l’équivalence, sans spécificité, sans autonomie propre, donc.

Histoire (Onfray Michel) (2) : (11 août) 2018. Michel Onfray, auteur de la Brève encyclopédie du monde, et de :
« Qui pense aujourd’hui en termes de millénaires ? » Lui ? 372 (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Onfray Michel)

Histoire (Onfray Michel) (3) : (20 décembre) 2023. Michel Onfray, sur Radio Courtoisie (radio d’extrême-droite), auteur de :
« Il faut faire l’histoire de l’histoire. » Ambitieux et juste.

Histoire. Orale :

Histoire (Orale) (1) : Le drame de l’histoire des femmes : l’oralité. Cette oralité imposée aux femmes est aussi - à l’exception de ceux et celles qui s’en sont soucié 373 - très largement condamnation de l’historiographie dominante.
Les femmes, les féministes ont grandement contribué à l’écriture de cette oralité ; et ce ne fut pas leur plus secondaire apport à la pensée.

Par ordre chronologique. Histoire. Orale :

Histoire (Orale) (1) : 1883. Ernest Renan [1823-1892], dans Souvenirs d’enfance et de jeunesse, auteur de :
« Ces saints locaux [en Bretagne], que l’on compte par centaines, sont tous du Vème et VIème siècles, c’est à dire de l’époque de l’émigration ; ce sont des personnages ayant pour le plus part réellement existés, mais que la légende a entourés du plus brillant réseau de fables. Ces fables d’une naïveté sans pareille, vrai trésor de mythologie Celtique et d’imaginations populaires n’ont jamais été complètement écrites. […]
Ou est donc caché le trésor de ces vieilles histoires ? Dans la mémoire du peuple. » 374 (Cf. Êtres Humains. Naïveté)

Histoire (Orale) (2) : 1985. George Steiner [1929-2020], dans un Entretien publié dans Les logocrates, auteur de :
« Le monde du Web, par certains côtés, c’est l’oralité collective. » 375

Histoire (Orale) (3) : 1999. George Steiner [1929-2020], dans un texte intitulé Les livres ont besoin de nous, publié dans Les logocrates, auteur de :
« L’écriture est un archipel au milieu des immensités océanes de l’oralité humaine. » 376 (Cf. Culture. Livres)

Histoire (Orale) (4) : 2015. Gloria Steinem, dans Ma vie sur la route. Mémoires d’une icône féministe, auteure de :
« Il ne faut pas s’étonner si l’histoire orale se révèle souvent plus juste que celle des livres. La première est transmise par la multitude de ceux qui étaient présents. La seconde est écrite par une élite qui ne l’était sans doute pas. » 377 (Cf. Violences. Violences à l’encontre des femmes. Steinem Gloria)

Histoire (Orwell George) : 1949. George Orwell [1903-1950], dans I984, auteur de :
« Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur », tandis qu’Aldous Huxley [1894-1963] est l’auteur de :
« Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé. »
En plus simple : L’histoire est politique.

Par ordre chronologique. Histoire. Pascal Ory :

Histoire (Ory Pascal) (1) : (21 novembre) 2021. Pascal Ory, fier nouvel académicien, dans C. politique, auteur de :
« Qu’est-ce que l’histoire peut enseigner ? Franchement ! » Comprenne qui pourra, notamment ceux et celles qui l’ont vu et entendu dans tous les médias depuis des dizaines d’années ?

Histoire (Ory Pascal) (2) : (14 juillet) 2022. Pascal Ory, sur France Inter, concernant le 10 juillet 1940, auteur de :
« Les historiens n’ont pas à juger, ils ont à essayer d’expliquer […]. » 378

Histoire (Ory Pascal) (3) : (9 octobre) 2022. Pascal Ory, sur France Culture, auteur de :
« L’histoire est bonne fille et sert à tout » ; ce à quoi Jean-Noël Jeanneney, sans doute choqué, tenta d’opposer une « histoire pertinente » et une « histoire fantasmée ».
Puis, au cours de la même émission, Pascal Ory put ensuite affirmer que la révolution russe de février 1917 avait, sans plus de clarification linguistique, politique, féministe « émancipé les femmes » ; pour enfin répondre à une intervenante, afin de justifier sa propre position :
« Vous ne comprendrez rien à l’histoire contemporaine, sans cela. » 379 (Cf. Hommes. « Autoritaires », Langage)
* Ajout. 8 juillet 2023. Je lis dans la présentation de la rediffusion l’émission de France Culture du jour de Jean-Noël Jeanneney :
« Pascal Ory, mon invité du jour, a donné sa contribution au catalogue de l’exposition [Pierre Dac, au musée d’art et d’histoire du judaïsme] avec une compétence qui s’élargit, comme le savent très bien les auditeurs de France Culture et de cette émission, à l’histoire de toutes les cultures contemporaines. »

Histoire (Ory Pascal) (4) : (20 octobre) 2022. Pascal Ory, dans son Discours de réception à l’académie française, auteur de :
« […] Ça l’est d’autant moins que ce Richelieu-là, bien connu de Jean-Marie Rouart et de Chantal Thomas, n’est pas resté dans notre mémoire nationale pour sa contribution - pourtant, semble-t-il, décisive - à la victoire française de Fontenoy, mais pour deux caractéristiques dont je dois avouer qu’elles intéressent encore plus celui qui vous parle que celle de chef de guerre : il fut libertin et gastronome. Correspondant assidu de Voltaire, embastillé comme lui dans sa jeunesse, le maréchal transfigure sensuellement tout ce qu’il touche. Les femmes, assurément, mais aussi les tissus qu’elles portent : la ‘Collection Richelieu’ rassemble aujourd’hui plusieurs milliers d’échantillons de textile féminin, pieusement conservés à la Bibliothèque nationale de France. Du point de vue gastronomique, on ne prête qu’aux riches. Ce grand capitaine, connu pour son faste gourmand, s’empare de la forteresse de Port-Mahon aux Baléares et la légende - print the legend...- attribue à son officier de bouche l’invention de la ‘mahonnaise’, alias mayonnaise. En tous les cas, dans son Grand Dictionnaire universel, Pierre Larousse, en bon républicain, n’y va pas par quatre chemins : le maréchal ? ‘Sa vie entière fut un scandale’. M’accordera-t-on le droit d’avoir la nostalgie d’un temps où un membre de l’Académie française pouvait se payer le luxe d’être, soixante-sept ans durant, ‘perdu de réputation’ ? »
Ou : ‘Comment ne pas prendre l’histoire au sérieux et ne pas respecter les femmes… (Cf. Langage. Académie française, Hommes. Libertins. Grossiers, Historiographie. Patriarcale.

Histoire (Oubli) : (21 septembre) 1972. Georges Pompidou [1911-1974, président de la république, justifiant le droit de grâce accordé à Paul Touvier [1915-1996], auteur de :
« […] Allons-nous éternellement entretenir saignantes les plaies de nos désaccords nationaux ? Le moment n’est-il pas venu de jeter le voile, d’oublier ces temps où les Français ne s’aimaient pas, s’entre-déchiraient et même s’entre-tuaient ? et je ne dis pas ça, même s’il y a ici des esprits forts, par calcul politique, je le dis par respect de la France. » (Cf. Politique. Nationalisme)

Histoire (Overdose) : Il y a tant de peuples que l’on a, que l’on épuise de par leur histoire ; ils y restent figés ; ils y sont englués. Et ils restent ainsi prisonniers du passé, d’une histoire qui fut construite sans eux, ou avec un eux mythifié, ce qui revient quasiment au même… (Cf. Politique)

Histoire (Pareto Vilfredo) : 1917. Vilfredo Pareto [1848-1913], dans son Traité de sociologie générale, auteur de :
« […] L’histoire a pour but exclusif ou du moins principal de décrire les faits réels et leurs rapports. »
Il précise ultérieurement que les faits « exercent une grande influence sur la partie principale du phénomène dont [on] recherche les uniformités […] »
Ce qui ne l’empêche pas d’être seul juge des dits faits, ni de s’autoriser nombre de jugements de valeurs comme d’analyses propres, souvent fort pertinentes.
Quant aux pensées auxquelles il n’adhère pas, il les renvoie à ce qu’il nomme des « dérivations », démontrant par là-même leur rôle dans l’écriture de l’histoire. (Cf. Penser) 380

Histoire (Parlement Européen. Résolution sur la conscience historique européenne) : (17 janvier) 2024. Résolution du Parlement européen du 17 janvier 2024 sur la conscience historique européenne : Une sélection arbitraire d’articles, mais tout est à lire (et à critiquer) :
« […] 1. reconnaît que les histoires diverses et souvent conflictuelles des nations et des États européens rendent difficile et potentiellement dangereux tout effort pour gérer l’histoire au niveau politique, et que les tentatives visant à influer la manière de commémorer et d’interpréter le passé s’avèrent toujours difficiles
4. souligne la nécessité d’une évaluation honnête de la « politique du passé » de l’Union, par laquelle elle s’est efforcée de donner plus de légitimité au projet européen, de renforcer un sentiment d’appartenance à l’Europe et d’encourager la coexistence pacifique des peuples du continent, en reconnaissant de manière égale les réalisations et les lacunes existantes et en examinant attentivement les moyens par lesquels les citoyens ont été encouragés à se confronter au passé
12. souligne le rôle essentiel de l’éducation et invite les États membres à actualiser leurs programmes d’études et méthodes d’enseignement existants afin de faire passer l’histoire européenne et mondiale avant l’histoire nationale, et de mettre davantage l’accent sur une compréhension supranationale de l’histoire, notamment en permettant des perspectives multiples sur l’histoire et en encourageant les styles d’enseignement correspondants qui privilégient la réflexion et la discussion plutôt que le transfert de connaissances, et qui ont pour objectif général d’amener les étudiants à ‘apprendre à penser’ plutôt que de leur dire ‘ce qu’ils doivent penser’
14. estime que le chauvinisme, les stéréotypes sexistes, les asymétries de pouvoir et les inégalités structurelles sont profondément ancrés dans l’histoire européenne, et déplore l’absence d’une approche suffisamment multiculturelle et sensible au genre dans l’enseignement de l’histoire; considère qu’il est essentiel de lutter contre la marginalisation des femmes et d’autres groupes de la société sous-représentés dans l’histoire, et invite les États membres à accorder une attention accrue aux programmes scolaires nationaux
[…] »

Histoire (Pasternak Boris) : Boris Pasternak, [1890-1960] auteur de :
« […] En somme, ce qui est important n’est pas de respecter l’exactitude historique mais de réussir à évoquer l’époque. Ce n’est pas ce qu’on décrit qui compte, mais la lumière que l’on projette comme celle d’une lampe située dans une autre pièce. » 381

Histoire (Peeters Benoît) : 2010. Benoît Peeters, dans Trois ans avec Derrida, s’interrogeant sur les « recherches biographiques », écrit notamment :
« Les moments les plus intenses et les plus décisifs d’une existence sont peut-être ceux qui ont laissé le moins de traces. » 382
Dès lors, dans la mesure où il est difficile de ne pas être d’accord avec lui, que reste-t-il de l’Histoire ?
Les femmes, par ailleurs, sont particulièrement concernées : rares et tardifs accès à l’écrit, étouffement dans et par le quotidien, la famille, le patriarcat, et, pour celles concernées, exclusion quai totale de leur participation à la vie, à la pensée, aux actions de leurs époux, amants, amis… (Cf. Femmes. Épouse de, Historiographie. Patriarcale) (Poursuivre)

Histoire (Perraut Gilles) : 1990. Il est des livres d’histoire qui marquent des ruptures impossibles à contourner : le livre de Gilles Perrault [1931-2023], concernant le règne d’Hassan II, Notre ami le roi, en fait partie. Je doute qu’il soit possible pertinemment d’écrire, dans quelque domaine que ce soit, sur le Maroc actuel sans l’avoir lu. 383 (Cf. Histoire. Ruptures)

Histoire (Perrot Michelle) : (28 novembre) 2022. Michelle Perrot, dans la série de 25 émissions de France Culture concernant L’histoire des femmes, auteure de :
« Dès que le regard change, on voit autre chose ». Élémentaire, nécessaire, essentiel. 384

Histoire. Permanence :

Histoire (Permanence) (1) : Être sensible, interrogatif/ve sur la permanence dans l’histoire n’est pas nécessairement avoir une analyse conservatrice de l’histoire. Évident, certes, mais peut aider à libérer certains blocages… (Cf. Politique. Conservatisme)

Histoire (Permanence) (2) : C’est dans les périodes de ruptures politiques que l’histoire, revue à travers un nouveau prisme, libérée des carcans dans laquelle tant ont intérêt à la voir enfermée, ressurgit. Et que les débats sur son interprétation reprennent. (Cf. Politique. Révolte, Révolution, Histoire. Ruptures)

Par ordre chronologique. Histoire. Permanence :

Histoire (Permanence) (1) : 1855. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie, auteure de :
« […] Ni Robespierre, ni Saint-Just pourtant n’étaient des hommes capables de bien mener un oeuvre aussi grandeune société nouvelle »). Grands eux-mêmes, mais souillés par l’époque terrible qui les avaient produits, ils eussent laissé du moins des traces certaines de leur passage. Que Bonaparte et quelques-uns des hommes qui vinrent à lui et qu’il absorba trop vite dans son rayonnement eussent été appelés à continuer l’œuvre des jacobins, et qu’au lieu de la renier et de la maudire, eux qui l’avaient adorée, ils eussent gardé la foi des choses nouvelles et compris la loi du progrès, ils eussent pu apporter le concours de leur génie et de leur audace à cet édifice de notre avenir. » 385 (Cf. Hommes. Grands, Histoire. Révolution)

Histoire (Permanence) (2) : 1964. Isaac Deutscher [1907-1967], dans son Staline, auteur de :
« Et nous dirons, paraphrasant un fameux dicton bolchévique, que l’édifice de la société poststalinienne devra être reconstruite avec les briques qui resteront de la Russie stalinienne. » 386

Histoire (Permanence) (3) : (23 mars) 2023. Un diner officiel - 200 invité-es - devait avoir lieu dans la galerie des glaces au château de Versailles lors de la visite d’état du nouveau roi d’Angleterre ; compte tenu de la situation politique et des liens qui ne peuvent être faits avec la révolution française, il est question qu’il soit déporté sur l’Élysée.
N.B. 1. J’entends aussi que les personnels du Mobilier national « en grève » refusait d’installer « le tapis rouge. » Plus précisément, je lis le lendemain, le communiqué de la CGT Culture :
« Nous demandons à notre administration de faire savoir aux services concernés que nous n’assurerons ni les ameublements, ni les tapis rouges, ni les pavoisements ».
N.B. 2. Trois graffitis parmi mille : « Sire, on en a gros », « La guillotine vite ! » « À mort le roi »
* Ajout. 24 mars 2023. La visite du roi d’Angleterre, à la demande d’Emmanuel Macron - sa seule initiative publique de la journée du 23 mars - est « reportée ».

Histoire (Peuple) : 1775. Je lis dans la présentation par Ouest-France de l’Ile de Noirmoutier ce fier mémoire adressé au roi :
« Les habitants de l’Isle de Noirmoutier ont vaincu toutes les difficultés, écartés tous les fléaux, domptés tous les éléments. Ils peuvent se dire avec raison : ‘Tout ce qui nous environne est la preuve et le fruit de notre industrie. Nous avons ordonné à la mer de respecter nos possessions et la mer les a respectés. Sans nous, ce port qui reçoit dans son sein les barques nationales, serait comblé. Ces digues qui nous sauvent d’une subversion générale n’existeraient pas. Ces terres qui nous donnent la subsistance seraient cachées dans les eaux ou perdues dans les sables, cette portion du royaume que nous habitons seraient anéantie, ces maisons, ces champs, cet isle entière est notre ouvrage.’ » 387
N’est-ce pas l’histoire du peuple ce que nous lisons ici ? Sa rareté en fait son importance.

Histoire (Pétain Philippe) : (27 juin) 1941. Philippe Pétain [1856-1961], aux Actualités françaises, auteur de :
« […] Car la France se relève. Mais bon nombre de français se refusent à le reconnaitre. Croient-ils vraiment que leur sort est plus tragique qu’il y a un an ? Français, vous avez vraiment la mémoire courte. […] »

Histoire (Pionnier-ère) : Il n’existe, ni en histoire, ni ailleurs d’ailleurs, de pionnier, de pionnière. C’est en effet, outre l’égotisme dont le terme est nécessairement le signe, une négation de l’histoire.

Histoire (Pitrou Agnès) : 1977. Agnès Pitrou [1924-2012], sociologue, concernant les comparaisons historiques en matière d’évolution de la famille et du statut des femmes « à la maison », auteure de :
« Il faut toujours se méfier des références historiques. Le passé, c’est probablement ce qui se passait dans la classe bourgeoise au début du siècle. Nos références ne vont pas beaucoup plus loin. » 388 Que cela est juste ! (Cf. Sociologie)

Histoire (Plenel Edwy) : 1997. Edwy Plenel, auteur de :
« […] Au fond les vaincus de ce siècle ont plus de choses à nous dire que les vainqueurs. » 389 Bien, bien plus, pas même comparable…
Le problème, c’est que ce sont les seconds qui ont, eu, pris la parole.

Histoire (Postel-Vinay Anise) : (5 juin) 2020. Anise Postel-Vinay [1922-2020], auteure de :
« Les femmes n’ont pas le même intérêt pour leurs propres exploits que les hommes. C’est ce que j’ai constaté. » 390 Si l’on prend au sérieux ce constat, d’une telle évidence, comment l’intégrer dans le si nécessaire bouleversement de la conception de l’histoire qu’il implique ?

Par ordre chronologique. Histoire. Vladimir Poutine :

Histoire (Poutine Vladimir) (1) : (29 décembre) 2021. Vladimir Poutine, via le procureur de la Cour suprême de Russie, a décidé de de dissoudre l’association Memorial - fondée en 1989, sous la présidence de Mikhaïl Gorbatchev [1931-2022], par des dissidents soviétiques, dont Andreï Sakharov [1921-1989] - accusée de « salir la mémoire » du pays et de « créer une image mensongère de l’URSS en tant qu’État terroriste ». L’histoire longue…
* Ajout. 18 août 2023. Le tribunal municipal de Moscou a ordonné la dissolution du Centre Andreï Sakharov, déjà qualifié d’« agent de l’étranger », pour avoir « organisé des évènements en dehors de sa zone d’activité ». L’histoire répétitive…
* Ajout. février 2024. Lu dans Le Monde Diplomatique (p. 24) la recension du livre d’Etienne Bouche, Mémorial face à l’oppression russe [Plein Jour. 2023. 208p.], dont voici la fin :
« […] Car les nouvelles générations n’ont guère poursuivi ce travail mémoriel, laissant le champ libre à une récriture l’histoire au service de la légitimation de l’État (nouveaux manuels, réhabilitation de Joseph Staline [1878-1953], célébration de la victoire de la ‘grande guerre patriotique’ comme mythe fondateur. La dissolution de Mémorial a été prononcée en février 2022, quatre jours après le début de l’invasion de l’Ukraine. » (Cf. Politique. Guerre)

Histoire (Poutine Vladimir) (2) : (16 février) 2022. Lu dans Le Canard enchaîné : Emmanuel Macron a confié à l’un de ses visiteurs, concernant son entretien de 5h 30, le 7 février 2022, à Moscou avec Vladimir Poutine qu’il avait été « frappé par ses obsessions : ‘Il ne cessait de revenir sur les relations passées entre l’Ukraine et la Russie. Chaque fois que je tentais de parler de demain, il revenait à autrefois.’ » 391

Histoire (Poutine Vladimir) (3) : (9 juin) 2022. Vladimir Poutine, lors d’une rencontre avec des jeune entrepreneurs à Moscou, comparant sa politique avec celle de Pierre le Grand [1672-1725], repris par l’AFP « semblant faire allusion à l'offensive russe en Ukraine », auteur de :
« Nous venons de visiter une exposition consacrée au 350ème anniversaire de Pierre le Grand. C'est étonnant, mais presque rien n'a changé. [...] Pierre le Grand a mené la guerre du Nord pendant 21 ans. On a l'impression qu'en combattant la Suède, il s'emparait de quelque chose. Il ne s'emparait de rien, il reprenait. […]
Apparemment, il nous incombe aussi de reprendre et de renforcer. »
* Ajout. 15 juin 2022. 1917. En contrepoint, cf. le discours de Staline [1878-1953], alors commissaire aux nationalités lors du Congrès de parti social-démocrate Finlandais tenu en (novembre ?) 1917, à Helsinki :
« La pleine liberté de déterminer leur propre vie est donnée aux Finlandais aussi bien qu’aux autres peuple de Russie ! Une alliance volontaire et honnête entre les peuples russes et finlandais ! pas de tutelle, pas de contrôle d’en haut sur le peuple finlandais ! Tels sont les principes-directeurs de la politique au Conseil des commissaires des peuples. » 392

Histoire (Poutine Vladimir) (4) : (22 mai) 2023. Vladimir Poutine se fait filmer regardant une carte de la Russie datant de Louis XIV, dans laquelle le mot Ukraine n’était pas spécifiquement, selon lui, lisible. Voici son jugement :
« Le gouvernement soviétique a créé l'Ukraine soviétique. C'est bien connu de tous. Jusqu'alors, il n'y a jamais eu d'Ukraine dans l'histoire de l'humanité. »
Il ne s’agit là plus d’histoire, mais de falsification de l’histoire et/ou incohérence intellectuelle.

Histoire (Préhistoire) : (9 novembre) 2019. Claudine Cohen, préhistorienne, auteure de :
« On n’a jamais parlé de la femme de CroMagnon. [En 1868 en Dordogne lors de fouilles ont été découverts, dans un abri dans la roche, quatre hommes et une femme, fossiles d’Homo-sapiens] Et cette pauvre femme de Cro-Magnon, elle est restée dans les tiroirs du Musée de l’homme, jusqu’il y a très peu de temps, quand on a réouvert le Musée de l’homme il y a quelques années, on l’a sortie et on l’a exposée dans la galerie consacrée aux hommes-fossiles […] » (sic) 393 (Cf. Langage. Patriarcal. Jeanneney Jean-Noël)

Histoire (Prévert Jacques) : 1975. Jacques Prévert [1900-1977], auteur de :
« L’histoire va vite, mais les historiens traînent. » 394

Histoire (Prophétie) : 1951. Albert Camus [1913-1960], dans L’homme révolté, auteur de :
« On peut dire de Marx que la plupart de ses prédictions se sont heurtées aux faits dans le même temps où se prophétie a été l’objet d’une foi accrue. La raison en est simple : les prédictions étaient à court terme et ont pu être contrôlées. La prophétie est à très long terme et elle a pour elle ce qui assit la solidité des religions : l’impossibilité de faire la preuve. Quand les prédictions s’effondraient, la prophétie restait le seul espoir. Il en résulte qu’elle est la seule à régner sur notre histoire. » 395 Pertinent. Sévère, injuste ?

Histoire (« Quantitative ») : (22-23 décembre) 2019. Michelle Perrot, dans Le Monde, évoque sa formation en histoire à la Sorbonne, et notamment celle transmise par Ernest Labrousse [1895-1988], son « ‘maître’ » :
« Pour cet homme qui était au parti socialiste, l’histoire de la classe ouvrière était un grand chantier, mais elle devait rester scientifique : il était très hostile aux présupposés hagiographiques du P.C. Il défendait une histoire sérieuse - et donc quantitative : il voulait savoir combien ils étaient, où ils vivaient, comment ils se nourrissaient, ce qu’ils pensaient (sic). C’était l’époque où Emmanuel Le Roy-Ladurie [1929-2023] disait : ‘L’histoire sera quantitative ou elle ne sera pas !’ ». 396 (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Labrousse Ernest, Sociologie)

Histoire. Qui fête quoi ? :

Histoire (Qui fête quoi ?) (1) : 1992. Lu dans Studs Terkel [1912-2008 Race. Histoires orales d’une obsession américaine de Studs Terkel [1912-2008] l’analyse de Maggie Holmes, une domestique retraitée :
« Ce qui m’a mise en colère, c’est quand vous avez fêté les cent ans de la Statue de la liberté [en 1984], ça m’a rendue folle, parce que pour moi, c’était écœurant. Ce n’était pas fait pour moi. On n’est pas arrivés par Ellis Island. Vous comprenez ce que je veux dire ? Qu’est-ce que vous fêtez ? Vous êtes arrivés dans les cales, enchaînés, battus et à moitié morts. Pourquoi est-ce que vous les aidez [les médias ?] à fêter ça ? Cent ans de quoi ? » 397 (Cf. Politique, Histoire. Mémoire, Terkel Studs)

Histoire (Qui fête quoi ?) (2) : 1992. Lu dans Studs Terkel [1912-2008] Race. Histoires orales d’une obsession américaine de Studs Terkel [1912-2008], l’analyse de Joseph Lattimore, courtier en assurance :
« Je pense à la façon dont on célèbre George Washington [1732-1799]. Si on essaie de le faire tomber de son piédestal, on se heurte vraiment à une résistance. Il serait pourtant temps de dire la vérité. Il possédait des êtres humains. Les bons esclaves, pour qu’ils soient de bons esclaves, on les battait à mort, on leur faisait ce qu’il faut pour ça. C’est un peu demander à des Juifs de célébrer Hitler. On demande aux Noirs de célébrer les propriétaires d’esclaves d’hier. » 398 (Cf. Êtres humains, Politique. Racisme, Histoire. Terkel Studs)

Par ordre chronologique. Histoire. Racisme :

Histoire (Racisme) (1) : 1992. Lu dans Studs Terkel [1912-2008], Race. Histoires orales d’une obsession américaine :
« Ils disent : ‘Pourquoi parlez-vous toujours du passé ?’ Mais pourquoi les Blancs parlent-ils toujours de leur passé ? Ils n’arrêtent pas de parler de quand ils sont arrivés ici et de comment c’était pour eux. Jamais ils ne vous laissent oublier leur histoire, mais ils voudraient qu’on oublie la nôtre. C’est donc si pénible pour vous de penser à ce que vous nous avez fait ? Ça vous gêne ? On n’est pas dans leurs livres d’histoire. Ils ne disent pas combien nous avons contribué à ce pays. Quand nos enfants lisent un livre, on dirait que personne n’a rien fait pour ce pays à part l’homme blanc. » 399 (Cf. Êtres humains, Politique. Racisme, Histoire. Mémoire, Terkel Studs. Historiographie. Patriarcale. Économie)

Histoire (Racisme) (2) : 1992. Lu dans Studs Terkel [1912-2008], Race. Histoires orales d’une obsession américaine :
« Il est curieux que les Blancs veulent que nous abandonnions notre héritage africain, alors que c’est un héritage que nous n’avons jamais été capables de faire nôtre. Quand nous sommes arrivés ici, pratiquer nos rites, reconnaître notre héritage, était illégal. Même les tambours étaient interdits. » 400 (Cf. Culture, Êtres humains. Héritage, Politique. Colonialisme, Histoire. Mémoire, Terkel Studs)

Histoire (Racisme) (3) : (13 juin) 2020. Entendu dans l’émission Concordance des temps de France Culture, intitulée : Aux États-Unis, la police et les noirs évoquer - Jean-Noël Jeanneney ayant précisé que « la police qui est le sujet de ce matin » - : les formulations suivantes : « la question noire », « la présence noire », « le monde noir ».
J’ai aussi entendu évoquer, concernant ce qui fut nommé « la grande migration » après la première guerre mondiale, des populations noires du sud des États-Unis vers le Nord : « les causes positives, au sens économique, », ainsi dissociées du racisme et donc de l’histoire.
Il fut alors rappelé par l’historien invité Pape N’diaye, que, dans le sud, les populations noires étaient alors lynchées, tuées, privées de droite vote, objets de violences policières et que la ségrégation régnait.
J’ai enfin entendu à deux reprises l’emploi du terme de « sensibilités », ainsi que ce jugement concernant une violence policière raciste : « à notre époque, c’est insupportable ». Ne l’était-elle pas avant ? 401 (Cf. Êtres humains, Économie, Violences)

Histoire (Racisme) (4) : (septembre) 2022. Je lis la conclusion de la présentation du livre d’Anthony Guyon, Les tirailleurs Sénégalais. De l’indigène au soldat de 1857 à nos jours [Perrin. 2022. 384 p.] :
« Un dévouement dévoyé [qui explique l’image ambigüe des tirailleurs dans l’Afrique francophone contemporaine]. » Et ce, paru dans Le Monde Diplomatique [!] (septembre 2022. p.25). (Cf. Politique. Colonialisme)

Histoire (Radio courtoisie) : (16 mars) 2023. Entendu aujourd’hui sur Radio courtoisie (radio d’extrême droite) concernant la manière dont la répression de La Commune de Paris [1871 a été effectuée : « … peut-être un peu durement ».
Pour précision, un bilan / jugement parmi de nombreux autres :
« Humainement, le bilan de la Semaine sanglante est désastreux. Il n’y a pas de réel consensus parmi les historiens pour chiffrer le nombre exact des morts mais, globalement, on estime qu’entre 3.000 et 5.000 fédérés sont morts au combat et qu’environ 20.000 autres ont été massacrés. Par exemple, en 1897, un charnier de 800 communards est retrouvé dans le quartier de Charonne. Bien souvent, les exécutions avaient lieu à la mitrailleuse…
En comparaison, du côté des Versaillais, il y aurait eu entre 500 et 800 tués et 5.000 blessés.
Mais après les exécutions immédiates il y a eu les arrestations et les déportations de Communards. Au total, environ 43.000 personnes (hommes, femmes et enfants) sont arrêtées. Elles ont été internées au camp de Satory dans des conditions sanitaires effroyables. Des épidémies se développent et des dizaines de détenus sont abattus pour tentative d’évasion. Plusieurs milliers de ces prisonniers sont envoyés dans les ports de l’ouest (Brest, Cherbourg, etc.) où ils sont parfois internés sur des bateaux… Bref, la répression est féroce. »
402

Histoire (Rashômon) : Regarder le film Rashômon [1950. Akira Kurosawa] devrait être un préalable à toutes études d’histoire.

Histoire (Reck-Malleczewen Friedrich) : (11 août) 1936. Friedrich Reck-Malleczewen [1884-1945], dans La haine et la honte. Journal d’un aristocrate Allemand. 1936-1944, après avoir évoqué « la terrible périodicité avec laquelle les abcès de l’âme se débrident » auteur de :
« Car, que savons-nous de ces cryptes, de ces cheminements souterrains qui se prolongent à l’infini sous l’édifice de la vie d’un peuple, de ces catacombes où tous nos désirs troubles, nos rêves d’angoisse, nos démons, nos vices et nos péchés mortels oubliés et non expiés, sont ensevelis depuis des générations ? »
- Et il poursuit en octobre 1940 :
« Le peuple allemand est dans l’état que j’ai décrit l’autre jour : les souterrains, les cryptes et les oubliettes dans lesquels toute nation tient enfermée ses démons, ses cauchemars et ses désirs trouble se sont vidés. Le contenu s’en est échappé comme les vents de la boite de Pandorre. La tempête fait rage sur la vieille terre si patiente. L’Allemagne ivre de ses victoires est frappée de folie. […] 403

Histoire (Reed John) : 1920. Préface de N. Kroupskaia [1869-1939] à la première édition russe du livre de John Reed [1887-octobre 1920], Dix jours qui ébranlèrent le monde - 1919 - :
« […] Au premier abord, il paraît étrange que ce livre ait pu être écrit par un étranger, un américain ignorant la langue du pays et de ses mœurs. […]
Ce n’est pas ainsi que les étrangers écrivent sur la révolution soviétique. Ou bien ils ne comprennent rien aux évènements, ou bien ils généralisent des faits isolés qui ne sont pas toujours typiques. Il est vrai que bien peu furent personnellement témoins de la révolution.
John Reed ne fut pas un observateur indifférent. Révolutionnaire dans l’âme, communiste, il comprenait le sens des événements, le sens de la grande lutte. De là cette acuité de vision, sans laquelle il eut été impossible d’écrire un pareil livre.
Les Russes non plus ne parlent pas ainsi de la révolution d’octobre : ou bien ils portent un jugement, où bien, ils se contentent de décrire des épisodes dont ils ont été témoins. […]
John Reed est inséparablement lié à la révolution russe […] »
- Lire la Préface de John Reed écrite à New York, le 1er janvier 1919, qui se termine par :
« Au cours de cette lutte, mes sympathies n’étaient pas neutres. Mais, en retraçant l’histoire de ces grandes journées, j’ai voulu considérer les évènements en chroniqueur consciencieux, qui s’efforce de fixer la vérité. » 404 (Cf. Femmes. Épouse, Penser. Méthode)

Histoire (Rémond René) : 1987. René Rémond [1918-2007], dans les Essais d’ego-histoire, auteur de :
« Cette confiance dans l’objectivité (en histoire) a, il est vrai, subi des atteintes. […] Plus récemment l’esprit de 68 a radicalisé la critique : il n’est aucun de ceux qui ont eu alors des auditoires qui n’ait été sommé de s’expliquer sur ses ‘présupposé’ : il leur a fallu indiquer, selon le jargon de l’époque fait d’emprunts à un pseudo vocabulaire philosophique ‘de quel lieu ils parlaient’. » 405
Ce que René Rémond nomme « pseudo-vocabulaire philosophique », n’était-ce pas plutôt une délégitimation de la prétention à « l’objectivité » ? un refus d’obéissance aux « savoirs » imposés ? une aspiration à une certaine idée de l’égalité ? Et dès lors, une exigence de rigueur, de méthode qui implique nécessairement une clarification des liens entre les historien-nes et l’histoire ? (Cf. Hommes. « Intellectuels », Penser. Expliquer, « Sciences sociales ». Objectivité, Histoire)

Histoire (Renoir Jean) : 1981. Jean Renoir [1894-1979], dans Pierre-Auguste Renoir [1841-1919], mon père, auteur de :
« Il est permis d’imaginer des milliers de méthodes différentes pour classifier les éléments qui composent notre univers. » 406

Histoire (Revanche) : L’arrivée massive des Africain-es en Europe : la revanche des colonisé-es ? La baisse de la natalité en Europe : la revanches des femmes ?

Histoire (Rêve) : 1976. Pierre Mendès-France [1907-1942], dans La vérité qui guidait leurs pas, auteur de :
« La part du rêve n’est-elle pas un des moteurs de l’histoire ? » 407 (Cf. Histoire. Mendès-France Pierre)

Histoire. Révolution :

Histoire (Révolution) (1) : Entendu : « La révolution a remis l’histoire en marche… » Si juste. (Cf. Penser, Politique. Révolution)

Histoire (Révolution) (2) : On explique, en règle générale - ou : souvent ? - l’échec des révolutions par leurs faiblesses internes. Si, d’emblée, dans ces analyses, on intégrait, sans les dissocier, les forces, les puissances des forces nationales et internationales qu’elles remettaient en cause et qui s’acharnaient à les détruire - pour de fort mauvaises raisons les plus souvent - les leçons de l’histoire seraient sans doute plus progressistes. (Cf. Politique. Révolution, Histoire. Révolution française)

Histoire (Reynaud Paul) : (13 juillet) 1945. Paul Reynaud [1878-1966] lors de sa déposition au procès du maréchal Pétain [1856-1951], auteur de :
« L’Histoire dira quelle est la vérité, elle fera la lumière complète sur cette affaire [l’appel de Pétain au gouvernement], mais je me permets de conseiller aux critiques d’être modérés. »

Histoire (Ricœur Paul) : (août-septembre) 2000. Paul Ricœur [1913-2005], « philosophe », auteur de :
« Nous faisons l’histoire et nous faisons de l’histoire parce que nous sommes historiques. » 408 (Cf. Penser, Histoire. Macron Emmanuel, Philosophie)

Histoire (Riffaud Madeleine) : (3 août) 1993. Madeleine Riffaud, auteure de :
« Mon travail, c’est de donner une voix à ceux qui font l’histoire, mais qui, toute leur vie, resteront dans le silence. » 409

Histoire. Michèle Riot-Sarcey :

Histoire (Riot-Sarcey Michèle) (1) : (18 août) 2021. Michèle Riot-Sarcey, historienne, auteure de :
« J’ai vécu avec ces femmes du 19ème siècle à la Bibliothèque de L’Arsenal… Peu à peu on est habitées par elles. » 410 (Cf. Culture. Bibliothèque, Etres humains. Soi, Penser. Méthode)

Histoire (Riot-Sarcey Michèle) (2) : (20 août) 2021. Michèle Riot-Sarcey, historienne, auteure de :
« On a écrit l’histoire à partir de sources de ceux qui ne la faisaient pas. » 411 (Cf. Histoire. Archives. Sources. Histoire. Patriarcale)

Histoire (Rivarol) : 1836. Antoine de Rivarol [1753-1801], dans Pensées, auteur de :
« La raison est historienne, mais les passions sont actrices. » 412 (Cf. Penser. Pensées. Binaires)

Histoire (Roland Jeanne-Marie) : 1793. Jeanne-Marie Roland [1754-1793] en conclusion de ses Mémoires Particuliers, condamnée à mort, écrit :
« S’il m’avait été donnée de vivre, je n’aurais plus eu, je crois, qu’une tentation : c’eût été de faire Les Annales du siècle, et d’être la Macaulay de mon pays ; j’allais dire le Tacite [58-120], de la France, mais cela ne serait point modeste […]. J’ai pris de ma prison une véritable passion pour Tacite ; je ne puis dormir sans avoir lu quelques morceaux de lui ; il me semble que nous voyons de même et, avec le temps, sur un sujet également riche, il n’aurait pas été impossible que je m’exprimasse à son imitation. » 413 (Cf. Femmes. Écrivaines. Roland Jeanne-Marie. Modestes, Histoire. Tacite)
N.B. Une note précise : « Catharine Macaulay [1731-1791], historienne anglaise radicale, auteur d’une Histoire d’Angleterre [1763-1783] en huit volumes qui a été vue (sic) comme une réponse à l’Histoire de la Grande Bretagne de Hume [David. 1754-1762]. » (Cf. Femmes. Remarquables, Histoire. Patriarcale)

Histoire (Roth Joseph) : 1932. Joseph Roth [1894-1939], présentant La marche de Radetzky, écrit dans la Frankfurter Zeitung :
« La mission humble et noble qui incombe [à l’écrivain] consiste à glaner les destins privés que l’Histoire, aveugle et insouciante, à ce qu’il semble, laisse tomber sur son passage ». 414

Histoire (Rouart Jean-Marie) : (25 février) 2022. Jean-Marie Rouart, « fou d’histoire », auteur de :
« Nous sommes un morceau d’histoire. Elle est notre identité », puis il évoque « la France, la fille aînée de l’église, Napoléon, Louis XIV, les temps des cathédrales… » 415

Histoire (Rousseau Jean-Jacques) : 1762. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Émile ou de l’éducation, auteur de :
« L’histoire en général est défectueuse, en ce qu’elle ne tient registre que des faits sensibles et marqués, qu’on peut fixer par des noms, des lieux, des dates ; mais les causes lentes et progressives de ces faits, lesquels ne peuvent s’assigner d’eux-mêmes, restent toujours inconnues. » 416

Par ordre chronologique. Histoire. Arundhati Roy :

Histoire (Roy Arundhati) (1) : 2017. Arundhati Roy, dans Le Ministère du Bonheur Suprême, auteure de :
« […] Le moment avait eu la brièveté d’un battement de cœur, mais c’était sans importance. Il existait, c’était l’essentiel. Faire partie de l’Histoire, fut-ce par un petit rire, c’était habiter une autre planète que celle où l’on était absent, absenté, caviardé. Un simple rire, qui sait, pouvait peut-être ouvrir une brèche dans le mur vertigineux du futur. » 417

Histoire (Roy Arundhati) (2) : 2020. Arundhati Roy, dans Mon cœur séditieux, auteure de :
« […] Comment les États-Unis ont-ils fait pour survivre à un passé aussi terrible et se retrouver les mains apparemment aussi propres ? Certes pas en reconnaissant leurs fautes, ni en les réparant, ni en s’excusant auprès des Noirs ou des Indiens, moins encore en amendant ses façons de faire (puisque ses cruautés maintenant elle les exporte). Non, comme nombre d’autres pays, les États-Unis ont réécrit leur histoire. Mais leur spécificité dans ce domaine, qui fait qu’ils devancent de loin leurs concurrents, c’est qu’ils se sont assurés les services de l’entreprise de publicité la plus puissante et la plus prospère du monde - j’ai nommé Hollywood. » 418 (Cf. Culture. Cinéma, Politique, Économie. Publicité)

Histoire (Roy Arundhati) (3) : 2020. Arundhati Roy, dans Mon cœur séditieux, auteure de :
« L’histoire a été indulgente avec Gandhi [1869-30 janvier 1948] […].
L’histoire n’a pas été indulgente avec Ambedkar [1891-1956]. Elle l’a d’abord contraint, puis glorifié. Elle a fait de lui le Guide des intouchables, le Roi du Ghetto. Elle a occulté ses écrits. Elle a dépouillé son intellect de sa radicalité et de son insolence fulgurante.
Quoi qu’il en soit, ses partisans ont préservé son héritage en faisant preuve de créativité. […] » 419 (Cf. Histoire. Gandhi)

Histoire (Ruptures) : Penser l’histoire - si tant est que cela soit pensable, possible - par le prisme privilégié, sinon premier, des ruptures individuelles, collectives, politiques - brutales ou non - lui conférerait sans doute une extraordinaire richesse. Et, en tout état de cause, a minima, relativiserait les poids, l’influence de tous ceux et celles qui ne cessent de privilégier - chacun-e étant libre de préjuger les siens - les permanences.

Histoire (Saïd Edward W.) : 1978. Edward W. Saïd [1935-2003], dans L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, auteur de :
« L’une des raisons qui m’ont poussé à écrire ce livre est mon expérience personnelle de ce sujet. La vie d’un Palestinien arabe en Occident, en particulier en Amérique, est décourageante. Il y rencontre un consensus presque unanime sur le fait que, politiquement, il n’existe pas ; quand on veut bien accepter son existence, il est soit un gêneur, soit un Oriental. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique, d’idéologie déshumanisante qui entoure l’Arabe ou le musulman est réellement très solide, et tout Palestinien en vient à la ressentir comme un châtiment que lui réserve spécialement le sort. C’est pire encore lorsqu’il remarque qu’aucun de ceux qui, aux États-Unis, sont impliqués du fait de leurs fonctions dans le Proche-Orient - c’est-à-dire, aucun Orientaliste - ne s’est jamais sincèrement identifié avec les Arabes, que ce soit d’un point de vue culturel ou politique ; il y a bien eu des identifications à certains niveaux, mais elles n’ont jamais pris la forme ‘acceptable’ de l’identification des libéraux américains avec le sionisme, et elles ont trop souvent présenté la tare fondamentale d’être associées soit à des intérêts politiques et économiques discrédités (arabisants des compagnies pétrolières et du Département d’État, par exemple), soit à la religion. » De l’honnêteté intellectuelle… 420 (Cf. Êtres humains, Politique)

Histoire (Saint-Simon Luc) : 1829. [Luc de Rouvroy], duc de Saint-Simon [1675-1755], dans ses Mémoires, auteur de :
« Les Mémoires, il n’y en peut avoir de bons que de parfaitement vrais, ni de vrais qu’écrits par qui a vu et manié lui-même les choses qu’il écrit, ou qui les tient de gens dignes de la plus grande foi, qui les ont vues et maniées ; et de plus il faut que celui qui écrit aime la vérité jusqu’à lui sacrifier toutes choses.
De ce dernier point, j’ose m’en rendre témoignage à moi-même, et me persuader qu’aucun de tout ce qui m’a connu n’en disconviendrait. C’est ce même amour de la vérité qui a le plus nui à ma fortune ; je l’ai senti souvent, mais j’ai préféré la vérité à tout, et je n’ai pu me ployer à aucun déguisement ; je puis dire encore que je l’ai chérie jusqu’à contre moi-même.
De ce que j’ai appris de moins sûr, je le marque ; et ce que j’ai ignoré, je n’ai pas honte de l’avouer. De cette façon, les Mémoires sont de source, de la première main. Leur vérité, leur authenticité ne peut être révoquée en doute. » 421 (Cf. Êtres humains. Soi, Penser. Vérité)

Histoire (Saint-Simon Claude-Henri) : 1819-1820. Claude-Henri de Rouvroy de Saint-Simon [1870-1825], auteur de :
« Jusque vers le milieu du dernier siècle, l’histoire n’a presque jamais été qu’une biographie du pouvoir. » 422 (Cf. Histoire. Biographie)

Histoire (Sainte-Beuve Charles-Augustin) : 1844. Charles-Augustin Sainte-Beuve [1804-1869] dans la Revue de deux mondes, concernant La vie de Rancé - 1844 - de François-René de Chateaubriand [1768-1848, évoque « l’écrivain » Voltaire [1694-1778] qui « vit mourir Louis XIV, tomber Louis XV et régner Louis XVI, et qui […] est à lui seul toute l’histoire de France de son temps. »

Par ordre chronologique. Histoire. George Sand :

Histoire (Sand George) (1) : 1855. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie, auteure de :
« Qu’on n’attribue pas à la présomption ce coup d’œil jeté par moi sur les évènements d’un passé encore débattu dans l’opinion des contemporains. C’est le droit de tous, puisque cette histoire d’hier est déjà celle de chacun de nous. Pour moi, c’est celle de mon père, c’est la mienne par conséquent. » 423

Histoire (Sand George) (2) : 1855. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie, auteure de :
« À l’époque où l’on m’enseigna l’histoire, on n’avait généralement aucune idée d’ordre et d’ensemble dans l’appréciation des faits. Aujourd’hui, l’étude de l’histoire peut être la théorie du progrès ; elle peut tracer une ligne grandiose à laquelle viennent se rattacher toutes les lignes jusqu’alors éparses et brisées. Elle nous fait assister à l’enfance de l’humanité, à son développement, à ses essais, à ses efforts, à ses conquêtes successives, à ses déviations mêmes, aboutissant fatalement à un retour qui la replace sur la loi de l’avenir, ne font que confirmer la loi qui la pousse et l’entraîne. » 424

Histoire (Sand George) (3) : (9 janvier) 1860. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Jean-Marie Dargaud [1800-1866], auteur de l’Histoire de la liberté religieuse en France et de ses fondateurs [1859], lui écrit :
« […] Merci mille fois et continuez l’histoire ! Il le faut c‘est un devoir, une mission. Vous n’avez plus le droit de vous reposer et de penser à autre chose. Il y a devant vous l’immensité, car tout est à refaire, à expliquer, à réparer dans ce passé si mal connu, si peu senti. Chaque historien est un flambeau qui ne peut tout éclairer à la fois, et qui éclaire selon sa flamme. » 425 (Cf. Penser. Expliquer)

Histoire (Sand George) (4) : (1er septembre) 1866. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Maurice Dudevant-Sand [1823-1889], auteure de :
« Pourquoi Cadiou [personnage de roman] ne serait-il pas une espèce de Marat et de Bonaparte en même temps ? Pourquoi n’aurait-il pas des instincts sublimés et misérables ? Il faut voir ici des choses de plus haut que l’histoire écrite. Il y avait alors en France, des milliers de Bonaparte, des milliers de Marat, des milliers de Hoche, des milliers de Robespierre et de Saint-Just […] plus ou moins réussis par la nature et plus ou moins effacés par les évènements. » 426 (Cf. Hommes. « Grands »)

Histoire (Sand George) (5) : (14 novembre) 1866. George Sand [1804-1876], dans une lettre à sa belle-fille, Lina Dudevant-Sand [1842-1901], auteure de :
« […] Que de hasards dans tout ce qui arrive et comme les dénouements historiques attendus par la logique et le sentiment, sont livrés aujourd’hui à des circonstances impossibles à prévoir ! » 427

Histoire (Sand George) (6) : (2 janvier) 1869. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Amand Barbès [1809-1870], auteure de :
« […] Mais l’histoire n’enregistre que ce qui se voit et se touche. C’est une étude trop réaliste pour consoler les âmes. Moi, je crois toujours que nous avançons quand même, et que nos souffrances servent, là où notre action ne peut rien. » 428

Histoire (Sand George) (7) : (10 mars) 1871. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Christine Buloz [?-?], épouse de Georges Buloz [1803-1877], auteure de :
« Je crois avoir dit et redit encore dans la fin de ce travail […] des choses bonnes à dire et à redire […]. Elles ne sont peut-être pas très bien dites, sous le coup des émotions qui nous ont à chaque instant bouleversé […]. Mais, moi qui ne fais presque jamais de politique, je tiens à dire une fois, dans une grande occasion, tout ce que j’ai dans le cœur et dans la conscience. » 429 (Cf. Penser, Politique)

Histoire (Sand George) (8) : (14 juin) 1871. George Sand [1804-1876], dans une lettre au prince Napoléon (Jérôme) [1822-1891], auteure de :
« Après les épouvantables conséquences de l’empire, de la guerre et de la Commune qui se tiennent indissolublement… […] » Et de :
- (23 novembre) 1871, à Agricol Perdiguier [1805-1875] :
« Je suis donc heureuse chez moi, mais navrée de la situation où nous ont mis l’empire, la Prusse et la Commune, trois fléaux dont nous nous ressentirions longtemps.
Le dernier est peut-être le pire et celui qui m’a le plus affectué (sic), moi qui avais mis tant d’espoir dans le peuple, et qui voit combien son égarement va prolonger le règne de la réaction. » 430 (Cf. Politique)

Histoire (Sand George) (9) : (16 juin) 1871. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Edmond Plauchut [1824-1909], auteure de :
« […] Quant aux faits, ils resteront ce que les faits accomplis sont dans l’histoire, le sujet d’éternelles discussions où les plus habiles interprétations ne sont pas infaillibles. Chaque historien ouvre un horizon nouveau. Le meurtre d’Abel, le premier meurtre de la légende humaine, n’est pas encore jugé, prouvé encore moins. Les vérités historiques, ce sont les résultats. » 431

Histoire (Sand George) (10) : (22 juillet) 1871. George Sand [1804-1876], dans une lettre à sa fille Solange Clésinger-Sand [1828-1899], auteure de :
« […] Ces grands esprits sont frappés des enseignements terribles de l’histoire, et des grands rapports qui mènent aux grands résumés. Mais l’histoire est pleine d’illogique, comme l’homme, et la seule idée qui surnage et domine toujours, c’est l’intérêt, la nécessité de vivre, de se tirer d’affaire. […] » 432

Histoire (Sand George) (11) : (8 janvier) 1872. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Charles-Edmond [1822-1899], concernant La création [1870] d’Edgar Quinet [1803-1875], auteure de :
« […] Il eut dû s’aviser plus tôt que, pour faire l’histoire des hommes, il faut connaître celle de l’homme. Il avoue qu’il ne la connaissait pas ; mais il ne l’avoue pas naïvement, il l’encadre de trop d’orgueil ce qui n’est chez lui qu’une facilité d’assimilation de la forme littéraire à un sujet qui ne lui était pas familier. […] » 433

Histoire (Sand George) (12) : (8 octobre) 1874. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Gustave Flaubert [1821-1880], auteure de :
« Tout cela me paraît facile quand il s’agit de la gouverne de nous-mêmes ; les sujets de grande tristesse sont ailleurs, dans le spectacle de l’histoire qui se déroule autour de nous. Cette lutte éternelle de la barbarie contre la civilisation est d’une grande amertume pour ceux qui ont dépouillé l’élément barbare et qui se trouvent en avant de leur époque. Mais dans cette grande douleur, dans ces secrètes colères, il y a un stimulant qui justement nous relève en nous inspirant le besoin de réagir. Sans cela, je confesse que, pour mon compte, j’abandonnerais tout. J’ai eu assez de compliments dans ma vie, du temps où l’on s’occupait de littérature […]. » 434

Par ordre chronologique. Histoire. Nicolas Sarkozy :

Histoire (Sarkozy Nicolas) (1) : (26 juillet) 2007. Nicolas Sarkozy, à l’université de Dakar, auteur de :
« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme Africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps, rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire, où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers, où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne, mais l’homme reste immobile, au milieu d’un ordre immuable où tout semble écrit à l’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir, jamais ne lui vient l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin.
» 435 (Cf. Penser. Racisme, Politique. Colonialisme)
* Ajout. 20 mars 2023. À comparer avec le discours du 30 janvier 1944 de Brazzaville de Charles de Gaulle [1890-1970] :
« Depuis un demi-siècle, à l'appel d'une vocation civilisatrice vieille de beaucoup de centaines d'années, sous l'impulsion des gouvernements de la République et sous la conduite d'hommes tels que : Gallieni, Brazza, Dodds, Joffre, Binger, Marchand, Gentil, Foureau, Lamy, Borgnis-Desbordes, Archinard, Lyautey, Gouraud, Mangin, Largeau, les Français ont pénétré, pacifié, ouvert au monde, une grande partie de cette Afrique noire, que son étendue, les rigueurs du climat, la puissance des obstacles naturels, la misère et la diversité de ses populations avaient maintenue, depuis l'aurore de l'Histoire, douloureuse et imperméable. » (Cf. Penser. Racisme, Politique. Colonialisme)

Histoire (Sarkozy Nicolas) (2) : (28 septembre) 2021. Sur C. News, Nicolas Sarkozy, auteur de :
« Napoléon. Il a fait des erreurs ? Oui, c’est un être humain. »

Histoire (Sartre Jean-Paul) : 1980. Jean-Paul Sartre [1905-1980], auteur de :
« […] Vous savez que Marx, mieux que moi, a dit que la contradiction est le moteur de l’histoire. » 436 Absurde pseudo théorisation fondée sur une pure abstraction, faisant fi de toute histoire, de toutes vies humaines.

Histoire (Satrapi Marjane) : 2000 - pour les BD -, 2007 pour le film - dans Persépolis de Marjane Satrapi : le regard d’une petite fille, puis d’une adolescente, fait disparaître toute - stupide - séparation entre la ‘grande’ et la ‘petite’ histoire.

Par ordre chronologique. Histoire. James C. Scott :

Histoire (Scott James C.) (1) : 1998. James C. Scott, dans L’œil de l’État, concernant l’impossibilité d’une conscience historique du passage du féodalisme au capitalisme, comme du capitalisme au socialisme, auteur de :
« Il n’existait tout simplement aucun précédent au futur en train d’être écrit. » 437 (Poursuivre)

Histoire (Scott James C.) (2) : 1998. James C. Scott, dans L’œil de l’État, concernant l’écriture de l’histoire de la révolution russe, mais aisément généralisable - sous réserve que l’on puisse définir ce que seraient les « faits historiques » et « la réalité » -, auteur de :
« Puisque ce sont les vainqueurs de la révolution qui écrivent l’histoire officielle relatant comment ils réussirent à s’emparer du pouvoir, que leurs versions épousent étroitement ou non les faits historiques revêt en un sens relativement peu d’importance. Dans la mesure où la plupart des citoyens finissent par croire la version joliment ficelée par le pouvoir, qu’elle soit ou non fidèle à la réalité, cette version renforce leur confiance dans la clairvoyance, la détermination et le pouvoir de leurs chefs révolutionnaires. ». Et ce, suivi de l’analyse suivant laquelle « ils ne sont pas nécessairement mensongers ou cyniques. Il est parfaitement naturel que des généraux ou des chefs exagèrent leur influence sur lz cours des évènements : c’est comme cela que l’on voit le monde depuis leur perspective et il est rarement dans l’intérêt de leurs subordonnés de contredire cette version des choses. » 438

Histoire (Scott James C.) (3) : 2019. James C. Scott, dans Petit éloge de l’anarchisme, après avoir évoqué les multiples actes qualifiés d’« infra-politiques » [notamment chapardage, absentéisme, sabotage…] auteur de :
« […] Pourtant, la somme des milliers, et même millions, de petits actes peuvent entraîner des effets majeurs sur la guerre [désertions…], le droit à la terre [occupations illégale…], les impôts et les rapports de propriété.
Le filet à grandes mailles avec lequel les politologues et la plupart des historiens ratissent l’activité politique ignore complètement le fait que la plupart des classes subordonnées n’ont historiquement pas eu le luxe de l’organisation politique. Cela ne les a pourtant pas empêchés de travailler de façon microscopique, coopérative, complice et massive au changement du bas vers le haut. » 439 Concernant la vie des femmes, leurs apports à cette pensée historique critique, il y a là un immense continent noir difficile à découvrir, certes déjà largement commencé, mais encore insuffisamment intégré à une pensée de l’histoire par « en bas ». (Cf. Politique. Anarchisme)

Histoire (Scott James C.) (4) : 2019. James C. Scott, dans Petit éloge de l’anarchisme, en conclusion de son livre, auteur de :
« La condensation de l’histoire, notre attrait pour des récits nets et le besoin qu’ont les élites et les organisations de projeter une image de maitrise complète et de détermination conspirent pour véhiculer une image falsifiée de la causalité historique. Ces forces combinées occultent le fait que la plupart des révolutions ne sont pas l’œuvre de partis révolutionnaires, mais bien le précipité d’actions spontanées et improvisées (‘l’aventurisme’ selon le jargon marxiste), que les mouvement sociaux organisés sont habituellement le produit et non la cause de protestations et de manifestations non coordonnées, et que les grands acquis émancipateurs et porteurs de libertés pour l’humanité ne sont pas le fruit de procédures institutionnelles ordonnées, mais bien d’actions désordonnées imprévues et spontanées qui ont fissuré l’ordre social de bas en haut. » 440 (Cf. Politique. Anarchisme)

Histoire (Séguin Philippe) : (5 mai) 1992. Philippe Séguin [1943-2010] clôt son discours affirmant, à l’assemblée nationale, son refus du projet européen de Maastricht ainsi :
« Oui, nous voulons l’Europe. Mais debout. Parce que c’est debout qu’on écrit l’histoire ! »

Histoire. « Sens de l’histoire » :

Histoire (« Sens de l’histoire ») (1) : 1976. Benoîte Groult [1920-2016], dans Ainsi soit-elle, auteure de :
« Ces femmes d’hier, qui prenaient conscience de leur condition et se sont battues pour la nôtre, possédaient ces qualités dont on nous prétend incapables : le désintéressement, l’énergie indomptable, le sens de l’histoire. » 441 (Cf. Femmes, Féminisme, Patriarcat)

Histoire (« Sens de l’histoire ») (2) : (6 février) 2023. Entendu Fabrice Drouelle, sur France Inter :
« La droitisation d’Israël va dans le sens de l’histoire ». 442 (Cf. Histoire. Israël)

Histoire (Sentiments) : 1985. Svetlana Alexievitch, dans La guerre n’a pas un visage de femme, auteure de :
« Ceux qui racontent ne sont pas seulement des témoins - ils [ne] sont rien moins que des témoins - mais des acteurs et des créateurs. Il est impossible de s’approcher directement de la réalité, front contre front. Ce sont nos sentiments qui s’interposent entre la réalité et nous. » 443 (Cf. « Sciences » sociales. Sociologie, Histoire. Documents. « Objective »)

Histoire (Séverine) : (2 novembre) 2022. Lu dans un article du Monde Diplomatique (p.25) intitulé Socialistes, anarchistes, féministes [qu’il aurait fallu intituler : féministes, anarchistes, socialistes, communistes] concernant Séverine [1855-1929] :
« ‘Avec les pauvres toujours’, c’est la ligne que suit celle qui tenta de se faire embaucher comme casseuse de sucre [Grève des casseuses de sucre des usines Lebaudy. septembre 1889] pour témoigner au plus près du quotidien de ces femmes qui venaient de se mettre en grève [par solidarité avec], pour ‘connaître par expérience plutôt que par ouï-dire, les âpretés, les tristesses de ce métier : ‘Décrire la vie ouvrière ne suffit pas - il faut la vivre, pour en bien apprécier toute l’injustice et toute l’horreur. Alors, on sait ce dont on parle. » (Cf. Femmes. Remarquables. Séverine)

Histoire (Sorel Albert) : 1889. Albert Sorel [1842-1906], dans L’Europe et la révolution française, auteur de :
« Les républicains français se croient cosmopolites ; ils ne le sont que dans leurs discours ; ils sentent, ils pensent, ils agissent, ils interprètent leurs idées universelles et leurs principes abstraits avec les traditions d’une monarchie conquérante… Ils identifient l’humanité avec leur patrie, leur cause nationale avec la cause de toutes les nations. Ils confondent, par suite et tout naturellement, la propagation des doctrines nouvelles avec l’extension de la puissance française, l’émancipation de l’humanité avec la grandeur de la république, la règne de la raison avec celui de la France, l’affranchissement des peuples avec la conquête des États, la révolution européenne avec la domination de la révolution française en Europe. » 444 (Cf. Penser. Abstraction, Politique. Colonialisme. État. Nationalisme. Universalisme, Philosophie, Histoire. Révolution française)

Histoire. Sources :

Histoire (Sources) (1) : Chacun-e se targuait - mais c’était un dogme - d’interroger ses sources, d’historiciser ses sources, de critiquer ses sources, d’interpréter ses sources, mais qui interrogeait les sources de la propre pensée de l’historien-ne ?
N’était-ce pas son premier devoir ?

Par ordre chronologique. Histoire. Sources :

Histoire (Sources) (1) : (14 juillet) 1789. Louis XVI [1754-1793] écrit dans son Journal :
« Rien »

Histoire (Sources) (2) : 1965. Michel Devèze [1914-1979], dans sa présentation de Cayenne, Déportés et bagnards, auteur de :
« Les sources : […] Analyse et présentation de nombreux textes choisis dans les mémoires et journaux des déportés politique, dans les lois et décrets, les discussions parlementaires, les notices et statistiques officielles sur la bagne, produites par les ministère de la justice et des colonies, les souvenirs de ceux qui ont le mieux connu le bagne : administrateurs pénitentiaires, gouverneurs, médecins du bagne, prêtres et pasteurs, avocats, journalistes, voyageurs ou explorateurs ; et naturellement aussi les souvenirs des quelques forçats qui ont osé écrire le récit de leur expiation. » 445
N.B. 1 Ce très riche livre n’est pas cité le concernant sur Wikipédia.
N.B. 2. « Expiation » : « Souffrance imposée ou acceptée à la suite d'une faute et considérée comme un remède ou une purification » ; « châtiment, souffrances considérées comme une compensation, une réparation du délit ou de la faute ». (Cf. Histoire. Souvenirs)

N.B. 3. Aucune femme ne figure parmi les sources ; seules quelques statistiques permettent ici de ne pas oublier que des femmes aussi ont été ‘envoyées’ au bagne.
- Cf. Odile Krakovitch, Les femmes bagnardes. Perrin. 1990.

Histoire (Sources) (3) : 2019. Robert E. Lerner, dans Ernst Kantorowicz, une vie d’historien [1895-1963], cite comme source de jugements portés sur son livre L’Empereur Frédéric II - 1931 - : « une note marginale d’un exemplaire de la bibliothèque universitaire d’Édimbourg : ‘Attends un peu mon pote ! D’ici quelques années, tu vas sûrement aimer Hitler’. » 446

Histoire (Sources) (4) : (5 septembre) 2020. Claire Sotinel, auteure de :
« L’historien fait avec les sources qu’il a. » 447 …, qui, elles-mêmes, dépendant beaucoup de sa curiosité.

Histoire. Souvenirs :

Histoire (Souvenirs) (1) : Aussi utiles, aussi nécessaires, soient-ils à l’écriture de l’histoire, de ce que les souvenirs [même considérablement enrichis de la recherche de celles des personnes qui nous ont précédés] soient liés, dépendants et débutent à la vie singulière de chacun-e d’entre nous, rend leurs apports à [la compréhension de] l’histoire, limitée. Évident ?

Par ordre chronologique. Histoire. Souvenirs :

Histoire (Souvenirs) (1) : 2004. Svetlana Alexievitch, dans La guerre n’a pas un visage de femmes, auteure de :
« […] Les souvenirs qu’on m’exposait étaient comme soumis à une correction permanente. J’ai découvert que le phénomène obéissait même à une sorte de loi : Plus il y avait d’auditeurs, et plus le récit devenait terne et froid. Plus il ressemblait à ce qu’on attendait normalement qu’il fût. Plus il s’appliquait à se conformer prudemment au stéréotype le plus courant. » 448

Histoire (Staël Germaine) : Je relis, à partir de la IVème partie, les Considérations sur la révolution française [1818. édition posthume] de Germaine de Staël [1766-1819], notamment tout ce qu’elle a présenté, souvent vécu, analysé de manière si pénétrante concernant l’homme, la politique de Bonaparte-Napoléon : éblouissant.
Comme tant de livres d’histoire, sans âme, sans passion, sans jugement, sans principe, sans projet paraissent soudainement fades, castrés de leur-es auteur-es, du fait d’injonctions universitaires de soit-disante « méthode », elle-même si souvent évolutive. Et comme les différences institutionnelles artificiellement crées entre « sciences » sociales apparaissent absurdes, même ridicules, et assurément atrophient la pensée. (Cf. Penser. Méthode, « Sciences » sociales)

Histoire. John Steinbeck :

Histoire (Steinbeck John) (1) : 1936. John Steinbeck [1902-1968], dans En un combat douteux, auteur de :
« Dans l’histoire, il n’est pas d’hommes qui aient commis autant d’erreurs grossières que ceux qui s’appliquaient, dans leurs esprit pratiques, à mener les hommes par l’estomac.
- Nous avons trop de choses à faire, insista Mac. Nous n’avons pas le temps de retourner toutes ces brillantes idées. […] » 449 (Cf. Dialogues, Penser, Politique)

Histoire (Steinbeck John) (2) : 1939. John Steinbeck [1902-1968], dans Les raisins de la colère, auteur de :
« […] Trois cent mille en Californie et d’autres qui arrivent. Et toutes les routes de Californie bondées de forcenés qui courent de tous côté comme des fourmis, cherchant du travail ; tirer, pousser, soulever, porter, n’importe quoi. Pour soulever la charge d’un seul homme, cinq paires de bras se présentent.
Et les grands propriétaires terriens auxquels un soulèvement fera perdre leurs terres, les grands propriétaires qui ont accès aux livres d’histoire, qui ont des yeux pour lire, pour reconnaître cette grande vérité : lorsque la propriété est accumulée dans un trop petit nombre de mains, elles est enlevée… et cette autre qui lui fait pendant : lorsqu’une majorité a faim et froid, elle prendra par la force ce dont elle a besoin… et cette autre encore, cette petite vérité criante qui résonne à travers toute l’histoire : la répression n’a pour effet que d’affermir la volonté de lutte de ceux contre qui elle s’exerce et d’affermir leur solidarité… - les grands propriétaires terriens se bouchaient les oreilles pour ne pas entendre ces trois avertissements de l’histoire. […] » 450 (Cf. Penser, Politique. Révolution, Économie)

Histoire (Steinem Gloria) : 2015. Gloria Steinem, dans Ma vie sur la route. Mémoires d’une icône féministe, après la Conférence nationale des femmes tenue à Houston en 1977, qu’heureusement, elle nous permet, grâce au récit qu’elle en fait, de vivre, écrit :
« Y aurait-il des gens qui sauraient ce qui s’est passé ici et qui s’en soucierait, me demandais-je. Je me souvenais de mes cours d’histoire à l’université, où un siècle de lutte abolitionniste et suffragiste avait été réduits à quelques paragraphes dans les manuels. » 451 (Cf. Culture. Censure, Féminisme. Histoire, Patriarcat, Penser, Politique. Racisme)

Histoire (Steiner George) : 1995. George Steiner [1929-2020], dans un entretien paru dans Les logocrates, se souvient :
« En 1934, la France fut secouée par un grand scandale financier [‘l’affaire Stavisky]. Des groupes antisémites défilèrent. […]. Maman baissa les stores tout en guettant les manifestants qui criaient : ‘Mort aux juifs !’. Aussitôt, rentré à la maison, papa lança : ‘Remontez les stores !’ et me prit par la main pour aller voir dehors. […]
Et il me dit : ’Tu ne dois jamais avoir peur’ : ce que tu vois là, cela s’appelle l’histoire.‘
Cette phrase a sans doute marqué le cours de ma vie. » 452 (Cf. Enfants. Famille, Penser)

Histoire (Symboles. Relativité des) : (31 juillet) 1937. George Orwell [1903-1950], évoquant ‘sa’ guerre d’Espagne - ainsi que celle de son épouse [« Eileen a été merveilleuse ». 1905-1945], écrit à un ami :
« Nous avons commencé par être des défenseurs héroïques de la démocratie et nous avons terminé en traversant la frontière en catimini avec la police à nos trousses. » 453 (Cf. Langage. Penser. Symboles, Politique. Guerre)

Histoire. János Székely :

Histoire (Székely János) (1) : 1946. János Székely [1901-1958], dans L’enfant du Danube, auteur de :
« […] C’est qu’il y a tant de choses que je ne sais pas. Prends l’histoire, par exemple. Qu’est-ce que nous en savons ? En classe, on nous rabâchait toujours l’histoire de la Hongrie. C’est important aussi, je ne dis pas le contraire. Mais il faut connaître l’histoire du monde entier pour comprendre ce qui s’est passé partout, tu vois ce que je veux dire. » 454 (Cf. Penser. Politique. Nationalisme)

Histoire (Székely János) (2) : 1946. János Székely [1901-1958], dans L’enfant du Danube, auteur de :
« - Continue. Que s’est-il passé ?
- Rien. Le bateau m’a emporté. J’ai connu d’autres villes, d’autres mondes. La guerre a éclaté, la paix est revenue, la révolution est arrivée, la contre-révolution lui a succédé, l’enfer s’est déchaîné. J’ai toujours eu tant de soucis que je n’ai jamais eu le temps de penser jusqu’à ce qu’on m’ait enfermé. » 455 (Cf. Dialogues)

Par ordre chronologique. Histoire. Tacite :

Histoire (Tacite) (1) : Tacite [58-120], dans Les Annales, auteur de :
« Mon dessein n’est pas de rapporter toutes les opinions ; je me borne à celles que signale leur noblesse ou un caractère particulier d’avilissement, persuadé que le principal objet de l’histoire est de préserver les vertus de l’oubli, et d’attacher aux paroles et aux actions perverses la crainte de la postérité et de l’infamie. » 456
Tacite a l’honnêteté intellectuelle de clarifier la question de sa méthode, d’expliciter son approche et de [se] revendiquer [d’] une morale : position d’une autre envergure que celle des historien-nes qui se targuent d’objectivité et / ou a fortiori, ceux et celles qui vouent « la morale » aux gémonies. (Cf. Penser. Méthode, Politique. Morale)

Histoire (Tacite) (2) : Tacite [58-120], dans Les Annales, [en réaction à Tibère. 42 avant J-C-34 après J-C] qui avait « répété à plusieurs reprises ‘que les honneurs accordés aux femmes devaient avoir des bornes’ »] écrivit :
« La vérité est que son inquiète jalousie voyait dans l’élévation d’une femme (sa mère, Augusta, en l’occurrence) son propre abaissement. » 457 Pertinent.
- On peut aussi, eu égard à la rigueur de la réfutation, se référer aux critiques qu’il reproduit de l’« avis » de Severus Cécina « qu’il fut interdit à tout magistrat chargé d’une province d’y emmener sa femme avec lui. » Nombre d’arguments avancés par lui sont toujours valables. 458 (à reprendre et préciser) (Cf. Femmes. Mères, Patriarcat, Penser)

Histoire (Tacite) (3) : (30 juillet) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à madame du Deffand [1697-1780], concernant Tacite [58-120], « un satirique pétillant d’esprit, connaissant les hommes et les cours […] » le critique :
« Je voudrais connaître les droits du Sénat, les forces de l’Empire, le nombre de citoyens, la forme de gouvernement, les mœurs, les usages » - et, auteur de :
« Tacite […] m’amuse et Tite-Live m’instruit. » 459 (Cf. Histoire. Voltaire)

Histoire (Tacite) (4) : 1996. Victor Klemperer [1880-1960], dans LTI. La langue du IIIème Reich, auteur de :
« Tacite était alors (pendant le IIIème Reich), un auteur très apprécié et fort cité ; il avait en effet dressé, dans sa Germanie, un très beau portrait des ancêtres allemands, et une ligne des plus directes reliait Arminius et ses partisans en passant par Luther et Frédéric le Grand, à Hitler, à ses SA, SS, et HJ [Hitler Jugend].
N.B. Une note précise : Arminius : « Chef de la tribu germanique des Chérusques [18 ou 16 avant J_C ou 21 ap. J.C. Il vainquit le général romain Varus en l’an 9. »

Par ordre chronologique. Histoire. Hippolyte Taine :

Histoire (Taine Hippolyte) (1) : (8 octobre) 1875. Hippolyte Taine [1828-1893], tout étonné de la réaction de M. Templier, gendre d’Hachette, concernant les chapitres finaux - « qui feraient le plus d’effet » - dans Les origines de la France contemporaine, écrit à sa mère :
« Sans m’en douter, j’ai fait un livre contre l’Ancien Régime. »
Et certain-es croient encore à l’objectivité, l’impartialité de l’historien-ne… 460 (Cf. Histoire. Impartialité)

Histoire (Taine Hippolyte) (2) : 1876. Après avoir lu les chapitres consacrés à la Révolution dans Les origines de la France contemporaine d’Hippolyte Taine [1828-1893], j’ai certes appris beaucoup sur la Révolution, mais j’ai surtout que pu juger Taine et son mépris, sa haine de tant et tant de membres du peuple.
En relever les termes, les qualificatifs, [me] donne la nausée. Peut-être le ferai-je…461 (Cf. Langage, Politique. Démocratie. Peuple, Histoire. Historiographie. Patriarcale)
* Ajout. 26 janvier 2018. Un avant-goût : « enfant », « barbare », « brute énorme », « brute colossale », « populace à piques », « perturbateurs de profession », « brigands », « fanatiques », « scélérats de tous ordres », « indigents hardis et armés », « va-nu-pieds », « mauvais sujets », « gens de sac et de corde », « brigands », « coquins », « canaille », « femelles », « mégères », « drôlesses », « poissardes », « cannibales », « animal primitif », « bêtes fauves », « bêtes féroces », « émeutier de profession », « scribe inepte », « plèbe brute et misérable », « plèbe aboyante, grossière », « basse plèbe », « dernière plèbe », « plèbe jacobine », « réfractaires et parasites de l’armée sociale », « énergumènes », « gens sans aveu », « tapageurs nocturnes », « grosse masse égoïste », « ennemis nés du travail », « barbares », « voleurs », « cannibales », « esprits bornés », « talents avortés », « pauvres cervelles », « cerveaux avariés », « cerveaux bruts », « intelligence courte », « créature dénaturée », « coquins », etc., etc.. (à poursuivre ?)
* Ajout. 10 décembre 2021. 2021. Éric Zemmour vante, pour sa part, dans La France n’a pas dit son dernier mot [p.2] : « l’élégante méticulosité de Taine ».

Histoire (Taine Hippolyte) (3) : Deux jugements d’Émile Zola [1840-1902] concernant Hippolyte Taine [1828-1893] :
- (février) 1876. Dans un article intitulé Hippolyte Taine et son jugement sur la France, concernant Les origines de la France contemporaine :
« Il est hors de doute qu’il juge la révolution à travers les craintes d’un bourgeois français que les angoisses de 1848 et de 1871 ont empêché de mener une vie calme et de s’occuper de recherches philosophiques. » 462
- (11 mai) 1879. Dans une lettre à Louis Boussès de Fourcand [1851-1914] :
« Taine est un grand esprit que la peur de la Commune a fêlé et qui, venu pour analyser le monde moderne, se met à trembler devant le monde moderne en savant que le bruit de la rue dérange. » 463

Histoire (Taine Hippolyte) (4) : (19 août) 1904. Léon Tolstoï [1828-1910] écrit dans son Journal :
« J’ai lu Taine [en Français]. Très à propos pour moi. Il décrit les calamités de l’anarchie des années 1780-1790. » Et il poursuit : « Douteux qu’elles soient pires que celles de l’actuelle guerre japonaise, qui a lieu dans l’ordre d’État le plus régulier. »
Des limites de comparaisons hors contextes…
N.B. Une note de La Pléiade précise que l’: « ouvrage [Les origines de la France contemporaine] n’eut pas moins quatre traductions russes entre 1880 et 1907. » 464 (Cf. Histoire. Tolstoï Léon)

Histoire. Témoignage :

Histoire (Témoignage) (1) : (21 octobre) 1767. Voltaire [1694-1778] écrit à Cosimo Alessandro Collini [1727-1806] :
« Le témoignage du marquis de Beauvau (vers 1685), si instruit des affaires de son temps, est d’un très grand poids. La faiblesse qu’il avait de croire aux sorciers et aux revenants, faiblesse si commune encore en ces temps-là surtout en Lorraine, ne me paraît pas une raison pour le convaincre de faux sur ce qu’il a dit des vivants qu’il avait connus. » 465

Histoire (Témoignage) (2) : (6 juin) 1932. Elie-Joseph Bois, rédacteur en chef du Petit Parisien, concernant Albert Londres [1844-1932], dans un article intitulé Pauvre Albert Londres écrit :
« […] En effet, il avait moins le souci de l’exactitude, sans la négliger, que de la vérité, mais ‘cette vérité’ qui le poursuivait, il l’apportait toujours : vérité de l’atmosphère, des types, des ensembles, des caractères, des passions en jeu, des mœurs. Il était un témoin dont le témoignage était une synthèse de ce qu’il avait vu d’abord et, aussi, de ce qu’il avait compris. » 466 (Cf. Penser. Vérité)

Histoire (Témoignage) (3) : 1980. Louise Weiss [1893-1983], dans Combats pour les femmes, auteure de :
« Plus que jamais mon propos s’en tient à n’enrichir la vérité générale que de mon modeste mais implacable témoignage. » 467 (Cf. Femmes. Modestes)

Histoire. Terkel Studs :

Histoire (Terkel Studs) (1) : 1986. Je lis sur la quatrième de couverture de Hard times. Histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel [1912-2008] :
« Hard Times, sans doute le plus grand livre d’histoires orales de Studs Terkel […] »
Enlever : « orales ». Et, pour moi, bien que n’ayant consacré qu’une place, et donc qu’un intérêt minime aux femmes, l’un des plus grands livres d’histoire.

Histoire (Terkel Studs) (2) : 2021. Je rêve - et espère - qu’un tel livre puisse se construire, être écrit, pensé, publié, concernant les femmes - les points de vue, les vécus, les analyses, les critiques, les propositions des femmes - dans tous les pays, toutes les régions du monde. (Cf. Patriarcat, Histoire. Patriarcale)

Par ordre chronologique. Histoire. William Thackeray Makepeace :

Histoire (Thackeray William Makepeace) (1) : 1844. William Makepeace Thackeray [1811-1863], dans Barry Lyndon, auteur de :
« […] J’écoutais ses récits avec infiniment de plaisir, je l’avoue, car de temps en temps, il prononçait un nom que je me rappelais de l’ancien temps, et réveillait en moi une foule d’associations d’idées. » 468 (Cf. Histoire. Mémoire)

Histoire (Thackeray William Makepeace) (2) : 1848. William Makepeace Thackeray [1811-1863], dans La foire aux vanités, auteur de :
« ‘Napoléon est débarqué à Cannes !’ Une pareille nouvelle pouvait répandre la panique à Vienne, renverser les plans de la Russie, menacer l’intégrité de la Prusse, faire secouer la tête à Metternich et à Talleyrand, et enfin abasourdir le prince Hardenberg et le marquis de Londonderry ; mais, qui aurait jamais cru que la fatale secousse de la grande lutte impériale dût faire ressentir son contrecoup jusque sur les destinées d’une malheureuse enfant de dix-huit ans, dont l’âme toute entière s’épanouissait en des pensées d’amour ? Pauvre et aimable fleur du toit domestique ! … Le souffle impétueux de la guerre va aussi vous emporter dans ses tourbillons impitoyables. Oui, Napoléon tente un coup suprême et le dé fatal qui roule porte avec lui le bonheur de la petite Amélia Sedley. » 469 (Cf. Femmes, Hommes, Relations entre êtres humains. Vanité, Patriarcat, Politique. Guerre)

Histoire (Thoreau Henry David) : (9 août) 1841. Henry David Thoreau [1817-1862], dans son Journal, auteur de :
« […] Le passé ne peut pas être réanimé : nous ne pouvons pas savoir ce que nous ne sommes pas. Car un voile recouvre le passé, le présent et le futur. Et c’est du domaine de l’historien de trouver non pas ce qui a été mais ce qui est. […] » 470

Histoire (Thucydide) : Thucydide [465-entre 400 et 395 avant J-C], historien, auteur de :
« En ce qui concerne les actes qui prirent place au cours de la guerre, je n’ai pas cru devoir, pour les raconter, me fier aux informations du premier venu, non plus qu’à mon avis personnel ; ou bien, j’y assisté moi-même, ou bien j'ai enquêté sur chacun auprès d’autrui avec toute l’exactitude possible. J’avais, d’ailleurs, de la peine à les établir, car les témoins de chaque fait en présentaient des versions qui varient, selon leurs sympathies à l’égard des uns et des autres, et selon leur mémoire. » 471
L’écriture de l’histoire, si ces questions sont toujours pertinentes, a-t-elle fait, depuis lors, des progrès ? Oui, mais lesquels ?

Par ordre chronologique. Histoire. Léon Tolstoï :

Histoire (Tolstoï Léon) (1) : 1865-1859. Léon Tolstoï ]1828-1910], dans La guerre et la paix, auteur de :
« Véra parlait de son temps comme aiment à le faire les esprits bornés qui s’imaginent avoir découvert et apprécié à leur juste valeur les particularités de leur temps et supposent que la nature humaine se transforme suivant les époques. » 472

Histoire (Tolstoï Léon) (2) : 1865-1859. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, procède à très fortes analyses critiques de l’histoire et des historiens de son temps - trop nombreuses pour être ici présentées - dont beaucoup sont toujours de grande valeur. (Poursuivre)

Histoire (Tolstoï Léon) (3) : 1865-1859. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, présente en quelques pages une analyse historique remarquable de Napoléon. 473 (Cf. Hommes. Remarquables. Napoléon) (Poursuivre)
* Ajout. 26 janvier 2023. 1912. À comparer avec le portrait que Léon Tolstoï fait de Nicolas Ier [1796-1855], au chapitre XV de Hadji Mourat. 474

Histoire (Tolstoï Léon) (4) : (14 mars) 1889. Léon Tolstoï [1828-1910] écrit dans son Journal :
« Travaillé. Lu sur la Chine un très beau livre. Les Chinois ne peuvent pas ne pas nous regarder autrement que comme des barbares insensés, méchants et vils, des monstres cupides. Comme une pareille opinion est constructive. » (Cf. Politique. Internationale)
N.B. En note : « Probablement le manuscrit d’une brochure composée par A [Lekseï]. A. [Alekseïvitch] Gattsouk [1832-1891] d’après l’ouvrage d’un ancien consul français en Chine, Simon. Le Médiateur la publia peu après. » 475

Histoire (Tolstoï Léon) (5) : (21 mars) 1902. Léon Tolstoï [1828-1910] écrit dans son Journal :
« À la jeunesse : En vous adonnant à l’actualité et en négligeant le passé, vous plantez des arbres sans racines. » 476

Histoire (Tolstoï Léon) (6) : (20 août) 1904. Léon Tolstoï [1828-1910] écrit dans son Journal : « Je lis toujours Taine [Hippolyte. 18328-1893]. Très important pour moi. En lisant l’histoire de la Révolution française, il devient clair à n’en pas douter que les fondements de la révolution (que Taine attaque si injustement) sont indubitablement vrais et doivent être proclamés et que, comme il dit, l’homme imaginaire, c’est-à-dire l’idéal de l’homme, est beaucoup plus réel que le Français d’un certain temps et d’un certain lieu, et que se guider sur cet homme imaginaire pour organiser la vie est beaucoup plus pratique que de se guider sur des considérations concernant les qualités de tel ou tel Français ; l’erreur fut simplement en ceci qu’on envisageait de réaliser les principes proclamés de la même manière que les abus antérieurs : par la violence. » 477 (Cf. Histoire. Taine Hippolyte)

Histoire (Tolstoï Léon) (7) : (6 mars) 1905. Léon Tolstoï [1828-1910] écrit dans son Journal :
« [...] L’histoire - telle qu’enseignée dans « les écoles élémentaires » - sous laquelle on entend la description des vies immondes de différents malfaiteurs, rois, empereurs, dictateurs, chefs d’armée, c’est-à-dire une perversion de la vérité […]. » 478 (Cf. Penser. Vérité)

Histoire (Tolstoï Léon) (8) : (30 août) 1909. Dans un brouillon de lettre non envoyée à Piotr Arcadiévitch Stolypine [1862-1911], Léon Tolstoï [1828-1910] dénonce son « effroyable politique […], qui salit votre nom, puisque par votre politique, vous avez déjà mérité cette affreuse réputation qui fait que votre nom, tant qu’il y aura des historiens, sera cité en exemple de barbarie, de cruauté et de mensonge. » 479 (Cf. Hommes. « Politiques », Politique)

Histoire (Tolstoï Léon) (9) : 1912. Léon Tolstoï [1828-1910], débute ainsi Hadji Mourat :
« Et je me rappelai une ancienne affaire du Caucase, à laquelle j’avais assisté en partie, que m’avait, en partie, contée des témoins et dont j’ai imaginé le reste. Cette histoire, telle que l’ont composée mes souvenirs et mon imagination, la voici : […] »
Or, dans une Notice de présentation de La Pléiade [1960], je lis :
« En 1875, il s’était procuré ce qui avait paru dans le recueil de document sur les montagnards du Caucase, édité à Tiflis à partir de 1868. On cite environ 80 ouvrages de toutes sortes, dont certains considérables, comme ayant servi de sources à Hadji Mourat [commencé en 1896] L’œuvre est historiquement sûre. […] 480
* Ajout. 13 février 2023. Concernant Hadji Mourat, le grand-duc Nikolaï Mikhaïlovitch [1859-1919] « eut plusieurs fois l’occasion de procurer à Tolstoï d’importants documents historiques ». 481 (Cf. Histoire. Sources)

Histoire (Tragédie) : Chaque tragédie est spécifique, mais les souffrances des êtres auxquels elles sont imposées et qui doivent les vivre sont comparables.

Histoire (Trotsky Léon) : 1929. Léon Trotsky [1879-1940] écrit, dans Ma vie :
« Je ne puis concevoir indépendamment d’une large prognose historique non seulement une activité politique, mais plus largement une vie spirituelle. » 482
N.B. « Prognose » : « Prévision, diagnostic, pronostic. »

Histoire. Jean Tulard :

Histoire (Tulard Jean) (1) : 2003. Jean Tulard, dans son Dictionnaire du cinéma. Les réalisateurs, considère que Dreyfus, l’intolérable vérité [1973] de Jean Cherasse - à moins qu’il ne s’agisse de « La prise de pouvoir par Pétain » [1979], les deux étant liés - est « le vrai film historique » (p.187) et que La trace [1983] de Bernard Favre est « l’exemple même de ce que doit être un film historique » (p.316).
- Jean Tulard note aussi que « Goebbels [Joseph. 1897-1945] cite le Frédéric II [1992] [de Arzen von Ceserepy. 1881-1946] comme un modèle de film historique. » (p.229) 483

Histoire (Tulard Jean) (2) : 2003. Jean Tulard, dans son Dictionnaire du cinéma. Les réalisateurs, auteur de :
- (Concernant Henri-Georges Clouzot [1907-1977]) : « Sous prétexte que le film [Le corbeau. 1943] avait été tourné pour la firme allemande Continental, et qu’il se serait agi d’une œuvre anti française, Clouzot fut interdit de studio à la Libération. Les historiens évoquent volontiers la chasse aux sorcières à Hollywood, mais temps de Mc Carthy, mais oublient une autre chasse aux sorcières, en France, en 1944, dont furent victimes Clouzot, Guitry et un peu Marcel Carné. » (p.202)
- (Concernant Bernard Cohn) : « Longtemps assistant, il a tourné enfin un film dérangeant mais remarquable [Natalia.1988] sur les conditions de travail dans le cinéma sous Vichy et l’épuration scandaleuse de 1944. » (p.205)
N.B. Les historien-nes ne sont pas seul-es à écrire l’histoire… 484 (Cf. Culture. Hollywood, Histoire. Historiographie. Patriarcale)

Histoire (Updike John) : 2009. John Updike [1932-2009], dans Terroriste, auteur de :
« L’histoire est une machine à moudre les hommes, à la [les ?] pulvériser. » 485

Histoire (Vaillant-Couturier Paul) : 1987. Paul Vaillant-Couturier [1892-1937], dans Enfance, auteur de :
« Tel fut le premier résultat de son entrée au lycée. On lui apprit, dès la première classe, que l’histoire n’était qu’une série de batailles, et que la vie lui ressemblait.
Ce qui n’était pas déjà si bête que ça. » 486 (Cf. Politique)

Histoire (« Vaincus ») : 1877. Victor Hugo [1802-1885], dans Histoire d’un crime, auteur de :
« Les vaincus sont une cendre, la destinée souffle dessus et les disperse. Il se fait un sinistre évanouissement de tous les combattants du droit et de la loi. Disparition tragique. » 487 (Cf. Histoire. Hugo Victor)

Histoire (Valéry Paul) : Paul Valéry [1871-1945], auteur de :
« L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait élaboré. Ce produit tourmente les hommes dans leur repos, les conduit aux délires des grandeurs ou à celui des persécutions et rend les nations amères, superbes, insupportables et vaines. » 488

Histoire (Varnhagen Rahel) : (3 novembre) 1919. Rahel Varnhagen [1771-1833], dans son Journal, auteure de :
« […] Ceux qui lisent l’histoire plus qu’ils ne la vivent eux-mêmes ne veulent toujours que mettre en scène, ou faire mettre en scène une histoire puisée dans les livres, d’où cet enthousiasme plat, ces projets creux, et avec tout cela, ce qu’ils ont de forcé. […]
On en viendra bientôt à distinguer et à classer sous d’autres rubriques les historiens qui ne regardent la vie que par les lunettes de l’histoire et ceux qui saisissent et représentent l’histoire en partant de la vie actuelle. […] » 489 Puissant. (Cf. Culture. Livres, Politique)

Histoire (Védrine Hubert) : (27 février) 2022. Sur France Culture, Hubert Védrine, ancien ministre des affaires étrangères, concernant l’invasion puis la guerre menée par Vladimir Poutine en Ukraine, auteur de :
« L’analyse historique deviendra utile ; pas maintenant. Ce n’est pas l’urgence. Plus tard. Le moment viendra, mais ce n’est pas l’actualité. »
Pourquoi cette dissociation temporelle mentale, impossible, absurde par ailleurs ? Pour ne pas gêner ? mais qui ? Pour laisser le ‘terrain’ aux politiques ? 490 (Cf. Politique)

Histoire (« Vent de l’histoire ») : Si « Le vent de l’histoire » souffle, c’est trop souvent, bien trop lentement.

Histoire (Vie) : Comment et pourquoi des personnes qui ont déjà raconté leurs vies un nombre incalculable de fois, continuent à le faire, reste, pour moi, peu compréhensible.
Pour faire plaisir à leurs mères ? Pour épater leurs voisins ? Parce qu’ils sont des ‘bons clients’ pour les médias et qu’ils ne savent pas dire non ? Pour vendre leurs œuvres ? Par pression des maisons d’édition ? Pour effacer un déficit de leur légitimité ? Pour rompre l’ennui de leur quotidien ? Par habitude ? Par fermeture au monde ? Par un réel contentement ?
* Ajout. 1er janvier 2020. 1966. François Mauriac, dans ses Mémoires intérieurs, écrit :
« Nul ne fait figure dans le monde qui ne cherche obscurément à se donner l’illusion d’être. » 491
L’illusion ?

Histoire (Vie quotidienne) : Souvenirs personnels de la vie quotidienne d’antan. Je me souviens : du café que l’on moulait dans un moulin à café en bois ; du lait que l’on achetait en le transvasant dans un bidon de fer ; du vin que l’on allait cherchait chez un paysan qui le tirait de son tonneau ; d’une machine à éplucher les pommes de terre ; du beurrier qui, faute d’un frigidaire, dans la quel on plaçait le beurre dans une réserve d’eau ; des ‘briques’ que l‘on faisait chauffer avant de les placer dans le fond du lit, et même, des bassi noires ; d’une machine à laver pourvue d’un essorage à main ; des hommes qui livraient des blocs de glace et les portaient sur un tissu posé sur leurs épaules ; d’autres, tout noirs vêtus, déversant des sacs de charbon dans les soupiraux des entresols et aussi des livreurs de vin et de leurs casiers de Nicolas ; des mégots de cigarettes ramassés par terre par les ‘clochards’ dans le métro ; des camions qui venaient régulièrement vider les fosses septiques de Versailles ; des tramways sur rails de Versailles et de ce que le/la préposé-e devait, place du marché, en descendre pour changer la branche qui les reliaient aux fils électriques suspendus, comme de l’enterrement des tramways de Versailles ; des remboursements, à l’épicerie, des bouteilles consignées ; des chauffeurs taxis, aux bornes de taxis, poussant leurs voitures pour ne pas gaspiller l’essence ; de la publicité - rare - qui s’appelait la réclame et notamment, dans le métro, de Dubo, Dubon, Dubonnet, comme du savon Cadum, du shampoing Dop ; de l’eau à la campagne, que l’on allait tirer au puit avec une chaine, puis de l’installation d’une pompe, ainsi que des grandes lessives que j’y faisais ; des mois qu’il fallait attendre pour avoir le téléphone ; du jeu d’après-guerre sur papier où il fallait ‘toucher-couler’ avec des croix, des bateaux ; de la vieille Delage qu’il fallait faire démarrer à la manivelle, si possible ‘au quart de tour’, et qui tombait sans cesse en panne ; de l’album dévoré de La Semaine de Suzette ; du marché de Cavaillon et des escargots que l’on espéraient y vendre mais qui s’échappaient toujours de leurs enclos, dans lesquels ils étaient censés se purger ; de la nécessité de remplacer les aiguilles du tourne-disque ; des jeunes femmes dans les ascenseurs du Bon Marché qui ouvraient et fermaient les grilles et qui, à chaque étage, annonçait les produits qui s’y trouvaient, et que ce même grand magasin faisait des remises (5%, je crois) aux familles nombreuses et aux religieuses ; des bureaux de classe qu’il fallait frotter, nettoyer et cirer, la veille des vacances, chez les religieuses ; du col dur que nous portions dans notre uniforme bleu marine, sur lequel était attaché un espèce de bouton que j’avais un jour avalé ; des cordons plus ou moins large (deux largeurs) que portaient celles qui s’étaient distinguées ; des professeurs défilant en toge dans la cour de la Sorbonne [1961?] …

Histoire (Vilar Jean) : 1947 (?). Jean Vilar [1912-1971], au début du festival, concernant son appréciation de la cour d’honneur du Palais des papes d’Avignon, comme scène de théâtre, auteur de :
« L’histoire est trop présente ». 492

Par ordre chronologique. Histoire. Voltaire :

Histoire (Voltaire) (1) : (15 janvier) 1738. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au prince royal de Prusse [futur Frédéric II. 1712-1786], lui écrit :
« […] Je voudrais qu’on eût jeté au fond de la mer toutes les histoires qui ne nous retracent que les vices et les fureurs des rois. À quoi servent ces registres de crimes et d’horreurs qu’à encourager quelque fois un prince faible à des excès dont ils auraient honte, s’il n’en voyait des exemples ? » 493

Histoire (Voltaire) (2) : (26 janvier) 1740. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au marquis d’Argenson [1694-1757], préfigurant l’Essai sur les mœurs [1756], auteur de :
« Encore une idée. On n’a fait que l’histoire des rois, mais on n’a point fait celle de la nation. Il semble que, pendant 1.400 ans, il n’y ait eu dans les Gaules que des rois, des ministres et des généraux, mais nos mœurs, nos lois, nos coutumes, notre esprit, ne sont-ils donc rien ? » 494

Histoire (Voltaire) (3) : (1er juin) 1744. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Jacob Vernet [1698-1789], auteur de :
« Il me semble qu’on n’a guère encore considéré l’histoire que comme des compilations chronologiques, on ne l’a écrite ni en citoyen, ni en philosophe. […] Mais quelle misère de faire une étude qui ne peut ni instruire, ni plaire, ni rendre meilleur ! Je me suis attaché à faire autant que j’ai pu l’histoire des mœurs, des sciences, des lois, des usages, des superstitions ; je ne vois presque que des histoires des rois, je veux celle des hommes. […] Les historiens en cela ressemblent à quelques tyrans dont ils parlent ; ils sacrifient le genre humain à un seul homme. » 495

Histoire (Voltaire) (4) : (29 septembre) 1754. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Jacob Vernet [1698-1789], concernant son Essai sur l’histoire universelle [1756, mais ce texte sera révisé jusqu’à sa mort], auteur de :
« Vous savez que mon principal but est l’histoire des mœurs, des usages et de l’esprit des hommes. C’est une moisson toute nouvelle que les autres historiens m’ont abandonnée. » 496

Histoire (Voltaire) (5) : (1er janvier) 1756. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Gabriel [1723-1793] et Philibert [?-?] Cramer, auteur de :
« La véritable histoire que j’ai composée de la guerre de 1741, demande quelque temps pour être retouchée : il faut dans cet ouvrage toujours dire la vérité, et ne blesser jamais personne, ce qui n’est pas une petite difficulté. » 497

Histoire (Voltaire) (6) : (16 juillet) 1756. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au comte d’Argental [1700-1788], auteur de :
« Je ne veux que des vérités utiles. » 498 (Cf. Penser. Vérité)

Histoire (Voltaire) (7) : (7 août) 1757. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], en lui envoyant huit chapitres de l’Histoire de Pierre le Grand, lui demande de changer de titre :
« Un tel titre engage nécessairement l’historien à ne rien supprimer. Il est forcé alors de dire des vérités odieuses, et s’il ne les dit pas, il se déshonore sans faire honneur à ceux qui l’emploie. Il faudrait donc prendre pour titre, ainsi que pour sujet, la Russie sous Pierre 1er. Une telle annonce écarte toutes les anecdotes (sic) sur la vie privée du tsar qui pourraient diminuer sa gloire, et n’admet que celles qui sont liées aux grandes choses qu’il a commencées et qu’on a continuées depuis lui. […] » (Cf. Féminisme. Le privé est politique, Histoire. Patriarcale)
- Voltaire avait préalablement écrit :
« Les anecdotes de la vie privée ne me paraissent mériter d’attention qu’autant qu’elles font connaître les mœurs générales. » 499

Histoire (Voltaire) (8) : (19 août) 1757. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au comte d’Argental [1700-1788], auteur de :
« Il n’importe pas que le csar se soit enivré et qu’il ait coupé quelques têtes […]. Il importe de connaître un pays qui a vaincu les Suédois et les Turcs, donné un roi à la Pologne, et qui venge la maison d’Autriche. On me fait copier les archives, on me les envoie. Cette marque de confiance mérite que j’y sois sensible. Je n’ai à craindre d’être ni satirique, ni flatteur et je ferai bien tout mon possible pour ne déplaire ni à la fille de Pierre le Grand, ni au public. » 500

Histoire (Voltaire) (9) : (26 juin) 1758. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Denis Diderot [1713-1784], concernant l’article Histoire de L’Encyclopédie qu’il a rédigé, écrit qu’il y a « si insolemment [dit] la vérité » et [qu’il] demande que l’auteur ne soit pas nommé. 501

Histoire (Voltaire) (10) : (17 juillet) 1758. Voltaire [1694-1778], concernant l’écriture de l’Histoire de l’empire de Russie sous Pierre le Grand, dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], auteur de :
« […] Vous contredites surtout un manuscrit très précieux que j’ai depuis plusieurs années de la main d’un ministre public qui résida longtemps à la cour de Pierre le Grand. Il dit bien des choses que je dois omettre, parce qu’elles ne sont pas à la gloire de ce monarque, et qu’heureusement elles sont inutiles pour le grand objet que nous nous (sic) proposons.
Cet objet est de peindre la création des arts, des mœurs, des lois, de la discipline militaire, du commerce, de la marine, de la police, etc., et non de divulguer, ou des faiblesses ou des duretés qui ne sont que vraies ; il ne faut pas avoir la lâcheté de les désavouer, mais la prudence de n’en point parler, parce que je dois ce me semble imiter Tite-Live qui traite des grands objets, et non Suétone que ne raconte que la vie privée. »
Voltaire : ici, théoricien de l’exclusion de la vie-dite-privée de l’histoire, afin sciemment de ne pas entacher la vie des « grands [hommes] » ? 502 (Cf. Hommes. « Grands »)

Histoire (Voltaire) (11) : (23 décembre) 1758. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], auteur de :
« Vous ne pouvez me donner trop d’instructions sur le bien qu’il [Pierre le Grand] a fait au genre humain. La plupart des gens de lettres [lui, en l’occurrence] me reprochent déjà que je vais faire un panégyrique, et jouer le rôle d’un flatteur ; il faut leur fermer la bouche en leur faisant voir que je n’écris que des vérités utiles aux hommes. » 503

Histoire (Voltaire) (12) : (29 mai) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1717-1797] avec lequel il est en relations concernant son livre consacré à Pierre le Grand [1672-1724], auteur de :
- « Si l’expérience m’a pu donner quelque connaissance dans l’art décrire, je l’emploierai à augmenter si je le puis le respect qu’on doit à Pierre le Grand et à votre empire, sans flatter personne. » Et de :
- « En déguisant une vérité publique ou affaiblit toutes les autres, et la plus mauvaise politique est de mentir. » 504

Histoire (Voltaire) (13) : (20 juin) 1759. Voltaire écrit à George Keate [1729-1797] qu’il est « chargé par la cour de Pétersbourg de faire l’histoire de Pierre le Grand. » Ne serait-ce pas plutôt lui qui aurait été demandeur ? 505 (Vérifier)
En tout état de cause il se considère comme « employé ».
* Ajout. 6 décembre 2021. Le 19 février 1757, il avait écrit à Fedor Pavlovitch Veselovsy [ancien ministre de Pierre le Grand. 1685-1783] :
« Vous me proposez ce que je désirais depuis trente ans. » Mais, si coutumier qu’il soit de telles habiles ‘suggestions’, ne l’avait-il pas préalablement lui-même désiré ?
Il poursuit par ailleurs :
« Je souhaiterais seulement que M. le comte de Schowalof [Schouvalov] voulut bien m’assurer que Sa majesté l’Impératrice désire que ce monument soit élevé à la gloire de l’Empereur son père, et quelle agrée mes soins. » 506

Histoire (Voltaire) (14) : (29 juin) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], auteur de :
« Qu’importe, mon cher ange, qu’on donne mon Russe tome à tome, ou tout en bloc ? C’est l’affaire des libraires et je ne m’en mêle pas. Je me mêle de plaire à l’autocratrice de toutes les Russies. Il me faut une impératrice au moins dans mes intérêts […]. » Et il y parvint. 507 (Cf. Langage. Féminisation du langage)

Histoire (Voltaire) (15) : (11 septembre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], auteur de :
« Vous savez qu’on ne peut donner du crédit aux belles actions qu’en ne dissimulant rien ; mais qu’en disant la vérité on peut toujours la présenter sous un jour favorable. » 508 (Cf. Penser. Vérité. Voltaire)

Histoire (Voltaire) (16) : (18 septembre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797] (concernant toujours l’écriture de l’histoire de Pierre le Grand) lui écrit :
« […] Il n’y a que les vérités de l’histoire qui puissent forcer l’esprit à croire et à admirer. » 509 (Cf. Penser. Vérité. Voltaire)

Histoire (Voltaire) (17) : (22 novembre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre encore adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797] lui écrit :
« La triste fin du Csarovits [Alexis. 1690-1718. Le 25 juin 1718, reconnu coupable de crime contre la sureté de l’état condamné à mort et retrouvé mort le lendemain dans sa prison] m’embarrassera un peu. Je n’aime pas à parler contre ma conscience, l’arrêt de mort m’a toujours paru trop dur. Il y a beaucoup de royaumes où il n’eut pas permis d’en user ainsi (sic). »
Puis Voltaire conteste les conditions dans lesquelles eut lieu le procès et il conclut :
« Je tâcherai de me tirer de ce pas glissant (sic) en faisant prévaloir dans le cœur du csar l’amour de la patrie sur les entrailles du père (sic). » 510 (Cf. Penser. Vérité. Voltaire)

Histoire (Voltaire) (18) : (18 décembre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée Saverio Bettinelli [1718-1808] lui présente sa conception de l’histoire, celle de « la nouvelle édition de l’Histoire générale » [1ère édition. 1757] :
« […] Histoire de l’esprit humain beaucoup plus que des horreurs de la guerre, et des fourberies de la politique ; je parlerai des gens de lettres beaucoup plus long que dans les premières [éditions] ; parce qu’après tout, ce sont eux qui ont civilisé le genre humain ; l’histoire qu’on appelle civile et religieuse n’est que le tableau de la sottise et des crimes. » 511

Histoire (Voltaire) (19) : (5 février) 1760. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1717-1797], lui écrit :
« Quoi qu’il arrive, j’attendrai vos ordres avec le plus grand empressement de leur obéir. » 512 (Cf. Penser. Obéir. Voltaire)

Histoire (Voltaire) (20) : (22 avril) 1760. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1717-1797], lui écrit :
« […] Je suis toujours aux ordres de Votre Excellence. Le plus grand de mes plaisirs dans ma vieillesse est de travailler au monument que vous érigez au plus grand homme du siècle passé [Pierre le Grand. 1672-1725]. La multitude épouvantable de livres qui s’accumulent de tous côtés, ne permet peut être pas qu’on entre dans beaucoup de détails ; l’esprit philosophique qui règne de nos jours, permet encore moins de fade panégyrique ; le milieu entre ces deux extrémités est difficile à garder ; mais je ne désespère de rien, monsieur, quand je serai aidé de vos conseils et de vos lumières ; ce sera par votre seul moyen que je pourrai parvenir à ne blesser ni la vérité ni la délicatesse de votre cour, ni le goût des gens de lettres qui seuls décident, à la longue, de la bonté d’un ouvrage. Je souhaite surtout que votre histoire de Pierre le grand dans laquelle je ne suis que votre copiste puisse servir de réponse aux calomnies répandues contre votre nation et contre votre auguste souveraine [Catherine II. 1729-1796] dans le recueil qui vient de paraître [sous la signature de Voltaire]. » 513

Histoire (Voltaire) (21) : (24 mai) 1761. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1717-1797], lui écrit :
« […] Aidé de tous ces matériaux [archives envoyées de Russie], j’en ai supprimé tout ce qui pouvait être défavorable, et j’en ai tiré ce qui pouvait relever la gloire de votre patrie. » 514 (Cf. Politique, Nationalisme, Histoire. Archives)

Histoire (Voltaire) (22) : (1er juin) 1761. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], auteur de :
« On m’a communiqué beaucoup de petits détails indignes de la majesté de l’histoire, et du héros dont j’écris la vie. Je marche toujours à travers des brosailles [buissons] et des épines pour arriver jusqu’à la personne de Pierre le Grand [1672-1725.] C’est lui que je songe à rendre toujours plus grand, jusque dans les plus petites choses, et il me semble que cette grandeur rejaillit sur son épouse Catherine [II. 1729-1796]. […] l’auguste fille du héros dont j’écris l’histoire. » (Cf. Hommes. « Héros ». « Grands »)

Histoire (Voltaire) (23) : (1er juin) 1761. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Ivan Ivanovitch Schouvalov [1727-1797], auteur de :
« Je n’ai pris dans les mémoires de M. de Bassevits [?-?] et dans ceux que je me suis procurés que ce qui peut contribuer à la gloire de votre patrie, et à celle de l’empereur Pierre Ier. J’abandonne le reste à la malignité de vos ennemis et des miens. […]
Encore une fois, monsieur, je ne suis que votre secrétaire. » 515

Histoire (Voltaire) (24) : (18 septembre) 1763. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Bernard-Louis Chauvelin [1716-1773], lui écrit :
« […] On vous a dépêché un petit paquet [enveloppe], qui contient, je crois, un peu d’histoire. Vous y verrez quelque chose du temps présent, mais non pas tout ; car malheur à celui qui dirait tout. Il faut qu’un Français passe rapidement sur les dernières années. […] » 516 (Cf. Politique. Vérité)

Histoire (Voltaire) (25) : (mai) 1764. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à la Gazette Littéraire de l’Europe, écrit notamment concernant « [les] manque[ments] » des « auteursmodernes » non cités] des histoires anciennes » :
« […] Ils répètent et ils allongent des harangues qui ne furent jamais prononcées, plus soucieux de faire parade d’une éloquence déplacée que de discuter des vérités utiles. Les exagérations souvent puériles, les fausses évaluations des monnaies de l’Antiquité et de la richesse des États, induisent en erreur les ignorants et font peine aux hommes instruits. […]
Les histoires plus anciennes sont encore écrites avec moins d’attention. La saine critique y est plus négligée ; le merveilleux, l’incroyable y domine ; il semble qu’on ait écrit pour des enfants plutôt que pour des hommes ; le siècle éclairé ou nous vivons exige dans les auteurs une raison plus cultivée. » 517 (Cf. Penser. Méthode. Éloquence)

Histoire (Voltaire) (26) : (20 juin) 1764. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à madame du Deffand [1697-1780], écrit :
« Les Welches [terme dénégateur, ici, pour : Français] sont continuellement gênés et garrottés par trois sortes de chaînes, celles de la cour, celle de l’Église, et celle des tribunaux appelés parlement. On écrit l’histoire en France comme on fait un compliment à l’Académie française, on cherche à arranger ses mots de façon qu’ils ne puissent choquer personne. » 518
- (16 août) 1769. Plus précisément, Voltaire, dans une lettre au comte Gottlob Louis de Schomberg [1726-1796], écrit :
« Il n’y rien de si sot, de si méprisable qu’un Welche ; mais il n’y a rien de si aimable et de si généreux qu’un Français. » 519 (Cf. Êtres humains, Langage. Académie française. Mots, Penser. Déconstruire. Nationalisme)

Histoire (Voltaire) (27) : (23 avril) 1767. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à François baron de Tott [1733-1793], écrit :
« La véritable histoire est celle des mœurs, des lois, des arts, et des progrès de l’esprit humain. » 520

Histoire (Voltaire) (28) : (21 octobre) 1767. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Cosimo Alessandro Collini [1727-1806], auteur de :
« Je n’approuve pas dans Tite-Live ce que j’aime dans Homère. » 521

Histoire (Voltaire) (29) : (23 janvier) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], auteur de :
« À l’égard du prince Ivan [1740-1764. époux de Catherine II], il est clair que ma (sic) Catherine [1729-1796] n’y a nulle part. On lui a bien de l’obligation (sic) d’avoir eu le courage de détrôner son mari, car elle règne avec sagesse et gloire ; et nous devons bénir une tête couronnée qui fait régner la tolérance universelle (sic) dans cent trente-cinq degrés de longitude. Vous n’en avez-vous autres (sic), qu’environ huit ou neuf, et vous êtes encore intolérants. Dites donc du bien de Catherine, je vous prie, et faites-lui une bonne réputation dans Paris. »
- Une note de La Pléiade [1985] précise :
« Voltaire remarque dans les Notebooks (II, 335) à la date du 19 janvier 1766 : ‘Le comte Rewusky m’a assuré que Pierre III [1728-1762] n’est mort que pour avoir bu continuellement du punch dans sa prison.’ Au reste, tout ce paragraphe est un des meilleurs exemples du culte de latrie porté par Voltaire à Catherine et par-delà à la Russie. » 522 (Cf. Relations entre êtres humains, Flagornerie, Histoire. Témoin)

Histoire (Voltaire) (30) : (13 juin) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au duc de Richelieu [1696-1788], auteur de :
« […] Il ne reste dans la mémoire des hommes que les évènements qui ont fait de grandes révolutions. » 523 (Cf. Politique. Révolution, Histoire. Mémoire)

Histoire (Voltaire) (31) : (15 juillet) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Horace Walpole [1717-1797], auteur de :
« J’ai toujours pensé, comme vous, qu’il faut se défier de toutes les histoires anciennes. Fontenelle [1657-1757], le seul homme du siècle de Louis XIV [1638-1715] qui fut à la fois poète, philosophe et savant, disait qu’elles étaient des fables convenues. » 524

Histoire (Voltaire) (32) : (17 juin) 1771. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à François-Louis Allamand [1709-1784], après avoir estimé qu’il s’était fait « dans les esprits une plus grande révolution qu’au seizième siècle », auteur de :
« Il est triste pour l’espèce humaine que pour arriver à un but honnête et simple, il ait fallu percer dix-sept siècles de sottises et d’horreurs. » 525 (Cf. Penser, Philosophie. Voltaire)

Histoire (Voltaire) (33) : (4 juillet) 1772. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au duc de Richelieu [1696-1788], après avoir évoqué, concernant Catherine II [1729-1796], « la pompe de la puissance, l’éclat de la victoire et toute la galanterie d’une femme de beaucoup d’esprit » écrit :
« On ne peut mieux réparer la petite fredaine dont vous parlez et vous m’avouerez que cette petite fredaine a produit les plus grandes choses. » 526 (Cf. Relations entre êtres humains. Galanterie, Politique. État, Violences)
N.B. « La petit fredaine » évoquée concerne contre le coup d’état contre le mari de Catherine II, suivi de son assassinat une semaine après sa déposition (28-30 juin 1762).

Histoire (Vovelle Michel) : Je suis reconnaissante à l’historien Michel Vovelle [1933-2018], grâce à qui j’ai pu savoir que Marat [1743-1793] était un penseur politique.

Histoire (Wikipédia) : (26 septembre) 2023. Je reçois un mail d’une personne que je ne connais pas, intitulé :
« Soyons précis ». Et je lis en gras :
« La mère de Madeleine Pelletier n’as pas eu dix grossesses, elle a eu douze grossesses dont dix enfants décédés. » Après vérifications et échanges, je découvre que l’injonction qui m’était adressée était fondée, sans source, sur ce qui était lisible sur Wikipédia.

Histoire (« Wishful thinking ») : (12 décembre) 2019. Entendu lors de l’émission Le cours de l’histoire de France Culture :
« Ça aurait été mieux, si cela avait été différemment. » 527

Histoire. Marguerite Yourcenar :

Histoire (Yourcenar Marguerite) (1) : 1980. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Les yeux ouverts, répond ainsi à la question suivante : ‘Mais comment peut-on réinsérer des destinées individuelles dans le cours de l’histoire ou dans le flux de la vie’ :
« Comment ne le peut-on pas ? Vous semblez faire, comme les marxistes, une idole de l’histoire. […] » 528

Histoire (Yourcenar Marguerite) (2) : 1980. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Les yeux ouverts, auteure de :
« […] Tant qu’on ne fait pas entrer toute sa propre intensité dans un document, il est mort. » 529

Histoire (Yourcenar Marguerite) (3) : 1980. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Les yeux ouverts, auteure de :
« Je crois à la grande liberté que nous octroie l’Histoire en montrant aux gens de notre temps que ce qu’ils croient unique appartient au rythme de la condition humaine et qu’aux solutions qu’ils se proposent, ou qu’ils ne proposent pas, on pourrait superposer d’autres solutions, qui ont été essayées ailleurs.
Mais en même temps je me méfie du fait que l’Histoire systématise, qu’elle est une interprétation personnelle qui ne s’avoue pas telle, ou au contraire qu’elle met agressivement en avant une théorie prise pour une vérité, qui est elle-même passagère. L’historien ne nous montre pas ses points de départ, soit individuel, soit idéologique, l’un camouflant l’autre. Il en a, pourtant : c’est un bourgeois du XIXème siècle, ou c’est un militariste allemand, qui admire l’impérialisme romain, ou c’est un marxiste qui voit partout le communisme, dans le passé. Il est dominé par des théories, quelquefois sans même s’apercevoir. […] ». 530 (Cf. Patriarcat)

Histoire (Zola Émile) : (12 octobre) 1895. Émile Zola [1840-1902], dans une lettre à Jacques van Santen Kolff [1848-1896], concernant le livre qu’il est en train d’écrire : Rome, auteur de :
« Maintenant je ne puis absolument pas vous donner une idée de cet énorme travail, qui coûte un effort considérable. J’ai voulu tout mettre, comme d’habitude, le passé, le présent, l’avenir et avec Rome vous devinez où cela me conduit. Jamais je n’ai été tant débordé par tant de documents, tant de notes, tant d'impressions personnelles. Ajoutez que, dans le cadre de l’histoire, de l’art, de la religion et de la politique, j’ai mis tout un drame humain, en m’efforçant, selon ma méthode habituelle, de dramatiser la Rome actuelle dans des personnages vivants. […] » 531

Par ordre chronologique. Histoire. Éric Zemmour :

Histoire (Zemmour Éric) (1) : (8 août) 2021. Entendu sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), concernant Éric Zemmour :
« L’histoire de France coule dans ses veines. » Les yeux de Chimène…

Histoire (Zemmour Éric) (2) : (8 juillet) 1874. Cf. George Sand [1804-187], dans une lettre à Juliette Adam [1836-1936], auteure de :
« […] Moi, j’espère que personne ne voudra des guenilles du passé [...] et ce sera encore beaucoup de ne pas tourner le dos à l’avenir. » 532

Histoire (Zemmour Eric) (3) : (26 novembre) 1874. Cf. George Sand [1804-187], dans une lettre à Henri Amic [1853-1929], évoque « ceux qui veulent nous rejeter dans la nuit du passé […] » 533 … et qui dès lors ne peuvent qu’écrire une histoire passéiste, sélective, révisionniste, mensongère. (Cf. Histoire. Patriarcale. Zemmour Éric)

Histoire (Zemmour Eric) (4) : (30 novembre) 2021. Éric Zemmour lors de sa déclaration de candidature à la présidence de la république, auteur de :
« Notre passé glorieux plaide pour notre avenir ».
Le « passé », revu et corrigé par lui, - mensonger, ridicule, tant ‘son’ histoire lui est personnelle - comme avenir de la France.

Histoire (Zemmour Eric) (5) : (5 décembre) 2021. Éric Zemmour, auteur de :
« Nous remplacerons le vide par l’identité, le dérisoire par l’histoire. »

Histoire (Zemmour Eric) (6) : (11 septembre) 2022. Éric Zemmour, auteur de :
« Je me sers de l’histoire pour me battre pour vous. » (Cf. Hommes. « Modestes »)

Histoire. Stefan Zweig :

Histoire (Zweig Stefan) (1) : 1929. Stefan Zweig [1881-1942], dans son Fouché [1759-1820], auteur de :
« L’histoire n’est presque toujours écrite que d’après les apparences. » 534 (Cf. Penser)

Histoire (Zweig Stefan) (2) : 1941. Stefan Zweig [1881-1942], dans Le monde d’hier, auteur de :
« […] J’ai été le témoin de la plus effroyable défaite de la raison et du plus sauvage triomphe de la brutalité qu’atteste la chronique des temps. […] Le monde dans lequel j’ai grandi, et celui d’aujourd’hui, et ceux qui s’insèrent entre eux, se sépare de plus en plus, dans mon sentiment en autant de mondes totalement distincts. […] Entre notre aujourd’hui, notre hier et notre avant-hier, tous les ponts sont rompus. » 535 (Cf. Politique. Nationalisme)

Histoire (Zweig Stefan) (3) : 1941. Stefan Zweig [1881-1942], dans Le monde d’hier, auteur de :
« J’avais lu et écrit trop d’ouvrages historiques pour ne pas savoir que la grande masse roule toujours immédiatement du côté où se trouve le centre de gravité de la puissance du moment. » 536

I. Histoire. Révolution française :

Histoire. Révolution française :

Histoire (Révolution française) (1) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« La colère brutale faisait des ruines, et sous cette colère était cachée l’intelligence qui jetait parmi ces ruines les fondements du nouvel édifice. » 537
[Brillante] analyse valide pour toutes les révolutions. (Cf. Penser, Politique)

Histoire (Révolution française) (2) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les misérables, concernant « le conventionnel » auteur de :
« La Révolution a eu beaucoup de ces hommes proportionnés à l’époque. » 538
Idée intéressante, bien qu’équivoque à prolonger… (Cf. Histoire. Révolution française. Roland Jeanne-Marie)

Histoire (Révolution française) (3) : 1902. Jean Jaurès [1859-31 juillet 1914], Comment juger les révolutionnaires, en conclusion de l’Histoire socialiste de la révolution française [1903], auteur de :
« Mais ce qu’il ne faut jamais oublier quand on juge ces hommes, c’est que le problème qui leur était imposé par la destinée était formidable et sans doute au-dessus des forces humaines […] Les juger comme s’ils devaient clore le drame, comme si l’histoire n’allait pas continuer après eux, c’est un enfantillage et une injustice. » 539

Révolution française (4) : 1928. Pierre Gaxotte « de l’Académie française » [1895-1982] historien, dans La Révolution française, auteur de :
« La France d’avant la Révolution n’était point malheureuse. Elle avait sujet de se plaindre, non de se révolter. » 540

Par ordre alphabétique. Histoire. Révolution française :

Révolution française (Constitution. Bonheur) : 1793. Article 1er de la constitution de 1793 :
« Le but de la société est le bonheur commun. […] »
Tout est dit ? Tout est à construire.
* Ajout. 2 octobre 2015. Lu [1787] : « C’est moins la forme du gouvernement qui rend les peuples heureux que les Lois qui règlent la fortune des citoyens. » 541 (Cf. Politique. Lois, Économie)

Révolution française (Cahiers de doléances et réclamations aux États généraux) (1) : 1789.
« Notre devise sera-t-elle toujours : Travailler, obéir et se taire ? » 542
- Peut, doit être comparé à :
« Liberté, égalité, fraternité » (Cf. Droit. « Droits de l’homme », Politique. Démocratie, Obéir)

Révolution française (Cahiers de doléances et réclamations aux États généraux) (2) : 1789.
« Comment récompensez-vous dans votre constitution sociale le plus sacré des devoirs, celui de produire, de soigner, d’instruire, d’élever les enfants qui réparent le monde ? » 543 Question toujours non résolue, le plus souvent, pas même posée… (Cf. Famille, Féminisme. Patriarcat, Politique)

Révolution française (Chateaubriand François-René de) : (30 juin) 1833. François-René de Chateaubriand [1768-1848], écrit à « Madame la Dauphine » [fille de Louis XVI et de Marie-Antoinette. 1778-1858] :
« Tout ce qui militait en 1789 pour le maintien de l’ancien régime, religion, lois, mœurs, usages, propriétés, classes, privilèges, corporations n’existe plus. » 544

Par ordre alphabétique. Révolution française. Femmes :

Par ordre alphabétique. Révolution française. Femmes. Charlotte Corday :

Révolution française. Femmes (Charlotte Corday) (1) : 1976. Je lis dans les notes de Gérard Walter [1896-1974] de l’édition de La Pléiade de l’Histoire de la Révolution française [1853] de Jules Michelet [1798-1874] que Charlotte Corday [1768-1793] qui assassinat Marat [1743-1793] à l’âge de 25 ans, « resta au couvent jusqu’à l’âge de 22 ans », « un couvent [L’Abbaye aux dames] - très mondain » précise-t-il. 545 (Cf. Histoire. Révolution française. Marat)

Révolution française. Femmes (Charlotte Corday) (2) : Je lis sur Wikipédia :
« À sa mort, les accusateurs jacobins de Charlotte Corday [1768-1793] pensent qu'elle a agi par amour pour un homme, aussi font-ils vérifier sa virginité. À leur grand dam, elle est déclarée virgo intacta. »
Lire sur Wikipédia les explications, fort sensées, qu’elle a données au crime qu’elle a commis.
Une fois encore, une femme fut déniée de toute pensée et de toute action politique et réduite, là encore, stricto sensu, à son sexe. 546 (Cf. Femmes. Sexes)
* Ajout. 30 mars 2019. Lire aussi les belles pages que Jules Michelet lui a consacrées. 547 (Cf. Histoire. Patriarcale. Michelet Jules)

Révolution française. Femmes (Custine Astolphe de) : 1843. Astolphe de Custine [1790-1857], dans La Russie en 1839, à propos de Delphine de Sabran [1770-1826], évoque « les annales d’une révolution où l’héroïsme des femmes a bien souvent racheté l’horreur qu’inspiraient à trop juste titre le fanatisme et la férocité des hommes. » 548
* Ajout. 20 mai 2019. Louise Michel [1830-1905], auteure de :
« L’héroïsme n’existe pas. Ce n’est qu’un sens impérieux du devoir ou une conviction passionnée. Je ne lui donne pas non plus le nom de vertu qu’à l’amour ou au fanatisme. » 549 (Cf. Homme. « Héros »)

Par ordre chronologique. Révolution française. Femmes. Olympe de Gouges :

Révolution française. Femmes (Gouges Olympe de) (1) : 1791. Olympe de Gouges [1748-1793], dans sa Lettre à Marie-Antoinette, écrit :
« Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce droit. Dis-moi ? Qui t’a donné le souverain empire d'opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? [...]
L’homme seul s'est fagoté un principe de cette exception. Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré, dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l’égalité, pour ne rien dire de plus. [...] »
- Suivi, en note, de : « De Paris au Pérou, du Japon à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c’est l’HOMME. » (Cf. Droit. « Droits de l’homme », Femmes. Remarquables. Gouges Olympe de, Hommes, Patriarcat) 550

Révolution française. Femmes (Gouges Olympe de) (2) : (septembre) 2013. Alors qu’en 2013, suite à une consultation officielle - à laquelle 30715 personnes avaient participé - ouverte sur le site des Monuments Historiques, Olympe de Gouges (devançant Germaine Tillion, Louise Michel et Simone de Beauvoir) était la première sur la liste des personnes devait « entrer au Panthéon », François Hollande l’a écartée.
- Aujourd’hui (21 février 2014) date à laquelle l’annonce officielle des quatre personnes choisies par lui sera effectuée, la page internet concernant cette consultation « n’existe plus ». Qui aurait gardé ces archives et pourrait les publier ? Ont finalement été choisies deux hommes et deux femmes résistant-es. La parité contre le féminisme.
- La liste des « personnalités auditionnées » dans le Rapport intitulé : Pour faire entrer le peuple au Panthéon, remis à François Hollande par M. Philippe Bélaval, mérite la lecture : elle peut provoquer un instant le rire, si ce n’était si malheureusement signifiant de la France « officielle » en 2014. Et si triste… (Cf. Femmes. Remarquables. Gouge Olympe de, Hommes. « Politiques ». Hollande François)

Par ordre chronologique. Révolution française. Femmes. Rose Lacombe :

Révolution française. Femmes (Lacombe Rose) (1) : (25 juillet) 1792. Rose Lacombe [1765-1795 (?)] prononce un bref discours à l’assemblée nationale :
« Née avec le courage d'une Romaine et la haine des tyrans, je me tiendrais heureuse de contribuer à leur destruction. Périsse jusqu'au dernier despote, intrigants, vifs esclaves, des Néron et des Caligula, puissé-je tous vous anéantir. Et vous, mères de famille, que je blâmerais de quitter vos enfants pour suivre mon exemple, pendant que je ferai mon devoir en combattant les ennemis de la patrie, remplissez le vôtre en inculquant à vos enfants les sentiments que tout français doit avoir en naissant, l'amour de la liberté et l'horreur des despotes. Ne perdez jamais de vue que sans les vertus de Véturie, Rome aurait été privée du grand Coriolan. » 551 (Cf. Politique. État, Violences)

Révolution française. Femmes (Lacombe Rose) (2) : 1793. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine cite ce passage d’un discours de Rose (Claire) Lacombe [1765-1795 (?)] aux Jacobins, extrait du Patriote Français (30 mars 1793), lui-même cité par Buchez et Roux [XXV, 156] :
« Il faut s’assurer des aristocrates, les faire marcher au-devant des ennemis que Dumouriez [1739-1823] amène sur Paris, nous leur signifierons que s’ils trahissent, leurs femmes et leurs enfants seront égorgés, et leurs propriétés incendiées…
Je ne veux pas que les patriote sortent, je veux qu’ils gardent Paris ; et, si nous succombons, le premier qui hésitera à mettre le feu, sera poignardé à l’instant.
Je veux que les propriétaires, qui ont tout accaparé pour exaspérer le peuple, tuent les tyrans ou qu’ils périssent. » (applaudissements) 552 (Cf. Politique. État, Violences, Histoire. Taine Hippolyte)

Par ordre chronologique. Révolution française. Femme. Madame Legros :

Révolution française. Femmes (Legros Madame) (1) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, auteur de :
« Il faut dire vrai ; si quelqu’un eût la gloire de la renverser (la Bastille), c’est cette femme intrépide qui si longtemps travailla à la délivrance de Latude [1725-1805, enfermé pendant 37 ans notamment à la Bastille] contre toutes les puissances du monde. » Et il poursuit en la qualifiant ainsi : « celle qui avait pour ainsi dire forcé les prisons d’État », pour conclure :
« Cette femme avait pris la Bastille. » 553

Révolution française. Femmes (Legros Madame) (2) : 1878. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine, cite, lui aussi, mais en d’autres termes, madame Legros. Il écrit :
« Lorsque Latude [1725-19805] sort de Bicêtre, Mme de Luxembourg, Mme de Bouflers et Madame de Staël veulent dîner avec Mme Legros, l’épicière qui depuis trois années a remué ciel et terre pour délivrer le prisonnier. » 554

Révolution française. Femmes (Legros Madame) (3) : 2016. Laurence Croq, conclue son article Madame Legros, citoyenne sans le savoir, par :
« C’est sans doute malgré elle que Madame Legros [Françoise Gellain. 1749-1861], est pensée comme une figure moderne de la citoyenneté féminine parisienne ».
N.B. Concernant le titre : Françoise Legros n’était pas « une citoyenne sans le savoir », elle était une femme exclue de la citoyenneté.
À comparer avec la traduction anglaise : « a citizen before citizenship ». 555 (Cf. Histoire. Patriarcale)

Révolution française. Femmes (Liberté) : 1794. « À Bayeux [lors de la fête de l’Être suprême. 8 juin 1794] une jeune fille qui représentait la Liberté portait sur la poitrine ou sur le dos : ‘Ne me tournez pas en licence’. » (Cité par Hippolyte Taine. 1828-1893], « raconté par Gustave Flaubert [1821-1880], d’après des souvenirs de famille ».) 556 (Cf. Politique. Liberté)

Révolution française. Femmes. (Méricourt Théroigne de) (1) : 1792. Théroigne de Méricourt [1762-1817], auteure de :
« Brisons nos fers, il est temps enfin que les femmes sortent de leur honteuse nullité où l’ignorance, l’orgueil et l’injustice des hommes les tiennent asservies depuis si longtemps. » 557
Historiographie. Femmes. (Méricourt Théroigne de) (2) : 1875. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine, nomme Théroigne de Méricourt :
« Une virago courtisane ». 558
* Ajout. 15 décembre 2023. 1929. Stefan Zweig [1881-1942] dans son Fouché [1759-1820], la nomme Théroigne de Méricourt :
« Cette hystérique caricature de Jeanne d’Arc ». 559

Historiographie. Femmes. (Méricourt Théroigne de) (3) : 1976. Gérard Walter [1896-1974], historien de la Révolution française, concernant le rôle que Michelet [1798-1874] attribue à Théroigne de Méricourt [1762-1817] 560, auteur de :
« La réhabilitation de la ‘fameuse amazone’ tentée par Michelet fait honneur à ses sentiments de galant homme mais ne saurait être prise au sérieux. »
- La galanterie versus l’histoire…
- Il écrit aussi : « Les documents publiés dernièrement par O[tto] Ernst dans son livre sur Théroigne de Méricourt [Payot. 1935] sont accablants pour elle. » 561 Pourquoi ? Sur quels fondements ? À quels titres ? (Cf. Hommes « Galants », Relations entre êtres humains. Galanterie, Histoire. Patriarcale)

Révolution française. Femmes (Monnard Marie-Victoire) : Marie-Victoire Monnard [1777-1869], dans ses Souvenirs, écrit ce qu’elle a vu de la journée du 10 août 1792 :
« […] Il faut que j’avoue à regret et à la honte de notre sexe, qui doit avoir le cœur plus tendre que celui masculin, qu’il n’en a pas donné la preuve. J’ai vu au moins quinze femmes, les unes après les autres, monter sur le cadavre de cette victime [préalablement massacré par trois « sans culottes »] dont les entrailles sortaient de toutes parts, disant qu’elles éprouvaient du plaisir à fouler l’aristocratie sous leurs pieds. […] » 562 (Cf. Corps. Cadavres, Violences)

Révolution française. Femmes (Montmorin Madame de) : (5 mai) 1789. Germaine de Staël [1768-1817], jour d’ouverture des États-Généraux, dans les Considérations sur la révolution française, [1818. édition posthume], auteure de :
« J’étais placée à une fenêtre près de madame de Montmorin, femme du ministre des affaires étrangères, et je me livrais, je l’avoue, à la plus vive espérance, en voyant pour la première fois en France, des représentants de la nation. Madame de Montmorin, dont l’esprit n’était en rien distingué, me dit avec un ton décidé, qui cependant me fit effet : ‘Vous avez tort de vous réjouir, il arrivera de ceci de grands désastres à la France et à nous.’ Cette malheureuse femme a péri sur l’échafaud avec un de ses fils ; sa fille aînée a péri dans l’hôpital d’une prison ; sa fille cadette, madame de Beaumont, personne spirituelle et généreuse, a succombé sous le poids de ses regrets avant trente ans ; la famille de Niobé [personnages de la mythologie Grecque] n’a pas été plus cruellement frappé que cette pauvre malheureuses mère : on eut dit qu’elle le pressentait. » 563

Révolution française. Femmes (Pain) : Dès lors que des femmes demandaient du « pain », comment peut-on qualifier, sans plus de scrupules, la révolution de « bourgeoise » ? (Cf. Femmes. Bourgeoises, Langage, Histoire)

Révolution française. Femmes (« Poissardes ») : 1789. Antoine de Rivarol [1753-1801], dans son Journal politique national nomme [mais il n’est pas le seul] les femmes révolutionnaires « les poissardes » précédé ou non d’« armée de » (p.945) ou de « phalange » (p.956). Je l’ai relevé à 30 reprises.
Les « poissardes » sont soient seules évoquées, soit liées, assimilées aux « patriotes et assassins » (p.945), à « quelques assassins » (p.848), aux « forts de la halle » (p.952, p.971), aux « brigands » (p.954, p.960, p.965, p.968, p.973, p.985), aux « assassins » (p.954), aux « Mirabeau » (p.962), aux « crocheteurs » (p.971), aux « ouvriers » (p.977). Il est aussi question du « délire inhumain des poissardes » (p.982) dont il écrit qu’elles « vomissaient des acclamations » (p.987). 564 (Cf. Langage. Mots)
* Ajout. 2 novembre 2016. 2003. Le même terme (vérifier) est, en 2003, encore employé, suivi par « cornards éméchés ». 565 Pour ‘faire peuple’ ?

Par ordre chronologique. Révolution française. Femmes. Jeanne Marie Roland :

Révolution française. Femmes (Roland Jeanne Marie) (1) : 1793. Madame Jeanne-Marie Roland [1754-1793], au pied de l’échafaud aurait dit, selon Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la révolution française, en se tournant vers la statue de la Liberté, « avec une grave douceur, sans reproche :
‘Ô Liberté, que de crimes commis en ton nom’. »
Elle aurait aussi dit, selon une note de Gérard Walter [1896-1974], dans son édition de l’Histoire de la révolution Française [1853] de Michelet [1798-1874] :
« Passez le premier, j’aurais le courage d’attendre », au pied de la guillotine, à Lamarche, ancien directeur général de la fabrication des assignats, qui « en route, se montrait fort abattu ». 566
Une grande dame, une femme politique, auteure d’un grand livre, ses Mémoires, 567 écrites, puis récrites en prison, sous la menace (effectivement mis en œuvre) de la guillotine. (Cf. Femmes. Écrivaines. Épouse de. Remarquables)

Révolution française. Femmes (Roland Jeanne-Marie) (2) : 1793. Une autre manifestation du courage de Jeanne-Marie Roland [1754-1793] émane du comte Beugnot [1761-1835], enfermé avec elle à la Conciergerie en 1793. Il évoque le départ de la prison de madame Rolland pour le tribunal qui devait la condamner à mort :
« [...] Une foule de femmes se pressaient pour la baiser. Celles qui étaient mieux instruites du sort qui l’attendaient sanglotaient autour d’elle et la recommandaient en tout cas à la Providence. Rien ne peut rendre ce tableau : il faut l’avoir vu. Madame Roland répondait à toutes avec une affectueuse bonté ; elle ne leur promettait pas son retour ; elle ne leur disait pas qu’elle allait à la mort, mais les dernières paroles qu’elle leur adressait étaient autant de recommandations touchantes. Elles les invitaient à la paix, au courage, à l’espérance, à l’exercice des vertus qui conviennent au malheur.
Un vieux geôlier nommé Fontenay, dont le bon cœur avait résisté à trente ans d’exercice de son cruel métier, vint lui ouvrir la grille en pleurant. Je m’acquittais au passage de la commission de Clavières (lequel ‘avait considéré qu’une entrevue entre elle et lui un pareil jour pourrait nuire à tous deux’) ; elle me répondit en peu de mots d’un ton ferme. Elle commençait une phrase lorsque deux guichetiers de l’intérieur l’appelèrent pour le tribunal. À ce cri, terrible pour tout autre qu’elle, elle s’arrêta et me dit, en me serrant la main : ‘Adieu, Monsieur, faisons la paix, il est temps. En levant les yeux au ciel, elle s’aperçut que je repoussais mes larmes, et que j’étais violemment ému ; elle y parut sensible, mais n’ajouta que ces deux mots : ‘Du courage !’ » 568 (Cf. Femmes. Écrivaines. Épouse de. Remarquables, Langage. Mots)
N.B. On peut aussi se référer plus largement à ce livre concernant le portrait (critique) qu’il donne d’elle ainsi que sa description en 1793 des femmes enfermées à la Conciergerie dans le chapitre V. (Cf. Femmes. Enfermées)

Révolution française. Femmes (Roland Jeanne-Marie) (3) : Madame Jeanne-Marie Roland [1754-1793], dans ses Mémoires, auteure de :
« Il faut une grande expérience du monde et des affaires pour apprécier la rareté de ce qu’on peut appeler un homme, il fallait même celle de la révolution pour démontrer l’indigence de notre nation à cet égard. » 569
Il est dommage qu’elle n’ait pas été plus explicite, ou plutôt, qu’elle n’ait pas prolongé son analyse, dont on peut penser cependant qu’elle s’inscrit, en la matière, dans la lignée des jugements d’Edmund Burke [1729-1797], ainsi que de ceux d’Hippolyte Taine [1828-1893]. (Cf. Femmes. Écrivaines. Remarquables. Luxembourg Rosa & Zetkin Clara, Hommes, Patriarcat)
* Ajout. 18 août 2018. (Aux fins de comparaison) (27 décembre) 1758. Voltaire [1694-1778] écrivit à madame du Deffand [1697-1780] :
« Par ma foi, notre siècle est un pauvre siècle après celui de Louis XIV. Mille raisonneurs et pas un seul homme de génie, plus de grâces, plus de gaité. La disette d’hommes en tout genre fait pitié. » 570 (Poursuivre) (Cf. Êtres humains, Relations entre êtres humains. Pitié)

Révolution française. Femmes (Vigée-Lebrun Élisabeth) : Élisabeth Vigée-Lebrun [1755-1842], dans ses Souvenirs, auteure de :
« […] Au reste, il est devenu fort difficile aujourd’hui de donner une idée de l’urbanité, de la gracieuse aisance, en un mot des manières aimables qui faisaient, il y a quarante ans, le charme de la société de Paris. Cette galanterie dont je vous parle, par exemple, a totalement disparu. Les femmes régnaient alors, la révolution les a détrônées. » 571
Une analyse en termes de « classes sociales » serait nécessaire pour historiciser son jugement. (Cf. Femmes. Artistes. Vigée-Lebrun Élisabeth. Femmes. Conscience de classe, Relations entre êtres humains. Galanterie, Patriarcat. Galanterie)

Par ordre chronologique. Révolution française. Marat :

Révolution française (Marat) (1) : Marat [1743-1793], traitant de « l’imposture du despotisme éclairé », évoque Catherine II [1729-1796] et la juge eu égard « à la vanité et l’instinct imitatif naturel à son sexe. » 572 (Cf. Relations entre êtres humains. Vanité, Patriarcat, Sexes)

Révolution française (Marat) (2) : 1780. Après avoir découvert le Plan de législation criminelle de Marat [1743-1793], plus particulièrement la cinquième section, intitulée : Des crimes contre les mœurs (plus spécifiquement les pages 108 à 116) ainsi que la sixième section : Des crimes contre l’honneur (plus spécifiquement les pages 135 à 139), il m’apparaît que Marat est, parmi les hommes révolutionnaires, celui qui a, sans conteste, le plus intimement traité de et surtout celui qui a le mieux compris, critiqué avec force et dénoncé ce que nous appellerions aujourd’hui la « domination masculine ». En conséquence, sa conception novatrice, originale du droit en matière de « mœurs » est en entièrement marquée, sans pour autant abandonner son analyse en termes d’opposition de « classes ». 573 C’est de cet exemple qu’il faudrait s’inspirer pour repenser un nouveau code pénal. (Cf. Droit. Patriarcal, Patriarcat. Domination masculine)

Révolution française (Marat) (3) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la révolution française, écrit, dans une note, que, dans L’Ami du peuple du 30 décembre 1790, Marat « met en contraste l’énergie de ces femmes [celles qui participaient aux réunions du Club des Jacobins] et le bavardage de l’aristocratie jacobine. » 574

Révolution française (Rey Alain) : 2011. Alain Rey [1928-2020], dans son Dictionnaire amoureux des dictionnaires - à l’item Casanova [1725-1798] - qualifie la révolution française de « moraliste, puritaine et terroriste », certes de manière ambigüe car il précise qu’il s’agissait de la révolution que Casanova « haïssait ». 575
Citer la phrase pour vérification de mon analyse ?

Par ordre chronologique. Révolution française. Robespierre :

Révolution française (Robespierre) (1) : 1961. Lu dans le livre de Georges Walter [1896-1974], Robespierre [1758-1794] cet écrit :
« Nous voulons substituer dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, les principes aux usages, les devoirs aux bienséances, l’empire de la raison à la tyrannie de la mode, le mépris du vice au mépris du malheur, la fierté à l’insolence, la grandeur d’âme à la vanité, l’amour de la gloire à l’‘amour de l’argent, les bonnes gens à la bonne compagnie, le mérite à l’intrigue, le génie au bel esprit, la vérité à l’éclat, le charme du bonheur aux ennuis de la volupté, la grandeur de l’homme à la petitesse des grands. » 576
Et ce serait (notamment) de son fait - lui qui fut appelé « l’incorruptible » - que « la vertu » serait indissociablement liée à « la terreur » ? Et ce serait (notamment) de son fait, lui qui ne fondait la démocratie que sur « la vertu », que celle-ci, en politique, serait d’emblée suspecte, récusée, illégitime ? La révolution ne réside-t-elle pas (aussi) justement en ce qu’une telle phrase pût être prononcée ?
Ces interrogations ne sauraient évacuer sa déclaration le 12 août 1793 :
« Que le glaive de la loi, planant avec une rapidité terrible sur la tête des conspirateurs, frappe de terreur leurs complices ! Que ces grands exemples anéantissent les séditions par la terreur qu’ils inspireront à tous les ennemis de la patrie ! », ainsi que la loi dite des suspects du 17 septembre 1793. Mais elles ne peuvent l’y réduire.
* Ajout. 12 août 2014. Opposition binaire, et plus largement, question mal posée. Par ailleurs, peut-on porter un jugement sur un homme dit politique singulier, isolé du contexte politique dans lequel son action est compréhensible ? Non. (Cf. Politique. Loi. Morale, Histoire. Biographies)
* Ajout. 12 mai 2017. Ne jamais oublier, sans pour autant justifier, en critiquant de la Terreur, qu’en 1993, la révolution était et attaquée sur toutes ses frontières et menacée à l’intérieur par les contre-révolutionnaires, les aristocrates français étant à la fois à l’intérieur et à l’étranger.
* Ajout. 30 juillet 2017. Ne pas oublier non plus que si l’on ne peut juger de quiconque indépendamment de la prise en compte de son environnement, il s’agissait ici, le concernant, comme de tant d’autres, de l’organisation et de la conduite d’une force politique dans un contexte révolutionnaire, et ce, dans un contexte qui dépassait, transcendait les frontières d’un seul pays, en l’occurrence, la France. (Cf. Êtres humains, Politique. Frontières)

Révolution française (Robespierre) (2) : Robespierre [1758-1794], auteur de :
« Ce qui est immoral est impolitique, ce qui est corrupteur est contrerévolutionnaire. » 577 Le débat - à complexifier, à bouleverser - ainsi ouvert n’a jamais été refermé. Et ne doit pas l’être. (Cf. Politique. Morale)

Révolution française (Robespierre) (3) : Robespierre [1758-1794] : combien de fois a-t-il prononcé, dans ses discours, dans ses écrits, le mot « femme » et celui de « citoyenne » ? Je n’en ai relevé aucune. (Cf. Langage. Mots, Patriarcat, Histoire. Révolution française. Marat, Saint-Just Louis-Antoine de)

Révolution française (Robespierre) (4) : 1839. Astolphe de Custine [1790-1857] considérait, en 1839, qu’en en France, « la tyrannie révolutionnaire » [fut] « un mal de transition ». 578 Qu’en déduire ?

Révolution française (Robespierre) (5) : 1910. Georges Sorel [1847-1922], auteur, dans ses Réflexions sur la violence, de :
« Pendant la Terreur, les hommes qui versèrent le plus de sang, furent ceux qui avaient le plus vif désir de faire jouir leurs semblables de l’âge d’or qu’ils avaient rêvé, et qui avaient le plus de sympathies pour les misères humaines : optimistes, idéalistes et sensibles, ils se montraient d’autant plus inexorables qu’ils avaient une plus grande soif du bonheur universel. » 579

Révolution Française (Rousseau Jean-Jacques) : 1782. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Les confessions [citant une de ses lettres de 1762] évoquant « la constitution déclinante [qui] menaçait la France d’un prochain délabrement », cite plusieurs des dangers encourus et écrit : « [...] s’il arrivait que la grande machine vint à crouler, comme cela paraissait à craindre dans l’état actuel des choses. […] » 580 (Cf. Politique. État, Histoire. Révolution française. Voltaire)

Révolution française (Saint-Just Louis-Antoine de) : Louis-Antoine de Saint-Just [1767-1874] auteur de :
- « On ne peut point régner innocemment. »
- « Les malheureux sont les puissances la terre. Ils ont le droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les négligent. » 581 (Cf. Hommes. Féminisme. Saint-Just Louis-Antoine de, Politique. Démocratie. Hiérarchie)

Révolution française (« Terreur La ») : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les misérables, met dans la bouche du « Conventionnel », lors du dialogue concernant la Révolution entre Mgr Bienvenu et lui, ce jugement :
« Ah, Vous y voilà ! 93 ! J’attendais ce mot-clé. Un nuage s’est formé pendant quinze cents ans. Au bout de quinze siècles, il a crevé. Vous faites le procès au coup de tonnerre. » 582
Si cette analyse n’a plus cours, elle a le mérite de poser la question de la nécessité, avant tout jugement, de prendre en compte le moment historique - long - sans lequel un évènement ne peut être expliqué et donc compris. (Cf. Dialogues, Politique)

Par ordre chronologique. Révolution française. Voltaire :

Révolution française (Voltaire) (1) : (3 octobre) 1768. Voltaire [1694-1778] écrit à Pierre-Michel Hennin [1728-1807] :
« Que vous êtes heureux ! Vous verrez le jour de la révolution dont je n’ai vu que l’aurore, et cela sera fort plaisant. » 583 21 ans plus tard…

Révolution française (Voltaire) (2) : 1771. Voltaire [1694-1778] écrit :
- le 22 juin 1771 à Antoine-Jean Amelot de Chaillou [1732-1795] concernant Ferney et ses environs :
« La disette est un de nos plus grands maux », puis, il évoque « plusieurs ouvriers […] qui meurent de faim avec leurs familles. »
- en juillet 1771 à Gabriel Cramer : [1723-1793] : « La fermentation est plus grande que jamais. »
- le 28 décembre 1771 à Claude Perret [1720-1788], après avoir dénoncé deux droits féodaux (celui de mainmorte et d’échute) :
« Je ne veux ni être serf, ni avoir des serfs » pour enfin conclure :
« Presque toute notre ancienne jurisprudence est ridicule, barbare, contradictoire. […] Toutes nos coutumes ne sont bonnes qu’à jeter au feu. » 584 (Cf. Histoire. Révolution française. Rousseau Jean-Jacques)

II. Historiographie. Patriarcale (et critique) :

Histoire. Historiographie. Patriarcale :

Histoire (Historiographie. Patriarcale) (1) : Les femmes, toutes les femmes, sans exception aucune, ont des siècles d’outrages, de violences, de dénis d’elles-mêmes à faire reconnaître. (Cf. Droit, Justice, Politique, Histoire, Violences. Violences à l’encontre des femmes)

Histoire (Historiographie. Patriarcale) (2) : La recherche des origines de l’homme, si elle ne fut pas vaine, s’est révélée vouée à l’échec. Comme celle du patriarcat. On ne peut qu’émettre des hypothèses.

Histoire (Historiographie. Patriarcale) (3) : Si l’un des critères communément considéré comme permettant de juger les régimes totalitaires est la falsification de l’histoire, comment qualifier, en la matière, dans tant de domaines, en tant de lieux, la France de 2014 ? (et des années suivantes…)

Historiographie. Patriarcale (4) : Il y a souvent des hommes très ordinaires confrontées à des histoires présentées comme exceptionnelles ; il y a, plus souvent encore, des femmes présentées comme exceptionnelles confrontées à des histoires très ordinaires. Facile ? Non, je ne le pense pas.

Historiographie. Patriarcale (5) : Il est des présentations concernant « l’histoire des femmes et du genre » se voulant synthétiques dont le refus de prendre position, de s’engager expliquent la confusion sémantique. On ne concilie pas l’inconciliable. On ne gomme pas les oppositions en les présentant comme s’inscrivant dans un même champ. On ne mêle pas des termes qui chacun pour leur part exige clarifications. (Cf. Langage. Genre)

Historiographie. Patriarcale (6) : « Prendre de la distance », « Contextualiser », « Être vigilant-e », « Décrypter une source », « Être conscient-e de » : autant de - positives ? - exigences, qui sont aussi autant d’arguments employés pour s’interdire toute pensée de la nécessité d’une prise de conscience féministe pour apprendre à comprendre une histoire incontestablement patriarcale. (Cf. Histoire)

Historiographie. Patriarcale (7) : En histoire, en règle générale, les femmes sont « portées disparues », sans « avis de recherche ». Heureusement les féministes arrivèrent… Bien tard.

Historiographie. Patriarcale (8) : Combien a-t-il fallu de mensonges, de dénis, de contradictions, de contorsions, de déformations, de détournements, de contournements, de refoulements, mais aussi de naïvetés, de complaisances, d’aveuglements, de paresses, d’absence d’esprit critique, de malhonnêteté intellectuelle, et enfin de faussaires, pour faire en sorte que l’histoire de l’humanité puisse être écrite par et pour une moitié de l’humanité ? (Cf. Hommes, Féminisme, Patriarcat, Penser. Méthode, Histoire. Mensonges)

Historiographie. Patriarcale (9) : L’histoire patriarcale, c’est aussi conférer un label « féministe », à ce qui n’a pas lieu d’être.
- Un exemple : (19 novembre) 2019. Concernant l’émission de France Culture, Les chemins de la philosophie, j’ai pu entendre concernant les membres de l’école dite-de-Francfort, qu’« ils étaient assez féministes ». 585 (Cf. Langage. Adverbe, Philosophie)

Historiographie. Patriarcale (10) : Nommer les époux, les amants des femmes - les définir par, les qualifier par, les enfermer dans - c’est souvent - si l’on n’y prend pas garde - leur accorder une importance qu’ils n’ont pas eue, mais dont une histoire patriarcale a intérêt à - et continue de - prolonger.

Historiographie. Patriarcale (11) : Au même - juste - titre que les critiques de l’histoire coloniale française dénoncent la focalisation de l’histoire sur les anti-esclavagistes (blanc-hes) plutôt que sur la réalité de l’esclavage et ses conséquences sur ses victimes, les critiques de l’historiographie patriarcale doivent dénoncer l’insistance de l’histoire sur les féministes plutôt que sur les conséquences du patriarcat sur ses victimes. (Cf. Féminisme, Patriarcat)

Historiographie. Patriarcale (12) : 2013-2021. Accumuler les récits de vies de femmes d’exceptions exceptionnelles, symboliques, « inspirantes » [mêlant « une prostituée de campagne » (sic), Assa Traoré - « une femme puissante », « Victorine, la vieille bretonne », « les coiffeuses de Château d’eau », Chantal Jouanno, ministre, etc…. France Culture], relève de la réactivation d’une historiographie patriarcale et accentue la confusion intellectuelle, politique… (Cf. Femmes. Remarquables) 586
* Ajout. 9 mars 2021. Michèle Le Dœuff, dans L’étude et le rouet, auteure de :
« Il y a bien des choses à dire en faveur des femmes exceptionnelles, mais puisqu’elles sont vues comme des exceptions, leurs figures n’aident pas à changer la règle. » 587
En trente ans, nous avons progressé : dorénavant, il ne suffit plus d’être exceptionnelles, nous sommes toutes tombées dans le pot commun qui contribue à maintenir, avec quelques aménagements « la règle ».
* Ajout. 9 mars 2021. Même jour, j’entends dans l’émission de France Culture, Entendez-vous l’éco ?, consacrée à la première femme prix Nobel d’économie [Elinor Ostrom. 2009], constater la situation « de handicap » (sic) des femmes qui « ont du mal » à accéder à l’enseignement supérieur et expliquer que celles qui pouvaient y parvenir étaient « sélection » [nées] « pour leurs qualités personnelles ». En toute logique, celles qui ne l’étaient pas en étaient donc dépourvues. 588 (Cf. Femmes. Remarquables, Penser. Expliquer, Économie. Entendez-vous l’éco ?)

Historiographie. Patriarcale (13) : Dénoncer, partout et toujours, l’enfermement des femmes peut et doit se lier avec l’ancestrale histoire des meurtres, des rapts, des viols, des achats, des ventes des femmes, des jeunes filles par tous ceux - et ils étaient nombreux - qui s’estimaient en droit, en pouvoir, se les approprier. (Cf. Femmes. Jeunes filles)

Historiographie. Patriarcale (14) : Ce qui gêne, bloque, freine la reconnaissance de l’historiographe patriarcale, d’une analyse du monde comme patriarcal, c’est l’inquiétude concernant ce que cette formulation puisse et doive dévoiler. Ce qui gêne - en réalité ce qui est insupportable - c’est l’histoire des innombrables formes, expressions, manifestations de la domination des hommes sur les femmes, dont il faut détourner le regard. Or, ce n’est plus possible… Il ne reste plus alors que subterfuges, mensonges, déformations, oublis, malhonnêtetés intellectuelles. (Cf. Histoire. Mensonges)

Historiographie. Patriarcale (15) : Les historien-nes qui nient les apports des critiques patriarcales de l’histoire, d’un monde patriarcal, me font penser à Fabrice à Waterloo.
Et le fantôme de Macbeth ne part pas et ne peut partir…

Historiographie. Patriarcale (16) : Les historien-nes qui nient les apports des critiques patriarcales de l’histoire, d’un monde patriarcal, peuvent-ils être qualifié-es de négationnistes ?

Historiographie. Patriarcale (17) : Les critiques féministes de l’histoire, en contraignant à en déconstruire les fondements, interdisent toute recherche d’un, tout repli dans un passé mythique.

Historiographie. Patriarcale (18) : Comprendre la nécessité d’une lecture patriarcale du monde implique nécessairement - à moins de justifier l’injustifiable - d’en porter un jugement politique critique ; elle implique aussi nécessairement de comprendre l’absolue nécessité d’écrire une ‘toute autre’ histoire du monde.

Historiographie. Patriarcale (19) : (16 août) 2022. France Culture rediffuse une émission du 16 août 1969 intitulée Dialogues avec Napoléon. Bicentenaire de sa naissance : dix hommes invités, un animateur, un réalisateur. Une femme citée (avec Chateaubriand) : Germaine de Staël. Non. Deux ! Ajouter Jeanne d’Arc (avec Napoléon) ….
N.B. Distinguer les « hommes politiques » des « historiens » évite d’avoir à penser qu’ils sont des hommes. (Cf. Hommes, Femmes, Dialogues)

Historiographie. Patriarcale (20) : L’histoire patriarcale n’est pas seulement incomplète, factice, déformée, étriquée, inachevée ; ce sont les fondements sur lesquels elle a été élaborée qui doivent être repensés. Elle ne peut donc - idéalement - être ravaudée. Mais dans ce processus critique, la critique antipatriarcale profite, bénéficie, se nourrit de tous les apports de l’historiographie qui s’est construite avant son émergence.

Historiographie. Patriarcale (21) : Je lis dans le livre de Herbert E. Lerner [2004] concernant l’historien Ernst Kantorowicz [1900-1989], le jugement de l’historien américain John D. Hicks, selon lequel « l’histoire moderne sans la base médiévale est comme un homme juché sur une échelle, dont on aurait retiré les barreaux en dessous de lui. » 589 Je m’interroge à la suite de ce jugement : ne pourrait-on pas écrire que l’histoire patriarcale - non critiquée - « est comme un homme juché sur une échelle, dont on aurait retiré les barreaux en dessous de lui » ?

Par ordre alphabétique. Histoire. Historiographie. Patriarcale :

Historiographie. Patriarcale (Aron Raymond) : (juin) 1941. Raymond Aron [1905-1983], dans Naissance des tyrannies, évoque « les cités Grecques, peuplées de quelques milliers, tout au plus quelques milliers de citoyens qui, par droit de naissance, commandaient à de nombreux esclaves […] » 590 (Cf. Femmes. Comment faire disparaître les femmes, Patriarcat, Politique. Démocratie. Esclavage, Histoire. Aron Raymond)

Historiographie. Patriarcale (Arte) : (11 avril) 2017. Entendu dans le documentaire d’Arte consacré à l’Histoire de l’anarchisme :
« (Lors de la Commune) Les femmes s’éduquent, votent et disposent de leurs corps. » 591
Comment une telle grossièreté a-t-elle pu s’incruster dans ce travail ? (Cf. Êtres humains, Corps, Politique. Anarchisme)

Historiographie. Patriarcale (Artières Philippe) : (26 octobre) 2021. Philippe Artières, auteur de La délinquance graphique, sur France Culture, dans l’émission Concordance des temps, évoquant « les acteurs » intervenant dans « l’affichage », cite « le concepteur, le colleur, le lecteur, le regardeur, le promeneur. » (Cf. Langage)

Historiographie. Patriarcale (Bachelot Roselyne) : 1999. Roselyne Bachelot, à la question :
« Comment expliquez-vous ce retard considérable [de la France] dans la sphère du pouvoir […] » ? répond :
« Cela est dû au fait qu’il n’y a jamais eu vraiment de combat féministe en France. Ou de manière très marginale […]».
Et ce, suivi trente pages plus loin, de :
« En France, par rapport à d’autres pays, les hommes politiques sont d’une qualité exceptionnelle. » 592 (Cf. Femmes « Politiques ». Bachelot Roselyne, Féminisme, Patriarcat)

Historiographie. Patriarcale. Huguette Bouchardeau :

Historiographie. Patriarcale (Bouchardeau Huguette) (1) : 1977-1984. Huguette Bouchardeau qui avait, en 1977, publié : Pas d’histoire les femmes a créé et dirigé de 1978 à 1984 la collection Mémoires des femmes chez Syros nous a permis de connaître les textes de ces femmes formidables que furent Madeleine Pelletier, Nelly Roussel, Hélène Brion, Emma Goldmann, Aline Valette, Marcelle Capy, Paule Minck, Bettina Brentano von Arnim, Maria Deraismes …
Ces découvertes furent essentielle dans la période de renaissance du féminisme dans les années soixante-dix, quatre-vingt : Les femmes avaient des ancêtres prestigieuses, ce dont elles n’avaient auparavant pas la moindre idée. (Cf. Femmes. « Politiques ». Bouchardeau Huguette)

Historiographie. Patriarcale (Bouchardeau Huguette) (2) : 1980. Huguette Bouchardeau, dans Un coin dans leur monde, auteure de :
« Nous nous cherchons une histoire, quelques ancêtres oubliées, mais elles étaient encore bien plus que nous marginales, ridiculisées, rejetées, accablées de mépris ; vous les avez appelées suffragettes quand elles réclamaient le droit d’être citoyennes, dames patronnesses quand elles cherchaient à développer les œuvres de charité dans lesquelles vous les enfermiez, bas bleus quand elles étaient savantes, égéries quand elles s’efforçaient de faire carrière par homme interposé ; et quand elles forçaient votre admiration, c’était des passionaria. Jamais la simple reconnaissance. [...]. » 593 (Cf. Femmes. « Politiques ». Bouchardeau Huguette)

Historiographie. Patriarcale (Boudon-Millot Véronique) : (27 novembre) 2021. Dans l’émission Concordances des temps de France Culture, Véronique Boudon-Millot « Directrice de recherches au CNRS », après la présentation par Jean-Noël Jeanneney, concernant les empereurs Romains de « la filiation par adoption et non pas directement par le sang entre le grand Hadrien et notre homme Marc-Aurèle que nous allons chérir ou en tout cas essayer de comprendre pendant une heure », auteure de :
« L’adoption était devenu un monde de transmission du pouvoir à Rome depuis Nerva… Nerva Trajan et leurs successeurs n’avaient pas d’enfant mâle. Et cette nécessité due à la biologie s’était transformée en un bien politique théorisé de la façon suivante : le pouvoir devait revenir aux meilleurs. » 594

Historiographie. Patriarcale (Burke Edmund) : (9 février) 1790. Edmund Burke [1729-1797], dans son Discours à la Chambre des Communes sur La situation actuelle de la France, aux fins de décrire la révolution française, auteur de :
« […] Son but était de soulever les soldats contre les officiers, les valets contre leurs maîtres, les fournisseurs contre leurs pratiques, les artisans contre ceux qui les emploient, les censitaires contre les propriétaires, les curés contre leurs évêques, les enfants contre leurs pères. »
Puis il interroge, les « Messieurs », ses collègues députés, sur leurs réactions, à savoir s’ils étaient [...] « forcés, avec vos femmes et vos enfants », comme en France, à se réfugier à l’étranger. 595 (Cf. Langage. Possessif, Politique. Hiérarchie, Révolution)

Historiographie. Patriarcale (Colet Louise) : 1845. Louise Colet [1810-1876], qui savait de quoi elle parlait, du fait notamment de ses relations avec Victor Cousin, Alfred de Musset, Vigny, Victor Hugo, et surtout Gustave Flaubert - écrit justement dans un article important consacré à Émilie du Châtelet [1706-1749] :
« […] Il y a presque toujours dans la vie des grands hommes une attrayante figure de femme dont les biographes attachés à la principale figure dédaignent de s’occuper, ou qu’ils ne nous rendent qu’imparfaitement. N’est-ce pas aux femmes qui tiennent une plume de revendiquer ces touchantes et nobles mémoires trop souvent méconnues par la postérité ? Les femmes sont un peu traitées par les historiens et par les moralistes comme on traite les nations vaincues, c’est-à-dire que leur personnalité s’efface, disparaît, ou tout au moins se confond dans celle de l’homme qui les a dominées. Ce qu’elles eurent d’originalité, de grandeur, et quelquefois de génie, ne leur est reconnu que comme un reflet de l’esprit de l’homme célèbre qu’elles ont aimé. » 596 (Cf. Femmes. Écrivaines. Colet Louise. Femmes. Remarquables. Du Châtelet Émilie, Hommes. « Grands »)

Historiographie. Patriarcale (Comtesse Merlin) : 1836. Je relis avec passion les Souvenirs et Mémoires de Madame la comtesse Merlin [1789-1852] et découvre qu’en sus des qualités de son auteure, de la pertinence de ses analyses, de la valeur de ce document, il s’agit d’un important livre d’histoire dont la grande majorité des pages est consacrée l’Espagne sous occupation Française, à la violence de cette guerre, aux politiques mises en oeuvre, aux nombreuses expressions de résistance des Espagnol-es, etc…
Or, non seulement le texte du 1er avril 1836 de Sainte-Beuve [1864-1868] publié en annexe consacré à sa présentation n’y fait aucune référence, mais l‘Introduction (sans date) d’Hector Bianciotti [1930-2012] non plus.
Non seulement les femmes sont exclues de l’Histoire, mais en sus lorsqu’elles l’écrivent, ce qu’elles écrivent est aussi exclu de l’Histoire. 597

Historiographie. Patriarcale (De Beauvoir Simone) : 1949. Simone de Beauvoir [1908-1986], dans Le deuxième sexe, auteure de :
« L’action des femmes n’a jamais été qu’une agitation symbolique ; elles n’ont gagné que ce que les hommes ont bien voulu leur concéder ; elles n’ont rien pris : elles ont reçu. » 598
Sur un autre fondement, eut été qualifié de négationnisme. En réalité, en relève. (Cf. Féminisme. Deuxième sexe Le)

Historiographie. Patriarcale (Dictionnaire des juristes. Colonies et Outre-mer. XVIIIème -XXème siècle : 2022. Je lis dans l’Introduction - Origines et Parcours socio-professionnels - : « [après « les juristes issus des sociétés autochtones »], les femmes sont également peu nombreuses avec une fois encore des exceptions, à l’instar de Mathéa Gaudry [1885-1966 ou 1967]. Il faut toutefois noter que les représentations des femmes dans le milieu de la recherche coloniale vont connaitre un certain essor dans les années 1930, sans leur permettre pour autant d’accéder à des postes universitaires et moins encore à la magistrature où la pleine citoyenneté est requise.
Largement plus provinciaux que parisiens, ces hommes et ces femmes proviennent surtout de la petite et moyenne bourgeoisie. » 599
N.B. 1. Dans ce Dictionnaire, les femmes ne sont pas « peu nombreuses », Mathéa Gaudry est la seule femme citée. À dessein.
N.B. 2. Mathéa Gaudry ne peut être qualifiée de « juriste » - ses travaux tels que présentés - concernent les femmes berbères des Aurès, mais d’ethnologue et / ou de sociologue.
N.B. 3. Elle ne pouvait être « magistrate », car, comme toutes les femmes, exclue de la citoyenneté, ce poste, cette fonction lui était interdite.
C’est donc cette réalité - que je reconnais ‘gênante’ pour les juristes français - que ces contorsions de pseudo-analyses, grossièrement masquées par les origines de classe qui fusionnaient colonisé-es et femmes françaises, ont voulu cacher. (Poursuivre)

Historiographie. Patriarcale (Dommanget Maurice) : 1950. Maurice Dommanget [1888-1976] fut le biographe incontesté de Sylvain Maréchal [1750-1803] lequel fut (notamment) l’auteur d’un « Projet de loi portant défense d’apprendre à lire aux femmes ». 600
Concernant ce texte, que l’on peut légitimement considérer comme l’un des plus violents dans la construction de la pensée patriarcale, Maurice Dommanget écrivit simplement, sans autre commentaire, ceci :
« En dépit du bruit causé par son apparition, [il] n’était qu’un hors-d’œuvre aux yeux de Sylvain, préoccupé de choses autrement graves. » 601
* Ajout. 1801. Albertine Clément-Hémery [1778-1855], dans un texte intitulé : Les femmes vengées de la sottise d’un philosophe du jour, où réponse au projet de loi de M. S** M** portant défense de lire aux femmes 602, a fortement, vertement, précisément critiqué le livre de Sylvain Maréchal. Encore un livre qui aurait dû nous être connu, enseigné, mais il eut fallu pour cela préalablement lire ce que les femmes écrivent et critiquer un-homme-de-gauche.

Historiographie. Patriarcale (Dosse François) : 2014. François Dosse, dans Castoriadis. Une vie [1922-1997], auteur de :
« Le surnom donné à Périclès [494-429 avant J.C], l’« Olympien », pour ses qualités d’éloquence, pourrait tout aussi bien s’appliquer à Castoriadis. L’analogie peut même se prolonger dans la sphère privée, où l’un et l’autre ont multiplié les conquêtes féminines tout en traversant de des périodes de grande passion amoureuse. […] » 603 (Cf. Êtres humains. Vie-die-privée, Femmes. « Féminin », Hommes. « Intellectuels », Relations entre êtres humains. Flagornerie, Penser. Pensées. Méthode. Analogie. Éloquence)

Historiographie. Patriarcale (« Droits de l’homme ») : 2008. Je lis dans le Dictionnaire des droits de l’homme, sous l’item : « Révolution française » ceci :
« Avec la Déclaration des droits (de 1789) l’égalité juridique devient une prérogative du citoyen. Serfs, juifs, protestants et même provisoirement esclaves sont regroupés dans une catégorie unique, celle de citoyen. » 604
Quant aux femmes, en cohérence avec le titre du Dictionnaire, elles attendront encore… (Cf. Droit. « Droits de l’homme », Femmes. Comment faire disparaître les femmes)

Historiographie. Patriarcale. Georges Duby :

Historiographie. Patriarcale (Duby Georges) (1) : 2002. Quelle fut la part de travail effectif légitimant le fait que Georges Duby [1919-1996] cosigne avec Michelle Perrot la publication des 5 tomes de l’Histoire des femmes en Occident publiée en 2002 chez Plon ?
- Le concernant, je me souviens, par ailleurs, de nombre d’exclamations ébahies, peu amènes, du public (des femmes en majorité) - en réalité, il fut hué - lorsque, à la Sorbonne, il prit la parole, lors de la présentation de ce livre organisée par Michelle Perrot (laquelle avait - d’une rare honnêteté intellectuelle - invité des intervenant-es chargé-es de le critiquer). (Cf. Corps. Duby Georges, Perrot Michelle, Femmes. Remarquables. Perrot Michelle, Historiographie. Patriarcale. Perrot Michelle)

Historiographie. Patriarcale (Duby Georges) (2) : (4 décembre) 1970. À l’écoute de sa leçon inaugurale au Collège de France - deux ans et demi après mai 1968 - et dont l’ambition était notamment de lier « histoire sociale » et « histoire des mentalités », je me rends compte que l’« histoire » de George Duby, [1919-1996] n’est le fait que d’hommes… des hommes, des hommes, que des hommes…. 605
Pas une femme n’est évoquée, pas même un terme féminin n’est employé. Le mot n’existe pas. Les femmes, non plus donc.
C’est donc en toute cohérence qu’il peut affirmer :
« L’homme en société constitue l’objet final de la recherche historique. » (Cf. Êtres humains, Corps. Duby Georges, Femmes. « Féminin », Langage. Mots)

Historiographie. Patriarcale (Duby Georges) (3) : (16 avril) 1982. Lors d’émissions de France Culture intitulées Les inconnus de l’Histoire, consacrées à Guillaume le Maréchal, « champion de tournoi », « une figure exemplaire de la société féodale de l’Europe du Nord », à la fin du XIIème siècle et du début du XIIIème siècle, Georges Duby [1919-1996], après l’avoir présenté au physique comme robuste, gaillard, vert - un « footballer américain » - nous le resitue dans le cadre de sa famille :
« Son père avait répudié sa mère pour en épouser une autre - qui avait des avantages économiques bien meilleurs. C’était la fille d’un comte. Et je pense que c’est ça d’ailleurs qui a lancé la famille, plus que la charge. […] » Ce qui fut suivi d’une analyse générique de la famille féodale dans la maison royale :
« Être dans la maison royale, c’est aussi être très bien placé pour faire des mariages extraordinaires. Parce que l’un des devoirs du chef de famille, du chef de maison à l’égard de ceux qui le servent, c’est de leur donner des femmes qui soient de qualité et qui leur permettent de quitter le service et de s’installer bien. C’est une façon de rétribuer le service domestique ; la meilleure façon, c’est de marier les gens. Et (revenant sans transition à Guillaume Le Maréchal) son patron lui proposant une femme qui était plus avantageuse que la sienne, il a renvoyé la première et il a pris la seconde. […] » 606 Un morceau d’anthologie. (Cf. Femmes. Échange des femmes, Famille. Mariage. Patriarcat, Économie)

Historiographie. Patriarcale (32ème Festival international du film d’histoire de Pessac) : (14-21 novembre) 2022. Je lis dans le programme du 32ème Festival international du film d’histoire de Pessac intitulé Masculin Féminin-Toute une histoire, dans la Présentation des 68 films les quatre intitulés suivants, les seuls - sur dix - présentés sous forme de questions :
« À qui appartient le corps des femmes ? » ; « La domination masculin est-elle une fatalité ? » ; « Dieu est-il macho ? » ; « La prostitution : une histoire sans fin ? ».

Historiographie. Patriarcale (Finley I. Moses) : 1965. Moses I. Finley [1912-1986], dans Économie et société en Grèce ancienne, concernant Sparte, auteur de :
« Famille. Une simple énumération de certains rites et institutions suffit pour révéler l’ampleur de l’effort pour transférer à divers groupes masculins l’allégeance au groupe familial ou parental […]. » 607 Il est pourtant question de procréation, de père, de mariage... (Cf. Femmes. Comment faire disparaître les femmes, Famille. Patriarcale)

Historiographie. Patriarcale (Fontane Theodore) : 1987. Lu, en exergue du livre de Marie-Claire Hook-Demarle, La femme au temps de Goethe :
« Je ne vois pas pourquoi nous devons toujours nous occuper des hommes et même de leurs batailles ; l’histoire des femmes est, en général bien plus intéressante. » [Theodore Fontane [1819-1898], Unwiederbringlich. 1891] 608

Historiographie. Patriarcale. Michel Foucault :

Historiographie. Patriarcale (Foucault Michel) (1) : 1973. Dans Moi, Pierre Rivière ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère 609, livre issu d’un séminaire au Collège de France, Michel Foucault [1926-1984] écrit que Pierre Rivière avait « entrepris de tuer la moitié de sa famille » (p.266).
Cette simple formulation interdit de poser les questions (nombreuses) telles que pourtant clairement posées par l’auteur des crimes.
Que dit en effet Pierre Rivière dans le Mémoire que celui-ci écrivit pour expliquer les trois crimes, intitulé : Détail et explication de l’évènement arrivé le 3 juin [1835] à Aulnay, village de la Fauctrie, écrite par l’auteur de l’action :
- « […] J’avais surtout une horreur de l’inceste et cela faisait que je ne voulais pas approcher des femmes de ma famille. […] » (p.125)
- « J’avais lu dans l’histoire romaine et j’avais vu que les lois des romains donnaient au mari, droit de vie et de mort sur sa femme et sur ses enfants. » (p.129)
- « Je ne peux délivrer mon père qu’en mourant pour lui. » (p.130) « Je pris donc cette affreuse résolution et je me déterminais à les tuer tous les trois : les deux premières (sa mère, enceinte de 6 mois et demi et sa sœur de 18 ans) parce qu’ils s’accordaient pour faire souffrir mon père, pour le petit (son frère de 7 ans) j’avais deux raisons, l’une parce qu’il aimait ma mère et ma sœur, l’autre parce que je craignais qu’en ne tuant que les deux autres, que mon père, quoi que en ayant une grande horreur ne me regretta encore lorsqu’il saurait que je mourut pour lui, je savais qu’il aimait cet enfant qui avait de l’intelligence, je pensais il aura une telle horreur de moi qu’il se réjouira de ma mort, et, par-là, exempt de regret, il vivra plus heureux.» (p.?)
Que devinrent ces analyses pourtant claires, telles que présentées par leur auteur dans le livre de M. Foucault ? Elles n’y eurent pas de place.
- Il importe enfin de préciser que, dans la présentation que Pierre Rivière fait des « peines » [que] son père » a infligé par sa mère, pas une fois, alors qu’il en fait état et qu’il évoque les raisons qu’elle exprime pour défendre ses propres droits, Michel Foucault ne donne raison à sa mère. Les auteur-es de ce livre, un siècle et demi après, en occultant toute prise en compte, pourtant explicite, de l’analyse patriarcale de ce crime, dissoute dans le terme de « famille », s’inscrive dans cette historiographie patriarcale et la conforte. (Cf. Êtres humains, Hommes. « Intellectuels », Famille, Penser. Expliquer, Violences. Violences à l’encontre des femmes. Violences. Incestueuses)

Historiographie. Patriarcale (Foucault Michel) (2) : 1977. Michel Foucault [1926-1984], dans Dits et écrits, est interrogé :
Question : « À propos de la masturbation des enfants, ne croyez-vous pas que vous ne valorisez pas assez la différence des sexes ? ou bien considérez-vous que l’institution pédagogique a opéré de la même façon pour les filles et les garçons ? »
Réponse : « À première vue, les différences m’ont paru faibles avant le XIXème siècle… » 610 (Cf. Enfants. Masturbation, Patriarcat)

Historiographie. Patriarcale (France Inter) : (22 janvier) 2023. J’écoute avec satisfaction l’émission Affaires sensibles de France Inter Les années Matzneff et en informe Isabelle Alonso. Celle-ci me réponds :
« Très bien en effet. Seule réserve : pas un mot sur les féministes qui à l’époque dénoncèrent Matzneff et se firent pourrir comme d’habitude… »

Je me rends compte alors non seulement qu’elle a raison, que j’avais occulté cette réalité, mais aussi, qu’encore une fois, les féministes sont exclues de l’histoire.

Historiographie. Patriarcale (Furet François et Ozouf Mona) : 2017. Dans le Tome 2 du Dictionnaire critique de la Révolution française [Champs. Histoire. Flammarion] Les acteurs, je lis la table des matières : 25 Acteurs, parmi lesquels une femme : Marie-Antoinette.

Historiographie. Patriarcale (Garbit Philippe) : (22 juillet) 2017. Voici comment Philippe Garbit sur France Culture présente la « traversée du siècle » d’Yvonne Sadoul [Yvonne Mezzara. 1889-1956] :
« Son mari [Jacques Sadoul. 1881-1956] avait connu une vie de cow-Boy, rencontré Buffalo Bill, puis à son retour en France [des États-Unis] était devenu communiste. Elle, elle avait dîné avec Jean Jaurès, avec Lénine, avec Trotsky, et c’est à son retour de Russie, qu’elle était devenue vraiment militante et avait préparé, avec d’autres, le Congrès de Tours. »
Aucune référence ne fut même faite à son livre : Tels qu’en mon souvenir. Renan, Jaurès, Lénine et tant d’autres. [Grasset. 1978]
- En regard, voici, notamment, après avoir évoqué, à deux reprises sa volonté, impossible, en 1907, en tant que jeune fille à satisfaire, - de « faire [sa] médecine », qu’Yvonne Sadoul déclara aussi dans ledit interview de 1990 :
« N’étant pas bachelière, je n’ai jamais toute ma vie rien pu faire de vraiment grand. » 611
- Celle-ci, par ailleurs, au déni de toute réalité, au risque du ridicule, fut présentée lors de cette même émission comme « la madone du bolchévisme ». (Cf. Femmes. Épouse de)

Historiographie. Patriarcale. Henri Guillemin :

Historiographie. Patriarcale (Guillemin Henri) (1) : 1994. Henri Guillemin [1903-1992] présente les Mémoires de Jihane Sadate [1932-2021] « pleine de vie, de courage et d’ardeur, toujours belle et sur la brèche » comme étant « un ouvrage qui force le respect, tant la sincérité y éclate, tant s’y affirme une loyauté courageuse. » Ou, comment louer les mérites d’une épouse [« à la peau très blanche »] pour mieux justifier le soutien politique à son mari, « audacieux, mais humain, mais intelligent » [et « sombrement basané »].
Henri Guillemin note cependant en conclusion, que Sadate [Anouar. 1918-1981] fut un mari « irréprochable, mais rarement tendre » et qui ne lui dira « pas une seule fois : ‘Je t’aime’. » 612 (Cf. Corps. Peau, Femmes. Épouse de)

Historiographie. Patriarcale (Guillemin Henri) (2) : 1992. Louis Althusser [1918-1990], dans L’avenir dure longtemps, se « rappelle une étonnant cour d’Henri Guillemin qui fut quinze jours durant, en 1936, notre professeur de français à Lyon. Il nous faisait lire Atala [1801. François-René de Chateaubriand. 1768-1848] et comme nous passions trop vite à son goût sur la description du cadavre de la belle jeune fille et surtout sur la ‘modestie de ses genoux joints’, il entra en fureur, nous traita de ‘puceaux’ et finalement, comme personne n’osait y aller de son explication, il nous cria littéralement : ‘Mais si elle a les genoux joints, c’est que personne ne lui a écarté les cuisses pour la baiser ! C’est qu’elle est vierge, non ? Après le premier viol, les genoux s’écartent. » Ignoble. 613 (Cf. Corps. Cadavres, Femmes. Comment meurent les femmes, Hommes. « Intellectuels ». Althusser Louis. Assassin de son épouse, Violences. Viols)
N.B. L’aisance, la complaisance avec laquelle Louis Althusser - lui qui renomme l’assassinat de son épouse : - Les faits, évoque, dans ce livre (p.92, 93), les grossiers agissements, manières de traiter les femmes injuriées d’autres hommes que lui, ne le rend que plus odieux. (Cf. Violences. Violences à l’encontre des femmes)

Historiographie. Patriarcale (Guitton Jean) : (29 janvier) 1952. Jean Guitton [1901-1999], dans le Journal de ma vie, rapporte une discussion avec Halévy [Daniel. 1872-1962] :
« Nous parlons de la Résistance qui est si mal connue, et il ajoute ‘qui ne le sera jamais.’ […] En France, dit-il, ces jeunes gens qui prenaient le maquis à l’insu des leurs, qui entraient dans des mouvements clandestins, on ne peut pas savoir ce qu’ils ont fait d’effectif. L’argent anglais et russe était considérable, grisant. Il y avait aussi des femmes. » Exit…614 (Cf. Femmes, Patriarcat, Philosophie)

Historiographie. Patriarcale (Hitler Adolf) : (30 mai) 2017. J’entends dans un documentaire consacré à Eva Braun, [1912-1945] - diffusé sur la chaîne LCP, on ne peut plus officielle - ce définitif jugement historique :
« Hitler [1889-1945] a remporté les élections grâce notamment au vote des femmes, fascinées par son charisme. »
Et voilà pourquoi votre fille est muette [Sganarelle] … 615 (Cf. Politique. Vote des femmes)

Historiographie. Patriarcale (Hymne des femmes. France) : (mars) 1971.
« […] Nous qui sommes, sans passé, les femmes,
Nous qui n’avons pas d’histoire
Depuis la nuit des temps, les femmes,
Nous sommes le continent noir

Refrain :
Levons-nous femmes esclaves
Et brisons nos entraves
Debout, debout, debout !

Historiographie. Patriarcale. Éric Hobsbawm :

Historiographie. Patriarcale (Hobsbawm Éric) (1) : 2000. Éric Hobsbawm [1917-2012], dans L’Ère des révolutions, auteur de :
« Le romantisme s’infiltra [cependant] dans la culture bourgeoise, peut-être surtout à cause du goût croissant pour la rêverie qui se répandait parmi la gent féminine, dans les familles bourgeoises. Faire la preuve que le chef de famille gagnait suffisamment sa vie pour les maintenir dans une oisiveté pleine d’ennui était une des principales fonctions de ces femmes ; un esclavage douillet constituant leur destin idéal. […] » 616 (Cf. Femmes. « Féminin »)

Historiographie. Patriarcale (Hobsbawm Éric) (2) : 2005. Éric Hobsbawm [1917-2012], dans son Autobiographie. Franc-Tireur évoquant sa jeunesse, bien qu’il fut alors déjà communiste, dans l’armée, écrit - entre tirets - :
« Toute fille était une ‘garce’ dans notre jargon. » Sans autre commentaire. 617

Historiographie. Patriarcale (Hobsbawm Éric) (3) : 2005. Éric Hobsbawm [1917-2012], dans son Autobiographie. Franc-Tireur, analysant Mai 68, auteur de :
« Ce qui a vraiment transformé le monde occidental, c’est la révolution culturelle des années soixante. L’année 1968 se révèlera peut-être moins un tournant dans l’histoire du XXème siècle que 1965, qui ne revêt aucune signification politique : en effet, cette année-là, l’industrie textile a produit, pour la première fois, plus de pantalons pour femmes que de jupes, et le nombre de séminaristes de l’Église catholique romaine a commencé à s’effondrer. » 618 (Cf. Êtres humains. Vêtements, Langage. Conjonction, Patriarcat. Église catholique)

Historiographie. Patriarcale (Hobsbawm Éric) (4) : 2014. Un index de 32 pages (30 références environ par page) est publié à la fin du livre d’Éric Hobsbawm [1917-2012], Et le monde changea. Réflexions sur Marx et le marxisme de 1840 à nos jours. [2014. Traduction Française].
Les femmes citées sont au nombre de 8 : Colette (p.289), Marie Curie (p.234), Jeanne d’Arc (p.276), Irène Joliot-Curie (p.306), Rosa Luxembourg (p.214, 220, 255, 256, 3336, 366, 398, 407), Chantal Mouffe (p.355), Margaret Thatcher (p.419, 446), Véra Zassoulitch (p.92, 114, 171) En sus, il faut ajouter : Émancipation des femmes (p.48, 283), Libération sexuelle (p.48, 245). 619

Historiographie. Patriarcale (Jaume Lucien) : (10 juillet) 2023. Lucien Jaume, dans une série d’émission de France Culture, Les manifestes qui ont changé de monde et notamment à la première d’entre elles consacrée à La déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, commentant l’article 1 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. » affirme, sans l’ombre d’une inquiétude, avec assurance, concernant les femmes, qu’ils « y pensaient, sans les nommer. »
Quelle tristesse à l’écoute d’une telle régression ainsi qu’à l’écho public qui lui est donné. (Cf. Droits. Droits de l’homme. Droits des femmes)

Historiographie. Patriarcale (Jaurès Jean) : 1901-1908. Jean Jaurès [1859-31 juillet 1914], dans son Histoire socialiste de la Révolution française, présente précisément longuement le Plan d’éducation national de Louis-Michel Lepeletier de Saint Fargeau [1760-20 janvier 1793] présenté aux Jacobins le 19 juillet 1793 par son frère Félix. On y lit :
« Je demande que vous décrétiez que, depuis l’âge de cinq ans jusqu’à douze pour les garçons et onze pour les filles, tous les enfants, sans distinction et sans exception, seront élevés en commun aux dépens de la république, et que tous, sous la sainte loi de l’égalité, recevront mêmes vêtements, même nourriture, même instruction, mêmes soins. »
Si ce distinguo n’est plus évoqué dans la présentation du texte par son auteur, et s’il n’est plus même fait référence qu’aux « douze ans », si toutes les références concernent les jeunes garçons, Jean Jaurès n’en relève rien et cautionne donc ce déni. 620

Historiographie. Patriarcale. Jean Michel Jeanneney :

Historiographie. Patriarcale (Jeanneney Jean Michel) (1) : (21 décembre) 2019. Dans l’émission Concordance des temps de France Culture intitulée Le viol : Histoire d’un crime Jean-Michel Jeanneney invite Georges Vigarello, auteur d’un livre Histoire du viol. [1998]
- C’est bien connu, aucune femme n’a rien récemment écrit de notable concernant le viol.
- C’est bien connu, rien de notable n’a été écrit depuis 1998 concernant le viol.
- C’est bien connu, le retour aux «
archives » va nous aider à comprendre le bouleversement que les dénonciations des femmes, des féministes ont apporté à la compréhension des violences sexuelles depuis si longtemps.
Ces deux messieurs âgées discourant entre eux, tranquillement assurés de leur légitimité à en débattre, méconnaissant l’entièreté des débats et des enjeux actuels, accrochés à des termes, à des questionnements radicalement dépassés, tant et tant de fois dénoncés par les féministes - incultes donc - étaient pitoyables ; mais la pitié ici n’a pas lieu d’être : leurs ‘analyses’ et toutes les régressions (intellectuelles, politiques, méthodologiques, linguistiques…) dont elles étaient porteuses étaient beaucoup trop graves .

Je ne veux pas les relever : ce serait accorder trop de temps (car tout, absolument tout est à reprendre et à critiquer) et trop d’importance à cette émission qui n’a plus de sens qu’en tant que futures « archives » pour ceux et celles qui voudront s’intéresser à la permanence des analyses antiféministes, et donc perpétuant des analyses scandaleuses.
N.B. Aucune référence aux féministes, qui devraient sans doute être retrouvées sous le seul terme de « militant » qui clôt l’émission.
- A propos : comment nomme-t-on un déni de près d’un demi-siècle d’histoire ? (Cf. Langage. Mots. Critique de : « Scandale ». Patriarcal. Jeanneney Jean-Noël, Penser. Débattre)

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (2) : (1er février) 2020. Dans l’émission Concordance des temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, lors de l’émission déjà citée consacrée à La parisienne, après avoir évoqué la comtesse de Castiglione [1837-1889] « que Cavour avait jeté dans les bras de Napoléon III », et les « stratégies d’alcôves » s’adresse à son invitée, Emmanuelle Retaillaud et déclare :
« Si vous le voulez bien, nous jetterons un voile de pudeur sur ces éléments de votre compétence », mettant ainsi son point d’arrêt au dévoilement de toutes les bassesses des hommes ainsi qu’aux travaux de l’historienne en la matière. (Cf. Femmes. Pudeur, Patriarcat, Proxénétisme)
- Jean-Noël Jeanneney aurait pu par exemple citer - au lieu et place des sempiternelles références, sources, archives, chansons entendues dont aucune ne remet en cause les stéréotypes bourgeois patriarcaux, en réalité les aggrave - Victorine Brocher [1838-1921], dans ses Souvenirs d’une morte vivante. Une femme dans la Commune de 1871 :
« La vie parisienne est terrible aux pauvres n’ayant qu’un maigre salaire. Un écrivain a dit : ‘Paris est le paradis des femmes et l’enfer des chevaux’. Moi, je dis : ‘Paris et les paradis des demi-mondaines et des chevaux de luxe, l’enfer des honnêtes travailleuses et des chevaux de fiacre. Tous les deux entrevoient la mort comme un heureuse délivrance. Voilà leur idéal’. » 621 (Cf. Femmes. Remarquables. Brocher Victorine)
- Jean-Noël Jeanneney aurait dû enfin s’abstenir de sa conclusion, toute personnelle, a minima, non rigoureuse [mon jugement lui-même non rigoureux], en rien exprimée par l’émission, et s’appropriant indûment l’analyse de son invitée, par l’emploi, une fois encore du « nous » :
« Nous resterons sur cette conclusion qu’il n’y pas d’antagonisme entre le féminisme et la figure de la parisienne. » 622 (Cf. Langage. Mots. Critique de : « Nous », Économie. « Pauvres Les »)

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (3) : (3 octobre) 2020. L’émission Concordance des temps de France Culture est consacrée aux « Femmes combattantes », titre suivi d’une sibylline tentative d’explicitation : « entre déni et décri ».
Je considère que la confusion sémantique y est incessante.
J’entends, sous l’intitulé cité, les termes de : « violences féminines », « femmes en arme », « figures féminines offensives », « la violence des femmes », « la force féminine, en l’occurrence la violence féminine », « femmes guerrières, femmes résistantes », « figures féminines », « combats de femmes » …
J’entends évoquer « les fantasmes masculins » au lieu et place de la critique - on ne peut plus concrète et nécessaire - d’une histoire patriarcale et d’une historiographie patriarcale.
J’entends mêler les Amazones - dont Jean-Noël Jeanneney, répète à trois reprises qu’il s’agit d’un « mythe », au déni même des sources historiques qu’il cite lui-même [Hérodote] et de la dénégation de son invité [Martial Poisson] - Jeanne d’Arc, sainte Geneviève, sainte Catherine, les combattantes de dieu, Ève, Lilith, Judith (présentée par Jean Giraudoux), [« qui avait son amant derrière elle »], Charlotte Corday [« Je ne sais pas si elle avait laissée derrière elle en Normandie un amant, un amoureux »], la marche des femmes sur Versailles (présentée par Restif de la Bretonne), la poissarde (en lien avec la chanson de Georges Brassens : le marché de Brive-la-Gaillarde), Théroigne de Méricourt (avec citation de Baudelaire), les Tricoteuses et les Pétroleuses, ici liées après qu’il ait précisé qu’il s’agit d’« une pensée de droite », Louise Weiss, les Suffragettes, les Femen
J’entends, après une référence à « la pornographie », évoquer « les imaginaire populaires ».
J’entends revivifier les stéréotypes les plus scandaleux : Charlotte Corday, « l’ange de l’assassinat », Théroigne de Méricourt : « l’amante du carnage », Louise Michel « la vierge rouge »…
J’entends Jean-Noël Jeanneney dire à son invité : « Vous avez raison - ce qu’il n’a pas fait, mais pas réellement contesté - d’insister sur le fait qu’un certain nombre de femmes sont hostiles à ce type de figure ; là aussi, c’est une continuité qu’on doit pouvoir retrouver jusqu’aujourd’hui, ou en tout cas à travers le XXème siècle. On a toujours vu un certain nombre de femmes s’élever contre le féminisme et contre la violence éventuelle adoptée par les femmes. » Ainsi lorsque l’émission est consacrée aux « femmes combattantes », Jean-Noël Jeanneney entend ici « la violence adoptée (sic) par les femmes », même mâtinée de son éventualité - liaison par ailleurs dénuée de sens - liée au féminisme.
J’entends, avec colère - après que Jean-Noël Jeanneney, mêlant « égalité civique » et « civile » - ait évoqué « la grande violence » des Suffragettes, présenter la mort de la suffragette (non nommée) Emily Davidson [1872-1913] ainsi : « Une femme est morte symboliquement ».
J’entends, avec stupéfaction, présenter le retard de la France concernant le vote des femmes, par rapport à la Grande-Bretagne en ces termes : « La chronologie a été retardée. »
J’entends citer la seule Louise Weiss [1893-1983] : « une figure est restée symbolique » - faussement présenté comme « cheffe des suffragettes » - concernant la France.
Et l’émission se termine sur l’assertion selon laquelle « l’usage de la violence est un point très clivant dans le féminisme contemporain. ».
Quant à comprendre contre qui [le distinguo entre l’État, des hommes n’étant pas même fait], dans quel contexte, dans quel cadre juridique, politique… des femmes combattaient et / ou étaient violentes, - l’amalgame étant incessant -, nul-le ne le sait.
- Enfin, s’il s’agissait comme Jean-Noël Jeanneney l’évoque, de « résistance de l’ordre établi », la domination masculine en serait-elle exclue ?
C’est ainsi que l’histoire telle que, notamment, présentée par Jean-Noël Jeanneney ici est cautionnée, justifiée, au nom de la culture, par France Culture. 623 (Cf. Culture. Patriarcale, Femmes. « Féminin », Psychanalyse. « Fantasme », Histoire. Chronologie)
* Ajout. 10 octobre 2020. Jean-Pierre Demoul, invité de l’émission Concordance des temps présente une analyse patriarcale, primaire, non critique sur les mythes patriarcaux justifiant la reprise du pouvoir des hommes sur les femmes. La réaction de Jean-Noël Jeanneney fut :
« Nous avons traité cela la semaine dernière, donc je n’y reviens pas, mais je pourrais y revenir je veux dire je n’y reviens pas en détail, sur Êve et Lilith. » 624 Quelle hypocrisie, quel détournement de sens…
Au cours de cette émission, il avait évoqué son [« mon »] « rôle modeste », tout en précisant qu’il lui appartenait « de retrouver la ligne qui est la nôtre. »

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (4) : (5 décembre) 2020. Jean-Noël Jeanneney, débute l’émission Concordance des temps de France Culture intitulée : L’Art des Lumières : fabrique de la race - au titre, au mieux ambigu - par une lecture du poème Femme Noire de 1945 de Léopold Sédar Senghor [1906-2001], et que - sans autre jugement - il le qualifie de « poème magnifique » il en cautionne de facto les nombreux jugements patriarcaux, difficiles à entendre en 2020, sans aborder donc les nombreuses critiques féministes qu’il est difficile d’exclure de la pensée historique actuelle. 625

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (5) : (27 novembre) 2021. Jean-Noël Jeanneney, dans l’émission Concordance des temps de France Culture, Jean-Noël Jeanneney, concernant Faustine [125/130-175], épouse de Marc Aurèle [121-180], auteur de :
« Il lui a fait treize enfants. » 626

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (6) : (26 mars) 2022. Jean-Noël Jeanneney, dans l’émission Concordance des temps de France Culture, intitulée Les héros du bien commun, avec son invité Olivier Christin, parmi des dizaines et des dizaines d’hommes cités - de l’époque Romaine à aujourd’hui l’envahissement de l’Ukraine par la Russie - trois femmes citées :
Lucrèce - « le viol de Lucrèce » - Greta Thurnberg et Marion Wallace Dunlop [1864-1942].
Ces hommes se rendent-ils compte qu’ils nous présentent sur un plateau d’argent la réalité de leur culture, de leur vision du monde, de leur radicale méconnaissance de la moitié de l’humanité ? Et, en sus qu’ils nous l’imposent et qu’ils prennent la place de tant d’autres…
Les archives diffusées : un discours de 1908 de Gaston Doumergue, un extrait du Tour de la France par deux enfants - 1877- , une citation de La cité de dieu de Saint Augustin, deux fragments de textes de Voltaire et Rousseau sur « les grands hommes », une chanson révolutionnaire, Ode sur Bara et Viala. La preuve que le conservatisme, la réaction est indissociable de la caution du patriarcat. 627 (Cf. Politique. Conservatisme, Patriarcat)

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (7) : (11 février) 2023. Jean-Noël Jeanneney, remis en cause concernant le statut de l’épouse de Mohammad Mossadegh [1882-1967], réagit ainsi : « Laissons là ce détail matrimonial. »
« Détail » : pour qui ?

Histoire. Patriarcale (Jeanneney Jean-Noël) (8) : (16 décembre) 2023. Jean-Noël Jeanneney, dans la présentation écrite de son émission intitulée : Landru. Faits divers absolu [!], cite Bruno Fuligni « qui s’est penché sur cette affaire dans un livre qu’il a intitulé, selon un oxymore stimulant, ‘Landru, l’élégance assassine’. »
Présentation pétrie d’humanisme.

Histoire. Patriarcale (Joinet Louis) : 2013. Louis Joinet [1934-2019], dans « Mes raisons d’état », évoque un voyage en Algérie accompagnant Laurent Fabius, premier ministre, « par la porte de derrière » en juin 1985 et écrit :
« C’est donc en parallèle à sa visite en marge du restant de la délégation officielle française, que j’avais mené à bien une difficile médiation entre les autorités algériennes et des mères en colère qui occupaient certains locaux de l’ambassade de France à Alger. J’avais donc déjà croisé ce problème dramatique, qui réclamait la négociation d’une nouvelle convention franco-Algérienne. »
Tout ou presque est inacceptable, les termes notamment : médiation, des mères en colère, problème dramatique, nouvelle convention.
Et il poursuit :
«
Trois ans plus tard, de retour à mon bureau de Matignon […], je retrouvais donc ce dossier, pour lequel rien n’avait bougé, sinon que les mères concernées étaient beaucoup plus nombreuses et que leur activisme, légitime, empoisonnait de plus en plus les relations bilatérales. Elles menaçaient d’affréter un ‘bateau pour Alger’ [Non. Elles avaient déjà décidé leur départ, pris leur billet sur un bateau de ligne régulier et prévenu la presse de leur départ], pour débarquer sans crier gare [Non. Leur arrivée à Alger avait été longuement pensé], et pour jouer à L’Exodus, qui ne repartirait que ‘les femmes et les enfants à bord… » [Non. Ces femmes ne jouaient pas, le lien avec l’Exodus n’a jamais été exprimé par personne, et la référence avec les conditions du retour était absurde et méprisante car elle présupposait que les femmes n’avaient aucune conscience des contraintes qu’elles auraient à affronter et qu’elles affrontaient depuis tant et tant d’années] Michel Rocard me dit d’emblée : ‘Cette histoire des mères d’Alger, je veux à tout prix en sortir ! Je ne vais pas y envoyer le ministre de la justice. C’est une affaire surtout ‘sociale’. (sic) J’y envoie Georgina Dufoix [Ministre délégué de la famille] Tu vas l’accompagner pour l’assister. Vous y négocierez une nouvelle convention qui nous permette enfin de sortir de cette impasse’. Nous voilà à Alger, embarqués dans des discussions très éprouvantes. […] »
Ce que Louis Joinet ‘oublie’ dans ce récit, tout simplement, c’est le rôle du gouvernement français dans l’opération de l’abandon du Bateau pour Alger. Les négociations évoquées entre États, n’étaient possibles, n’étaient pensables que si le gouvernement français avait préalablement démontré au gouvernement Algérien qu’il était à même de mater ces femmes et ces féministes. Aussi, la décision de l’interdiction du départ des mères concernées - les billets, payés, étaient en la possession de la Ligue du droit des femmes - n’était possible qu’avec l’aval des féministes, proches du gouvernement ; elles devraient, elles aussi, expliquer leur revirement, en incluant les fausses promesses qui leur avaient été faites et qui pourraient au moins partiellement expliquer ce qui fut bien une trahison.
N.B. J’avais été reçue par Louis Joinet à Matignon la veille de la décision prise, sans doute après cette rencontre. 628
Cf. http://www.marievictoirelouis.net/document.php?id=406&themeid=405
N.B. Aux fins - si nécessaire - d’explicitation, tout oubli, toute occultation d’interventions féministes, par la parole, par l’action, relève d’une historiographie patriarcale.

Historiographie. Patriarcale (La Découverte. Éditions) : 2012. Les Éditions La Découverte republie en poche l’Anthologie de l’anarchisme. Ni Dieu, ni maître de Daniel Guérin [1904-1988], sans juger bon l’introduire, le présenter, l’adapter, l’annoter, le critiquer. Dans ce livre - négationniste ? - les femmes n’existent quasiment pas.
Un exemple parmi tant de cette écriture de l’histoire, de la pensée, de l’anarchisme : Emma Goldman [1869-1940], une grande penseuse anarchiste, a droit intuiti personnae à une note de bas de page de neuf lignes. 629 (Politique. Anarchisme, Patriarcat. Anarchisme)
N.B. Il n’est pas précisé, en sus, dans le titre que cette Anthologie s’arrête à la guerre d’Espagne.

Historiographie. Patriarcale (Lasso Gloria) : 1958. Gloria Lasso [1922-2005] chante :
« Mon histoire, c’est l’histoire d’un amour… »
Et la triste, la pauvre histoire de tant d’autres femmes… (Culture. Chansons)

Historiographie. Patriarcale (Leys Simon) : 1975. Simon Leys [1935-2014], dans Les habits neufs du président Mao, écrit, concernant les positions officielles conférées (en septembre/octobre 1969) de Jiang Qing (épouse de Mao) et de Ye Qun (épouse de Lin Biao) ceci :
« Cette montée au pouvoir des épouses est d’ailleurs un signe inquiétant pour la santé du régime ; elle indique d’une part la crise de confiance qui sévit au sommet ; faute d’adjoints sûrs, les dirigeants en viennent à s’appuyer sur leur compagne d’oreiller, un peu comme ces empereurs des périodes de décadence qui, voyant la trahison partout, ne se fiaient plus qu’à leurs eunuques ; et d’autre part l’exemple est maintenant donné à la tête de promotions non plus effectives sur la base de compétences objectives, mais allouée par faveur privée. »
Sans s’arrêter aux jugements portés sur le statut conféré à ces femmes « compagnes d’oreiller », ni à l’analogie faite avec les « eunuques » des « empereurs des périodes de décadence » par Simon Leys, on peut, sans être spécialiste de la Chine, considérer comme partiellement pertinente, et universalisable, l’analyse politique avancée. Mais Simon Leys n’a jamais évoqué le fait que la quasi-totalité des politiques dont il parle tout au long de son livre étaient justement…des hommes. 630 (Cf. Femmes. Épouse de, Penser. Pensées. Méthode. Analogie)

Historiographie. Patriarcale. Georges Lubin :

Historiographie. Patriarcale (Lubin Georges) (1) : 1972. George Lubin [1904-2000] est celui grâce auquel nous avons pu accéder à l’immense Correspondance de George Sand, celui que nous ne remercierons jamais assez. Et c’est, (avec l’« aide » de son épouse), cet homme qui a consacré « quarante ans » de sa propre vie « passionnant[e] » à George Sand, dont il connaissait tout ou presque, dont il comprenait intimement les moindres réactions, qu’il a « aim[ée] » et qui, néanmoins put se demander, concernant une simple divergence d’analyses, si celle de George Sand ne relevait pas de « l’illogisme féminin ». 631
Les pesanteurs de l’idéologie patriarcale… (Cf. Femmes. « Féminin »)

Historiographie. Patriarcale (Lubin Georges) (2) : 1985. George Lubin [1904-2000], dans une note du Tome 22 de la Correspondance de George Sand, évoquant « L’américaine » Adah Menken, née Adélaïde Cord ou Dolorès Adios Foros [1835-?-?] - que George Sand avait jugée « belle et jolie, très gracieuse et sympathique, très gentille » écrit :
« Elle en était à son quatrième mari », puis la dénomme « La Menken ».

Historiographie. Patriarcale (Lubin Georges) (3) : 2020. George Lubin [1904-2000], concernant son épouse, dans le dernier tome de cette Correspondance (24ème) de George Sand, on peut lire :
« Voilà que nous arrivons au terme du voyage. La dernière lettre est là, qui débouche sur le vide. Dans cette lettre, ma femme ne put longtemps se résoudre à faire la copie, destinée à l’impression. »
Sans doute - mais je souhaiterais être démentie - cette référence au travail de son épouse à ses côtés fut-elle la seule…
Quant à la présentation finale de son propre immense et si rigoureux travail, Georges Lubin (aujourd’hui décédé) ne s’est autorisé qu’une « Introduction » de trois pages. (Cf. Femmes. Épouses de)
* Ajout. 4 juillet 2021. 1992. Georges Lubin [1904-200], auteur de :
« Si je n’avais pas eu ma femme, j’aurais mis dix ans de plus. » 632 (Cf. Êtres humains. Soi. Lubin Georges, Verbe. Avoir)

Historiographie. Patriarcale (Martin-Fugier Anne) : 1979. Dans le livre d’Anne Martin-Fugier, La place des bonnes. La domesticité féminine à Paris en 1900, un passage a retenu mon attention. Citant un passage (compte tenu de son intérêt, malheureusement réduit) du Journal de Jules Renard (en date du 12 septembre 1902), elle rapporte l’histoire d’une femme, séparée de son mari, élevant seule ses cinq enfants, et dont le procureur, sur les seuls renseignements du maire a refusé la séparation légale, car « le mari ne la désire pas ».
Puis elle écrit :
« On arrive ainsi à cette situation paradoxale : [et là, elle reprend le texte de Jules Renard] ‘Quand elle aura élevé ses enfants, et qu’ils pourront se placer, de douze à vingt ans, il aura droit à la moitié de leurs gages. » C’est tout, et ce n’est pas un « paradoxe ».
Il faut aussi noter que cet exemple est présenté ainsi :
« La main mise paternelle sur la force de travail de l’enfant, reconnue par la loi, peut prendre des formes scandaleuses. » 633
Pour le moins… (Cf. Droit, Femmes. « Féminin », Famille, Politique. Paradoxe, Patriarcat, Violences. Violences à l’encontre des femmes. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale. Xavier Mauduit :

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (1) : (30 octobre) 2019. Xavier Mauduit, auteur de :
« Toujours à côté de l’homme, il y a la femme… » 634 (Cf. Femmes/ Hommes. Comparaison, Patriarcat, Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit) Xavier (2) : (23 novembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, intitule l’émission du jour Fatals frangins, alors qu’il évoque, dans le cours de l’émission, l’histoire des frères « et des sœurs ». Qu’elles disparaissent ultérieurement mérite d’être relevé. (Cf. Famille, Patriarcat, Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit) Xavier (3) : (22 novembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, au cours d’une série d’émissions Histoire (s) de famille, auteur, concernant un livre sur le Moyen-Âge, de :
« Chez nous, [en France], le nom compte, c’est la transmission du nom…et, quelque part, la maman a moins d’importance, alors qu’en Allemagne […] Nous sommes vraiment dans deux considérations différentes entre la France et l’Allemagne. » 635
Quels manques de rigueur ; la suite à l’avenant. (Cf. Femmes. Nom, Famille, Patriarcat. Pères, Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (4) : (4 décembre) 2019. Xavier Mauduit, dans Le cours de l’histoire, auteur de :
- « La femme a un univers qui se développe souvent à la maison. »
- « Les femmes ont toujours eu une place dans la société, ont toujours eu une place dans la littérature. » 636 (Cf. Femmes, Langage. Sujet, Patriarcat, Violences. Histoire. Mauduit Xavier, Violences à l’encontre des femmes. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (5) : (2 mars) 2020. Xavier Mauduit dans l’émission Le cours de l’histoire, en réhabilitant les femmes « savantes », « viragos », « exceptionnelles », « guerrières », « héroïnes », « révoltées » … ne permet pas de penser le patriarcat, tout au plus, marginalement, ponctuellement, la domination masculine. Plus encore - mais logiquement - cette seule vision de l’histoire lui permet d’affirmer cette monstrueuse, stupide et si régressive analyse :
« S’il y a un point commun entre toutes ces femmes, il y a le corps. Le corps de la femme est un élément majeur. L’homme porte une barbe, la femme ne peut pas en porter. Il y a une distinction très nette. »
- Xavier Mauduit, aussi, au cours de cette même émission, entre autres si nombreuses réactions qui m‘ont personnellement choquée, auteur de :
« Les femmes sont inégales face à l’histoire. » 637 (Cf. Êtres humains, Corps, Femmes, Hommes, Patriarcat, Penser. Pensées. Binaires, Politique. Égalité, Sexes, Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (6) : (3 mars) 2020. Xavier Mauduit dans l’émission Le cours de l’histoire, intitulée Sœurs d’arme, femmes en guerre, auteur de :
- « Oui, les femmes combattantes existent. »
- « Il y toujours des femmes autour (sic) des soldats, sous plein de postures possibles, que ce soit la plus basique qu’est la prostitution, et c’est vrai que le bordel militaire de campagne est quelque chose qui est présent dans l’imaginaire français, que ce soit la vivandière également celle qui accompagne le soldat. Il y a toujours eu des femmes autour (sic) des armées. »
- « La femme est l‘échelon (sic) pour dévaloriser l’ennemi. »
- « Il y a le regard que les hommes portent sur les femmes […]. »
- « Il y a quelque chose qui tient du corps, du corps de la femme. […] Dans l’histoire des femmes, il y a toujours cette question du corps, le corps de la femme. »
- « Il est très difficile de comprendre le pourquoi de l’engagement des femmes. »
- « Qu’ont tiré les femmes de cet engagement ? » 638
Après avoir fait entendre un éloge aux mères de famille en 1943 par Philippe Pétain [1856-1951], il qualifie ce texte de « lecture très particulière ».
Quant aux sources reproduites, il est difficile de les trouver plus traditionnelles (La Madelon…] plus réactionnaires, ici, par ailleurs, ponctuellement raciste, concernant les combattants d’Afrique du Nord (Cf. Proxénétisme)
N.B. Pour rappel, le projet de cette série d’émissions consacrées aux « femmes révoltées » s’intitule : « L’histoire à réinventer ». (Cf. Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (7) : (4 mars) 2020. Xavier Mauduit ouvre l’émission Adolescentes insolentes ! par des questions concernant le Bonjour Tristesse de Françoise Sagan. Je lis, j’entends, à cette présentation que la norme concernant « la femme » voudrait qu’elle soit « épanouie » et que concernant « l’adolescente », « le cliché voudrait qu’elle soit rebelle ».
Ces poncifs - au singulier - rappelés, je découvre que l’émission sera consacrée à l’assassinat éminemment politique de Marius Plateau, de l’Action française, en 1923 par Germaine Berton, alors âgée de 20 ans [1909-1942], ainsi que le livre de Véronique Blanchard, Vagabondes, voleuses, vicieuses. Adolescentes sous contrôles de la Libération à la libération sexuelle, question elle aussi éminemment politique.
Concernant Germaine Berton, j’entends qu’elle était « un petit peu en marge », qu’après « la mort de son père, plusieurs familles se sont succédé », aucune référence n’étant faite à sa mère. Il est aussi question de ses « travers ». Il est aussi question de « fait divers ». J’entends aussi que « les idées restent toujours les mêmes. ». Etc…
N.B. Cette émission a eu le mérite de me faire connaitre le livre historiquement remarquable, précis, rigoureux, très bien documenté, passionnant de Frédéric Lavignette : Germaine Berton, Une anarchiste passe à l’action [L’Echappée. 2019. 293p.] et à m’interroger pour comprendre les processus qui ont produit la bouillie pour les chats - je sais que ce qualificatif est trop critique, mais je ne parviens pas à l’enlever - ce qui en a été présenté lors de cette émission. (Cf. Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (8) : (5 mars) 2020. Xavier Mauduit présente l’émission du jour qui a lieu à l’Institut du monde arabe, mais sans préciser la spécificité, par : Femmes combattantes et révolution féminine. Il est repris, bien (trop ?) poliment par Leyla Dakhli : « On pourrait penser : ‘révolution féministe’ ». Mais il maintiendra ultérieurement sa formulation.
Il s’adresse à la seconde chercheuse, l’historienne algérienne Natalya Vince, ainsi : « Vous avez quelque chose à dire… » puis clôt sa première présentation par : « C’est intéressant votre démarche ».
Concernant la seconde historienne, Stéphanie Latte Abdallah, il n’est pas à même de présenter le thème de ses recherches.
J’entends aussi que : « Les français utilisent le genre pour réprimer spécialement les femmes » » ; « Peut être l’image des femmes leur a échappé » ; « La figure iconique qui cache tant de combats de femmes » ; « Les figures des femmes sont reliées à des cadres nationaux, mais peut-être faudrait-il les dépasser » ; « Le féminisme islamique, qu’est-ce que c’est ? » ; « Ces mouvements actuels - les printemps arabes-, que doivent-ils à ces combats féminins du passé ?», « Les lignes bougent…»…
Mais tout serait à citer tant il infléchit l’histoire de manière à ce qu’il soit à même de la faire passer par le prisme de sa propre vision du monde, de sa propre incompétence, tout en tentant de la masquer.
C’est vraiment pénible, difficilement supportable, de penser qu’une seule personne, aussi peu rigoureuse, ait le pouvoir de déformer à ce point la pensée historique et de la faire régresser aussi rapidement. (Cf. Femmes. « Féminin », Histoire. Mauduit Xavier)

Historiographie. Patriarcale (Mauduit Xavier) (9) : (1er avril) 2021. Dans l’émission Le cours de l’histoire, intitulée : Quand le rire s’empare de la radio - qualifiée de « médias sublime » -, les ondes se gondolent, la seule chanson entendue est l’une des plus grossières de la culture patriarcale Félicie, aussi [1939] interprétée par Fernandel. Il est difficile de trouver pire. 639 (Cf. Culture. Patriarcale)
* Ajout. 2 avril 2021. Je découvre sur internet qu’il est l’auteur, avec Laure de Chantal, d’un livre publié cette année intitulé : Notre grammaire est sexy. Déclaration d’amour à la langue française. (Cf. Langage. Langue. Française, Sexes)

Historiographie. Patriarcale (Mendès-France Pierre) : (1er août) 1954. Lu dans le Journal de Matthieu Galey [1934-1986] :
« Hier, dans son discours au bey de Tunis [1881-1962], Mendès-France, dit PMF, [Pierre. 1907-1982] a employé une expression biblique : ‘Que la terre Tunisienne soit un asile pour les colons, pour leurs fils et les fils de leurs fils.’ » 640 (Cf. Famille, Patriarcat, Politique. Colonialisme)

Historiographie. Patriarcale (Michel Louise) : Il semble que les autobiographies de certaines soient plus critiquables, moins crédibles que d’autres :
- 1983. Daniel Armogathe, dans sa Préface aux Souvenirs et aventures de ma vie de Louise Michel, intitulée Le testament de Louise Michel s’interroge :
« Recueillement narcissique, travail du deuil ou transe mortelle ». 641
- (18 août) 2021. Entendu sur France Culture, concernant les Mémoires, les écrits de Louise Michel [1930-1905] :
« Elle a co-construit sa légende personnelle ». 642 (Cf. Relations entre êtres humains. Mépris, Patriarcat, Histoire. Ego-Histoire)

Historiographie. Patriarcale. Jules Michelet :

Historiographie. Patriarcale (Michelet Jules) (1) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, écrit :
- concernant l’émeute parisienne des Tuileries le 12 juillet 1789 :
« Le prince de Lambesc [1751-1825] […] répond par des coups de feu. Les femmes jettent des cris perçants ; les hommes se mettent à fermer les Tuileries derrière eux. »
- Concernant la révolte du 5 octobre 1789 :
« La cause réelle, certaine, pour les femmes, pour la foule la plus misérable, ne fut autre que la faim. […] Pour la majorité des hommes, la cause du mouvement fut l’honneur, l’outrage fait par la cour à la cocarde parisienne, adopté de la France entière (sic) comme signe de la révolution. » Et ce suivi de :
« Ce qu’il y a dans le peuple de plus peuple, je veux dire de plus instinctif, de plus inspiré, ce sont à coup sûr les femmes ».
Tandis qu’une courte note suivante, sibylline, signifiante et définitive, de Georges Walter [1925-2014], responsable de l’édition affirme : « Les femmes étaient plus faciles à gagner. » 643 (Cf. Historiographie. Patriarcale. Walter Georges)

Historiographie. Patriarcale (Michelet Jules) (2) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, concernant Charlotte Corday [1768-1793], écrit notamment :
« Les historiens romanesques ne tiennent jamais quitte leur héroïne, sans essayer de prouver qu’elle fut amoureuse. »
Critique toujours valide, pas seulement la concernant, pas seulement concernant les « historiens romanesques. » 644 (Cf. Patriarcat)

Historiographie. Patriarcale (Michelet Jules) (3) : 1876. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de France, concernant Jeanne d’Arc [1412-1431] écrit notamment :
- « Mais avec tout son héroïsme, c’était une femme pourtant… »
- « Serait-ce dans ce moment d’attendrissement universel, de larmes, de contagieuses faiblesse, que l’infortunée, amollie et redevenu simple femme, aurait avoué qu’elle voyait bien qu’elle avait eu tort […]. » 645 (Cf. Femme. Devenir une femme)

Historiographie. Patriarcale (Monde Diplomatique Le) : (janvier) 2020. 21 lignes sont consacrées dans Le Monde Diplomatique au livre de Régina Sneifer : Une femme dans la tourmente de la grande Syrie. D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé [Riveneuve. 2019].
Les neuf premières lignes sont consacrées à son époux, Antoun Saadé.
Suivent quatre lignes :
« Avec son épouse Juliette, membre de de la communauté syro-Libanaise de Buenos-Aires, il a partagé une passion amoureuse et politique. »
Les neuf dernières lignes - dans lesquelles on n’apprend quasiment rien - seront consacrées à elle, pourtant présentée comme une « pionnière du féminisme arabe ». 646

Historiographie. Patriarcale (Morin Edgar) : (1er juin) 1978. Edgar Morin, concernant l’histoire de Mai 68, dans un article paru dans Le Monde, réédité en septembre 2015, auteur de : « [De 1970 à 1975] La conscience néo-féminine surgit en fondant sa revendication sur l’identité propre de la femme. […]
Ces surgissements se manifestent à la fois sous forme d’une onde de choc dure, percutante, et d’une onde large, qui se diffuse et plus ou moins s’intègre. Ainsi le mouvement féminin a son fer de lance MLF, mais en même temps les grands magazines comme Elle et Marie-Claire, qui offraient les solutions préfabriquées de la culture de masse, s’ouvrent aux aspirations de la nouvelle féminité. » 647
Comment peut-on afficher un tel mépris de l’histoire, un tel manque de rigueur ? Et rééditer, sans scrupules, sans gêne, de telles comparaisons, de telles inepties, en 2015 ? (Cf. Femmes. « Féminin », Hommes. « Intellectuels ». Morin Edgar)

Historiographie. Patriarcale (Noiriel Gérard) : (août) 2018. Dans les Bonnes feuilles publiées par Le Monde Diplomatique du livre de Gérard Noiriel : Une histoire populaire de la France. De la guerre de cent ans à nos jours. [Éditions Agone. 2018], tous les termes, absolument tous les termes sont au masculin.
À une exception près : il est question d’« une femme enterrée vivante pour avoir volé son maître. » 648 (Cf. Langage)

Historiographie. Patriarcale. Pascal Ory :

Historiographie. Patriarcale (Ory Pascal) (1) : (juin) 1984. Pascal Ory, dans un article consacré aux livres de fils de collaborateurs, écrit :
« […] On peut aussi regretter que la règle du jeu exclue les paroles de femmes. »
Imaginerait-on qu’une telle phrase puisse être écrite par un-e historien-ne concernant l’esclavage, le racisme, le colonialisme…et, en étant optimiste, plus de trente ans après, les femmes dans le patriarcat ? Non.
- Notons cependant qu’il propose une analyse intéressante sur le sujet, sur les fondements des livres de Marie Chaix, Les Lauriers du lac de Constance (1974], Le silence ou la vie d’une femme [1976] et d’Evelyne Le Garrec, La rive allemande de ma mémoire [1980]. 649

Historiographie. Patriarcale (Ory Pascal) (2) : (4 décembre) 2021. Pascal Ory, concernant Joséphine Baker [1906-1975], auteur de :
« Son utopie, c’est elle-même […]. » et de :
« Joséphine, c’est la France ». 650
* Ajout. 23 septembre 2023. Pascal Ory, interviewé sur LCP [La chaîne Parlementaire. Les grands entretiens] déclare que Joséphine Baker, au Panthéon, c’est « très bien ». « Elle cochait toutes les cases. »
Et lui, ‘cochait toutes les cases’ pour entrer à l’académie française. (Cf. Langage. Académie française)

Historiographie. Patriarcale. Michelle Perrot :

Historiographie. Patriarcale (Perrot Michelle) (1) : 2000. Michelle Perrot, dans L’Université de tous les savoirs (Volume 3), présente « l’avènement d’une histoire des femmes » comme relevant de trois « facteurs » :
Dans les « facteurs scientifiques », sont nommés Paul Ricœur [1913-2005], Michel Foucault [1926-1984], Georges Duby [1919-1996] dont l’œuvre est présentée comme « exemplaire », L’École des Annales et Alain Corbin. C’est, dès lors, faire d’eux les pères tutélaires de « l’histoire des femmes ».
Les « facteurs sociologiques » se limitent à la question de l’absence et de la présence des femmes « à l’Université ».
Les « facteurs politiques », « liés au mouvement de libération des femmes des années 70 », nomment certaines ‘intellectuelles’ féministes, évoque les womens’ studies, oppose « les essentialistes » […] et les « universalistes » dont la pensée est présentée comme « le courant majoritaire en France, s’appuyant sur l’œuvre de Simone de Beauvoir », dont les protagonistes - qui ne sont pas nommées - « revendiquaient l’égalité et insistait sur l’historicité du genre ».
Michelle Perrot considère enfin que « le contexte actuel n’est plus le même » et termine sa présentation par l’évocation de la « pensée queer ».
La conclusion étant :
« On mesure la richesse du débat intellectuel et existentiel qui sous-tend le développement de l’histoire des femmes, sans qu’elles aient eu toujours clairement conscience des enjeux qui la traversaient. » 651

Historiographie. Patriarcale (Perrot Michelle) (2) : 2018. Comment comprendre la présentation par Michelle Perrot de Simone Veil [1927-2017] lors de son entrée au Panthéon ? :
« […] Simone Veil ‘coche toutes les cases’ pourrait-on dire en souriant : elle est à la fois un ‘grand homme‘ et une ‘grande femme‘. Un grand homme parce qu’elle incarne les principaux combats du XXème siècle - l’égalité entre hommes et femmes, l’espérance européenne et la mémoire de la shoah - et parce qu’elle possède une renommée, que les révolutionnaires [!] jugeaient indispensables à la panthéonisation. Une grande femme parce qu’elle a tout au long de sa vie, été une pionnière. »
En tout état de cause, inacceptable.
Et, intentionnellement ou non de la part du Monde, cette analyse de Michelle Perrot fut située juste au-dessus d’un article intitulé : « Œuvrant pour l’égalité, Simone Veil refusait l’étiquette de féministe » [titre qui, en lui-même, vaut son pesant de cacahouètes]. 652

Historiographie. Patriarcale (Poisson Martial) : 2002. Responsable de l’édition du Droit du Seigneur de Voltaire [1694-1778], Martial Poisson écrit dans son introduction, dans un paragraphe intitulé :
« La construction d’un mythe littéraire : le mythe du bon seigneur » : « Si l’on sait aujourd’hui que le droit du seigneur n’a jamais réellement existé comme ‘fait social’, on peut légitimement se demander pourquoi il a tant fait parler de lui et par quel mystère un thème sans objet a pu devenir un motif littéraire aussi important dans les littératures et notamment le théâtre de la plus part des pays européens. »
Concernant la question qu’il pose, dès lors qu’il postule que la réalité n’existe pas, elle est pour le mois faussée. Pour y répondre, il faudrait invalider l’assurance de sa première affirmation, à savoir qu’il s’agirait d’un « mythe ». Mais il faut alors se référer à ses propres annexes, fort utiles.
On lit, parmi ceux qui en ont affirmé l’existence, des textes de Voltaire, notamment dans la rubrique intitulée Taxes de son Dictionnaire philosophique, dans L’Essai sur les mœurs de l’esprit des nations (Chapitre 52), dans Défense de mon oncle (Chapitre II), dans Nanine ou le Préjugé vaincu (Acte I, Scène I) ; dans l’Encyclopédie, des textes du Chevalier de Jaucourt («Prélibation» et «Marchet») et de Boucher d’Argis («Droits abusifs», «Culage», «For-mariage») et de Chambers («Défloration»). Suivent ensuite plusieurs textes émanant de juristes. Il cite aussi ces citations de Beaumarchais, d’Olympe de Gouges, Montaigne, Montesquieu, Chateaubriand… 653
- Martial Poisson tente, au déni des textes qu’il évoque, dans son introduction, avec de réelles difficultés aisément lisibles, de maintenir cette thèse indéfendable du « mythe » qu’aurait représenté « le droit de cuissage ».
Et pourtant, il relève précisément dans sa préface les censures auxquelles Voltaire a dû faire face et les réécritures qu’il a dû effectuer ; il cite de même Beaumarchais qui, concernant Le mariage de Figaro [1778], lui aussi confronté à la censure, écrivait :
« On espère qu’elle (la pièce) triomphera des scrupules de la censure et de la police, et que nous la verrons enfin représentée. » (p.189)
La permanence de l’historiographie patriarcale, au déni du réel, et de ses propres sources… (Cf. Penser. Mythe, Violences. Violences à l’encontre les femmes. « Droit de cuissage »)

Historiographie. Patriarcale (Prévert Jacques) : Jacques Prévert [1900-1977], dans un petit texte intitulé Les dossiers de l’écran, écrit :
« Gens importants, écrivains, professeurs, historiens commentent, avec ‘preuves à l’appui’, les amours de Louis XV [1710-1774] et de Madame du Barry [1743-1793].
À la fin de l’émission, en fin de compte, et presque d’un commun accord, ils lui reprochent sa ‘mauvaise mort.’
Elle a, parait-il, par sa lâcheté (sic) manqué de tenue sur l’échafaud, implorant, suppliant qu’on lui accorde un petit temps de vie, de temps : ‘Encore quelques minutes, monsieur le bourreau !’
En regardant ces grands personnages sur le petit écran, je ne me demandais pas qu’elles auraient été leurs prouesses amoureuses dans le lit de la Du Barry et quelle gueule ils feraient en face de la guillotine ! » 654

Historiographie. Patriarcale (Robinson Mary) : 1802. Mary Robinson [1758-1800], dans les Mémoires de Mistriss Robinson,