Domination masculine. Patriarcat
 Marie-Victoire Louis

Penser

Extrait de l'Abécédaire féministe

date de rédaction : 21/11/2022
date de publication : 21 novembre 2022
mise en ligne : 21/11/2022
Voir et imprimer en PDF via pdf Print FriendlyAugmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteRecommander ce texte par mail

Extrait de l’Abécédaire féministe

À la recherche du patriarcat…

L’abécédaire féministe, profondément revu, comporte dorénavant 18.382 items et 23 rubriques : I. Culture » (847) ; II. Droit (342) ; III. Êtres humains (961) ; IV. Corps (490) ; V. Enfants (269) ; VI. Femmes (2218) ; VII. Hommes (1117) ; VIII. Relations entre êtres humains (1.595) ; IX. Famille (529) ; X. Féminisme (444) ; XI. Justice (872) ; XII. Langage (964) ; XIII. Patriarcat (672) ; XIV Penser (1422) ; XV. Politique (2042) ; XVI. Pornographie (160) ; XVII. Proxénétisme (375) ; XVIII. « Sciences » sociales (595) ; XIX. Démographie (36) ; XX. Économie (940) ; XXI. Histoire (730) ; XXII. Sexes [Sexualité, Sexisme…] (192) ; XXIII. Violences (570) … et continuera d’évoluer.

21 novembre 2022

XIV. Penser

En noir. Items ‘nouveaux’ (et modifiés)

I. Penser. Pensée : Pensée (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45) ; Pensée (Abstraction) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16) ; Pensée (« Adversaire ») ; Pensée (Akerman Chantal) ; Pensée (Ambiguïté) ; Pensée (A priori) ; Pensée (Argument) ; Pensée (Argumentaire) (1, 2) ; Pensée (« Atténuée ») ; Pensée (Autoritaire) (1, 2, 3) ; Pensée (Balzac Honoré de) (1, 2) ; Pensée (Ben voyons) ; Pensée (Bernhardt Sarah) ; Pensée (« Bêtises ») ; Pensée (Binaire) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6 , 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83) ; Pensée (Bonheur) ; Pensée (Broch Hermann) ; Pensée (Caricature) (1, 2) ; Pensée (Catalyse) ; Pensée (Changer le monde. Sartre Jean-Paul) ; Pensée (Chateaubriand François-René de) ; Pensée (Claire) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) ; Pensée (Clarification) ; Pensée (Concision) (1, 2, 3) ; Pensée (Contradiction) (1, 2) Par ordre chronologique (1) ; Pensée (Contradictoire) ; Pensée (Contraire) (1, 2) ; Pensée (Contre) (1, 2) ; Pensée (Critique) (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Pensée (Débats) (1, 2) ; Pensée (Déni) ; Pensée (Détail) ; Pensée (Dickens Charles) (1, 2, 3) ; Pensée (Diverse) ; Pensée (Dogmatique) ; Pensée (« Effets pervers ») ; Pensée (Effort. Sorel Georges) ; Pensée (Équivalence) ; Pensée (Esquive) ; Pensée (État) ; Pensée (Expertise) ; Pensée (« Faiblesse ») ; Pensée (Faille) (1, 2) ; Pensée (Fausse) ; Pensée (Féministe) (1, 2) ; Pensée (Féministe. Silence) ; Pensée (Fin) ; Pensée (Fonction) ; Pensée (Force) ; Pensée (Formaliste) ; Pensée (Guilloux Louis) ; Pensée (Hugo Victor) ; Pensée (Hypothèse [théorique]) (1, 2) ; Pensée (« Impartiale ») ; Pensée (Indignation) (1, 2) ; Pensée (Individualiste. Critique) ; Pensée (Irrécupérable) (1, 2) ; Pensée (Léautaud Paul) ; Pensée (« Levier ») ; Pensée (Libérée) ; Pensée (Logique) (1, 2) ; Pensée (Lucide) ; Pensée (Manichéenne) ; Pensée (Michelet) ; Pensée (Morin Edgar) ; Pensée (Mort de) ; Pensée (Nerval Gérard de) ; Pensée (Neutralité) ; Pensée (Nietzsche Friedrich) (1, 2) ; Pensée (Nizan Paul) ; Pensée (Nombre) ; Pensée (Non-dit) ; Pensée (Norme) (1, 2, 3) ; Pensée (Nourrissante) ; Pensée (Péguy Charles) ; Pensée (Personnelle) ; Pensée (Pertinence) ; Pensée (Politique) (1, 2) ; Pensée (Pouvoir) (1, 2, 3, 4, 5) ; Pensée (Pragmatisme) ; Pensée (Préjugé) (1, 2) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Pensée (Processus d’une pensée totalitaire) (1, 2) ; Pensée (Progrès) ; Pensée (Progression) ; Pensée (Puissance. Hugo Victor) ; Pensée (« Queer ») ; Pensée (Radicale) (1, 2) ; Pensée (Rêve) ; Pensée (« Second, troisième…degré ») ; Pensée (Sens) ; Pensée (Sens commun et/ou Bon sens) ; Pensée (Sensible) ; Pensée (Simple) ; Pensée (Soi) (1, 2, 3, 4, 5) ; Pensée (Soljenitsyne Alexandre) ; Pensée (Staël Germaine de) ; Pensée (Statut de la parole) ; Pensée (Subversive) ; Pensée (Synthèse) (1, 2) ; Pensée (Tango) ; Pensée (Varnhagen Rahel) ; Pensée (Vide-pensées) ; Pensée (Weil Simone) ; Pensée (Zola Émile) ; (369)

II. Penser. Idées : Idées (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40) ; Par ordre alphabétique Idées (Action française) ; Idées (Balzac Honoré de) (1, 2) ; Idées (Beccaria Cesare) ; Idées (Berl Emmanuel) ; Idées (Bronner Gérald) ; Idées (Castoriadis Cornelius) ; Idées (Catherine II de Russie) ; Idées (Chateaubriand François-René de) ; Idées (Constant Benjamin) ; Idées (De Gaulle Charles) ; Idées (D’Holbach Paul Thiry) ; Idées (Diderot Denis) (1, 2) ; Idées (Du Bos Charles) ; Idées (Eliot George) (1, 2) ; Idées (Feyerabend Paul) ; Idées (Flaubert Gustave) (1, 2) ; Idées (Freud Sigmund) ; Idées (Galey Matthieu) ; Idées (Gombrowicz Witold) ; Idées (Gourmont Rémy de) ; Idées (Grève. Femmes) ; Idées (Guéhenno Jean) (1, 2) ; Idées (Guitton Jean) ; Idées (Hegel Friedrich) ; Idées (Hugo Victor) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Idées (Intérêts) ; Idées (Joly Eva) ; Idées (Keynes John Maynard) ; Idées (Léautaud Paul) ; Idées (Lessing Doris) (1, 2) ; Idées (Macron Emmanuel) ; Idées (Magny Colette) ; Idées (Michelet Jules) (1, 2, 3) ; Idées (Mirabeau) ; Idéess (Mitterrand François) (1, 2) ; Idées (Monde Le) ; Idées (Neuve) ; Idées (Nietzsche Friedrich) ; Idées (« Pierre d’attente ») ; Idées (Ponthier Georges) ; Idées(Prévert Jacques) ; Idées (Reclus Élisée) ; Idées (Retz Cardinal de) ; Idées (Roman) ; Idées (Rousseau Jean-Jacques) ; Idées (Sand George) (1, 2, 3, 4) ; Idées (Stendhal) (1, 2) ; Idées (Stengers Isabelle) ; Idées (Stuart Mill John) ; Idées (Taine Hippolyte) ; Idées (Tolstoï Léon) (1, 2, 3) ; Idées (Voltaire) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) ; Idées (Woolf Virginia) ; Idées (Zola Émile) (1, 2) ; (122)

III. Penser. Méthode : Méthode (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16) ; Par ordre alphabétique Méthode (Abécédaire) (1, 2, 3) ; Méthode. (Analogie) ; Méthode (Anachronisme) ; Méthode (Bayet Alfred) ; Méthode (Bourdieu Pierre) ; Méthode (Burke Edmund) ; Méthode (Cicéron) ; Méthode (Critique) ; Méthode (Critique modérée) ; Méthode (Critiques) ; Méthode (Éloquence) (1, 2) ; Méthode (Exemple) ; Méthode (Freud Sigmund) ; Méthode (Korczak Janusz) (1, 2) ; Méthode (Machiavel) ; Méthode (Nietzsche Friedrich) ; Méthode (Pascal Blaise) ; Méthode (Rilke Rainer Maria) ; Méthode (Rhétorique) ; Méthode (Scolastique) ; Méthode (Séverine) ; Méthode (Wright Mills Charles) ; (42)

IV. Penser : Penser (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 24, 25, 26, 27, 28, 29, 30, 31, 32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40, 41, 42, 43, 44, 45, 46, 47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 57, 58, 59, 60, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70, 71, 72, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 80, 81, 82, 83, 84, 85, 86, 87, 88, 89, 90, 91, 92, 93, 94, 95) ; Par ordre alphabétique Penser (Agir) ; Penser (Algorithme) ; Penser (Analyses) ; Penser (Ambition) (1, 2, 3) ; Penser (Anonymes) ; Penser (Apprendre) ; Penser (Argument) (1, 2) ; Penser (Argument d’autorité) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Aron Raymond) ; Penser (Avis) ; Penser (Balibar Françoise) ; Penser (Berberova Nina) ; Penser (Berdiaev Nicola) ; Penser (Bourdieu Pierre) ; Penser (Castoriadis Cornelius) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Catherine II) ; Penser (Cause) (1, 2) ; Penser (Causes / Effets) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Chalamov Varlam) ; Penser (Choisir) ; Penser (Cicéron) ; Penser (Citations) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Clemenceau Georges) ; Penser (Cohérence) (1) Par ordre chronologique (1) ; Penser (Comment) ; Penser (Commentaire) (1, 2, 3, 4, 5) Par ordre alphabétique (1, 2, 3) ; Penser (Comparaison) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1) ; Penser (Compétences) ; Penser (Comprendre) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19) ; Penser (Concept) (1, 2, 3, 4, 5, 6) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4) ; Penser (Conflit) ; Penser (Connaître) ; Penser (Consentement) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12) ; Penser (Conservatisme) ; Penser (Constant Benjamin) (1, 2) ; Penser (Contradiction) (1, 2) ; Penser (Contrat) ; Penser (Courage) (1, 2) ; Penser (Critique) (1, 2, 3, 4, 5) Par ordre alphabétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Voltaire (1, 2, 3) ; Penser (Croire) ; Penser (Croyance) ; Penser (D’Alembert) ; Penser (D’Eaubonne Françoise) ; Penser (Débattre) (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Déconstruire) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Penser (Déni) ; Penser (Désapprendre (1, 2) ; Penser (D’Holbach Paul Thiry) ; Penser (Dialogue) (1, 2) ; Penser (Dickens Charles) (1, 2) ; Penser (Diderot Denis) ; Penser (Doctrine) ; Penser (Domination) ; Penser (Douter) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4) ; Penser (Du Deffand Madame) ; Penser (Écrit) ; Penser (Eliot George) (1, 2, 3, 4, 5, 6) ; Penser (Emerson Ralph Waldo) ; Penser (Enquêtes) ; Penser (Équivoques) ; Penser (Erreur) (1, 2) Par ordre chronologique (1) ; Penser « Est-ce qu’il / elle croit à ce qu’il / elle dit ou est-il / elle de mauvaise foi ? » ; Penser (« Esprits faibles ») ; Penser (Étapes) ; Penser (État) ; Penser (Expert-es) (1, 2) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4) ; Penser (Exceptionnel) ; Penser (Expliquer) (1, 2) ; Penser (Fait) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Penser (« Fantasmes ») ; Penser (Femmes) ; Penser (Femmes. Bloy Léon) ; Penser (Femmes. Eliot George) (1, 2) ; Penser (Femmes. Journal général de la littérature Française) ; Penser (Femmes. Peters Otto) ; Penser (Femmes. Staël Germaine de) ; Penser (Fin) (1, 2) ; Penser (Finkielkraut Alain) ; Penser (Flaubert Gustave) ; Penser (Fond / Forme) ; Penser (Foucault Michel) ; Penser (France Culture) ; Penser (Futur du monde) ; Penser (Gibran Khalil) ; Penser (Gide André) ; Penser (« Gilets jaunes ») (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Penser (Girard André) ; Penser (Gorbatchev Mikhaïl) ; Penser (Gramsci Antonio) ; Penser (Grille de lecture) ; Penser (Historicité) ; Penser (Historien-ne) ; Penser (Hossein Robert) ; Penser (Hugo Victor) (1, 2, 3) ; Penser (Humanisme) ; Penser (Hypothèse) ; Penser (Imagination) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Penser (Imbroglio) ; Penser (Instinct) (1, 2) ; Penser (Institutions) ; Penser (Intellectuel-les) (1, 2) ; Penser (Intelligence) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) ; Penser (« Intelligence artificielle » (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Intérêt) ; Penser (Islamisme) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Intuition) (1) Par ordre chronologique (1) ; Penser (Jouir) ; Penser (Juger) (1, 2, 3, 4) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) ; Penser (James Henry) ; Penser (Justification) ; Penser (Keynes John Maynard) ; Penser (Kubrick Stanley) ; Penser (Lancelin Aude) ; Penser (Langage) (1, 2) ; Penser (Lassalle Ferdinand) ; Penser (Le Dœuff Michèle) ; Penser (Leiris Michel) ; Penser (Ligne droite) ; Penser (Limites) ; Penser (Littérature) ; Penser (Locke John) ; Penser (London Jack) ; Penser (« Maître à penser ») ; Penser (Manière Philippe) (1, 2) ; Penser (Manzoni Alessandro) (1, 2) ; Penser (Marat) ; Penser (Maury (Jean-Siffrein) ; Penser (Messe La) ; Penser (Michelet Jules) ; Penser (Mirabeau) ; Penser (Mireille) ; Penser (Modestie) ; Penser (Mossadegh Mohammad) ; Penser (« Mythes ») (1, 2, 3, 4, 5, 6) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Nahoum-Grappe Véronique) ; Penser (Nationalisme) ; Penser (Néant) ; Penser (Nietzsche Friedrich) ; Penser (« No comment ») ; Penser (« Nonsense ») ; Penser (« Nous ») ; Penser (Objectivité) (1, 2, 3) ; Penser (Objet) (1, 2) ; Penser (« Œuvres d’anticipation ») ; Penser (Opinion) Par ordre chronologique (1, 2 3, 4) ; Penser (Parler) ; Penser (Parent Claude) ; Penser (« Pas de côté ») ; Penser (Pascal) ; Penser (Passions) ; Penser (Pédagogie) (1, 2) ; Penser (Penseur) / Penseuse) (1, 2, 3) ; Penser (Penseuse) (1) Par ordre chronologique (1, 2) ; Penser (Perception. Novalis) ; Penser (Permission) ; Penser (Personne) ; Penser (Polémique) (1, 2, 3) Par ordre chronologique (1, 2) ; Penser (Politique. Saint-Simon) ; Penser (Ponge Francis) ; Penser (Popper Karl) ; Penser (Postulat) (1, 2, 3, 4) Par ordre chronologique (1) ; Penser (Pour ou contre) ; Penser (Préalable) (1, 2, 3) ; Penser (Prémisses) ; Penser (Problématique) ; Penser (Problème) ; Penser (Projet) ; Penser (Prolongement de soi) ; Penser (Prudence) ; Penser (Quantitativisme) ; Penser (Questions) (1, 2, 3) ; Penser (Question / Réponse) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Raison) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Raisonner) ; Penser (Rationalisme) ; Penser (« Raton laveur Le ») ; Penser (Réalisme) (1) Par ordre alphabétique (1, 2, 3) ; Penser (Reclus Élisée) (1, 2) ; Penser (Réfléchir (1, 2) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Relativisme) (1, 2) ; Penser (Religion) (1, 2) ; Penser (Répéter) (1, 2) ; Penser (« Réseaux sociaux ») (1, 2, 3) ; Penser (Riccoboni Marie-Jeanne) ; Penser (Rire) ; Penser (Rivière Jacques) ; Penser (Robin Armand) ; Penser (Rousseau Jean-Jacques) (1, 2, 3) ; Penser (Sand George) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Penser (Satire) ; Penser (Savoir) ; Penser (Scientisme) ; Penser (Sentiments [bons]) ; Penser (Serge Victor) ; Penser (Sévigné Madame de) ; Penser (Silence) ; Penser (Sophisme) ; Penser (Soupiot Alain) ; Penser (Spinoza Baruch) ; Penser (Staël Germaine de) (1, 2, 3) ; Penser (Stalinisme) ; Penser (Steiner George) ; Penser (Stendhal) ; Penser (Stéréotype) (1, 2, 3) ; Penser (Suivisme. Sartre Jean-Paul) ; Penser (« Tabou ») (1, 2, 3, 4) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Penser (Temps) (1, 2) ; Penser (Terkel Studs) ; Penser (Théologie) (1, 2) ; Penser (Théorie) (1, 2, 3, 4) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8) ; Penser (Tolstoï Léon) ; Penser (Trump Donald) ; Penser (Universalisme) ; Penser (Utilitarisme) (1, 2) ; Penser (Valeur) (1, 2, 3, 4, 5) ; Penser (Vaneigem Raoul) ; Penser (Vauvenargues) ; Penser (Vinci Léonard de) ; Penser (Vivre) ; Penser (Voix) ; Penser (Voltaire) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23) ; Penser (Wharton Edith) ; Penser (Yourcenar Marguerite) (1, 2) ; Penser (Wittgenstein Ludwig) ; Penser (Zinoviev Alexandre) ; Penser (Zola Émile) (1, 2) ; (648)

V. Penser. Liberté : Penser Liberté (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Par ordre alphabétique Liberté (Badiou Alain) ; Liberté (Besse François) ; Liberté (Cassez Florence) ; Liberté (Chateaubriand François-René de) ; Liberté (Diderot Denis) ; Liberté (Flaubert Gustave) ; Liberté (France Culture) ; Liberté (Malraux Clara) ; Liberté (Mirabeau) ; Liberté (Pamuk Orhan) ; Liberté (Pagny Florent) (1, 2) ; Liberté (Reggiani Serge) ; Liberté (Stirner Max) ; (Suchon Gabrielle) ; Liberté (Taine Hippolyte) ; Liberté (Varnhagen Rahel) ; Liberté (Vaujour Michel) ; Liberté (d’Expression) (1) Par ordre chronologique (1, 2, 3) ; Liberté (de la presse) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7) ; Liberté (Voltaire) (1, 2) ; (38)

VI. Penser. Morale : Penser (Morale) (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) ; Par ordre alphabétique Morale (Antonyme) ; Morale (Aspiration à la) ; Morale (Balkany Isabelle) ; Morale (Balzac Honoré de) ; Morale (Beccaria Cesare) ; Morale (Bloch Marc) ; Morale (Codes d’éthique) ; Morale (Condorcet) ; Morale (Courtois Stéphane) ; Morale (Critique) ; Morale (d’Agoult Marie) ; Morale (De Gaulle Charles) ; Morale (Féminisme) ; Morale (Gandhi) ; Morale (Guérin Daniel) ; Morale (Justice) ; Morale (Kant) ; Morale (La Bruyère Jean de) ; Morale (Lévy Élisabeth) ; Morale (Moraliste) ; Morale (Mnouchkine Ariane) ; Morale (Nietzsche Friedrich) ; Morale (Novalis) ; Morale (Pareto Vilfredo) ; Morale (Patriarcat) ; Morale (Richesse) ; Morale (Simon Claude) ; Morale (Soi) ; Morale (Staël Germaine de) ; Morale (Voltaire) ; Morale (Weber Max) ; (41)

VII. Penser. Obéir : Penser. Obéir (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10) Par ordre alphabétique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 16, 17, 18, 19, 20, 21, 22, 23) ; (33)

VIII. Penser. Principe : Penser. Principe (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11) ; Par ordre alphabétique : Principe (Badinter Robert) ; Principe (Bakounine Mikhaïl-Michel) ; Principe (Beccaria Cesare) ; Principe (Cicéron) ; Principe (Conrad Joseph) ; Principe (Constant Benjamin) (1, 2, 3, 4) ; Principe (Gide André) ; Principe (Halphen Éric) ; Principe (Ozouf Mona) ; Principe (Rosanvallon Pierre) ; Principe (Saint- Just) ; Principe (Sand George) ; Principe (Terkel Studs) ; Principe (Tocqueville Alexis de) ; Principe (Voltaire) ; (Winock Michel) ; (30)

IX. Penser. Vérité : Penser Vérité (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14) ; Par ordre alphabétique Vérité (Adages latins) ; Vérité (Alexievitch Svetlana) ; Vérité (Bardot Brigitte) ; Vérité (Berdiaev Nicola) ; Vérité (Bernanos Georges) ; Vérité (Butler Samuel) ; Vérité (Buzyn Agnès) ; Vérité (Chaplin Charlie) ; Vérité (Chibas Edouardo) ; Vérité (Constant Benjamin) (1, 2) ; Vérité (Custine Astophle de) ; Vérité (D'Agoult Marie) ; Vérité (Descartes René) ; Vérité (De Gaulle Charles) ; Vérité (D’Holbach Paul Thiry) ; Vérité (Diderot Denis) ; Vérité (Eliot George) (1, 2) ; Vérité (Ferré Léo) ; Vérité (Ferry Luc) ; Vérité (Fillon François) ; Vérité (France Culture) ; Vérité (Frédéric II. roi de Prusse) ; Vérité (Gide André) ; Vérité (Garçon Maurice) ; Vérité (Gary Romain) ; Vérité (Goldman Emma) ; Vérité (Gramsci Antonio) ; Vérité (Grégoire Abbé) ; Vérité (Laclos Choderlos de Pierre) ; Vérité (Lamartine Alphonse de) ; Vérité (La Pléiade) ; Vérité (Le Dœuff Michèle) ; Vérité (Leiris Michel) ; Vérité (Lessing Gotthold Éphraïm) ; Vérité (Lessing Doris) ; Vérité (Lounguine Liliana) ; Vérité (Macron Emanuel) ; Vérité (Malraux André) ; Vérité (Malaurie Jean) ; Vérité (Mann Thomas) ; Vérité (Mill Stuart) (1, 2, 3) ; Vérité (Morin Edgar) ; Vérité (Nietzsche Friedrich) (1, 2) ; Vérité (Onfray Michel) ; Vérité (Pascal Blaise) ; Vérité (Pelloux Patrick) ; Vérité (Pléiade La) ; Vérité (Retz Cardinal de) ; Vérité (Rolland Romain) ; Vérité (Russier Gabrielle) ; Vérité (Saint-Simon) ; Vérité (Sand George) (1, 2, 3, 4) ; Vérité (Schœlcher Victor) ; Vérité (Styron William) ; Vérité (Székely János) ; Vérité (Trump Donald) ; Vérité (Voltaire) Par ordre chronologique (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14) ; Vérité (Weil Simone) ; Vérité (Yourcenar Marguerite) ; Vérité (Zay Jean) ; Vérité (Zemmour Eric) ; Vérité (Zinoviev Alexandre) ; Vérité (Zola Émile) (1, 2) ; (98)

21 novembre 2022 : 1422 items

I. Pensée :

Pensée :

Pensée (1) : Une pensée propre, singulière, autonome, ôte, interdit même la pensée d’une opposition, d’une division entre ‘adversaires’ ; et, dès lors, fait disparaître l’une des armes, banale certes, mais si efficace mise en œuvre par tous les pouvoirs, depuis Mathusalem.

Pensée (2) : Une pensée, étant nécessairement singulière, ne peut donc avoir vocation à être transmise : elle ne peut qu’être éclairante pour féconder, par la critique, d’autres pensées. Les notions mêmes d’‘école‘, de maître-sse et d’élève, d’émule, de disciple - et donc de pédagogie ? - sont en conséquence contradictoires avec la singularité de toute pensée. Toute référence à la fidélité, l’engagement, la dépendance, l’allégeance à quiconque est dès lors exclue ; et par là même, celle de contrat, de rupture, de dissidence, a fortiori de trahison.
* Ajout. 31 octobre 2017. Georg Groddeck [1866-1934], auteur de :
« […] Si vous voulez vraiment me succéder, regardez la vie par vous-même et dites honnêtement au monde ce que vous voyez. » 1

Pensée (3) : Comment nommer « pensée singulière » la somme individuelle de réflexions - lucides, novatrices, comme contradictoires, confuses, peu importe - alors qu’elle n’a pu être élaborée que par et dans l’histoire qui l’a précédée et l’a nourrie ?

Pensée (4) : Une pensée est nécessairement constituée, fécondée, nourrie par l’héritage des pensées antérieures, mais elle peut, elle doit rompre avec elles pour, en les dépassant, en constituer une autre. Découverte d’une évidence ? Chacun-e d’entre nous est en effet porteur-euse du conscient et de l’inconscient collectif que l’histoire a, ou non, relayé, occulté. Comment en élargir la conscience afin d’ouvrir la voie à son dépassement, là serait l’ambition ? Pour ce faire, clarifier les liens et donc les contradictions entre : ruptures, dépassements et recompositions ?
* Ajout. 22 juin 2018. Combien de circonvolutions sont-elles nécessaires afin d’éviter d’être confronté-es à l’inconscient collectif ? Et combien de révolutions ?
* Ajout. 19 novembre 2018. 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans l’une de ses interrogations sur l’histoire exprimées dans La guerre et la paix, écrit :
« […] Seuls les actes inconscients arrivent à maturité et l’homme qui joue un rôle dans un évènement historique n’en comprendra jamais la signification. Dès qu’il cherche à le pénétrer, il le stérilise. » 2
- « Seuls les actes inconscients arrivent à maturité » : sibyllin, mais riche d’interprétations nouvelles, me semble-t-il.

Pensée (5) : Dépersonnaliser, dé-singulariser les idées, c’est les délester, les apurer des erreurs, des faiblesses, des contradictions, comme des vérités (à repenser) des hommes et des femmes qui les ont peu ou prou incarnées ; c’est aider à la critique.

Pensée (6) : La lucidité s’oppose à la peur, laquelle empêche la pensée qui seule nourrit l’espoir.

Pensée (7) : Une pensée assassine peut-elle être tuée par une autre pensée ? Absurde ? Dans l’attente d’y voir plus clair, cette question me fait penser à : « guerre à la guerre » des sociaux-démocrates en 1914, slogan qui ne permet de rien comprendre et donc ne peut rien résoudre.

Pensée (8) : Quel-le qu’en soit l’auteur-e, quel que soit le sujet, l’objet, le style, la nature, la modalité d’expression ou de silence…une pensée - qu’elle soit fulgurante, évidente, encore confuse, souterraine, trébuchante, cheminante…- se reconnaît à ce qu’elle est à même d’en susciter d’autres ; et donc à ce qu’elle crée les conditions de l’apprentissage de sa propre réfutation…

Pensée (9) : Une pensée n’a pas à être mise en pratique, ni même à être jaugée sur sa capacité à l’être. Si tel était le cas, le terme n’aurait aucun sens.

Pensée (10) : Une pensée qui, à tort ou à raison, est présentée comme relevant du domaine du ‘général’, ne saurait être une pensée invoquée à l’encontre des agissements de quiconque en particulier. Et inversement… (Poursuivre)

Pensée (11) : Une pensée propre ne peut ni être partagée, ni avoir d’adversaire. Juste ? Non (Poursuivre)

Pensée (12) : Une pensée peut être une source d’inspiration ; jamais une doctrine.

Pensée (13) : La richesse d’une pensée provient d’elle-même. Mais elle est aussi faite des liaisons, des articulations qu’elle tisse avec les pensées au sein desquelles elle s’insère, des ruptures qu’elle opère, des ouvertures qu’elle permet.

Pensée (14) : Toute pensée risque la mort faute de critique interne à elle-même et par elle-même.

Pensée (15) : Une pensée n’apparait que grâce à un processus d’accumulation de pensées antérieures.
* Ajout. 1er mai 2018. Une pensée a besoin d’hypothèses, d’engagements, de projets, de critiques, d’oppositions, lesquelles n’ont pas nécessairement besoin d’être exprimées par leurs auteur-es pour être prises en compte.

Pensée (16) : La pensée, c’est la liberté que chacun-e s’accorde à lui / elle-même.

Pensée (17) : Pour, aisément, présenter une pensée personnelle, quelques conditions sont requises : lui conférer une certaine valeur ; la considérer comme valide pour soi, et donc, éventuellement, valable pour d’autres ; l’estimer toujours évolutive ; et, surtout, ne réclamer en sa faveur aucune adhésion.

Pensée (18) : Une pensée baignée de silence… ; un silence ouvrant droit à la pensée…

Pensée (19) : Il en est des pensées non étayées comme des maisons non construites selon les normes parasismiques dans les zones soumises aux tremblements de terres ; lors des secousses, elles se couchent ou s’effondrent et souvent tuent. Malheureusement, sur leurs ruines, beaucoup sont reconstruites à l’identique.

Pensée (20) : Sa seule présence était une gêne, pour certain-es rédhibitoire, à la discussion. Il / elle se retira. Avec raison.
Un-e autre s’imposa : sa présence fut refusée. Avec raison.

Pensée (21) : La pensée fait fi de toutes les permissions, de toutes les autorisations. Elle n’a nul besoin de validation. Elle se suffit à elle-même. Mais tout, absolument tout, de la plus légère émotion furtive - pas même ressentie - à la tyrannie quotidienne peut la faire disparaître, pour un temps, le plus souvent pour la vie.

Pensée (22) : Si l’on pense qu’une pensée doit être mise en œuvre par celui / celle qui l’exprime alors on comprend mieux la crainte - alors légitime- qu’elle ne peut que susciter.
Mais la crainte est vaine car le postulat est faux. (Poursuivre)

Pensée (23) : Plutôt que d’espérer la diffusion de ses propres idées, ne serait-il pas plus judicieux d’espérer la multiplication de toutes les idées ?

Pensée (24) : Combien de pensées n’attendent-elles pour s’exprimer [le plus petit] moment de faiblesse de l’autre ?

Pensée (25) : Il n’y a pas de pensée « irréductible ». Y faire référence, c’est employer un argument que l’on veut, faute de mieux, massue. (Cf. Penser. Argument)

Pensée (26) : Toute pensée, ambitieuse ou non, savante ou non, politique ou non, étant personnelle est nécessairement partiale et partielle.

Pensée (27) : Les pensées « fortes » avancées par les femmes sont souvent qualifiées de « fines ». Dans la meilleure des hypothèse…

Pensée (28) : Entendu : « On est obligé de schématiser pour faire passer la force d’une idée » : non.

Pensée (29) : Après la peinture tape-à-l’œil, la pensée tape-au-cerveau…

Pensée (30) : Une pensée fausse ne peut être ni utile, ni efficace, ni nécessaire.

Pensée (31) : La pensée ne s’arrête pas à nos pensées. La pensée n’a nulle limite, elle est infinie. Tout ce qui l’a empêchée de s’exprimer - et dieu sait si les forces en ce sens se sont cumulées, surajoutées les unes aux autres - doit être pensé pour être mieux combattu. (Cf. Penser)

Pensée (32) : Toute pensée peut sédimenter. En cas de catastrophe, les enfouissements peuvent réapparaitre à la surface. Disponibles pour qui veut les prendre.

Pensée (33) : Un pensée sera sans doute d’autant plus crédible, si son auteur-e, si auteur-e il y a, n’en retire aucun profit, même symbolique, personnel.

Pensée (34) : Comme elle / il était seul-e à défendre cette pensée, elle / il ne pouvait avoir raison.

Pensée (35) : Toutes les pensées sont asservies. La question du degré importe.

Pensée (36) : Quelle quantité d’émotions - et donc de pensées - une pensée doit-elle refouler pour [pouvoir] s’exprimer ?

Pensée (37) : Les pensées sont illimités.

Pensée (38) : Les pensées se sèment, se cueillent, se ramassent, se repiquent, se replantent ; elles nourrissent, enrichissent, s’échangent, se partagent. Et se diffusent à nouveau.

Pensée (39) : Pourquoi veut-on, avec tant de systématisation, rabattre les pensées à leurs auteur-es ? Parce que cela les dissout dans le singulier.

Pensée (40) : On peut, il faut, sans doute, dévoiler, éviter les contradictions d’une pensée, mais aspirer à, chercher une cohérence de la pensée est absurde : elle supposerait un monde cohérent.

Pensée (41) : Toute pression exercée pour faire accepter une pensée est dirimante.

Pensée (42) : Nombreuses sont les pensées - exprimées ou non ici - qui doivent avoir pour finalité d’être dépassées. Le plus vite possible.

Pensée (43) : Toutes les pensées naissent de l’air du temps, d’un temps plus ou moins long.

Pensée (44) : Une pensée sans lien avec, détachée de son origine comme de sa finalité, me fait penser à un bouton posé sur un vêtement.

Pensée (45) : Toute pensée a un valeur - ne serait-ce que celle de pouvoir être critiquée ; aucune n’a de valeur absolue.

Par ordre alphabétique.Pensée :

Pensée. Abstraction :

Pensée (Abstraction) (1) : Plus une pensée est abstraite, plus elle révèle son incapacité à comprendre le monde.

Pensée (Abstraction) (2) : Pour empêcher, assécher, retarder, interdire les pensées [des rapport de domination], enfermer les expressions de la réalité du monde dans des unités, des termes, des ‘concepts’ abstraits tels que : le sexe, le genre, la liberté, la laïcité, la république, la démocratie, le marché, l’art, la culture, la bourgeoisie, l’Europe, l’Occident, la presse, le terrorisme, le monde musulman (ou arabe), la paix (sociale, dans les familles…), les Lumières, le pacifisme, le langage, la France, la sécurité, la prostitution, le libéralisme, internet, les réseaux sociaux, l’opinion publique, le féminisme, le ‘mouvement féministe’, la violence …est d’une terrifiante efficacité.
En conséquence, les contradictions sont évacuées, les failles sont colmatées, les ambiguïtés sont confortées, et /ou laissées en l’état, ou, plus justement, tout ceci, abordés à la marge.
- Mille débats ont, en ces termes, pourtant lieu….
- L’écriture de cet Abécédaire devrait - ou, du moins, ai-je ce risque en tête - prémunir de ces dangers les réflexions sur le patriarcat, et donc sur l’anatomie de notre monde. (Cf. Langage, Article singulier. Méthode, Patriarcat. Précaution de méthode, Penser)

Pensée (Abstraction) (3) : L’abstraction fait disparaître le sujet, l’objet, la finalité, le réel. Efficace pour tuer la pensée.

Pensée (Abstraction) (4) : L’abstraction, c’est créer les conditions de la confusion.

Pensée (Abstraction) (5) : L’abstraction se nourrit de généralisations qui ne laissent que peu ou pas de place aux singularités. (Poursuivre)

Pensée (Abstraction) (6) : Et, pourtant, nous avons besoin d’abstractions, de généralisations et de singularités. (Poursuivre)
* Ajout. 6 septembre 2020. Pourquoi ? Est-ce un outil ? À quelles conditions ? À quel prix ce détournement de la pensée ?

Pensée (Abstraction) (7) : Une abstraction se construit. Prendre l’une d’entre elles - quelle qu’elle soit - pour acquis, c’est bâtir sur du sable.

Pensée (Abstraction) (8) : L’abstraction - en son principe - ouvre la voie à toutes les interprétations : c’est pour cela - qu’en son principe - elle doit être démystifiée, récusée, refusée, condamnée.

Pensée (Abstraction) (9) : L’abstraction dissout.

Pensée (Abstraction) (10) : Penser dans l’abstrait ne mène à rien. À penser ?

Par ordre chronologique. Pensée. Abstraction :

Pensée (Abstraction. Staal-Delaunay Marguerite-Jeanne) (1) : 1755. Marguerite-Jeanne Staal-Delaunay [1684-1750], dans les Mémoires de Madame de Staal, auteure de :
« Il se peut faire qu’une tête toute neuve qui n’est imbue d’aucune opinion, reçoivent plus aisément les idées abstraites, que celles qui sont déjà remplies de diverses pensées propres à s’embarrasser les unes avec les autres. » Oui. 3 (Cf. Penser. Opinion)

Pensée. Abstraction. Edmund Burke :

Pensée (Abstraction. Burke Edmund) (2) : 1790. Edmund Burke [1729-1797], dans ses Réflexions sur la Révolution de France, auteur de :
« […] Je ne saurais prendre sur moi de distribuer la louange et le blâme à rien de ce qui a trait aux actions ou aux affaires humaines en ne regardant que la chose elle-même, dénuée de tout rapport avec ce qui l’entoure, dans la nudité et l’isolement d’une abstraction métaphysique. Quoi qu’en disent certains, ce sont les circonstances qui donnent à tout principe de politique sa couleur distinctive et son effet caractéristique. […] » 4 (Cf. Droit. Jurisprudence, Êtres humains. Soi. Burke Edmund, Politique. Burke Edmund, Philosophie. Métaphysique, Histoire)

Pensée (Abstraction. Burke Edmund) (3) : 1791. Edmund Burke [1729-1797], dans son texte Appel des whigs modernes aux whigs anciens, écrit :
« J’ai autant d’indulgence que personne pour les effusions qu’inspire l’amour général de la liberté ? Ce zèle est non seulement louable, mais doit même être encouragé tant que la question est générale. […]
Mais dans une question où il s’agit de savoir si telle Constitution est un n’est pas un plan raisonnable de liberté, ces fleurs de rhétorique, en faveur de la liberté en général, sont un peu déplacées. C’est supposer vrai ce qui est en question, et chanter la victoire avant la bataille. » 5 (Cf. Relations entre êtres humains. Indulgence)

Pensée (Abstraction. Constant Benjamin) (4) : 1797. Benjamin Constant [1767-1830] dans Des réactions politiques, auteur de :
« […] Dire que les principes abstraits ne sont que de vaines et inapplicables théories, c'est énoncer soi-même un principe abstrait. Car cette opinion n'est pas un fait particulier, mais un résultat général. C'est donc énoncer un principe abstrait contre les principes abstraits, et, par cela seul, frapper de nullité son propre principe. […] » 6 Fort pertinent. (Cf. Penser. Opinion. Théorie. Principe)

Pensée (Abstraction. Taine Hippolyte) (5) : (27 janvier) 1852. Hippolyte Taine [1828-1893], dans une lettre à sa mère, auteur de :
« Faut-il regretter que mon avenir soit celui d’un savant ? Aujourd’hui il n’en est pas d’autre, la politique et les places ne donnant accès qu’à la servilité. Le seul chemin où l’on puisse avancer sans s’éclabousser de fange, est celui des découvertes abstraites. On m’eût empêché d’écrire et de parler sur l’État, le Devoir, le Droit, etc.. Qui m’empêchera de publier que ce que j’aurais trouvé sur les nerfs et les sensations ? »
- le 7 juin 1852. « Le travail et le plaisir des découvertes scientifiques me consolent de tout. Il faut vivre comme moi dans la science abstraite pour n’avoir pas besoin de société. » Une abstraction encore bien confuse… 7

Pensée (Abstraction. Tolstoï Léon) (6) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, lors d’une réflexion sur les errements de l’histoire, écrit :
« L’activité spirituelle, l’instruction, la civilisation, la culture, l’idée, tout cela sont des notions abstraites, indéterminées, sous le couvert desquelles il est extrêmement facile d’employer des mots encore plus obscurs, que l’on peut par conséquent accorder avec n’importe quelles théories. » 8 (Cf. Langage. Mots, Penser. Théorie, Philosophie, Histoire)

Pensée (Abstraction. Taine Hippolyte) (7) : 1875. Hippolyte Taine [1828-1893], dans les Origines de la France contemporaine, auteur de :
« Depuis trois siècles, nous perdons de plus en plus la vue pleine et directe des choses ; […] nous étudions […] au lieu des hommes sentants et agissants, des statistiques, des codes, de l’histoire, de la littérature, de la philosophie, bref des mots imprimés et, chose pire, des mots abstraits, lesquels de siècle en siècle, deviennent plus abstraits, partant plus éloignés de l’expérience, plus difficiles à comprendre, moins maniables et plus décevants, surtout en matière humaine et sociale. » 9

Pensée (Abstraction. Deraismes Maria) (8) : 1883. Maria Deraismes [1828-1884], auteure, de : « Il est à remarquer que toutes les iniquités, tous les forfaits plus ou moins juridiques, plus ou moins légaux, ont été accomplis, en histoire, au nom d’une entité quelconque, d’un être abstrait, un mythe : Dieu, la Foi, la Patrie, la raison d’État, érigés en tyrans. » 10
Une pensée philosophie politique d’envergure. (Cf. Droit, Penser. Mythe, Philosophie)

Pensée (Abstraction. Stendhal) (9) : 1839. Stendhal [1783-1842] écrivit, sur l’exemplaire dit Chapier, de La Chartreuse de Parme le commentaire suivant :
« Jamais de mot abstrait ». 11 (Cf. Langage. Mots)

Pensée (Abstraction. Tolstoï Léon) (10) : 1877. Léon Tolstoï [1828-1910], dans Anna Karénine, auteur de : « […] Des termes imprécis, tels que ‘esprit, volonté, liberté, substance’ présentaient un certain sens à son intelligence tant qu’il voulait bien se prendre au subtil piège verbal qui lui était tendu [par les philosophes, Platon et Spinoza, Kant et Schelling, Hegel et Schopenhauer] ; mais revenait-il après une incursion dans la vie réelle à cet édifice qu’il avait cru solide, celui-ci croulait comme un château de cartes […] » 12 (Cf. Langage, Philosophie)

Pensée (Abstraction. Nizan Paul) (11) : 1932. Paul Nizan [1905-1940], dans Les chiens de garde, auteur de :
« La plus abstraite des pensées organisées au sein d’un système comporte, en dépit même de l’esprit qui la produit, des conséquences et des suites concrètes. […] » 13 (Cf. Politique, Philosophie. Nizan Paul)

Pensée (Abstraction. Gombrowicz Witold) (12) : 1953. Witold Gombrowicz [1904-1969] dans son Journal, auteur de :
« Quand donc en finirons-nous avec la tyrannie des mannequins de l’abstraction pour apercevoir à nouveau le monde concret ? » 14

Pensée (Abstraction. Yourcenar Marguerite) (13) : 1980. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Les yeux ouverts, auteure de :
« […] Mais laissons tomber ces abstractions, qui sont à notre époque une des formes favorites de l’imposture, et regardons à nu… » 15

Pensée (Abstraction. Castoriadis Cornelius) (14) : 1990. Cornelius Castoriadis [1922-1997] dans Quelle démocratie ?, auteur de :
« Dans Du contrat social [1762. Jean-Jacques Rousseau. 1712-1778], la définition de la démocratie est limpide - et intenable, car procédant du pur jeu de notions abstraites. […] » 16 (Cf. Politique. Démocratie)
* Ajout. 8 octobre 2021. « Limpide ? » : texte, certes fondé sur des abstractions, mais pourtant, avec ses fulgurances, bien confus.

Pensée (Abstraction. Steiner George) (15) : 1995. George Steiner [1929-2020], dans un Entretien paru dans Les logocrates, auteur de :
« Rien n’est plus sot, plus sec, plus émasculé, plus châtré que ce qui s’écrit aujourd’hui dans l’université américaine sur l’école de Francfort, l’œuvre de gens qui n’ont jamais entendu une foule dans la rue, qui n’ont jamais humé l’odeur d’une prison, qui n’ont jamais su ce qu’est un camp de concentration, qui ne savent rien du fait que ces hommes ont vécu leurs abstractions dans leurs os, dans leur chair et dans leur sang, dans leurs tripes, qu’ils ont vécu leur siècle comme jamais nos mandarins fats ne le feront. » 17 (Cf. Hommes. « Intellectuels », Philosophie. Horkheimer Max. Steiner George)

Pensée (Abstraction. Mélenchon Jean-Luc) (16) : (18 octobre) 2018. Lorsque Jean-Luc Mélenchon, furieux, à juste titre, d’être exclu, à l’occasion d’une méga-perquisition, sans conteste politique, des locaux du principal parti d’opposition de gauche, Les Insoumis - a hurlé : « La République, c’est moi ! » [en tant que député], il a sans doute moins été victime de son ego que d’une abstraction.
* Ajout. 2 décembre 2019. À moins que les deux, sans distanciation eu égard de la fonction de député, ne coexistent, voire se renforcent mutuellement… (Cf. Hommes. « Politiques ». Mélenchon Jean-Luc)

Pensée (« Adversaire ») : Penser sur les fondements des arguments de la critique d’« adversaires » révèle une paresse de l’esprit et s’avère une régression ; et y ajouter « adversaires outranciers » ne change rien à l’analyse.
Comprendre les fondements de ces pensées, là sont les avancées.

Pensée (Akerman Chantal) : 2013. Chantal Akerman [1950-2015], auteure de :
« On ne peut ouvrir le monde que par la pensée. » 18

Pensée (Ambiguïté) : Comment maintenir délibérément l’ambiguïté d’une pensée ? :
« Laissons cela de côté, je vous prie ».

Pensée (A priori) : Il / elle assurait n’avoir pas d’a priori ; il / elle s’imposait telle qu’en lui-même, en elle-même, sans aucune distanciation donc.

Pensée (Argument) : Ne pas avoir d’argument à opposer ne signifie pas avoir tort.
Variante : Ne pas être à même de démontrer un argument, certes, affaiblit son auteur-e, ne rend pas faux pour autant ce qu’il / elle énonce. (Cf. Penser. Argument)

Pensée. Argumentaire :

Pensée (Argumentaire) (1) : Dans un argumentaire, lors d’une discussion - si l’on souhaite y répondre - c’est le postulat de la pensée de chacun-e qu’il faut d’abord chercher à comprendre. Et comme il est le plus souvent refoulé, inconscient, et si souvent absent, faute d’être fondé sur une quelconque analyse, l’immense majorité des débats ne mènent à rien et / ou ne créent encore qu’un peu plus de confusion.
Lorsqu’ils sont pertinent, percutants, neufs, lorsqu’ils ouvrent des horizons, quel bonheur ! (Cf. Penser. Postulat)

Pensée (Argumentaire) (2) : Combien d’argumentaires dont la fonction est de détourner l’évidence, masquer une vérité, conforter un mensonge, repousser le doute, semer la suspicion, éviter une responsabilité, créer un bouc émissaire … ?

Pensée (« Atténuée ») : (20 octobre) 1939. Romain Rolland [1866-1944] dans son Journal, en N.B., à la suite d’une lettre critique adressée au rédacteur de la revue communiste Commune écrit :
« Ma première rédaction de cette réponse (retranscrite) était beaucoup plus catégorique encore et plus précise, en ce qui concerne ‘les autres questions connexes qui ont amené la scission dans nos rangs’, et je déclarais qu’il me serait impossible de collaborer avec une revue qui ne se prononcerai pas nettement contre la collusion de Moscou avec Hitler. Mais, outre qu’il n’eût pas été prudent pour mon correspondant d’attirer sur lui et ses collaborateurs les soupçons de la censure postale, - je ne suis plus libre entièrement. J’ai un otage, à Moscou [II s’agit du fils de son épouse qui y vit]. Je crains de l’exposer, en parlant. Il me faut mesurer mes paroles. Non que je trahisse ma pensée. Rien au monde ne le pourrait faire. Mais j’en atténue l’expression. » 19 (Cf. Femmes. Épouse de. Rolland Maria)

Pensée. Autoritaire :

Pensée (Autoritaire) (1) : Expressions, manifestations d’une pensée autoritaire :
- (15 mai) 1873. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Adolphe Thiers, alors président de la république [1797-1877] recommande fortement son ami Eugène Lambert [1825-1900] et ses tableaux [de chats] et lui écrit : « Tout le jury, et j’ose dire tous les peintres acclameraient sa décoration comme essentiellement méritée. » 20
- (1932 ?). Raymond Aron [1905-1983] : « Il n’y a qu’une seule question : […]. » 21
- 1957. Roland Barthes [1915-1921], dans Mythologies : « Cela n’a aucun intérêt. » 22
- 1965. Daniel Guérin [1904-1988], dans L’anarchisme, auteur de : « La seule solution eût été de … » 23
- 1971. (congrès d’Épinay). François Mitterrand : « Nous sommes solidaires, tous… »
- 1979. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Capitalisme moderne et révolution, auteur de : « Mais la question essentielle n’est pas là. » 24
- (21 mai) 2021. Cynthia Fleury : « Ce qu’il faut comprendre… » 25
- (4 juin) 2021. Éric Zemmour : « Qu’est-ce que disent les féministes d’aujourd’hui ? » Et il répond. 26
- (6 juin) 2021. Entendu : « Les femmes ne veulent pas se venger [des hommes]. »
- (14 juin) 2021. Éric Zemmour : « Nous, Français… » 27 (Cf. Hommes. Modestes, Politique. Ennemis. Nationalisme. Racisme)
- (22 juin) 2021. Bernard-Henri Lévy : « C’est ça la seule question. » 28
- (25 juin) 2021. Radio courtoisie : « Il faut leur faire prendre conscience de… »
- (28 juin) 2021. C. News : « Le débat a pris fin », puis : « Le débat est terminé ».
- (28 juin) 2021. C. News : « C’est ça, les causes des femmes ».
- (2 juillet) 2021. France Inter : « Silence dans les rangs ! On va vous couper les micros. »
- (8 juillet) 2021. France Culture. Geneviève Fraisse concernant Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe :
« Elle va se poser toutes les bonnes questions. » 29 (Cf. Féminisme)
- (9 juillet) 2021. Jean-Claude Michéa, auteur de : « Ce livre [1984] doit être lu de cette façon… » 30
- (12 juillet) 2021. Emmanuel Macron, dans son discours télévisé, : « C’est le seul chemin. »
- (13 juillet) 2021. Benjamin Stora, auteur de : « Tout cela est bien connu…», « Le problème, ce n’est pas ça, pour Fanon… », « Sa préférence naturelle, c’est… », « Il n’y a pas eu de transmission… » 31
- (13 juillet) 2021. Cynthia Fleury, auteure de : « Les travaux de [...] qu’on connait bien… », « […] Ça, c’est évident » 32
- (14 juillet) 2021. Éric Zemmour sur C. News, auteur de : « Tout le monde le sait… », « C’est évident », « la vérité, c’est », « c’est ça le sujet fondamental », « je ne cesse de vous le dire », « tout le monde a compris », « on sait ça », « nous allons vers des troubles graves », « il y a une angoisse de la guerre civile », « les américains en rajoutent comme d’habitude », « tout le monde le sait », « il faut ça »…
Éric Zemmour n’explique pas, n’argumente pas, ne justifie pas : il assène… tout seul.
N.B. Je n’oublie pas son sourire grimaçant et quasiment comblé lorsqu’il évoqua l’hypothèse d’une bombe atomique lancée par l’armée française sur la Turquie.
- (22 juillet) 2021. Hubert Védrine, sur France Culture : « C’est un slogan idiot », « On perd son temps », « le décalage entre Marx et Lénine, vous voyez … »
- (29 juillet) 2021. Julie Gacon, sur France Culture, concernant Noam Chomsky, interroge Géraldine Muhlmann, ‘son’ invitée : « Qu’est-ce qu’il faut garder de lui ? »
- (7 août) 2021. Alain Finkielkraut, sur France Culture, auteur de : « C’est ça qui se dit dans la formule : ‘Je t’aime’. » 33
- (9 août) 2021. Jean-Luc Godard, sur France Culture, auteur de : « […] C’est le seul bon film qu’elle ait fait. » 34
- (12 août) 2021. Arnaud Desplechin, sur France Culture, auteur de : « Ce n’est pas ce qu’on admire chez lui. » 35
- (21 août) 2021. Alain Finkielkraut, sur France Culture, auteur de : « Si l’on veut répondre intelligemment à cette question, il faut […] » , « Ce que le pape ne pense pas… », « même le pape ne sait plus croire », « Il faut soutenir cette revue », ainsi que cet échange : « J’espère ne pas » « Bien sûr que non. » 36
- (21 août) 2021. Pierre Manent, sur France Culture, auteur de : « Il y a un défaut d’analyse radicale chez le pape François… », « c’est ça l’humanisme », « être chrétien, c’est… » 37
- (24 août) 2021. Pauline Chanu, sur France Culture, concernant Olympe de Gouges [1748-1793], auteure de : « […] C’est cette image que nous garderons d’elle. » 38
- (25 août) 2021. Geneviève Fraisse, sur France Culture, auteure de : « Non pas du tout. Ca n’a rien à voir avec ça. » 39
- (11 septembre) 2021. Serge Hefez, sur France Culture, auteur de : « C’est un état de fait. » 40
- (11 septembre) 2021. Alain Finkielkraut, sur France Culture, après avoir opposé « la marche » [vers l’égalité] à « la scène », auteur de : « Moi, je veux réintégrer la démocratie comme une scène (?), et c’est le rôle que j’assigne à Répliques. » 41 (Cf. Pensée. Binaire, Politique. Démocratie)
- (12 septembre) 2021. Thierry Pech, sur France Culture, à Patrick Cohen, nouveau responsable de l’émission L’esprit public, peu suspect, par ailleurs, d’anti-macronisme, auteur de : « Vous avez posé la bonne question. » 42
- (9 octobre) 2021. Guillaume Cuchet, sur France Culture, auteur de : « On se place sur un mauvais terrain quand… » 43
- (12 octobre) 2021. Emmanuel Macron, auteur de : « Tous me disent… » 44
- (15 octobre) 2021. Jacques Rupnik, auteur de : « Pour tout le monde, les choses sont claires. » 45
- (16 octobre) 2021. Alain Finkielkraut, sur France Culture, auteur de : « Mona Ozouf dont personne ne peut suspecter le féminisme ». 46
- (17 octobre) 2021. Benjamin Stora : « Je travaille depuis une petite quarantaine d’années sur ces questions. » 47
- (23 octobre) 2021. Paul-Marie Coûteaux, sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), auteur de : « Il faudra un jour régler nos comptes avec les élites multiculturelles ».
- (24 octobre) 2021. Alain Finkielkraut, sur C. News, auteur, entre autres, de : « L’Université est dévastée. »
- (31 octobre) 2021. Thierry Pech, sur France Culture, à Amy Dahan, auteur de : « Ce n’est pas ça le débat. » 48
- (14 novembre) 2021. Thierry Pech, sur France Culture, auteur de : « J’ai envie de vous mettre en garde contre les réponses intuitives. » 49
- (27 novembre) 2021. Jean-Louis Bourlanges, sur France Culture, auteur de : « Ceux qui ne comprennent pas ça, ne comprennent rien à l’Europe. » 50
- (23 janvier) 2022. Dominique Schnapper, sur France Culture, auteure de : « Comme ça n’intéresse personne… », suivi d’une référence aux « vrais problèmes ». 51
- (24 février) 2022. Entendu sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite) : « En France, on mange du porc. »

Pensée (Autoritaire) (2) : En quoi, comment, suis-je et/ou non porteuse de pensées autoritaires ? Ne pouvoir - encore ? - répondre à cette question, ne doit pas pour autant limiter mes relevés de ce que je perçois comme autoritaires dans les pensées des autres. Mieux, cette perception m’y aide.
* Ajout. 13 juillet 2021. … Ce qui me rappelle l’expression, dite enfantine, en réalité très profonde : « C’est celui qui le dit qui l’est. »

Pensée (Autoritaire) (3) : Claude Galien [129-216], auteur de : « Je crois qu’il n’y a rien à ajouter à ce que je dis. » 52

Pensée. Balzac Honoré de :

Pensée (Balzac Honoré de) (1) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« Lucien [de Rubempré] fut en un moment séduit par les réflexions du gentilhomme, et charmé de voir s’ouvrir devant lui les portes du salon d’où il se croyait à a jamais banni quelques mois auparavant. Il admira le pouvoir de la pensée. » 53

Pensée (Balzac Honoré de) (2) : 1844. Honoré de Balzac [1799-1850], dans La femme de trente ans, auteur de :
« Il existe des pensées auxquelles nous obéissons sans les connaître ; elles sont en nous à notre insu. Quoique cette réflexion puisse paraître plus paradoxale que vraie, chaque personne de bonne foi en trouvera mille preuves dans sa vie. En se rendant chez la marquise, Charles obéissait à l’un de ces textes préexistants dont notre expérience et les conquêtes de notre esprit ne sont, plus tard, que les développements sensibles. »
N.B. L’emploi du mot « texte » peut laisser penser qu’Honoré de Balzac exprime ici son analyse du processus de sa propre écriture. 54

Pensée (Ben voyons !) : (5 décembre) 2021. Lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte, lorsqu’il a tenté de justifier qu’il n’était « pas un fasciste, pas un raciste, pas un misogyne », on a pu entendre dans la salle, bien disciplinée, des « Ben, voyons ! », mais on a pu lire aussi des pancartes - préalablement préparées donc - qui ont surgi dans le public sur lesquelles on pouvait lire aussi « Ben, voyons ! ».
- Je découvre que des casquettes (fabriquées en Chine) comportent ce « Ben voyons ».
Si l’on voulait discréditer a priori l’idée même toute discussion, on trouverait difficilement plus efficace. Pourquoi donc serait-ce nécessaire ? Il est « le seul » - et entend bien ainsi le rester - à défendre « la liberté d’expression ».

Pensée (Bernhardt Sarah) : 1907. Sarah Bernhardt [1844-1923], dans ses Mémoires, auteure de :
« […] Nous logeons en nous notre plus terrible ennemi : ‘la pensée’, laquelle est sans cesse en contradiction avec nos actes ; laquelle se dresse parfois, terrible, perfide, méchante, et que nous essayons de chasser sans y réussir. Nous ne lui obéissons pas toujours, grâce à Dieu ! mais elle nous poursuit, nous lancine, nous fait souffrir. Que de fois les plus mauvaises pensées nous assaillent ! Et quel combat il faut livrer contre ces filles de notre cerveau ! La colère, l’ambition, la vengeance, font naître les plus détestables pensées, dont on rougit comme d’une tare, qui ne sont pas des nôtres, car nous ne les avons pas appelées, mais qui souillent quand même, et qui nous laissent désespérés de n’être pas seuls maîtres de notre âme, de notre cœur et de notre cerveau. » 55 (Cf. Êtres humains. Cerveaux, Femmes. Artistes. Bernhardt Sarah)

Pensée (« Bêtises ») : « Ne dis pas de bêtises ! » : Combien d’idées, d’espérances, de curiosités, de fulgurances, de radicalités ont-elles été sacrifiées sur l’autel de cette injonction ?
Et, dans le prolongement, combien d’entre elles ont-elles été brisées par un :
« Arrêtez ! », « Taisez-vous ! », « Ça suffit ! », « C’est moi qui parle ! », « Répondez à ma question ! », « Vous n’avez pas la parole ! », « Vous avez épuisé votre temps de parole », « Il vous reste 5 minutes » …

Penser. Pensée. Binaire :

Pensée (Binaire) (1) : Quelques applications de la pensée binaire (en vrac) :
homme / femme ; homme / singe ; Adam / Ève ; Ève / Marie ; Ève / Lilith ; père / mère ; garçon / fille ; âme / corps ; chair / esprit ; psychique / organique ; bien / mal ; bien / mieux ; sujet / objet ; eux-elles / nous ; moi / toi ; moi / soi ; individu-e / société ; humain / non-humain ; physique / moral-e ; moral / immoral ; moral / a-moral ; immanence / transcendance ; juste / injuste ; universel-le / cosmique ; jeune / vieux-vieille ; enfant / adulte ; enfant / vieillard ; joie / plaisir ; plaisir / réalité ; ami-e / ennemi-e ; privé-e / public-que ; homo / hétéro ; père / mère ; marié-e / célibataire ; riche / pauvre ; honnête / malhonnête ; civil-e / militaire ; mortel-le / immortel-le ; gentil-le / méchant-e ; salarié-e / chômeur-se ; sage / fou-folle ; bon-ne / mauvais-e ; concordance / discordance ; gai-e / triste ; grossier-ère / subtil-e ; génétique / social ; malade / en bonne santé ; symétrie / dissymétrie ; qualité / défaut ; riche / pauvre ; enrichir / appauvrir ; optimisme / pessimisme ; vie / mort ; catholique / protestant-e ; normal / anormal ; universaliste / individualiste ; enracinement / déracinement ; assembler / séparer ; créancier-ère / débiteur-trice ; français-e (ou autre) / étranger-ère ; altruisme / égoïsme ; chose / personne ; mobile / immobile ; médaille / revers ; bruit / silence ; aller / retour ; manque / excès ; homogène / hétérogène ; dialogue / monologue ; joindre / disjoindre ; orient / occident ; cul / chemise ; identique / différent-e ; marxisme / [néo] libéralisme ; fermeté / modération ; nature / culture ; ange / démon ; génie / talent ; trône / autel ; dedans / dehors ; avant / après ; froid-e / chaud-e ; figuratif-ve / abstrait-e ; présent-e / absent-e ; trouvères / troubadours ; maître / esclave ; maître / disciple ; concret-ète / abstrait-e ; intérieur / extérieur ; minéral / végétal ; anarchiste / libertaire ; visible / invisible ; monothéisme / polythéisme ; héros / anti-héros ; inférieur-e / supérieur-e ; majorité / minorité ; contradiction / combinaison ; commun / propre ; parler / dire ; parler / écrire ; lire / écrire ; semer / moissonner ; microcosme / macrocosme ; structurel / conjoncturel ; mythe / réalité ; signifiant / signifié ; cour / jardin ; œuf / poule ; droit / courbe ; unité / diversité ; intrinsèque / extrinsèque ; rire / pleurer ; transparent / opaque ; clitoris / pénis ; fascination / répulsion ; lave / pierre-ponce ; comique / tragique ; comédie / tragédie ; grave / léger ; amour / haine ; considération / déconsidération ; utopie / hétérotopie ; utopie / dystopie ; finesse / géométrie ; envers / endroit ; lâche / tendu ; cliques / claques ; haut / bas ; longitude / latitude ; pesanteur / grâce ; animé-e / inanimé-e ; lois / mœurs ; prospectif / rétrospectif ; volonté / velléité ; lumière / obscurité ; lumière / ombres ; calme / tempête ; blanc-he / noir-e ; grand-e / petit-e ; passer / casser ; pluie / beau temps ; maigre / gros-se ; déclaratif / contraignant ; belle / bête ; vide / plein-e ; accident / bavure ; peste / choléra ; actif-ve/ passif-ve ; actif-ve/ inactif-ve ; alya / yerida ; savoir / pouvoir ; savoir / connaître ; aujourd’hui / demain ; sabre / goupillon ; aiguille / botte de foin ; chêne / roseau ; urbain-e / rura-le ; victoire / défaite ; invariant / distinctif ; Alsace / Lorraine ; Haute Normandie / Basse Normandie ; Iran / Irak; France / Allemagne ; rassurer / inquiéter ; perdu-e [re]trouvé-e ; abstraction / figuration ; terre / ciel ; terrestre / céleste ; poison / contrepoison ; choisir / subir ; majuscule / minuscule ; vivre / être ; vivre / mourir ; passé / futur ; passé / présent ; minimal-e / maximal-e ; désir / possession ; ainé-e / puiné-e ; lourd-e / léger-ère ; se-che / humide ; dur-e / mou-olle ; force / faiblesse ; cru-e / cuit-e ; productif-ve / improductif-ve / contre-productif/ve ; ; dieu / diable ; diable / serpent ; bonus / malus ; pire / meilleur-e ; honte / fierté ; paradis / enfer ; clérical-e / anticlérical-e ; sabre / goupillon ; optimisme / pessimisme ; pile / face ; esprit / lettre ; esprit / livre ; degré / nature ; oral / écrit ; constater / critiquer ; capital / dette ; corrélation / causalité ; convergent-e / divergent-e ; ignorer / critiquer ; s’opposer / participer ; identité / modernité ; vulgaire / distingué-e ; stable / mouvant-e ; singulier-ère / pluriel-le ; œuf / poule ; eau / feu ; sur / sous ; amont / aval ; proue / poupe ; gai-e / triste ; moderne / antimoderne ; aile / cuisse ; gré / force ; naturaliste / réaliste ; achat / vente ; naitre / mourir ; largeur / longueur ; positif-ve / négatif-ve ; espace / temps ; ville / campagne ; optimiste / pessimiste ; réussite / échec ; avantage / inconvénient ; minceur / épaisseur ; chat / souris ; aiguille / botte de foin. simple / complexe ; court / long ; mémoire / oubli ; alpha / oméga ; wait / see ; porte / fenêtre ; conscience / inconscience ; matrilinéaire / patrilinéaire ; économique / social-e ; absolu-e / relatif-ve ; début / fin ; être / néant ; être / non-être ; être / avoir ; ouvert-e / fermé-e ; croyance / connaissance ; individuel-le / collectif-ve ; hasard / nécessité ; progrès / réaction ; consensus / dissensus ; frein / accélérateur ; rose / épine ; écrou / boulon ; autonomie / hétéronomie ; faucon / colombe ; instinct / raison ; intuition / raison ; foi / raison ; émotion / raison ; cause / effet ; vers / prose ; spécifique / générique ; incitatif / désincitatif ; analogie / antilogie ; simple / compliqué ; sciences exactes / sciences humaines ; lent / rapide ; meilleur / pire ; minimum / maximum ; bonheur / malheur ; favorable / défavorable ; prodigue / avare ; gite / couvert ; audible / inaudible ; sommet / contre-sommet ; patron / ouvrier ; salarié-e / usager-ère ; concordant-e / discordant-e ; premier-ère / dernier-ère ; nulle part / partout ; central-e / périphérique ; insurrection / contre-insurrection ; implicite / explicite ; ; absolu-e / relatif-ve ; manifeste / latent ; incarné-e / désincarné-e ; accusation / défense ; charge / contre-charge ; ancien-s / moderne-s ; moderne / antimoderne ; soit / soit ; pesanteur / grâce ; rouge / noir ; jeune / vieux-vielle ; jamais / toujours ; fond / forme ; dévote / indévote [Voltaire], complet / incomplet ; fin / moyen ; centré / décentré ; recette / débit ; action / réaction ; input / output ; faune / flore ; minéral / végétal ; sage / saint-e ; fou-folle / normal-e ; harmonie / rythme ; créature / créateur ; optimisme / pessimisme ; attaché-e / détaché-é ; gite / couvert ; sucré / salé ; brun-e / blond-e ; nain-e / géant-e ; sur / sous ; communion / désunion ; bête / intelligent-e ; théorie / pratique ; solidarité / insolidarité ; rêve / cauchemar ; gendarme / voleur-euse ; prisonnier-ère / surveillant-e ; ordre / désordre ; fascisme / communisme ; exploiteur-e / exploité-e ; monochrome / polychrome ; conservateur-trice / progressiste ; [rive] droite / [rive] gauche ; sympathique / antipathique ; sommet / base ; inductif-ve/ déductif ; objectif / subjectif ; névrose / psychose ; diachronique / synchronique ; inné-e / acquis-e ; totem / tabou ; château / chaumière ; paix / guerre ; Mars / Vénus ; oser / redouter ; nager / couler ; admirer / mépriser ; aurore / crépuscule ; ponant / levant ; sensible / intellect ; juif-ve / goy ; avancée / recul ; défensif-ve / offensif-ve ; parallèle / perpendiculaire ; civil / pénal ; militaire / civil-e ; GPA / PMA ; science / conscience ; thèse / antithèse ; corbeau / renard ; centrifuge / centripète ; absolu / relatif ; culture / contre-culture ; clé / serrure ; aller / venir ; composer / exécuter ; profane / sacré-e ; orthodoxe / hétérodoxe ; rationnel-le / irrationnel-le ; tout / partie ; négocier / manifester ; retraites / salaires ; introverti-e / extraverti-e ; sol / sang ; impressionnisme / expressionnisme ; détruire / construire ; pied / cap ; bric / broc ; moyen / fin ; matérialisme / idéalisme ; réflexion / décision ; polémique / réflexion ; dicible / indicible ; vrai-e / faux-sse ; pile / face ; ying / yang ; fini-e / infini-e ; création / destruction ; utile / nuisible ; eros / thanatos ; loi / ordre ; désordre / chaos ; pleins / déliés ; propre / sale ; racisme / antiracisme ; fiction / réel ; tout / rien ; force / faiblesse ; gagner / perdre ; grossir / maigrir ; image / son ; Anciens / Modernes ; grossir / grandir ; nouveau-elle / ancien-ne ; sueur / larmes ; chair / os ; partout / nulle part ; nord / sud ; est / ouest ; pain / vin ; bourgeoisie / prolétariat ; hommes / femmes ; autour / alentour ; reins / cœurs ; orthodoxie / hétérodoxie ; bon vin / piquette ; arctique / antarctique ; futuriste / passéiste ; mérite / récompense ; poire / fromage ; madone / putain ; Maghreb / Machrek ; ashkénaze / sépharade ; fleur / épines ; titulaire / auxiliaire ; alpha / oméga ; émetteur-trice / récepteur-trice ; bon grain / ivraie ; papillons / lumière ; flux / reflux ; pathos / logos ; inflation / déflation ; art / non-art ; nomade /sédentaire ; mer / montagne ; atténuant-e / aggravant-e ; partir / arriver ; ressemblance / différence ; beau-belle / laid-e ; gagnant-e / perdant-e ; buteur / passeur ; valise / cercueil ; tireur / pointeur ; mondialisation / protectionnisme ; évènement / non-évènement ; permis-e / toléré-e ; interdit-e / autorisé-e ; maudire / bénir ; addition / soustraction ; ombre / lumière ; comédie / tragédie ; opéra / opérette ; âge / anti-âge ; pub / contre-pub ; légal-e / illégal-e ; endogène / exogène ; possible / impossible ; train / avion ; vélo / voiture ; gain / perte ; sublime / grotesque ; clair-e / sombre ; sang / encre ; sang / larmes ; pur-e / impur-e ; croyable / incroyable ; ex-post / ex ante ; faillible / infaillible ; État / société civile ; État / marché ; régner / gouverner ; vérité / mensonge ; trame / chaine ; rupture / continuité ; sédatif / stimulant ; curatif / préventif ; préventif / répressif ; réussir / rater ; belle / bête ; vessie / lanterne ; chèvre / chou ; question / réponse ; obéir / commander ; obéir / désobéir ; droit / devoir ; feu / glace ; promettre / jurer ; faim / soif ; carnivore / herbivore ; sens / non-sens ; vice / vertu ; pousser / tirer ; propre / figuré ; astronomie / astrologie ; domination / soumission ; vertical-e / horizontal-e ; coupable / pas coupable ; coupable / innocent-e ; majoritaire / minoritaire ; compétition / collaboration ; réalité / apparence ; collectionner / conserver ; point / virgule ; point / ligne ; pipi / caca ; pot de terre / pot de fer ; torchon / serviette ; lard / cochon ; peste / choléra ; marteau / enclume ; loup / agneau ; chien / loup ; chat / souris ; crapaud / prince charmant ; bœuf / vache ; bœuf / âne ; lièvre / tortue ; carpe / lapin ; proie / ombre ; allié-e / rallié-e ; liberté / sécurité ; loin / proche ; équilibre / déséquilibre ; superstructure / infrastructure ; liberté / nécessité ; liberté / détermination ; jureur / réfractaire ; miracle / mirage ; Arabes / Berbères ; Turc-ques / Kurdes ; bémol / dièse ; liseron / volubilis ; arbre / écorce ; grévistes / usagers-ères ; fil / aiguille ; mouche / marteau-pilon ; manche / cognée ; économie / social ; économie / santé ; micro / macro [économie] ; Keynésien-ne / antikeynésien-ne ; Flers / Caillavet ; Meilhac / Halévy ; Communard-es / Versaillais ; Dreyfusard-es / Anti-Deyfusards ; présidentiel / parlementaire ; individualisme / collectivisme ; sabre / goupillon ; chanson / chansonnette ; réforme / révolution ; révolte / répression ; réforme / contre-réforme ; de facto / de jure ; beurre / argent du beurre ; comment / pourquoi ; nécessaire / superflu-e ; banal / exceptionnel ; matériel-le / spirituel-le ; jour / lendemain ; donner / recevoir ; rien / tout ; divin-e / humain-e ; ver de terre / étoile ; tradition / modernité ; eau / feu ; eau / vin ; eau / huile ; huile / vinaigre ; lisse / rugueux ; analogie / homologie ; nationalisme / internationalisme ; nationalisme / localisme ; phrase / antiphrase ; fromage / dessert ; monter / descendre ; fond / tréfonds ; cercle / carré ; A / B ; A / Z ; cynique / naïf ; sérieux / sacrifice ; rose / réséda ; chrysalide / papillon; satire / pamphlet ; forme / contenu ; paille / poutre ; mépris / estime ; introduction / conclusion ; mouche / gobe-mouche ; étanche / perméable ; carotte / bâton ; top / flop ; compère / commère ; analyseur-se / analysé-e ; officiel / officieux ; probable / certain ; probabilités / certitudes ; décadence / renaissance ; Jean qui rit / Jean qui pleure ; Jean / Jeanne ; Pierre / Pierrette ; rassurer / protéger ; France d’en haut / France d’en bas ; Léopoldville / Kinshasa ; Constantinople / Istanbul ; Leningrad / Saint Pétersbourg ; Taïwan / Formose ; Paris / province ; Capitole / roche tarpéienne ; Pierre / Paul ; Marthe / Marie ; Stoïciens / Épicuriens ; Léa / Rachel ; Don Quichotte / Sancho Pança ; Lutèce / Paris ; Grecs / Barbares; Grecs / Romains ; Hutus / Tutsis ; Jason / les argonautes ; Chiites / Sunnites ; FTP / FFI ; Corneille / Racine ; Machiavel / Kant ; Shéhérazade / sultan ; Othello / Desdémone ; Psyché / Cupidon ; Vénus / Adonis ; Sherlock Holmes / Watson ; Pygmalion / Galatée ; Icare / Prométhée ; Caïn / Abel ; Circé / Pénélope ; Antigone / Créon ; Roumi / Shams de Tabriz ; Pallas / Minerve ; Camus / Sartre ; Sartre / Aron ; Aristophane / Sophocle ; Remus / Romulus ; Hadrien / Antinous ; Thésée / Ariane ; Vénus / Adonis ; Charybde / Scylla ; David / Goliath ; Samson / Dalila ; Daphnis / Chloé ; Israël / Palestine ; Sodome / Gomorrhe ; Aspasie / Périclès ; Judith / Holopherne ; Orphée / Eurydice ; Rameau / Lully ; Sparte / Grèce ; Achab / Ismaël ; Bartali / Coppi ; Poulidor / Anquetil ; Tintin / Milou ; Buster Keaton / Charlot ; Caliban / Prospero ; David / Saül ; Laurel / Hardy ; Esméralda / Quasimodo ; Achille / Hector ; Ulysse / Cyclope ; Hector / Achille ; Tarzan / Jane ; Mickey / Minnie ; Docteur Jekyll / Mister Hyde ; Nicolas / Pimprenelle ; Henry IV / poule au pot ; Saint Louis / chêne ; Horace / Curiace ; Isis / Osiris ; Montaigu / Capulet ; Capétiens / Plantagenets ; Junon [bien que sœur et épouse de] / Jupiter ; Duquesnois / Groseille ; Lénine / Staline ; Hitler / Staline ; Trotsky / Staline ; Chimène / Rodrigue ; Babar / la vieille dame ; Bécassine / la marquise de Grand air ; Laurel / Hardy ; De Gaulle / Pétain ; Héraclite / Démocrite ; Jonas / la baleine ; Platon / Aristote ; Wotan / Brunhilde ; Haydn / Mozart ; Gluck / Puccini ; Donald Trump / Hilary Clinton ; Apollon / Dionysos ; princesse / prince charmant ; Emmanuel Macron / Le Pen ; Héloïse / Abélard ; Roméo / Juliette ; Jets / Sharks ; Blanche-neige / prince charmant ; Petit Poucet / ogre ; père Noël / père Fouettard ; Héloïse / Abélard ; Laure / Pétrarque ; Électre / Oreste ; Saint Georges / dragon ; aristocrates / bourgeois ; capital / travail ; bourgeois / classe ouvrière ; résistants / collaborateurs ; Appel du 18 juin / armistice ; royalistes / républicains ; démocrates / républicains ; Bolchéviques / Menchéviks ; Girondins / Jacobins ; peuple / élites ; château / chaumière ; Gilets jaunes / casseurs ; Gilets jaunes / C.R.S ; économique / social ; temps / espace; victimes / bourreaux ; [de] gré / [de] force ; coût / bénéfice ; risque / avantage ; gagnant / placé ; zéro / infini ; godillots / frondeurs ; contrebandier / douanier ; CDD / CDI ; Brexit (Yes) / Brexit (No) ; bads guys / good guys ; somewhere / anywhere ; vaginales / clitoridiennes ; anthropocène / holocène ; criminel / enfant de chœur ; tes amies / mes enfants ; like / dislike [Facebook] ; intuitif / contre-intuitif ; affronter / confronter ; associer / dissocier ; métaphysique / pataphysique ; armistice / capitulation ; chômage / plein emploi ; métaphore / métonymie ; fantasme / réalité ;
- De deux choses l’une…
- D’un côté ou de l’autre…
- Face à face…
- Dos à dos…
- Tête à tête
- Dialogue.
Et tout ceci devant être critiqué, en soi, et à l’aune de pensées [anti] patriarcales. Dur, dur…
Au vu de ce déballage, assurément non exhaustif, je me demande si, quand, dans quelles conditions, le monde a-t-il pu raisonner, penser autrement que sur la base de ces oppositions… binaires ?
- Penser donc à ce relevé avant de répondre à la question : Êtes-vous : pour ou contre ?
Ou : pour et contre ? en même temps ? et/ou réciproquement ? (Cf. Patriarcat. Penser) 56
* Ajout. 12 octobre 2018. Quel statut, dès lors, sur cette réalité si diverse, accorder à la critique de la « pensée manichéenne » ? (Cf. Pensée. Abstraction. Manichéenne)

Pensée (Binaire) (2) : La comparaison épuise l’entendement ; et ce d’autant que les termes ne sont pas préalablement définis et resitués dans leur contexte. Dès lors, la discussion qui bloque les champs des possibles ne peut mener qu’à l’enfermement de la critique au sein d’une pensée rigidifiée. Les termes du débat pensés comme « binaires » ne peuvent que reproduire le postulat. - Et, le « forçage du - au - binaire » notamment incarné par Emmanuel Macron le 15 septembre 2020 utilisant la France des lumières afin de justifier la nécessité de la 5 G - est, à de nombreux titres, inquiétante. (Cf. Penser. Comparaison)

Pensée (Binaire) (3) : Entendu : « [En France], quand on n’est pas d’accord, on est contre. » Quel lien avec la pensée binaire ?
* Ajout. 31 décembre 2018. Pierre Desproges [1939-1988], auteur de :
« Je n’ai rien contre les racistes. Au contraire. »

Pensée (Binaire) (4) : Entre les « climato sceptiques » et ceux et celles qui croient au réchauffement de la planète et de ses dangers, quelle place accorder à la si nécessaire critique de la fonction politique et économique que joue actuellement la lutte contre le réchauffement de la planète ? (Cf. Politique. Écologie)

Pensée (Binaire) (5) : Une pensée binaire - dont se nourrisse les débats qui nous sont quotidiennement proposés, imposés - oppose une pensée féministe à une pensée antiféministe. Au lieu et place de : nombre de pensées féministes. (Insuffisant. Poursuivre)

Pensée (Binaire) (6) : Pensée binaire ; pensée sommaire ; pensée fausse…

Pensée (Binaire) (7) : « En même temps » : le contraire d’une pensée - censée politique - binaire : ? (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel)

Pensée (Binaire) (8) : « Où placer le curseur ? » : formule de plus en plus banale. Ne veut rien dire. Crée et maintient la confusion. Ne remet en aucun cas une pensée binaire.

Pensée (Binaire) (9) : L’introduction d’un troisième terme [exemple : le purgatoire entre l’enfer et le paradis] atténue certes l’opposition des deux termes de cette pensée, mais il ne la supprime pas.

Pensée (Binaire) (10) : Dans le cadre d’une pensée binaire, qu’en est-il de l’alliance des contraires ? L’une est-elle le condition de l’autre ? (Poursuivre : manque de dialectique…)

Pensée (Binaire) (11) : L’opposé - si opposé il y a - de « masculin » n’est pas « féminin », mais « féministe ». (Poursuivre) (Cf. Femmes. « Féminin », Hommes, Langage, Patriarcat, Penser)

Pensée (Binaire) (12) : Victor Hugo [1802-1885] a souvent été critiqué pour son manichéisme. Si cette analyse peut être justifiée, la réduire à cela, c’est présenter une vision si simpliste, si grossière, qu’elle juge son auteur-e. Mais, plus profondément, n’est-ce pas les oppositions de valeurs - souvent incarnées dans ses œuvres - auxquelles se réfère Victor Hugo qui en est la cause cachée ?

Pensée (Binaire) (13) : Critiquer les fondements binaires d’une pensée est la première étape; la seconde est de critiquer les fondements de la comparaison, de l’opposition ; la troisième est d’en penser les significations. (Cf. Penser. Comparaison)

Pensée (Binaire) (14) : Le contraire d’une logique binaire n’est pas une pensée de « la gradation » [Mireille Delmas-Marty. 11 mai 2011]

Pensée (Binaire) (15) : [après avoir vu Le général della Rovere [1959] de Roberto Rosselini [1906-1979] Il est des moments où les pensées sont - et doivent - être binaires, car les choix sont binaires, et qu’il faut choisir son camp.

Pensée (Binaire) (16) : La critique faite à l’extrême-droite de la « rhétorique de l’inversion » conforte la binairité de la pensée. Elle est de plus absurde, car cette critique est bien entendu renversable.

Pensée (Binaire) (17) : « La France et…», « Les français et… » : Quelle bêtise ! (Cf. Politique. Extrême-droite, Nationalisme)

Par ordre chronologique. Pensée. Binaire :

Pensée (Binaire) (1) : 1717. Le cardinal de Retz [1613-1679] dans ses Mémoires, cite :
« […] La maxime qui nous ordonne de nous pas si fort choquer des fautes de ceux qui sont unis avec nous, que nous en donnions de l’avantage à ceux contre lesquels nous agissons. » 57

Pensée (Binaire) (2) : (janvier) 1768. Voltaire [1694-1778] écrit à Gabriel Cramer [1723-1793] : « Je veux ramener les hommes à l’amour de l’humanité par l’horreur de la barbarie. » 58 (Cf. Relations entre êtres humains. Aimer / Haïr, Penser)

Pensée (Binaire) (3) : (13 juillet) 1768. Voltaire [1694-1778] écrit à madame du Deffand [1697-1780] : « Ne vous acquittez pas d’un usage prescrit, vous êtes un monstre d’athéisme. Acquittez-vous en ; vous êtes un monstre d’hypocrisie. Telle est la logique de l’envie et de la calomnie. » 59

Pensée (Binaire) (4) : (16 juillet) 1789. Mirabeau [1749-1791], dans son Discours sur le droit qu’à l’Assemblée de juger les ministres, auteur de :
« Vous n’admettez aucun intervalle entre un morne silence et une dénonciation sanguinaire. Se taire ou punir, obéir ou frapper, voilà votre système. Et moi, j’avertis avant de dénoncer ; je récuse avant de flétrir […]. » 60 (Cf. Penser. Obéir)

Pensée (Binaire) (5) : (13 novembre) 1792. Discours de Saint-Just [1767-1794] sur la mort du roi Louis XVI [1754-1793] :
« […] Pour moi, je ne vois pas de milieu : cet homme doit régner ou mourir. […] » 61 (Cf. Justice. Peine de mort, Politique)

Pensée (Binaire) (6) : (3 décembre) 1792. Discours de Robespierre [1758-1794] sur la mort du roi Louis XVI [1754-1793] :
« Louis doit mourir, parce qu’il faut que la patrie vive. » (Cf. Justice. Peine de mort, Politique)

Pensée (Binaire) (7) : (27 décembre) 1792. Discours de Saint-Just [1767-1794] à la tribune sur la mort de Louis XVI [1754-1793] :
« Si Louis XVI est innocent, le peuple est coupable. » 62 (Cf. Justice. Peine de mort, Politique)

Pensée (Binaire) (8) : (20 janvier) 1793. Lebas, député du pas de Calais, après la mort du roi Louis XVI [1754-1793], écrit :
« C’est à présent surtout qu’on peut dire : vivre libre ou mourir. » 63 (Cf. Justice. Peine de mort, Politique)

Pensée (Binaire) (9) : (janvier) 1796. Edmund Burke [1729-1797], dans sa Lettre à un noble Lord, auteur de :
« Le cœur humain n’est pas fait pour les contraires, et la nature ne lui a pas donné la faculté de s’attendrir toute à la fois sur l’oppresseur et sur l’opprimé. » 64

Pensée (Binaire) (10) : 1796. Denis Diderot [1713-1784], dans Jacques le fataliste, auteur de : « Il vaut mieux épouser que souffrir. J’épouse. » 65 (Cf. Hommes, Famille. Mariage)

Pensée (Binaire) (11) : (mai) 1804. Paul-Louis Courier [1772-1825], alors chef d’escadron écrit à A.M.N : « […] Ce matin, d’Anthouard [colonel du 1er régiment d’artillerie à cheval] nous assemble et nous dit de quoi il s’agissait, mais tout bonnement, sans préambule, ni péroraison. Un empereur ou la République, lequel est le plus à votre goût ? Comme on dit rôti ou bouilli, potage ou soupe, que voulez-vous ? […] » (Lire la suite) 66

Pensée (Binaire) (12) : (juillet) 1807. Paul-Louis Courier [1772-1825] écrit à Monsieur de Sainte-Croix [Guillaume. 1747-1809] :
« […] Maître et bon, maître et juste, ces mots s’accordent-ils ? Oui, grammaticalement, comme honnête larron, équitable brigand. » 67 (Cf. Langage. Adjectif. Mots, Politique. Hiérarchie)

Pensée (Binaire) (13) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« Lucien [de Rubempré] ignorait avec quel art le oui s’emploie dans le beau monde pour arriver au non, et le nom pour amener un oui. » 68 (Cf. Penser. Consentir)

Pensée (Binaire) (14) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« Mon petit, en littérature, chaque idée a son revers et son endroit ; personne ne peut prendre sur lui d’affirmer quel est l’envers. Tout est bilatéral dans le domaine de la pensée. Les idées sont binaires. Janus est le mythe de la critique et le symbole du génie. Il n’y a que Dieu de triangulaire. […] » 69

Pensée (Binaire) (15) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« Jamais les moralistes ne parviendront à faire comprendre toute l’influence que les sentiments exercent sur les intérêts. Cette influence est aussi puissante que celle des intérêts sur les sentiments. Toutes les lois de la nature ont un double effet, en sens inverse l’une de l’autre. » 70 (Cf. Êtres humains. Relations entre êtres humains. Économie)

Pensée (Binaire) (16) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Nous avons deux poids et deux mesures : nous approuvons, pour une idée, un système, un intérêt, un homme, ce que nous blâmons pour une autre idée, un autre système, un autre homme. » 71

Pensée (Binaire) (17) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, concernant sa méthode, écrit avec justesse :
« Nous n’avons jamais donné un jugement total, indistinct, nul portrait proprement dit ; tous presque tous sont injustes, résultant d’une moyenne qu’on prend en tel et tel moment du personnage, entre le bien et le mal, neutralisant l’un par l’autre, et les rendant faux tous les deux. Nous avons jugé les actes, à mesure qu’il se présentent, jour par jour et heure par heure. Nous avons datés nos injustices ; et cela nous a permis de louer souvent des hommes que plus tard il faudra blâmer. Le critique oublieux et dur condamne trop souvent des commencements louables en vue de la fin qu’il connait, qu’il envisage d’avance. Mais nous ne voulons pas la connaitre cette fin ; quoi que cet homme puisse faire demain, nous notons à son avantage le bien qu’il fait aujourd’hui ; le mal viendra assez tôt : laissons-lui son jour d’innocence, écrivons-le soigneusement au profit de sa mémoire. » (Cf. Penser. Méthode, Politique. Morale, Histoire)

Pensée (Binaire) (18) : (17 août) 1863. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Amable Louis-Boué de Villiers [1834-1883 ?], auteure de :
« Vous avez dans l’esprit le pour et le contre très accusés, avec de grands principes d’équité au milieu. » 72 Quelle critique !

Pensée (Binaire) (19) : 1863. La comtesse de Ségur [1799-1874], dans Le général Dourakine, auteure de : « Je ne comprends pas très bien mais je suis contente que vous soyez Polonais et catholique ; c’était une peine pour moi de vous croire Anglais et protestant. » 73

Pensée (Binaire) (20) : 1873. John Stuart Mill [1806-1873], dans son Autobiographie, auteur de : « Considérer que les principes du Bien et du Mal s’affrontent éternellement permet d’éviter le problème central de la théodicée chrétienne, celui de l’existence du mal dans un monde créé par un Dieu bienveillant et tout puissant. » 74

Pensée (Binaire) (21) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, concernant Gauvin et l’homme qui avait voulu le tuer, auteur de :
- « Je veux mourir »
- « Tu vivras : tu as voulu me tuer au nom du roi ; je te fais grâce au nom de la république. » 75 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue)

Pensée (Binaire) (22) : 1876. Hippolyte Taine [1823-1893], dans Les origines de la France contemporaine, auteur de :
- (Concernant les aristocrates après 1789) : « Ce n’est point contre l’ordre nouveau, c’est contre le désordre brutal qu’ils se liguent. »
- (Concernant les Jacobins) : « Au contraire [du puritain], chez le Jacobin, la première injonction n’est pas morale, mais politique ; ce ne sont pas ses devoirs mais ses droits qu’il exagère, et sa doctrine, au lieu d’être un aiguillon pour la conscience, est une flatterie pour l’orgueil. »
- (Concernant « le programme jacobin de Paris) » : « La séparation des Français en deux classes, la spoliation de l’une, le despotisme de l’autre, l’écrasement des gens aisés, rangés et probes sous la dictature de gens qui ne le sont pas. » 76 (Cf. Politique. Dictature. « Gilets jaunes ». Révolution française, Histoire. Révolution française)

Pensée (Binaire) (23) : 1917. Vilfredo Pareto [1848-1923], dans son Traité de sociologie générale, auteur de :
« Qui attaque Machiavel [1469-1527] l’accuse de prêcher aux princes de devenir des tyrans ; qui l’excuse répond qu’il a seulement montré comment on peut atteindre ce but, mais qu’il n’a pas recommandé ce but.
L’accusation et l’excuse peuvent subsister toutes les deux, mais elles sont étrangères à la question de savoir comment les faits se passeront, en certains cas hypothétiques.
» 77 (Cf. Politique. Machiavel)

Pensée (Binaire) (24) : (7 octobre) 1925. Michel Leiris [1901-1990], dans son Journal évoque la politique du parti communiste vis-à-vis de l’Internationale communiste. Une note cite une phrase de louis Aragon [1897-1982] :
« Tout débat public ayant pour objet le PCF est contre-révolutionnaire. »
* Ajout. 9 mai 2022. Le 29 décembre 1982, Michel Leiris écrit : « Aragon, mort le 24 décembre, a été honoré hier par le PCF, puis inhumé dans l’après-midi à saint-Arnoult. Au cours de la cérémonie - quasi nationale - du matin, Pierre Mauroy [premier ministre] et Georges Marchais [secrétaire général du parti communiste français] ont tous deux fait l’éloge de ‘la fidélité inconditionnelle’ d’Aragon […]. » 78

Pensée (Binaire) (25) : 1931. Hermann Broch [1866-1951], dans Les somnambules, auteur de : « […] Néanmoins, il semblait que maintenant les choses allaient pouvoir se mettre en ordre. Le monde était divisé en bien et mal, en doit et avoir, en noir et blanc, et même s’il pouvait arriver qu’on y laissât passer une erreur d’écritures, il fallait effacer cette erreur et c’est ce qu’il allait faire. » 79

Pensée (Binaire) (26) : 1932. Edith Wharton [1862-1937], dans Les chemins parcourus. Autobiographie, écrit :
« Je me souviens d’avoir dit une fois que je n’avais pas de succès à Boston (où nous allions régulièrement dans la famille de mon mari), parce qu’on y pensait que j’étais trop mondaine pour être intelligente, et que je n’avais pas de succès à New York parce qu’on craignait que je ne fusse trop intelligente pour être mondaine. » 80 (Cf. Femmes. Écrivaines. Wharton Edith. Intelligentes, Patriarcat)

Pensée (Binaire) (27) : 1936. John Steinbeck [1902-1968], dans En un combat douteux, auteur de : « Écoutez- moi, Mac. Mes sens ne sont pas parfaits, mais ils sont tout ce que je possède. Je veux voir la tableau tout entier, d’aussi près que possible. Je ne veux point d’œillères étiquetées ‘bon’ ou ‘mauvais’ qui limiteraient ma vision. Si j’employais le terme ‘bon’ pour une chose, je perdrais immédiatement le droit de l’examiner, de la juger, parce qu’elle pourrait contenir quelque élément ‘mauvais‘. Ne comprenez-vous pas ? Je veux voir le tableau tout entier. » 81

Pensée (Binaire) (28) : (19 novembre) 1940. Le cardinal Pierre Gerlier [1880-1965], archevêque de Lyon, auteur de :
« Car Pétain, c’est la France. Et la France, aujourd’hui, c’est Pétain. » 82

Pensée (Binaire) (29) : 1942. Paroles du film To be or not to be [Ernst Lubitsch] :
« Si vous échouez, nous sommes tous perdus ; si vous réussissez, je ne garantis rien. » (Vérifier)

Pensée (Binaire) (30) : (22 juin) 1942. Pierre Laval [1883-1945], chef du gouvernement de Vichy, dans une allocution radiodiffusée, auteur de :
« Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parce que, sans elle, demain, le bolchévisme s’installera partout. »

Pensée (Binaire) (31) : 1946. Lu dans le Second manifeste du surréalisme :
« […] Tout porte à croire qu’il existe un certain point de l’esprit d’où la vie et la mort, le réel et l’imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l’incommunicable, le haut et la bas cessent d’être perçus contradictoirement. Or, c’est en vain qu’on chercherait à l’activité surréaliste un autre mobile que l’espoir de détermination de ce point. On voit par-là, combien il serait absurde de lui prêter un sens uniquement destructeur ou constructeur : le point dont il est question est a fortiori celui où la construction et le destruction cessent de pouvoir être brandies l’une contre l’autre […] » 83
Une tentative de pensée rationnelle, de justification qui plus est, appliquée à la pensée surréaliste par des surréaliste ne peut que produire, sinon des « absurdités », du moins des contradictions.

Pensée (Binaire) (32) : 1949. Jacques Prévert [1900-1977] dans un court texte nommé Représentation, auteur de ce dialogue :
- « Qu’est-ce que cela peut faire que je lutte pour la mauvaise cause, puisque je suis de bonne foi ?
- Qu’est-ce que cela peut faire que je sois de mauvaise foi puisque je lutte pour la bonne cause ? » 84 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue, Politique, Philosophie)

Pensée (Binaire) (33) : 1951. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans les Mémoires d’Hadrien, auteure de :
« Je retrouvais dans ce mythe placé aux confins du monde les théories des philosophes que j’avais faites miennes : chaque homme a éternellement à choisir, au cours de sa vie brève, entre l’espoir infatigable et la sage absence d’espérance, entre les délices du chaos et celles de la stabilité, entre le Titan et l’Olympien. À choisir entre eux ou à réussir à les accorder un jour ou l’autre. » 85 (Cf. Philosophie)

Pensée (Binaire) (34) : 1953. Witold Gombrowicz [1904-1969], dans son Journal, concernant le livre de Dionys Mascolo [1916-1997] Le communisme. Révolution et communication ou la dialectique des valeurs et des besoins [Gallimard. 1953], auteur de :
« Ce texte me fait une impression étrange. D’une gravité absolue et d’absolu enfantillage. D’une sincérité absolue et d’un absolu mensonge. D’une connaissance absolue et d’une absolue ignorance de la réalité. » 86

Pensée (Binaire) (35) : (12 juin) 1956. Matthieu Galey [1934-1986], dans son Journal, écrit :
« […] Plutôt la lâcheté de l’oubli que la bêtise de haïr. » 87

Pensée (Binaire) (36) : 1956. Witold Gombrowicz [1904-1969], dans son Journal, après des analyses perspicaces de la personne et de l’œuvre de Simone Weil [1909-1943], auteur de :
« Il n’est pas d’attitude spirituelle qui, conséquente et dûment menée jusqu’à son terme, ne soit respectable.
On peut trouver de la force dans la faiblesse, de la conséquence dans l’inconséquence et de la grandeur dans la mesquinerie. Couardise vaillante, mollesse d’acier, fuite offensive et d’agression. » 88

Pensée (Binaire) (37) : 1956. Raymond Aron [1905-1983], dans Le fanatisme, la prudence et la foi, auteur de :
« […] Quant il s’agit du statut de la propriété, du fonctionnement de l’économie, de parti unique ou de partis multiples, la description sociologique apporte plus d’enseignements que la phénoménologie transcendantale. » 89 (Cf. « Sciences» sociale, Philosophie, Sociologie)
- Et quand, en sus, les éléments de la comparaison - aux fins en sus de critiquer les existentialistes et notamment Jean-Paul Sartre [1905-1980] - ne sont pas comparables… (Cf. Penser. Comparaison)

Pensée (Binaire) (38) : 1957. Roland Barthes [1915-1980], dans Mythologies, auteur de :
« Ce n’est pas vrai que le catch soit un spectacle sadique ; c’est seulement un spectacle intelligible. » 90 Quel raisonnement ! (Cf. Penser. Pensées. Autoritaires)

Pensée (Binaire) (39) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui souligne, auteure de : « Toute forme de dualisme est contraire à ma nature. Lorsque Lénine oppose la matière à l’énergie, Berdiaev parle du principe matériel et du principe spirituel, et que les philosophes idéalistes traient de l’esprit et de la chair, ces vues me choquent comme des fausses notes. […] »91

Pensée (Binaire) (40) : (juin) 1967. Golda Meir [1898-1978], première ministre d’Israël lors de la guerre des six jours, auteure de :
« Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous. » 92 Que de dramatiques et si lointaines conséquences… (Cf. Politique. Guerre)

Pensée (Binaire) (41) : 1982. Pierre Chaunu [1923-2009], dans Ce que je crois, auteur de :
« On peut difficilement échapper au dualisme. » 93 (Cf. Histoire)

Pensée (Binaire) (42) : 1986. François Léger [1914-2010], dans sa préface du livre Les origines de la France contemporaine [1876] d’Hippolyte Taine [1828-1893], concernant les controverses historiques sur la Révolution française, auteur de :
« […] Gabriel Monod [1844-1912] […] maintient que ‘la grandeur de la révolution l’emporte sur ses crimes.’» 94 (Cf. Histoire. Révolution française)

Pensée (Binaire) (43) : 1986. Lu dans Hard times. Histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel [1912-2008] [Hiram (Chub) Sherman. 1908-1989] :
« Il vient un temps où l’on ne peut plus penser sérieusement en termes de droite et de gauche. Il y avait des gens qui venaient me voir, de bons amis, et qui me disaient : ‘Bon, allez, dis-moi la vérité, est ce que tu en es un’ ? Je disais: ‘Un quoi ?’. Ils disaient (tous bas) : ‘Est-ce que tu es communiste ?’ Si tu dis non, on t’accuse toute de suite de mensonge. Je ne sais pas pourquoi. Mais dès que vous dites non à ce genre de questions, on vous regarde, comme si… bon Dieu ! Et si vous dites oui, c’est aussi un mensonge parce qu’aucun communiste ne répond oui quand on lui pose la question. Je me suis retrouvé dans ce dilemme, les gens n’arrêtais pas de me harceler à ce sujet.
Un vieux membre d’Equity [Council of Actors Equity] - j’étais vraiment à bout - lors d’une réunion, m’a dit ‘Écoute, je veux vraiment savoir’. Et à ce moment-là, je m’en fichais vraiment complètement. Il me dit : ’Je veux te parler’. Et j’ai dit ‘Ah oui ? et il m’a dit : ‘Dis-moi, est ce que tu es communiste ?’ Je me suis dit : ‘Tu ne peux pas dire oui et tu ne peux pas dire non. Alors j’ai répondu très vite : ‘Nous n’avons pas le droit de le dire’. Et ça ne l’a pas du tout faire rire. C’est comme si j’avais signé mon arrêt de mort, par cette boutade. Ça m’a poursuivi des années, cette remarque. (Rires) » 95

Pensée (Binaire) (44) : 1990. Alexandre Zinoviev [1922-2006], dans Les confessions d’un homme en trop, auteur de :
- « Mon attitude à l’égard de la société soviétique était trop complexe pour se résumer à une dichotomie. Ma critique du communisme ne s’exprimait pas à partir de positions anti-communistes. »
- « Le marxisme m’apparaissait comme une doctrine à double tranchant. D’un côté, l’étude des œuvres originales me faisait le placer, de fait, dans la culture philosophique mondiale et j’y voyais des aspects dignes de respect. De l’autre, la forme qu’il avait prise en devenant la noyau de l’idéologie soviétique ne provoquait en moi que mépris et sarcasmes. »
- « La société communiste dans sa vision marxiste a été conçue au sein de la société capitaliste comme une négation de cette dernière. » 96

Pensée (Binaire) (45) : 1997. Paul Ricœur [1913-2005], en présentation des textes réunis et présentés par Thomas Ferenczi De quoi sommes-nous responsables ? auteur de :
« Entre la fuite devant la responsabilité des conséquences et l’inflation d’une responsabilité infinie, il faut trouver la juste mesure. » 97 (Cf. Justice, Politique, Philosophie)

Pensée (Binaire) (46) : 1997. George Steiner [1929-2020], dans Errata, auteur de :
« Ce qu’on ne pardonne pas au Juif, ce n’est pas d’avoir tué Dieu, mais de l’avoir ‘engendré’. » 98

Pensée (Binaire) (47) : 2004. Philipe de Gaulle, dans De Gaulle, mon père, concernant mai 1968, auteur de : « Ce n’était pas lui qui ne comprenait pas les jeunes. C’étaient les jeunes qui ne voulaient pas le comprendre. » 99

Pensée (Binaire) (48) : 2010. Élisabeth Badinter, auteure du livre : Le conflit. La femme et la mère. 100
- On y lit aussi dans le chapitre intitulé La grève des ventres, consacré à la période actuelle - « De nos jours » - :
« Contrairement au début du XXème siècle, il n’y a là nul objectif politique. La décision de ne pas avoir d’enfant ou la non-décision d’en avoir relève du privé et de l’intime. » (p.193)

Pensée (Binaire) (49) : 2015. Gloria Steinem, dans Ma vie sur la route. Mémoires d’une icône féministe, auteure de :
« […] Je me demande parfois si le seul binarisme ne serait pas celui qui oppose les gens qui pensent en termes binaires et les autres. » Moi aussi… 101

Pensée (Binaire, ici trinaire…) (50) : 2018. Mark Lilla, dans La gauche identitaire. L’Amérique en miettes, après un constat critique de la pensée de gauche régressant dans « l’identité » propose ses propres analyses :
« Les trois premières s’articulent autour des priorité : ‘Donner la priorité à la politique institutionnelle plus tôt qu’à l’action militante ; à la persuasion démocratique plutôt qu’à l’expression vaine de soi ; et à la citoyenneté plutôt qu’à l’identité d’un groupe ou d’une personne. […] » 102
Quel simplisme… et que de mauvaises questions… (Cf. Êtres humains. Identité, Politique. Identité)

Pensée (Binaire) (51) : (20 octobre) 2018. Gilles Kepel, « responsable de la chaire Moyen-Orient - Méditerranée à l’École Normale Supérieure », évoque l’héritier du trône d’Arabie Saoudite, Mohammed Ben Salman [dit BMS], « dans toutes ses dimensions », et, sans transition, poursuit : « que l’on soit pour ou contre [lui] ». 103

Pensée (Binaire) (52) : (2 décembre) 2018. La maire socialiste de Lille, Martine Aubry a dénoncé « la politique injuste » de l'exécutif, qui menace selon elle de faire prospérer « la mortifère opposition » entre « justice sociale » et « transition écologique ». 104 (Cf. Politique. Écologie)

Pensée (Binaire) (53) : (3 décembre) 2018. Lu concernant le livre de Michelle Obama Devenir. [Fayard] retweeté par Marlène Schiappa :
« Cette femme ne laisse personne indifférent : ceux qui l’aiment vont aimer le livre, ceux qui la détestent y trouveront tout ce qu’ils veulent pour la critiquer. » (Cf. Femmes. « Politiques ». Schiappa Marlène)

Pensée (Binaire) (54) : (4 décembre) 2018. Daniel Cohn-Bendit, auteur de :
« On n’est pas dans une période révolutionnaire. On est dans une période de tentation autoritaire. » 105

Pensée (Binaire) (55) : (7 décembre) 2018. Entendu sur France Culture poser cette question :
« Gilets jaunes : une démocratie malade ou en rémission ? » 106 (Cf. Politique. État. Démocratie. « Gilets jaunes », Économie « Gilets jaunes »)

Pensée (Binaire) (56) : (7 décembre) 2018. Entendu sur France Culture poser cette question :
« Les Gilets jaunes veulent-ils plus ou moins de démocratie ? » 107 Il serait, à cet égard, possible d’y joindre une nombre fort important des débats animés par Hervé Gardette, puis par Emmanuel Laurentin, sur France Culture, sans évoquer des critiques politiques plus signifiantes. (Cf. Hommes. Journalistes, Politique. État. « Gilets jaunes », Médias, Économie. « Gilets jaunes »)

Pensée (Binaire) (57) : (9 décembre) 2018. J’entends, après notamment la journée du 8 décembre, que les conseillers d’Emmanuel Macron seraient partagés entre « ceux qui demandent l’augmentation des impôts » et « ceux qui demandent la diminution des dépenses » 108 : ! ! !
- Mais en transcrivant cela, je me rends mieux compte que cette critique - somme toute formelle de la binarité de cette pensée - est sinon dérisoire, du moins superficielle, paresseuse, radicalement insuffisante, inappropriée. (Cf. Économie. Impôts)

Pensée (Binaire) (58) : (22 décembre) 2018. Question posée à 19 heures par la chaîne C. News au terme de la sixième journée de mobilisation des « Gilets jaunes » :
« Trêve des confiseurs ou baroud d’honneur ? » (Cf. Politique. État. « Gilets jaunes». Médias)

Pensée (Binaire) (59) : (7 janvier) 2019. Christophe Castaner, ministre de l’intérieur, à l’école militaire de Paris, auteur de :
« À l’ultra-violence, nous opposerons l’ultra-fermeté. » 109 (Cf. Politique. État. « Gilets jaunes ». Répression)
* Ajout. 23 février 2019. Entendu sur BFMTV [17h 40] :
« Des individus issus de l’ultra-violence ». (Cf. Êtres humains, Langage, Politique. Médias, Sociologie. Wieviorka Michel)

Pensée (Binaire) (60) : (19 janvier) 2019. Débat de C. News :
« Faut-il débattre ou manifester ? » (Cf. Politique « Gilets jaunes ». Médias)
- Sur BFMTV, même jour, je lis : « Manifester ou débattre ?» (Cf. Penser. Débattre)

Pensée (Binaire) (61) : (22 janvier) 2019. Débat de C. News :
« Les retraités : vrais pauvres ou nouveaux riches ? » Suivi de :
« Les retraités sont moins pauvres que les autres ? » et de :
« Est-ce ce plus difficile pour les femmes seules ? » (Cf. Politique. État. « Gilets jaunes ». Médias, Économie. « Pauvres Les »)

Pensée (Binaire) (62) : (26 janvier) 2019. Sur C. News (ou L.C.I ?), débat entre un représentant LR et une représentante socialiste, opposant « la lutte contre la pauvreté » à « la lutte contre les inégalités ». (Cf. Politique. « Gilets jaunes », Médias, Économie)

Pensée (Binaire) (63) : (1er février) 2019. Sur des tee-shirts de certains militants travaillistes :
« J’adore Corbyn [leader du parti]. Je hais le Brexit. » 110 (Relations entre êtres humains. Aimer. Haine, Politique)

Pensée (Binaire) (64) : (1er février) 2019. Lu dans Le Monde Diplomatique, une critique qui évoque les travaux de Jonathan Israël, historien des Lumières qui aurait opposé les « Lumières modérées (John Locke, Montesquieu, Voltaire…) » aux « Lumières radicales (Diderot, d’Holbach. Helvétius. Thomas Paine…) » 111 (Cf. Histoire)

Pensée (Binaire) (65) : (20 février) 2019. Nicole Belloubet, ministre de la justice, auteure de : « Ce n’est pas une justice sous pression. C’est même l’inverse. »
N.B. Pour précision : Je n’ai retrouvé dans aucun article cette seconde phrase entendue ce jour par moi (sur BFMTV ?) lors de sa réaction à l’assemblée nationale, après le remise du rapport du sénat sur « l’affaire Benalla ». (Cf. Possessif. Langage. Belloubet Nicole)

Pensée (Binaire) (66) : (17 mai) 2019. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale commentant le succès électoral du Rassemblement national sur le parti d’Emmanuel Macron, auteur de :
« Être contre, on peut tous le faire. Nous, on est pour. » 112

Pensée (Binaire) (67) : (27 juillet) 2019. Question posée dans l’émission Les idées claires - qui « démêle le vrai du faux », qui « remet de l’ordre autour d’une idée reçue » - de France Culture : « Existe-t-il un lobby L.G.B.T ? » D’emblée, la réponse est donnée : « Non. Il n’existe pas de lobby L.G.B.T. » 113 Ouf ! J’ai eu peur… (Cf. Penser. Pensée. Claire. Vérité, Politique. Propagande)

Pensée (Binaire) (68) : (10 novembre) 2019. Entendu Didier Kowalski concernant Jim Morrison [1943-1971] :
« Jim Morrison était un ange… un ange de l’enfer. » 114

Pensée (Binaire) (69) : (16 décembre) 2019. Le trésorier de Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), auteur de :
« Notre combat est celui du bien contre le mal. »

Pensée (Binaire) (70) : (2 mars) 2020. Entendu dans l’émission de France Culture, Le cours de l’histoire : « les femmes et les juifs ». 115 (Cf. Langage. Conjonction, Penser. Abstraction)
Quelle terrifiante régression de la pensée…

Pensée (Binaire) (71) : (18 avril) 2020. Entendu sur France Culture, Pierre Desproges [1939-1988], auteur de :
« Dieu a divisé l’humanité en deux : les juifs et les antisémites. Et moi, je suis Limousin ! » 116

Pensée (Binaire) (72) : (2 octobre) 2020. J’entends, sur France Culture, exprimée par Baptiste Morizot, l’expression fort juste de : « forçage dualiste ». (Cf. Philosophie. Morizot Baptiste)

Pensée (Binaire) (73) : (24 octobre) 2020. Le général de Villiers sur BFMTV, auteur de :
« Je crois qu'il y a des gens qui gouvernent et d'autres qui sont dans une opposition systématique. Y en a qui ont une expérience et d'autres qui n'ont pas d'expérience. » (Cf. Hommes. Modestes)

Pensée (Binaire) (74) : (18 novembre) 2020. Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur, à l’assemblée nationale, auteur de :
« Il y a des gens qui aiment la police et il y a ceux qui n’aiment pas la police. Et moi, j’aime la police. » (Séquence diffusée dans l’émission Quotidien. Vérifier)
Il est difficile, en stricts termes de pensée, de tomber plus bas. (Cf. Politique. Répression)

Pensée (Binaire) (75) : (6 janvier) 2021. Rudy Giuliani, devant la foule des manifestants, avant la pénétration des soutiens de Donald Trump dans le Capitole, auteur de :
« Vous pouvez être un héro ou un zéro. »

Pensée (Binaire) (76) : (15 janvier) 2021. Marine Le Pen, dans Le Parisien, auteure de :
« Lorsque j’ai pris (sic) le parti, nous étions victimes de la bipolarisation. Nous en sommes devenus l’un des acteurs. » 117

Pensée (Binaire) (77) : (29 janvier) 2021. Entendu sur Arte - sans oublier la contradiction de l’‘argument’ - dans le documentaire consacré au plan Marshall, Georges Bidault [1899-1983] (sans date), auteur de :
« Nous avons besoin des États-Unis pour pouvoir se passer d’eux. » 118 (Cf. Histoire)

Pensée (Binaire) (78) : (31 juillet) 2021. Entendu sur BFMTV, concernant les manifestations du jour contre la politique sanitaire du gouvernement :
« Ce n’est pas une question de libertés publiques. C’est une question de santé publique. » (Cf. Pensée. Autoritaire, Politique. Coronavirus)

Pensée (Binaire) (79) : (18 octobre) 2021. Éric Zemmour sur BFMTV, auteur de :
« Moi je n’ai rien contre les étrangers, simplement je préfère les Français. », suivi de :
« J’aime les Français, je veux que la France reste la France. » (Cf. Hommes. Journalistes. Modestes. Zemmour Éric, Relations entre êtres humains. Haine. Zemmour Éric, Politique. Nationalisme, Histoire. Zemmour Éric)
* Ajout. 13 novembre 2021. Encore un grand homme au pays de Voltaire…
* Ajout. 31 décembre 2021. (13 juillet) 1772. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à D’Alembert [1717-1783], auteur de :
« J’aime encore mieux être français que danois, suédois polonais, russe, prussien ou turc ; mais je veux être français solitaire, français éloigné de Paris, français suisse et libre. » 119

Pensée (Binaire) (80) : (novembre) 2021. Lu dans la rubrique Dans les revues du Monde diplomatique (p.27) concernant Gresea Échos (n°107. Bruxelles) :
« La pandémie a-t-elle ouvert un nouvel espace pour les luttes féministes dans le monde ou consolidé le pouvoir du capitalisme numérique conçu et administré par des hommes ? »

Pensée (Binaire) (81) : (6 mars) 2022. Tugan Sokhiev, le directeur du Bolchoï et de l'Orchestre National de Toulouse démissionne :
« […] Tant à Toulouse qu'au Théâtre Bolchoï, j'ai régulièrement invité des chanteurs et chefs d'orchestre ukrainiens. Nous n'avons même jamais pensé à nos nationalités. Nous aimions faire de la musique ensemble. Et ça reste toujours le cas. C'est pourquoi j'ai commencé le festival franco-russe à Toulouse, pour montrer à tout le monde que les Français et la Russie sont connectés historiquement, culturellement, spirituellement et musicalement et que je suis fier de cette connexion entre nos deux grands pays. […] Les politiciens et les administrateurs de Toulouse veulent que je m'exprime pour la paix !. […] Au cours des derniers jours, j'ai été témoin de quelque chose que je pensais ne jamais voir de ma vie. En Europe, aujourd'hui je suis obligé de faire un choix et de choisir l'un de ma famille musicale plutôt que l'autre. […] On me demande de choisir une tradition culturelle plutôt qu'une autre. On me demande de choisir un artiste plutôt que l'autre. On me demande de choisir un chanteur plutôt que l'autre. » Il redoute qu'on lui « demande bientôt de choisir entre Tchaïkovski, Stravinsky, Chostakovitch et Beethoven, Brahms, Debussy. Ça se passe déjà en Pologne, pays européen, où la musique russe est interdite. […] Nous les musiciens sommes les ambassadeurs de la paix. Au lieu de nous utiliser et notre musique pour unir les nations et les gens, nous sommes divisés et ostracisés. En raison de tout ce que j'ai dit ci-dessus et étant obligé d'affronter l'option impossible de choisir entre mes chers musiciens russes et chers musiciens français, j'ai décidé de démissionner de mes fonctions de directeur musical du théâtre Bolchoï à Moscou et de l'Orchestre National du Capitole de Toulouse avec effet immédiat. » (Cf. Culture, Politique. Nationalisme. Guerre)

Pensée (Binaire) (82) : (16 avril) 2022. Alain Finkielkraut, sur France Culture, oppose le « Wokisme » - jamais défini, et pour cause - au « Trumpisme » - Idem. (Cf. Langage. Critique de mots, Politique. « Wokisme »)

Pensée (Binaire) (83) : (30 mars) 2022. Nicolas Baverez, « investisseur », sur France Culture, auteur de : « Il ne faut pas parler de la Chine. Il n’y a pas une Chine. Il y a deux Chines. » 120

Pensée (Bonheur) : Charles de Gaulle [1890-1970], auteur de (rapporté par André Malraux. [1901-1976]), en s’adressant à [Emmanuel] d’Astier [de la Vigerie.1900-1969] :
« L’Illusion du bonheur, c’est fait pour les crétins ! » 121 (Cf. Êtres humains. Bonheur)

Pensée (Broch Hermann) : 1931. Hermann Broch [1866-1951], dans Les somnambules, auteur de : « Mais toute pensée ne s’accorde avec les faits qu’aussi longtemps que la confiance en sa puissance logique reste intacte. » 122

Pensée. Caricature :

Pensée (Caricature) (1) : Une caricature juge et son objet et son auteur-e. Elle peut et doit donc être jugée selon ces deux points de vue. L’invocation de la liberté « pour les artistes », limitative et donc infondée, peut justifier les pires des ignominies. En ce sens, la défense, en soi, de Charlie Hebdo, est aussi une régression. (Cf. Penser. Caricature)

Pensée (Caricature) (2) : Caricaturer (déformer, simplifier, réduire) une pensée qui vous serait opposée, c’est révéler l’inaboutissement de la sienne.
- Un exemple [repris dans Michel Foucault. 1926-1984], car c’est en le lisant que cette idée m’est venue, mais qui bien évidemment me concerne aussi] :
« Il y a des schémas tout faits : quand on parle de pouvoir, les gens pensent immédiatement à une structure politique, un gouvernement, une classe sociale dominante, le maître face à l’esclave, etc.,… Ce n’est pas du tout à cela que je pense quand je parle de relations de pouvoir. [...] »
Certes, mais il faut alors expliciter sa pensée, laquelle ne m’est pas parue, chez lui, très claire ; à dire vrai fort confuse. 123

Pensée (Catalyse) : Une pensée qui sert de catalyse à d’autres, pour d’autres : un beau projet, une belle réussite.
* Ajout. 28 novembre 2019. Pas toujours…Ne garantit aucun résultat.

Pensée (Changer le monde. Sartre Jean-Paul) : (juin) 1946. Jean-Paul Sartre [1905-1980], dans Matérialisme et révolution, auteur de :
« […] Tout projet de changer le monde est inséparable d’une certaine compréhension qui dévoile le monde du point de vue du changement que l’on veut y réaliser. » 124 Oui. (Cf. Patriarcat. Concept. Saussure Ferdinand de, Politique. Projet)

Pensée (Chateaubriand François-René de) : 1850. François-René de Chateaubriand, dans les Mémoires d’Outre-tombe, concernant Louis-Pierre Louvel [1783-1803l, assassin du duc de Berry [1778-1820], auteur de :
« […] Son cerveau se nourrissait d’une seule pensée, comme un cœur s’abreuve d’une seule passion. […] » 125 (Cf. Êtres humains. Cerveaux)

Pensée. Claire :

Pensée (Claire) (1) : Avant de juger de la clarté ou non d’une pensée, c’est elle qu’il faut interroger. (Cf. Penser)

Pensée (Claire) (2) : Une pensée claire ne s’interprète pas. Elle se critique et se prolonge dans d’autres qui la complexifie.

Pensée (Claire) (3) : L’un des grands avantages d’une pensée claire - qui n’est en rien, ni de près ni de loin, équivalente à, comparable même à ‘pensée juste’- qui, elle-même… - est qu’elle révèle l’obscurité de celles auxquelles elle peut être comparée.
Tautologique, certes…un peu…

Pensée (Claire) (4) : Une pensée peu claire, obscure, confuse…contraint peu ou prou celui / celle qu’elle concerne à s’interroger sur sa propre impossibilité à la comprendre. Peu respectueux…

Pensée (Claire) (5) : Dans la confusion [de la pensée], une clarté, souvent celle de son auteur-e, cependant, se lit.

Pensée (Claire) (6) : On ne dira jamais assez à quel point la confusion d’une pensée, liée ou non à l’élaboration, à la lancée d’un ‘concept’, d’un mot, est favorable à, aide à la naissance, à l’avancée, à la renommée d’une carrière ; et à quel point cette confusion contribue au maintien du pouvoir de domination de ceux et celles que l’on qualifie d’ « intellectuel-les ». Et qui, ainsi, au moins un temps, perpétue leur pouvoir. (Cf. Hommes. « Intellectuels », Langage, Patriarcat. Domination Masculine, Politique)

Pensée (Claire) (7) : Deux expressions à la mode nous sont régulièrement offertes pour nous aider à voir plus clair, en nous, dans le monde : les « injonctions paradoxales » et les « dissonances cognitives et /ou les « biais cognitifs », lesquelles prolongent : les « ruptures sémantiques », les « prophéties auto-réalisatrices », le « rationalisme discursif », « l’inversion du stigmate », la « construction en abîme »…
Chacun de ces termes, éclairant en lui-même, aident-ils, alors qu’ils sont si généreusement exprimés, à l’élaboration créatrice d’un nouvel imaginaire ? Non. (Cf. Langage, Politique)

Pensée (Claire) (8) : Nombreux/ seuses sont ceux et celles qui s’assignent pout projets de rendre confuses, sombres, inquiétantes, secrètes des pensées qui sans leurs interférences seraient sinon claires, du moins compréhensibles.

Pensée (Claire) (9) : Un pensée claire - qui n’est pas une pensée juste - sera oubliée, occultée ; elle ne sera ni détournée, ni maltraitée.
* Ajout. 25 février 2022. Non. Faux.

Pensée (Claire) (10) : Une pensée claire n’a a priori rien à voir avec la vérité. Elle peut juste aider à y voir plus clair, et alors, éventuellement, aider à s’approcher d’une certaine vérité. (Penser. Vérité)

Par ordre chronologique. Pensée. Claire :

Pensée (Claire) (1) : (19 février) 1750. Voltaire [1694-1778] dans une lettre adressée au marquis des Issarts [1716-1754] auteur de :
« Rien ne marque mieux un esprit juste et droit que de s’exprimer clairement. Les expressions ne sont confuses que quand les idées le sont. » 126 Évident ?

Pensée (Claire) (2) : (Après) 1751 (?). Denis Diderot [1713-1784] dans Lettre à Mademoiselle…, auteur de : « […] Je vais tacher d’éclaircir cet endroit ; car toutes les fois que vous aurez de la peine à m’entendre ; je dois penser que c’est ma faute. » 127

Pensée (Claire) (3) : 1762. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Du contrat social, auteur de : « J’avertis le lecteur que ce chapitre doit être lu posément, et que je ne sais pas l’art d’être clair pour qui ne veut pas être attentif. » 128

Pensée (Claire) (4) : 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans De l’Allemagne, auteure de :
« […] L’obscurité dans l’analyse des choses de la vie prouve seulement qu’on ne les comprend pas. » 129 Fort clair…
* Ajout. 20 octobre 2018. 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans De l’Allemagne, auteure de : « […] car, en toute chose, les contrastes sont piquants, mais les extrêmes opposés fatiguent. » 130 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue)

Pensée (Claire) (5) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
- « le ténébreux, l’embrouillé, le vaporeux, le pénible me sont abominables. » 131
- « Moi, l’homme de toutes les chimères, j’ai la haine de la déraison, l’abomination du nébuleux et le dédain des jongleries. » 132

Pensée (Claire) (6) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, concernant le prince André Bolkonski auteur de :
« Il avait reçu et transmis les ordres concernant la bataille du lendemain. Il ne lui restait plus rien à faire. Mais les pensées les plus simples, les plus claires et par conséquent les plus angoissantes ne cessaient de l’assaillir. » 133

Pensée (Claire) (7) : (26 septembre) 1926. André Gide [1869-1951], dans son Journal, écrit :
« Je relis Les caractères [1688] de La Bruyère [Jean de. 1645-1696]. Si claire est l’eau de ces bassins, qu’il faut se pencher longtemps au-dessus pour en comprendre la profondeur. » 134

Pensée (Claire) (8) : (janvier) 1958. Jean Guitton [1901-1999] dans le Journal de ma vie, en présentant les éléments de « préparation d’un cours sur Dieu pour la Sorbonne », écrit :
« Un centre doit être obscur pour tous les points qui ne sont pas présents à ce centre. » 135 (Cf. Culture. Sorbonne, Langage. Obscur)

Pensée (Claire) (9) : 1977. Michel Foucault [1926-1984], sur France Culture, auteur de :
« L’obscurité est souvent une lâcheté théorique » et, ajoute-t-il, confusément, « serait l’envers de la terreur ». 136

Pensée (Claire) (10) : (31 octobre) 2021. Entendu sur Radio courtoisie (radio d’extrême-droite), concernant quelque chose concernant le péché : « Jean-Paul II est très clair là-dessus ».

Pensée (Clarification) : La clarification d’une pensée n’est pensable qu’après le dévoilement et la mise à nu des complexités qui la composaient. Tautologie ? Non : Précaution. (Cf. Langage, Penser)

Penser. Pensée. Concision :

Pensée (Concision) (1) : 1804. Pour moi, son chef d’œuvre, l’article 1382 du Code civil :
« Tout fait quelconque de l’homme qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » (Cf. Droit)

Pensée (Concision) (2) : Pour appréhender la concision du latin par rapport au français, visualiser la page de gauche des Confessions de Saint-Augustin [354-430] (livre trouvé hier, tout griffonné, dans la poubelle d’un libraire) de la page de droite.
* Ajout. 27 juillet 2018. (mai) 1948. André Gide [1869-1951], dans son Journal, écrit :
« L’admirable concision du latin laissera toujours l’explicitation inévitable du français loin derrière. » 137
Cité pour la « concision du latin », pas pour la comparaison qu’il en tire dont je refuse la pensée hiérarchisante. (Cf. Penser. Comparaison)
N.B. Le latin n’a pas d’article.

Pensée (Concision) (3) : Autres exemples de la concision du latin :
- (8 juillet) 1772. Lu dans une lettre de Voltaire [1694-1778], citer une phrase de Cicéron [106-43 avant J.C] :
« Vir probus didendi peritus ». Traduction : « Homme de probité, habile dans l’art de parler. » 138
- 1853. Lu dans l’Histoire de la Révolution de Michelet [1798-1874] :
« Impavidum ferient ruinae ». Traduction : « Que le monde croule, les ruines le frapperont sans l’effrayer » 139 (Cf. Culture, Langage)

Penser. Pensée. Contradiction :

Pensée (Contradiction) (1) : Une contradiction ne se dépasse pas : elle se pose, se résout et se dissout ; et ce, afin de reformuler la pensée au sein duquel elle était préalablement exprimée de manière inappropriée.

Pensée (Contradiction) (2) : Une contradiction n’a pas à être résolue, mais comprise.

Par ordre chronologique. Penser. Pensée. Contradiction :

Pensée (Contradiction) (1) : 1882. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans Le gai savoir, auteur de :
« Chacun sait maintenant que c’est un signe de haute culture que de savoir supporter la contradiction. Quelques-uns savent même que l’homme supérieur désire et provoque la contradiction pour avoir sur sa propre injustice des indications qui lui étaient inconnues jusqu’alors. » 140 Oublier : ‘l’homme supérieur’…

Pensée (Contradictoire) : (23 novembre) 2020. Élisabeth Badinter sur France Culture, interrogée sur « les critiques du monde anglo-saxon » (!) de la laïcité française, répond :
« Le monde anglo-saxon se mêle de ce qui ne le regarde pas » [ ! ] ; et ce, après avoir critiqué les féministes françaises de ne pas défendre assez les femmes Iraniennes concernant l’imposition du port du voile. (Cf. Politique. Laïcité)

Penser. Pensée. Contraire :

Pensée (Contraire) (1) : Sans contraires, il n’y aurait pas d’oppositions ; sans oppositions, il n’y aurait pas de dépassements ; sans dépassements, il n’y aurait pas d’avancées. D’où la pertinence des analyses posant le nécessaire dévoilement des contradictions au sein des sociétés.
Pour ce simple constat de bon sens, il n’est pas nécessaire de citer Hegel, ni même de l’avoir lu et compris.
En revanche l’idée même de « contraire » est à remettre en cause. (Cf. Politique. Céder, Conciliation)

Pensée (Contraire) (2) : Le « renversement de la dialectique » ne rend pas « la dialectique » plus fondée.

Penser. Pensée. Contre :

Pensée (Contre) (1) : Il n’y a pas de pensée « contre ».
- Vrai aussi donc pour : « Penser à contre-emploi », « Penser à contre-courant », « Penser à contretemps » ; « Penser contre soi » (à la mode actuellement) …
En conséquence, prendre garde de ne pas se construire en fonction des attaques, des critiques, sur la base donc des défenses auxquelles l’on veut s’opposer.

Pensée (Contre) (2) : (26 mai) 2016. Sur une banderole de la manifestation, on lisait :
« Pour l’unité, il faut des ennemis communs. » 141 (Cf. Politique)

Penser. Pensée. Critique :

Pensée (Critique) (1) : L’exclusion [d’une partie d’un tout], consciente ou non, décidée ou subie, volontaire ou non - qu’elle qu’en soit la sphère, la discipline, le champ - est souvent la voie royale de la pensée critique. (Cf. « Sciences » sociales)

Pensée (Critique) (2) : Il faudrait signaler toute pensée prise en défaut.
* Ajout. 20 septembre 2021. (9 juin) 1865. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Charles Lambert [1818-1884], auteur de L’immortalité selon le Christ 1865, auteure notamment de :
« [...] Votre hypothèse laisse une lacune philosophique des plus graves. […] » 142
* Ajout. 22 septembre 2021. (25 mai) 1866. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Marie-Théodore Desplanches [179-1868], auteure de :
« Vous dites très bien ce que vous voulez dire, mais votre manière de raisonner peut être mille fois contredite. » 143

Pensée (Critique) (3) : La pensée critique doit être toujours plus loin repoussée, toujours creusée plus profonde, tandis que le spectre des questions à poser doit être sans cesse élargi. Et lorsque l’esprit s’interroge, hésite, freine, bloque et surtout : oublie, c’est là où cela est le plus intéressant.

Pensée (Critique) (4) : Tout [pouvoir] critiquer : un beau projet, une noble ambition, bien sûr inaccessible, car impensable.
N.B. Je m’autorise ici un souvenir personnel. Il m’arrive de penser que ce projet, celui de l’écriture de ce texte, n’a pu avoir lieu que parce que j’ai entendu - pendant la longue, riche, généreuse vie de mes parents - ceux-ci débattre en ces termes :
Mon père : « Ceci est beau, intelligent, bien », etc…
Ma mère : « Dis : ‘Je pense que ceci est beau, intelligent, bien’ », etc…
Sans que ni l’un ni l’autre ne cède. (Cf. Penser. Pensée. Débats, Céder)

Pensée (Critique) (5) : Toute déformation, toute caricature de l’adversaire est preuve de la faiblesse de son jugement.

Pensée (Critique) (6) : Critiquer tout et tout le monde protège de la critique. Et en libère l’esprit.

Penser. Pensée. Débats :

Pensée (Débats) (1) : Il y a des débats (nombreux) qu’il faut savoir (et donc apprendre à) refuser ; il en existe tant qui sont autant d’enfermements, de pièges, de cautions implicites, qui révèlent autant de rapports de force indus et de régressions de la pensée… (Cf. Penser. Questions)

Pensée (Débats) (2) : Par moments, il m’arrive de penser que la participation des invitées aux médias est proportionnelle à leur utilité fonctionnelle.
Il faut savoir donc apprécier à leur juste valeur ceux et celles, rares, qui dérogent à la règle… Avant de réfléchir à ce qui fonde les paroles des… autres : passionnant… (Cf. Politique. Médias, Penser. Intellectuel-les)

Pensée (Déni) : 1876. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine, écrit concernant « l’incurable infirmité de l’esprit jacobin » :
« Considérez en effet les monuments authentiques de sa pensée, le journal des Amis de la constitution, les gazettes de Loustalot, Desmoulins, Brissot, Condorcet, Fréron et Marat, les opuscules et les discours de Robespierre, les débats de le Législative et de la Convention, les harangues, adresses et rapports des Girondins et des Montagnards, ou, pour abréger les quarante volumes d’extraits compilés par Buchez et Roux. Jamais on n’a tant parlé pour si peu dire ; le verbiage creux et l’emphase ronflante y noient toute vérité sous leur monotonie et leur enflure. […]
Tout son vocabulaire consiste en une centaine de mots, et toutes le idées se ramènent à une seule, celle de l’homme en soi
[...]. » 144 (Cf. Droit, Langage. Mots, Penser. Déni, Politique. État. « Gilets jaunes », Histoire. Révolution française)

Pensée (Détail) : Il qualifia la pensée qu’il était censé critiquer de « détail doctrinaire ».

Par ordre chronologique. Pensée. Dickens Charles :

Pensée (Dickens Charles) (1) : 1839. Charles Dickens [1812-1870] dans Les aventures d’Olivier Twist, auteur de :
« Cependant, tout comme celles de la plupart de gens, les pensées d’Olivier, encore qu’extrêmement promptes et actives à signaler les difficultés, était absolument incapables de suggérer aucun moyen pratique de les surmonter. » 145 (Cf. Penser. Dickens Charles)

Pensée (Dickens Charles) (2) : 1850. Charles Dickens [1812-1870] dans David Copperfield, auteur de : « - Comment se fait-il que cette grand-tante vous trotte dans la tête ? demanda ma mère. N’y a-t-il pas d’autres gens à qui on puisse penser ?
- Je ne sais pas dit Peggotty, à quoi cela tient, c’est peut-être à ma stupidité, mais je ne puis pas choisir mes pensées, elles vont et viennent dans ma tête, et elles ne vont et viennent point comme il leur convient.
» 146

Pensée (Dickens Charles) (3) : 1854. Charles Dickens [1812-1870] dans Les temps difficiles, auteur de : « - Toujours à te poser des questions, dit Tom.
- Mes pensées sont tellement indociles qu’elles me forcent à me poser des questions, répondit Louisa. » 147

Pensée (Diverse) : Une pensée diverse ne peut être résumée, synthétisée, formalisée, conceptualisée… Et c’est très bien ainsi.

Pensée (Dogmatique) : Une pensée dogmatique : une pensée dont le point de départ mène au point d’arrivée et dont, du point d’arrivée, on peut déduire le point de départ ; les chemins de traverse fréquents masquant plus ou moins clairement le fil d’Ariane qui les lie.

Pensée (« Effets pervers ») : Il n’y a pas d’« effets pervers » : il n’y a que des modes fonctionnements cohérents, analysés par des pensées inappropriées … (Poursuivre) (Cf. Êtres humains. Pervers)

Pensée (Effort. Sorel Georges) : 1910. Georges Sorel [1847-1922], dans ses Réflexions sur la violence, auteur de :
« […] Je soumets à mes lecteurs l’effort d’une pensée qui cherche à échapper à la contrainte de ce qui a été antérieurement construit pour tout le monde, et qui veut trouver du personnel. Il me semble vraiment intéressant de noter sur mes cahiers ce que je n’ai pas rencontré ailleurs. […] » 148
Un référent positif… (Cf. Penser. Désapprendre)

Pensée (Équivalence) : L’équivalence de tout avec tout : la réhabilitation du rien. De l’un-e avec l’autre : s’en approche…

Pensée (Esquive) : De l’art de ne pas avoir à prendre position (depuis début octobre 2021) :
« Ce roman, tout à fait topique » ; « Il y a encore des progrès à faire », « C’est un peu problématique » ; « Il s’agira moins de prendre parti que de constater » ; « J‘entends ce qu vous dites » ; « Ça pose question » ; « La manifestation a dégénéré » ; « La communauté [X] est sous tension » ; « On ne peut que s’interroger sur les aspects paradoxaux d’une telle crise » ; « Il y a là quelque chose à penser » ; « Le monde ne change pas en un claquement de doigts » ; « Le bilan semble un peu mitigé » ; « Il demeure énormément de questions passionnantes » ; « C’est un pas en avant, on est tous d’accord là-dessus » ; « Ces questions font polémique en permanence » ; « C’est l’époque qui veut ça » ; « Le futur est en marche » ; « Là encore, il y a un mélange des genres » ; « Il y a une porte de sortie » ; « Moi, a priori, à titre personnel, cela ne me choque pas » ; « Parlons du fond ! » ; « C’est la course à l’échalote » ; « Que les autres fassent aussi bien que nous et après on verra » ; « Bien entendu, on déplore toutes les victimes » ; « Les analyses sont controversées » ; « On ne peut que le constater » ; « Qui peut en être protégé ? » ; « Il faut regarder les sondages avec précaution » ; « Il faut trouver un point d’équilibre » ; « Nous verrons dans les mois qui viennent si nous avons les solutions » ; « Je partage entièrement ce qu vous dites » ; « Il faut éviter le pathos » ; « Il y a une volonté de réfléchir à ces questions » ; « Les améliorations vont lentement » ; « Le chemin est encore long » ; « Le covid a permis un coup de projecteur » ; « Ces métiers si nécessaires et si mal connus » ; « Rien n’est moins sûr » ;

Pensée (État) : On sait depuis des lustres que toute religion est une entrave à la pensée ; il en est de même de l’État. (Cf. Politique. État, Religion)

Pensée (Expertise) : L’expertise tue la pensée [féministe incluse]. La spécialisation aussi. (Cf. Féminisme. Penser. Expert-es. Rivière Jacques, Politique. Expertise, « Sciences » sociales. Spécialisation)

Pensée (« Faiblesse ». Marx Karl) : 1849. Karl Marx [1818-1883] écrivait, fort justement, concernant la philosophie :
« C’est sa propre déficience interne qu’elle combat à l’extérieur ; c’est en découvrant les faiblesses de son adversaire au cours de la lutte qu’elle révèle ses propres faiblesses ; elle ne peut dépasser ses faiblesses qu’après les avoir éprouvées en elle-même. [...] » 149 (Cf. Philosophie)

Penser. Pensée. Faille :

Pensée (Faille) (1) : Utiliser à son profit les failles de l'argumentaire de la personne et / ou de l’idée critiquée ne rend pas le sien plus juste. Évident, certes, mais si appliqué, pourrait sans doute alléger nombre de plateaux de télé et/ou émissions de radio. (Cf. Relations entre êtres humains. Failles, Penser. Argument)

Pensée (Faille) (2) : Chaque faille d’une pensée est un cadeau offert à celle qu’elle est censée critiquer, et / ou avec celle de la personne avec laquelle on est censé-e ‘débattre’. Mais…cf. plus haut. (Cf. Relations entre êtres humains. Failles, Penser. Débattre)

Pensée (Fausse) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« Son comportement manifestait parfois un peu d’agressivité, mais elle s’adressait surtout aux idées fausses, dont il existe tant à corriger dans le monde qu’elles mettent inévitablement à l’épreuve la patience d’un homme non dépourvu d’instruction et d’expérience. » 150 (Cf. Culture, Penser. Eliot George)

Pensée. Féministe :

Pensée (Féministe) (1) : Les pensées féministes ne se limitent pas, ne s’enferment pas dans l’analyse et la critique du patriarcat, fussent-elles, disons…largement appréhendées. (Poursuivre)
- Par comparaison, enfermer les critiques socialistes, communistes dans l’analyse et la critique du capitalisme fut l’une des failles majeures de ces pensées critiques. (Cf. Féminisme. Patriarcat. Penser le patriarcat, Penser. Comparaison)

Pensée (Féministe) (2) : (11 novembre) 2006. Éliane Viennot, à l’écoute d’une archive, auteure de : « Tout ce qu’il dit est faux. » Comme cela fait du bien d’entendre cela… 151 (Cf. Féminisme, Patriarcat, Penser)
* Ajout. 28 juillet 2021. (7 mai) 1921. Élie Halévy [1870-1937], dans une lettre à Louise Bréguet-Halévy, sa mère [1847-1930] :
« J’ai fait hier […] ma conférence, devant une foule décolletée et défraîchie. L’une - pas une foule, une dame - m’a déclaré que she disagred with everything I had said : ce qui n’était pas une manière de me dire quelque chose de déplaisant ; elle voulait simplement me faire comprendre comment elle avait un esprit délicieusement indépendant. » 152 (Cf. Femmes. Indépendantes. Ornements)

Pensée (Féministe) (3) : Il est des silences, notamment publics, qui sont des triomphes. Plus modestement [?], il m’arrive de penser Mirabeau dans son Discours du 22 mai 1790, adressée à ses adversaires à l’Assemblée : « Répondez si vous pouvez […] ! » 153 (Cf. Féminisme, Patriarcat)

Pensée (Fin) : Les moyens sont censés construire la fin. Mais, quelle est-elle ? Et dès lors, quels sont-ils ? (Cf. Penser. Changer le monde)

Pensée (Fonction) : Aucune pensée ne peut être justifiée par l’identité, le statut, la fonction de celui/celle qui l’exerce ; elle ne peut qu’aider - certes, souvent très utilement - à en éclairer les fondements. (Cf. Êtres humains. Soi. ‘T’es qui, toi’ ?)
- Pourrait utilement être lu par beaucoup, au premier chef, par exemple, par Jacques Attali, si peu conscient de la caricature, qu’en la matière, il incarne si souvent. (méchant ? utile ?)

Pensée (Force) : La force principale d’une pensée est dans sa capacité à intégrer sa propre critique interne, dans l’incessante recherche donc de sa propre faiblesse. On peut y adjoindre la lucide conscience de son bien-fondé, la fierté de sa légitimité, la volonté affichée, vécue, de combattre l’injustice à laquelle elle est censée remédier. (Cf. Féminisme)

Pensée (Formaliste) : Une pensée formaliste : une pensée d’esquive : ?

Pensée (Guilloux Louis) : (4 mars) 1931. Louis Guilloux [1899-1980] dans une lettre adressée à Jean Guéhenno [1890-1978], écrit :
« […] Les hommes que nous sommes devenus ne savent plus combattre ces [les] mensonges, parce qu’ils croient toujours y découvrir une part de vérité, et aussi parce qu’ils sont appris à respecter tout ce qui se présente sous le nom de pensée. » 154 Doublement lumineux. (Cf. Culture. Guilloux Louis)

Pensée (Hugo Victor) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de : « La conscience de Gauvin.
Quel champ de bataille, que l’homme !
Nous sommes livrés à ces dieux, à ces monstres, à ces géants, nos pensées. […] » 155 (Cf. Êtres humains. Conscience)

Penser. Pensée. Hypothèse [théorique]) :

Pensée (Hypothèse [théorique]) (1) : Une hypothèse [théorique] n’est construite que dans un contexte politique donné, ainsi que sur les fondements d’un projet politique (quel qu’il soit).
Comme Monsieur Jourdain, nous avons tous et toutes des hypothèses [théoriques] en tête : comment, dans le cadre relatif donc qui est leur, les en faire ressortir afin de pouvoir les exprimer ?… (Cf. Penser. Pensée. Abstraction, Patriarcat. Penser. Théorie, Politique. Projet)

Pensée (Hypothèse [théorique]) (2) : Sans hypothèse, il n’y a pas de pensée. Ou, plutôt, plus justement, sans point de vue préalable - qui ne peut être que personnel - aucune vue n’est possible ; ou plutôt, la vue n’est que reflet de … :
- Sans hypothèse de départ, un raisonnement n’est qu’un commentaire. (Poursuivre…) (Cf. « Sciences » sociales)

Pensée (« Impartiale ») : Un journaliste accusé d’impartialité tenta de se justifier. En vain.
L’impartialité - la partialité en conséquence - ne relève ni de la vérité, ni du mensonge ; ni de soi, ni de l’autre ; ni de l’engagement, ni de la modération.
Elle relève d’une pseudo moyenne, d’un pseudo consensus, d’on ne sait quoi, d’une cote mal taillée par on ne sait qui, mais censée ne heurter aucun pouvoir institué.
C’est une négation de soi, une négation de la pensée qu’elle contribue efficacement à formater. (Cf. Histoire. Impartialité)

Penser. Pensée. Indignation :

Pensée (Indignation) (1) : Une pensée ne naît pas d’indignations, mais, pour moi, il n’y a pas de pensée sans indignation. On peut remplacer indignation par « colère »…qui n’est pas - seulement - ressenti personnel… (Cf. Femmes. Colère, Langage)

Pensée (Indignation) (2) : (8 janvier) 2017. Jean-Louis Bourlanges, présenté comme « essayiste », auteur de :
« L’indignation ne mène nulle part », suivi, quelques minutes plus tard, de :
« […] L’indignation ne débouche pas sur des améliorations concrètes. » 156 (Cf. Hommes. « Politiques ». Bourlanges Jean-Louis)

Pensée (Individualiste. Critique) : 1979. Nicola Berdiaev [1874-1948], dans son Essai d’autobiographie spirituelle, auteur de :
- « Mes capacités ne se manifestaient que lorsque le processus mental prenait sa source en moi, et quand je me trouvais dans un état actif et créateur ; par contre, toutes les fois que le processus mental m’arrivait du dehors et qu’il fallait assimiler passivement et retenir, je me sentais impuissant. » Et de :
- « Au fond, je n’aspirai ni à l’égalité, ni à la domination, mais uniquement à la construction de mon monde particulier. » Et enfin de :
- « […] On appelait cela mon ‘individualisme’, mais je crois ce terme inexact. Je passe du moi non seulement au monde des idées, mais aussi au monde social. » 157
Profond ou superficiel ? (Cf. Êtres humains. Soi, Politique)

Pensée. Irrécupérable :

Pensée (Irrécupérable) (1) : Être irrécupérable [c’est à dire ne pas être intégrable dans une analyse qui n’est pas sienne] par quiconque : belle ambition.
Être récupérable : une faute / une erreur d’analyse s’est nichée quelque part, doit être débusquée et corrigée et /ou supprimée. (Cf. Êtres humains. Intègre)
* Ajout. 5 juin 2020. Pour une analyse contraire, entendu ce jour sur France Culture :
« Si on est récupéré, c’est qu’on doit avoir raison. » À cette aune…. (Cf. Penser. Pensée)

Pensée (Irrécupérable) (2) : Il ne peut y avoir de récupération, de contrefaçon, de détournement si la pensée est claire ; et pour qu’elle le soit, il faut que sa genèse, son cheminement, sa finalité, ses ancrages le soient aussi ; le seront alors aussi nécessairement les sources, les auteur-es, les faits, les critiques. (Cf. Penser. Pensée. Claire)

Pensée (Léautaud Paul) : 1951. Paul Léautaud [1872-1956], dans ses Entretiens avec Robert Mallet, auteur de :
« La pensée ! Il ne faut pas employer des mots comme ça ! ... » 158 (Cf. Hommes. Remarquables. Léautaud Paul, Langage. Mots)

Pensée (« Levier de ») : 2018. Entendu : Il débuta par : « une laïcité mal comprise », il poursuivit par : « une fausse laïcité », et puis évoqua la nécessité de « la critique du ‘laïcisme’ ». Vint, alors, sans transition, « le clash des civilisations », pour finir par : « Soyons français » suivi de : « À Rome fait comme les Romains. » 159 (Cf. Politique. Laïcité)

Pensée (Libérée) : Une pensée, libérée des défenses intellectuelles inculquées, sans même requérir son avis, et encore moins son accord, à l’être qui l’exprimait, révèle des forces considérables. (Poursuivre)

Penser. Pensée. Logique :

Pensée (Logique) (1) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de :
« Cimourdin s’était jeté dans ce vaste renouvellement humain [la révolution] avec logique, c’est-à-dire pour l’esprit de sa trempe, inexorablement ; la logique ne s’attendrit pas. » 160 (Cf. Politique, Histoire. Révolution française)

Pensée (Logique) (2) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de :
« Cimourdin croyait que, dans les genèses sociales, le point extrême est le point solide ; erreur propre aux esprits qui remplacent la raison par la logique. » 161 (Cf. Politique, Histoire. Révolution française)

Pensée (Lucide) : Entendu la fin de la chanson de Léo Ferré [1916-1993], La solitude :
« La lucidité se tient dans mon froc ! Dans mon froc ! » (Cf. Féminisme. Antiféminisme, Hommes. Grossiers, Patriarcat)

Pensée (Manichéenne) : (17 février) 1958. Maurice Merleau-Ponty [1908-1961] interrogé par Madeleine Chapsal, donne un exemple d’une pensée non manichéenne :
« Marx [1818-1883] […] n’était pas manichéen. Il pensait que le capitalisme est en décadence, mais qu’il a été une grande chose, qu’il faut détruire la philosophie, mais qu’il faut aussi le réaliser, que la révolution est une rupture avec le passé, mais qu’elle en est aussi l’accomplissement. » 162
Pas vraiment convaincant…à tout le moins … (Cf. Penser. Pensée. Binaire, Philosophie)

Pensée (Michelet Jules) : 1853. Jules Michelet [1798-1874], dans son Histoire de la Révolution française, auteur de :
« Quand on songe par quels degrés, quelles difficultés, quels obstacles, surgit toute grande pensée, on s’étonne moins de voir les humiliations, les bassesses où peut descendre, pour la sauver, celui qui l’eut une fois…
Qui nous donnera de pouvoir suivre, des profondeurs à la surface, l’ascension d’une pensée ?
Qui dira les formes confuses, les mélanges, les formes funestes qu’elle subit pendant des siècles ?
Combien, de l’instinct au rêve, à la rêverie, et au-delà au clair-obscur poétique, elle a lentement cheminé !
Comme elle a erré longtemps entre les enfants et les simples, entre les poètes et les fous !
Et un matin, cette folie s’est trouvée le bon sens de tous ! mais cela ne suffit pas.
Tous pensent, personne n’ose dire… Pourquoi ? […] » 163 (Cf. Histoire)

Pensée (Morin Edgar) : (11 mai) 2005. Edgar Morin, dans Le Monde, concernant la diffusion du projet de constitution européenne - le vote, qui s’avéra négatif, devant avoir lieu le 25 mai - auteur - de :
« C’est un vice de pensée que de se concentrer exclusivement sur un texte. »
- Et ce, après avoir affirmé que :
« La distribution à profusion du texte du projet de Constitution européenne ne va qu’accroitre la confusion et la perplexité. » 164
- Il faut oser écrire que : ne pas savoir est mieux que : savoir. (Cf. Hommes. « Intellectuels », Penser. Vérité. Morin Edgar, Politique. Démocratie)

Pensée (Mort de la pensée) : [Dans le cadre d’une pensée qui se pose comme « rationnelle », « universelle » et donc, croit-elle d’emblée, « légitime »] : la perception d’une «réalité» considérée comme telle > la recherche d’une cause > qui ouvre la voie à une explication > laquelle nécessite un moyen > en vue d’un but plus ou moins explicité > traduit par une inscription dans la loi > laquelle cautionne et ou détruit les impositions préalables > et ce selon que vous serez hommes et femmes, riches ou pauvres, forts ou faibles, adultes ou enfants…(Reprendre)

Pensée (Nerval Gérard de) : 1855. Gérard de Nerval [18080-1855], dans Aurélia ou Le rêve et la vie, auteur de :
« […] Mes livres, amas bizarre de la science de tous les temps, histoire, voyages, religions, cabale, astrologie à réjouir les ombres de Pic de la Mirandole, du sage Meursius et de Nicolas de Cusa, - la tour de Babel en deux cents volumes, - on m’avait laissé tout cela !
Il y avait de quoi rendre fou un sage ; tâchons qu’il y ait aussi de quoi rendre sage un fou. » 165

Pensée (Neutralité) : (18 janvier) 2018. Le président du Comité national d’éthique, auteur, de : « On va être aussi neutres que possible… » 166 (Cf. Penser. Morale. Codes d’éthique)

Pensée. Nietzsche Friedrich :

Pensée (Nietzsche Friedrich) (1) : 1884. Friedrich Nietzsche [1844-1900] dans Contribution à l’histoire naturelle de la morale, auteur de :
« Les hommes bons de chaque époque sont ceux qui labourent à fond les anciennes pensées, et qui les font fructifier ; ce sont les cultivateurs de l’esprit. Mais à la fin tel champ ne rapporte plus et sans cesse il faut que la soc de la charrue du mal vienne le remuer à nouveau. »
- Pour ma part, j’enlève : « du mal » et, dans la foulée : « bons » 167

Pensée (Nietzsche Friedrich) (2) : 1887. Friedrich Nietzsche [1844-1900] dans Des principes et des fins, auteur de :
« […] Une pensée se présente quand ‘elle’ veut, et non pas quand ‘je’ veux. » 168

Pensée (Nizan Paul) : 1932. Paul Nizan [1905-1940] dans Les chiens de garde, auteur de :
« […] Aucune pensée n’est vide de poisons pourvu qu’elle soit dite et redite. » 169 (Cf. Penser. Répéter, Politique. Médias)

Pensée (Nombre) : Une pensée fait peu de cas du nombre. Ou plutôt : une pensée ne peut, ne doit pas faire cas du nombre ?

Pensée (Non-dit) : Faute de pouvoir s’exprimer adéquatement sur ce qu’il souhaitait transmettre, il expliquait doctement que l’essentiel était lisible dans le non-dit.

Penser. Pensée. Norme :

Pensée (Norme) (1) : Tout pouvant être qualifié de « norme », ne pas être dans la norme, critiquer la norme, ne peut signifier que l’expression d’un malaise personnel mal défini. Il en est de même concernant la critique de la « pensée dominante », de « politiquement correct », de la « bien pensance », et même des « belles âmes », autant de confusions intellectuelles qui pourtant fondent tant de débats…(Poursuivre)

Pensée (Norme) (2) : S’opposer à la norme, c’est la conforter. Il en est de même de « l’inversion des normes ».

Pensée (Norme) (3) : Être témoin de la norme ; s’interroger sur la norme ; critiquer la norme ; refuser la norme ; détruire la norme ; la norme existe-t-elle ? ; Tout dépend de qui pense la norme…

Pensée (Nourrissante) : Elle se régalait de la pensée dont elle se nourrissait et qui lui conférait du poids.

Pensée (Péguy Charles) : 2017. En exergue du Site officiel de Charles Péguy [1873-1914], on lit : « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une mauvaise pensée. C’est d’avoir une pensée toute faite. » 170 Facile ? sur quoi se fonde une telle hiérarchie ? Qui décide de la « norme » ? Bref, une pensée toute faite. (Cf. Pensée. Norme)

Pensée (Personnelle) : Il qualifia la lettre qu’il avait reçu d’elle de : « très personnelle » ; elle, pourtant, n’y avait exprimé que sa pensée. Qu’en déduire ? Que, pour lui, sa pensée n’était pas même prise en compte ; elle se dissolvait en sa personne. Si fréquent… (Cf. Langage. Adverbe)

Pensée (Pertinence) : La pertinence d’une pensée (d’une action) se juge a postériori et sur le long terme. Devrait inquiéter les utilisateurs / trices de twitter…

Penser. Pensée. Politique :

Pensée (Politique) (1) : Toute pensée est politique en ce sens qu’elle engage nécessairement un être, homme ou femme, marqué-e par une histoire, une nation, une culture, un milieu, une classe, singulières ou plurielles.
Elle l’est, qui plus est, lorsqu’elle s’assigne pour finalité de rendre compte, de réfléchir sur l’une ou l’autre des composantes de sociétés, passée ou présentes, proches ou lointaines.
Elle l’est, a fortiori, lorsqu’elle se projette, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement, plus ou moins lucidement, dans l’avenir et aspire à participer à sa [re]construction.
- Cette approche, telle qu’ici présentée, n’a alors que peu - rien ? - à voir avec celles censées opposer « objectivité » et « subjectivité », « engagement » et « prise de distance », « réalisme » et « utopie » ou « révolution »… (Cf. Féminisme. Patriarcat. Penser. Pensée. Binaire, Penser. Le Politique, « Sciences » sociales)

Pensée (Politique) (2) : (29 août) 2020. Alain Finkielkraut, sur France Culture, auteur de :
« Je me souviens toujours de Raymond Aron [1905-1983] qui disait : « ‘Quand je critique un homme politique, je me mets toujours à sa place. ‘» 171 La mort de la pensée politique. (Cf. Hommes. « Politiques », Politique)

Pensée (Postulat) : Sur les plateaux de télé notamment, beaucoup se plaignent d’être interrompu-es ; ce qui est rarement exprimé, c’est que nombreux sont ceux / celles, dont une fois que l’on connait le postulat de l’argument, la suite : l’expression de leur pensée, n’a que peu d’intérêt. (Cf. Penser. Postulat. Politique. Médias)

Penser. Pensée. Pouvoir :

Pensée (Pouvoir) (1) : Le principal avantage du pouvoir (dans ses multiples manifestations) est d’emblée de s’estimer être, sinon en mesure, du moins en droit, de délégitimer l’auteur-e d’une pensée (action) : efficace, car cela a pour effet, sinon pour fonction, de diminuer le nombre des postulant-es et de restreindre le champ de la critique. Concerne, tous systèmes de domination, et, principalement, au premier chef, les hommes concernant leurs rapports aux femmes.

Pensée (Pouvoir) (2) : Lorsqu’un pouvoir croit pouvoir affirmer, afficher son mépris pour une personne, pour une pensée critique, il n’imagine que rarement - sauf à s’interroger sur lui-même - que celle-ci l’avait d’emblée déjà récusé. Là, réside sa faiblesse. (Cf. Politique. Mépris)

Pensée (Pouvoir) (3) : Lorsqu’un pouvoir est contesté, comme c’est curieux - lui qui est censé tout gérer, tout décider, et espère-t-il qu’on le croit, tout comprendre - il ne comprend plus rien…
* Ajout. 26 août 2018. Cette analyse est valable aussi pour ceux et celles qui ne se pose pas même la question de leur plus ou moins grande proximité à l’égard du pouvoir.
Un exemple : Thierry Pech, ce jour, évoquant le discours de Jean-Luc Mélenchon la veille à Marseille dont il était vraiment difficile de reconnaitre qu’il n’était ni brillant, ni percutant, ni intelligent, ni politiquement crédible, ni fondé sur des analyses à tout le moins plus justes que celles qui nous sont présentées depuis si longtemps, affirma avec assurance : « On ne comprend rien à ce qu’il propose ».
Certes, ce jugement n’était censé concerner que « l’émigration », mais on pouvait penser, sans trop défigurer cette ‘ analyse’, qu’il concernait l’ensemble du discours, dont ni lui, ni aucune membre de l’émission, ne parla pas autrement.
Et les journalistes, commentateurs/trices, semblent s’étonner d’être si peu crédibles et respectés…. (Cf. Langage. Possessif, Politique. Médias)

Pensée (Pouvoir) (4) : Dans l’éternelle lutte entre le pouvoir et sa critique, à court terme, le pouvoir est toujours gagnant.

Pensée (Pouvoir) (5) : 1734. Montesquieu [1689-1755], dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des romains et de leur décadence, auteur de :
« Ceux qui ont cessé de craindre le pouvoir peuvent encore respecter l’autorité. » À moins que ce soit : ceux et celles qui cessé de respecter l’autorité ne craignent plus le pouvoir ? ou les deux… ? 172 (Cf. Politique. Hiérarchie. Démocratie)

Pensée (Pragmatisme) : Toute référence - et si souvent, toute assignation - au pragmatisme concrètement signifie s’adapter au monde tel qu’il fonctionne et donc au seul possible et interdit toute pensée, toute politique, tout imaginaire, toute utopie. (Cf. Politique. Utopie)

Penser. Pensée. « Préjugés » :

Pensée (« Préjugés ») (1) : Ils / elles nomment « préjugés » à l’encontre des victimes ce qui n’est souvent que stratégies de ceux et celles qui ont pouvoir sur elles. (Cf. Féminisme, Patriarcat, Penser, Violences. Victimes)

Pensée (« Préjugés ») (2) : Les préjugés ont été construits dans et par l’histoire. Vouloir les combattre sans s’interroger sur leurs genèses, c’est se battre contre des moulins à vent. (Cf. Penser. Déconstruire, Histoire)

Par ordre chronologique. Pensée. Préjugé :

Pensée (Préjugé) (1) : 1790. Edmund Burke [1729-1797], dans ses Réflexions sur la Révolution de France - dans un raisonnement ayant pour finalité de re-légitimer les préjugés - écrit :
« Un préjugé donne à la raison qu’il contient le motif qui fait sa force agissante et l’attrait qui assure sa permanence. En cas d’urgence, le préjugé est toujours prêt à servir ; il a déjà déterminé l’esprit à ne s’écarter jamais de la voie de la sagesse et de la vertu ; si bien qu’au moment de la décision, l’homme n’est pas abandonné à l’hésitation, travaillé par le doute et par la perplexité. Le préjugé fait de la vertu une habitude et non une suite d’actions isolées. »
Autant d’arguments pour délégitimer les préjugés…173 (Cf. Patriarcat. Préjugé)

Pensée (Préjugé) (2) : (7 octobre) 2020. Dario Montovani, dans son cours au Collège de France, auteur de : « Tout préjugé est une occasion ratée de se renouveler. » 174

Pensée (Préjugé) (3) : (5 avril) 2022. Éric Zemmour, dans La Voix du Nord, auteur de :
« À la différence de Simone de Beauvoir [1908-1986], je pense qu’on naît femme. On ne choisit pas son sexe. Pour moi, il ne faut pas cracher sur les stéréotypes, ni sur les préjugés. Sauf à se couper de notre nature profonde. »
La pensée - ne pas ici oublier : française - progresse indiscutablement…

Penser. Pensée. Processus d’une pensée totalitaire :

Pensée (Processus d’une pensée totalitaire) (1) : Je pense que… ; j’espère que… ; je crois que… ; Je veux que…; Je sais que…. Pour terminer par : « Ceci est ».

Pensée (Processus d’une pensée totalitaire) (2) : Pour [tâcher de] s’en prémunir, s’interroger en préalable sur son statut : est-ce un présupposé ? un instinct ? une intuition ? une hypothèse ? une opinion ? un avis ? un conseil ? une croyance ? une idée ? une aspiration ? une certitude ? ; et concernant une personne : un rejet ? un mépris ? une peur ? une attirance ? un penchant vers ? un besoin de ? une demande à …

Pensée (Progrès) : Lorsque l’on veut voir le progrès, on s’interdit d’analyser le monde. Il y manque en effet les erreurs, les échecs, les régressions et les renaissances (autrement…) Bref, la complexité. Concerne nombre d’analyses féministes…

Pensée (Progression) : « Je ne comprends rien » ; puis : « Comprenne qui peut » ; puis : « C’est incompréhensible » . Et enfin : « Cela n’est qu’incompréhension, dont la responsabilité incombe à l’auteur-e lui/elle-même. » (Cf. Penser. Comprendre)

Pensée (Puissance. Hugo Victor) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les misérables, auteur de :
- « Où est la pensée, là est la puissance. […] » (page ?)
- « Qu’est l’invasion des royaumes comparée à l’ouverture des intelligences ? […] » 175 Éternelle question, jamais résolue, mais là, sans doute, mal posée : comment comparer une armée et des écoles ? D’autant que dans les deux cas, l’État en est en règle générale le maître d’œuvre… (Cf. Penser. Intelligence)

Pensée (« Queer ») : (21octobre) 2019. Entendu sur France Culture dans une série d’émissions consacrée aux champignons :
« […] Ce qui m’intéresse avec les champignons, c’est une certaine poésie, pour moi, plus une poésie queer que féministe. Ce qui est queer pour moi, avec les champignons…avec tout l’aspect symbiotique des champignons, c’est cette question de l’effacement des frontières, des catégories, des transgression entre espèces. Je vois du queer dans les symbioses…parce qu’il y a cette transgressions entre les catégories.…On ne sait plus si c’est une plante ou un champignon. Ce qui est très beau, très queer là-dedans, c’est qu’ils se fichent complètement des catégories que nous on a établi. Ils font leur petite tambouille à eux. Ils rentrent dans ces interactions… J’y vois un certain érotisme trans-espèce, quelque chose d’extrêmement charnel, d’extrêmement érotique de ce mélange entre espèces différentes qui fait complètement exploser la conception qu’on dans les liens entre espèces. » 176 À citer, à profusion… (Cf. notamment Culture « Queer »)
N.B. Une transgression n’est pas, loin, de là, une subversion. Plus encore, certain-es utilisent l’argument de la transgression pour justifier leur irresponsabilité.

Penser. Pensée. Radicale :

Pensée (Radicale) (1) : Une pensée radicale ne se divise pas. Elle doit avoir pour ambition de s’approcher de l’ensemble dans lequel elle s’inscrit.

Pensée (Radicale) (2) : Pourquoi faudrait-il qualifier de « radicale » une pensée, une action dont on peut simplement considérer qu’elle a pour ambition de s’approche d’une vérité jusqu’alors déformée, cachée, occultée, niée ?

Pensée (Rêve) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les misérables, auteur de :
« Il y a de la volonté dans la pensée, il n’y en a pas dans le rêve. » 177

Pensée (« Second, troisième…degré ») : Invoquer le « second - troisième…- degré » brise toute aspiration à la cohérence, à la clarté. Et, si souvent, est employée pour justifier le droit d’invalider une parole, jugé nécessaire du fait des réactions provoquées. Avant toute référence au « second degré », se poser la simple question : Le « second degré » de l’un-e est-il celui de l’autre ? Et préalablement : ça veut dire quoi, le premier degré ?

Pensée (Sens) : Une parole pour être entendable doit être sens. Comme les écrits. Comme la vie. Renvoie nécessairement à des valeurs. [À expliciter]. Lieu commun ? (Cf. Langage, Politique)

Pensée (Sens commun et / ou Bon sens) : Albert Einstein [1879-1955] aurait défini (cité sans source) le « sens commun » et /ou le « bon sens », comme : « la collection de préjugés acquis à l’âge de 18 ans. » (Cf. Penser. Pensée. Préjugé) 178

Pensée (Sensible) : Entendu : « Le sensible est de l’intelligible confus. » (Poursuivre)

Pensée (Simple) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, concernant la politique militaire du général Koutouzov [1745-1813] durant la retraite [le repli, la fuite] française de Russie en 1812, auteur de :
« […] Tout ce que Koutouzov disait de la nécessité d’attendre des vivres, du manque de bottes pour les hommes, tout cela était d’une simplicité si enfantine en face de leurs propositions compliquées et savantes que de toute évidence Koutouzov était une vieille baderne, et eux des hommes de guerre de génie, hélas impuissants. » 179 (Cf. Hommes. « Impuissants », Politique. Guerre)

Penser. Pensée. Soi :

Pensée (Soi) (1) : Après « une chambre à soi », une pensée à soi. Plus complexe qu’il n’y paraît. (Cf. Êtres humains. Soi)
* Ajout. 12 février 2018. Avant Une chambre à soi [1929] de Virginia Wolf [1882-1941], Ovide [43 avant J.C-17/18 après J.C] avait écrit :
« Les poèmes requièrent de ceux qui les écrivent une retraite et des loisirs. » [Tristes, Livre I, n° 1, v. 41] (Cf. Êtres humains. Soi)

Pensée (Soi) (2) : Pour penser, réfléchir, il faut partir de soi ; ramener à soi invalide le processus. (Cf. Êtres humains. Soi)

Pensée (Soi) (3) : [Excès d’] orgueil ? Ou plutôt : exigence [minimale] ? (Cf. Êtres humains. Soi, Femme. Orgueil)

Pensée (Soi) (4) : Plus la pensée est sienne, mieux elle peut s’ouvrir à celle de l’autre. Non : faux. (Poursuivre) (Cf. Êtres humains. Soi)

Pensée (Soi) (5) : Le refoulement de ses propres pensées, écrasées, étouffées par les « maîtres » de tous acabits qui l’habitent détruit la possibilité même de la croyance en la pensée d’un autre. Il ne reste plus alors que la pensée de la reproduction. C’est cette chape de plomb qu’il faut lever. (Cf. Êtres humains. Soi)

Pensée (Soljenitsyne Alexandre) : 1966. Alexandre Soljenitsyne [1918-2008], dans Le pavillon des cancéreux, évoque le jeune étudiant malade Vadim « dont l’intelligence s’était alourdie [et qui] ne pouvait plus bondir le long des pensées d’autrui comme une chèvre au flanc de la montagne. » 180 (Cf. Penser. Intelligence)

Pensée (Staël Germaine de) : 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans De l’Allemagne, auteure de : « […] Mais la pensée va peut-être encore plus loin quand elle n’a point de borne ni même de but déterminé, et que, sans cesse en rapport avec l’immense et l’infini, aucun intérêt ne la ramène aux choses de ce monde. » 181

Pensée (Statut de la parole) : Le positionnement du statut du sujet du discours est un préalable à toute pensée. Pas uniquement l’être singulier : l’être dans le monde. (Cf. Êtres humains. Soi. « T’es qui, toi ? »)

Pensée (Subversive) : La subversion de la règle ne détruit pas la règle.

Penser. Pensée. Synthèse :

Pensée (Synthèse) (1) : Les synthèses dénaturent. Toute synthèse est trahison.

Pensée (Synthèse) (2) : Les synthèses tuent les idées dans l’œuf.

Pensée (Tango) : Entendu l’adage : « Le tango est une pensée triste qui se danse ». (Cf. Culture)

Pensée (Varnhagen Rahel) : Lu dans le livre de Georges Solovieff consacré à Rahel Varnhagen [1771-1833] qu’elle appelait ses pensées :
« des essences distillées dans [ses] larmes. » (sans date, ni source) 182 (Cf. Femmes. Pleurs, Penser. Liberté. Varnhagen Rahel)

Pensée (Vide-Pensées) : Plus utile qu’un vide-poche. Une idée vous vient, une idée vous gêne, une idée vous met en colère, une idée mérite d’être sauvée de l’oubli, une idée vous pèse, une idée vous capte, une idée vous éclaire : Un Abécédaire (à soi), vous en libère en vous permettant de les dépasser ; il permet en effet de déposer les scories qui occupent l’espace, de s’alléger de ce qui étouffe et de faire place plus nette...
Pour laisser à cet exercice son exactitude stricto sensu personnelle, je me suis, depuis son tout début, interdite de retirer un quelconque item à cet Abécédaire. J’ai, en revanche, pu modifier certains d’entre eux, eu égard à l’évolution de ma réflexion. (Cf. Hommes. Remarquables. Dostoïevski, Pensée. Méthode. Abécédaire, Psychanalyse)

Pensée (Weil Simone) : (26 mai) 1942. Simone Weil [1909-1943], auteure de :
« J’ai besoin de me dire ces choses pour n’avoir pas peur de mes propres pensées. » 183

Pensée (Zola Émile) : 1867. Émile Zola [1840-1902], dans Thérèse Raquin, auteur de :
« Les deux meurtriers […] étaient simplement heureux de ce bruit de paroles douces qui les empêchaient d’entendre l’éclat de leurs pensées. » 184

II. Penser. Idées :

Penser. Idées :

Penser (Idées) (1) : Extirper les idées des carcans des fonctions qui les ont étouffées pour les replonger dans le réel. Et mieux penser sur d’autres fondements….

Penser (Idées) (2) : Il y a ceux et celles qui, d’une idée, rejettent le tout et ceux et celles qui, dans le tout, trouvent l’idée. Il y a aussi ceux et celles qui enferment le réel dans l’idée et ceux et celles qui savent, qu’avec des idées ancrées dans le réel, on change le monde.

Penser (Idées) (3) : Les idées ne sont à personne. Elles appartiennent au « patrimoine [culturel immatériel] de l’humanité ». Que faire alors du « droit à la propriété intellectuelle » ? : le transformer en un bien commun à échanger, à partager, permettant de s’enrichir de concert, par-delà les frontières, gratuitement.

Penser (Idées) (4) : Une idée : une épreuve de vérité.

Penser (Idées) (5) : Une idée est pièce à conviction. Elle doit être pensée, pesée, appréciée à sa juste valeur, conséquences incluses. Concerne tout le monde, « humoristes », « caricaturistes » inclus, sans exceptions.

Penser (Idées) (6) : Une pensée n’est forte que si elle fait vaciller le socle sur lequel elle repose et dont elle est issue, et, par ondes de chocs, si elle n’ébranle donc pas tout son environnement.

Penser (Idées) (7) : Une idée n’a pas [vocation] à être mise en œuvre. Elle peut l’être, mais ce n’est pas sa finalité, encore moins sa fonction.
* Ajout. 14 novembre 2017. Variante : Le moyen le plus efficace de tuer une idée - et même plus sur l’idée d’une idée - est de s’interroger, sitôt émise, sur son applicabilité.

Penser (Idées) (8) : Lorsque l’on défend des idées, il ne faut pas les incarner. Rédhibitoire.

Penser (Idées) (9) : Incarner une idée, à fortiori [se] l’approprier, c’est en sus de la malhonnêteté et de l’absurdité du projet, la détruire.

Penser (Idées) (10) : Une personne qui croit à des idées ne peut accepter d'être présentée intuitu personae ; elle se met en effet alors en situation d’être réduite à elle-même.

Penser (Idées) (11) : Penser, ressentir qu’une idée est - selon soi, pour soi - juste, nouvelle… procure un sentiment de jouissance, de pouvoir, de plaisir. Si l’on croit à la force d’une idée….

Penser (Idées) (12) : Pour - simplement - entendre un argument, encore faut-il croire à la valeur d’une idée, d’une parole, d’un engagement. Et à la valeur - j’emploie ce terme, faute d’un autre adéquat - de la personne qui l’émet. La «raison» qui refuse à s’y confronter bute alors sur ce qui lui demeure incompréhensible. Se raidit, se sclérose.

Penser (Idées) (13) : Une idée ne doit jamais être présentée (proposée ?), prise en compte, analysée, critiquée que pour ce qu’elle est, pour sa valeur intrinsèque : relative, stérile ou féconde, c’est selon chacun-e. Mais encore faut-il au préalable qu’elle soit reconnue comme telle et ne relève pas du postulat, du principe, de l’exemple, de l’hypothèse, de l’argument d’autorité…. (Poursuivre)

Penser (Idées) (14) : Vouloir faire valoir ses idées, c’est en nier la valeur.

Penser (Idées) (15) : Si les idées doivent avoir une force supérieure à celle du pouvoir, ne doivent-elles pas s’imposer d’elles-mêmes ?

Penser (Idées) (16) : Qu’importe la forme, si l’idée est juste… Des pleurs, un cri, un hurlement, et tant de silences doivent être compris, sinon comme un raisonnement - un raisonnement empêché - du moins comme aussi signifiants.
* Ajout. 26 juillet 2019. 1838. Ralph Waldo Emerson [1803-1882], concernant son engagement antiesclavagiste, écrit dans son Journal :
« Au fond ce n’est qu’un simple cri ; mais parfois un cri vaut mieux qu’une thèse. » 185

Penser (Idées) (17) : Les structure sociales, mentales, intellectuelles etc., sont suffisamment solides et à même, du seul fait de leur pesanteur, de se reproduire pour qu’en sus il ne soit pas demandé aux idées de s’adapter à elles.

Penser (Idées) (18) : Idées et prosélytisme sont deux termes incompatibles.

Penser (Idées) (19) : Attendre un résultat d’une idée, c’est nier sa qualité d’idée.

Penser (Idées) (20) : Servir, se mettre au service d’une idée, mais ne pas se servir d’une idée. Déjà exprimé mille fois, mais…

Penser (Idées) (21) : Il existe des idées qui sont comme des grenades dégoupillées : on n’ose y être confronté-es, de peur qu’elles ne vous explosent à la figure.

Penser (Idées) (22) : Certain-es allaient à la chasse aux papillons ; d’autres à la chasse aux idées.

Penser (Idées) (23) : Il fut, paraît-il, un temps où l’on avait des idées, certain-es même y croyaient, se battaient pour les faire reconnaître, tentaient de les convertir en projets, et même, mourraient pour elle ; aujourd’hui, on « affiche des postures ».

Penser (Idées) (24) : Pour « avoir » des idées, encore faut-il « avoir » les mots qui permettent de les exprimer et ne pas être sous le joug de ceux et celles qui se les sont appropriés, de ceux et celles qui les formatent.
- Cf. Guy Boley, auteur de « Quand dieu boxait en amateur » [Grasset. 2018], et auteur de :
« II y a un accès à la parole auquel les catégories humbles, disons-le comme ça […] ne se sentent pas le droit d’avoir accès […] Dans ma famille […] ils ne se sentaient pas en droit de penser. […] Ils ne pensaient pas qu’ils pouvaient exprimer une pensée avec les mots de pauvres qu’ils avaient. » 186

Penser (Idées) (25) : Une idée ouvre la voie à une autre idée, qui ouvre la voie à une seconde, puis à une troisième, puis…
L’important est de croire à la première, quelle qu’en soit la validité, pour ne pas parler de valeur….

Penser (Idées) (26) : (8 avril) 2019. Entendu lors de la restitution officielle du « grand débat national » que : « 720.000 idées ont été exprimées par les français-es ». 187

Penser (Idées) (27) : La question est moins de s’interroger pour savoir d’où proviennent les idées, quel-les en sont les auteur-es, que de tenter de comprendre comment elles cheminent, ou plutôt pourquoi certaines, et pas d’autres, cheminent.

Penser (Idées) (28) : Lire, découvrir une idée - que l’on croit - juste : un moment de bonheur.

Penser (Idées) (29) : Si l’on avait compris qu’il s’identifiait aux idées qu’il affirmait incarner, et donc que sa pensée politique était erronée, il n’en résulte pas pour autant que toutes ses idées l’étaient.

Penser (Idées) (30) : L’échec de la mise en œuvre d’une idée n’en invalide pas l’idée.

Penser (Idées) (3I) : Les preuves du contraire n’invalident pas une idée. (Poursuivre)

Penser (Idées) (32) : Quand les idées sont absurdes, ce ne sont pas elles qu’il faut critiquer : cela les rend plausibles. C’est leur auteur-e qu’il faut délégitimer.

Penser (Idées) (33) : Les idées n’ont pas besoin - ne doivent pas être - sourcées ; plus encore, en citer leurs auteur-es - du moins, ceux et celles qui se les sont singulièrement appropriées - c’est en amoindrir, en détourner la portée, c’est-à-dire leur capacité d’ouvertures, par chacun-e, singulièrement, au monde.

Penser (Idées) (34) : Il est des idées qui émeuvent, des idées gênent, des idées qui dérangent, des idées qui perturbent, des idées qui troublent, des idées qui laissent désemparé-es, des idées qui attirent, des idées qui ouvrent des horizons jusque alors inconnus, impensés, impensables, des idées qu’on n’oublie pas, des idées fulgurantes.
Et puis, il y a des idées qui procèdent à des fractures.

Penser (Idées) (35) : (21 septembre) 2021. Entendu l’expression de : « marché cognitif » [Gérald Bronner]

Penser (Idées) (36) : Ses idées étaient autant de grenades dégoupillées qui ne demandaient qu’à s’exprimer [exploser ?]

Penser (Idées) (37) : Le meilleur moyen d’étouffer, de dévaluer, de déconsidérer les pensées d’une personne : raconter sa vie, et pour les vivantes, leur faire raconter leur vie. Mais à leur écoute, cent pensée peuvent advenir…

Penser (Idées) (38) : Se laisser imprégner par une idée, lui laisser le temps de murir et puis la temps viendra où elle vivra sa vie.

Penser (Idées) (39) : N’en déplaise à Anne Sylvestre [1934-2020] : « aimer les gens et les idées » n’est pas incompatible. Mais je suis sûre qu’elle aurait été d’accord.

Par ordre alphabétique. Penser. Idées :

Penser (Idées. « Action Française ») : « Notre force, c’est d’avoir raison » était l’une des maximes de l’Action Française [mouvement d’extrême-droite nationaliste, royaliste, fondée en 1898]. Toujours donc se défier de la ‘force’ des idées, fondées sur, justifiées par la seule supposée « raison », qui n’est que celle de celui / celle qui s’en prévaut. D’où qu’ils / elles viennent. (Cf. Patriarcat. Raison. Avoir)

Penser. Idées. Balzac Honoré de :

Penser (Idées. Balzac Honoré de) (1) : (26 octobre) 1834. Honoré de Balzac [1799-1850] écrit à Ewelina Hanska [1801-1882] :
« Ma vie n’est variée que par les idées ; physiquement, elle est monotone. » 188

Penser (Idées. Balzac Honoré de) (2) : Honoré de Balzac [1799-1850], dans Le père Goriot, auteur de : « […] L’étudiant se demandait vainement pourquoi. Sans doute, les idées se projettent en raison directe de la force avec laquelle elles se conçoivent, et vont frapper là où le cerveau les envoie, par une loi mathématique comparable à celle qui dirige les bombes au sortir du mortier. Divers en sont les effets. S’il est des natures tendres où les idées se logent et qu’elles ravagent, il est aussi des natures vigoureusement munies, des crânes à rempart d’airain sur lesquels les volontés des autres s’aplatissent et tombent comme les balles devant une muraille ; puis il est encore des natures flaques et cotonneuses où les idées d’autrui viennent mourir comme des boulets s’amortissent dans la terre molle des redoutes. Rastignac avait une de ces têtes pleines de poudre qui sautent au moindre choc. » Quelle puissance d’analyses… 189 (Cf. Êtres humains. Cerveaux)

Penser (Idées. Beccaria Cesare) : 1764. Cesare Beccaria [1738-1794], dans Des délits et des peines, auteur de :
« […] Il est démontré que la liaison des idées est le ciment qui maintient tout l’édifice de l’entendement humain. […] »
Analyse riche en elle-même et de ses dépassements. (Cf. Penser. Beccaria Cesare, Patriarcat)
- Variante : « Nos connaissances et toutes nos idées sont liées entre elles ; plus elles sont compliquées, plus nombreuses sont les voies qui y arrivent et qui en partent. » 190

Penser (Idées. Berberova Nina) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui le dit, auteure de : « Nos idées étaient parfois naïves et pathétiques, mais les thèmes que nous abordions se rapportaient à des problèmes existentiels qui n’ont pas cessé jusqu’à ce jour de me préoccuper. » 191

Penser (Idées. Berl Emmanuel) : 1971. Emmanuel Berl [1892-1974], interviewé sur la Chaine Histoire, auteur de :
« Là où il n’y a pas d’idées, mon intérêt faiblit très vite. » 192

Penser (Idées. Bronner Gérald) : (10 janvier) 2021. Gérald Bronner, sociologue, évoque « un cambriolage intellectuel sur le marché des idées. » De la marchandisation… 193 (Cf. Penser. Idées, Sociologie. Économie. Vol)

Penser (Idées. Castoriadis Cornelius) : 1962. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Quelle démocratie ? auteur de :
« Il faut comprendre que l’expression et la formulation d’une idée, même fragmentaire, inachevée ou erronée, peut conduire à son dépassement, tandis que son refoulement ne conduit qu’à la névrose politique. » 194

Penser (Idées. Catherine II de Russie) : (11 septembre) 1773. Catherine II, de Russie [1729-1796] écrit à Voltaire [1694-1778] - ce qui peut être aisément considéré comme une critique qu’elle lui adresse, lui qui ne cesse de la pousser à la guerre contre les Turcs - :
« Il y a des gens qui n’aiment que ce qu’ils ont inventé et qui sacrifient tout à leurs idées, une fois reçues. […] » 195 (Cf. Politique. Guerre. Voltaire)

Penser (Idées. Chateaubriand François-René de) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Elle cache la disette de ses idées sous l’abondance de ses paroles. » 196

Penser (Idées. Constant Benjamin) : 1803. Benjamin Constant [1767-1830], dans son Journal intime, auteur de :
« J’ai terminé mon chapitre sur l’allégorie, j’en suis content. Il est rempli d’idées. […] » 197

Penser (Idées. De Gaulle Charles) : Charles de Gaulle [1890-1970], dans ses Mémoires, concernant le maréchal Juin [1888-1967], auteur de :
« Il lui donnait [concernant le plan de la manœuvre] comme axe une seule idée, mais assez nette pour éclairer les siens, assez juste pour qu’il n’eut pas à la changer en cours d’action, assez forte pour s’imposer en fin de compte à l’ennemi. » 198

Penser (Idées. D’Holbach Paul Thiry) : 1770. Paul Thiry d’Holbach [1723-1789], dans son Essai sur les préjugés. Ou : De l’influence des opinions sur les mœurs et le bonheur des hommes, auteur de :
« Il est évident que la faculté de communiquer ses idées est un des plus grands avantages que la Nature ait donné aux êtres de l’espèce humaine. » 199 (Cf. Êtres humains, Hommes. Féminisme, Penser. Idées. Opinion. Préjugé. Théologie. Vérité)

Penser. Idées. Diderot Denis :

Penser (Idées. Diderot Denis) (1) : 1775. Denis Diderot [1713-1784], dans son Essai sur la peinture, auteur de :
« Qui sait où l’enchaînement des idées me conduira ma foi ! Ce n’est pas moi. » 200

Penser (Idées. Diderot Denis) (2) : 1775. Denis Diderot [1713-1784], dans son Essai sur la peinture, auteur de :
« La principale idée, bien conçue, doit exercer son despotisme sur toutes les autres. C’est la force motrice de la machine […]. » 201

Penser (Idées. Du Bos Charles) : 1921-1923. Charles Du Bos [1882-1935], dans son Journal, écrit : « Leurs idées ne sont que des instincts pensées. » 202 (Cf. Penser. Instinct)

Penser. Idées. Eliot George :

Penser (Idées Eliot George) (1) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de : « Une demoiselle distinguée a la tête grosse comme celle d’un écureuil, elle se donne de petits airs et elle a des idées étriquées, aussi utiles pour affronter la vie qu’une pince à épiler pour déboiser une forêt. » 203 (Cf. Femmes. Animalisation des femmes, Féminisme, Penser. Eliot George. Femmes, Patriarcat, Politique)

Penser (Idées. Eliot George) (2) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de : « […] Car Harold, comme nous tous, avait de nombreuses impressions qui lui épargnaient l’effort d’avoir des idées précises. » 204 Utile distinguo …

Penser (Idées. Feyerabend Paul) : 1998. Paul Feyerabend [1924-1994], dans Contre la méthode. Esquisse d’une théorie anarchiste de la connaissance, auteur de :
« Il est rare qu’une idée soit totalement sans mérite. […] » 205

Penser. Idées. Flaubert Gustave :

Penser (Idées. Flaubert Gustave) : (fin novembre ?) 1847. Gustave Flaubert [1821-1880] écrit à Louise Colet [1810-1876] :
« Il y a des idées tellement lourdes d’elles-mêmes qu’elles écrasent quiconque essaie de les soulever. » 206

Penser (Idées. Flaubert Gustave) (2) : (début novembre) 1851. Gustave Flaubert [1821-1880] écrit à Louise Colet [1810-1876] :
« Il doit y avoir de délirants orgueils à sentir qu’on pèse sur l’humanité de tout le poids de son idée. Mais il faut, pour cela, avoir quelque chose à dire. » 207

Penser (Idées. Freud Sigmund) : (11 décembre) 1914. Sigmund Freud [1856-1939] dans une lettre adressée à Karl Abraham [1877-1925] lui écrit :
« Avant, ma manière de travailler était autre ; j’avais l’habitude d’attendre qu’une idée me vienne. Maintenant je vais à sa rencontre ; je ne sais pas si je la trouverai plus vite pour autant. » 208

Penser (Idées. Galey Matthieu) : (11 mai) 1981. Matthieu Galey [1934-1986], écrit dans son Journal, concernant Claude Mauriac [1914-1996] :
« Il a le tort de s’intéresser aux idées, comme si elles pouvaient avoir la moindre importance. » 209

Penser (Idées. Gombrowicz Witold) : 1960. Witold Gombrowicz [1904-1969], dans son Journal, auteur de :
« […] Il est tellement farci d’idées qu’il perdu le goût, l’ouïe, l’odorat, la vue et le toucher.
Pis : Il a cessé de se sentir lui-même. » 210

Penser (Idées. Gourmont Rémy de) : (16 mars) 1940. Paul Léautaud [1872-1956], dans son Journal littéraire, se souvient de la soutenance d’une thèse à la Sorbonne concernant Rémy de Gourmont [1858-1915], ce « sceptique passionné » et écrit :
« J’écris pour clarifier une idée. » 211

Penser (Idées. Grève. Femmes) : 2017. Une ouvrière se remémorant la lutte des CIP (Textile du Nord. 1975-1978) :
« On a eu une organisation du tonnerre. […] On cherchait des manifestations qui n’avaient jamais été faites […] L’AG donnait des idées […]
En AG, les filles quelques fois donnaient des idées mais on se demandait où elles avaient été les chercher (sur un ton d’admiration).
Et, après on se demandait si on pouvait le faire. Et, si on pouvait, on se donnait le moyen de le faire.
Et on le faisait. » 212
Quel plaisir de savoir que ceci a été dit, fait, et que l’on puisse le lire aujourd’hui … Comme de savoir que tous les jours, tant agissent ainsi. (Cf. Politique. Autogestion. Démocratie, Luttes, Sociologie)

Penser. Idées. Guéhenno Jean :

Penser (Idées. Guéhenno Jean) (1) : Jean Guéhenno [1890-1970], dans son Journal des années noires, auteur de :
« On ne peut pas plus contre une idée que contre le ciel et les astres. » 213 La réfuter ?

Penser (Idées. Guéhenno Jean) (2) : (2 octobre) 1941. Jean Guéhenno [1890-1970], alors professeur de lettres en Khâgne, convoqué par « un administrateur » (de l’Éducation nationale), se souvient :
« On m’a prié d’ailleurs gentiment de donner à mon enseignement un tour plus technique et plus pratique. […] L’histoire des idées est désormais suspecte. Que ne parlais-je plutôt de la règle des participes. […] » 214 (Cf. Langage, Histoire. Philosophie)

Penser (Idées. Guitton Jean) : (5 septembre) 1966. Jean Guitton [1901-1999] rapporte dans le Journal de ma vie, une discussion qu’il eut avec le pape Paul VI [1897-1978] dont j’extrais l’analyse suivante :
« […] Souvent, c’est la praxis [la pratique] qui devance l’idée ; on agit sans savoir les motifs de son action, et c’est en réfléchissant sur les motifs de son action qu’on retrouve la théorie qui a inspiré cette action. […] » 215 Pertinent …Original ? (Cf. Pensée. Théorie, Philosophie)

Penser (Idées. Hegel Friedrich) : Friedrich Hegel [1770-1831], (date à retrouver) auteur de :
« Le travail théorique - je m’en convaincs chaque jour d’avantage - apporte au monde davantage que le travail pratique ; si le domaine des idées est révolutionné, la réalité ne peut demeurer telle qu’elle est. » 216
La question du temps est cependant posée. (Cf. Philosophie. Hegel Friedrich, Histoire)

Par ordre chronologique. Penser. Idées. Hugo Victor :

Penser (Idées. Hugo Victor) (1) : (28 février) 1849. Victor Hugo [1802-1885], dans Choses vues, auteur de :
« Quand s’occupera-t-on des idées qui sont dans les têtes et non des bonnets qui sont dessus ? » 217 (Cf. Êtres humains)

Penser (Idées. Hugo Victor) (2) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les Misérables, écrit : « On n’empêche pas plus la pensée de revenir à une idée que la mer de revenir à un rivage. » 218

Penser (Idées. Hugo Victor) (3) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les Misérables, auteur de :
« […] Quels flots que les idées ! Comme elles couvrent vite tout ce qu’elles ont mission de détruire et d’ensevelir, et comme elles font promptement d’effrayantes profondeurs ! » 219

Penser (Idées. Hugo Victor) (4) : 1862. Victor Hugo [1802-1885], dans Les Misérables, concernant l’association « les amis de l’ABC » présentant Combeferre « le philosophe » écrit :
« Il voulait que la société travaillât sans relâche à l’élévation du niveau intellectuel et moral, au monnayage de la science, à la mise en circulation des idées, à la croissance de l’esprit dans la jeunesse […]. » 220

Penser (Idées. Hugo Victor) (5) : (4 octobre) 1872. Victor Hugo [1802-1885], dans Choses vues, auteur de :
« Une idée est un germe dont le peuple est le sillon. » 221 (Cf. Politique. Peuple)

Penser (Idées. Hugo Victor) (6) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de : « Cimourdin […] ne se croyait le droit de quitter une idée que lorsqu’il était arrivé au bout. Il pensait avec acharnement. » 222

Penser (Idées. Intérêts) : Nombreux-euses sont ceux et celles qui ne semblent avoir que les idées de leurs intérêts, quelles qu’en soit la nature et les manifestations.
Mais il apparaît vite que, réduits à la seule prise en compte de leurs propres intérêts, et donc, se mutilant de leur essentiel, ils/elle ne peuvent plus avoir d’idées.
Et c’est pourquoi, si souvent, tant et tant agissent, sans être à même de s’en rendre compte, contre leurs intérêts, dissociés d’eux/elles-mêmes.

Penser (Idées. Joly Eva) : 2004. Eva Joly, dans Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ? auteure de :
« Ces idées sont largement aujourd’hui minoritaires - elles n’en sont que plus précieuses à mes yeux. Car il suffit parfois de trois fois rien, d’un simple évènement, pour rompre un ordre des choses apparemment immuable. » 223 (Cf. Femmes. « Politiques ». Joly Eva)

Penser (Idées. Keynes John Maynard) : 1936. J.M. Keynes [1883-1946], dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, auteur de :
« Nous sommes convaincus qu’on exagère grandement la force des intérêts constitués par rapport à l’empire qu’acquièrent progressivement les idées. […]
Ce sont les idées et non les intérêts constitués qui, tôt ou tard, sont dangereuses pour le bien comme pour le mal. » 224
- Question d’importance : comment lier, comment dissocier « idées » et « intérêts » ? (Cf. Penser. Idées. Intérêts, Économie)

Penser (Idées. Léautaud Paul) : (15 octobre) 1897. Paul Léautaud [1872-1956], dans son Journal littéraire écrit :
« [...] Parfois ma chambre est trop étroite pour l’excitation que me donnent les idées. » 225

Penser. Idées. Lessing Doris :

Penser (Idées. Lessing Doris) (1) : 1952. Doris Lessing [1919-2013], dans Les enfants de la violence, auteure de :
« Ces gens se rencontraient une fois par mois depuis des années, pour s’assurer que leurs idées étaient partagées par suffisamment d’autres gens pour être valables. » 226

Penser (Idées. Lessing Doris) (2) : 1958. Doris Lessing [1919-2013], dans La cité promise. Les enfants de la violence (3), auteure de :
« Ses découvertes les plus intéressantes lui étaient parvenues par le biais de banalités. » 227 Souvent vérifié.

Penser (Idées. Macron Emmanuel) : (10 août) 2017. La session parlementaire est terminée, les ministres partant en vacances, Emmanuel Macron, alors en chute libre dans les sondages, les problèmes non réglés s’accumulent auxquels s’ajoutent les nouveaux. Je lis :
« Au gouvernement ,cette année, pas de vacances sans devoirs. Emmanuel Macron a appelé ses troupes à faire le bilan de ces trois premiers mois à la tête du pays et à revenir avec deux, trois idées qui pourraient être débattues dès la rentrée. » 228 (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique)

Penser (Idées. Magny Colette) : Colette Magny [1926-1997], auteure de :
« Moi, ce qui m’intéresse, ce sont mes idées. » 229 (Cf. Femmes. Artiste. Chanteuses françaises d’antan)

Penser. Idées. Michelet Jules :

Penser (Idées. Michelet Jules) (1) : (27 février) 1842. Jules Michelet [1798-1874] dans son Journal, écrit :
« Mes évènements, chose étrange, ce sont mes idées. » 230 Pourtant, fort compréhensible….

Penser (Idées. Michelet Jules) (2) : 1853. Jules Michelet [1798-1874] dans son Histoire de la Révolution française, évoquant l’Assemblée constituante en août 1789, écrit :
« Le caractère de cette Assemblée prise en masse, son originalité, comme celle de l’époque, c’était une foi singulière en la puissance des idées. […] » 231

Penser (Idées. Michelet Jules) (3) : 1853. Jules Michelet [1798-1874] dans son Histoire de la Révolution française, évoquant la France lors du vote de la mort de Louis XVI [janvier 1793], écrit :
« Quelle était l‘idée morale de la France ? … Tous nos fameux politiques sourient, remuent la tête à ce mot d’idée. Qu’ils sachent que le glorieux ennemi des idéologues a péri faute d’une idée. Ceux qui vivent, vivent d’une idée ; les autres ce sont les morts. » 232
N.B. Pour Michelet, cette idée était : « la justice ». (Cf. Langage. Mots, Justice, Politique. Morale)

Penser (Idées. Mirabeau) : (8 juillet) 1789. Mirabeau [1749-1791], dans son Discours sur le renvoi des troupes, auteur de :
« Le peu de moments que j’ai eu pour rassembler mes idées ne me permettra pas sans doute de leur donner tout le développement nécessaire : mais j’en dirai assez pour éveiller votre attention, et vos lumières suppléeront à mon insuffisance. » Honnête, habile, retors ? 233

Penser. Idées. Mitterrand François :

Penser (Idées. Mitterrand François) (1) : (7 février) 2011. Bruno Le Maire, dans Jours de pouvoir, rapporte la demande de François Mitterrand [1916-1996] à Claude Allège, alors son conseiller, concernant son second mandat :
« Mitterrand me disait : ’Quand tu as une bonne idée, Claude, tu la gardes et tu me la donnes, et, les autres, tu en parles à tout le monde. » 234
Quelle misère… ou : quel misérable ? (Cf. Hommes. « Politiques ». Mitterrand François, Politique)

Penser (Idées. Mitterrand François) (2) : (5 juillet) 2021. Michel Winock, pour expliquer les différences entre François Mitterrand [1916-1996] et Michel Rocard [1930-2016], auteur de :
« Les idées, pour Mitterrand, c’est secondaire. » 235 (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Idées. Monde Le) : (24 mai) 2017. Lu dans un commentaire du Monde consacré au massacre de Manchester [16 août 1819] :
« Quoi de mieux que les idées, pour nier le monde ? » 236
Pour y participer, pour le construire aussi… (Cf. Politique. Médias. « Terrorisme »)

Penser (Idées. Neuves) : George Orwell [1903-1950] concernant un historien britannique (date à retrouver), écrit :
« C’est un conservateur ordinaire, ‘intelligent‘, malin-idiot dont la technique habituelle est de se débarrasser de toute idée nouvelle en indiquant qu’on l’a déjà entendue. » 237 (Cf. Hommes. Remarquables. Orwell George, Histoire)

Penser (Idées. Nietzsche Friedrich) : 1878. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans Humain, trop humain, évoque les « idées véritables […] les idées de cette espèce particulière qui créent des idées […]. » 238

Penser (Idées. « Pierre d’attente ») : (vers le 1er novembre) 1739. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Frédéric, prince héritier de Prusse [1712-1786] évoque des « vers » qu’il nomme des « pierres d’attente ». 239
Ne pourrait-on en dire de même pour les idées, non abouties, en attente…

Penser (Idées. Ponthier Georges) : (23 décembre) 2016. Mgr Georges Ponthier, archevêque de Marseille, président de la conférence des évêques de France, auteur de :
« […] Les débats d’idées sont voués à opposer […]. » 240 Tel que, plutôt dissuasif…

Penser (Idées. Prévert Jacques) : Jacques Prévert [1900-1977], dans le poème Arbres, auteur de :
« […] Les humains / n’aimaient plus les femmes / ils n’épousaient que des querelles / ils n’épousaient que des idées / Et c’étaient de terribles scènes / de ménage / Ils y avaient des monogrammes d’idées / des bigames d’idées / des adultères d’idées / des divorces d’idées . des crimes passionnels d’idées / des guerres d’idées / d’idées fixes et des harems d’idées. […]. » 241

Penser (Idées. Reclus Élisée) : 1902. Élisée Reclus [1830-1905], dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, auteur de :
« […] Il est [cependant] des esprits timorés qui croient honnêtement à l’évolution des idées, qui espèrent vaguement dans une transformation correspondante des choses, et qui, néanmoins, par un sentiment de peur instinctive, presque physique, veulent, au moins de leur vivant, éviter toute révolution.
Ils l’évoquent et la conjurent en même temps ; ils critiquent la société présente et rêvent de la société future comme si elle devait apparaître soudain, par une sorte de miracle, sans que le moindre craquement de rupture se produise entre le monde passé et le monde futur.
Êtres incomplets, ils n’ont que le désir sans avoir la pensée ; ils imaginent, mais ils ne savent point vouloir. » 242 (Cf. Êtres humains. Désir, Penser. Reclus Élisée, Politique. Révolution, Histoire)

Penser (Idées. Retz Cardinal de) : 1675-1677. Le Cardinal de Retz [1613-1679], concernant M. de Longueville [?-?], dans ses Mémoires, écrit :
« Il ne fut jamais qu’un homme médiocre, parce qu’il eut toujours des idées qui furent infiniment au-dessus de sa capacité. » 243

Penser (Idées. Romans) : Aussi souvent pauvres romans sont ceux dont les personnages sont créés comme des « idées personnifiés » (dont le Lélia - celui de 1833 et de 1839 - de George Sand [1804-1876] pourrait être le symbole), ils ont cependant le grand mérite de traiter d’idées et de tenter de les faire valoir. 244 (Cf. Êtres humains, Culture. Littérature)

Penser (Idées. Rousseau Jean-Jacques) : 1782. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Les confessions, auteur de :
« Non seulement les idées me coûtent à rendre, elles me coûtent même à recevoir. J’ai étudié les hommes et je me crois assez bon observateur. Cependant je ne sais rien voir de ce que je vois ; je ne vois bien que ce que je me rappelle, et je n’ai d’esprit que dans mes souvenirs. De tout ce qu’on dit, de tout ce qui se passe en ma présence, je ne sens rien, je ne pénètre rien. […]
Si peu maître de mon esprit seul avec moi-même, qu’on juge de ce que je dois être dans la conversation, où, pour parler à propos, il faut penser à la fois et sur le champ à mille choses. […] » (Livre 3) 245

Penser. Idées. Sand George :

Penser (Idées. Sand George) (1) : 1855. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie, concernant les religieuses du couvent dans lequel elle avait été élevée et dans lequel elle revient des années plus tard, écrit :
« Elles vivent d’une idée et n’attachent une véritable importance qu’aux conditions extérieures qui sont le cadre nécessaire à cette idée.
Tout ce qui trouble l’arrangement d’une méditation qui a besoin d’un ordre immuable et de sécurité absolue est un évènement terrible, ou tout au moins, une crise difficile. […] » 246
Une analyse valide pour tous et toutes. (Cf. Femmes. Religieuses)

Penser (Idées. Sand George) (2) : (28 août) 1861. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Adolphe Lemoine Montigny [1805-1880], auteure de :
« […] Et de plus en plus je crois, en ce qui me concerne, au premier jet de l’idée. » 247

Penser (Idées. Sand George) (3) : (27 octobre) 1862. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Édouard Rodrigues [1796-1878], auteure de :
« J’ai donc bien fait de ne pas vous dédier ce roman qui va m’attirer des horions. […] Vous vous inquiétez de me voir rentrer en campagne ? Mais c’est mon état, cher ami ! Je suis soldat et mon devoir est la guerre quand l’on envahit la patrie de mon idée. Mais ce n’est pas de politique que je m’occupe, sachez-le. » 248 (Cf. Politique. Guerre. Sand George)

Penser (Idées. Sand George) (4) : (25 décembre) 1863. George Sand [1804-1876], dans une lettre au prince Napoléon (Jérôme), auteure de :
« Tout le monde étant dévoré d’ambition, le premier homme du siècle sera celui qui n’en aura que pour l’Idée. » 249 (Cf. Politique, Philosophie. Sand George)

Penser (Idées. Séverine) : (1er novembre) 1885. Séverine [1855-1929], dans une Lettre à Zola, parue dans Le cri du peuple soutient Émile Zola [1840-1902] dont la pièce Germinal vient d’être interdite par la censure écrit :
« […] C’est parce que la lutte du Travail contre le Capital emplit aujourd’hui le monde, que sont tombés de votre pensée, comme des fruits muris au soleil, Au Bonheur des dames et Germinal. » Et elle conclut :
« Il ne vous reste plus qu’à admettre que l’action, et non l’idée, est la reine du monde, et qu’il faut qu’il y en ait qui souffrent et qui luttent, qui pleurent et qui saignent, qui protestent et qui s’insurgent, qui meurent dans des trous, s’éteignent sur des pontons, soient écrasés à coups de crosse dans les impasses, ou fauchés à coups de mitrailleuses contre le mur du cimetière - pour qu’on joue vos pièces ! »
- Ce à quoi Zola lui répondit dans une lettre personnelle : « Votre raisonnement n’ébranle pas mes vieilles idées d’écrivain. ». [« Il croit en l’idée souveraine qui tôt ou tard prime la force. »] 250 (Cf. Économie. « Au bonheur des dames ». Capitalisme)

Penser. Idées. Stendhal :

Penser (Idées. Stendhal) (1) : 1839. Stendhal [1783-1842], dans La Chartreuse de Parme, évoquant la marquis Del Dongo (le père de Fabrice) écrit :
« Le marquis professait une haine vigoureuse pour les Lumières : ce sont les idées, disait-il, qui ont perdu l’Italie […]. »
- Puis, passant du général au particulier, il précise qu’il « méprisait [l’Abbé Blanès] tout simplement parce qu’il raisonnait trop pour un homme de si bas étage. » 251

Penser (Idées. Stendhal) (2) : 1839. Stendhal [1783-1842], dans La Chartreuse de Parme, à la suite à la réaction réitérée d’une cantinière concernant l’achat et la perte de son cheval lors de la bataille de Waterloo [18 juin 1815], transmet ainsi la pensée de Fabrice Del Dongo :
« Pourquoi répéter si souvent, se disait Fabrice, ce que nous connaissons tous trois parfaitement bien ? Il ne savait pas encore que c’est ainsi qu’en France les gens du peuple vont à la recherche des idées. » 252 (Cf. Penser. Répéter, Politique. Peuple)

Penser (Idées. Stuart Mill John) : 1861. John Stuart Mill [1806-1873], dans L’utilitarisme, auteur de :
« Quand nous nous engageons dans une recherche une idée claire et précise de ce que nous recherchons semblerait devoir être la première chose dont nous avons besoin et non la dernière à laquelle il nous faille aspirer ? » 253 Que c’est juste ! (Cf. « Sciences » sociales)

Penser (Idées. Stengers Isabelle) : (10 avril) 2020. Isabelle Stengers, auteure de :
« On n’est jamais à l’origine d’une idée. » 254

Penser (Idées. Taine Hippolyte) : 1875. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine, crédite Napoléon-Bonaparte [1769-1821], parmi tant autres qualités, d’avoir « une idée qui se trouve adéquate à son objet ». 255 Si l’idée est riche, en privilégiant la cohérence d’une pensée, elle occulte le jugement sur l’essentiel : la nature, la valeur de l’« l’objet ».

Penser. Idées. Tolstoï Léon :

Penser (Idées. Tolstoï Léon) (1) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, auteur de :
« […] Ceux-là même qui semblaient l’approuver le comprenaient à leur manière, apportant des restrictions, des modifications auxquelles il ne pouvait consentir, puisqu’il se proposait avant tout d’exprimer ses idées exactement telles qu’il les avait conçues. » 256
Quelle justesse, quelle vérité…

Penser (Idées. Tolstoï Léon) (2) : 1877. Léon Tolstoï [1828-1910], dans Anna Karénine, auteur de : « Ainsi donc, en dépit ou peut-être par suite de sa solitude, sa vie fit extrêmement remplie : c’est à peine si de temps à autre il [Lévine] regrettait de ne pouvoir communiquer qu’à sa vieille bonne les idées qui lui passait pas la tête, car il lui arrivait souvent de raisonner avec elle sur la physique, l’agronomie et surtout la philosophie, sujet favori d’Agathe Mikhaïlovna. » 257 (Cf. Relations entre êtres humains. Servant-e, Philosophie)

Penser (Idées. Tolstoï Léon) (3) : 1877. Léon Tolstoï [1828-1910], dans Anna Karénine, auteur de : « Mais tout en lisant ; il poursuivait ses médiations sur le but de son voyage. Il se sentait l’esprit lucide et ses idées se traduisaient ne phrases qui rendaient fort bien l’essence de sa pensée. » 258

Par ordre chronologique. Penser. Idées. Voltaire :

Penser (Idées. Voltaire) (1) : (17 novembre) 1752. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Johann Samuel König [1712-1757] concernant la « manière de penser » de Leibniz [1646-1716], évoque « son style profond, mais un peu diffus et embarrassé, sa coutume de jeter des idées, ou plutôt des semences d’idées, qui excitent à les développer. » 259 (Cf. Langage. Style)

Penser (Idées. Voltaire) (2) : (7 janvier) 1760. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à madame d’Épinay [1726-1783], écrit :
« Quand j’ai mal dormi ou mal digéré je n’ai point d’idées. » 260 (Cf. Êtres humains, Corps)

Penser (Idées. Voltaire) (3) : (11 mai) 1763. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte [1700-1788] et à la comtesse [1702-1774] d’Argental, écrit :
« Quand il vient une idée, on s’en sert et on remercie Dieu, car les idées viennent, Dieu sait comment. » 261

Penser (Idées. Voltaire) (4) : (14 janvier) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Nicolas Beauzée [1717-1789], auteur de :
« Il est certain qu’il y a dans toutes les langues du monde une logique secrète qui conduit les idées des hommes sans qu’ils s’en aperçoivent […]. » 262 (Cf. Culture, Êtres humains. Inconscient, Langage)

Penser (Idées. Voltaire) (5) : (vers le 30 avril) 1770. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], écrit :
« Il faut avoir les idées nettes. » 263

Penser (Idées. Voltaire) (6) : (6 novembre) 1770. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au marquis Marc-René d’Argenson [?-?], écrit :
« […] Il faudrait des volumes, non pas pour commencer à s’éclaircir, mais pour commencer à s’entendre : il faudrait bien savoir quelle idée nette on attache à chaque mot qu’on prononce. Ce n’est pas encore assez, il faudrait savoir quelle idée ce mot fait passer dans la tête de votre adverse partie.
Quand tout cela est fait, on peut disputer pendant toute sa vie sans convenir des rien. »
Forte et si juste analyse. Mais, prise à la lettre, comment serait-il possible de discuter ? d’échanger ? Je n’ai pas la réponse, mais la question est très riche d’interrogations. 264 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue, Langage. Mots, Penser. Méthode)

Penser (Idées. Voltaire) (7) : (février) 1771. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Gabriel Cramer [1723-1793], lui écrit :
« Pesez cette idée et voyez si elle vous convient. » 265

Penser (Idées. Voltaire) (8) : (20 avril) 1775. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Jean-François de la Harpe [1739-1803], auteur de :
« […] Je me laisse aller aux idées de l’auteur, c’est lui qui me mène. […] » 266

Penser (Idées. Woolf Virginia) : (6 septembre) 1939. Virginia Woolf [1882-1941], dans son Journal, auteure de :
« Et, pour la centième fois, je répète qu’il y a plus de réalité dans une idée que dans n’importe quelle accumulation de malheurs dus à la guerre. » 267 (Cf. Politique. Guerre)

Penser. Idées. Émile Zola :

Penser (Idées. Émile Zola) (1) : 1885. Émile Zola [1840-1902] dans Germinal met dans la bouche de La Maheude qui n’a plus d’argent, le 23, pour ‘finir le mois’, cette phrase superbe, terrible, adressée à son mari :
« Souffle la chandelle. Je n’ai pas besoin de voir la couleur de mes idées. » 268

Penser (Idées. Émile Zola) (2) : 1885. Émile Zola [1840-1902] dans Germinal, auteur de :
« Il [Étienne Lantier] cria : ‘Oui, soyons d’accord… Vois-tu, moi, pour la justice je donnerais tout, la boisson et les filles. Il n’y a qu’une chose qui me chauffe le cœur, c’est l’idée que nous allons balayer les bourgeois. » 269 (Cf. Langage. Zeugma, Politique)

Penser (Idées. Émile Zola) (3) : 1885. Émile Zola [1840-1902] dans Germinal, concernant Pluchart, membre de l’Internationale ouvrière, auteur de :
« Depuis cinq ans, il n’avait plus donné un coup de lime, et il se soignait, se peignait surtout avec correction, vaniteux de ses succès de tribune. […] Très actif, il servait son ambition, en battant la province sans relâche, pour le placement de ses idées. » 270 (Cf. Hommes « Politiques »)

III. Penser. Méthode :

Penser. Méthode :

Penser (Méthode) (1) : Aucune méthode ne justifie la validité, la pertinence même d’une pensée. Évident, certes, mais peut être rappelé.

Penser (Méthode) (2) : « Apprendre », remplacer par : « comprendre » ?
Et, dans la foulée, remplacer « connaître » par : « réfléchir» ?

Penser (Méthode) (3) : [Se] répéter, c’est dévoiler l’arrêt de sa pensée.
* Ajout. 30 juin 2017. Se répéter, c’est aussi déprécier la valeur de sa parole. (Cf. Penser. Répéter, Politique. Autorité)

Penser (Méthode) (4) : La spécialisation ouvre des horizons mais ferme toute hypothèse concernant [l’approche de] la justesse d’une analyse, nécessairement - et, c’est une Lapalissade - plus large. (Cf. « Sciences » sociales. Spécialisation)

Penser (Méthode) (5) : Aiguiser la pensée comme on taille la mine d’un crayon. Classer les idées comme on range une armoire. Nettoyer, laver, aérer, dépoussiérer les idées comme on fait le ménage dans une maison. Agrandir, amplifier, enrichir les idées comme on construit, aménage, améliore une maison, sa vie.

Penser (Méthode) (6) : Apprendre à dissocier les informations de la gangue analytique qui nécessairement les structurent est fondamental : cela nécessite donc diverses grilles de lecture et donc un enrichissement de la lecture (du regard…) vue à travers plusieurs lunettes.
Et puis, l'exercice s'affinant, on découvre que les deux approches sont en réalité indissociables. Alors, progressivement, on construit la sienne... (Poursuivre)

Penser (Méthode) (7) : Ne jamais permettre d’opposition entre « conceptuel » et « narratif », « littéraire » et « réaliste », « colère » et « rigueur », « raison » et « imagination », « historique » et « contemporain »… (Cf. Penser. Pensée. Binaire)

Penser (Méthode) (8) : Créer soi-même ses conditions (de vie) afin de ne pas être assuré-e, afin d’être surpris-e, dépassé-e, remis-e en cause.

Penser (Méthode) (9) : Il n’y a pas de commencement, pas de début, pas d’« année zéro ». Toute recherche qui s’affirme telle est potentiellement, tendanciellement, inéluctablement, totalitaire. (Cf. Histoire)

Penser (Méthode) (10) : Là où il n’y a pas d’empathie, aucune méthode n’est valide.

Penser (Méthode) (11) : Une méthode n’a pas à être explicitée. Si elle est pertinente, elle s’imposera d’elle-même ; quant à son - éventuel - intérêt, il réside dans la recherche du processus qui y mène, qui ne peut qu’être spécifique, singulier. - Arguer d’une « méthode » est une assurance sans risque, une béquille, qui tue si souvent la spontanéité. On peut n’avoir aucune «méthode» et dire des choses fort justes ; c’est même, heureusement, fort fréquent.

Penser (Méthode) (12) : In fine, l’imposition, le respect d’une méthode n’interdit-elle pas la pensée ? Tout simplement, parce qu’en pérennisant l’acquis (rien n’étant pérenne, par ailleurs), qui plus est, en l’enfermant a priori, n’interdit-elle pas toute pensée propre, originale, nouvelle ? Comment une personne qui invente - quel que soit le domaine - peut-elle se référer à une quelconque méthode ? (Cf. Êtres humains. Soi)

Penser (Méthode) (13) : Qu’importe les méthodes ! Qu’importe les débats sur les invariants et les structures, les prolongements et les ruptures, les émotions, les intuitions et les pseudo exigences de la rigueur ! Tout est valable : les silences étouffés, les cris inarticulés, les non-dits, les journaux intimes, les petites annonces, les romans, les films porno, les Leçons inaugurales au Collège de France, les publicités, les graffitis, les discussions entre ami-es, etc.…Ce qui importe afin de [mieux] comprendre le monde, c’est que des idées produisent des effets aux fins de le rendre mieux vivable. Et nul-le ne sait, ne peut savoir quand, et dès lors…peu importe.
* Ajout. 5 août 2018. Concernant les « invariants » j’ai modifié mon regard. Évoquer - simplement - des invariants, c’est nier toute pensée [historique]. C’est figer ad vitam aeternam le statu quo. C’est absurde. (Cf. « Sciences » sociales)

Penser (Méthode) (14) : Affirmer les principes, les valeurs, les engagements, les aspirations auxquel-les on se réfère. Dès lors les faiblesses, les contradictions de sa propre pensée apparaissent plus clairement ; et c’est non seulement très bien ainsi, mais en plus nécessaire à la critique, à toute critique, y compris de ceux et celles qui se réfèrent à une méthode.

Penser (Méthode) (15) : Il se focalisait - et en tirait même sa propre supériorité - sur la critique de la méthode [des autres], alors que ceux-là, celles-là même, par intuitions - assumées ou non, peu importe - bouleversaient des champs entiers de la pensée.

Penser (Méthode) (16) : Pourquoi penser devoir expliquer, justifier sa méthode : si elle est claire, pertinente, elle se suffira à elle-même.

Par ordre alphabétique. Penser. Méthode :

Penser. Méthode. Abécédaire :

Penser. Méthode (Abécédaire) (1) : En réfléchissant à l’évolution de cet Abécédaire, voici ce que je peux, avec un certain recul, en dire. Je pense qu’il ne s’agit en rien d’une méthode, mais de l’évolution, de la progression d’un enchainement de processus commencé en 2010, au début duquel, je voulais m’inspirer du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert [1821-1880].
- J’y ai écris, je continue à y écrire, ce qui me vient à l’esprit, en vrac, le seul «ordre» étant, à l’origine, par simple commodité, alphabétique, tandis que le seul critère explicite était que je ne devais jamais me contraindre à écrire quoi que ce soit.
- Si ennui, gêne, blocage, confusion il y avait, cela devait rester où cela était (dans le refoulé) jusqu’à ce que les raisons en émergeant [ou non] dans la conscience.
- Dès lors que ce que je lisais, regardais, pensais me paraissait pour moi neuf, pertinent, tout pouvait donc être inscrit, formulé, dans l’attente de l’achèvement [ou non] d’un processus de réflexion.
- J’y ai donc écris ce qui m’a marquée, étonnée, fait réfléchir ; ce que j’ignorais, ce que j’ai appris, d’une manière ou d’une autre.
- Soit une idée est suscitée par les livres et les journaux que je lis, par les films que je regarde, les émissions que j’écoute, les discussions auxquelles j’ai participé ou non, les souvenirs qui me reviennent à l’esprit, soit une idée vient d’elle-même.
- Puis, ces «choses» lues, vues, entendues, vécues, souvenues - pour moi, matières à idée-s, plus ou moins avancées - une fois posées à plat, ont été regroupées, à plusieurs reprises, en fonction des thèmes, qui ont eux-mêmes évolué.
- Le résultat premier était que je me sentais tout à la fois libérée, allégée, sécurisée, enrichie.
- Progressivement, en réalité sans cesse, j’ai relu ces items dans le cadre d’une recherche d’une certaine cohérence, la mienne. Alors se sont dégagées progressivement les finalités auxquelles, plus ou moins consciemment, personnellement, intellectuellement, politiquement, j’aspirais atteindre par, grâce à l’écriture de cet Abécédaire.
- C’est la raison pour laquelle modifier, faire évoluer chaque apport, c’est nécessairement déstabiliser l’ensemble, ce qui nécessite donc, souvent, inévitablement, de nouvelles interrogations.
- Ce que je sais, ce que j’ai appris, c’est que cette écriture me fait du bien - qui plus est - m’est plaisir, souvent même jubilation ; que je sens, je sais, que je vois plus clair dans nombre de domaines ; mais surtout que tous ces mots, ces items, ces thématiques, ces classements, sont tous liés indissociablement entre eux.
- Le processus se poursuit et continue d’évoluer, sans savoir clairement où je vais, au-delà de la finalité, elle, explicitée depuis quelque temps, de penser le patriarcat, de tenter d’expliciter sinon son unité, du moins sa logique et les raisons de son extraordinaire permanence, et pour cela tenter d’intégrer son historicité, ses cohérences, ses contradictions. (À poursuivre, approfondir.) (Cf. Patriarcat. À la recherche du patriarcat, Penser. Vide-pensées, Histoire)
* Ajout. 18 février 2018. (24 août) 1735. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à l’abbé d’Olivet [1682-1768], concernant l’écriture de son Siècle de Louis XIV lui écrit :
« Tout peut trouver sa place. […]
J’ai du plaisir même à préparer les instruments dont je dois me servir ; la manière dont je recueille mes matériaux est un amusement agréable. Il n’y a point de livres où je ne trouve des traits dont je peux faire usage. […]
Je ressemble à la Flèche [personnage de L’Avare de Molière] qui fait son profit de tout. » 271

Penser. Méthode (Abécédaire) (2) : Sans relire ce que j’ai précédemment écrit sur la méthode de cet Abécédaire, il m’apparait aujourd’hui, que je n’en ai aucune : j’y écris ce qui m’apparait intéressant.
- …Et ce que j’estime pouvant être intéressant pour d’autres que moi. (Cf. Êtres humains. Soi, Féministe. Abécédaire)

Penser. Méthode (Abécédaire) (3) : Sans Word, Google, Wikipédia, cet abécédaire n’aurait jamais été possible.

Penser (Méthode. Analogie) : La pensée par analogie bloque l’argumentaire mais ouvre des horizons.

Penser (Méthode. Anachronisme) : Cf. Histoire. Anachronisme.

Penser (Méthode. Bayet Albert) : 2011. Stéphane Hessel [1919-2013], dans Danse avec le siècle. Souvenirs, concernant de son année d’hypokhâgne au lycée Louis-le-grand, en 1935, écrit :
« Pour la première fois, j’ai l’impression d’apprendre à penser » ; il se souvient notamment de son professeur, Albert Bayet :
« Albert Bayet [1880-1961] nous fit lire la première Provinciale de Pascal [1623-1662] qu’il connaissait par cœur, et nous démontra la pertinence de cette implacable mise en pièces de la théorie jésuitique de la grâce. La première heure de cours achevée, il nous fit sortir pour la récréation, puis il consacra la seconde heure à nous démontrer avec la même aisance l’incontestable supériorité des arguments avancés par les jésuites. Magnifique exercice pour la formation de l’esprit critique ! » 272 (Cf. Penser. Comparaison)

Penser (Méthode. Bourdieu Pierre) : 2004. Pierre Bourdieu [1930-2002], dans Esquisse pour une auto-analyse, auteur de :
« […] Or, je sais, et je ne ferai rien pour le cacher, qu’en vérité, je n’ai découvert que peu à peu, même sur la terrain de la recherche, les principes qui guidaient ma recherche. » 273
- Pourquoi semble-t-il s’excuser de ce qui est la vérité de tous-toutes ? Une recherche fondée sur un principe n’est-elle pas suspecte de dogmatisme ? (Cf. Penser. Principe) (Poursuivre)

Penser (Méthode. Burke Edmund) : 1790. Edmund Burke [1729-1797], dans ses Réflexions sur la Révolution de France, auteur de :
« […] Souffrez donc, je vous prie, que je jette sur le papier mes pensées et mes sentiments à mesure qu’ils me viendront à l’esprit, sans trop me soucier de les classer avec méthode. » 274

Penser (Méthode. Cicéron) : 44 (avant J-C). Cicéron [106-43 avant J-C] dans Des devoirs, auteur de : « Il convient, puis que tout notre discours doit avoir trait à l’action moralement bonne, de la définir au préalable. […] Toutes les fois en effet qu’on entreprend de traiter un sujet méthodiquement, on doit prendre comme point de départ une définition, avant d’avoir une idée claire de ce sujet. » 275

Penser (Méthode. Critique) : Se rendre compte que la critique juge d’abord et avant tout la personne qui l’émet et non pas celle à laquelle elle est destinée est la marque d’un grand progrès dans la connaissance de soi. (Cf. Êtres humains. Soi)

Penser (Méthode. Critique modérée) : Une critique ‘modérée’ : une contradiction dans les termes. Et assurément incompatible avec « rigueur intellectuelle ». (Cf. Langage. Adjectif)

Penser (Méthode. Critiques) : Toutes les bienvenues, y compris les ‘pires’ : permet de mieux réfléchir.

Penser. Méthode. Éloquence :

Penser (Méthode. Éloquence) (1) : (10 janvier) 1769. Voltaire [1694-1778] dans une lettre à Charles Bordes [1711-1781] considère que « les idées vraies et profondes sont elles-mêmes la source cachée de l’éloquence. » 276

Penser (Méthode. Éloquence) (2) : 1770. Denis Diderot [1713-1784], dans Les deux amis de Bourbonne, auteur de :
« L’éloquence est une forme de mensonge. » 277

Penser (Méthode. Exemple) : Aucun exemple ne peut justifier ou invalider quoi que ce soit (un principe, une idée, une méthode, un argument, une position) ; il ne peut qu’éclairer ce qui est avancé, proposé. Vrai aussi pour : « critique », « caution », « satisfaction », « accord », « remerciement », « applaudissement », « félicitations », « injure » …

Penser (Méthode. Freud Sigmund) : Sigmund Freud [1856-1939], dans une lettre écrite à Wilhelm Fliess [1858-1928], auteur de :
« […] Il est facile pour un auteur de transformer une résistance interne en réfutation logique. » 278 C’est effectivement souvent mis en pratique, mais il n’est pas si facile d’en cacher le subterfuge… (Cf. « Sciences » sociales)

Penser. Méthode. Korczak Janusz :

Penser (Méthode. Korczak Janusz) (1) : 1929. Janusz Korczak [1878-1942], concernant son livre Comment aimer un enfant, écrit :
« Je compte au nombre de mes mérites le fait de ne pas avoir répondu par des chiffres aux questions ci-dessus. » 279

Penser (Méthode. Korczak Janusz) (2) : 1929. Janusz Korczak [1878-1942], concernant son livre Comment aimer un enfant écrit :
« Je n’ai qu’une crainte : celle que le lecteur n’adopte trop vite mes conclusions, car, en ce cas, sa lecture aurait été préjudiciable. Je préviens donc : le chemin que j’ai choisi de poursuivre pour atteindre mon but n’est ni le plus court, ni le plus commode ; pourtant il est le meilleur pour moi, car c’est le mien. » 280 (Cf. Êtres Humains, Enfants)

Penser (Méthode. Machiavel) : 1532. Machiavel [1469-1527] dans Le prince, auteur de :
« Reste maintenant à voir quelles doivent être les manières et façons du Prince envers ses sujets et amis. […] Mais, étant mon intention d’écrire des choses profitables à ceux qui les entendront, il m’a semblé plus convenable de suivre la vérité effective de la chose que son imagination. » 281 (Cf. Penser. Vérité, Politique. Machiavel)

Penser (Méthode. Nietzsche Friedrich) : 1881. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans Aurore, auteur de : « Le penseur a besoin de l’imagination, de l’élan, de l’abstraction, de la spiritualisation, du sens inventif, du pressentiment, de l’induction, de la dialectique, de la déduction, de la critique, du groupement des matériaux, de la pensée impersonnelle, de la contemplation et de la synthèse, et non moins de justice et d’amour à l’égard de tout ce qui est [...]. » 282

Penser (Méthode. Pascal Blaise) : 1670. Blaise Pascal [1623-1662], dans les Pensées, auteur de :
« J’écrirai ici mes pensées [découvertes après sa mort] sans ordre et non pas peut-être dans une confusion sans dessein. C’est le véritable ordre et qui marquera toujours mon objet par le désordre même. Je ferai trop d’honneur à mon sujet si je le traitais avec ordre puisque je veux montrer qu’il en est incapable. » 283 (Cf. Philosophie)

Penser (Méthode. Rilke Rainer Maria) : 1929. Rainer Maria Rilke [1875-1926], dans, Lettre à un jeune poète, écrit :
« Nous savons peu de choses, mais qu’il faille nous tenir au difficile, c’est là une certitude qui ne doit pas nous quitter. […]
Qu’une chose soit difficile doit nous être une raison de plus de nous y tenir. »

Penser (Méthode. Rhétorique) : (15 décembre) 1759. Voltaire [1694-1778] dans une lettre à D’Alembert [1717-1783] lui pose des questions, puis écrit : « quis, quid, ubi, quibus, auxiliis, cur, quomodo, quando ».
Traduction : « Qui, quoi, où, avec quels concours, pourquoi, comment quand ? »
Une note de La Pléiade précise :
« Telles étaient les questions auxquelles la rhétorique enseignait à répondre pour nourrir un développement. » 284

Penser (Méthode. Scolastique) : (mai) 1854. Lu dans le Journal de Jules Michelet [1798-1874] : « Je crains la scolastique, où se heurte l’esprit sans comprendre. » 285

Penser (Méthode. Séverine) : 1896. Séverine [1855-1929], dans En marche, auteure de :
« Et j’en apprends tant et tant chaque jour ; et de si étranges, de si invraisemblables constatations s’imposent que, sincèrement, j’en arrive à peu près à tout comprendre, sinon tout excuser.
Certes, s’il n’y avait que moi pour allumer des mèches (évocation des attentats anarchistes), les architectes et les vitriers n’attraperaient pas de courbatures ; mais il est impossible, en toute bonne foi, de ne pas reconnaître qu’on semble prendre à tâche d’alimenter les fièvres, de fomenter les haines, d’exaspérer les indignations.
Je ne romantise pas, je vous assure ; je ne menace pas non plus... rien de plus bête ! Et je pontifie encore moins, nul, sauf idiotie, ne pouvant se targuer d’influer sur le cours des choses ; de tenir au bout d’un fil, la révolution sociale. D’ailleurs, si on me l’avait confiée, je l’avoue ingénument : il y a belle lurette qu’elle aurait pris son vol !
Beaucoup d’humilité, la conscience de sa parfaite impuissance, un brin de philosophie - avec cela on peut regarder passer les évènements.
Non que je manque de partialité : j’en suis pétrie ! Mais, en telle matière, l’étalage de sa propre conviction me semble importer moins que la mise en valeur, la mise en lumière des ambiances qui la peuvent servir.
Dire d’un adversaire : ‘C’est un coquin !’ prouve seulement qu’on n’est pas d’accord. Et le public blasé, édifié, las de se voir ‘battre comtois’ [être traité comme un niais] passe, haussant les épaules. Ne vaut-il pas mieux exhiber la coquinerie… avec un bout de toilette, mais sans se prononcer ?
L’auditoire, alors, devient tribunal. Il juge lui-même.
Et le cœur de l’homme est ainsi fait qu’il attache une bien autre importance à son propre verdict qu’à votre personnelle opinion, en quelque estime qu’il vous puisse tenir.
Il a raison : la sienne est la meilleure !
Plus instinctive, plus neuve, elle a encore cet avantage de ne pas résumer l’impression d’une unité, de se multiplier à l’infini.
Comme la calomnie dont parle Bazile [Jules Guesde] mais pour le bien, elle fait avalanche, elle fait torrent, gonfle, gronde.
Alors c’est l’Opinion - qui entraîne les rois, renverse les ministres, casse les arrêts de justice... et le juge avec ! » 286
Quelles leçons ! (Cf. Femmes. Artistes. Remarquables, Justice, Penser. Indignation. Instinct. Opinion, Politique. Morale, Philosophie)

Penser (Méthode. Wright Mills Charles) : 1959. Charles Wright Mills [1916-1962], dans L’imaginaire sociologique [traduction française. 1967], écrit :
« Mais, direz-vous, comment les idées vous viennent-elles ? Comment presser l’imagination de rassembler faits et images, de rendre les images pertinentes, et de donner un sens aux faits ? Je ne le sais pas très bien ; tout ce que je peux faire, c’est évoquer les conditions générales et les techniques simples qui permettent d’accrocher les idées. » 287 (Cf. Penser. Idées, Sociologie)

IV. Penser :

Penser (1) : Hic et nunc. Ici et maintenant.

Penser (2) : Dénoncer les préjugés, récuser les « tabous », critiquer les lieux communs, s’attaquer aux clichés, aux poncifs, aux stéréotypes, autant de miroirs aux alouettes, c’est rester à la surface du monde et ne pouvoir y échapper.

Penser (3) : Le besoin de croire tue la nécessité de penser.
* Ajout. 24 juin 2022. Après avoir ‘cru’ en dieu, au roi, aux Lumières, à la république, à la démocratie, aux études, aux droits-de-l’homme, au bonheur, au communisme, au capitalisme, à l’entreprise, à la famille, au parti, aux experts, etc.., etc…, n’est-ce pas mieux de croire - d’abord - en soi ?

Penser (4) : Penser à contrainte données, c’est en accentuer les rigueurs.

Penser (5) : Penser, c’est s’inscrire dans le lignage de longues luttes intellectuelles et y apporter sa quote-part.

Penser (6) : Chaque porte poussée permet à la suivante de s’entrouvrir…

Penser (7) : On ne pense pas le monde par le prisme des grilles de lectures de ses penseur-es. Ils/elles aident à penser par soi-même.

Penser (8) : Aller, tant que l’on peut, au plus complexe et / ou : rechercher (d’abord) la complexité ? Mais faire attention : rendre tout plus complexe contribue aussi à masquer la compréhension de l’essentiel, souvent d’emblée aveuglant…

Penser (9) : Beaucoup s’assignent à créer la confusion, afin d’empêcher la compréhension de la complexité du monde.

Penser (10) : Convaincre, c’est, souvent, perdre le droit fil de sa pensée.

Penser (11) : Tâcher, lorsque cela est possible, de s’interroger sur les intérêts, les déconvenues que l’on peut avoir à penser de telle ou telle manière. Évite souvent les transferts inappropriés sur des personnes qui ne sont par ailleurs que peu ou pas concernées.

Penser (12) : Il /elle ouvrit une brèche ; il /elle s’arrêta au milieu du gué ; il /elle fut emporté-e par les flots.

Penser (13) : Desserrer les contraintes, défaire les nœuds, retirer les étais, alléger les entraves, déraciner les attaches…Doucement, lentement, à temps…
Néanmoins, des évènements personnels, politiques peuvent subitement tout bouleverser.

Penser (14) : Penser, c’est chercher à voir derrière les miroirs. Tout le monde y a sa part.

Penser (15) : On ne peut invoquer l’exception pour condamner la règle, car toute règle comporte des exceptions.

Penser (16) : Lu ce jour [7 juin 2018] peint sur le trottoir de la rue du Sommerard :
« Demain commence aujourd’hui ».

Penser (17) : Ne pas penser « sans maître », penser en soi.

Penser (18) : Invalider une pensée (une analyse) par la critique (possible) de ses conséquences (éventuelles) est absurde.

Penser (19) : Présenter des analyses, des approches diverses n’exclut pas de présenter, en lien avec elles, la sienne : elles ne peuvent, fusse en y étant opposées, que l’enrichir.

Penser (20) : Penser ‘dans’ [le cadre de], penser [en tant que], [du point de vue de], c’est une pensée circonstanciée, limitée, contrainte, dépendante.

Penser (21) : Rien n’est jamais achevé ; tout doit toujours être dépassé.

Penser (22) : Ceux et surtout celles qui ont pensé sans oser exprimer leurs pensées sont infiniment plus nombreux / ses que celles et surtout ceux qui les ont exprimées.

Penser (23) : Oser créer un monde.

Penser (24) : Soyez positif / ve : une injonction destructrice.

Penser (25) : Penser avec ce qui est là.

Penser (26) : Chacun-e se constitue une encyclopédie personnelle, nécessairement composite, fusse-t-elle toute petite, que la vie nécessairement lui apporte. De bien plus grande valeur que toutes celles existantes, il importe de s’en rendre compte, de la valoriser, l’entretenir, l’enrichir, la confronter, la faire évoluer, la remettre en cause.
Il faut juste une première pierre et un arc-boutant. Après s’élabore le projet qui lui donne sens.

Penser (27) : Toute analyse qui s’identifie, qui s’incarne en une personne, perd ipso facto son statut d’analyse.

Penser (28) : C’est la vérité d’une personne - et non la force de sa pensée - qui fait la pertinence de sa pensée.
- Pour en éviter l’hypothèse, éviter toute question gênante : au lieu et place de :
« Qu’en pensez-vous ? » : « Est-ce que cela vous parle ? » « C’est quoi le message ? » ; et étouffant le « je » dans le « nous » : « Qu’est-ce que ce livre à nous dire ? »

Penser (29) : La justification qu’il / elle avait trouvé pour oser affirmer penser, était de ne jamais s’en prévaloir.

Penser (30) : Une pensée propre perd son temps à récuser ceux et celles qui la critiquent. Pourquoi ? Parce que ceux et celles qui la critiquent fondent leurs critiques sur de tous autres fondements que les siens. Elle doit en revanche sans cesse penser la validité de ces critiques. Juste ?

Penser (31) : Chacun-e a le droit de penser, de dire et d’écrire : « ceci est incompréhensible » ; « ceci ne veut rien dire », au lieu et place de : « je ne comprends pas » : et si tel avait été plus souvent le cas, le poids des philosophes, des intellectuels - en en ce qu’il délégitime a priori si souvent la possible justesse de pensée de chacun-e - aurait été moindre.

Penser (32) : Compte tenu de la complexité du monde, des innombrables strates de contradictions sur lesquelles il repose, la solution la plus aisée pour la pensée est de ne pas / plus [y] penser.
D’où l’immense succès du retour à la nécessité de revenir au « réalisme ».
- D’où aussi, la nécessité de tout remettre en cause : ?

Penser (33) : Fonder sa pensée sur le fondement des concepts philosophiques, élaborés par d’autres donc, c’est poser un filtre nécessairement déformant entre soi et le monde ; c’est reconnaître la primauté d’une pensée extérieure à soi ; c’est ne pas penser.

Penser (34) : La pensée arrive pas à pas. L’important est de commencer à marcher, de savoir que l’on peut marcher, d’apprendre à marcher, à tomber, de trouver plaisir à marcher ; et de savoir que le monde est grand et que l’on peut apprendre à le connaitre, seul-e.

Penser (35) : Ne pas oublier de retirer, lorsque devenus inutiles, les échafaudages nécessaires à la construction de l’ensemble, souvent oubliés en l’état.
* Ajout. 15 août 2019. (15 décembre) 1759. Voltaire [1694-1778] dans une lettre à François de Chennevières [1699-1779], écrit :
« Mais la raison parle en vain, l’ancienne erreur domine toujours. » 288

Penser (36) : Lire dans le livre du monde, celui à notre portée et, au-delà, si possible…

Penser (37) : À entendre tant de débats, notamment et a fortiori qualifiés de « philosophiques », il me vient une idée simple, mais vivifiante : si je ne comprends rien, ce n’est pas parce que ma culture est insuffisante, inappropriée, défaillante, c’est que cela ne veut rien dire, et /ou est mal exprimée par, chez son auteur-e.
Pensée libératrice dudit « terrorisme » exercé par la référence à « la culture », à « la pensée », par les « intellectuel-les » …

Penser (38) : Penser, sans attente de résultats, de conclusions, de reconnaissance ; la poursuite - ou non - d’un processus, au gré de sa propre vie…

Penser (39) : Les disciplines, les écoles, les courants, les typologies, les styles, les concepts, etc… sont autant de carcans de la pensée. (Cf. « Sciences » sociales)

Penser (40) : Fonder une critique d’une pensée qui s’affirme sinon novatrice, du moins nouvelle, au nom de la [d’une] réalité présente est une contradiction de la pensée.
C’est nier l’hypothèse même d’une maturation d’une conscience sociale, d’une conscience politique ;
c’est nier l’hypothèse d’une influence des évènements sur une structure sociale, politique, sur un système, quel qu’il soit ;
c’est nier le dépassement des contradictions ;
c’est nier l’influence du mondialisme ;
c’est nier l’histoire.
C’est pourtant l’exercice récurrent dans les médias.

Penser (41) : Vouloir se démarquer, c’est se nier soi-même.

Penser (42) : L’ajout d’une nuance, dans le cadre d’une confrontation entre deux positions, n’invalide en rien leur opposition ; elle peut être le début d’une prise de conscience que celles-ci ne sont pas conciliables.

Penser (43) : Penser - qu’il s’agisse de concevoir un plat, de démissionner, de divorcer, d’aller dans une manifestation, de lire un livre…- ne nécessite ni compromis, ni négociation, ni alliances, ni même, ni finalité, ni projet élaboré…

Penser (44) : Penser à contraintes données, c’est ne pas penser : c’est reproduire l’existant.

Penser (45) : Entendu (une femme dans une assemblée d’hommes) :
« Je ne sais si mon sentiment est juste… je ne sais si d’autres pensent comme moi. »

Penser (46) : S’en remettre aux institutions - quelles qu’elles soient - c’est s’interdire de penser par et pour soi-même. S’y référer aussi ?

Penser (47) : Qualifier la personne interdit, détourne, évite, contourne, étouffe, empêche la pensée critique.

Penser (48) : Il était interrogé sur sa « neutralité scientifique » ; il répondit par sa capacité de remise en cause personnelle.

Penser (49) : Les sociétés, dans leurs instances dirigeantes, ne sont à même de penser que ce qu’elles sont à même de critiquer. Elles se ferment comme une huitre lorsqu’elles seraient contraintes à des remises en cause pour elles insupportables, celles qui toucheraient à leurs fondements, à ce qui les constituent.
Les révolutions qui, lentement, murissent, naissent de cette prise de conscience, que les médias ont pour fonction de retarder.

Penser (50) : Entendu : « Ce qui est populaire est profond. » Un regard renversé sur le monde.

Penser (51) : Récuser un raisonnement sans remettre en cause ses prémisses est, sinon peine perdue car toute réflexion est en elle-même une avancée, du moins s'avère un cul de sac de la pensée.

Penser (52) : Les instants magiques ne sont ni pensés, ni programmés, ni théorisés : pas même attendus. Et pourtant, ils ont lieu.

Penser (53) : Dans un monde fondé sur des devoirs à remplir, ne pas penser est bien penser.

Penser (54) : Surmonter les contraintes, dépasser les conflits, ce n’est pas proposer une synthèse, c’est engager sa responsabilité.

Penser (55) : Penser - ce qui est la norme dans les collèges, lycées, universités - sur les seuls fondements de la nécessaire préalable transmission des pensées des penseurs qui nous ont précédés, c’est pour reprendre Henry Fielding [1707-1754] dans l’Histoire de Tom Jones [1749], « comme il en serait du maitre de danse si les nombreux et excellents traités sur son art établissaient comme règle essentielle qu’il convenait de danser chargé de chaînes. » 289

Penser (56) : Lorsqu’une pensée est interprétée par une multiplicité de positions, par une multiplicité de personnes, la cause est en est à rechercher dans son auteur-e, pas dans les commentaires.

Penser (57) : Chercher là où l’on ne cherche pas, c’est-à-dire partout.
- Avantage dérivé : on ne vous y trouve pas, car nulle place ne peut vous est assigné-e.

Penser (58) : Si la pensée ne peut être que le fait de la personne qui pense, alors penser ne peut être que de son fait.

Penser (59) : Entendu : « Qui peut le plus peut le moins » : Non. Qui peut le peu, peut le plus.

Penser (60) : Ce sont tous les innombrables moyens par lesquels, depuis notre plus tendre enfance, par lesquels ‘on’ oriente, guide, dirige, incite, interdit de penser par nous-mêmes qui devraient être l’objet premier de la pensée.

Penser (61) : Penser, c’est « partager une expérience de vie » [Jeanne Moreau]. 290

Penser (62) : On ne pense, on ne sent, on voit, on n’entend, on ne lit, on n’écrit, on ne comprend, on n’apprend que ce que l’on est. Mais ce que l’on est peut - ou non - évoluer, s’agrandir, s’approfondir, ou régresser en fonction de ce que l’on pense, de ce que l’on sent, de ce que l’on voit, de ce que l’on entend, de ce qu’on lit, de ce que l’on écrit, de ce que l’on comprend.

Penser (63) : Jauger une pensée c’est compliqué ; juger la personne qui l’émet, c’est tellement plus simple, et tout le monde y est habilité.

Penser (64) : Entendu : « Fournir de la matière à penser ».

Penser (65) : Penser, c’est pousser une porte pour qu’une autre puisse s’ouvrir ; mais souvent les portes restent entrouvertes.

Penser (66) : Toute recherche de certitude, et même d’assurance - d’emblée erronée, irrecevable - est vouée à l’échec : ce sont les questions qu’il faut multiplier, dont il faut élargir le champ des réponses qui permettent alors de poser de nouvelles questions. Et ce processus n’en rien contradictoire avec l’action, les engagements, les principes, les valeurs.

Penser (67) : Comment empêcher la pensée : poser les questions inappropriées à la situation, au pays, au moment ; détourner l’attention ; créer le trouble ; cultiver, multiplier, radicaliser, hystériser les sources de dissension ; invisibiliser et / ou focaliser selon que de besoins ; créer à l’envi du complexe pour empêcher le simple ; multiplier les erreurs, les mensonges, les confusions, les contradictions ; dire une chose et dire puis imposer son contraire ; imposer progressivement les logiques binaires ; passer sous silence tout ce qui peut ouvrir l’esprit et, si possible, le dénigrer ; exclure sans vergogne ce qui pourrait troubler l’esprit ; raviver les émotions qui tiennent lieu d’analyses ; employer les mots à tort et à travers ; humilier… (Cf. Langage. Mots, Penser. Débattre, Politique. Médias. État, Économie)

Penser (68) : Suite : Comment empêcher la pensée : individualiser, singulariser, personnaliser, atomiser…

Penser (69) : Tout, absolument tout, est - peut être - une occasion de penser. (Cf. Philosophie)

Penser (70) : Chaque chose apprise, comprise, réfléchie, pensée repousse un peu plus la conscience des limites de ce qui ne sera appris, compris, réfléchi, pensé. Mais, surtout - et c’est là peut être son plus grand mérite - révèle l’immensité de la pauvreté de nos connaissances ; ce qui ne leur retire pas leur valeur… lorsqu’elles en ont.

Penser (71) : Une erreur de formulation, à l’origine, bloque le raisonnement qui la suit. Banal, certes, mais…

Penser (72) : Il n’y a pas de pensée juste, pas plus que de mot juste ; ce qui n’empêche pas de tenter de s’approcher de l’impossible.

Penser (73) : De penser que tant de penseurs ont pu penser le monde, en faisait abstraction d’eux-mêmes et / ou sans même se poser la question, a tendance à vous rendre moins révérencieux / euse à l’égard de de ce qui est postulé comme relevant la pensée.
Mais, plus important, replace, resitue, relégitime, réhabilite, valorise en la banalisant sa propre pensée ; et, en conséquence, et beaucoup plus important, la pensée de chaque être humain.
Conséquence, qui revient au postulat de départ.

Penser (74) : Parler de soi, si nécessaire, pas plus que de besoin, à toutes fins utiles.
* Ajout. 15 avril 2021. Me concernant, révèle une première très grosse contradiction : je me nourris, je me régale de [la lecture de] la vie de tous / toutes les autres….
Et une seconde : via ce que j’écris, n’est-ce pas moi, qui, sans cesse, s’exprime ? toujours de moi, dont peu ou prou, il s’agit ? (Encore confus…)

Penser (75) : La recherche du consensus, c’est ainsi - notamment - que meurent les pensées. Et beaucoup, sans même souvent en être conscient-es, s’y emploient.

Penser (76) : Penser, c’est puiser sans cesse dans les pensées d’autrui, les creuser, les confronter entre elles, les enrichir, les prolonger, les critiquer et les confronter à soi.

Penser (77) : Ne pas oublier le poids des automatismes du langage qui modèlent si fortement nos pensées, nos valeurs, nos vies.

Penser (78) : Lorsque l’on fait partie de la minorité de ceux et celles qui vivent dans une société dont ils/elles sont les privilégié-es - comme c’est mon cas - , il est nécessaire non seulement de le savoir, de le reconnaitre, de l’intégrer et même de le poser - d’emblée ?- dans le cadre de ses réflexions.

Penser (79) : Dans une dictature (conjugale, familiale incluse), penser est un crime.

Penser (80) : Derrière tout ridicule, se cache une vérité.

Penser (81) : (25 septembre) 2021. Entendu sur France Culture, dans une émission consacrée à Marie-Laure de Noailles [1902-1970] présentée comme incarnant « une vie moderne » - à l’occasion de la description de sa robe de mariée par une « historienne de la mode » :
« Les couturiers repensent le corps féminin. » Et, bien sûr, elle est qualifiée de « féministe ». 291
- Ou : Comment le langage et le regard porté sur le monde sont indissociables et contribuent à reconstruire une autre pensée sur le monde. « Déblayons ! », entend-on au cours de l’émission…

Penser (82) : (5 mars) 2022. Lu sur une grande publicité lumineuse visible sur le mur d’une pharmacie de la rue des Écoles : « Arrêtez de penser. Faites-vous dépister » (du cancer colorectal).

Penser (83) : Ne pas s’engager, c’est ne pas penser.
Ne pas critiquer, c’est ne pas penser.

* Ajout. 28 juin 2022. Posé ainsi, la question devient alors : quelles pensées ? quelle critiques ? quels liens entre pensées et critiques ?

Penser (84) : Traiter de « la complexité [de]… », sans l’avoir préalablement située sinon de l’essentiel, du moins dans son contexte, c’est participer à la confusion du monde.

Penser (85) : (13 juillet) 2022. À l’écoute sur France Culture, ce matin, à la suite, d’entretiens deux « philosophes » et d’un « ethnologue », quels étouffoirs de la pensée…

Penser (86) : Parler, écrire comme on pense. Combien de pensées, de vérités, de nécessaires critiques ont-elles disparues à tout jamais, simplement parce que cette évidence a été dévaluée, méprisée par les tenant-es de la ‘culture’, par les ‘intellectuel-les’ ?

Penser (87) : Si possible… creuser les sillons, détruire les cloisons, faire céder les barrages, dégager les pièges, pousser les limites, interroger les évidences, changer la donne….

Penser (88) : Entendu : « Les écrans des savoirs officiels ».

Penser (89) : Combien de pensées, de réflexions, de critiques surtout, meurent dès qu’exprimées simplement parce qu’elles ont été - d’emblée - remises, replacées dans le cadre des pensées d’où elles proviennent ?

Penser (90) : « Partager le savoir », comme l’a voulu au 18ème siècle l’Encyclopédie est une avancée démocratique. Mais cette ambition, ambitieuse et critique, ne remet pas en cause les conditions de production du savoir qu’il importe, encore et toujours plus, de bouleverser.

Penser (91) : Nommer un chat : un chat.

Penser (92) : Les pensées des autres, dont nous nous nourrissons, peuvent nous entrainer, elles ne doivent pas nous embarquer avec elles.

Penser (93) : On ne peut pas tout savoir… à tout le moins, juste, simplement être conscient-e de ce que cela signifie est - devrait être ?- une grande avancée.

Penser (94) : Il pensait et disait des tas de choses qui n’avaient de sens que pour lui et affirmait fièrement : « Personne ne peut me contredire ».

Penser (95) : Il se pencha sur le problème. Il fallait s’y plonger. Il ne vit que son reflet.

Par ordre alphabétique. Penser :

Penser (Agir) : George Sand [1804-1876], auteure de :
« On ne peut en même temps initier et mettre en pratique. » 292 Trouver la justesse et la faille du raisonnement. Reformuler autrement son assertion ?

Penser (Algorithme) : Si j’ai bien compris, le propre des algorithmes, c’est qu’ils créent eux-mêmes leurs règles de fonctionnement dont nul-le ne peut comprendre la logique de fonctionnement. Personne (ou quasi, je ne sais) ne peut les lire, ni les décrypter, ni les comprendre, ni les penser. Ni donc les critiquer. On sait, tout au plus, pour sûr, c’est qu’ils ont été créés par des êtres humains. Pour quelles finalités ? Pour contraindre beaucoup, pour éviter de penser à beaucoup, pour en replacer beaucoup.

Penser. Ambition :

Penser (Ambition) (1) : Éclairer les zones obscurcies et tenter d’en saisir les significations ; approfondir, élargir, re-conceptualiser pour poser de nouvelles grilles de lecture éclairantes de la réalité du monde. Et en dévoiler les contradictions.

Penser (Ambition) (2) : Sans cesse, complexifier la pensée. (Cf. Pensée. Claire)

Penser (Ambition) (3) : Retrouver partout les traces perdues de la pensée, alors considérées comme non ou peu signifiantes, leur conférer une valeur - celle que l’on n’a pas su, pas voulu, pas pu leur conférer - et sur ces éclats, autant de joyaux, autant de fondements, recomposer la signification à leur accorder. Et, alors, mieux, savoir lire le présent. (Cf. Êtres humains. Identité, Histoire)

Penser (Analyses) : Certains dénonçaient des « généralisations abusives », quand d’autres en déduisaient des « analyses structurantes ».

Penser (Anonymes) : 99 % des personnes qui résistent sont anonymes. Alors… (Cf. Politique. Démocratie. Peuple, Patriarcat)

Penser (Apprendre) : Apprendre à [mieux] penser, c’est à dire au mieux de soi-même, c’est élargir le champ de la critique. C’est alors, créer les conditions pour que chacun-e soit à même de penser au plus près de soi-même, et donc au plus près de la critique du monde. D’où la nécessité de tant d’institutions dont la fonction est bien de délégitimer toute pensée propre. (Cf. Culture)

Penser. Argument :

Penser (Argument) (1) : Un argument ne peut être un instrument. (Prolonger)

Par ordre chronologique. Penser. Argument :

Penser (Argument) (1) : 1775. Beaumarchais [1732-1799], dans Le barbier de Séville, auteur de :
- Bartholo : Comment, Bazile ! vous avez signé ?
- Bazile : Que voulez-vous ? Ce diable d’homme a toujours ses poches pleines d’arguments irrésistibles. » 293 (Cf. Hommes. Remarquables. Beaumarchais)

Par ordre chronologique. Penser. Argument d’autorité :

Penser (Argument d’autorité) (1) : 45 avant J.C. Cicéron [106-43 avant J-C], dans La nature des dieux, auteur de :
« Quant à ceux qui veulent savoir mon opinion personnelle sue chaque sujet ; ils manifestent une curiosité indiscrète ; en effet dans une discussion philosophique, on doit apporter de l’importance aux arguments fournis par la raison bien plus qu’à l’autorité. De plus, l’autorité de ceux qui se posent en maitres nuit bien souvent à ceux qui veulent apprendre ; ils cessent de juger par eux-mêmes, ils tiennent pour acquis ce qu’ils voient décidé par celui à qui ils font confiance. À vrai dire, je n’approuve pas la pratique des Pythagoriciens qui, dit-on, quand ils affirmaient quelque chose dans une discussion et qu’on leur demandait pourquoi, répondait : ‘le Maître l’a dit’. Le Maître c’était Pythagore [580-485 avant J.C] : si grand était le pouvoir d’une opinion toute faite que l’autorité prévalait, même sans le soutien de la raison ! » 294 (Cf. Enfants. Pédagogie, Penser. Opinion. Juger. Obéir, Politique. Hiérarchie, Philosophie)

Penser (Argument d’autorité) (2) : 1978. Philippe Sollers, interrogé sur la pornographie dans Marie-Françoise Hans et Gilles Lapouge, Les femmes, la pornographie, l’érotisme, auteur de : « C’est comme ça. » (p.163) ; « Ce n’est pas pareil, c’est tout » (p.164) ; « C’est ainsi. C’est comme ça, comme disait Hegel en regardant les Alpes. » (p.165) 295 (Cf. Pornographie)

Penser (Argument d’autorité) (3) : (13 janvier) 2020. Philippe Descola dans sa leçon inaugurale au Collège de France de 2001 L’anthropologie de la nature, est présenté par France Culture comme « Professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Anthropologie de la nature de 2000 à 2019, directeur d’études à l’EHESS, normalien, philosophe de formation, auteur d’une thèse d’ethnologie sous la direction de Claude Lévi-Strauss. »
- France Culture ajoute 14 janvier 2020 qu’il est en sus « médaille d’or du CNRS ». 296 (Cf. Ethnologie. Anthropologie)

Penser (Argument d’autorité) (4) : (14 janvier) 2020. Philippe Descola, dans sa leçon au Collège de France de 2019 présente « […] Margaret Mead [1901-1978] [comme] une grande figure totémique de l’anthropologie américaine ».
Puis suivent dans ce cours, comme dans ses cours ultérieurs, une telle accumulation de références à tant d’auteurs, un tel nombre de citations, mots, de questions, de termes non explicités, non situés dans leur contexte, non historicisés, que, submergée, je n’y comprends rien. (Cf. Ethnologie)

Penser (Argument d’autorité) (5) : (16 janvier) 2020. Présentation par France Culture de la troisième leçon de Philippe Descola au Collège de France de la semaine intitulée : La naissance de l’anthropologie sociale et culturelle, ouverte par la question : « Qu'est-ce qui s'est joué dans la célèbre formule à propos de la vie des Bororos, ‘Nous sommes des perroquets aras’? » :
« Au Collège de France, le cours sont libres, c’est à dire que viennent les écouter les gens qui veulent ; n’importe qui peut y assister. Finalement, quel est celui qui est examiné ? quel est celui qui est sous le pouvoir de l’autre ? Moi je dirais que au Collège de France, c’est celui qui enseigne. »
- Un tel renversement - tout de même, un peu gros à avaler - des rapports de domination est rarement aussi clairement exprimé. (Cf. Ethnologie)

Penser (Aron Raymond) : 1956. Raymond Aron [1905-1983] dans Le fanatisme, la prudence et la foi, auteur de :
« […] Comment nous acquitter de notre dette, nous autre privilégiés ? Je n’ai jamais connu qu’une seule personne que la misère des autres empêchât de vivre : Simone Weil [1909-1943]. Elle a suivi sa voie, finalement en quête de sainteté. Nous, que la misère des hommes n’empêche pas de vivre, qu’elle ne nous empêche pas du moins de penser. Ne nous croyons pas tenus de déraisonner pour témoigner de nos bons sentiments. » 297 (Cf. Femmes. Remarquables. Weil Simone, Philosophie, Sociologie, Économie)
- Pas vraiment un référent moral, ni un modèle de rigueur de la pensée…

Penser (Avis) : (16 avril) 1760. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à George Keate [1729-1797], auteur de : « […] D’ailleurs, je ne vous donne pas mon avis comme bon, mais comme mien ; je vous expose mon goût comme Dieu me l’a donné ; nous sommes tous à table, chacune mange et boit ce qu’il lui plait ; je ne me querellerai pas avec mon voisin, s’il aime le bœuf et moi le mouton. » 298

Penser (Balibar Françoise) : 1997. Françoise Balibar, physicienne, auteure de :
« J’ai connu des moments où j’ai eu une impression de comprendre absolument fulgurante et de pouvoir expliquer les choses dans les termes de tous les jours. Cela m’est arrivé une dizaine de fois en tout : ce sont des moments de souvenirs de maitrise du monde et aussi de grand bonheur. Luxe, calme et volupté. » 299 (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Berberova Nina) : 1969. Nina Berberova [1901-1993], dans C’est moi qui souligne, (concernant les années 1921, 1922 en Russie) auteure de :
« […] L’ombre du désespoir ne l’effleurait que rarement. Une mélodie continuait à raisonner en lui qui lui laissait espérer que ce n’était pas indispensable de faire de tous ces robots endurcis, mais que certains pouvaient se rendre utiles par des qualités d’un autre ordre. De ce point de vue, il [Vladislav Khodassevitch. 1886-1939] semblait possible d’édifier sinon la Russie, la Révolution ou la Société, du moins sa propre vie intérieure. Il avait conscience de l’importance d’une ligne de conduite morale et de la possibilité de découvrir derrière les faits leur signification, cela non pour se consoler ou se défendre, mais pour mieux comprendre la signification des choses. […]
Nous réfléchissions ensemble et nous cherchions à saisir nos limites réciproques. » 300 (Cf. Relations entre êtres humains, Politique. Révolution)

Penser (Berdiaev Nicola) : 1940. Nicola Berdiaev [1974-1948], dans son Essai d’autobiographe spirituelle, auteur de :
« […] Je m’étais toujours nourri de la pensée universelle, j’en recevais des impulsions intellectuelles, je suis très obligé aux penseurs et aux écrivains que j’ai lu toute ma vie, et je suis également reconnaissant à mes proches. Mais, en passant par ma liberté, tout entrait profondément en ’moi’ et c’est de là que tout me venait. Je n’acceptais aucune influence intellectuelle sans l’adhésion de ma liberté. Je suis par conséquent, l’homme le moins traditionnaliste du monde. Je n’avais même pas à rompre avec telle ou telle autorité, car pour moi, il n’en existait point. » 301
Quelle forte assurance…crédible ? Difficilement.

Penser (Bourdieu Pierre) : 2004. Pierre Bourdieu [1930-2002], dans Esquisse pour une auto-analyse, écrit - curieusement ou significativement placé entre parenthèse eu égard à l’importance de ce ‘constat’ [universel (?)] - ceci :
« (Comment pourrais-je ne pas me reconnaître en Nietzsche [1844-1900] lorsqu’il dit à peu près, dans Ecce homo, qu’il ne s’en est jamais pris qu’à des choses qu’il connaissait à fond, qu’il avait lui-même vécues, et que, jusqu’à un certain point, il avait lui-même été ?) 302 (Cf. Féminisme, Philosophie, Sociologie)

Penser. Castoriadis Cornelius :

Penser (Castoriadis Cornelius) (1) : Dénoncer « l’apathie » d’une société - ce que Cornelius Castoriadis [1922-1997], affirme et dénonce à de nombreuses reprises concernant et la société soviétique et la société occidentale moderne - c’est révéler son incapacité à la comprendre et l’enfermer dans une logique d’éternelle répétition. C’est clore l’histoire. C’est aussi, en s’autorisant un tel diagnostic, révéler ce qu’il révèle de la surestimation du rôle de l’intellectuel, apte à lui seul de juger de la vie des autres, fussent-ils des dizaines de millions…. (Cf. Hommes. « Intellectuels », Sociologie)

Par ordre chronologique. Penser. Castoriadis Cornelius :

Penser (Castoriadis Cornelius) (1) : (4 février) 1995. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans un débat avec l’historien François Furet [1927-1997], auteur de :
« Après tout, les intellectuels, on s’en fiche. » 303 De qui parle-t-il ?

Penser (Castoriadis Cornelius) (2) : 1996. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Quelle démocratie ?, auteur de :
« La société apprend à l’individu - d’une façon totale dans les sociétés anciennes, de façon un peu moins complète aujourd’hui - à penser ce que la société lui dit de penser. » 304
- Brutal, sans grandes nuances - qu’il exprime ailleurs - mais à ne jamais oublier…

Penser (Castoriadis Cornelius) (3) : 1981. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Nature et valeur de l’égalité, auteur de :
« […] Finalement la question de savoir : ‘Qu’est ce qui, dans ce que l’on pense, vient de celui qui pense, et qu’est ce qui vient de ce qui est pensé, cette question restera à jamais indécidable comme question ultime. Et ce paradoxe est lui-même paradoxalement, le lest, le seul, de la pensée. » 305 Pertinent…Mais la question a-t-elle un intérêt ? (Cf. Penser. Pensée)

Penser (Catherine II) : (1er novembre) 1773. Catherine II, [1729-1796] impératrice de Russie, dans une lettre adressée à Voltaire [1694-1778], lui écrit :
« Nous avons (avec M. Grimm [1723-1897]) beaucoup parlé de vous.
Je lui ai dit ce que vous avez oublié peut-être, c’est que ce sont vos ouvrages qui m’ont accoutumée à penser. » 306

Penser. Cause :

Penser (Cause) (1) : Il y a, à tout, pour tout, une multiplicité de causes, qui produisent elles-mêmes, pour chacune d’entre elles, une multiplicité de conséquences et d’effets, invisibles dans l’immense majorité des cas. En sus, rien - ou presque ? - ne permet d’établir de relations de cause-s et à effet-s. Et, enfin, sur quels fondements, avec quelle certitude, ou même sur quelle hypothèse, peut décider que ceci ou cela relèverait du statut de « cause » ? [Après avoir écouté Hubert Reeves] 307 (Cf. « Sciences » sociales)

Penser (Cause) (2) : Privilégier une analyse causale, c’est s’interdire une analyse structurelle.

Penser. Causes. Effets :

Penser (Cause-s. Effet-s) (1) : Analyser, dévoiler, dénoncer, réfléchir sur les « causes » d’une « réalité », c’est - faute de les remettre en cause - nécessairement conforter les principes qui l’ont constituée, justifier les fondements qui seuls l’explique et lui donne son sens. Toutes analyses causales confortent donc les systèmes au sein desquels, nécessairement, elles se situent. Dès lors, fonder un raisonnement sur des rapports de «causes à effets», quels qu’ils soient, est nécessairement voué à l’échec.
- Qui plus est, nombreux/euses sont ceux/celles qui évoquent des effets sans causes ni explications, tandis que d’autres allèguent d’effets pour conforter de pseudo causes et justifier ainsi de pseudo explications, et qu’il est même fréquent de vouloir des effets, sans causes…

Penser (Cause-s. Effet)s) (2) : Penser en termes de cause-s / effet-s, c’est [tenter d’] expliquer. Ce n’est pas [tenter de] comprendre. (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Cause-s. Effet-s») (3) : Qui décide de la cause, qui en déduit l’effet, qui analyse la relation entre la cause et l’effet ? Sur quels fondements ? Comment relier le lien entre la / les cause-s et l’ / les effet-s ? Comment isoler et la /les cause-s et l’ / les effet-s sans préalablement les intégrer dans le cadre d’une analyse, fut-elle partielle, partiale, d’un système qui explique - au moins au départ du questionnement - et l’un et l’autre et les unes et les autres ?

Par ordre chronologique. Penser. Causes. Effets :

Penser (Causes. Effets) (1) : 1670. Blaise Pascal [1623-1662], dans les Pensées, auteur de :
« Toutes ces personnes ont vu les effets mais ils n’ont pas vu les causes. Ils sont à l’égard de ceux qui ont découvert les causes comme ceux qui n’ont que les yeux à l’égard de ceux qui ont l’esprit. Car les effets sont comme sensibles et les causes sont visibles seulement à l’esprit. […] » 308

Penser (Cause-s. Effet-s) (2) : 1871. Mikhaïl-Michel Bakounine [1814-1876], dans La nature, cette totalité, auteur de :
« Ne nous en prenons pas aux effets, attaquons toujours les causes. » 309 Invalide l’item précédent ? (Cf. Penser. Comparaison)

Penser (Causes. Effets) (3) : 1989. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Le monde morcelé, auteur de :
« Pointer les causes ou les conditions d’un phénomène, n’en épuise pas la signification ni n’en circonscrit les effets. » 310

Penser (Chalamov Varlam) : 1954-1973. Varlam Chalamov [1907-1982], de retour de la Kolyma [goulag soviétique, situé dans l’est de la Sibérie], dans Récits de la Kolyma, auteur de : « Pas une fois, je m’attardai sur une pensée. Le seul fait de l’essayer me causait une douleur vraiment physique. » 311
Constat / analyse essentielle : permet de comprendre tant de silences, sur lesquels prospèrent tous les non-dits qui fondent les sociétés… (Femmes. Silence, Politique, Violences)

Penser (Choisir) : Penser, c’est choisir. C’est à dire désigner, décider, s’engager.
Un « conflit de loyautés » : l’antithèse.

Penser (Cicéron) : 44 avant J-C. Cicéron [106-43 avant J.C] dans son Traité des devoirs, auteur de : « […] Il n’appartient qu’à une grande intelligence de se représenter l’avenir, de déterminer d’avance ce qui peut arriver d’une façon ou d’une autre, et ce qu’il y aura à faire quand l’évènement surviendra pour ne pas s’exposer à être forcé de dire un jour : ‘Je n’y avais pas pensé.’ » 312 (Cf. Penser. Intelligence)

Penser. Citation :

Penser (Citation) (1) : Lier une pensée à une citation, c’est peu ou prou, en positif et négatif, s’inscrire dans le cadre de pensée dont on est redevable.
- Dès lors qu’une citation est liée à une pensée, il importe d’en préciser la source afin que l’on puisse s’y référer et y lire sinon un détournement de sens, du moins la possibilité d’une autre interprétation.
- Il importe aussi de situer les citations dans leur temps afin d’éviter d’inutiles répétitions, et de mieux appréhender la valeur de toutes celles qui, si elles avaient été mieux entendues, comprises, prises en compte, auraient peut-être pu aider à une meilleure compréhension du monde.
- Il importe enfin de rigoureusement distinguer les citations de ses propres réflexions afin de mieux appréhender les processus historiquement mis en œuvre dans l’élaboration d’une réflexion.

Penser (Citation) (2) : Une citation peut éclairer un mot, une pensée, une explication, un raisonnement : elle ne peut les justifier.
* Ajout. Évident…

Penser (Citation) (3) : Les citations : des béquilles, des étais, des aides, des justifications, des éclairages, des fulgurances révélées… Mais aussi des rigueurs de méthode.

Par ordre chronologique. Penser. Citation :

Penser (Citation) (1) : 1764. Voltaire [1694-1778], dans son Dictionnaire philosophique, à la rubrique Bien [Tout est], auteur de :
« Je n’aime point à citer ; c’est d’ordinaire une besogne épineuse : on néglige ce qui précède et ce qui suit l’endroit que l’on cite, et on s’expose à mille querelles. » 313

Penser (Citation) (2) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur de :
« Au reste ce beau vers […] je l’ai pris, parce qu’il me venait à point ; et je dis où, pour ne pas m’embellir des dépouilles d’autrui. » 314

Penser (Citation) (3) : 2011. Jean-Paul Cointet écrit concernant l’écriture des Origines de la France contemporaine [1875] d’Hippolyte Taine [1828-1895] :
« Ses notes en bas de page indiqueront la condition, l’office, le nom, la demeure de ces témoins décisifs : ‘Pour plus de certitude, ajoute-t-il, j’ai transcrit aussi souvent que j’ai pu leurs propres paroles. De cette façon, le lecteur, placé face aux textes, pourra les interpréter lui-même et se faire une opinion personnelle. Il aura les mêmes pièces que moi pour conclure et conclura, si bon lui semble, autrement que moi.’» 315 (Cf. Penser. Méthode. Opinion, Histoire. Taine Hippolyte)

Penser (Citation) (4) : 1961. Witold Gombrowicz [1904-1969] dans son Journal, auteur de :
« Pourquoi ne se trouve-t-il personne pour oser dénoncer le fléau de la citation ?» 316

Penser (Citation) (5) : (29 août) 2022. William Marx, dans son cours au Collège de France, Les bibliothèques invisibles, auteur de : « Il y a des citations qui fondent une pensée. »

Penser (Clemenceau Georges) : (17 novembre) 1903. Georges Clemenceau [1841-1929], au sénat, auteur de : « Ce serait un grand malheur si chacun de nous prétendait être en possession d’une opinion révélée. Pour ma part, j’ai eu un très grand nombre d’opinions successives et je suis de ceux qui ne le cachent point ; je trouve même là un argument contre le monopole d’État dans l’ordre de la pensée. » 317 (Cf. Penser. Opinion)

Penser. Cohérence :

Penser (Cohérence) (1) : Que vaut la cohérence quand l’analyse est fausse ?

Par ordre chronologique. Penser. Cohérence :

Penser (Cohérence) (1) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de : « La cohérence ? - Je n’ai jamais changé d’avis : je pense et j’ai toujours pensé qu’il faut vivre à son aise. » 318

Penser (« Comment ? ») : (29 juillet) 1935. André Gide [1869-195], dans son Journal, écrit :
« Remplacer, chaque fois qu’il se peut, le « pourquoi ? » par le « comment ?», c’est faire un grand pas vers la sagesse. » 319
- Mais, ne pas oublier que le « comment ? » permet aussi d’oublier le « pourquoi ? ».

Penser. Commentaire :

Penser (Commentaire) (1) : Faute de prise de position préalable quant aux présupposés qui structurent une analyse politique, tout commentaire est caution. (Cf. Politique. Médias)

Penser (Commentaire) (2) : Le commentaire, si souvent, étouffe, détourne, dénature ; et même, si souvent, sans aucun respect, tue la pensée de l’autre, au profit de la sienne… qu’il s’agit, si souvent, principalement de mettre en valeur.

Penser (Commentaire) (3) : Le commentaire est au texte commenté ce que le fard est au visage : jamais sa vérité. (Cf. Corps. Visage)

Penser (Commentaire) (4) : Le commentaire exclut-il la si nécessaire indignation morale ? (Cf. Penser. Indignation. Morale)

Penser (Commentaire) (5) : Commenter [l’apparence], c’est justifier l’existant.

Par ordre alphabétique. Penser. Commentaire :

Penser (Commentaire) (1) : 1580. Michel de Montaigne [1533-1592], dans Les Essais, auteur de : « Il y a plus de travail à interpréter les interprétations qu’à interpréter les choses elles-mêmes ; il y a aussi plus de livres sur les livresque sur tout autre sujet : nous ne faisons que nous gloser les uns les autres. Tout fourmille de commentaires : mais des auteurs, il y en a peu. La science la plus fameuse et la plus importante, à notre époque, n’est-elle pas de savoir comprendre les savants ? N’est-ce pas là la fin normale et dernière de toutes les études ? » 320

Penser (Commentaire) (2) : Vauvenargues [1715-1747], auteur de :
« Ce que l’on conçoit nettement, on n’a pas besoin de le commenter », suivi de :
« Mais ce qu’on ne fait qu’entrevoir, ou ce qu’on imagine faiblement, on l’allonge plus aisément qu’on ne l’explique. » 321 (Cf. Êtres humains. Écrit. Vauvenargues, « Sciences » sociales)

Penser (Commentaire) (3) : (28 août) 1772. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], écrit :
« […] J’aime mieux Molière que des réflexions sur Molière. » 322
- Cette simple phrase ne tue-t-elle pas l’idée même de « commentaire », ou du moins, ne lui situe-elle pas des limites ?

Penser. Comparaison :

Penser. Comparaison (1) : Toute comparaison qui implique confrontation, concurrence, ne serait-ce que pour s’en démarquer, n’est valide qu’à équivalence de sens. Mais [le qui étant incomparable à quoi], qui peut-on comparer à qui ? Que peut-on comparer à quoi ?
* Ajout. 4 juillet 2015. Avoir honte de sa pauvreté et être fier-ère de sa richesse ne sont pas les deux faces contradictoires d’une même facette.

Penser (Comparaison) (2) : Rien n’est comparable à rien ; rien n’est assimilable à rien. Tout peut faire penser à tout. Tout peut agir sur tout. (Cf. Penser. Causes. Effets)

Penser (Comparaison) (3) : « Comparaison n’est pas raison », certes, mais une comparaison peut jeter un éclairage cinglant sur une analyse partielle et / ou partiale.
[Écrit après avoir lu ce dialogue dans Les misérables [1862] de Victor Hugo [1802-1885] entre un « Conventionnel » et Monseigneur Bienvenu opposant « Marat battant des mains à la guillotine » et « Bossuet chantant le Te Deum sur les dragonnades ».] 323 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue, Penser. Pensée. Binaire)

Par ordre chronologique. Penser. Comparaison :

Penser (Comparaison) (1) : (8 août) 1953. Albert Camus [1913-1960] (concernant « la littérature prolétarienne ») dans une lettre écrite à Maurice Lime [1905-1998], auteur de :
« [...] il est vrai que la belote au bistrot vaut bien le cocktail mondain. Mais, précisément, le cocktail mondain ne vaut rien. Pourquoi donc comparer ? […] » 324

Penser (Compétences) : 1949. Raymond Aron [1905-1993], dans la Revue de métaphysique et de morale, auteur de :
« Entre observateurs compétents, qui se sont donnés la peine de poursuivre les études nécessaires, une large mesure d’accord s’obtient assez aisément sur ce qui est possible à l’intérieur d’un système économique. » 325
- Quant aux personnes qui ne se seraient pas « donné la peine de poursuivre les études nécessaires », dès lors incompétentes et celles qui penseraient et voudraient agir « à l’extérieur du système économique », on ne sait quelle place Raymond Aron leur accorde…
Que de suffisance, que de mépris, que de naïveté, que de bêtise… (Cf. Hommes. « Intellectuels », Philosophie. Métaphysique, Économie)

Penser. Comprendre :

Penser (Comprendre) (1) : On comprend, en règle générale, ce que l’on cautionne, le plus souvent sans même le savoir. Une rupture de ce lien est nécessaire pour penser.

Penser (Comprendre) (2) : Ils / elles affirmaient, avec force répétitions, « ne rien comprendre » pour s’épargner le risque, l’ennui, le coût, d’avoir à comprendre.

Penser (Comprendre) (3) : Au lieu de s’acharner à tenter d’expliquer, à trouver souvent coûte que coûte une explication, il vaut souvent bien mieux reconnaitre que l’on ne comprend pas. Mieux : que cela est incompréhensible. (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Comprendre) (4) : Je comprends, mais je ne comprends pas qu’un-e autre ne comprenne pas. C’est très difficile et je n’y parviens pas toujours. Rarement, même…

Penser (Comprendre) (5) : Une pensée pour mieux comprendre : comprendre ce que l’on connait déjà et qui vous permet de mieux penser ; si possible mieux, plus loin, plus large, plus profondément…

Penser (Comprendre) (6) : Vouloir être compris-e est absurde. Chacun-e interprète ce qu’il / elle lit, entend, comme il / elle le ressent. Comment donc pourrait-il en être autrement ?

Penser (Comprendre) (7) : Il me semble entendre, dans la bouche de ceux / celles qui ont le pouvoir de s’exprimer publiquement, de plus en plus souvent - à moins que ce soit moi qui soit de plus sensible à la question, les deux n’étant pas incompatibles - : « Je comprends les critiques, les contestations ; elles sont normales, saines, nécessaires… »
Si cette parole n’engage quiconque, et de fait ne veut rien dire, elle postule néanmoins que « la compréhension » de l’un-, par l’un-e, devienne légitimement un critère de jugement en matière de décision politique. En outre, elle ouvre la voie à ce que l’inverse puisse advenir, et que les critiques puissent être jugées anormales, malsaines, inutiles.

Par ordre chronologique. Penser. Comprendre :

Penser (Comprendre) (1) : 1754. Henry Fielding [1707-1754], dans l’Histoire de Tom Jones, auteur de : « Cette dernière circonstance suffirait à expliquer sa réputation de sagesse, les hommes étant curieusement portés à vénérer ce qu’ils ne comprennent pas. C’est là un grand secret sur lequel maints imposteurs se sont entièrement appuyés pour la réussite de leurs duperies. » 326 (Cf. Penser. Expliquer, Philosophie)

Penser (Comprendre) (2) : 1860. George Eliot [1819-1880], dans Le moulin sur la Floss, auteure de :
« Elle était capable de créer toute seule des mondes imaginaires - mais aucun monde imaginaire ne pouvait la satisfaire maintenant. Il lui fallait une explication de cette vie réelle avec ses difficultés. […] Il lui fallait une clé qui lui permettrait de comprendre, et après avoir compris, de supporter ce lourd fardeau qui s’était abattu sur son jeune cœur. » 327

Penser (Comprendre) (3) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de : « Tu ne comprends pas les mots, mais tu comprends les choses. » 328 (Cf. Langage. Mots)

Penser (Comprendre) (4) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-vingt-treize, auteur de : « Elle semblait renoncer à comprendre. À un certain degré, le désespoir est inintelligible au désespéré. » 329

Penser (Comprendre) (5) : (14, 15 novembre) 1876. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Gustave Flaubert [1821-1880], auteure de :
« [...] Quand on ne nous comprend pas, c’est toujours de notre faute. » 330

Penser (Comprendre) (6) : 1878. Léon Tolstoï [1728-1910], dans Anna Karénine, auteur de : « Sa leçon, quoi qu’il fit, ne lui entrait pas dans la tête ! En présence du professeur, cela marchait encore, car à force d’écouter et de croire qu’il comprenait, ils s’imaginait comprendre ; mais, une fois seul, […]. » 331

Penser (Comprendre) (7) : 1929. Léon Trotsky [1879-1940], dans Ma vie, écrit :
« Le besoin de comprendre par moi-même un problème et d’en tirer toutes les déductions indispensables fut toujours, ce me semble, l’exigence la plus impérieuse de ma vie spirituelle. » 332

Penser (Comprendre) (8) : 1936. John Steinbeck [1902-1968], dans En un combat douteux, auteur de : « - Est-ce qu’ils sont capables de comprendre ?
- Ils n’ont pas besoin de comprendre; la chose s’infiltrera en eux… Ils sauront, sans y avoir pensé. » 333

Penser (Comprendre) (9) : 1955. Dans un texte intitulé : Merleau-Ponty et le pseudo-Sartrisme, Simone de Beauvoir [1908-1986] reproche à Maurice Merleau-Ponty [1908-1961], comme à tant d’autres, de « n’avoir pas compris » [Jean-Paul Sartre. 1905-1980]. 334
N’est-ce pas signifier qu’une pensée devrait, pourrait, à elle seule, imposer sa logique, son évidence ? ; que celle-ci serait exempte de confusions, de contradictions ? Une pensée n’est-elle pas nécessairement lisible en fonction de diverses grilles de lecture ? ; n’est-elle pas à même d’ouvrir la voie à différentes interprétations ? Ne le doit-elle pas ?
Les idées, les analyses n’ont pas à être « comprises » ; elles peuvent être interrogées. Les voies par lesquelles elles se diffusent - ou non - sont nombreuses.

Penser (Comprendre) (10) : 1978. Gabriel Marcel [1889-1973], auteur de :
« On est toujours libre de ne rien comprendre à rien. » 335

Penser (Comprendre) (11) : 1978. Pierre-Bernard Marquet, dans L’enseignement ne mène à rien, hier comme aujourd’hui, cite cette phrase de Valéry [1871-1945] - publiée dans Mauvaises pensées et autres [1942] - qu’il juge « lumineuse » :
« Les gens qui comprennent ne comprennent pas que l’on ne comprenne pas. […] » Et il en poursuit pertinemment l’analyse. 336 (Cf. plus haut)

Penser (Comprendre) (12) : 1997. Caroline Eliacheff, après avoir évoqué sa famille dans laquelle « on avait le devoir avant tout d’être intelligente », poursuit :
« Je savais que je devais avoir l’air de tout comprendre parce que je pensais que c’était le critère de l’intelligence », interroge :
« Comment avoir l’air intelligent sans rien comprendre » et enfin conclut :
« En se taisant ! » 337 (Cf. Femmes. Silence. Intelligentes, Penser. Intelligence, Psychanalyse)

Penser (Comprendre) (13) : 2000. Sebastian Haffner [1907-1999], dans Histoire d’un Allemand, Souvenirs (1914-1933), évoquant le contexte politique du début du nazisme écrit :
« Chaque fois qu’on essayait de comprendre, on voyait s’interposer comme un voile ces discussions infiniment oiseuses et stériles, toujours recommencées, au cours desquelles on s’efforçait de faire entrer les choses dans un système de notions politiques obsolètes qui ne leur était plus adapté. »
Combien de discussions politiques actuelles entrent elles dans ce schéma de mal-pensée ? 338 (Cf. Politique. Médias)

Penser (Comprendre) (14) : 2005. Mona Chasserio, dans Cœur de femme. De l’inexistence à l’existence. Mon engagement aux côté des femmes de la rue, auteure de :
« Longtemps, j’avais raisonné pour comprendre. […] » 339
Oui, une telle découverte - celle des limites d’une pensée fondée sur le raisonnement, sur ‘la raison’ - peut ouvrir l’esprit au monde…

Penser (Comprendre) (15) : Alan Greenspan, président de la Federal reserve bank américaine [de 1997 à 2006], auteur [présumé] (sans source, sans date) de :
« Si vous m’avez compris, c’est que je me suis mal exprimé. »

Penser (Comprendre) (16) : (27 juin) 2020. Daniel Parrochia, « philosophe », auteur de :
« Pour comprendre, il faut tout décomposer. » 340 (Cf. Philosophie)

Penser (Comprendre) (17) : (2 novembre) 2020. Monique Canto-Sperber, sur France Culture, auteure de : « […] Heureusement qu’on ne comprend pas trop vite, car on peut très bien s’égarer et partir sur une fausse interprétation et une idée qui serait plutôt foudroyante qu’éclairante. » 341

Penser (Comprendre) (18) : (25 février) 2022. Entendu sur France Culture, dans Les chemins de la philosophie, exprimé par David Bessis, mathématicien, cette phrase : «… Comprendre comment on fait pour comprendre », suivie de deux mots que j’ai relevés : « intuitions », « imaginaires »…

Penser (Comprendre) (19) : (3 août) 2022. Entendu sur France Culture, Germaine Tillion [1907-2008], auteure de : « À Ravensbrück, comprendre et expliquer, c’était vital. […] Pour un être humain, ce qu’il y a de pire, c’est ne pas comprendre ce qui vous arrive. »
Analyse fondamentale

Penser. Concept :

Penser (Concept) (1) : Il n’est pas nécessaire de maitriser les concepts, ni même de savoir que des concepts existent pour penser. Ce qui ne signifie pas que la recherche de concept ne puisse être un enrichissement pour la pensée.

Penser (Concept) (2) : Aucun concept ne peut enfermer une réalité ; aucun ne peut ni justifier, ni invalider un jugement de valeur qui lui est par ailleurs préexistant.

Penser (Concept) (3) : « Éthique », « morale », « rationalité », « beauté », « art », « universel », « civilisation », tous ces termes et bien d’autres sont relatifs. Comment alors pourraient-il être qualifiés de « concept » ? (Cf. « Sciences » sociales)

Penser (Concept) (4) : (14 janvier) 2020. Entendu évoquer pour vanter la valeur des écrits d’un auteur l’expression de : « boîte à outil conceptuelle ». Antinomique, me semble-t-il…

Penser (Concept) (5) : Ils / elles avaient créé un concept - ou plus fréquemment utilisé un concept déjà employé - et dont ils / elles savaient déjà qu’il était déjà « très hétérogène ». Ils / elles en avaient analysées les applications. Ils / elles en découvrirent - ce qui était reconnu au départ - que le dit concept recouvrait autant de situation différentes que de « cas » analysés. Que croyez-vous qu’il advint ? Ils maintinrent leur concept et continuèrent à en analyser le bien-fondé….qui leur avait, par ailleurs, déjà procuré invitations, publications, voyages…

Penser (Concept) (6) : Entendre : « Il faut élucider les concepts employés » me fait penser aux critiques faites aux Opéras, au cours desquels des chœurs chantent, tout en restant immuables : « Marchons, marchons…».

Par ordre chronologique. Penser. Concept :

Penser (Concept) (1) : (5 juin) 1977. Gilles Deleuze, à la question : « Que penses-tu des ‘ nouveaux philosophes’ ? répond :
« Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides […] Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. […] » 342

Penser (Concept) (2) : (septembre) 2018. Lu, dans Le Monde Diplomatique :
« De quel secours sont les théories qui partent des concepts plutôt que de l’état des choses ? » 343 (Cf. Penser. Pensée. Binaire)

Penser (Concept) (3) : (25 octobre) 2019. Gaspar Koening, dans Les chemins de la philosophie, sur France Culture, auteur de :
« C’est facile de faire du concept. » (Cf. Langage. Verbe. Faire, Philosophie)

Penser (Concept) (4) : (29 août) 2020. Entendu sur France Culture, un « philosophe » employer l’expression de : « se donner un arsenal conceptuel ». 344
N.B. Un arsenal : « centre de construction, de réparation et d’armements de navires de guerre » ; « dépôt d’armes et de munitions ». (Cf. Langage, Politique. Guerre, « Sciences » sociales)

Penser (Conflit) : Refuser les polémiques ; réhabiliter les conflits ; élaborer une culture des confrontations afin de récuser, de repousser la mise en œuvre de la violence.
Mais avant tout, se situer au-delà, en deçà, au-dessus des analyses courantes…. (Cf. Penser. Polémique)

Penser (Connaître) : 1976. Claudine Herrmann [1926-2019], dans Les voleuses de langue, auteure de : « Ce qui reste à connaître est toujours si considérable que chacune[e] peut s’accommoder à son gré sa lunette sans que cela doive impliquer une limitation pour autrui. » Cela risque même, plus que probablement, de l’accroître… 345

Penser. Consentement :

Penser (Consentement) (1) : Que justifie un « consentement » ? Qui serait juge d’un « consentement » ? Et, un « consentement » à quoi ? Comment penser l’idée même d’un « consentement » au sein des multiples rapports de domination qui structurent si fortement, si fondamentalement nos vies ? Toute référence à un quelconque « consentement », quel que soit le champ de son application (contrat notamment), ne peut que justifier tous les rapports de domination. La critique du concept de « consentement », aujourd’hui décliné sous toutes ses formes (choix…etc.,) est toujours nécessaire. (Cf. Droit, Penser. Consentement, Politique. Céder, Contrat)
* Ajout. 24 avril 2022. Entendu dans le film Le knack et comment l’avoir ? [Richard Lester. 1965] : « Il n’y a pas de viol sans consentement ». (Cf. Culture. Cinéma, Violences)

Penser (Consentement) (2) : Si le « consentement » devait, pour être valide, en matière notamment mais pas uniquement de contrat, être préalablement explicité, formalisé, la conséquence en serait que toute rupture devrait nécessairement l’être aussi. Aucun silence n’aurait alors une quelconque valeur. Aucune imposition du silence ne pourrait alors, dénuée de toute légitimité, être recherchée. (pas clair. à reprendre) (Cf. Droit, Penser. Consentement)

Penser (Consentement) (3) : Le terme de « consentement » est un terme de philosophie morale et politique [Cf. notamment Le discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie. 1576 ; Nicole-Claude Mathieu : Quand céder n’est pas consentir. 1984 ; Noam Chomsky et Edward Herman, La fabrique du consentement. 2002..] : il ne peut être introduit dans le vocabulaire juridique, sans mille précautions… Si tant est qu’il puisse l’être.
- En tout état de cause, intégrer le terme de « consentement » au sein d’une législation pénale concernant « les violences » pose d’immenses questions et risque fort de détourner le regard de la réalité des dites violences à celui de la nature des relations entre agresseurs et victimes. Alors que la crise du concept libéral de « consentement » est patente, les féministes ne doivent pas le re-légitimer. (Cf. Penser. Consentement)

Penser (Consentement) (4) : Poser la question du consentement, c’est poser les parties du contrat sur les mêmes plateaux de la balance : c’est évacuer la question - qui doit être première - du pouvoir, c’est à dire du droit de l’une à être en pouvoir de demander le consentement de l’autre. Nous sommes alors au cœur des fondements de la critique du droit. (Cf. Droit)

Penser (Consentement) (5) : Non, clairement non : on ne consent pas à sa soumission.

Penser (Consentement) (6) : Derrière toute référence au « consentement », il y a - inexorablement - la question du consentement à la domination qui nécessairement en légitime et les fondements et les modalités d'expression.
Derrière toute référence au « consentement », il y a le : « Et s'il me plait à moi d'être battue ? » de Molière [1622-1673].
Derrière toute référence au « consentement », il y a le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de La Boétie [1530-1563].
Et le : « Céder n’est pas consentir» [1991] de Nicole-Claude Mathieu [1937-2014] n’invalide pas le concept de « consentement » : il le confirme.
Concernant notamment les violences à l’encontre de mineur-es, la question du consentement - depuis quelques mois si généreusement retransmise - se substitue à celle de l’interdit.
Consentement et violences sont une contradiction dans les termes. (Cf. Droit. Hommes. Remarquables. La Boétie de Étienne, Politique. Consentement, Violences)

Penser (Consentement) (7) : Si certes, ce n’est plus - du moins, de moins en moins - le consentement qui fait le crime, l’insistance actuelle sur le dit consentement peut et doit inquiéter : c’est alors la nature, les conditions, la publicité du consentement que deviennent l’objet du débat et permettent de déterminer la nature, le qualificatif de crime, en détournant alors l’attention du crime et de son auteur. (Cf. Penser. Consentement)

Penser (Consentement) (8) : Il n’est conceptuellement pas plus pensable de comparer - de poser un même critère d’analyse - des « systèmes de dominations » et un être humain singulier, pas plus que comparer « dieu » [pour ceux et celles qui y croient] et « soi »… (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Godelier Maurice, Politique. Consentement)

Penser (Consentement) (9) : Aucune structures de domination - celles au sein desquelles nous vivons - ne peut se justifier par un supposé monstrueux « consentement » à la domination.
Concernant le patriarcat, le dit consentement est alors souvent masqué par des « gratifications » qui seraient « reçues en échange ».
Le regard porté sur l’auteur de la violence est alors transféré à celui de l’accord de sa victime.
On peut alors s’interroger sans trop de scrupules, sur le « désir », la « jouissance », l’« amour », l’« identification », le « soulagement », la « résignation », la « complicité », la « ratification », la « sujétion », la « sécurité », la « soumission », la « protection », la « pactisation », la « reproduction », la « complicité » de la dite victime.…346

Penser (Consentement) (10) : Et si l’on remplaçait la question du « consentement » par celle de la - si souvent - « nécessaire soumission aux plus forts » - comme condition de la [su]vie ? Combien ont dû renoncer, avant de « consentir » ?

Penser (Consentement) (11) : Le consentement n’est valable qu’au moment donné.

Penser (Consentement) (12) : Le consentement que doivent donner les femmes au mariage a- t-il rendu le mariage moins oppressif ? La réponse est dans la question.

Par ordre chronologique. Penser. Consentement :

Penser (Consentement) (1) : 1689. John Locke [1632-1704] dans le Traité du gouvernement civil, auteur de : « Si l’on dit que les gens subjugués se soumettent de leur propre consentement, alors on reconnait que leur consentement est nécessaire, afin qu’un conquérant ait droit de les gouverner. Il ne reste qu’à considérer si des promesses extorquées, si des promesses arrachées de force et sans droit, peuvent être regardées comme un consentement et jusqu’où elles nous obligent. […] Puis il évoque « l’action de ceux qui m’extorquent et m’arrachent de force quelque chose. Il ne sert à rien de dire que j’ai promis ; car il est aussi vrai que ma promesse, en cette occasion, ne m’engage et ne m’oblige à rien qu’il ne l’est que je ne rends point juste et légitime la violence d’un violeur, lorsque je mets la main dans mon gousset, et que j’en retire ma bourse, et la remet moi-même entre les mains du voleur qui me la demande, le pistolet à la main. » 347.
- Cette remarquable analyse permettant de poser la question du consentement comme elle doit l’être, à savoir dans le cadre des rapports de pouvoirs sans la prise en compte des quels celle-ci est vaine.
- Un support théorique essentiel en matière de lutte contre les violences, sans oublier qu’aucune analogie entre le vol et le viol n’est plus possible. (Cf. Droit, Relations entre êtres humains. Promesse, Politique, Violences)

Penser (Consentement) (2) : 1861. John Stuart Mill [1806-1873] dans L’utilitarisme, cite cet adage latin :
« Volenti non fit injuria ». Traduction : « Ce qui est fait avec le consentement de la personne qu’on suppose lésée par l’acte en question n’est pas injuste. » 348
- Au fondement d’une philosophie notamment patriarcale du droit. (Cf. Êtres humains, Justice)

Penser (Consentement) (3) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, auteur de : « […] Car un consentement feint est le plus court moyen d’éviter des controverses inutiles. » 349

Penser (Consentement) (4) : 1957. Raymond Aron [1905-1983], dans Penser la liberté, auteur de :
« La liberté n’est pas […] le consentement à la nécessité, mais le droit en même temps que la possibilité matérielle de protester contre ceux qui se donnent pour les interprètes de la nécessité. » 350 Texte de Raymond Aron écrit en réaction contre les « Occidentaux », marxistes, « philosophes » notamment qui légitimaient l’écrasement par l’Union Soviétique de la « révolution Hongroise » de 1986. (Cf. Pensée. Binaire, Politique. Céder)
N.B. « Possibilité matérielle » : limitation bien matérialiste… (Cf. Langage. Adjectif)

Penser (Consentement) (5) : (2 février) 1965. Jean Guitton [1901-1999] reproduit dans le Journal de ma vie ce « proverbe arabe cité par Massignon [Louis. 1883-1962] » :
« L’homme qui se tait refuse ; la femme qui se tait consent. » 351
La pensée patriarcale à l’air libre. Y adjoindre : les hommes parlent, les femmes se taisent… (Poursuivre) (Cf. Femmes. Comparaison Hommes / Femmes, Patriarcat, Violences)

Politique (Consentement) (6) : 1997. Un auditeur du Forum Le monde Le Mans, De quoi sommes-nous responsables ?, auteur de :
« On parle beaucoup depuis hier du consentement éclairé, qu’on présente comme un partage de responsabilités, un partage de décisions. Je crois que cela est faux. Responsabilité est en rapport avec pouvoir et le pouvoir n’est pas du tout égal. » 352

Politique (Consentement) (7) : (28 septembre) 2014. Le gouverneur de l’État de Californie, Jerry Brown a signé tard dimanche, la nouvelle loi, surnommée « Yes means yes » (« Oui, signifie oui »), une première aux États-Unis.
Selon ce texte, d’après l’AFP, les ‘partenaires sexuels’ doivent donner « leur accord explicite, conscient et volontaire » avant toute relation sexuelle. En sus, « l'accord explicite ne peut être donné par quelqu'un d'endormi, d'inconscient », ou s'il ou elle est « sous l'influence de drogues, d'alcool ou de médicaments », stipule le texte de loi 967 sur les agressions sexuelles sur les campus. »
Une révolution ? Non. Mais je ne peux expliquer pourquoi. 353 (Cf. Penser. Expliquer, Sexes)

Penser (Consentement) (8) : (23 mars) 2017. Un exemple : Une jeune fille âgée de 14 ans est violée en septembre 2011 par sept jeunes hommes, âgé de 15 à 20 ans.
Le 23 mars 2017, ils sont acquittés.
- Lu (tardivement) dans L’Express, un avant le jugement :
« Toute la question du procès est celle du consentement’ estime un avocat du dossier, cité par Le Parisien : ‘Du consentement et de l'intention qu'avaient les accusés, ou non, de violer la jeune fille. » 354 (Cf. Justice. Preuve, Violences. Viols. Violences à l’encontre des femmes. Réage Pauline)

Penser (Consentement) (9) : (1er mars) 2018. Lu, dans un article dénonçant les ‘traitement indignes’ au CHU [Centre Hospitalier Universitaire] de Saint-Étienne que sur vingt patients relevant de la psychiatrie en attente de place que « sept d’entre eux, sans signe d’agitation, ni de véhémence, étant attachés au niveau des pieds et d’une ou deux mains » et que « deux étaient en soins libres, les autres en soins sans consentement. » 355
Le « consentement » est ici opposé à la « liberté », dont il cautionne le postulat. (Cf. Penser. Postulat, Psychiatrie, Violences. Viol)

Penser (Consentement) (10) : (6 mars) 2018. Lu, dans le commentaire publié dans Le Point du 6 mars 2018 du film significativement intitulé : « Sexe sans consentement » diffusé même jour sur France 2, il est notamment question de : « revendiquer l'égalité des désirs ». 356 (Cf. Politique. Égalité, Sexes)

Penser (Consentement) (11) : (14 octobre) 2021. Entendu sur France Culture : Vladimir Jankélévitch [1903-1985], auteur de : « Le consentement est immoral. » 357

Penser (Consentement) (12) : (27 décembre) 2021. Lu un pochoir de Nous toutes, sur le trottoir de la place du Luxembourg : « Le consentement n’est pas une option. »

Penser (Conservatisme) : Cf. Politique. Conservatisme.

Penser. Constant Benjamin :

Penser (Constant Benjamin) (1) : 1814. Benjamin Constant [1773-1830], dans De l’esprit de conquête, auteur de :
« Il y a des axiomes qui paraissent clairs, parce qu’ils sont courts. Les hommes rusés les jettent, comme pâture à la foule ; les sots s’en emparent parce qu’ils leur épargnent la peine de réfléchir et ils les répètent pour se donner l’air de les comprendre.
Des propositions dont l’absurdité nous étonne, quand elles sont analysées, se glissent ainsi dans mille têtes, sont redites par mille bouches et l’on est réduit sans cesse à démontrer l’évidence. » 358
- Jusqu’au jour où l’on où l’on se refuse à penser sur le terrain de la justification, et donc à refuser de « démontrer » quoi que ce soit qui ne soit pas fondé sur sa propre analyse. Et là, on a fait une grande avancée conceptuelle et donc politique. (Cf. Féminisme. Justification)

Penser (Constant Benjamin) (2) : 1815. Benjamin Constant [1773-1830], dans Principes de politique, auteur de cette analyse / critique si juste - argument malheureusement si souvent employé - : « On allège l’effet pour perpétuer la cause. » 359 (Cf. Politique)

Penser. Contradiction :

Penser (Contradiction) (1) : Il est possible, nécessaire, de constater des contradictions dont un raisonnement, un parti, un régime…serait porteur ou dont il se réclame. Il est possible, nécessaire, de s’y opposer sur ce fondement. Mais on ne construit pas d’alternatives sur la critique d’une contradiction.

Penser (Contradiction) (2) : Il est des contradictions qui détruisent la pensée au sein de laquelle elles s’inscrivent et, souvent, bien au-delà ; il en est qui la complexifient ; il en est qui permettent de la dépasser.
- Elles sont toutes révélatrices de leur-es auteur-es et de ses failles ; et, en cela, passionnantes.
- Elles tuent néanmoins sans appel un raisonnement.

Penser (Contrat) : Accepter, signer un contrat, c’est se détourner de son chemin ; c’est, souvent, vendre son âme et, si souvent, pour un plat de lentilles.

Penser. Courage :

Penser (Courage) (1) : (12 janvier) 1758. Voltaire [1694-1778] dans une lettre à Théodore Tronchin [1703-1781], auteur de :
« Que ceux qui pensent comme Socrate parlent comme Socrate, et qu’ils ne craignent point la cigüe. » 360
* Ajout. 4 octobre 2019. (31 août) 2019. Dans le même sens, Vàclav Havel [1936-2011], auteur de :
« Ils veulent l’air frais, mais ils ont peur des courants d’air. » 361

Penser (Courage) (2) : (31 août) 1764. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à madame du Deffand [1696-1780], auteur de :
« La première leçon que je crois qu’il faudrait donner aux hommes, c’est de leur inspirer du courage dans l’esprit […]. » 362

Penser. Critique :

Penser (Critique) (1) : Relever, comparer, apprécier, juger un-e auteur-e en fonction de son ‘œuvre’, de sa vie, de l’histoire…présente certes un intérêt, mais limité.
- En effet la critique en privilégiant l’une ou l’autre d’entre elles, tout à la fois révèle, dévoile un pan de l’analyse, et l’appauvrit l’analyse ; mais l’auteur-e critique apparaît alors tel qu’en elle/lui-même, passionnant-e ou non…

Penser (Critique) (2) : Lorsqu’une pensée critique n’offre plus de prise à la critique telle que conçue par les normes politiques dominantes, le silence est généralement de mise.

Penser (Critique) (3) : Ce sont les incessantes critiques et remises en cause - lesquelles sont le l[m]ot de tous et toutes - du monde tel qu’en l’état, dans organisation, dans ses structures actuelles en qui résident les seules alternatives crédibles de sa reconstruction.
* Ajout. 12 novembre 2019. 1842. Mikhaïl-Michel Bakounine [1814-1876], dans La réaction en Allemagne, auteur de :
« La passion de la destruction est en même temps une passion créatrice. » 363 Traduction de : « Die Lust der Zerstörung ist zugleich eine schaffende lust. »

Penser (Critique) (4) : Avant de critiquer ce qui est, penser à ce qui aurait pu être. Après, c’est bien aussi…

Penser (Critique) (5) : En critiquant une personne de qualités qu’elle n’a pas eu, en lui conférant des défauts qu’elle n’a pas non plus, c’est encore vous - celle qui juge - qui êtes jugée-e…de vos qualités, de vos défauts ; et du reste aussi…

Par ordre alphabétique. Penser. Critique :

Penser (Critique. Bernanos Georges) (1) : (été) 1927. Georges Bernanos [1888-1948], écrit à Marcel Lobet [1907-1992] :
« Ne vous mettez pas en peine de me plaire ou de me déplaire. Dites ce que vous sentez. Je ne vous en aimerai que mieux. » 364

Penser (Critique. D’Alembert) (2) : (8 septembre) 1761. D’Alembert [1717-1783], dans une lettre à Voltaire [1694-1778], lui écrit :
« Dans les endroits où vous critiquez Corneille [1606-1684], il faut que vous ayez si évidemment raison que personne ne puisse être d’un avis contraire.
Dans les autres, il faut ou ne rien dire ou ne parler qu’en doutant. » 365 Sage…

Penser (Critique. Gide André) (3) : (26 août) 1926. André Gide [1869-1951], dans son Journal, écrit :
« Il y a, pour qui consent à bien lire et sans parti pris, la critique du livre dans le livre lui-même, ainsi qu’il sied. » 366 Ce qui est vrai pour la lecture critique d’un livre, l’est bien au-delà : dans la lecture critique du monde, du politique, du patriarcat…

Penser (Critique. Léautaud Paul) (4) : (8 mars) 1929. À la suite de la publication d’un article critique de son livre, Passe-temps, Paul Léautaud [1872-1956] note ses observations (critiques) dans son Journal Littéraire, écrit qu’il en remerciera l’auteur, et conclut :
« Discuter, contredire, rectifier, je ne me donnerai jamais ce sot aspect. » 367

Penser (Critique. Malatesta Errico) (5) : 1931. L’hommage critique d’Errico Malatesta [1853-1932] à Kropotkine [1842-1921] : (sans faire référence à une quelconque analyse féministe) : un modèle d’honnêteté. 368 À lire. (Cf. Justice. Malatesta Errico)

Penser (Critique. Gogol Nicolas) (6) : 1966. Je lis dans la présentation des Âmes Mortes de Nicolas Gogol [1809-1852], dans la publication de ses Œuvres complètes par La Pléiade :
« C’est surtout à partir de ce moment (en 1842, après les critiques de la publication de la première partie des Âmes Mortes) que Gogol, attachant beaucoup de prix à la critique, non seulement comme moyen de connaître ses erreurs et de les critiquer, mais plus encore comme document humain pour servir indirectement à la poursuite de son œuvre, ne cessera de demander à tous ses amis et correspondants de lui communiquer toutes les critiques, surtout les plus malveillantes, qu’ils pourront lire ou entendre : et dans le mince bagage […] qui ne le quittera jamais au cours de ses voyages et finira par constituer toute sa fortune personnelle, sera toujours présent le cahier où il recueille soigneusement les plus sûrs éreintements de ses écrits. » 369
- 1843. 1846. Gogol prolongera, explicitera cette position dans Quatre lettres adressées à différentes personnes à propos des Âmes Mortes. 370

Penser (Critique. MFPF) (7) : 1979. Au terme de la préface du petit livre du Mouvement français pour le planning Familial [M.F.P.F], Apprenons à faire l’amour, il est écrit :
« Plus que partout ailleurs, on apprend et on découvre à tout âge.
Aussi bien ce qui est écrit est le reflet de l’état des auteurs de ce livre, sur le plan de leur propre sexualité ; en avance sur les uns, en retard sur les autres, ils ont leurs limites ; et puisqu’en écrivant, ils apprennent, ils peuvent continuer.
» 371 (Cf. Relations entre êtres humains. Amour. « Faire l’amour »)

Par ordre chronologique. Penser. Critique. Voltaire :

Penser (Critique. Voltaire) (1) : (21 décembre) 1732. Voltaire [1694-1778] dans une lettre adressée à Jean-Baptiste-Nicolas de Formont [1694-1758], après avoir rappelé ces vers de Nicolas Boileau [1636-1711] :
« Tous les jours à la cour, un sot de qualité / Peut juger de travers en toute impunité » [Satires, n° IX, V. v.173 ], revendiquant sa liberté de parole, d’édition, de pensée, poursuit justement sur ce constat :
« Qui ne fait que des critiques générales n’offense personne. » 372 (Cf. Penser. Voltaire)

Penser (Critique. Voltaire) (2) : (9 novembre) 1736. Voltaire [1694-1778] dans une lettre adressée à M. de Mairan [1678-1771] écrit :
« J’ai trop tardé à vous remercier des lumières et du plaisir que je vous dois. Avec quelle netteté vous exposez les raisons de vos adversaires ! Vous les mettez dans toute leur force, pour ne leur laisser aucune ressource lorsque, ensuite vous les détruisez. Vous démêlez toutes les idées, vous les rangez chacune à leur place. […] » 373 (Cf. Penser. Voltaire)

Penser (Critique. Voltaire) (3) : (16 juin) 1773. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à D’Alembert [1717-1783], écrit :
« Je ne connais que Spinoza [Baruch. 1632-1677] qui ait bien raisonné, mais personne ne peut le lire. Ce n’est point par la métaphysique qu’on détrompera les hommes ; il faut prouver la vérité par les faits. Nous avons quantité de bons livres en ce genre depuis environ trente ans, ils font nécessairement beaucoup de bien.
Le progrès de la raison est rapide dans nos cantons ; mais dans votre pays [la France], et dans l’Espagne et dans l’Italie, les gens vous répondent : ‘Nous avons cent mille écus de rentes et des honneurs, nous ne voulons pas les perdre pour vous faire plaisir ; nous sommes de votre avis, mais nous vous ferons brûler à la première occasion pour vous apprendre à dire votre avis’. » 374 (Cf. Penser. Faits. Vérité. Voltaire, Philosophie. Métaphysique. Spinoza Baruch)

Penser (Croire) : (19 octobre) 2022. Henri Vernes [1918-2021], auteur de :
« J’y crois sans y croire, mais c’est tellement beau de croire. » 375

Penser (Croyance. Alain) : Alain [1858-1952], auteur de :
« Croyance : c’est le mot qui désigne toute certitude sans preuve. […] » 376
Mais qui décide de la preuve ? Et sur quels fondements ? Un argument d’autorité ? (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Alain, Justice. Preuve, Langage. Mots)

Penser (D’Alembert) : (12 novembre) 1765. D’Alembert [1717-1783] écrit à Voltaire [1694-1778] :
« Je voudrais bien servir la raison, mais je désire encore plus d’être tranquille. » 377
A le grand mérite de l’honnêteté. (Cf. Philosophie)

Penser (D’eaubonne Françoise) : 2001. Françoise d’Eaubonne [1920-2005], dans Mémoires irréductibles, auteure de :
« Tout est à revoir de A jusqu’à Z. » 378

Penser. Débattre :

Penser (Débattre) (1) : Il est nombre de débats dont la seule issue est de finir en cul-de-sac. (Cf. Politique. Médias)

Penser (Débattre) (2) : La finalité d’un débat n’est pas d’obtenir un consensus.

Penser (Débattre) (3) : Faute, sinon de partage, du moins de clarification des positions des protagonistes du débat, tout débat perpétue la confusion de la pensée.

Penser (Débattre) (4) : Tout débat au terme duquel la clarification des préalables, des présupposés de chacun-e sont a minima interrogés, au mieux remis en cause, est un débat réussi. A fortiori, si, en sus, c’est aussi le cas concernant les projets qui, plus ou moins clairement, sont le fait de chacun-e d’entre nous et structurent nos vies.

Penser (Débattre) (5) : De l’art de diriger un débat, lui-même préalablement politiquement décidé : une fois les participant-es au débat sélectionné-es, par une personne elle-même - il ne faut pas l’oublier - préalablement savamment choisie, il faut pouvoir / savoir l’orienter d’un bout à l’autre. Pour cela, il faut - si et quand nécessaire - relever tel ou tel point, reformuler telle ou telle expression, glisser, esquiver, oublier, flatter, provoquer, reprendre la main et in fine, savoir, si possible discrètement, couper la parole lorsque se présente l’éventualité d’une dérive jugée inappropriée, d’un politisation considérée comme indue, d’une radicalisation possible de l’analyse. (Cf. Politique. Médias)

Penser. Déconstruire :

Penser (Déconstruire) (1) : Dans le processus de déconstruction, il y a nécessairement un projet de destruction en cours aux fins - conscients ou non - de reconstruction. Créer un nouveau chaos ne doit pas être une hypothèse exclue.

Penser (Déconstruire) (2) : Toute déconstruction de la pensée est porteuse d’une reconstruction du monde, y compris dans la volonté d’en détruire, sans autre finalité, les fondements. (Cf. Politique)

Penser (Déconstruire) (3) : Dans l’hypothèse d’une déconstruction qui ne soit pas seulement une décomposition, dans le cadre d’un projet d’une reconstruction, le problème est alors de connaître les finalités qui lui sont assignée, à savoir comment et pourquoi penser les éléments d’une autre pensée du monde, d’un autre monde.

Penser (Déconstruire) (4) : Déconstruire, alors, impliquant nécessairement de ne pas prendre acquis ce qui est supposé rester en l’état, nécessite de s’interroger sur les présupposés des distinctions, des hiérarchies telles qu’agencées entre elles depuis des siècles, puis de tâcher de les recomposer sur d’autres fondements, les siens.
C’est donc une méthode de pensée - et non pas une philosophie - utilisable par tous et toutes : aucune conclusion univoque ne peut donc en être déduite.

Penser (Déconstruire) (5) : Attention ! Déconstruire, c’est aussi créer le chaos, provoquer une régression, légitimer le néant… Certains, aux intérêts divers, contradictoires, s’y emploient.

Par ordre chronologique. Penser. Déconstruire :

Penser (Déconstruire ») (1) : (25 janvier) et (5 février) 1765. Voltaire [1694-1778] écrit à D’Alembert [1717-1783] :
- « Vous voilà en train de détruire ; amusez-vous à détruire successivement toutes nos sottises Welches ; un destructeur tel que vous sera un fondateur de la raison. »
- « Détruisez, détruisez, mon cher philosophe ; vous servirez l’État et la philosophie. » 379

Penser (Déconstruire ») (2) : (25 mai) 2003. Dominique de Villepin, rendant, à l’université hébraïque de Jérusalem, hommage à Jacques Derrida [1930-2019] après avoir cité le terme de « déconstruction » évoque notamment « […] une pensée qui se forme à l’épreuve de son objet. [...] ». Si cette appréciation peut être considérée comme propre à toute pensée, elle est - concernant l’emploi de ce terme - celle dans laquelle je me sens le plus à l’aise. (Cf. Penser. « Déconstruire », Économie. « Déconstruction »)
N.B. À la relecture, je me demande si cette phrase n’est pas une simple tautologie.

Penser (Déni) : Le déni : une amputation de la pensée ; une béquille de l’être. (Cf. Pensée. Déni)

Penser. Désapprendre :

Penser (Désapprendre) (1) : 1862. Fédor Dostoïevski [1821-1881], dans Souvenirs de la maison des morts, auteur de :
« Ce qu’il faut, c’est désapprendre tout. Et, là, ça prend du temps. » 380
Juste. Et une vie n’y suffit jamais. (Cf. Penser. Temps)

Penser (Désapprendre) (2) : 1907. Georges Sorel [1847-1922], dans son Introduction à ses Réflexions sur la violence, auteur de :
« Pendant vingt ans, j’ai travaillé à me délivrer de ce que j’avais retenu de mon éducation : j’ai promené ma curiosité à travers les livres, moins pour apprendre que pour nettoyer ma mémoire des idées qu’on lui avait imposées.
Depuis une quinzaine d’années, je travaille vraiment à apprendre ; mais je n’ai point trouvé de gens pour m’enseigner ce que je voulais savoir : il m’a fallu être mon propre maître et, en quelque sorte, faire la classe pour moi-même. […] » 381 (Cf. Pensée. Effort. Sorel George)

Penser (D’Holbach Paul Thiry) : 1769. Paul Thiry d’Holbach [1723-1789], dans l’Essai sur les préjugés, auteur de :
« Les hommes ne sont dans le doute que parce qu’on les empêche de faire des expériences, ou parce que ceux qui les instruisent n’osent point en faire eux-mêmes et craignent de leur dire la vérité. » 382 (Cf. Penser. Pensée. Préjugé, Vérité)

Penser. Dialogue :

Penser (Dialogue) (1) : Cf. Dialogue.

Penser (Dialogue) (2) : Dialoguer avec une personne avec laquelle il n’y a pas d’accord, sans renoncer à ses propres analyses - en excluant donc toute recherche de consensus, toute esquive, tout contournement de la pensée… - pour avancer de concert, est un processus extrêmement difficile. Est-ce même possible ? Si oui, à quelles conditions ? Poser a minima comme préalable un cadre unique de référence ? Voire une finalité commune ?

Penser. Dickens Charles :

Penser (Dickens Charles) (1) : 1850. Charles Dickens [1812-1870], dans David Copperfield, auteur de : « Vous m’aviez si bien habitué à vous laisser penser pour moi dans le bon vieux temps ; je venais si naturellement m’inspirer de vos conseils et chercher votre aide, que je crains vraiment de n’avoir pas su acquérir cette faculté dont je n’avais pas besoin près de vous. » 383

Penser (Dickens Charles) (2) : 1850. Charles Dickens [1812-1870], dans David Copperfield, auteur de : « J’avais vu la récolte, mais je n’avais jamais pensé aux semailles. » 384

Penser (Diderot Denis) : (24 mai) 1770. Denis Diderot [1713- 1784] écrit à son frère l’abbé Diderot [1722-1787] : « Écoutez bien ce que je vais vous dire. Je n’ai point et je n’eus jamais la folie du prosélytisme. Je pense pour moi et je pense pour moi seul. Je laisse les autres dans leurs sentiments. » 385 (Cf. Penser. Liberté)

Penser (Doctrine) : Les doctrines aident à penser mais tuent la pensée.

Penser (Domination) : À contraintes données – concrètement, sans prise en compte des rapports domination - tout est justifiable, rien n’est valide.

Penser. Douter :

Penser (Douter) (1) : La recherche de l’absolu évite les doutes.

Penser (Douter) (2) : Faut-il croire préalablement à l’existence de la - d’une - vérité, pour que le doute - l’idée même de doute - soit possible ?

Penser (Douter) (3) : Après le fondamental : « Douter de tout » de Descartes [1596-1650] : critiquer tout ? Enfin, si possible….

Par ordre chronologique. Penser. Douter :

Penser (Douter) (1) : (28 novembre) 1770. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Frédéric II de Prusse [1712-1786] , auteur de :
« Le doute n’est pas un état bien agréable, mais l’assurance est un état ridicule. » 386

Penser (Douter) (2) : (19 janvier) 1776. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Jean-Sylvain Bailly [1736-1793], auteur de :
« Le doute sert à raffermir la foi. » 387

Penser (Douter) (3) : (27-28 février) 1933. Adolphe Hitler [1899-1945], après l’incendie du Reichstag, auteur de : « Si les communistes sont coupables, ce dont je ne doute pas, alors que Dieu leur vienne en aide. » 388 Le lendemain, les rafles, arrestations, déportations, interdictions multiples à l’initiative des nazis - les auteurs / exploiteurs de l’incendie - commencèrent sur une grande échelle en Allemagne.
N.B. Je lis sur Wikipédia, une autre formulation : « C’est un signe de Dieu. Si ce feu est comme je le crois, l’œuvre des communistes, nous devons écraser cette peste meurtrière d’une main de fer. »

Penser (Douter) (4) : 1989. Jules Roy [1907-2000], dans Mémoires barbares, auteur de :
« Il feignait de douter de lui pour mieux s’obstiner dans son idée de lui-même. » 389 (Cf. Êtres humains. Soi)

Penser (Du Deffand Madame) : (3 août) 1774. Madame du Deffand [1697-1780], dans une lettre adressée à Voltaire [1694-1778] lui écrit :
« Je suis désolée d’être vieille non pas assurément que je regrette de ne pouvoir pas être longtemps témoin de tout ce que je blâme, mais parce que je n’ai plus la vivacité et la force qu’il me faudrait pour vous peindre avec énergie toute mon indignation. » 390 (Cf. Femmes. Âgées, Penser. Indignation)

Penser (Écrit) : Tout écrit est dépassé dès lors qu’il l’est.

Par ordre chronologique. Penser. Eliot George :

Penser (Eliot George) (1) : 1860. George Eliot [1819-1880], dans Le moulin sur la Floss, auteure de :
« […] Car rien n’est plus gravement trompeur que la sagacité lorsqu’elle se trouve sur une fausse piste ; et la sagacité, convaincue que les hommes parlent et agissent selon des mobiles bien définis, visant un but consciemment choisi, est sûre de gaspiller son énergie à la poursuite d’une proie imaginaire. » 391

Penser (Eliot George) (2) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de :
« Felix poursuivit son chemin dans la pénombre en affrontant les complexités de la vie, qui seraient assurément bien simplifiées si les pratiques corrompues étaient invariablement la marque d’opinions erronées. » 392 (Cf. Êtres humains, Penser. Opinion)

Penser (Eliot George) (3) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« Il y a beaucoup de choses justes que seuls observent les esprits les plus ordinaires. » 393 (Cf. notamment Philosophie)

Penser (Eliot George) (4) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« Il faut avoir l’esprit bien étroit pour ne pas envisager un sujet de plusieurs points de vue. » 394

Penser (Eliot George) (5) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« Mary aimait la compagnie de ses propres pensées. » 395

Penser (Eliot George) (6) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« Nous nous trouvons tous humiliés par la découverte soudaine d’un fait qui existait en toute tranquillité et s’exhibait peut-être discrètement à nos regards alors que nous bâtissons tout notre univers sans en tenir le moindre compte. » 396 Quelle lucide et sage intelligence… (Cf. Penser. Intelligence)

Penser (Emerson Ralph Waldo) : 1929. Lu dans un livre de M. Dugard, Ralph Waldo Emerson. Sa vie et son œuvre [1803-1882] :
« ‘Il n’y a pas de pont qui puisse aller d’un esprit qui est dans un état à un esprit qui est dans un autre’. Si en montrant la vérité, telle qu’il la voit, le penseur n’a pu communiquer aux autres sa conviction, le raisonnement ne réussira pas d’avantage.
Dans le besoin d’être compris sur l’heure et personnellement, Emerson voyait d’abord une marque d’incrédulité et d’égoïsme. Nous devons nous borner à parler selon la vérité et avoir assez de foi en son évidence pour croire qu’elle fera son chemin sans nous, en se prouvant d’elle-même. Aussi se refusa-t-il toujours à la discussion de ses idées…
[…] » 397 (Cf. Relations entre êtres humains, Penser. Pensée. Vérité)

Penser (Enquêtes) : « Toutes les enquêtes démontrent que … » : dernier - ou premier - argument de celui / celle qui n’en a pas, ou qui n’en n’a plus…

Penser (Équivoques) : (27 février) 2021. Entendu : « Il maintient les équivoques pour survivre ». Vaut justification ?

Penser. Erreur :

Penser (Erreur) (1) : Invoquer une « erreur » dans un monde injuste, c’est le cautionner. (Cf. Politique)

Penser (Erreur) (2) : Il n’est pas si difficile que cela de récuser ce que l’on a vanté, - certes un peu plus de critiquer ce que l’on a adoré et, un peu plus encore, de dénoncer ce à quoi l’on a pris part - : il suffit de reconnaitre son erreur.
Et d’expliquer pourquoi ; c’est cela qui manque le plus souvent. (Cf. Penser. Expliquer)

Par ordre chronologique. Penser. Erreur :

Penser (Erreur) (1) : (8 décembre) 1924. André Gide [1869-1951] écrit dans son Journal :
« Je lis dans les lettres de Diderot [1713-1784] à Falconet 1716-1791] : ‘… On doit quelquefois plus à une erreur singulière qu’à une vérité commune’ (p.166). » 398 Souvent expérimenté…

Penser (« Est-ce qu’il / elle croit à ce qu’il / elle dit ou est-il / elle de mauvaise foi ? ») : Question à la fois absurde, car elle supposerait la capacité de penser à la place d’un-e autre et égotiste, car elle supposerait que chacun-e se pose en tant que norme, comme juste référent politique.
* Ajout. 7 septembre 2022. 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoire d’Outre-tombe, auteur de : « Napoléon qui croit toujours ce qu’il désire… » 399
N.B. Il n’est pas vraiment le seul…

Penser (« Esprits faibles ») : (1er juin) 1997. Maurice Nadeau [1911-2013], dans la Quinzaine littéraire auteur de :
« Je ne nie pas l’existence d’esprits faibles, ils sont légion, mais comme disait Sade [1740-1830] : ‘Je ne m’adresse qu’à des gens capables de m’entendre ; ceux-là me liront sans danger.’ » 400
Mépris des ‘autres’ et irresponsabilité des écrivains conjuguées… (Cf. Culture, Hommes. Modestes, Violences. Sade)

Penser (Étapes) : Découvrir, comprendre, dévoiler, dénoncer, analyser et in fine ne retenir que ce qui, dans chez les autres, en soi, dans le monde est refusé : première étape de la pensée. Ce qui déstabilise l’analyse est la seconde étape. Les lier ensemble…d’emblée, est-ce possible ? pensable ? Mais, surtout, comment éviter la sclérose de la première étape. (Cf. Féminisme)

Penser (État) : 1983. Je lis dans les Mémoires de Raymond Aron [1905-1983] :
« Si la politique d’Alain [1868-1951] me tentait, c’est qu’elle m’épargnait la peine de connaître la réalité, d’imaginer à la place des dirigeants une solution aux problèmes posés. […]
[J’étais] toujours enclin à me demander : qu’est-ce que je pourrais faire à la place de celui qui gouverne ? » 401
- Se mettre « à la place de celui qui gouverne », c’est s’identifier à l’État, c’est nier ses capacités cognitives ; c’est se nier soi-même. (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Alain, Aron Raymond, Féminisme. d’État, Politique. État)
* Ajout. 30 juillet 2016. Je lis plus loin (p.136), à l’appui d’une critiques des « penseurs » :
« Il est facile de penser le politique, mais à une condition : en discerner les règles et s’y soumettre. […] » Le « et » dit beaucoup de la pensée politique de Raymond Aron ; et, sinon, en grande partie l’invalide, du moins en dévoile une grille de lecture majeure. (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Aron Raymond, Langage. Conjonction, Penser. Grille de lecture, Politique)

Penser. Expert-es :

Penser (Expert-es) (1) : Les expert-es étouffent la pensée, musellent l’imaginaire et accoutument à l’irresponsabilité. (Cf. Penser. Pensée. Expertise)

Penser (Expert-es) (2) : Plus grave, en réalité d’une autre nature, accepter le qualificatif d’expert-e - ‘compétent-e’ ou non, de ‘gauche’ ou de ‘droite’- c’est accepter de parler à la place de, au-dessus de, et de ce fait, nécessairement nier les vies, les expériences vécues. (Cf. Politique)

Par ordre chronologique. Penser. Expert-es :

Penser (Expert-es) (1) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, rapportant un débat ayant eu lieu en 1812 entre nobles russes [concernant la stratégie devant être prise concernant Moscou menacée par Napoléon] évoqua « le ton net et calme d’un homme expert en discussions ». 402 (Cf. Hommes, Femmes, Journalistes, Politique. Démocratie. Expertes-)

Penser (Expert-es) (2) : 1958. Doris Lessing [1919-2013], dans La cité promise. Les enfants de la violence (3), auteure de :
« Bon, d’accord, un expert différent pour chaque catégorie de question. Mais il s’agit toujours de la même question. » 403

Penser (Expert-es) (3) : (avril) 1991. Jean-Michel Belorgey, auteur de : « Il faut être un peu expert, ou alors on est un imposteur. » 404 (Cf. Politique. Expertise)

Penser (Expert-es) (4) : (27 mai) 2022. André Laurens dans son cours, ce jour, au collège de France donne sa définition de l’expert : « celui qui s’exprime en public et à qui on ne reproche pas d’avoir tort. » Enfin, disons… tant qu’il n’est pas formellement démenti. Entre temps, il aura fait gagner du temps à ceux et celles qui lui confèrent d’emblée ce pouvoir - souvent proche de la pythie - en contribuant à figer ‘encore un moment’ les nécessaires changements politiques.

Penser (Exceptionnel) : Distinguer l’exceptionnel qui révèle de celui qui dérange ; et s’interroger sur les raisons qui décideraient de privilégier l’un ou l’autre.

Penser. Expliquer :

Penser (Expliquer) (1) : 1910. Charles Péguy [1873-1914] dans Notre jeunesse, auteur de :
« Des explications, toute notre éduction, toute notre formation intellectuelle, universitaire, scolaire nous a tellement appris à en donner, à en faire, des explications et des explications, que nous en sommes saturés. » 405

Penser (Expliquer) (2) : 1936. Entendu dans le film Jenny [Marcel Carné. Jacques Prévert] :
« À quoi bon expliquer les choses, ça complique tout. »

Penser. Faits :

Penser (Faits) (1) : Des limites du fact checking : les faits n’existent que via les systèmes de représentation qui seuls leur donnent leur sens, lesquels par ailleurs n’ont qu’un rapport - à [dé]construire - avec ce qui est nommé « le réel », lequel lui-même n’existe que par la pensée qui lui est conféré.
- Avec les - seuls - faits, dans le domaine de la pensée, on ne fait rien. Vrai aussi pour les « sciences» sociales. (Cf. Langage. Mots. Critique de : « Fait », « Sciences » sociales)

Par ordre chronologique. Penser. Faits :

Penser (Faits) (1) : 1649. Lu, dans La conjuration du comte Jean Louis de Fiesque du cardinal de Retz [1613-1679], la prise de position au parlement de Gondi, archevêque de Paris [1584-1654], oncle du cardinal de Retz :
« Il n’y a que les âmes basses et sans courage qui peuvent se résoudre à accepter les faits. » Une vraie analyse politique ; une vraie hauteur de vue. Méprisante ? 406 (Cf. Politique. Réalité)

Penser (Faits) (2) : 1753. Denis Diderot [1713-1784], dans Pensées sur l’interprétation de la nature, auteur de :
- « Il ne faut qu’un coup de vent, qu’un fait léger, pour renverser toute une forêt d’arbres et d’idées. »
- « L’indépendance absolue d’un seul fait est incompatible avec l’idée d’un tout. Et sans l’idée de tout, pas de philosophie. » Et même de beaucoup… 407 (Cf. Penser. Idées, Philosophie)

Penser (Faits) (3) : 1755. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, auteur de :
« Commençons donc par écarter tous les faits, car ils ne touchent point à la question. Il ne faut pas prendre les recherches, dans lesquelles on peut entrer sur ce sujet, pour des vérités historiques, mais seulement pour des raisonnements hypothétiques et conditionnels; plus propres à éclaircir la nature des choses qu'à en montrer la véritable origine, et semblables à ceux que font tous les jours nos physiciens sur la formation du monde. » 408

Penser (Faits) (4) : (17 août) 1789. Mirabeau [1749-1791], dans son Discours concernant la Déclaration des droits de l’homme, dont « vingt projets » ont été présentés, évoque la difficulté de « les fondre ensemble pour en extraire un résultat utile à la masse générale d’un peuple préparé à la liberté par l’impression des faits, et non par des raisonnements. » Et il poursuit :
« Cependant, Messieurs, il a fallu vous obéir : heureusement, nous étions éclairés par les réflexions de cette Assemblée sur l’esprit d’un tel travail. Nous avons cherché cette forme populaire qui rappelle au peuple non ce qu’on a étudié dans les livres ou dans les méditations abstraites, mais ce qu’il a lui-même éprouvé ; en sorte que la déclaration des droits, dont une association politique ne doit jamais s’écarter, soit plutôt le langage qu’il tiendrait s’il avait l’habitude d’exprimer ses idées, qu’une science qu’on se propose de lui enseigner.
Cette différence, messieurs, est capitale ; et comme la liberté ne fut jamais le fruit d’une doctrine travaillée en déduction philosophiques mais de l’expérience de tous les jours et des raisonnement simples que les faits excitent, il s’ensuit que nous serons mieux entendus à proportion que nous nous rapprocherons d’avantage de ces raisonnement. […] » 409
Sans être dupe du probable mépris du « peuple », auquel Mirabeau se réfère ici, ni de l’utilisation politique conjoncturelle de ce raisonnement qu’il en escompte, son analyse, dans sa part indubitable de justesse, ne cesse de m’interroger.
Et si Le siècle des lumières, dont la révolution française aurait été au moins partiellement l‘incarnation, avait certes procédé à une indiscutable maturation de la pensée politique, mais avait aussi, de par la maitrise du langage politique que les intellectuels possédaient quasiment seuls, le moyen concomitant de déposséder le peuple de sa propre analyse, fondée elle plus sur l’analyse des « faits » que sur les « raisonnements » censés les interpréter ?
Et si cette lecture de l’histoire, aux innombrables conséquences, n’était pas toujours la nôtre ? (À prolonger) (Cf. Droits de l’homme, Hommes. « Intellectuels », Penser. Obéir, Politique, Patriarcat, Politique. Peuple, « Sciences » sociales)

Penser (Faits) (5) : 1863. Ernest Renan [1823-1892], dans sa Vie de Jésus, auteur de :
« Quand nous avons deux récits d’un même fait, il est extrêmement rare que les deux récits soient d’accord. N’est-ce pas une raison, quand on n’en a qu’un seul, de concevoir bien des perplexités ? On peut dire que parmi les anecdotes, les discours, les mots célèbres rapportés par les historiens, il n’y en a pas un de rigoureusement authentique. Y avait-il des sténographes pour fixer ces paroles rapides ? Y avait-il un annaliste toujours présent pour noter les gestes, les allures, les sentiments des acteurs ? Qu’on essaye d’arriver au vrai sur la manière dont s’est passé tel ou tel fait contemporain ; on n’y réussira pas. Deux récits d’un même évènement faits par des témoins oculaires diffèrent essentiellement.
Faut-il pour cela renoncer à toute la couleur des récits et se borner à l’énoncé des faits d’ensemble ?
Ce serait supprimer l’histoire. » 410 (Cf. Histoire)

Penser (Faits) (6) : 1939. Simone Weil [1909-1943], dans un « Fragment » de texte, après avoir considéré que « l’essence » de « l’humiliation », c’est « l’abaissement de la pensée devant la puissance du fait », poursuit :
« Quand il s’agit d’un fait humain, on ne peut se consoler. On éprouve que les hommes ont le pouvoir, s’ils le veulent, d’arracher nos pensées aux objets auxquels nous les appliquions, et de les amener, non pas quelques-unes, mais toutes, non pas par intervalles, mais continuellement, à quelque obsession que nous n’avons pas choisie.
La puissance du fait est telle ; elle n’est pas moindre.
Elle se soumet toutes nos pensées, et quand elle n’en change pas le contenu, elle en change la couleur. » 411

Penser (Faits) (7) : (24 octobre) 2018. Relevé par Le Canard enchaîné : Après avoir évoqué la nécessité pour les député-es de LaREM [La république en marche] de « faire la pédagogie de leur vote », la députée de l’Isère, Cendra Motin, a eu ce mot magnifique : ‘On demande aux gens de nous croire sur parole. Or, ils ne croient que les actes…’». 412 (Cf. Langage. Mots, Politique)

Penser (« Fantasmes ») : Évoquer un « fantasme » sans s’interroger sur les fondements du terme et sur la part de réel que nécessairement il implique ou cache, c’est conforter le statu quo. Nécessairement conservateur donc, et le plus souvent réactionnaire.
* Ajout. 8 août 2018. Très insuffisant : évoquer un « fantasme », c’est cautionner ce terme et ce qu’il charrie de normes psychanalytiques, si souvent meurtrières. (Poursuivre) (Cf. Psychanalyse. Violences. Violences à l’encontre des femmes. « Fantasmes »)

Penser. Femmes :

Penser (Femmes) : Que les femmes pensent par elles-mêmes, seules, en faisant confiance en leurs intelligences, leurs sensibilités, leurs intuitions, leurs multiples connaissances de la vie, au lieu de penser le monde à travers le prisme des analyses féministes, et la pensée féministe aura fait un immense pas en avant…
- (1er octobre) 1805 Écrit après avoir lu Stendhal, qui écrit à sa sœur Pauline, après avoir vanté Saint-Simon, Duclos, Chamfort, Marmontel, Voltaire :
« Les hommes ont examiné, au lieu de croire pieusement les livres de ceux qui avaient examiné. » 413 (Cf. Féminisme)

Par ordre alphabétique. Penser. Femmes :

Penser (Femmes. Bloy Léon) : (31 octobre) 1889. Lettre de Léon Bloy [1946-1917] à sa fiancée. [Il a 43 ans] :
« Le défaut, l’unique défaut peut-être de ton éducation est d’avoir mis en toi une confiance trop grande dans les spéculations de l’esprit, et je t’avoue que cela m’inquiète et m’attriste parfois quand j’y pense. Je voudrais que tu vécusses beaucoup plus par le cœur que par la pensée, parce que c’est ainsi que j’ai toujours fait et qu’alors nous serons plus unis. […]
Chère amie de mon cœur, tu répètes les leçons de ton enfance et tu ne sais pas ce que tu dis. Si tu le savais, je serais percé de désespoir et forcé de renoncer à toi. » 414 (Cf. Hommes. Grossiers, Féminisme. Antiféminisme, Patriarcat)

Penser. Femmes. Eliot George :

Penser (Femmes. Eliot George) (1) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Felix Holt, le radical, auteure de :
« Mère, dit Harold, sans colère, sans élever la voix, mais d’un ton vif, agacé, comme s’il fallait mettre un terme à cette scène aussi vite que possible, ‘il est naturel que vous pensiez ainsi. Les femmes, comme il se doit, ne changent pas leur façon de voir, mais s’en tiennent aux idées dans lesquelles elles ont été élevées. Peu importe ce qu’elles pensent… On ne leur demande pas de juger ou d’agir. […] » 415 (Cf. Patriarcat)

Penser (Femmes. Eliot George) (2) : 1871-1872. George Eliot [1819-1880], dans Middlemarch, auteure de :
« On attendait des femmes qu’elles eussent des opinions modérées ; mais la meilleure sauvegarde de la société et de la vie domestique, c’était le fait qu’on agissait pas conformément à ses opinions. » Pensée fondamentale, laquelle ne concerne pas ‘que’ les femmes et juge si souvent ce que l’on nomme « la pensée » … 416 (Cf. Penser. Opinion)

Penser (Femmes. Journal général de la littérature Française) : 1960. Dans la critique faite au Lélia [1833] de George Sand [1804-1876] par un critique du Journal général de la littérature française, on lit notamment :
« [Ce livre] ne plaira peut être point au femmes ni au commun des lecteurs, mais à tous ceux qui ont l’habitude de penser et de réfléchir. »
- Il faut noter que cette analyse [reproduite dans l’édition de 1960 de Lélia], sans ambiguïté quant à l’exclusion des femmes de la pensée et de la réflexion, ne fut pas relevée par M. Reboul, qui a « établi, présenté, et annoté » Lélia pour les Classiques Garnier [réédité en 2003 par Folio. Classique] ; il se contenta de juger la critique du livre par le Journal général de la Littérature française comme - simplement - manifestant « plus de réserve » le concernant que la précédente citée par lui. 417 (Cf. Culture, Patriarcat. Permanence, Penser. Idées. Roman)

Penser (Femmes. Peters Otto Louise) : 1848. Louise Otto Peters [1819-1895], auteure de :
« […] Les femmes se verront oubliées si elles cessent de penser à elles-mêmes. » 418 Et donc si elles cessent de penser. (Cf. Femmes, Féminisme, Patriarcat)

Penser (Femmes. Staël Germaine de) : 1814. Germaine de Staël [1766-1817], dans sa seconde préface aux Lettres sur les écrits et le caractère de J.-J. Rousseau [1712-1778], auteure de :
« Tout marche vers le déclin dans la destinée des femmes, excepté la pensée, dont la nature immortelle est de s’élever toujours. » 419

Penser (Fin) : Les moyens sans la fin la cautionne.

Penser (Finkielkraut Alain) : (14 novembre) 2020. Alain Finkielkraut sur France Culture, auteur de :
« […] Tout le monde constate que ce n’est pas vrai. » 420 (Cf. Hommes. « Intellectuels », Penser. Pensée. Autoritaire, Vérité)

Penser (Flaubert Gustave) : (11 décembre) 1846. Gustave Flaubert [1821-1880] écrit à Louise Colet [1810-1876] : « Quand on observe avec un peu d’attention la vie, on y voit les cèdres moins hauts et les roseaux plus grands. » 421

Penser (Fond / Forme) : (5 juillet) 2021. Au terme du discours d’Éric Zemmour à Villepinte, il fut d’emblée demandé aux journalistes en plateau - je pense notamment à L.C.I - de donner leur « première impression » et pour cela de « séparer le forme du fond », ce à quoi ils / elles se sont immédiatement pliés. Dès lors les fondements fascistes - qui m’étaient immédiatement apparus comme structurants son discours étaient - dans l’hypothèse où ils auraient été évoqués, ce qui ne fut pas le cas soit - soit considérés comme comparables, voire de même nature que l’agencement, l’organisation matérielle du meeting. Mais, en sus, les liens entre eux n’étaient pas non plus conjointement pensables. (Cf. Droit. Fond / Forme)

Penser (Foucault Michel) : 1984. Michel Foucault [1926-1984], dans Dits et écrits, auteur de : « Travailler, c’est entreprendre de penser autre chose que ce qu’on pensait avant. » 422 Banal ? Absurde ?

Penser (Futur du monde. Friedman Milton) : 1982. Milton Friedman [1912-2006], dans Le capitalisme et la liberté, auteur de :
« Seule une crise - réelle ou ressentie - produit de véritables changements. Quand cette crise intervient, les actions entreprises dépendent des idées présentes alentour. C’est là, je pense, notre fonction essentielle : développer des alternatives aux politiques existantes, les maintenir vivantes et disponibles jusqu’à ce que le politiquement impossible devienne politiquement inévitable. » 423
Réhabilite l’optimisme politique ; rien n’empêche en effet que l’analyse de Milton Friedman a utilisée avec les dramatiques « succès » que l’on connait de s’appliquer dans un tout autre contexte avec de tous autres projets.
* Ajout. 24 janvier 2021. Abstrait ? Idéaliste ? Faux ? (Cf. Histoire. Révolution Française. Bastille. Prise de la, Économie. Friedman Milton)
* Ajout. 21 novembre 2022. Non. L’histoire évolue, ruptures incluses, ainsi.

Penser (Gibran Khalil) : 1923. Khalil Gibran [1883-1931], dans Le prophète, auteur de :
« Personne ne peut vous révéler autre chose que ce qui repose déjà, à moitié endormi, dans le commencement de votre savoir. » 424

Penser (Gide André) : (19 juillet) 1932. André Gide [1869-1951], dans son Journal, écrivait justement :
« Et je n’ai pas besoin de ne pas être moi-même un rentier pour juger un système social qui crée et protège les rentiers, pour le juger très déplorable. » 425
Analyse appliquée à ce constat, imparable ; à ceci près que d’autres plus critiques ne se seraient pas limité-es à la seule critique des « rentiers » et auraient sans doute employé un autre verbe que « déplorer ». (Cf. Femmes. Conscience de classe, Penser. Juger)

Penser. « Gilets jaunes » :

Penser (« Gilets jaunes ») (1) : La force de la pensée et des revendications des « Gilets jaunes » n’est-elle pas une forte illustration de l’idée selon laquelle c’est sinon l’extérieur d’un système, du moins à sa frontière - être tout à la fois à l’intérieur pour en comprendre le monde de fonctionnement et à l’extérieur pour appréhender la cohérence qui vous en exclue - que celui-ci peut être le plus efficacement compris et combattu ?
A l’opposé des supposées « minorités ». (Cf. Politique. « Gilets jaunes », Économie « Gilets jaunes »)

Penser (« Gilets jaunes ») (2) : 2019. Un slogan :
« On pense, donc on ne vous suit plus. » (Cf. Politique. « Gilets jaunes »)

Penser (« Gilets jaunes ») (3) : (30 janvier) 2019. Un « gilet jaune » de Commercy, auteur de : « Nous, on mise sur l’intelligence collective ». 426 (Cf. Penser. Intelligence, Politique. « Gilets jaunes »)

Penser (« Gilets jaunes ») (4) : (14 février) 2019. Un « gilet jaune » à la Maison du peuple de Saint-Nazaire :
« Ici mon cerveau s’est remis à fonctionner ». 427 (Cf. Êtres humains. Cerveaux, Politique. Démocratie. Peuple. « Gilets jaunes »)

Penser (« Gilets jaunes ») (5) : (26 mars) 2019. En lisant dans l’autobiographie d’Arthur Miller [1915-2005], Au fil du temps, cette phrase : « Avec mon irrésistible tendance à idéaliser tout ce qui défiait le système », j’ai ressenti que j’étais personnellement fort concernée par son analyse concernant [notamment] ma perception des « Gilets jaunes ». 428 (Cf. Politique. « Gilets jaunes »)

Penser (« Gilets jaunes ») (6) : (11 avril) 2019. Une femme « Gilet jaune » à l’Assemblée générale des Gilets jaunes à Saint Nazaire :
« […] Petit à petit, je suis entrée dans la réflexion. » ; un homme :
« Ici, il n’y a que des gens qui réfléchissent ». 429 (Cf. Politique. « Gilets jaunes »)

Penser (Girard André) : 1894-1899. André Girard [1860-1942], dans - ce qui sera présenté comme son - Dictionnaire de l’anarchie [2021], auteur de :
« Le plus grand service à rendre à l’humanité, c’est de lever le voile qu’obstinément on maintient sur ses yeux et de lui montrer quelles piètres idoles on lui apprend à adorer, et la pauvreté des arguments en vertu desquels on prétend lui imposer le respect. » 430 (Cf. Histoire. Girard André)

Penser (Gogol Nicolas) : (29 mars) 1842. Nicolas Gogol [1809-1852], dans une lettre à Piotr Pletniov [1792-1866], auteur de :
« Il est dans ma nature de ne pouvoir me représenter vivant le monde qu’à considération de pouvoir m’éloigner de lui. Voilà pourquoi c’est seulement à Rome que je suis capable d’écrire sur la Russie. […] Ici, je n’ai pas d’horizon ouvert devant moi. » 431

Penser (Gorbatchev Mikhaïl ) : 1997. Mikhaïl Gorbatchev [1931-2022], dans ses Mémoires, auteur de : « Tant que je n’ai pas saisi la logique interne d’un sujet, il m’est impossible de le traiter. » 432
Mais nous n’en sommes pas moins, tous et toutes, lui sans doute au premier chef, dépassé-es par l’histoire mise en mouvement… sans logique interne… (Cf. Histoire)

Penser (Gramsci Antonio) : 1924. Lors du procès intenté à Antonio Gramsci [1891-1937] sur ordre de Mussolini [1883-1945], le procureur déclara :
« Nous devons empêcher ce cerveau de fonctionner pendant 20 ans. » 433
Antonio Gramsci fut condamné à 20 ans de prison et ne fut libéré qu’en 1937. Trois jours après, il mourut. (Cf. Êtres humains. Cerveaux, Justice. Preuve. Procès, Penser. Pensée. Vérité. Gramsci Antonio)

Penser (Grille de lecture) : Une grille de lecture ne peut devenir une lecture du monde.

Penser (Historicité) : Aucun système de domination n’est éternel : ni le capitalisme, ni le colonialisme, ni le nationalisme, ni l’apartheid, ni donc le patriarcat….
Il s’agit moins de rappeler une évidence que de se rappeler de ne pas l’oublier… (Cf. Politique. Colonialisme. Nationalisme, Patriarcat, Histoire)

Penser (Historien-ne) : On demande souvent à une historien-ne d’éclairer de ses connaissances le présent, quand ce n’est pas l’avenir… Que celles-ci puissent être simplement prolongées ne semble pas être une hypothèse prise en compte… (Cf. Histoire)

Penser (Hossein Robert) : (15 janvier) 2022. Robert Hossein [1927-2020], auteur de :
« Ce qu’il ne faut pas faire : refaire ce qu d’autres ont mal fait. » 434

Penser. Hugo Victor :

Penser (Hugo Victor) (1) : 1864. Victor Hugo [1802-1885], dans William Shakespeare, auteur de : « Il est temps que les hommes de l’action prennent leur place derrière et les hommes de l’idée devant. Le sommet, c’est la tête. Où est la pensée, là est la puissance. Il est temps que les génies passent devant les héros. [...]
Qu’est l’invasion des royaumes comparée à l’ouverture des intelligences ? […] Celui par qui l’on pense, voilà le vrai conquérant. […] » 435 (Cf. Penser. Intelligence)

Penser (Hugo Victor) (2) : 1869. Victor Hugo [1802-1885], à son éditeur, concernant l’insuccès de L’homme qui rit, auteur de :
« […] J’ai voulu forcer le lecteur à penser à chaque ligne. De là, une sorte de colère du public contre moi. » 436
N.B. La qualité du livre s’en est ressentie…
* Ajout. 2 novembre 2022. Henri Pourrat [1901-1971] qualifie ce livre d’« admirable et puéril ». 437

Penser (Hugo Victor) (3) : 1874. Victor Hugo [1802-1885], dans Quatre-Vingt-treize, auteur de : « À toute idée, il faut une enveloppe visible, à tout principe, il faut une habitation ; […] à tout dogme, il faut un temple. » 438 (Cf. Penser. Idées. Principe)

Penser (Humanisme) : (26 juin) 1930. Thomas Mann [1875-1955], dans une lettre à Walther Rehm [1901-1963], auteur de :
« Les meilleurs choses de jadis sont bafouées, l’humanisme rabaissé ou mort. Conséquence : il faut en créer un nouveau. » 439

Penser (Hypothèse) : Hypothèse : seule la conscience de l’existence d’une hypothèse de base - qui vous soit propre ou non - permet de la dépasser ; qui plus est, de la remettre en cause. Mais ladite hypothèse ne vient-elle pas si souvent sinon en bout de course, du moins au terme de longues réflexions ? Ne doit pas dissuader pour autant de la rechercher…

Par ordre chronologique. Penser. Imagination :

Penser (Imagination) (1) : 1790. William Blake [1757-1827], dans Le mariage du ciel et de l’enfer, auteur de :
« What is now proved was once only imagined » [Ce qui est maintenant prouvé fut préalablement imaginé].

Penser (Imagination) (2) : 1850. Charles Dickens [1812-1870], dans David Copperfield, auteur de : « Mais cette création de mon imagination me précédait toujours et je la suivais. » 440

Penser (Imagination) (3) : 1865. Claude Bernard [1813-1878], dans son Introduction à l’étude de la méthode expérimentale, auteur de : « On doit […] donner libre cours à son imagination ; c’est ‘idée qui est le principe de tout raisonnement et de toute invention, c’est à elle que revient toute espèce d’initiative. » 441 (Cf. Penser. Idée)

Penser (Imagination) (4) : 1924. André Breton [1896-1966], dans Le manifeste du Surréalisme, écrit :
« L’imagination est peut-être sur le point de reprendre ses droits. Si les profondeurs de notre esprit recèlent d’étranges forces capables d’augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout intérêt à les capter, à les capter d’abord, pour les soumettre ensuite, s’il y a lieu, au contrôle de la raison. Les analystes eux-mêmes n’ont qu’à y gagner. » 442

Penser (Imagination) (5) : 1929. Paul Claudel [1868-1955] dans le prologue du Soulier de satin, auteur de :
« L’ordre est le plaisir de la raison, mais le désordre est le délice de l’imagination. »

Penser (Imagination) (6) : (mars) 1933. Anaïs Nin [1903-1977], dans son Journal, auteure de : « […] J’ai accepté un moi sans limites. Ce que j’imagine est aussi vrai que ce qui est. » 443 (Cf. Êtres humains. Soi, Penser. Vérité)

Penser (Imagination) (7) : (5 août) 2019. Marie-Aude Murail, auteure de :
« L’imagination change le monde. » 444

Penser (Imbroglio) : Un apprenti sorcier, sur une corde raide, dans une fuite en avant, se pense au futur antérieur.

Penser. Instinct :

Penser (Instinct) (1) : (22 août) 2017. Donald Trump, concernant la politique américaine en Afghanistan, auteur de :
« D’ordinaire je suis mon instinct. » 445 (Cf. Politique, Psychanalyse. Instinct)
* Ajout. 16 août 2021. Donald Trump demande la démission de Jo Biden, suite à la débâcle américaine en Afghanistan.

Penser (Instinct) (2) : Quand l’instinct avance, la conscience recule. Insuffisant (Poursuivre).

Penser (Institutions) : Les structures institutionnelles, en elles-mêmes, quelles qu’elles soient, sont antinomiques avec les [débats d’] idées, qui ne peuvent être vécus qu’en tant que de sources d’affaiblissement. Comment y remédier ?

Penser. Intellectuel-les :

Penser (Intellectuel-les) (1) : Tout-e intellectuel-le plongé-e dans les médias s’y révèle et s’y dissout. (Cf. Hommes. « Intellectuels », Politique. Médias)

Penser (Intellectuel-les) (2) : La lisibilité du monde a peu à voir avec la visibilité dans les médias. (Cf. Hommes. « Intellectuels », Politique. Médias)

Penser. Intelligence :

Penser (Intelligence) (1) : La preuve que l’idée d’intelligence est fortement liée à l’idée de pouvoir (dans toutes ses composantes), c’est que lorsque celui-ci change de mains, la conception de ce que l’intelligence peut, doit signifier, ses formes, ses signes d’expressions, ses référents change aussi. Mais aussi, dans les rupture les plus radicales, en supprime même l’idée.
Se targuer d’intelligence n’est donc pas signe d’intelligence.

Penser (Intelligence) (2) : L’intelligence, pas plus que la virtuosité pour un-e muscien-ne n’a d’intérêt en soi.

Penser (Intelligence) (3) : On peut aimer, rechercher, valoriser, se nourrir de l’intelligence des autres et être persuadé de, considérer que récuser toute référence à, exclure toute hypothèse, que quiconque puisse être ‘bête’. Mais juger ainsi n’est-ce pas l’incarnation de la bêtise ?

Par ordre chronologique. Penser. Intelligence :

Penser (Intelligence) (1) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, écrit (à propos du général Koutouzov [1745-1813]) :
« L’intelligence qui tendance à grouper les faits, était remplacée chez lui par la simple capacité de contempler les évènements en toute sérénité. » 446 (Cf. Penser. Faits)

Penser (Intelligence) (2) : 1913. Maxime Gorki [1868-1936], dans Enfance, se souvenant des analyses de sa si-gentille-grand-mère concernant son si-violent-grand-père :
« Vois-tu, à ce moment-là, c’était un très brave homme, ton grand-père ; mais il est devenu méchant et bête du jour où il s’est mis dans la tête qu’il était plus intelligent que tout le monde. » […] ‘Ah, il parlait bien, grand-père quand il voulait ! C’est seulement plus tard, par bêtise, qu’il a verrouillé son cœur’. » 447 (Cf. Violences)

Penser (Intelligence) (3) : (14 novembre) 1957. Jean Guitton [1901-1999], dans le Journal de ma vie, retranscrit les paroles d’un « disciple d’Heidegger » [Martin. 1889-1976] :
« […] Lorsqu’il parle, on a une impression extraordinaire d’intelligence, mais après, on ne peut pas dire ce qu’il vous a dit. » 448
À cette aune, combien….?

Penser (Intelligence) (4) : 1970. Jean Piaget [1896-1980], dans Épistémologie des sciences de l’homme, après avoir rappelé que Binet [Alfred. 1857-1911] avait « construit » avec Simon [Théodore. 1873-1961] en 1905 une « échelle métrique de l’intelligence » et qu’il était « persuadé que l’intelligence est partout et constitue un forme globale des toutes les activités cognitives », poursuit : « Mais quand on lui demandait ensuite ce qu’est l’intelligence, il répondait avec esprit : ‘C’est ce que mesurent mes tests’, réaction très sage mais un peu inquiétante quant aux connaissances théoriques atteintes par l’instrument de mesure ainsi construit. » 449 (Cf. Penser. Méthode. Théorie, « Sciences » sociales. Épistémologie. Piaget Jean, Psychiatrie)

Penser (Intelligence) (5) : 1980. Louise Weiss [1893-1983], dans Combats pour les femmes, auteure de : « En 1944, après la défaite allemande, Henri Béraud [1885-1958] fut condamné à mort pour ‘intelligence avec l’ennemi’. J’eusse préféré l’inculpation ‘d’inintelligence de l’ennemi’ mais le Code ne l’avait pas prévue. » 450 (Cf. Droit, Politique. Guerre)

Penser (Intelligence) (6) : 1990. Alexandre Zinoviev [1922-2006], dans les Confessions d’un homme en trop, auteur de :
« Nous nous transformons en une machine intelligente composée d’idiots au service de malins encore plus bêtes. » 451

Penser (Intelligence) (7) : (17 décembre) 2018. Gilles Le Gendre, président du groupe LaREM [La république en marche] à l’assemblée nationale, a reconnu deux « erreurs » du gouvernement dont voici la seconde :
« […] le fait d’avoir probablement été trop intelligents, trop subtils, trop techniques dans les mesures de pouvoir d’achat. » 452 (Cf. Hommes. Modestes, Économie. « Pouvoir d’achat »)

Penser (Intelligence) (8) : (avril) 2019. Slogan d’un manifestant Algérien adressé aux dirigeants :
« On ne vous permet pas d’insulter notre intelligence ». Universel. (Cf. Êtres humains, Politique)

Penser (Intelligence) (9) : (28 janvier) 2020. Xavier Mauduit, sur France Culture, auteur de :
« Il faut faire confiance à l’intelligence des élèves. Il faut juste bien les guider. » 453 (Cf. Culture. France Culture, Enfants, Histoire. Mauduit Xavier)

Penser (Intelligence) (10) : (18 novembre) 2022. Entendu sur France Culture, Louis Gautier-Vidal [1888-1982], ami de Marcel Proust [1871-1922] qu’il avait connu par Lucien Daudet [1878-1946] en 1914, se remémorer ce souvenir, tel qu’il l’avait exprimé en 1971 :
« Comme il m’interrogeait un jour sur les gens que je fréquentais, je lui parlais d’un ami dont je vantais l’intelligence en lui offrant de le lui amener. Mon cher Louis, me répondit Proust, de sa voix douce et voilée, je suis un peu comme ces gens qui, à la campagne, font leur électricité eux-mêmes’. Proust laissait entendre que son intelligence lui permettait de ne pas avoir recours à celle des autres. »

Penser. « Intelligence artificielle » :

Penser (« Intelligence artificielle ») (1) : Certain-es pensaient que l’émergence d’une intelligence collective pouvait contribuer à changer positivement le monde. Au lieu et place certain-es imposèrent ce qu’ils appelèrent l’intelligence artificielle, qui n’était qu’un artifice dépourvu d’intelligence…

Penser (« Intelligence artificielle ») (2) : 2018. Le point 20 des propositions le livre de Jacques Attali : Comment nous protéger des prochaines crises ? est :
« Instaurer et faire respecter une charte éthique pour une intelligence artificielle au service de tous. » 454 (Cf. Êtres humains. Robot, Penser. Morale. Code d’éthique)
* Ajout. 19 janvier 2022. Par cette simple phrase, Jacques Attali parvient à déconsidérer chacun des mots qu’il utilise. (Cf. Langage. Mots)

Penser (« Intelligence artificielle ») (3) : (29 mars) 2018. Emmanuel Macron qui « veut faire de la France l’un des leaders en matière d’intelligence artificielle » annonce un plan d’1,5 milliards de crédits publics sur 5 ans. 455
- Un monde fondé sur le calcul, les données, les statistiques, les corrélations, les algorithmes, qui emploie les termes de traçabilité, de programmation, de surveillance, de contrôle, de compétition, d’expertise, de robotisation…ne peut donner rien de bon ; il n’est, à cet égard, pas anodin de constater en sus de la logique du profit, le poids des industries de l’armement, en la matière. (Cf. Politique. Guerre. Drones)
- En sus, aucune pensée, aucune politique n’est même évoquée concernant la disparition des millions d’emplois qui en seront inéluctablement la conséquence…
Plus encore, Bruno Le Maire, ministre de l’économie et des finances affirme, même jour :
« La France ne doit pas faire sur l’intelligence artificielle la même erreur qu’avec la robotisation : rater cette révolution, faire croire que cela détruira l'emploi. »
Mais comment peut-on affirmer de telles absurdités ? (Cf. Êtres humains. Robot, Hommes. « Politiques ». Le Maire Bruno, Économie)
- Enfin, pourquoi nommer « intelligence » ce qui en est dépourvu ?

Penser (« Intelligence artificielle ») (4) : (6 avril) 2018. Les Échos signalent que « des salariés [de Google] demandent à la direction d’abandonner la participation à un projet du Pentagone, appelé ‘Maven’ consistant à utiliser l’intelligence artificielle ‘pour interpréter des images vidéo […] dans des surveillances et des frappes par drones. » 456 (Cf. Politique. Guerre. Drones)

Penser (« Intelligence artificielle ») (5) : (juillet) 2020. Dans la Recension des revues par Le Monde Diplomatique, je lis concernant le n°808 de la revue Québécoise Relations, qu’elle comporte « un entretien avec le sociologue Antonio Casilli sur la face cachée de l’intelligence artificielle, ces millions de petites mains du Web. » (Cf. Corps. Mains, Femmes. « Petites mains », Sociologie, Économie)
- Ce qui démontre que les femmes ne sont pas seules des ‘petites mains’.

Penser (Intérêts) : Quand on a pour finalité et / ou pour fonction de défendre des intérêts, a-t-on besoin d’idées [tactiques nécessaires à la prise et à la garde du pouvoir exclues] ?
- Vrai aussi pour l’empirisme ? le réalisme ? le conservatisme ? la transmission… ? (Cf. Économie)

Penser. Intuition :

Penser (Intuition) (1) : Le rationalisme tue l’intuition dans l’œuf.

Penser. Intuition. Par ordre chronologique :

Penser (Intuition) (1) : (11 août) 2017. Raphaël Enthoven, « philosophe », analysant « l’amour » chez Vladimir Jankélévitch [1903-1989] affirme :
« S’il fallait résumer la pensée de Jankélévitch : c’est même plus qu’une idée, c’est une intuition. […] » 457 (Cf. Penser. Idée, Philosophie)

Penser. Islamisme :

Penser (Islamisme) (1) : Si lutter contre l’islamisme, c’est admettre comme évident que ce soit à l’Islam et aux musulman-es de transférer l’exclusive injonction de se réformer et, dès lors, de s’exclure de la pensée critique, alors l’échec est assuré. Plus encore, combien de civilisations sont-elles mortes d’aveuglement sur elles-mêmes ? (Cf. Droit. Blasphème. Islamisme, Êtres humains. Enfant. Musulman. Patriarcat, Politique, Histoire)

Par ordre chronologique. Penser. Islamisme :

Penser (Islamisme) (1) : (29 décembre) 1760. Denis Diderot [1713-1784] écrit à son frère l’abbé Diderot [1722-1787] cette phrase qu’il puise de la pensée chrétienne :
« Cessez d’être violent, ou cessez de reprocher la violence aux païens et aux musulmans. » 458 (Cf. Politique. État, Violences)

Penser (Islamisme) (2) : 1901. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans La volonté de puissance, auteur de : « L‘islamisme, religion virile, a un profond mépris pour la sentimentalité et l’hypocrisie du christianisme… religion des femmes, à ce qu’il (sic) pense. » 459 (Cf. Politique. État, Violences. Lois religieuses)

Penser (Islamisme) (3) : (21 octobre) 2020. Gilles Kepel, sur France Culture, rapporte une question qui lui avait été posée en prison par un « islamiste radicalisé » :
« Qu’est ce qui a le plus tué ? Vous ou nous ? ». Il n’a pas transmis sa réponse.
Pour moi, c’est au cours des trois derniers siècles, sans conteste possible : « nous », c’est-à-dire, pour eux : « vous ». (Cf. Politique. État, Violences)

Penser (Jouir) : (20 janvier) 1761. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au marquis d’Argence [1703-1772], après avoir opposé le bonheur des « sots » et celui des « philosophes », auteur de :
« [….] Plus vous vous éclairez et plus vous jouissez. » 460 (Cf. Penser. Pensée. Binaire)

Penser. Juger :

Penser (Juger) (1) : Penser, c’est juger ; juger, c’est s’engager. (Cf. Justice. Juger)

Penser (Juger) (2) : Il jugeait des erreurs des autres avec une assurance qui n’assurait que lui.

Penser (Juger) (3) : Le jugement n’engage que la personne qui juge ; et qui, dès lors, peut être jugée à son tour.

Penser (Juger) (4) : S’interdire de juger, c’est faire le lit des injures, des polémiques… (Cf. Penser. Polémique)

Par ordre chronologique. Penser. Juger :

Penser (Juger) (1) : (2 mars) 1771. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à D’Alembert [1717-1783], écrit concernant une éventuelle candidature de Condorcet [1743-1794] à l’Académie française : « Il n’a rien fait, dira-t-on; tant mieux : nous avons plus besoin de gens qui jugent que de gens qui fassent. » 461 (Cf. Langage. Académie française)

Penser (Juger) (2) : 1843. Astolphe de Custine [1790-1857], dans ses Lettres de Russie, auteur de :
« […] Tel est mon droit d’exposition, droit acquis à tout observateur véridique ; mais je l’avoue, à tort ou à raison, je vais plus loin encore : je condamne ou je loue ce que je vois ; ce n’est pas assez de peindre, je veux juger. » 462 À raison… (Cf. Justice. Juger)

Penser (Juger) (3) : 1847. Nicolas Gogol [1809-1852], dans Confession d’un auteur, auteur de : « […] Admettons que, dans mon orgueil, en me fondant sur les nombreuses qualités qui m’étaient attribués par tous [après la publication des Âmes mortes], admettons que j’ai pu un instant me croire au-dessus des autres et estimer avoir le droit de prononcer un jugement sur les autres. Mais celui qui ne s’est pas senti au-dessus de moi, sur quoi pouvait-il se fonder pour me juger ? Quoi qu’il en soit, pour prononcer un jugement complet sur quoi que ce soit, il faut être au-dessus de celui qu’on juge. » Jugement imparable ? 463

Penser (Juger) (4) : (26 février) 1863. George Sand [1804-1876], dans une lettre à M***, auteure de : « […] Moi qui ne sais rien j’attends et pourtant, je permets à ma conscience de juger ce qui se produit. C’est très hardi, à coup sûr ; mais tout esprit, si incomplet soit-il, a besoin de s’affirmer. » 464

Penser (Juger) (5) : (28 décembre) 1864. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Mario Proth [1832-1891], auteure de :
« […] Or qui juge, discute et disserte et dès lors il n’est guère permis de trancher sans dire pourquoi et sans le bien savoir soi-même. » 465

Penser (Juger) (6) : (3 avril) 1874. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Gustave Flaubert [1821-1880], auteure de :
« Les jugements individuels ne prouvent rien. » 466

Penser (Juger) (7) : 1931. Thomas Mann [1875-1955], dans La montagne magique, auteur de : - « Je ne suis pas très rapide dans mes jugements. Je commence par regarder les gens, et par me dire : Ah ! Tu es ainsi, toi ? Bien, bien !
- Sottise, répondit l’Italien. Il faut que vous jugiez ! C’est pour cela que la nature vous a donné des yeux et un cerveau. » 467 (Cf. Êtres humains. Cerveaux)

Penser (Juger) (8) : (22 août) 2017. J’entends sur France Culture, Michel Onfray opposer « juger » et « comprendre ». Tout dépendrait-il en sus du contexte ? (Cf. Hommes. « Intellectuels », Penser. Pensée. Binaire)

Penser (Juger) (9) : (septembre) 2018. [Au terme d’un débat sur France Culture] : Entendu : « c’est assez confus » ; « l’ambiguïté peut poser des problèmes » ; « l’hypothèse peut être intéressante » ; « c’est assez convainquant » ; « ce n’est pas vraiment neuf » ; « c’est une question assez étrange », « c’est critiquable » ; « cela peut être discuté »…
Pourquoi est-il si difficile - quasi impossible - d’affirmer : « C’est faux. Et voici pourquoi… » ? 468

Penser (Juger) (10) : (15 août) 2020. Entendu, une fois encore, sur France Culture, dans le cadre général de refoulement de jugements personnels, pensés, argumentés, engagés :
« Ça me parait problématique », au lieu et place de : « Je ne suis pas d’accord. » (Cf. Penser. Pensée. Esquive)
* Ajout. 22 février 2022. Depuis lors, le terme a fait florès : tout ou presque est problématique : plus encore, ‘on’ « a » une problématique.

Penser (James Henry) : Henry James [1843-1916], frère de William James [1842-1910], concernant leur enfance, auteur de :
« Nous avons respiré un air sain, tout rempli d’incohérences, et nous fûmes nourris et abreuvés de contradictions. » 469

Penser (Justification) : Toute justification - qui situe nécessairement sur le terrain de la pensée de l’autre - est invalidation de la pertinence de sa propre pensée.

Penser (Keynes John Maynard) : 1936. John Maynard Keynes [1883-1946], termine ainsi sa Préface à sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie :
« La composition de cet ouvrage a été pour l'auteur un long effort d'évasion, une lutte pour échapper aux formes habituelles de pensée et d'expression ; et la plupart des lecteurs devront s'imposer un effort analogue pour que l'auteur parvienne à les convaincre. Les idées si laborieusement exprimées ici sont extrêmement simples et devraient être évidentes. La difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, elle est d'échapper aux idées anciennes qui ont poussé leurs ramifications dans tous les recoins de l'esprit des personnes ayant reçu la même formation que la plupart d'entre nous. » 470

Penser (Kubrick Stanley) : 1968. Stanley Kubrick [1928-1999] à propos de son film 2001. L’odyssée de l’espace, auteur de :
« Vous êtes libres de vous interroger tant que vous voulez sur le sens philosophique et allégorique du film. Une telle interrogation est une indication qu’il a réussi à amener le public à un niveau avancé. Mais je ne veux pas donner une grille de lecture précise pour 2001 que tout spectateur de sentirait obligé de suivre de peur de ne pas en saisir la signification. » 471 (Cf. Culture. Cinéma)

Penser (Lancelin Aude) : (9 novembre) 2016. Lu dans le Journal du Dimanche : Aude Lancelin, auteure de :
- « […] Il faut quel les gens sachent comment se fabriquent les idées qu'on essaie de leur faire penser, il faut qu'ils sachent comment se nouent concrètement les liens entre éditorialistes, grands capitalistes et puissance publique. Il est important de leur dire, par exemple, qu'aujourd'hui, un président de la république peut alerter un actionnaire de presse au sujet de l'orientation politique d'une journaliste, ainsi que de sa vie privée, en pensant que la chose restera dans l'ombre. » […]
- « Il y a eu un véritable trou d'air, un spectaculaire affaissement de la vie intellectuelle française depuis une trentaine d'années et les médias y ont largement contribué. Pendant les années 1990-2000 notamment, la plupart ont entièrement truqué les éléments du débat au profit d'imposteurs et poussé toute sorte d'énergumènes toujours violemment réactionnaires sur le devant de la scène […] Les journalistes étouffent, nous sommes nombreux à ne plus supporter être les hochets de géants des télécoms instrumentalisant la presse à leur propre fins. » […] 472
- Analyse valable aussi concernant la pensée féministe, telle qu’elle nous est «servie», présentée comme devant être considérés comme telle, depuis tant et tant d’années…

Penser. Langage :

Penser (Langage) (1) : (1er mai) 2020. Entendu sur France Culture, au lieu et place de « Penser » : « Faire un contrepied interprétatif ». Mais aussi, partout ailleurs : « J’ai pris une claque dans la gueule » ; « On est dans une critique du monde » ; « Il était guidé par la nécessité » ; « C’est de la philosophie » ; « Il faut continuer » ; « Il a fait un travail colossal » ; « C’est très compliqué » ; « La retenue est louable » ; « La liberté de la presse va mal » ; « Il en faudrait beaucoup plus pour changer les mentalités » ; « Ils sont très professionnels » ; « Le plus dur est devant nous » ; « Vous avez donné un coup de pied dans la fourmilière » ; « Les remontées de terrain montrent que… » ; « Ce sont des écarts à la norme » ; « C’est très utile » ; « Pas de jugement moral » ; « Ce n’est pas la solution » ; «Votre argument est un alibi » ; « Et vous, que proposez-vous ? » ; « C’est raccord » ; « Où mettre le curseur ? » ; « Vous êtes impliqué dans l’actu » ; « Il n’y a pas photo » ; « Je ne suis pas économiste, philosophe.. » ; « C’est border line » ; « Il / elle est intelligent-e, cultivé-e, diplomé-e, républicain-e) ; « J’étais naïve » ; « Je suis tout à fait d’accord avec lui ». (Cf. Langage. Sujet, Penser. Pensée. Claire)

Penser (Langage) (2) : Prendre pour acquis le langage dominant me fait penser à un écureuil enfermé dans sa cage dont il ne cesse de tourner la roue. (Cf. Langage)

Penser (Lassalle Ferdinand) : Ferdinand Lassalle [1825-1864], auteur de :
« Toute grande action commence par l’expression de ce qui est. »
Juste analyse, laquelle nécessite cependant un corpus adéquat : concernant le patriarcat, même les sociétés occidentales n’en ont pas même encore reconnu son existence. 473 (Cf. Patriarcat)

Penser (Le Dœuff Michèle) : 2000. Michèle Le Dœuff, dans Le sexe du savoir, après avoir comparé un jugement de Christine de Pisan [1364-vers 1430] et une analyse d’Hannah Arendt [1906-1975], poursuit :
« […] On peut commencer à voir, non qu’il y aurait une marque du sexe dans le sujet pensant, mais, et c’est plus fort, que tout sujet est pris dans un réseau imaginaire de représentations de soi, d’autorisations ou d’inhibitions, plus prépondérant que les conditions seulement intellectuelles de la pensée. » 474
À ceci près que ces deux positions ne s’annulent pas mais se conjuguent, la fin de son analyse, fort pertinente, suffit à elle seule d’en invalider tant et tant d’autres. (Cf. Êtres humains, Patriarcat, « Sciences » sociales)

Penser (Leiris Michel) : (mai) 1934. Michel Leiris [1901-1990], dans son Journal, auteur de : « Tout ce qui est intellectuel m’ennuie. Je n’aime pas réfléchir, je n’aime que méditer, me sentir, avoir conscience de ma vie. […] » 475

Penser (Ligne droite) : La ligne droite est le plus court chemin pour aller d’un point à un autre. En géométrie.
* Ajout. 4 mars 2022. 1835. Honoré de Balzac [1799-1850], dans Le père Goriot, auteur de :
« Mon bon Eugène, crois-en le cœur de ta mère, les voies tortueuses ne mènent à rien de grand. » 476

Penser (Limites) : 1992. Penser, comme Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans La démocratie Athénienne : fausse et vraies questions, que « l’esclavage et le statut des femmes », outre l’incohérence politique de la comparaison, relèveraient des « limites » de la démocratie Athénienne, 477 c’est cautionner et l’esclavage et le patriarcat.
Plus encore, en accordant au Politique, tel que pensé alors à Athènes, un statut premier, suprême, souverain, c’est condamner aujourd’hui, la vie des êtres humains à n’être que secondaire, accessoire, superfétatoire… (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Castoriadis Cornelius, Patriarcat, Politique. Esclavage. Démocratie, Philosophie. Limites)

Penser (Littérature) : Penser, interroger, analyser, critiquer une œuvre « d’un point de vue littéraire », qu’est-ce que cela peut bien vouloir signifier ?
- Il en est de même pour « philosophiquement parlant », etc…

Penser (Locke John) : 1689. John Locke [1632-1704], dans le Traité du gouvernement civil, auteur de :
« Il faut avouer que l’on a un étrange penchant à nier les choses de fait les plus évidentes, dès lors qu’elles ne s’accordent pas avec les hypothèses qu’on a une fois embrassées. » 478

Penser (London Jack) : 1900. Jack London [1876-1916], dans Martin Eden, auteur de :
« Pendant qu’il mourait de faim, il pensait constamment aux millions d’êtres qui, de par le monde, mouraient de faim comme lui ; aujourd’hui, qu’il était rassasié, il les oublia ; mais comme il était amoureux, il pensa aux innombrables amoureux et des motifs de poèmes d’amour s’imposèrent dans son esprit. » 479

Penser (« Maître à penser ») : Un « maître à penser » et autre avatars… : une contradiction dans les termes.
- Prolonge et /ou se substitue aux : « pères spirituels » ?

Penser. Manière Philippe :

Penser (Manière Philippe) (1) : (17 février) 2019. Philippe Manière, régulièrement invité sur France Culture, dans l’émission L’esprit public, auteur de :
- Concernant la « réforme de l’hôpital » en France : « L’argent ne pousse pas sur les arbres » ; « Il faut tenir compte de la psychologie (des gens) » ; « Il faut regarder cette réalité en face » ; « Il ne faut pas trop dauber là-dessus » ; « Il ne faut pas tomber à côté du cheval » ;
- Concernant la « diplomatie » : « Ce conflit moyen-Oriental est d’une très grande complexité » ; « tout ça est cousu de fil blanc » ; « tout est très compliqué » ; « tout ça n’a pas grand intérêt » ; « Il y a des progrès qui sont faisables, d’autres, pas accessibles. » 480 (Cf. Hommes. Journalistes. Manière Philippe, Langage. Possessif, Économie. Grèce. Manière Philippe)

Penser (Manière Philippe) (2) : (19 janvier) 2020. Philippe Manière, dans la même émission de France Culture, pour réfuter une critique-de-gauche, auteur de :
« Il ne faut pas exagérer » ; « ça n’est pas sérieux » ; « ça n’a pas de sens » suivi de : « 99% de ce qu’on lit sur les réseaux sociaux n’est pas sérieux ». Puis il dénonce « la tyrannie des minorités » pour ensuite affirmer qu’« il faut former les gens » - préalablement définis comme « déraisonnables, irresponsables » - sinon on les manipule. » 481 (Cf. Hommes. Journalistes. Manière Philippe, Langage. Possessif, Penser. « Réseaux sociaux », Économie. Grèce. Manière Philippe)

Penser. Manzoni Alessandro :

Penser (Manzoni Alessandro) (1) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur de : « ‘J’ai peut-être mal agi’, répéta Renzo, en se désengageant, et il partit en hâte, tranchant ainsi la question qui, comme un point de littérature ou de philosophie, ou d’une autre manière, aurait pu durer des siècles, puisque chacune des parties se bornait à répéter son propre argument. » 482

Penser (Manzoni Alessandro) (2) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur de : « Il se taisait en homme qui a plus de choses à penser qu’à dire. » 483
N.B. Si la philosophie - ce qu’elle n’a pas - a un sens, Les fiancés sont un grand livre philosophique (Cf. Philosophie)

Penser (Marat Jean-Paul) : 1771. Jean-Paul Marat [1743-1793], dans Les aventures du jeune comte Potowski, auteur de : « Je n’aime point, continua-t-il, à me livrer à une critique présomptueuse ; mais je n’aime pas non plus entendre des éloges déplacés. » 484

Penser (Maury Jean-Siffrein) : 1791. L’abbé Jean-Siffrein Maury [1746-1817], député du clergé, l’un des orateurs de la droite de l’Assemblée Nationale, menacé d’être pendu ‘à la lanterne’, répondit à la foule : « Eh bien, quand j’y serai, y verrez-vous plus clair ? » 485 Puissant. (Cf. Justice, Violences)

Penser (Messe La) : (1er mai) 2022. Écoute fortuite, sur France Culture, de la fin de la messe à la chapelle Notre dame de la médaille miraculeuse : ce que j’entends est absurde, aberrant, n’a aucun sens, ni queue ni tête et ne supporterait pas un minute de critique. Pour continuer à [y] croire, il faut vraiment fermer à double tour son esprit à toute réflexion. (Cf. Politique, Religion)

Penser (Michelet Jules) : (18 mai) 1852. Michelet [1798-1874], après avoir refusé de prêter serment à l’empire de Napoléon III [1808-1973], est révoqué du Collège de France, licencié de son poste aux Archives nationales, et doit quitter son appartement. Il écrit dans son Journal :
« Ce que j’avais le plus à craindre, c’est la stérilité de la routine, c’est l’endormante uniformité des études bureaucratiques, c’est l’encombrement de la science, de l’érudition.
J’ai souvent comparé les âmes des savants à ces îles, verdoyantes d’abord, que le corail envahit, belle et riche production pour laquelle on recherche ces îles ; mais par le progrès du temps, ce corail a tout couvert d’une surface sèche, dure, encombrante : pas un brin d’herbe ne pousse.
Ces pensées me firent supporter mieux que je n’aurais cru un si grand changement. […] » 486 (Cf. Êtres humains. Âme, Hommes. « Intellectuels », Histoire. Archives)

Penser (Mirabeau) : (22-23 mars) 1791. Mirabeau [1749-1791], à l’Assemblée Nationale, dans son Discours sur le projet de loi relatif à la régence, après avoir précisé que son « avis » - sur la question évoquée - « n’est pas fait », auteur de :
« Messieurs, je répondrai en homme que les battements de mains n’étonnent pas plus que les murmures (Bruit prolongé) ; je répondrai seulement en homme qui estime singulièrement les objections fortes et qui estime même les spécieuses, parce qu’elles forcent à se replier sur soi et à penser. » 487 (Cf. Relations entre êtres humains. Applaudissements)

Penser (Mireille) : (2 juillet) 2012. Mireille [1906-1992], auteure de :
« Je ne sais pas penser, je ne sais pas réfléchir. » 488 (Cf. Penser. Réfléchir)

Penser (Modestie) : Il / elle était si modeste quant à ses écrits - pourtant de grande valeur - qu’il / elle accordait d’autant plus de valeur aux recherches, aux apports, aux interprétations, aux analyses du seul fait qu’il / elle n’était pas l’auteur-e.

Penser (Mossadegh Mohammad) : 2010. Je lis dans le livre de Ryszard Kapuscinski [1932-2007], Le Shah, concernant le premier ministre du Shah d’Iran [1919-1980], Mohammad Mossadegh [1882-1987], expulsé du pouvoir par un coup d’état de la CIA pour avoir notamment nationalisé le pétrole Iranien :
« Mossy [le surnom donné à Mossadegh par les Anglais] disait que la terre que nous foulons nous appartient et que tout ce qui se trouve nous appartient aussi.
Dans ce pays, personne avant lui n’avait formulé une idée pareille.
Que tout le monde dise ce qu’il pense ! Que tout le monde prenne la parole ! Je veux entendre vos pensées’, tel était son message.
Après deux mille cinq cents ans d’asservissement despotique, il nous a rappelé que l’homme est un être pensant. Aucun souverain perse ne l’avait jamais fait !
Les propos de Mossy sont gravés dans les mémoires, ils sont entrés à jamais dans nos têtes et vivent encore en nous aujourd’hui.
Les paroles qui ouvrent les yeux sur le monde sont celles que nous nous rappelons le mieux. » 489 (Cf. Êtres humains, Hommes. « Politiques », Politique)

Penser. Mythe :

Penser (Mythe) (1) : Les mythes étouffent la pensée.

Penser (Mythe) (2) : Toute référence à un mythe conforte le monde auquel il se réfère.

Penser (Mythe) (3) : Tout mythe est mystification. Toute identification, tout recours explicatif à un mythe est enfermement dans une norme nécessairement passéiste, donc réactionnaire. (Cf. Justice, Penser)

Penser (Mythe) (4) : Détruire un mythe, c’est aussi légitimer le mythe.

Penser (Mythe) (5) : Les mythes retardent l’histoire.

Penser (Mythe) (6) : Les mythes sont hors temps, ce qui les condamne, mais explique leur longévité.

Par ordre chronologique. Penser. Mythe :

Penser (Mythe) (1) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de : « La mythologie, qui certes est une des plus grands inventions humaines, a mis la Vérité dans le fond d’un puit, ne faut-il pas des sceaux pour l’en tirer ? » 490 (Cf. Penser. Vérité)

Penser (Mythe) (2) : 1984. Jean-Paul Aron [19225-1988], dans Les modernes, auteur de :
« J’aime que, du piédestal ou l’anthropologie les élève, Barthes [Roland. 1915-1980] descende les mythes dans la rue. » Puis, il critique l’impact négatif final du formalisme structuraliste sur sa pensée. Et il poursuit : « Quant à moi, je m’obstine à préserver au mythe sa différence, à le soustraire, coûte que coûte, au réductionnisme et à l’impérialisme des sémiologues. » 491
Mais, comment faire ? Est-ce même possible ? pensable ?

Penser (Mythe) (3) : (18 juillet) 2021. René Frydman, après avoir présenté plusieurs mythes de la naissance, effectivement tous plus curieux, improbables les uns que les autres, auteur de :
« Ce qui est fascinant dans la mythologie, c’est que tout est possible. » 492

Penser (Nahoum-Grappe Véronique) : (12 juillet) 2018. Véronique Nahoum-Grappe, sur France Culture, critique justement ceux et celles qui « prennent la pensée de l’autre à sa faille et non à son point d’excellence. » 493

Penser. Nationalisme : Cf. Politique. Nationalisme

Penser (Néant) : 1844. Honoré de Balzac [1799-1855], dans La femme de trente ans, évoque « une femme inoccupée qui prend le vide pour le néant. » 494 (Cf. Femmes. Travail, Famille, Patriarcat)

Penser (Nietzsche Friedrich) : 1881. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans Aurore, auteur de : « Ne jamais rien retenir ou taire, devant toi-même, de ce que l’on pourrait opposer à tes pensées ! Fais-en le vœu ! Cela fait partie de la loyauté première. » 495

Penser (« No comment ») : 2001. Michel Foucault [1926-1984], dans Dits et écrits, répond ainsi à une question :
« Comme les présidents américains, quand une question les embarrasse, je répondrai ‘no comment’… »
- Idéalement, il faudrait mieux répondre : « je ne veux pas répondre » et / ou : « je ne peux pas répondre » et / ou : « je ne sais pas répondre ». Et, si possible, en expliciter les raisons ….
- Il en est de même pour : « Je n’ai pas l’intention de critiquer Sartre. » (ce que, dans un autre texte, sans doute ailleurs, il avait déjà exprimé…) 496

Penser (« Nonsense ») : Je m’interroge : pourquoi n’ai-je jamais pu dépasser la lecture quelques lignes d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll [1832-1898] et tant apprécier les poésies de Robert Desnos [1900-1945], notamment : Un fourmi de 18 mètres avec un chapeau sur la tête… Est-ce lié à des souvenirs d’enfance, à une culture qu’il faut bien appeler nationale, ou à la nécessaire critique de la catégorie : « Nonsense » ? (Cf. Culture)

Penser (Nous) : Dès lors de le « Nous » se substitue au « Je », la [liberté de] la pensée s’estompe. Ou : s’invalide ? (Cf. Femmes. « Nous les femmes », Langage. Mots. Critique de : « Nous ». Genre. « Comme nous disons… », Politique. « Nous »)
* Ajout. 26 août 2021. « Le seul programme de l’homme politique espagnol [Miguel] Maura [1878-1971] était: ‘Nous sommes nous’». 497 (Cf. Politique)

Penser. Objectivité :

Penser (Objectivité) (1) : Que l’on puisse accuser un-e autre de ne pas être objectif-ve [m’]étonne toujours. N’est-ce pas, en effet, si souvent au nom de « la science », nier la validité de son propre raisonnement ?
- Valable aussi pour « neutre » et, même, « indépendant », « rationnel »... (Cf. Êtres humains. Soi. «T’es qui, toi ? », « Sciences sociales ». Objectivité. Sociologie, Histoire)

Penser (Objectivité) (2) : L’objectivité, c’est la négation de soi. Son injonction, c’est l’interdiction d’en penser l’hypothèse.

Penser (Objectivité) (3) : Abandonner définitivement toute croyance à la [recherche d’] l’objectivité ; et, par là même, laisser choir le qualificatif de subjectivité.

Penser. Objet :

Penser (Objet) (1) : Le monde des objets [y penser, en rêver, les désirer, les détester, décider de ne pas s’en préoccuper et penser à changer de vie, les acheter (cash ou en crédit, avec ou sans argent) les placer, les remplacer…] prend beaucoup de temps. Il peut occuper une vie. Beaucoup s’appliquent à l’en remplir. (Cf. Économie)

Penser (Objet) (2) : 2002. Maurice Nadeau [1911-2013], dans Serviteur. Un itinéraire critique à travers livres et auteurs depuis 1945, écrit :
« C’est l’objet qui compte, non celui qui le montre. » 498 Facile ? (Cf. Êtres humains. Soi)
* Ajout. 22 août 2017. En latin, en plus large, en mieux : « Quidquid recipitur, ad modem recipientis, recipitur ». Traduction : « Ce que l’on reçoit du dehors est reçu en fonction la qualité de celui qui reçoit. »

Penser (« Œuvres d’anticipation ») : Pourquoi y a-t-il si peu d’œuvres d’anticipation qui imaginerait un monde sans polices, sans guerres, sans armées, sans répressions, sans religions, sans États, sans dictateurs, sans riches, sans dominations, sans patriarcats, sans frontières, sans faims, sans violences, sans injures, etc… ?
Si l’on ne peut pas même imaginer un tel monde, comment pourrait-il peu ou prou advenir ?
- La comparaison avec les autres « œuvres d’anticipations » éclaire la question. (Cf. Culture, Patriarcat, Politique, « Sciences » sociales)

Par ordre chronologique. Penser. Opinion :

Penser (Opinion. Hume David) (1) : 1757. David Hume [1711-1776], dans Enquête sur les principes de la morale, auteur de :
« Pour ce qui est de mes opinions, vous savez que je ne défends aucune d’entre elles de manière absolue ; je propose simplement mes doutes, là où je suis assez infortuné pour ne pas partager la même conviction que le reste de l’humanité. » 499

Penser (Opinion. Voltaire) (2) : (25 juillet) 1774. Voltaire [1694-1778], dans une lettre écrite au marquis d’Ormesson [1711-1774] intendant des finances de Louis XVI [1754-1793], auquel il présente une « requête » [d’aide financière] lui écrit :
« […] Il ne m’appartient pas d’avoir une opinion. Je n’ai d’autre intérêt dans l’établissement de Ferney [qu’il nomme « sa colonie »] que celui de mériter votre protection ; et je dois m’en rapporter à vos lumières. » 500 Quelle bassesse… (Cf. Penser. Voltaire)

Penser (Opinion. Sand George) (3) : (14 septembre) 1871. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Gustave Flaubert [1821-1880], auteure de :
« Du moment qu’ils font métier de leur opinion, leur opinion est sans valeur. » 501 Ouh, là, là… (Cf. Politique. Médias)

Penser (Opinion. Sand George) (4) : (30 octobre) 2022. Dominique Schnapper, sur France Culture, concernant « la fin de vie, l’euthanasie et la suicide assisté », auteure de :
« Je ne me sens pas légitime à avoir une opinion. »

Penser (Parent Claude) : 1985. Claude Parent [1923-2016], architecte, auteur de :
« Je pense de plus en plus, même si les faits me donnent tort, que… » 502

Penser (Parler) : (20 janvier) 2020. Interrogée sur la difficulté d’être la biographe d’un homme [Bernard-Marie Koltès [1948-1989] considéré, on ne sait pourquoi, comme « secret », Brigitte Salino répondit :
« Ce n’est pas parce que les gens parlent, qu’ils disent quelque chose. » 503 (Cf. Culture, Politique. Médias)
N.B. L’émission de France Culture, est intitulée, on ne sait pourquoi : « L’ange Koltès » : parce qu’il est « mort du sida à 41 ans » ?

Penser (« Pas de côté ») : Dans les débats [publics] elle / il revendiquait le droit de faire « un pas de côté ». Ce qui lui permettait de ne pas répondre à la question posée, de ne pas réagir à ses interlocuteurs/trices, et surtout - insaisissable - de poursuivre son soliloque, qu’à la longue, elle / il n’était plus que la / le seul-e à comprendre.
- Faire « un pas de côté », c’est n’être pas « hors-jeu » ; c’est être toujours « dans le jeu », sans savoir à expliquer quoi que ce soit de l‘explication de l’esquive. (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Pascal Blaise) : 1670. Blaise Pascal [1623-1662], dans les Pensées, auteur de :
« Penser fait la grandeur de l’homme. » 504 (Cf. Êtres humains)

Penser (Passions) : 1784. Gabriel Bonnot de Mably [1709-1785], dans ses Principes de morale, auteur de : « Personne n’est plus persuadé que moi que [les passions] ont été données pour notre bonheur ; et si j’étais le maître de les bannir de notre cœur, je me garderais bien de le faire. Je connais trop les bornes de mes lumières pour oser me croire plus habile que la nature ; elle me parait souvent enveloppée de mystères et je les adore respectueusement. Je sens que sans le secours des passions, ma raison se glacerait et serait réduite à n’être qu’un instinct grossier. Pourquoi me plaindrais-je d’éprouver des passions ? Ce serait me plaindre d’être intelligent et sensible. […] » 505

Penser. Pédagogie :

Penser (Pédagogie) (1) : Certain-es commencent par « les fondamentaux », d’autres par l’aujourd’hui qui sera suivi du lendemain.

Penser (Pédagogie) (2) : 2012. François Hollande, nouvellement élu, à ses 46 nouveaux conseillers, auteur de :
« Il faut être pédagogique, car plus on est pédagogique, moins on donne d’informations. » 506
Au moins, c’est clair. À transmettre à Emmanuel Macron et ses ministres… (Cf. Politique. Pédagogie. Faire de la pédagogie)

Penser (Perception. Novalis) : Novalis [1772-1801], auteur de :
« Apercevez-vous un géant ? Vérifiez d’abord la position du soleil et prenez garde que ce ne soit l’ombre d’un pygmée. » 507 (Cf. Êtres humains. Admirer)

Penser (Permission) : (4 juillet) 2019. Chantal Delsol, philosophe, auteure de :
« Si vous me permettez de dire ce que je pense… » 508 (Cf. Politique. Médias, Philosophie)

Penser (Personne) : Personne ne pense pour personne. Ou : Nul-le ne doit penser pour autrui.
* Ajout. 10 juin 2015. Entendu une responsable d’association se présentant comme féministe parler d’« éduquer les jeunes à la responsabilisation » et de « donner des clés de compréhension en matière d’égalité hommes/femmes ». Que d’égotismes, de prétentions, de régressions…

Penser. Penseur / Penseuse :

Penser (Penseur / Penseuse) (1) : Peut être considéré comme tel/le, celui /celle qui, y compris bien sûr, opposé-e à vos propres pensées, vous permet de mieux le/la critiquer, tout en vous donnant les outils utiles, nécessaires à votre [auto]-critique. Nul-le n’est, tant s’en faut ! pour cela, besoin d’être [considéré-e comme] philosophe. À l’inverse, s’en prévaloir, délégitime d’emblée celui / celle qui se présente (ou qui accepte d’être présenté-e) comme tel-le.
- Laisser venir à soi les pensées des autres… (Cf. Êtres humains. Soi, « Sciences » sociales, Méthode. Abécédaire)

Penser (Penseur / Penseuse) (2) : Il / Elle pensait, faute d’avoir été critiqués, ses arguments imparables. Il / elle, assuré-e de son bon droit, les répétait donc depuis des années. Ce qui n’avait pas été entré en ligne de compte, c’est que sa seule assurance - mâtinée du peu de sympathie qu’il/ elle inspirait - avait depuis longtemps ôté l’envie à quiconque de toute discussion.

Penser (Penseur / Penseuse) (3) : Lu : « Qu’est-ce que l’histoire des penseurs, sinon celle des idées de leur époque ? » Globalement juste.
On comprend mieux alors l’intérêt politique qu’il y a à focaliser l’attention sur l’une- ou l’autre, l’un-e et l’autre, les un-es et les autres des dit-es penseurs / penseuses. (Cf. Politique. Histoire)

Penser. Penseuse :

Penser (Penseuse) (1) : (25 mars) 2020. Selon le Centre national des ressources textuelles et lexicales [CNRS], à Penseur, je lis : « s'emploie rarement au féminin. » (Cf. Langage. Adjectif, « Sciences » sociale)

Par ordre chronologique. Penser. Penseuse :

Penser (Penseuse) (1) : 1811. Félicité de Genlis [1746-1830], dans Les Souvenirs de Félicité L***, commence ainsi ses écrits :
« Penseuse !... Pourquoi ce mot n’est-il pas français ? Il serait bien beau de mettre cette expression à la mode ; mais je crains qu’elle ne prenne jamais. Penseuse !.. Cela est si ridicule à l’oreille !. ne nous en fâchons point. On croit que nous n’avons besoin ni d’étude ni de méditation, et que le sentiment nous suffit. Ce n’est pas nous refuser une faculté, c’est reconnaitre en nous ce don précieux de la nature qui nous caractérise. Nous nous plaignons que des hommes qui veulent que nous ne soyons ni esprits forts, ni philosophes, ni politiques, ni penseuses ; mais ils nous répètent à l’envie : pour être charmantes et toujours adorées, soyez femmes. Que peuvent ils nous dire de plus aimable et de plus flatteur ? »
Liées avec la dernière pseudo justification, la pensée critique, fondamentale, est bien là… 509 (Cf. Langage. Féminisation du Langage. Mots, Patriarcat)

Penser (Penseuse) (2) : (31 juillet) 2017. Annette Messager pense que le terme de « penseuse » n’existe pas. 510 (Cf. Langage. Féminisation du langage)

Penser. Polémique :

Penser (Polémique ») (1) : Comment dégrader, salir toute pensée ? Dénommez la : « Polémique ». L’emploi du terme de « Polémique » exclue les règles qui pourraient conférer à la pensée une dignité.
- Vrai aussi si souvent dans les médias pour : « Discussion » (Cf. Politique. Médias)

Penser (Polémique) (2) : Toute polémique détourne la pensée de l’essentiel ; c’est à le chercher qu’il faut penser.

Penser (Polémique) (3) : Lancer une polémique présente un double avantage : il contraint à penser sur un problème mal posé, tandis que le [plus] vrai étant occulté, détourné, n’est ni posé, ni donc soluble ; il est donc maintenu en l’état. Et le monde continue en l’état.
* Ajout. 20 juillet 2022. Rabindranath Tagore [1861-1941], dans La maison et le monde [1915], auteur de : « Mais pourquoi discuter de la sorte ? De vaine disputes ne font qu’enlever la fraîche fleur de la vérité. » 511

Par ordre chronologique. Penser. Polémique :

Penser (Polémique) (1) : 1984. Je découvre le texte de Michel Foucault [1926-1984] intitulé : Polémique, politique et problématisation. J’y ai lu une critique éclairante de « la polémique » comme « figure parasitaire de la discussion et obstacle à la recherche de la vérité » à laquelle je ne peux, faute de pouvoir la résumer, que renvoyer. 512

Penser (Polémique) (2) : 2005. Raymond Aron [1905-1983], dans La grande peur du mal pensant, auteur de :
« [Ces procédés de polémique] ne soulignent pas, de manière plaisante ou frappante, un argument valable ; tantôt ils dissimulent le problème véritable, tantôt ils camouflent l’embarras de l’auteur, tantôt ils éludent une objection évidente […] (et) visent (à en) à disqualifier un adversaire. » 513
Utile de se remémorer cette analyse pour éviter / repousser / refuser d’inutiles discussions, si souvent, le quotidien des médias. (Cf. Politique. Médias)

Penser (Politique. Saint-Simon) : Claude-Henry de Touvroy de Saint-Simon [1760-1825], auteur de :
« Les grandes pensées sont le résultat des grandes fermentations politiques. »
L’inverse étant juste aussi…514 (Cf. Politique, Histoire)

Penser (Ponge Francis) : Ponge Francis [1899-1988], poète, auteur de :
« À bas le mérite intellectuel » (1937) et de :
« On dit tant de bêtises. […] » 515 Pertinent, sans être méprisant…

Penser (Popper Karl) : Karl Popper [1902-1994], auteur de :
« Mille merles noirs ne prouvent pas que tous les merles sont noirs, mais un seul merle blanc prouve qu’il est faux que tous les merles soient noirs. » Combien de discussions mériteraient d’être poursuivies, au vu de cette analyse ? 516

Penser. Postulat :

Penser (Postulat) (1) : Un postulat ne peut être démontré, mais il est néanmoins le socle nécessaire à la construction d’une analyse. Et c’est justement parce qu’un postulat ne peut être démontré, qu’il ne peut être explicité, donc expliqué qu’il doit être révélé, présenté, exposé, et qu’il peut alors être critiqué, sans être pour autant, en tant que postulat, d’emblée récusé. (Poursuivre)

Penser (Postulat) (2) : Qu’un postulat (un principe, une hypothèse…) doive nécessairement être affiné, précisé - et bien sûr aussi, qu’il puisse être invalidé - est une évidence ; ce qui ne l’est pas, c’est qu’il soit d’emblée récusé en postulant du son non-respect de ces évidences.

Penser (Postulat) (3) : Son postulat affirmé, il passa sa vie à le conforter, à chercher ce qui s’en écartait, s’y opposait, le fragilisait. Jusqu’au jour où il dut reconnaitre que son postulat était erroné. Alors, il eut le choix entre s’effondrer et s’en libérer.

Penser (Postulat) (4) : Lorsqu’un postulat est révélé comme étant faux, c’est tout le château de cartes qui risque fort de s’effondrer.
- L’ennui avec un postulat faux, c’est que ce qui suit l’est aussi.

Par ordre chronologique. Penser. Postulat :

Penser (Postulat) (1) : (10 mai) 1922. Dans le Journal de ma vie, Jean Guitton [1901-1999] rapporte une réaction d’un « physicien », Pierre Ternier [1859-1930] qui, après lui avoir lui dit n’avoir pas compris à ce qu’Einstein [1879-1955] venait de présenter au Collège de France, avait néanmoins poursuivi :
« Il a renversé ce que nous savions en montrant que nos lois sont fondées sur des postulats. Mais son système se fonde à son tour sur d’autres postulats qui sont, comme les premiers indémontrables. » 517

Penser (Pour ou contre) : Opposer le pour et le contre interdit de penser le pourquoi et le comment, a fortiori le vrai et le juste…à justifier, bien sûr, c’est à dire à expliciter le socle qui justifie ce qui est considéré comme tel, lequel peut et doit évoluer… (Cf. Penser. Commentaire. Pensée. Binaire, Histoire)

Penser. Préalable :

Penser (Préalable) (1) : Avant de critiquer le dolorisme, comprendre la douleur.

Penser (Préalable) (2) : Avant de critiquer le spécisme, peut-on ne pas s’interroger sur les liens concernant « l’humanité » que l’on accorde aux animaux dans leurs relations avec les êtres humains ? (Cf. Êtres humains. Animalisation)

Penser (Préalable) (3) : Comment peut-on être légitime à dénoncer le soi-disant « plan de paix » du 28 janvier 2020 entre Donald Trump / Benjamin Netanyahu, sans avoir préalablement dénoncé la politique d’Israël concernant la Palestine ? (Cf. Politique, Histoire. Israël)
Suite : Peut-on critiquer la politique de destruction massive de Vladimir Poutine en Syrie, sans concomitamment dénoncer les atermoiements, les revirements, les incohérences, les trahisons de « l’Occident » ?

Penser (Prémisses) : Si les prémisses sont fausses, tout ce qui en découle l’est aussi. Il ne sert donc à rien, ou du moins, pas à grand-chose, de se battre contre des conséquences…
Lapalissade ?
Néanmoins, une conséquence à en tirer : si l’analyse du monde doit nécessairement préalablement prendre en compte ses fondements patriarcaux, que reste-t-il des analyses qui en font fi ? (Cf. Patriarcat)

Penser (Problématique) : (22 janvier) 2020. Entendu sur France Culture, au lieu et place de « penser », de « réfléchir », par soi-même donc, en fonction de soi-même donc :
« Prendre la dimension de la problématique. »

Penser (Problème) : (7 juin) 2022. Entendu : « Si on ne comprend pas qu’il y a un problème, il y a un problème. »

Penser (Projet) : Avoir un projet sans savoir où l’on va(Cf. Penser. Abécédaire, Politique. Projet)

Penser (Prolongement de soi) : Être sensible au moment où l’on se sent se prolonger soi-même, et ce d’autant plus que cela relève rarement d’une volonté consciente. (Cf. Êtres humains. Soi)

Penser (Prudence) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur de :
« Ils étaient mus [...] encore par cette prudence qui prend ombrage des vertus comme des vices, prêche toujours que la perfection tient le milieu, ce milieu qu’ils fixent précisément au point où ils sont arrivés eux-mêmes, et là où ils se trouvent à l’aise. » 518 Valable aussi pour « mesure », « balance », « moyenne » : ou comment éviter d’avoir à prendre position et donc à nier l’idée même de pensée. (Cf. Êtres humains. Soi, Pensée. Binaire, Politique)

Penser (Quantitativisme) : La domination du nombre est telle qu’il suffit souvent qu’une pensée soit unique pour que, hors sujet, qu’elle soit, d’emblée, disqualifiée. (Cf. Économie. Quantitativisme)

Penser. Questions :

Penser (Questions) (1) : (29 avril) 2017. Un journaliste américain, concernant la politique extérieure de Donald Trump, après avoir affirmé :
« Je suis content que ce soit lui qui s'occupe de gérer la situation en Corée du Nord. […] Je veux éviter une guerre nucléaire, et j'ose espérer que le président des États-Unis nous entraine dans le bon sens », poursuit, en déclarant à Michael Moore, invité à s’exprimer :
« Comment même peut-on penser l'inverse ? » 519 (Cf. Penser. Pensée. Binaire. Trump Donald)

Penser (Questions) (2) : À contraintes données, nul-le n’est tenu-e de répondre aux questions posées. Mais, n’est-ce pas la norme de l’impensé des pratiques des médias ? (Cf. Politique. Médias)

Penser (Questions) (3) : Combien de fois ai-je entendu lors des débats dans les médias, du fait des journalistes, commentateurs-trices, expert-es, les universitaires… :
« Ce n’est pas la question… » [ou le problème…] ; « La question principale est [ou n’est pas]… » ; « La vraie question est [ou n’est pas]… » ; « La question centrale est [ou n’est pas]… » ; « La question que l’on doit se poser est [ou n’est pas]», « La seule vraie question est [ou n’est pas]…»
Et même : « La question des questions n’est pas... » [Maurice Merleau-Ponty. 1908-1961] … (Cf. Politique. Médias, « Sciences » sociales)

Penser. Questions. Réponses :

Penser (Questions / Réponses) (1) : Entendu : « La réponse est le malheur de la question ».
Et réciproquement…

Par ordre chronologique. Penser. Question. Réponse :

Penser (Questions / Réponses) (1) : (14 mai) 1929. André Gide [1869-1951] écrit dans son Journal :
« Je me demande si…Mais non, je ne me demande rien du tout. Le monde entier, à commencer par moi-même, n’est que réponses à des questions que, à tout bien prendre, il n’est pas bien nécessaire, ni même expédient, de poser. Puisque la question ne peut jamais venir qu’après coup. Comprendre c’est se poser telle question à quoi ce que l’on comprend devienne la très exacte réponse. » 520 Pertinent.

Penser (Questions / Réponses) (2) : 1949. Amalgamer questions et réponses, induire les réponses par les questions : la norme dans les médias notamment.
In fine, la logique conséquence est exprimée dans le 1984 d’Orwell [1903-1950] :
« Je vais vous donner la réponse à ma question. » 521 (Cf. Politique. Médias)

Penser (Questions / Réponses) (3) : 1987. Lu ce dialogue dans le livre écrit par Michèle Rocard [Legendre. 1941-2010], Au four et au moulin, alors épouse de Michel Rocard [1930-2016], laquelle s’interroge sur l’écriture d’un livre qui la concernerait :
« Il n’était pas question que je me lance dans un tel projet sans en parler à Michel. […]
Lorsque je
[l’]interrogeai, la réponse fut une question - j’aurais dû m’en douter : ‘Tu en as envie ? / Je ne sais, peut être… / Si tu en as envie, fais-le.’
Que faire après cela ? M’exécuter, et vite encore, car les vacances ne sont pas éternelles.
» 522 M’exécuter… (Cf. Femmes. Épouse de)

Penser. Raison :

Penser (Raison) (1) : Une longue série d’émission de France Culture s’intitule « Avoir raison avec… » [Simone Weil, Françoise Dolto, Raymond Aron… ] ne prédispose pas vraiment à la pensée personnelle, ni à l’esprit critique. (Cf. Penser. Critique, « Sciences » sociales)

Par ordre chronologique. Penser. Raison :

Penser (Raison) (1) : 1751. Voltaire [1694-1778], dans son Catalogue de la plupart des écrivains français […] concernant Fontenelle [1657-1757], auteur de :
« Il vit combien il est dangereux d’avoir raison dans des choses où des hommes accrédités ont tort. » 523

Penser (Raison) (2) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, auteur de :
« Admettre que la vie de l’humanité puisse être dirigée par la raison, c’est nier toute possibilité de vie. » 524 (Cf. Histoire, Philosophie)

Penser (Raison) (3) : 2017. Il dénommait : « vote de raison » : l’« alliance des réformistes ». 525 (Cf. Politique. Démocratie)

Penser (Raison) (4) : (20 janvier) 2019. Sur France Culture, Sylvie Kauffmann, directrice éditoriale du Monde après avoir opposé les partis qui sont « pour le débat » et ceux qui sont « contre » [Le Rassemblement national et les « Gilets jaunes »], oppose la « France de la raison », celle « qui connait la valeur et la vertu du débat » et la « France de la radicalité ».
Ce qui ne l’empêche pas de dénoncer Marine Le Pen qui « dit des choses complètement fausses. » 526 (Cf. Politique. Médias. Radicalité. État. « Gilets jaunes »)

Penser (Raisonner) : 1874. Victor Hugo [1802-1885] dans Quatre-vingt-treize, auteur de :
« Raisonnait-il ? Oui, mais comme les serpents rampent ; en spirale. Il partait de l’héroïsme pour arriver à l’assassinat. » 527 (Cf. Politique, Histoire. Révolution française, Violences)

Penser (Rationalisme) : Le ‘rationalisme’ implique une unité de référence. Impossible donc.

Penser (« Raton laveur Le) ») : 2019. Avec du recul : avoir, enfant, entendu, écouté, fredonné, chanté, grâce (notamment) aux Frères Jacques, Le raton laveur, mais aussi La pêche à la baleine, Le cancre, Chasse à l’enfant, Le gardien de phare, L’orgue de barbarie, En sortant de l’école, Les feuilles mortes, Une demoiselle sur une balançoire, Les escargots qui vont à l’enterrement d’un feuille morte, Debout devant le zinc, sous le coup de dix heures, un grand plombier zingueur habillé en dimanche, et pourtant c’est lundi… et bien d’autres poèmes / chansons de Jacques Prévert [1900-1977], ne peut qu’avoir été - certes aux lointains effets - une aide précieuse.
De quoi ? en quoi ? (Cf. Enfants. Éducation)

Penser. Réalisme :

Penser (Réalisme) (1) : Lors d’une discussion, si vous entendez récuser une pensée, un argument, au nom du « réalisme », inutile, sur ce fondement, de la poursuivre…
Valable aussi pour : « faits », « statistiques », « recherches »…

Par ordre alphabétique. Penser. Réalisme :

Penser (Réalisme. Blanchot Maurice) (1) : 1968. D’après Benoît Peeters, dans Derrida, Maurice Blanchot [1907-2003] fut celui qui « proposa l’un des plus beaux slogans de mai 68 : ‘Soyez réalistes, demandez l’impossible.528 (Cf. Politique. Réalisme, Violences. Sade. Blanchot Maurice)

Penser (Réalisme. Denis Marie) (2) : 1995. Marie Denis [1920-2006], dans La rose des vents, auteure de :
« Il faudra pourtant qu’un jour l’humanité remette en question son image du réel. Il faudra qu’elle cesse de se donner des lois qui la paralysent. Et, qu’oubliant statistiques et coefficients, elle s’invente un monde selon son cœur. » 529 (Cf. « Sciences » sociales, Économie. Statistiques)

Penser (Réalisme. Rouart Jean-Marie) (3) : (16 octobre) 2015. Jean-Marie Rouart (de l’Académie française), sur L.C.I, auteur de :
« Penser en dehors du réalisme, c’est penser inutilement. » 530
Pourrait être la pensée du libéralisme économique … si tant est que « le réalisme », comme « le libéralisme », signifient quoi de que soit de rigoureux. (Cf. Langage. Académie française. Rouart Jean-Marie)

Penser. Reclus Élisée :

Penser (Reclus Élisée) (1) : 1902. Élisée Reclus [1830-1905], dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, auteur de :
« La forme extérieure de la société doit changer en proportion de la poussée intérieure : nul fait d’histoire n’est mieux constaté. C’est la sève qui fait l’arbre et qui lui donne ses feuilles et ses fleurs ; c’est le sang qui fait l’homme ; ce sont les idées qui font la société. »
Pensées stimulantes, en radicale antinomie avec toute idée de changement démocratique par le haut. 531 (Cf. Penser. Idées. Reclus Élisée, Politique. Démocratie, Histoire)

Penser (Reclus Élisée) (2) : 1902. Élisée Reclus [1830-1905], dans L’évolution, la révolution et l’idéal anarchique, auteur de :
« Pour l’homme repu, tout le monde a bien dîné. » 532
Combien, chaque jour, vérifié… (Cf. Histoire)

Penser. Réfléchir :

Penser (Réfléchir) (1) : Entendu : « Elle a besoin de cadres pour réfléchir ». Non : elle a besoin de briser les cadres qui l’enserrent.

Penser (Réfléchir) (2) : Comme pour les fouilles : plus on creuse, plus on trouve.

Par ordre chronologique. Penser. Réfléchir :

Penser (Réfléchir) (1) : 1865. Extrait d’un dialogue de De la terre à la lune de Jules Vernes [1828-1905] : (Le contexte : Michel Ardan propose de projeter un projectile en creux - au lieu du boulet plein prévu par Barbacane - dans lequel il pourrait prendre place pour aller sur la lune) : « […] Ainsi, dit Barbicane, sans autre entrée en la matière, vous êtes décidé à partir ? / Absolument décidé ! / Rien ne vous arrêtera ? / Rien. Avez-vous modifié votre projectile ainsi que l’indiquait ma dépêche ? / J’attendais votre arrivée. Mais demanda Barbicane, à nouveau, vous avez bien réfléchi ? / Réfléchir ! Est-ce que j’ai du temps à perdre ? Je trouve l’occasion d’aller faire un tour dans la lune. J’en profite et voilà tout. Il me semble que cela ne mérite pas tant de réflexions. » 533 (Cf. Relations entre êtres humains. Dialogue)

Penser (Réfléchir) (2) : 1878. Le cardinal de Bernis [1715-1794], dans ses Mémoires [1715-1758], auteur de :
« Le caractère distinctif de mon esprit a donc été la réflexion ; j’ai réfléchi aussitôt que j’ai pensé. » 534 Le distinguo fait réfléchir.

Penser (Réfléchir) (3) : 1941. Rudolph Hess [1894-1987], auteur de :
« Il s’agissait certes d’un ordre extraordinaire et monstrueux. Néanmoins, les raisons sur lesquelles se fondaient la politique d’extermination me paraissaient justes. Je ne jugeais pas utile d’y réfléchir à l’époque ; j’avais reçu un ordre et mon devoir était de l’exécuter. »
De l’utilité de la réflexion : une vaste question… 535

Penser. Relativisme :

Penser (Relativisme) (1) : Entendu qualifier de « relativisme » ces phrases : « Rien n’est vrai, tout se vaut. » Non. Elles sont une négation de l’idée même de pensée.

Penser (Relativisme) (2) : Relativisme : première étape d’une pensée qui interroge. Arrêtée là, ne mène pas loin.

Penser. Religion :

Penser (Religion) (1) : Si l’on y cherche la moindre logique, la moindre cohérence, la moindre raison, la moindre rationalité, toutes les religions s’effondrent.

Penser (Religion) (2) : 1993. Cornelius Castoriadis [1922-1997], dans Une société à la dérive, auteur de :
« Toute transcendance au sens religieux est une création imaginaire des humains. » 536
Il est des analyses qui, en allant d’emblée à l’essentiel, font gagner beaucoup de temps… (Cf. Politique. Transcendance)
* Ajout. 4 avril 2017. Un complément, un constat, moins pensé, moins radical, mais néanmoins de valeur : Pierre Corneille [1606-1684], auteur, dans La mort de Pompée [1642], de :
« Le ciel sur nos souhaits ne règle pas les choses. » 537

Par ordre chronologique. Penser. Répéter :

Penser (Répéter) (1) : 1665. Molière [1622-1673], dans Don Juan, auteur de :
Pierrot : « Je dis toujours la même chose parce que c’est toujours la même chose, et si ce n’était pas toujours la même chose, je ne dirais pas toujours la même chose. » (Acte II. Scène. I)
N.B. George Sand, selon Georges Lubin [1904-2000] « affectionnait beaucoup cette citation ».

Penser (Répéter) (2) : (12 mai) 1766. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au comte [1700-1788] et à la comtesse d’Argental [1703-174], auteur de :
« Ne craignons pont de répéter ce qu’il est nécessaire de savoir ; il y a des choses qu’il faut river dans la tête des hommes à coups redoublés. » 538

Penser. « Réseaux sociaux » :

Penser (« Réseaux sociaux ») (1) : Évoquer les « réseaux sociaux », c’est mêler la carpe et le lapin, les carottes et les choux. (Cf. Politique. Médias)

Penser (« Réseaux sociaux») (2) : Pourquoi ce qui est nommé « réseaux sociaux » sont-ils il si souvent dénigrés pour leur capacité à diffuser de fausses nouvelles - ce qui laisserait penser qu’ailleurs, elles seraient sinon justes, du moins plus justes - et si rarement loués dans leur capacité à penser un autre type d’informations, d’échanges, à démocratiser l’information ? La question étant dans la réponse… Que les dénommées fausses nouvelles seraient propagées plus vite que « les autres » ne suffit pas à l’analyse ; en tout état de cause, ce sont alors les algorithmes qu’il faut critiquer, sans omettre ceux et celles qui affirment dire « la vérité » qu’il faut critiquer. (Cf. Politique)

Penser (« Réseaux sociaux ») (3) : (18 octobre) 2020. Entendu, ce jour, dans l’émission L’esprit public de France Culture, qualifier les « réseaux sociaux » de : « cloaques à ciel ouvert ». Sans doute, faut-il mieux chercher…. (Cf. Politique. Médias)

Penser (Riccoboni Marie-Jeanne) : 1757. Marie-Jeanne Riccoboni [1713-1792] dans Lettres de mistriss Fanni Butlerd, auteure de :
« Avez-vous plus d’esprit que moi ? Dans cette occasion, je voudrais ne pas le croire ; mais vous dites tout ce qui vous plait, cela vous donne une extrême facilité ; moi je dis souvent bien plus que je ne peux, et pourtant toujours bien moins que je ne pense… » 539 (Cf. Femmes, Hommes, Patriarcat)

Penser (Rire) : Je ne désire rire ni de l’autre, ni du monde, ni de moi. Je peux rire seul-e ou avec… (Cf. Féministe. Humour)

Penser (Rivière Jacques) : (11 mai) 1916. Jacques Rivière [1886-1925], alors prisonnier en Allemagne, auteur de :
« J’étudie enfin l’histoire dans les manuels afin de combler les lacunes énormes, impardonnables, dont je n’avais pas eu encore eu l’esprit d’avoir honte. Mon Dieu, que j’étais spécialiste ! Et quel tort ! Arriverai-je à la réparer à temps ? Que de bêtises j’eusse évitées, en étant un peu moins ‘littérateur’ ! Mais rien ne remplace l’expérience. Et pensais-je inventer ce dont je n’avais pas encore souffert ? » 540 (Cf. « Sciences » sociales, Histoire)

Penser (Robin Armand) : 1945. Armand Robin [1912-1961], dans Poèmes indésirables, auteur de : On supprimera la Foi / Au nom de la Lumière, / Puis on supprimera la lumière.
On supprimera l'Âme / Au nom de la Raison, / Puis on supprimera la raison.
On supprimera la Charité, Au nom de la Justice, / Puis on supprimera la justice.
On supprimera l’Amour / Au nom de la Fraternité, / Puis on supprimera la fraternité.
On supprimera l’Esprit de Vérité / Au nom de l’Esprit critique, / Puis on supprimera l’esprit critique.
On supprimera le Sens du Mot / Au nom du sens des mots, / Puis on supprimera le sens des mots.
On supprimera le Sublime / Au nom de l'Art, / Puis on supprimera l'art.
On supprimera les Écrits / Au nom des Commentaires, / Puis on supprimera les commentaires.
On supprimera le Saint / Au nom du Génie, / Puis on supprimera le génie.
On supprimera le Prophète / Au nom du poète, / Puis on supprimera le poète.
On supprimera l’Esprit, / Au nom de la Matière, / Puis on supprimera la matière.
Au nom de rien, on supprimera l’homme.
On supprimera le nom de l’homme.
Il n’y aura plus de nom.
Nous y sommes. (Cf. Langage. Mots)

Penser. Rousseau Jean-Jacques :

Penser (Rousseau Jean-Jacques) (1) : 1762. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Émile ou de l’éducation, auteur de :
« L’homme ne commence pas aisément à penser, mais sitôt qu’il commence il ne cesse plus. Quiconque a pensé, pensera toujours, et l’entendement une fois exercé à la réflexion ne peut plus rester en repos. » 541

Penser (Rousseau Jean-Jacques) (2) : 1762. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Émile ou de l’éducation, auteur de :
« […] Et quoi qu’en dise la philosophie, j’oserai prétendre à l’honneur de penser. » 542 (Cf. Philosophie)

Penser (Rousseau Jean-Jacques) (3) : 1762. Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], dans Émile ou de l’éducation, auteur de :
« Au lieu de vous dire ici de mon chef ce que je pense, je vous dirai ce que pensait un homme qui valait mieux que moi. […] Je ne vous propose point le sentiment d’un autre ou le mien pour règle ; je vous l’offre à examiner. » 543

Penser. Sand George :

Penser (Sand George) (1) : 1833. George Sand [1804-1876], dans Lélia, écrit :
« J’avais méprisé jadis la règle dans les études. En me l’imposant dans ma retraite, je m’étais flattée que mes pensées perdraient de leur vigueur. Elles redoublèrent de force en s’organisant mieux dans mon cerveau. En s’isolant les unes des autres, elles prirent des formes plus complètes ; après avoir erré longtemps dans un monde de vagues perceptions, elles se développèrent en remontant à la source de chaque chose et prirent une singulière énergie dans l’habitude et le besoin des recherches. » 544 (Cf. Êtres humains. Cerveaux, Penser. Méthode)

Penser (Sand George) (2) : 1852. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie, rapporte cette réaction de sa mère à une question qui lui était posée par sa grand-mère [belle-mère] :
« Vous m’en demandez trop long, disait ma mère ; je n’ai pas été habituée à raisonner mes sentiments ; je vais comme je me sens poussée, et tout ce que mon cœur me conseille je le fais sans en demander la raison à mon esprit. » 545

Penser (Sand George) (3) : (24 août) 1861. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Francis Laur [1844-1934], auteure de :
« Ne rechigne à aucune lecture, tout est dans tout, c’est-à-dire qu’il n’y a rien qui ne renferme quelque chose. » 546 Si juste. (Cf. Philosophie)

Penser (Sand George) (4) : (24 avril) 1867. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Louis Viardot [1800-1883], auteure de :
« Si la raison et l’expérience fermaient le livre de la vie intellectuelle, elles ne vaudraient pas beaucoup mieux que les chimères et les superstitions d’un spiritualisme mal entendu. Je pense, moi, que vous n’avez pas assez tenu compte de l’importance du sentiment dans les éléments de la certitude. Vous trouvez trop commode de la supprimer comme une aimable hypothèse, vous oubliez qu’il a juste autant de valeur que la raison et que l‘induction ne le cède en rien à la déduction. Je ne vous donnerai pas la clé qui ouvrira ces deux portes à la fois pour nous faire pénétrer dans le monde des idées complètes. Je ne l’ai pas, je suis trop bête, mais je sais bien qu’il y a une double entrée et que vous ne frappez qu’à une seule. Sur ce, continuez à frapper, cela ne peut faire que du bien, car le seul mal, ce sont les portes qui ne s’ouvrent pas. »
Quelle pertinence d’analyse, laquelle si connue, prise en compte à sa juste valeur, commentée, analysée, critiquée eut été si utile à tous ceux et celles aux quel-les la raison, la rationalité ont été jetées au visage comme autant d’anathèmes. 547 (Cf. Féminisme. Penser le féminisme, Penser. Sentiments, Raison. Vérité. Sand George, « Sciences » sociales)

Penser (Sand George) (5) : (6 mars) 1869. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Jules [1830-1870] et Edmond de Goncourt [1822-1896], après une référence à « l’art » comme « manifestation humaine » et plus précisément à Madame Gervaisais [1869] auteure de :
« […] La vie a mille voix, celle de l’homme les résume, mais c’est toujours par une interprétation où il les domine et reste, lui, le maître, l’artiste, le créateur de la création. […]
Il me semble que vous avez employé un ciment qui ne soutient pas les précieux matériaux de votre édifice. Si je me trompe, il n’y a pas grand mal, il n’y en a même aucun, on ne blesse et on ne retarde que les faibles. » 548 (Cf. Culture, Penser. Critique, Politique. Liberté de penser)

Penser (Sand George) (6) : (7 septembre) 1872. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Émile de Girardin [1802-1881], auteure de :
« […] Permettez-moi de ne pas pouvoir accepter votre savant et ingénieux système. Je n’ai pour me défendre de tous les systèmes aujourd’hui en circulation que mon instinct qui est obstiné et que je ne suis pas libre d’étouffer. […] » 549

Penser (Sand George) (7) : (18 mai) 1874. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Charles Buloz [1843-1905], auteure de :
« Je ne crois pas à la prime pour mes romans. Votre assemblée doit être composée de gens bien-pensants, et moi je pense mal et je penserai toujours de même. » 550

Penser (Satire) : François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de : « […] car je hais l’esprit satirique, comme étant l’esprit le plus petit, le plus commun et le plus facile de tous. » 551

Penser (Savoir) : Penser c’est comprendre ce que l’on sait sans avoir préalablement su qu’on le savait parce que tout a été fait pour qu’on ne le comprenne pas. (clair ?)

Penser (Scientisme) : Le « scientisme » ne peut être le seul fait de [réels] scientifiques… pas plus que le dogmatisme ne peut être le fait de personnes qui ont l’ambition et le projet de penser par elles-mêmes.

Penser (Sentiments) : À marteler que les « bons sentiments » font [de] la mauvaise littérature, que pensez-vous qu’il advint ? Laisser la norme littéraire aux salauds, aux menteurs, aux cyniques…? À Sade… (Cf. Culture. Gide André : « On ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments », Violences. Sade)

Penser (Serge Victor) : (25 janvier) 1943. Victor Serge [1890-1947] écrit dans ses Carnets :
« Ne pas chercher à ‘être personnel’ : c’est le dernier moyen de l’être.
Une dame me dit : ‘Je tiens que ce genre d’art ne vaut rien, etc.. Je pense que…’ J’ai envie de lui répondre : C’est très bien que vous pensiez, Madame, mais il serait plus important de penser juste. Car ce n’est pas votre pensée - en admettent que ce soit de la pensée - qui vaut à cause de vous, mais vous qui devez valoir par votre pensée.
En toutes choses, il y a une vérité qui ne nous est nullement personnelle, qui exprime des nécessités indépendantes de nous et c’est cela qu’il faut pénétrer, comprendre pour se prononcer ensuite. Les petits partis pris des uns et des autres n’ont rien à voir avec cette réalité-vérité impersonnelle. » 552 (Cf. Culture. Serge Victor, Êtres humains. Soi, Psychanalyse. Serge Victor)
- Une grande intelligence, émanant d’un homme qui a tant vécu et tant compris…
N.B. J’ai cependant un peu regretté dans son analyse une pointe de mépris, inutile.

Penser (Sévigné Madame de) : (8 décembre) 1679. Madame de Sévigné [1626-1696], dans un lettre à sa fille, madame de Grignan [1646-1705], écrit :
« Je penserais comme vous si j’étais à votre place. […] » 553 (Cf. Femme Écrivaine. Mère)

Penser (Silence) : 1921. Ludwig Wittgenstein [1889-1951], auteur de :
« […] sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence. » 554 (Cf. Penser. Wittgenstein Ludwig)

Penser (Sophisme) : (31 octobre) 1821. Paul-Louis Courier [1772-1825], dans une lettre à son épouse [Herminie Clavier. 1796-1843] lui écrit :
« Tu as bien fait de ne pas aller au déjeuner. Il est sûr que tu as bien fait car ne voyant personne ordinairement, il eut été mal de voir du monde en mon absence. Cela aurait fait croire que je te tenais malgré toi dans la solitude. » 555

Penser (Soupiot Alain) : 2018. Alain Soupiot, auteur de :
« […] Je ne fais qu’analyser. Ne prenez rien de ce que je dis ici comme une critique ou des jugements normatifs. J’insiste beaucoup là-dessus et je ne plaisante pas en disant ça. Le problème est d’essayer de comprendre les transformations profondes qui sont à l’œuvre dans notre système juridique. Après, on peut avoir des opinions. […]
Il s’agit de trouver dans ces concepts juridiques [émanant du droit féodal] des clés d’analyses des bouleversements institutionnels qui sont à l’œuvre derrière la notion de critique de la globalisation. .
Encore un fois, mon propos n’est pas de porter un jugement de valeur sur ces bouleversements, mais plutôt d’essayer de les comprendre en usant de sources d’analyses juridiques.
Il n’est pas d’avantage de faire de ces bouleversements une lecture culturaliste qui consisterait à faire rentrer le nouveau dans l’ancien comme si l’histoire, en se faisant, ne donnait pas le jour à des configurations juridiques inédites.
[…]
Il y a tout à réinventer.
Nous sommes tous dans le même bateau. Il faut essayer de ramer ensemble après avoir un peu repéré les écueils.
» 556 (Cf. Droit, Patriarcat, Politique, Économie, Histoire)
N.B. Je ne crois pas à la méthode - dissociative - de pensée qu’il affirme ici, ni à l’unanimisme in fine rapidement évoqué. Mais ses innombrables - radicales - analyses sont souvent éblouissantes. Une seule phrase, resituée dans une analyse qui la structure et qui est posée comme telle, dévoile par elle-même, en elle-même, sa justesse explicative. Et fait fondre comme neige au soleil des monceaux d’analyses qui s’avèrent dès lors, de par sa seule force, inappropriés… Quels bonheurs que de l’écouter. (Cf. Penser. Opinion)

Penser (Spinoza) : (2 juillet) 1656. Voici le texte - tel que reproduit par André Gide [1869-1951] dans son Journal - de l’excommunication prononcée contre Spinoza [Baruch. 1632-1677] : « Qu’il soit maudit le jour et maudit la nuit… Dieu puisse ne lui pardonner jamais. Nous ordonnons que nul n’ait commerce avec lui, par la parole ou par l’écrit, que nul jamais en lui donne la moindre marque d’amitié, ne l’approche ou n’habite sous le même toit que lui, que nul ne lise aucun ouvrage écrit ou composé par lui. » 557 Raté… (Cf. Culture. Censure, Philosophie. Spinoza Baruch)

Penser. Staël Germaine de :

Penser (Staël Germaine de) (1) : 1821. Germaine de Staël [1766-1817], dans Dix années d’exil, [édition posthume], auteure de :
« Peu de temps après le 18 brumaire […], Joseph Bonaparte [1768-1844], dont j’aimais l’esprit et la conversation, vint me voir et me dit : ‘Mon frère se plaint de vous. Pourquoi, m’a-t-il répété hier, pourquoi madame de Staël ne s’attache-t-elle pas à mon gouvernement ? Qu’est-ce qu’elle veut ? Le payement du dépôt de son père ?, je l’ordonnerai ; le séjour à Paris ? je le lui permettrai. Enfin, qu’est-ce qu’elle veut ? - ‘Mon Dieu, répliquai-je, il ne s’agit pas de ce que je veux, mais de ce que je pense’. » 558 (Cf. Femmes. « Attachées »)

Penser (Staël Germaine de) (2) : 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans les Observations générales qui précèdent son livre De l’Allemagne, auteure de :
« Les opinions qui diffèrent de l’esprit dominant, quel qu’il soit, scandalisent toujours le vulgaire : l’étude et l’examen peuvent seuls donner cette libéralité de jugement, sans laquelle il est impossible d’acquérir des lumières nouvelles ou de conserver même celles que l’on a.
Car on se soumet à de certaines idées reçues, non comme à des vérités, mais comme au pouvoir ; et c’est ainsi que la raison humaine s’habitue à la servitude dans le champ même de la littérature et de la philosophie
. » 559
N.B. Nous sommes tous et toutes peu ou prou parties prenantes du « vulgaire ». (Cf. Femmes. Remarquables. Staël Germaine de, Penser. Morale. Opinion, « Sciences » sociales. Philosophie)

Penser (Staël Germaine de) (3) : 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans De l’Allemagne, auteure de : « Sans doute, il n’y a pas de fiction, il n’y a pas même d’évènement réel dont on ne puisse tirer une pensée ; mais il faut que ce soit l’évènement qui amène la réflexion, et non pas la réflexion qui fasse inventer l’évènement. […] » 560 (Cf. Histoire)

Penser (Stalinisme) : 2017. Liliana Lounguine [1920-1997] dans Mot à mot. Une vie dans le siècle soviétique, concernant la pensée dans l’Union soviétique de Staline [1878-1953] pendant la seconde guerre mondiale, en présente ainsi l’analyse :
« Le réalisme soviétique se caractérisait pas une sorte d’approche primaire de la réalité : ce qui est complexe n’est pas univoque, or tout doit être univoque.
Les idéologues veillaient scrupuleusement à la transparence du style, indispensable au maintien de leur pouvoir. Cela correspondait en outre au niveau intellectuel des personnes chargées du respect de l’idéologie. Il fallait veiller à l’évidence la plus primaire, la plus élémentaire. Le moment de l’interprétation était dangereux. […]
C’était évidemment la victoire de la médiocrité de la pensée, médiocrité, sans la moindre trace d’obscurité ou de mystère. […]
Tout ce qui prêtait à questionnement et pouvait être considéré sous plusieurs angles était rejeté. […] » 561 (Cf. Langage. Style, Penser. Vérité, Politique. Idéologie)

Penser (Steiner George) : 1995. George Steiner [1929-2020], dans un Entretien paru dans Les logocrates, considère que :
« Penser est une entreprise solitaire, cancéreuse, autiste, folle : être capable de se concentrer profondément, d’aller au fond de soi. Très rares sont ceux qui savent penser. » 562

Penser (Stendhal) : 1830. Stendhal [1783-1842], dans Le rouge et le noir, évoque les difficultés de Julien au séminaire :
« Ce fut vers ce temps que Julien crut pouvoir tirer parti pour sa considération du livre Du pape, par M. de Maistre, mais ce fut encore un malheur. Il leur déplut en exposant mieux qu’eux-mêmes leurs propres opinions. M. Chélan avait été imprudent pour Julien comme il l’était pour lui-même. Après lui avoir donné l’habitude de raisonner juste et de ne pas se laisser payer de vaines paroles, il avait négligé de lui dire que, chez l’être peu considéré, cette habitude est un crime ; car tout bon raisonnement offense. » 563 (Cf. Penser. Opinion)

Penser (Suivisme. Sartre Jean-Paul) : 1950. Jean-Paul Sartre [1905-1980], auteur de :
« […] au moment où je croyais qu’il me montrait la route (Jdanov [1896-1948]…), je me suis aperçu qu’il s’égarait. » […]. 564
Ne suivre la route de personne…

Penser. Stéréotype :

Penser (Stéréotype) (1) : L’emploi du terme de « stéréotype » - centré sur la représentation d’un sujet, d’un objet - telle qu'elle y est habituellement admise et véhiculée interdit toute prise en compte de ruptures, d’évolution, de modification, d’inversion des valeurs.
- Un exemple : un homme politique anglais affirmait que des enfants [se] demandaient à la fin du ‘règne’ de Margaret Thatcher [1925-2013] « si un homme pouvait devenir Premier ministre ». 565 (Cf. Féminisme. Stéréotypes, Penser. Réalité, Patriarcat)

Penser (Stéréotype) (2) : Ce sont moins les « stéréotypes » qu’il faut interroger, critiquer - car ils ont nécessairement leur part de vérité - que l’usage qui en est fait, que la fonction qui leur est attribué ; et donc que le cadre dans lequel ils s’insèrent. Et le regard de l’analysant-e. (Cf. Patriarcat. Histoire)

Penser (Stéréotype) (3) : Lutter contre les stéréotypes comporte une limite d’envergure : tous les stéréotypes comportent une part de vérité.

Penser. « Tabou » :

Penser (« Tabou ») (1) : Révéler, dénoncer un « tabou », n’est une garantie ni de vérité, ni de transgression, ni de progressisme ; en effet : ne prémunit d’aucun préjugé.
Dénoncer un tabou ne permet pas de penser ce dont le tabou est - serait - l’objet de la réflexion. (Cf. Féminisme. Tabous, Penser. Pensée. Préjugé)

Penser (« Tabou ») (2) : Affirmer vouloir « briser tous les tabous », sans distinction, c’est aussi, sous couvert de subversion, légitimer, faute d’analyse, la barbarie passée, présente, future.

Penser (« Tabou ») (3) : Critiquer les « tabous », en tant qu’empêchements à la pensée critique, n’a aucun sens : car : qui en décide ? sur quels fondements ?

Penser (« Tabou ») (4) : Tout pouvant être qualifié de « tabou », tout peut revenir à l’équivalence et être traité comme tel.

Par ordre chronologique. Penser. Tabou :

Penser (« Tabou ») (1) : 1996. Régis Debray, dans Loués soient nos seigneurs. Une éducation politique, écrit : « Là où il y a tabou, il y a mensonge. »
Des lignées, des myriades, des siècles de mensonges… 566

Penser (« Tabou ») (2) : (23 août) 2019. Entendu ce jour sur Arte évoqués comme exemples de tabous :
« la guerre en ex-Yougoslavie et la mort d’une sœur ». (Cf. Langage. Zeugma)

Penser (« Tabou ») (3) : (21 janvier) 2020. Lu ce jour :
« Des affiches arborant un clitoris, une culotte avec dessus brodé "Non c'est non"... Pour la promotion de la saison 2 de la série Sex education, Netflix veut briser les tabous sur des sujets aussi simples que les règles ou le consentement. » (Cf. Corps, Clitoris, Êtres humains, Penser. Consentement, Sexes) 567

Penser. Temps :

Penser (Temps) (1) : Le temps n’est ni gagné, ni perdu ; il est vécu.

Penser (Temps) (2) : 1953. Witold Gombrowicz [1904-1969], dans son Journal, auteur de :
« Après tant d’années, remplies malgré tout d’effort tendu et de labeur, qui suis-je donc ? Un petit employé assassiné par sept heures passées quotidiennement à brasser la paperasse, étranglé dans toutes ses entreprises d’écrivain. Rien, je ne puis rien écrire en dehors de ce Journal ! Tout s’effondre pour la seule raison que, chaque jour que Dieu fait, sept heures durant je suis en train de trucider mon propre temps. » 568 (Cf. Êtres humains. Soi, Hommes. « Intellectuels », Économie)

Penser (Terkel Studs) : 1974. Lu dans Working. Histoires orales du travail aux États-Unis de Studs Terkel [1912-2008] :
« J’aimais ça, persuader les gens de penser. C’était ma contribution au monde. » 569

Penser. Théologie :

Penser (Théologie) (1) : 1762. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Étienne-Noël Damilaville [1723-1768], auteur de :
« La théologie m’amuse : la folie de l’esprit humain y est dans toute sa plénitude. » 570

Penser (Théologie) (2) : 1770. Paul Thiry d’Holbach [1723-1789], dans l’Essai sur les préjugés, auteur de :
« […] Cependant, quels fruits la théologie a-t-elle tiré de ses vaines recherches ? Hélas, elle n’a pu mettre aucun de ses principes à l’abri des plus fortes attaques ; on lui a contesté jusqu’à l’existence du dieu qui lui sert de base. Elle a en effet rendu ce dieu méconnaissable et totalement impossible aux yeux de la raison et de la vertu par les fables qu’elle a débitées, par les qualités contradictoires et incompatibles qu’elle a entassées sur lui, par la conduite ridicule et bizarre qu’elle lui a prêtées, par les faux raisonnements qu’elle a faits sur sa nature et sa façon d’agir.
Ainsi de siècle en siècle, elle n’a fait que s’obscurcir et s’élancer dans ses propres filets, elle n’a fait qu’aveugler l’esprit humain, elle n’a produit que des querelles, des schismes, des animosités qui ont fait couler à grands flots le sang des mortels frénétiques qu’elle avait pris soin d’enivrer. » 571 (Cf. Hommes. Féminisme. Penser. Idées. Préjugé. Vérité, Politique. Religion)

Penser. Théorie :

Penser (Théorie) (1) : Une théorie : souvent, une arme massive de protection [de soi]. Mais aussi, un bâton d’aide à la marche, une béquille, voire une canne blanche [pour aveugles et mal voyants]. Une prothèse ? Un apport [magistral] à déconstruire ? (Cf. Patriarcat. Théorie)

Penser (Théorie) (2) : Rompre radicalement avec l’idée selon laquelle « la théorie » serait « le stade suprême » de la pensée.

Penser (Théorie) (3) : Révéler, dénoncer, critiquer une faille, un faiblesse, une absurdité d’une théorie - quelle qu’elle soit - résoudre un conflit, améliorer une théorie n’apporte rien à la connaissance du réel.

Penser (Théorie) (4) : S’assigner pour projet d’aller « à la recherche du patriarcat », c’est certes penser avec, grâce à une « théorie », mais sans en remettre en cause la nécessité, c’est ne pas pour autant la considérer comme, théorisée, stable, close, figée ; c’est, à l’inverse, sans cesse, enrichie, interrogée, elle-même déstabilisée, lui créer une ambition telle qu’elle soit à même d’en déstabiliser d’autres. (Cf. Patriarcat)

Par ordre chronologique. Penser. Théorie :

Penser (Théorie) (1) : (9 septembre) 1810. Benjamin Constant [1767-1830], dans une lettre à la comtesse de Nassau [1789-1813], sa tante, auteur de :
« […] La théorie n’est le plus souvent que l’explication de l’apologie d’une pratique qu’on n’avoue pas ; c’est comme la poétique dont chaque auteur de tragédie fait précéder son poème ; il cherche à faire des règles générales pour motiver [cacher ?] ses défauts particuliers. » 572 Pertinent…

Penser (Théorie) (2) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de : « Tu prends ces théories-là pour des paroles oiseuses, mais il vient un moment où elles se transforment en coups de fusils ou en guillotine. » 573 (Cf. Langage. Mots)

Penser (Théorie) (3): (29 septembre) 1866 : George Sand [1804-1876], dans une lettre à Gustave Flaubert [1821-1880], auteure de :
« Moi, je n’ai pas de théories. Je passe ma vie à poser des questions et à les entendre résoudre dans un sens ou l’autre, sans qu’une conclusion victorieuse et sans réplique m’ait jamais été donnée. » 574

Penser (Théorie) (4) : 1929. Léon Trotsky [1879-1940], dans Ma vie, cite une phrase de Lénine en 1905 : « […] Il est naturel que moi, en tant que théoricien, j’ai porté une attention sur la côté théorique de la question […] » et il écrit trois pages plus loin :
« Lénine était supérieur à ses disciples (sic) à un tel degré que, devant lui, ils se tenaient comme exemptés de la nécessité de résoudre par eux-mêmes les problèmes de théorie et de tactique. » 575 (Cf. Homme. Chef, Politique. Hiérarchie, Histoire)

Penser (Théorie) (5) : (22 juin) 1930. André Gide [1869-1951], concernant Maurice Barrès [1862-1923], dans son Journal, écrit :
« Cette théorie, on ne peut pas dire précisément qu’elle soit fausse ; mais comme toutes les théories, au bout d’un certain temps et une fois accompli le petit progrès qu’elles étaient susceptibles de permettre à l’esprit, elles n’invitent plus celui-ci qu’à la paresse et bientôt travaillent à empêcher son développement. » 576 Pertinent, mais… superficiel ?

Penser (Théorie) (6) : 1930. Hermann Broch [1866-1951], dans Les somnambules, auteur de : « Tant que la théorie ne s’est pas elle-même déclarée en faillite, elle continue à s’appuyer sur la confiance générale et la réalité se subordonne à elle. » 577 Pertinent et fort juste. Mais combien de théories se sont-elles d’elles-mêmes sabordées ? (Cf. Penser. Pensée. Broch Hermann, « Sciences » sociales)

Penser (Théorie) (7) : 1994. George Steiner [1929-2020], dans un Entretien publié dans Les logocrates, auteur de :
« […] La théorie nous épargne le temps de la réflexion. » 578

Penser (Théorie) (8) : 1997. George Steiner [1929-2020], dans Errata, écrit :
« J’ai conduit ma vie affective, intellectuelle et professionnelle dans la méfiance de la théorie. » 579 (Cf. Penser. Pensée. Abstraction)

Penser (Tolstoï Léon) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910], dans La guerre et la paix, auteur de : « Les éléments qui composaient son existence étaient toujours les mêmes, mais avaient perdu toute cohésion. Il ne lui passait plus par l’esprit que des visions isolées sans aucun lien entre elles. » 580

Penser (Trump Donald) : 2017. Donald Trump, après avoir élu à la présidence des États-Unis et prêté serment sur deux Bibles - présentées à lui par son épouse - auteur de :
« Le temps des paroles creuses est fini. » The time for empty talk is over. ») 581 Grave, si grave. Terrifiant… (Cf. Politique)

Penser (Universalisme) : Récuser, exclure a priori toute idée, toute pensée, toute revendication de l’universalisme, toute aspiration à l’universalisme, sauf à reprendre des truismes, souvent nationalistes par ailleurs. En écrivant cela, je m’étonne de l’évidence - pour moi, du moins - de cette assertion. Une précaution (nécessaire ?) : le relativisme n’est pas le contraire de l’universalisme. (Poursuivre) (Cf. Penser. Relativisme)

Penser. Utilitarisme :

Penser (Utilitarisme) (1) : (31 mars) 1773. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Frédéric II, Landgrave de Hesse-Cassel [1720-1785] le félicite de « son heureux mariage » (avec la nièce de Frédéric II, roi de Prusse. [1712. 1786]) et poursuit :
« Le roi de Prusse m’a fait un portrait charmant de Madame la Landgrave. Il dit que c’est de toutes ses nièces la plus belle et la plus aimable. Jouissez de votre bonheur ; vous avez trouvé l’agréable et l’utile. ».
- La femme, « par nature », belle, aimable, agréable ; « par destination », utile ? 582 (Cf. Femme. Famille. Mariage, Langage. Féminisation du langage, Patriarcat, Politique. Utilitarisme)

Penser (Utilitarisme) (2) : (23 juillet) 1932. André Gide [1869-1951], dans son Journal écrit, fort pertinemment :
« Ils chercheront à supprimer tout ce dont ils ne comprendront pas aussitôt l’usage. » 583
Il s’agit même d’un processus mental qui nous concerne tous et toutes quotidiennement.

Penser. Valeur :

Penser (Valeur) (1) : Nécessité de - d’emblée - différencier toute pensée de la valeur (indissociable de celle de dignité) des êtres humains de celle relatives aux choses, aux biens, aux marchandises, à la monnaie, aux animaux, à la nature. Et établir entre les deux approches un mur infranchissable. (Cf. Politique. Libéralisme. Critique, Économie)

Penser (Valeur) (2) : Si des intérêts sont, dans un monde libéral, par définition, négociables, dans aucun monde, des valeurs ne devraient l’être.

Penser (Valeur) (3) : Rien n’est souvent plus insupportable à ceux et celles qui tiennent au maintien de leurs pouvoirs que d’entendre l’invocation, à leur encontre, de valeurs : ils /elles évoquent alors pour les délégitimer pressions psychologiques, endoctrinements, intérêts masqués, immaturités, incompétences…

Penser (Valeur) (4) : Ils / elles étouffèrent la question des valeurs en les noyant sous les jugements de valeur.

Penser (Valeur) (5) : Avant toute référence aux valeurs, penser à les distinguer des intérêts ; où, du moins, tenter de la faire.

Penser (Vaneigem Raoul) : 1967. Raoul Vaneigem, dans Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations, auteur de :
« […] C’est pourquoi il n’est rien dans les notes qui suivent qui ne doive être éprouvé et corrigé par l’expérience immédiate de chacun. Rien n’a tant de valeur qu’il ne doive être recommencé, rien n’a assez de richesse qu’il ne doivent être enrichi sans relâche. » 584 (Cf. Féminisme, Penser. Valeur, Philosophie. Vaneigem Raoul)

Penser (Vauvenargues) : Vauvenargues [1715-1747], dans ses Réflexions et maximes, auteur de : « Personne n’est sujet à plus de fautes que ceux qui n’agissent que par réflexion. » 585

Penser (Vinci Léonard de) : Léonard de Vinci [1452-1519], auteur de :
« Rien ne peut être inscrit comme étant le résultat de recherches nouvelles. » 586 Utile, afin d’éviter d’accorder une importance indue à ses propres recherches.

Penser (Vivre) : Ce qui n’est pas vécu, ce qui exige de refouler ses émotions, ses colères, ses intuitions, ses assurances, ses contradictions, ne peut être pensé. Tout refoulement est perpétuation et caution du monde, délesté de toute possibilité de sa critique. (Cf. Êtres humains. Pervers, Hommes. Pervers narcissiques, Psychanalyse)

Penser (Voix) : Du seul ton de sa voix qui donnait le sentiment de ne pouvoir jamais être en colère, s’extasier, s’indigner, et même tout simplement l’engager, on pouvait - presque …- en déduire ses idées ; et le rythme de son phrasé ne faisait qu’accentuer le malaise.

Penser. Voltaire :

Penser (Voltaire) (1) : Pourquoi les lettres de Voltaire [1694-1778] sont-elles si passionnantes ? Dans ses Lettres, Voltaire flatte, fait pitié, cajole, s’interpose, harcèle, se modestise, se fait tout petit, [se] vante, n’oublie rien, rappelle, s’écrase, échange, utilise, instrumentalise, menace, injurie, dénonce, s’inquiète, exprime ses craintes, ses espoirs, ses espérances, attend des ordres, se moque, ridiculise, embellit, analyse, décrit, regrette, informe, se vante, philosophe, seigneurise, plaisante, [se] contredit, s’arrange avec la vérité, ment, propose, dispose, offre, s’attriste, questionne, répond, informe, déforme, négocie, s’extasie, ridiculise, s’indigne, se vante, latinise, se met en valeur, versifie, s’attriste, s’amuse, pardonne, plaisante, fait la leçon, demande pardon, encourage, exagère, persécute, compare, hiérarchise, [se] justifie, imagine, suppute, historicise, conseille, moralise, transmet, embauche, décrie, marie, réforme, [se] moque, remue ciel et terre, accable, calcule, recommande, instruit, joue avec [sur] les mots, exprime sa honte, meurt sans cesse, s’oblige, jure le secret, pleure, prie, attend, suppose, gerroye, se souvient, estime, expérimente, jalouse, méprise, est fâché, importune, [se] console, prédit, joue la comédie [au propre et au figuré], sermonne, complimente, beaucoup, beaucoup, … (Poursuivre)
- Un puits sans fond. Une soif, à le lire, me concernant, jamais apaisée.

Par ordre chronologique. Penser. Voltaire :

Penser (Voltaire) (1) : (31 août) 1751. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au duc de Richelieu [1696-1788] écrit, concernant son livre, à paraître, Le siècle de Louis XIV :
« […] Je me suis constitué de mon autorité privée juge des rois, des généraux, des parlements, de l’église, des sectes qui la partagent. Voilà ma charge. Tout barbouilleur de papier qui se fait historien en use ainsi. […] »
Il évoque alors les sujets difficiles qu’il a néanmoins traités et il poursuit :
« J’ai dû et j’ai osé remplir tous ces devoirs, peut être dangereux, en disant ainsi la vérité, j’ose me flatter jusqu’à présent (car je peux me détromper) que j’ai élevé à la gloire de Louis XIV un monument plus durable que toutes les flatteries dont il a été accablé pendant sa vie. » 587 (Cf. Penser. Critique. Voltaire. Vérité, Politique. Autorité, Histoire)

Penser (Voltaire) (2) : (23 juin) 1752. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Charlotte-Sophie von Altenburg, comtesse Bentinck [1715-1800], lui écrit :
« […] Il faut philosopher avec des personnes comme vous. Le vulgaire ne mérite pas qu’on pense à l’éclairer. »
- le 5 septembre 1752. Voltaire exprime, dans une lettre adressée à Frédéric II. roi de Prusse, [1712-1786], une idée - peu honorable - proche :
« Il serait à souhaiter que ces opinions se répandissent de plus en plus sur la terre. Mais combien d’hommes ne méritent pas d’être éclairés ! » 588 (Cf. Penser. Critique. Opinion. Voltaire)

Penser (Voltaire) (3) : (1er octobre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au marquis d’Argence [1703-1772], lui écrit :
« Vous avez grande raison de rejeter toutes les idées populaires. Jamais les sages n’ont pensé comme le peuple. » 589 (Cf. Êtres humains, Politique. Peuple)

Penser (Voltaire) (4) : (13 octobre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à madame du Deffand [1697-1780] lui écrit :
« […] Que j’aime les gens qui disent ce qu’ils pensent ! C’est ne vivre qu’à demi que n’oser penser qu’à demi ! » 590 (Cf. Penser. Critique. Voltaire)
Et tant se gâchent la vie à ne pas oser ce qui justement la rendrait plus légère…

Penser (Voltaire) (5) : (18 février) 1760. Voltaire [1674-1778], dans une lettre à madame du Deffand, [1697-1780], lui écrit :
« […] Un ouvrage, quel qu’il soit est toujours assez passable quand il donne occasion de penser. » 591 (Cf. Penser. Critique. Voltaire)

Penser (Voltaire) (6) : (20 janvier) 1763. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Jacob Vernes [1728-1791], auteur de :
« La crainte de déplaire est l’éteignoir de l’imagination. » 592 (Cf. Penser. Critique. Voltaire)

Penser (Voltaire) (7) : (19 novembre) 1765. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Étienne-Noël Damilaville [1723-1768], écrit :
« Détruisez les plates déclamations, les misérables sophismes, les faussetés historiques, les contradictions, les absurdités sans nombre ; empêchez que des gens de bon sens ne soient les esclaves de ceux qui n’en ont point. » 593 (Cf. Penser. Critique. Voltaire, Histoire)

Penser (Voltaire) (8) : (30 novembre) 1765. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Étienne-Noël Damilaville [1723-1768], écrit :
« […] Mais n’importe d’où vienne la lumière pourvu qu’elle éclaire. » 594

Penser (Voltaire) (9) : (1er avril) 1766. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Étienne-Noël Damilaville [1723-1768], écrit :
« […] J’entends par peuple la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ou la capacité de s’instruire, ils mourraient de faim avant de devenir philosophes, il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir comme moi une terre, et si vous aviez des charrues vous seriez bien de mon avis, ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes, cette entreprise est assez forte et grande.
[…] Aussi doit-on prêcher la vertu au plus bas peuple. […]
Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. »
- Le 13 avril 1766, Voltaire poursuit :
« Le bas peuple en vaudra certainement mieux quand les principaux citoyens cultiveront la sagesse et la vertu. Il sera contenu par l’exemple qui est la plus belle et la plus forte des vertus. […]
L’exemple seul fait [un honnête homme] et c’est la seule manière d’instruire l’ignorance des villageois. Ce sont donc les principaux citoyens qu’il faut d’abord éclairer. […]
Il faut que la lumière descende par degrés ; celle du bas peuple sera toujours fort confuse. Ceux qui sont occupés à gagner leur vie, ne peuvent l’être d’éclairer leur esprit. Il leur suffit de l’exemple de leurs supérieurs. »
- Enfin, le 28 avril 1766, il conclut concernant un ouvrage de Fréret [1688-1749]
« Ceux qui l’ont vu me disent qu’il est très bien raisonné. C’est un grand service rendu aux gens qui veulent être instruits. Les autres ne méritent pas qu’on les éclaire. Il est très certain que la raison fait de grands progrès, mais ce n’est jamais que chez un petit nombre de sages. […] » 595 (Cf. Culture, Relations entre êtres humains. Exemple, Hommes. « Intellectuels », Penser. Critique. Voltaire, Politique. Démocratie. État. Morale. Peuple, Philosophie. Voltaire)
- On comprend mieux l’obsession haineuse de Voltaire contre Rousseau, et mieux ce qui nous a été présenté comme - et ce que signifie aussi : « le siècle de Voltaire » - lui-même à resituer dans ce que l’on présente, sans nuances, comme le siècle de l’Encyclopédie et des Lumières.

Penser (Voltaire) (10) : (1er juillet) 1766. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à D’Alembert [1717-1783], auteur de :
« Je suis comme l’évêque de Noyon [François de Clermont-Tonnerre] qui disait dans un de ses sermons : ‘Mes frères, je n’ai pris aucune vérité que je viens de vous dire, ni dans l’écriture, ni dans les Pères ; tout cela part de la tête de votre évêque. » 596 (Cf. Penser. Vérité. Voltaire)

Penser (Voltaire) (11) : (26 décembre) 1767. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à D’Alembert [1717-1783], auteur de :
« Consolons-nous : un temps viendra où il sera permis de penser en honnête homme. » 597

Penser (Voltaire) (12) : (31 août) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Étienne-Michel Bouret [1710-1777], auteur de :
« Répéter ce que les autres ont dit, c’est ne savoir que dire. » 598 (Cf. Penser. Répéter)

Penser (Voltaire) (13) : (13 septembre) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Richard (négociant), lui écrit :
« Je vous félicite, Monsieur, de vivre dans le plus beau pays de la nature [Espagne] où ceux qui se contentaient de penser commencent à oser parler, et où l’Inquisition cesse un peu d’écraser la nature humaine. » 599

Penser (Voltaire) (14) : (octobre-novembre) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Charles-Joseph Panckoucke [1736-1798], auteur de :
« Ces malheureux cherchent à penser pour vivre et moi je n’ai vécu que pour penser. » 600

Penser (Voltaire) (15) : (2 novembre) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au chevalier Jacques de Rochefort D’Ally [1698-1776], après avoir fortement dénoncé les censeurs - « les commis à la douane des pensées » - et la censure, écrit :
« Je resterai constamment dans ma solitude jusqu’à ce que je voie ces jours heureux où la pensée sera bannie du monde et où les hommes seront parvenus au noble état des brutes. » 601

Penser (Voltaire) (16) : (18 novembre) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Marie-Louise Denis [1712-1790] lui écrit :
« On me mande que le roi du Danemark avait dit au roi de France que je lui avais appris à penser. Un prince qui parle ainsi était bien en état de penser sans moi. » 602

Penser (Voltaire) (17) : (23 décembre) 1768. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à Marie-Louise Denis [1712-1790] lui écrit :
« Le grand point est de voir les choses comme elles sont, d’oublier l’auteur, et de ne juger que l’ouvrage. » 603

Penser (Voltaire) (18) : (20 avril) 1766. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au comte d’Argental [1700-1788] évoque « les gens pensants, qui gouvernent à la longue les autres. » 604

Penser (Voltaire) (19) : (20 décembre) 1770. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Charles Dupaty [1746-1788], auteur de :
« Si vous voulez venir chez moi, vous me rendrez la vie, car vous me ferez penser. » 605

Penser (Voltaire) (20) : (25 janvier) 1772. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Jacques Mallet du Pan [1749-1800], auteur de :
« Par quelle fatalité malheureuse les hommes en sont-ils venus au point de craindre qu’on ne pense ? » 606

Penser (Voltaire) (21) : (1er novembre) 1773. Voltaire [1694-1778], dans une lettre écrite à madame du Deffand [1697-1780] - qui « admirait sa patience de lire les ouvrages les plus ennuyeux du monde » - lui répond : :
« Je passe ma vie à chercher des pierres précieuses dans du fumier, et quand j’en rencontre, je les mets à part et j’en fais mon profit. » 607 (Cf. Culture. Livres)

Penser (Voltaire) (22) : (22 mars) 1775. Voltaire [1694-1778], dans une lettre au comte de Tressan [1705-1783], lui écrit :
« […] Tout vers, toute phrase qui a besoin d’explication ne mérite pas qu’on l’explique. […] » 608 Radical. (Cf. Langage, Penser. Idées. Claires)

Penser (Voltaire) (23) : (2 juillet) 1777. Voltaire [1694-1778], dans une lettre écrite à Jean de Vaines [1735-1803], avant, après 28 ans d’absence, son retour à Paris, auteur de :
« Si je suis encore en vie dans ce temps-là j’apprendrai de vous comment on pense à Paris, et surtout comment on doit penser, car en vérité je n’en sais rien. » 609

Penser (Wittgenstein Ludwig) : Ludwig Wittgenstein [1889-1951], auteur de :
« La pensée contient la possibilité de la situation qu’elle pense. Ce qui est pensable est également possible. » 610 Fondamental. (Cf. Penser. Silence)
* Ajout. 4 avril 2014. À penser avec :
« Ce qui est pensé est pensable. Ce qui est pensé est. » [Parménide] 611 (Cf. Philosophie)

Penser (Wharton Edith) : 1932. Edith Wharton [1862-1937], dans Les chemins Parcourus. Autobiographie, jeune écrivaine, cite le pertinent conseil qui lui fut prodigué par son ami Walter Berry [1929-2000] :
« Ne vous inquiétez pas de savoir comment poursuivre. Contentez-vous d’écrire tout ce que vous avez envie d’exprimer. » 612 (Cf. Femmes. Écrivaines. Wharton Edith)

Penser. Yourcenar Marguerite :

Penser (Yourcenar Marguerite) (1) : 1977. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Archives du Nord, auteure de :
« […] Agir et penser comme tout le monde n’est jamais une recommandation ; ce n’est pas toujours une excuse. À chaque époque, il est des gens qui ne pensent pas comme tout le monde, c’est-à-dire qui ne pensent pas comme ceux qui ne pensent pas. » 613

Penser (Yourcenar Marguerite) (2) : 1980. Marguerite Yourcenar [1903-1987], dans Les yeux ouverts, à la question : « Avez-vous mis en pratique ces vœux [les siens, ceux auxquels elle croit] ? », elle répondit :
« Une fois sur mille. Mais c’est déjà quelque chose que d’y penser. » 614

Penser (Zinoviev Alexandre) : 1990. Alexandre Zinoviev [1922-2006] dans Les confessions d’un homme en trop, auteur de :
« Le mensonge conscient remplaçait peu à peu la foi et l‘idéalisme romantique. En revanche, certains individus comprenait le sens terrible de ce qui se passait. Peu nombreux, ils n’exprimaient pas publiquement leurs opinions, mais le seul fait de ne pas penser comme tout le monde était déjà un acte de courage sans égal. » 615 (Cf. Penser. Opinion)

Penser. Zola Émile :

Penser (Zola Émile) (1) : (6 juillet) 1864. Émile Zola [1840-1902] écrit à Antony Valabrègue [1844-1900] : « Ici j’arrive à votre premier reproche, celui du caractère trop personnel de mon article. Trop personnel ! Bon Dieu ! Voudriez-vous que j’ai l’opinion du voisin, ou même celui de toute une foule ? On ne saurait être trop personnel. Ceux qui sont personnels se nomment Dante, Shakespeare, Rabelais, Molière, Hugon, etc.. Ceux-là n’ont jamais consenti à parler au nom des autres ; le moi remplit leurs œuvres. Je vous le demande , un écrivain peut-il écrire autre chose que ‘ Je pense ceci, je crois cela’ ? Un livre, un article, n’est jamais que l’opinion, que la pensée d’un seul ; il y aurait tromperie à vouloir nous les donner comme n’étant écrits par personne, et dès qu’ils ont quelqu’un pour auteur, nous devons voir ce quelqu’un, l’entendre rire et pleurer, le suivre dans sa raison et dans sa folie. Ce que nous cherchons dans une œuvre, c’est un homme. » 616
Cette critique, pour moi, imparable de Zola est, pour moi, valable pour l’ensemble des « sciences »-dites-sociales, philosophie, histoire, économie…incluses ; seul-es les ambitions, les objets, les sujets, les méthodes, les distinguent. En revanche leur auteur-e importe. (Poursuivre) (Cf. Êtres humains. Soi, Patriarcat, Penser. Opinion, Sciences sociales)

Penser (Zola Émile) (2) : 1885. Émile Zola [1840-1902], dans Germinal, auteur de :
« La honte de son ignorance s’en allait, il [Étienne Lantier] lui venait un orgueil depuis qu’il se sentait penser. » 617

V. Penser. Liberté :

Penser. Liberté :

Penser (Liberté) (1) : Tout manque à qui manque de liberté. Assertion ontologique, grandiloquente, présomptueuse, vaine donc (au mieux), certes. Et pourtant, je ne peux l’enlever. Je la maintiens donc, dans l’attente…
* Ajout. 30 avril 2014. Et si ce commentaire révélait tout simplement l’inanité des ‘grands mots’ dont l’emploi à satiété, par accumulations, par sédimentations successives, par exclusions incessantes de leurs contradictions, sclérosent toute pensée que d’emblée, ils étouffent ?

Penser (Liberté) (2) : Toute référence à la « liberté » d’une personne qui ne se précise pas : « à contraintes données » - ce qui ne signifie pas immuables, ni immodifiables - ne peut que cautionner les dites contraintes.

Penser (Liberté) (3) : En d’autres termes, plus clairs : à contraintes données, non contestées, tout - absolument tout - est justifiable. (Après avoir lu un ‘argument’ censé être fondé sur celui « du moindre mal »)

Penser (Liberté) (4) : Sans compréhension - qui ne peut être que limitée, partielle, partiale, singulière et politique - des genèses de ce terme, son usage ne peut qu’induire en erreurs.

Penser (Liberté) (5) : De quelques usages de l’emploi du mot « liberté », qui certes ne le délégitiment pas, mais qui ne permettent plus de l’employer sans réflexions :
La liberté d’avoir des esclaves, de regarder de la porno, de déclarer la guerre, de frapper, de tuer des manifestant-es, de refuser les vaccins, de ne pas traiter des sujets ‘gênants’, de démissionner, de poster des photos volées sur internet, d’avorter, d’avoir un enfant, de ne pas se marier, enfin, la liberté de pensée indissociable de celle d’insulter Mahomet, etc., etc… (Cf. langage. Mots)

Penser (Liberté ») (6) : Que, subitement, je me rende - réellement - compte que le même mot « liberté » puisse être employé pour « le commerce » et pour la « conscience » me procure une - réelle - inquiétude quant à la validité des termes - qualifiés même de ‘concepts’ pour nombre d’entre eux - que nous employons. Depuis des siècles…
- Évident, mais…

Penser (Liberté) (7) : Le simple constat que le même mot « liberté » est employé concernant la conscience [individuelle] et le commerce [international] devrait-il, en toute rigueur, en récuser l’usage ?

Par ordre alphabétique. Penser. Liberté :

Penser (Liberté. Badiou Alain) : (9 février) 2022. Alain Badiou, sur France Culture, auteur de : « La liberté ne peut être le point de départ des choses, elle doit en être le résultat. »
- Analyse qui en remet en cause tant d'autres... 618

Penser (Liberté. Besse François) : (5 janvier) 2002. François Besse - auto-qualifié de « bandit d’honneur » - lors de son procès d’assises, auteur de :
« Le libre arbitre est une illusion. Quand les évènements extérieurs sont les plus forts, le peu que vous avez en vous est submergé. » 619 (Cf. Justice. Procès)

Penser (Liberté. Cassez Florence) : (23 janvier) 2014. Florence Cassez, auteure (après sept ans de prison au Mexique) de :
« Je ne me suis jamais battue pour ma liberté [...] Mon combat, toujours été le même : mon innocence. » La distinction est d’importance. 620
* Ajout. 27 janvier 2015. (26 janvier) 2015. Florence Cassez « a entamé une action en justice pour obtenir des dommages et intérêts d'un montant de 36 millions de dollars. » 621 (Cf. Justice)

Penser (Liberté. Chateaubriand François-René de) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Pour qu’on ne se méprenne pas sur l’interprétation de ma pensée, je déclare que je ne parle ici que de la liberté qui naît de l’ordre et enfante des lois, et non de cette liberté fille de la licence et mère de l’esclavage. » 622
- Si chacun-e, comme lui, avait cru bon, nécessaire, de définir les termes qu’il / elle emploie, je pense que la pensée politique en aurait sans doute été éclaircie.

Penser (Liberté. Diderot Denis) : (29 juin) 1756. Denis Diderot [1713-1784], écrit à Paul Landois [1696-1769] :
« Regardez-y de près, et vous verrez que le mot de liberté est un mot vide de sens ; qu’il n’y a point, et qu’il ne peut y avoir d’êtres libres ; que nous sommes que ce qui convient à l’ordre général, à l’organisation, à l’éducation, et à la chaîne des évènements. Voilà ce qui dispose de nous invinciblement. […] » 623 (Lire la suite) (Cf. Langage. Mots)

Penser (Liberté. Flaubert Gustave) : (18 septembre) 1846. Gustave Flaubert [1821-1880], dans une lettre à Louise Colet [1810-1876], auteur de :
« Je nie la liberté individuelle parce que je ne me sens pas libre. » 624

Penser (Liberté. France Culture) : (4 mai) 2017. Sur le site de France Culture, une annonce s’affichait pleine page (dont la taille fut réduite en fin de journée) : « France Culture. Mort de Ruwen Ogien, penseur de la liberté ».
France Culture prostitue « la liberté ». (Cf. Culture, Proxénétisme, Économie. Don, Violences. Sade)
* Ajout. 18 mai 2017. Le Monde, pour sa part, qui le présente comme « philosophe » écrit :
« Il proposait une réflexion ouverte et radicale sur la liberté. »
- De l’art de cautionner sans avoir à prendre formellement position…
La « pensée » de l’esquive…. 625

Penser (Liberté. Malraux Clara) : (juin) 1935. Clara Malraux [1897-1982] rapporte lors du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture à Paris, une discussion qu’elle eut avec Franck Waldo [1889-1967] :
« Au cours d’un repas où nous fûmes voisins, je lui dis mon angoisse concernant l’Allemagne, le peu d’intérêt que le fascisme suscitait en URSS, mes doutes sur le communisme dans un seul pays. Dès que nous fûmes seuls, André [Malraux] me dit : ‘Pourquoi avez-vous tenu des propos trotskystes à Waldo Franck, ce qui était de la provocation envers moi ?’
Je ne m’étais pas rendue compte que mes propos étaient trotskystes, je ne savais même pas que Waldo Franck - dont j’aimais les livres - l’était.
Mais surtout, je ne savais pas que je possédais plus le droit de m’exprimer selon moi-même. » 626 (Cf. Politique. Provocation, Patriarcat)
- De l’essentiel, toujours efficacement caché…. (Cf. Femmes. Silence, Patriarcat)

Penser (Liberté. Mirabeau) : (28 septembre) 1790. Mirabeau [1749-1791] dans sa 28ème note secrète à la Cour, écrit :
« […] Dans le cours d’une seule année, la liberté a triomphé de plus de préjugés destructeurs du pouvoir, écrasé plus d’ennemis du trône, obtenu plus de sacrifices pour la prospérité nationale, que n’aurait pu le faire l’autorité royale pendant plusieurs siècles. J’ai toujours fait remarquer que l’anéantissement du clergé, des parlements, des pays d’états, de la féodalité, des capitulations de provinces, des privilèges de tout genre, est une conquête commune à la nation et au monarque. » 627
Ou comment une pensée-lige se mêle à une pensée libre… ; et des contradictions qui en découlent nécessairement. (Cf. Penser. Pensée. Préjugé, Politique. Révolution, Histoire. Révolution française)

Penser (Liberté. Pamuk Orhan) : (13 septembre) 2017. Orhan Pamuk, après avoir notamment évoqué ses amis en prison dans la Turquie d’Erdogan, auteur de :
« On se sent coupable d’être libre. » 628 (Cf. Hommes. « Politiques ». Erdogan Recep Tayyip, Politique. État. Prison, Économie. Erdogan Recep Tayyip)

Penser. Liberté. Pagny Florent :

Penser (Liberté. Pagny Florent) (1) : 2003. Florent Pagny, chante : Vous n’aurez pas ma liberté de penser. Paroles de Lionel Florence, composé par Pascal Obispo.
N.B. La chanson fait, en sus, référence aux contrôles des impôts ; lui, sera condamné en 2005 pour « fraude fiscale » (Cf. Culture)

Penser (Liberté. Pagny Florent) (2) : (16 octobre) 2020. Je réécoute : Vous n’aurez pas ma liberté de penser et je découvre ces paroles, concernant ses « gosses » et sa « femme » :
« Quitte à tout prendre, prenez mes gosses et la télé / Ma brosse à dents, mon revolver, la voiture, ça c'est déjà fait / Avec les interdits bancaires / Prenez ma femme, le canapé / Le micro-ondes, le frigidaire / Et même jusqu'à ma vie privée / De toute façon à découvert / Je peux bien vendre mon âme au Diable / Avec lui, on peut s'arranger / Puisqu'ici tout est négociable, mais vous n'aurez pas / Ma liberté de penser. »
Cet ode à « la liberté de penser » devient soudainement sordide et en démonte la logique sous-jacente. (Cf. Culture. Patriarcale, Famille, Langage. Zeugma)

Penser (Liberté. Reggiani Serge) : 1967. Serge Reggiani [1922-2004] chanteur-compositeur de la chanson : Ma liberté. (Cf. Culture)

Penser (Liberté. Stirner Max) : 1844. Max Stirner [1806-1856], auteur de :
« La liberté vous dit seulement : ‘Libérez-vous, délivrez-vous de tout ce qui vous est à charge !’. Elle ne vous apprend pas qui vous êtes vous-même. » 629 Puissant. (Cf. Psychanalyse)

Penser (Liberté. Suchon Gabrielle) : 1693. Gabrielle Suchon, [1632-1703], dans Traité de la morale et de la politique. La liberté, auteure de :
« […] Plutarque [vers 46-vers125] fait le récit d’une jeune Lacédémonienne à qui l’on demandait ce qu’elle savait faire. Elle répondit hardiment : ‘Je ne sais point d’autre chose que d’être libre.’ Ce qui nous fait bien voir que les femmes ne cèdent aucunement aux hommes en force en en générosité de courage, bien que leur liberté soit toujours mal traitée. » 630 (Cf. Féminisme, Patriarcat, Philosophie)

Penser (Liberté. Taine Hippolyte) : (25 avril) 1852. Hippolyte Taine [1828-1893] dans une lettre à Léon Crouslé [1830-1903], auteur de :
« On n’imagine pas ce qu’il faut d’efforts, d’attention sur soi-même, de persévérance pour arrêter sur ses lèvres l’idée neuve ou l’expression vive qui veut en sortir. » 631
Riche inversion de l’analyse courante.

Penser (Liberté. Varnhagen Rahel) : 1825. Rahel Varnhagen [1771-1833], auteure, dans son Journal, de :
« La liberté n’est que ce dont nous avons besoin pour pouvoir devenir ce qu’au fond nous devrions être et pour avoir ce qu’au fond nous devrions avoir… À cette considération se rattache aussitôt celle qui constitue le fondement de tous les mensonges. Le manque essentiel de liberté consiste dans la défense de dire ce que l’on souhaite et ce qui nous fait défaut. […] » 632 (Cf. Culture, Pensée. Varnhagen Rahel)

Penser (Liberté. Vaujour Michel) : (15 octobre) 2015. Michel Vaujour, après 27 ans de prison, dont 17 à l’isolement, surnommé « le roi de l’évasion », auteur de :
« Ne me libérez pas, je m’en charge. »
À découvrir cette revendication, le 14 octobre 2015, affichée par la manifestation de ceux et celles qui s’intitulent « sex workers », je comprends mieux comment cette phrase - qui m’avait si fort marquée lorsqu’entendue exprimée à la télévision, par Michel Vaujour - peut être utilisée pour justifier tout et n’importe quoi. Concernant son interprétation, tout dépend - pour qui la reprend à son compte - de qui l’exprime, dans quelle conjoncture, avec quelle finalité. (Cf. Proxénétisme)

Penser. Liberté d’expression :

Penser (Liberté. Expression d’) (1) : Si la liberté d’expression est posée en postulat, si elle est considérée comme devant être garantie, si elle est l’archétype de tous les «droits», et donc au fondement du «droit», elle fait potentiellement de chaque être humain un démiurge et détruit toute idée du Politique.
- À propos, quelle est la différence avec la « liberté d’opinion » ? (Cf. Penser. Postulat, Politique)
* Ajout. 27 août 2021. …voire, au XIXème siècle, avec le « libre examen » ?
- (1er février) 1863. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Émile de Girardin [1802-1881], auteure de :
« […] Mais quand nous n’aurons plus que le goût et l’habitude d’être libres, nous inquiéterons- [nous] des races esclaves ? La conséquence dernière du principe du libre examen ne sera-t-elle pas l’indifférence du bien et du mal, la destruction radicale du poids de l’opinion sur la conduite ? cette opinion, seul juge et seule répression, que vous invoquez si courageusement, ne sera-t-elle pas frappée de langueur et d’impuissance ? » (Cf. Penser. Opinion) 633

Par ordre chronologique. Penser. Liberté d’expression :

Penser (Liberté. Expression d’) (1) : (13 septembre) 1772. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Pierre-Michel Hennin [1728-1807], auteur de :
« [...] Il faut en tout pays laisser parler la canaille. Il vaudrait mieux qu’elle ne parlât pas ; mais on ne peut lui arracher la langue. » 634 (Cf. Politique. Démocratie. Peuple)

Penser (Liberté. Expression d’) (2) : 1774. Frédéric II. roi de Prusse [1712-1786], écrit à Voltaire [1694-1778] :
- le 25 janvier 1774 : « Conservez cet esprit rajeuni, et dussiez-vous faire ma satire en vers sanglants à l’âge de cent ans, je vous réponds d’avance que je ne m’en fâcherais point et que le patriarche de Ferney [Voltaire] peut dire tout ce qui lui plait du philosophe de Sans-Souci. » [Frédéric II]. Voltaire lui répond, échaudé, sur un autre ‘terrain’ :
- le 10 février 1774 : « […] Et quoi qu’ayant encouru votre haine et votre disgrâce, je prie Apollon et Esculape son fils, dieu de la médecine, de vous conserver dans leur sainte garde. »
- le 16 février 1774 : « Et que vous m’aimiez ou que vous ne m’aimiez pas, je ne vous souhaite pas moins longue vie et prospérité. »
- le 26 avril 1774 : « Demeurez jeune longtemps, haïssez-moi encore longtemps, déchirez les pauvres militaires, décriez ceux qui défendent leur patrie, et sachez que cela ne m’empêchera pas de vous aimer. » 635 (Cf. Relations entre êtres humains. Aimer. Voltaire)

Penser (Liberté. Expression d’) (3) : (28 août) 1983. La gauche « saisit » et ferme, avec 15 autres radios libres, Radio Libertaire. Le 3 septembre 1983 à la suite d’une importante manifestation, sous la banderole Liberté d’expression, Radio Libertaire peut à nouveau émettre. Je ne sais ce qu’il advint des 15 autres… (Cf. Politique. Anarchisme, Politique. Médias)

Penser. Liberté de la presse :

Penser (Liberté de la Presse) (1) : Terme valable, y compris pour la presse possédée par les marchands de canons et les banquiers ? Par les États (totalitaires ou non) ? Par l’argent tout simplement, alors que la presse est par ailleurs si injustement subventionnée [ou non] par l’État, par les entreprises, puisque, en l’état, elle ne peut vivre sans publicité ? Dans ces hypothèses, qu’en est-il de la liberté des journalistes eu égard à leurs propriétaires de patrons, si l’on exclue la possibilité individuelle de faire appel à ‘la clause de conscience’?
À n’aborder abstraitement que « la liberté de la presse », on omet tout simplement sa contradiction avec le droit de propriété des médias. Qu’en est-il par ailleurs de la liberté des citoyen-nes confronté-es quotidiennement à des infléchissements, de inversions, des dénis de sens, des mensonges émanant de la presse ? (Cf. Politique. Liberté d’expression, Médias, Pornographie, Économie. Propriété. Publicité)
* Ajout. 24 octobre 2017. À l’écoute des ‘analyses’ du ‘journaliste‘ Christophe Barbier, [BFMTV] je doute qu’aucun porte-parole du gouvernement puisse, en termes d’efficacité, lui arriver à la cheville. (Cf. Hommes. Journalistes, Politique. Médias)
* Ajout. 16 février 2020. Un sérieux concurrent : Brice Couturier [France Culture]. (Cf. Hommes. Journalistes. Couturier Brice)

Penser (Liberté de la Presse) (2) : 1949. C’est notamment, en appel, au nom de « la liberté de la presse », que Me André Wurmser [1899-1984] tentera de justifier les accusations à l’encontre de Kravtchenko [1905-1966], telles qu’elles furent exprimées par les Lettres françaises, journal communiste, dans lequel fut publié l’article : Comment fut fabriqué Kravtchenko. 636
Terme à sans cesse clarifier donc… (Cf. Politique. Médias)

Penser (Liberté de la presse) (3) : Ils ne créent pas impunément de confusions lorsqu’ils mêlent liberté de penser, d’opinion, de parole, d’expression, de manifester, de la presse… (Cf.
Politique. Médias)

Penser (Liberté de la presse) (4) : Il déclara que l’article 1 de la loi du 29 juillet 1881 affirmait : « La presse est libre », alors sur l’on y lit :
« L’imprimerie et la librairie sont libres. »
Et, dans la foulée, sans relever la contradiction, il dénonçait la concentration des organes de presse contrôlées par une poignée de capitalistes… (Cf. Politique. Médias)

Penser (Liberté de la presse) (5) : Si les journalistes, pigistes inclus-ses de la presse écrite, parlée, audiovisuelle faisaient état publiquement des articles coupés, réécrits, modifié, détournés, sans possibilité de donner son avis sur les titres, les sous-titres qui peuvent en bouleverser le sens, sans possibilité de les relire ; des dépêches de l’AFP reproduites, légèrement ou non réécrites ; des sujets, des idées, des suggestions, des enquêtes proposées, oubliées, en attente, refusées ; des licenciements, mises au placard, promotions injustifiées, incompréhensibles ; l’impossibilité ou la grande difficulté de présenter son analyse propre, etc…, la liberté de la presse serait sans doute moins souvent invoquée. (Cf. Politique. Médias)

Penser (Liberté de la presse) (6) : (1er mars) 2022. RT et Sputnik après décision d’Ursula Van der Leyen, présidente de la Commission européenne, sont interdits de diffusion dans l’Union Européenne. Hors tout cadre légal ; ouvrant la voie à qui ? Une censure, un aveu de faiblesse, une contradiction.

Penser (Liberté de la presse) (7) : 2022. Le collectif Forbiden stories - créé en 2017- est un « réseau de journalistes dont la mission est de poursuivre et de publier le travail d’autres journalistes qui sont menacés, emprisonnés ou ont été assassinés. Forbidden Stories offre aux journalistes du monde entier la possibilité de protéger leur travail et s’assurer que leurs enquêtes soient terminées et publiées dans le cas où ils ne seraient plus en mesure de le faire eux-mêmes. Ils peuvent protéger leurs informations sensibles via l’un de nos moyens de communication chiffrés. S’il leur arrive quelque chose, nous assurerons la survie des histoires par-delà les frontières, par-delà les gouvernements, par-delà la censure. »
* Ajout. 14 novembre 2022. Il est précisé sur son site que Forbidden stories est « un projet à but non lucratif qui dépend du soutien financier d’organismes philanthropiques. »

Penser. Liberté. Voltaire :

Penser (Liberté. Voltaire) (1) : (16 juillet) 1770. Voltaire [1694-1778] dans une lettre adressée à l’économiste Pierre Dupont de Nemours [1739-1817] lui écrit :
« Liberté de commerce et liberté de conscience, voilà les deux pivots de l’opulence d’un État petit ou grand. » 637
Si l’on peut considérer que Voltaire gérait le pays de Gex - qu’il nomme « [sa] colonie » dont il est le « seigneur » - comme un « petit » État, on pourrait traduire son analyse ainsi : je veux en France, dire ce que je pense, sans risquer d’être embastillé et je veux bénéficier de ma fortune, investie dans le monde…esclavage, agiotage, piratage inclus.
- Du pouvoir hypnotique d’un mot - ici « Liberté » - indissociable de toutes les confusions dont il est porteur. (Cf. Langage. Mots)

Penser (Liberté. Voltaire) (2) : (14 novembre) 1775. Voltaire [1694-1778] dans une lettre adressée à Anne-Madeleine-Louise-Charlotte-Auguste de la Tour du Pin de Saint-Julien [1730-1820], tente, par son intermédiaire, d’obtenir un abaissement des sommes que le pays de Gex doit payer pour se libérer des contraintes des contrôleurs généraux nationaux (notamment la suppression des corvées). Il lui écrit, non sans humour… ou pas :
« L’abbé Morellet m’a mandé que M. Le Contrôleur général était résolu de nous faire acheter notre liberté trente mille livres par an pour l’indemnité de la ferme générale. Je sais bien que cette liberté n’a pas de prix ; mais je représente humblement que si on pouvait nous la faire payer un peu moins cher, on nous la rendrait encore plus précieuse. » 638 (Cf. Économie)

VI. Penser. Morale :

Penser. Morale :

Penser (Morale) (1) : Il y a des morales individuelles, familiales, religieuses…mais il y a aussi impossibilité de penser une morale qui ferait fi du monde. (Poursuivre)

Penser (Morale) (2) : Sans morale (à définir), rien n’est acceptable ; c’est de cette contradiction indépassable à faire converger morale et politique que meurent les civilisations. (Cf. Féminisme. Morale)

Penser (Morale) (3) : Le mot d'ordre des corrompu-es de tous acabits :
« Que l'on cesse de confondre morale et politique ! » ;
« Il ne faut pas confondre le droit et la morale » [entendu le 22 mai 2014], etc..
Dans le même sens :
« La vertu, cette catastrophe... » (Cf. Êtres humains. Vie-dite-privée, Politique. Lois. Mœurs, Patriarcat, Histoire. Robespierre)

Penser (Morale) (4) : S’affirmer « moraliste » et détester « la morale » : un beau projet, nécessaire, ambitieux, difficile.
Mais, n’est-ce pas jouer sur les mots ? (Cf. Langage. Mots)

Penser (Morale) (5) : Il était juge et partie. Il choisit la partie. (Cf. Justice, Politique)

Penser (Morale) (6) : Critiquer la morale, toute morale est, à chacune de ses références, nécessaire. Faute de clarification de ce qui fonde et « la critique » et « la morale », le résultat est toujours le même : repousser, rejeter, refouler toute réflexion sur la nécessité d’une morale.

Penser (Morale) (7) : La morale est et n’est pas, peut être et ne peut pas être individualiste, idéaliste, communiste, anti-patriarcale, réactionnaire, etc… : c’est à chacun-e de la définir, d’en spécifier le statut, la nature, le contenu etc..
Me concernant, je conçois la morale comme nécessaire, prioritaire même, elle ne peut être dissociée de sa propre vie ; elle est indissociable de l’histoire ; elle ne peut dissocier la projection de soi de celle du monde dans lequel nous vivons. (Poursuivre)

Penser (Morale) (8) : Une erreur d’aiguillage de la pensée : ils ont condamné le formalisme de la morale qui autorisait toutes les interprétations et donc toutes les mystifications, et ils en ont déduit que c’était la morale qu’il fallait condamner.

Penser (Morale) (9) : La morale n’est pas le stade infantile de la pensée, ni de la politique, ni de...

Penser (Morale) (10) : Plutôt que d’évoquer la morale de « la philosophie des Lumières », parler plutôt de l’individualisation, de laïcisation - le plus souvent anti-religieuse -, de la politisation de la morale de chacun des auteurs, des acteurs, de « la philosophie des Lumières ». Dès lors, les singuliers doivent disparaître, tandis que le terme de « morale » vole heureusement en éclats.

Par ordre alphabétique. Penser. Morale :

Penser (Morale. Antonyme) : Le contraire de la morale, ce n’est pas l’immoralité ou l’immoralisme, c’est le rapport de forces. (Cf. Féminisme. Morale, Politique. Rapport de forces, Proxénétisme)

Penser (Morale. Aspiration à la) : Juger toute morale (philosophie, politique...) à l’aune dont celui/celle qui la défend, la critique, la vit effectivement - sans l’y réduire - donnerait à la morale (à la philosophie, la politique...) beaucoup d’air. (Cf. Êtres humains. Vie-dite-privée, Penser. Cri du cœur, « Sciences » sociales)

Penser (Morale. Balkany Isabelle) : (8 février) 2020. Isabelle Balkany, dans le film Les Balkany. Pour le meilleur et pour le pire, définit ce qu’elle entend par « morale » :
« Chacun a sa morale. Ma morale personnelle, je n’ai pas à vous en parler ; ça me regarde. » 639 (Cf. Politique, Violences. Viols. Balkany Patrick)

Penser (Morale. Balzac Honoré de) : 1837-1843. Honoré de Balzac [1799-1850], dans les Illusions perdues, auteur de :
« […] Les grands commettent presque autant de lâchetés que les misérables mais ils les commettent dans l’ombre et font parade de leur vertu ; ils restent grands. Les petits déploient leurs vertus dans l’ombre et exposent leur misère au grand jour ; ils sont méprisés. » 640 (Cf. Hommes « Grands », Penser. Pensée. Binaire)

Penser (Morale. Beccaria Cesare) : 1764. Cesare Beccaria [1738-1794], dans son Traité des délits et des peines, auteur de :
« […] Cette opposition entre les lois fondamentales de la société et de la famille est une source abondante d’autres contradictions entre la morale publique et la morale domestique et engendre un conflit perpétuel dans l’âme de chaque homme. La morale domestique inspire la soumission et la crainte, l’autre le courage et la liberté : la première enseigne à restreindre le dévouement à un petit nombre de personnes qu’on n’a même pas choisies, la seconde à l’étendre à toutes les classes d’hommes ; l’une exige le sacrifice continuel à une vaine idole qu’on appelle le bien de la famille qui n’est souvent le bien d’aucun de ses membres, l’autre conseille de suivre son intérêt sans contrevenir aux lois, mais peut inciter l’homme à s’immoler pour la patrie, en le récompensant par l’enthousiasme qui précède l’action. De telles contradictions dégoutent les hommes de suivre la vertu, qui leur paraît incohérente, confuse et lointaine à cause de l’obscurité qui enveloppe les idées morales comme les objets matériels. […] »
Pourquoi les analystes, les thuriféraires de Cesare Beccaria, enfermé dans le droit, n’ont-ils pas relevé l’importance de cette analyse ? Poser la question, c’est y répondre. (Cf. Êtres humains. Vie-dite-privée, Hommes, Patriarcat, Penser. Morale. Beccaria Cesare, Politique. Beccaria Cesare. Vérité) 641
* Ajout. 28 octobre 2017. 1976. Lire l’analyse revigorante de Casamayor [1911-1988] Beccaria Le démystificateur du Traité des délits et des peines de Beccaria. 642

Penser (Morale. Bloch Marc) : 1941. Marc Bloch [1886-1944], dans son Testament spirituel, auteur de : « Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques prétextes qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme. » 643 (Cf. Êtres humains. Soi. Bloch Marc, Relations entre êtres humains. Complaisance, Histoire. Bloch Marc)

Penser (Morale. Codes d’éthique) : Chacun-e y met ce qu’il veut. Et chacun-e est censé-e être satisfait-e de l’avancée. Se substitue progressivement et efficacement à toute référence à la loi, qu’elle peut ainsi modeler lorsque nécessaire.
Plus encore, une entité qui affirme concomitamment définir son « éthique », la respecter, et y soumettre d’autres qu’elle n’est pas crédible.
* Ajout. 16 octobre 2014. 1995. J’apprends que l’armée israélienne a un « code d’éthique » depuis le milieu des années 90. L’exemple se suffit à lui-même : toute critique du terme est dès lors inutile. 644 (Cf. Politique. Guerre. Armée Israélienne. Drones)

Penser (Morale. Condorcet) : 1781. Condorcet [1743-1794], dans ses Réflexions sur l’esclavage des noirs, auteur de :
« Quiconque a réfléchi sur l’histoire de la morale n’a pu s’empêcher de remarquer que l’honnêteté ne consiste, dans chaque nation, qu’à ne pas faire, même en étant sûr du secret, ce qui serait déshonorant s’il était connu du public. » 645 (Cf. Êtres humains. Vie-dite-privée)
Si Condorcet avait pu dire vrai…
N.B. Le terme original était : « nègres ».

Penser (Morale. Courtois Stéphane) : (15 juillet) 2021. Stéphane Courtois, auteur de :
« On sait ce que peut donner [politiquement] la morale.. » (Sous-entendu, en moins pire : rien de bon) 646 (Cf. Langage. Article singulier, Politique)

Penser (Morale. Critique) : Ce qui est criminel dans les incessantes attaques contre «la morale» - sans vergogne, assimilée au «moralisme» - c’est que la nécessaire recherche par chacun-e de sa propre morale, de ses propres valeurs et donc de ses propres idées est, elle aussi, déconsidérée. Que reste-t-il alors ? (Cf. Féminisme. Morale)
* Ajout. 19 février 2018. Il serait rigoureux de la part de ceux qui vilipendent « morale », « vertu » et tutti quanti qu’il s’assignent pour tâche d’expliquer ce par quoi ils souhaitent remplacer ces termes. Et donc d’expliciter la nature du monde qu’ils construisent et auquel ils aspirent. Du renversement de la preuve… (Cf. Penser. Expliquer)

Penser (Morale. D’Agoult Marie) : (15 janvier) 1836. Marie d’Agoult [1805-1865], dans une lettre à George Sand [1804-1876], auteure de :
« […] La morale publique est un mot qui sonne creux ; elle se compose de quelques millions d’immoralités individuelles formant une morale publique d’après le même principe qui veut que deux négations valent une affirmation. Convenu que l’on protestera en pensées paroles et actions contre ladite morale publique… » 647 (Cf. Justice, Langage. Mots)

Penser (Morale. De Gaulle Charles) : (26 juin) 1943. André Gide [1869-1951] dans son Journal, fait état d’une discussion qui eut la veille entre le général de Gaulle [1890-1970] et lui-même :
« [Après une discussion concernant André Maurois [1887-1967] : « Il se trompe, parce qu’il est trompé » [selon Gide] Nous parlâmes ensuite, de l’opportunité de créer une nouvelle revue qui groupât les forces intellectuelles et morales de la France libre ou combattant pour l’être. Mais ceci non plus ne fut pas poussé très loin. Il me dit alors combien il souffrait du manque d’hommes. » 648 (Cf. Êtres humains, Politique. Guerre)

Penser (Morale. Féminisme) : Tant que la pensée de la nécessité morale personnelle et publique ne prendra pas la place première qui doit être la sienne, le féminisme (au singulier comme au pluriel) continuera d’être gangréné par ceux et celles qui utilisent ce terme pour justifier libéralisme, proxénétisme, pornographie, patriarcat…
- À cet égard, la responsabilité de la recherche (en « sciences » sociales, humaines notamment) est immense. Et l’une des questions majeures que je me pose est la suivante : par quels processus la recherche a-t-elle si aisément et en si peu de temps été en mesure de justifier libéralisme, proxénétisme, pornographie, patriarcat ? Et ce, soit au nom du féminisme, soit de l’antiféminisme, l’emploi du terme de « genre » dissolvant la différence entre les deux. Les chercheurs-euses, les enseignant-es n’ont-ils/elles aucun « cas de conscience » moraux qui mériteraient d’être publiquement posés aux « sciences » sociales, telles que pratiquées, financées ? Et pourquoi les entendons-nous si peu ? (Cf. Féminisme, « Sciences » sociales)

Penser (Morale. Gandhi) : 1929. Gandhi [1869-1948], dans son Autobiographie, auteur de :
« La morale est le fondement de tout et la vérité est le fondement de la morale. » 649 Il est des analyses qui prennent de la valeur du fait de la valeur de celui/celle qui les énoncent. (Cf. Relations entre êtres humains. Engagement)

Penser (Morale. Guérin Daniel) : 1965. Daniel Guérin [1904-1988], dans L’anarchisme, auteur de :
- « Les premiers livres de Proudhon […] ont profondément influencé le jeune Marx, même si peu après, l’ingrat économiste persiflera son maître et écrira contre lui la venimeuse Misère de la philosophie. » (p.238)
- « La première escarmouche fut ouverte par Marx-Engels contre Max Stirner [1806-1856] dans leur méchant livre, L’idéologie allemande. » (p.246)
- « […] Marx contre attaqua en calomniant Bakounine de la façon la plus vile […]. » (p.248)
- « La plume de Stirner est l’objet d’une furieuse contre-attaque. Elle émane de ses anciens camarades de jeunesse, Karl Marx et Friedrich Engels. […] À vrai dire cet accès de mauvaise humeur - pour employer un terme mesuré - demeura confidentiel, car les deux pamphlétaires ne publieront pas leur éreintement venimeux, indigeste, souvent illisible’. (p.272) 650 (Cf. Patriarcat. Justification. Proudhon)

Penser (Morale. Justice) : Sans morale, la justice est impensable. Sans justice, aucune société n’est possible. (Cf. Justice)

Penser (Morale. Kant) : Emmanuel Kant [1724-1804] est souvent évoqué, me semble-t-il, dans les débats dits «de fond», cité, pour intimider. Il m’est apparu qu’un moyen fort efficient de faire cesser le poids de cet argument est de questionner la personne qui l’invoque de la /la questionner sur la signification et les fondements de l’« impératif moral catégorique » Kantien. Et, alors récuser cet argument d’autorité et simplement parler de « morale ». Et donc la définir. Autrement plus difficile que de faire appel à une citation.

Penser (Morale. La Bruyère Jean de ) : 1688. Jean de La Bruyère [1645-1696] cite Érasme [1466, ou 1467, ou 1469-1536] en exergue de son livre Les caractères :
« Notre intention a été d’avertir, non de mordre ; d’être utile, non de blesser, de faire du bien aux mœurs, non du tort aux hommes. »

Penser (Morale. Lévy Élisabeth) : (16 mai) 2013. Élisabeth Lévy pose à Edwy Plenel cette question :
« On a souvent le sentiment, en vous entendant, que votre but est de réformer la démocratie et de la rendre plus morale. Cela semble fort louable, mais cette prééminence de la morale ne signe-t-elle pas la mort de la politique ? »
La réponse d’Élisabeth Lévy à la question qu’elle pose - et les conclusions concrètes qu’elle en tirerait concernant ses nombreuses prises de positions politiques - mériteraient d’être explicitées. 651
Si tant est que la question, enserrée entre deux grossières abstractions, en l’état, donc, soit pertinente… (Cf. Penser. Pensée. Abstraction)

Penser (Morale. Moraliste) : Être qualifié-e de « moraliste » est censé être la preuve irréfragable de la stupidité d’une personne, qualificatif qui, en sus, adressée à une féministe, devient une injure. Ladite ‘critique’ a le grand avantage d’exonérer la personne qui en est l’auteur-e de toute réflexion la concernant. ‘Jugement’ particulièrement prisée par les défenseurs-euses du système proxénète, qui - sans en avoir le monopole - peuvent sans excès d’inquiétudes, considérer toute idée même de morale comme un vieil oripeau démodé. Le vent tourne. (Cf. Féminisme. Morale. Injure, Proxénétisme)

Penser (Morale. Mnouchkine Ariane) : 1986. Ariane Mnouchkine, dans L’art du présent, à la question :
« Distinguer le bien du mal est-ce si facile ? », répond :
« Ce n’est pas toujours si compliqué que ça ! Et c’est pervers de ne jamais vouloir faire la différence. » 652 (Cf., Êtres humains. Pervers, Femmes. Remarquables. Penser. Pensée. Binaire)

Penser (Morale. Nietzsche Friedrich) : 1878. Friedrich Nietzsche [18444-1900], dans Humain trop humain, écrit : « Immoralistes. Il faut maintenant que les moralistes consentent à se laisser traiter d’immoralistes, parce qu’ils dissèquent la morale. Cependant celui qui veut disséquer doit tuer : mais seulement pour qu’on puisse mieux connaitre et juger, et aussi vivre mieux ; non point pour que le monde entier se mette à disséquer.[ …] » 653
- Non. Personne ne doit « consentir » à être mal « traitée ». Il n’est nul besoin de « tuer » pour « mieux connaitre et juger ». Enfin, que « le monde entier », de ce fait, « vive mieux » me paraît un bel idéal.

Penser (Morale. Novalis) : Novalis [1772-1801], auteur de :
« […] La morale ne dit rigoureusement rien de déterminé. Elle est la conscience - juge pur sans nulle loi. Elle oblige immédiatement, mais toujours isolément, individuellement. Elle est résolution intégrale ; rigoureusement exacte et droite représentation de la conscience. Les lois sont l’opposé absolu de la morale. » 654 (Cf. Politique. Lois)

Penser (Morale. Pareto Vilfredo) : 1917. Vilfredo Pareto [1848-1923], dans son Traité de sociologie générale, auteur de :
Évoquant la question de savoir qui d’Orloff [1787-1862] ou de Tieplof a tué l’empereur Pierre III de Russie [1728-1762], permettant à Catherine II [1729-1793] d’accéder au trône, Pareto conclut :
« Il importe beaucoup de résoudre ce problème pour porter un jugement éthique sur Catherine. Cela n’importe pas le moins du monde, pour porter un jugement sur l’utilité sociale des faits. Que le problème soit résolu, dans un sens ou dans un autre, on ne voit pas que cela puisse avoir le moindre rapport avec la prospérité de la Russie. » 655 (Cf. Politique. Histoire)

Penser (Morale. Patriarcat) : Dans le processus en cours de la reconstruction d’une morale, d’une éthique politique, nécessairement mondiale, la nouveauté - historique - est que la prise en compte - centrale - de la critique anti-patriarcale ne peut plus être évacuée. Et que l’exigence d’une cohérence entre vie-dire-privée et vie-dite-publique est de plus en plus manifeste. (Cf. Êtres humains. Vie - dite - privée, Hommes. « Politiques », Patriarcat)

Penser (Morale. Richesse) : Et si l’un des phénomènes le plus notable de notre époque était que la richesse - et le pouvoir, qui en règle générale l’accompagne - ne jouissait plus d’estime [morale] ? Qui plus est, la richesse n’étant plus porteuse ni de signification, ni de sens, ni de mérite, ni d’une quelconque culture, aléatoire qui plus est, n’est-elle pas - heureusement - devenue l’incarnation de l’injustice du monde ? Le fait que l’image que notre société tente de donner d’elle-même soit aux antipodes de cette analyse, le fait qu’elle ne cesse avec un acharnement suspect de tenter de nous assurer du contraire, plaiderait en ce sens. (Cf. Économie)

Penser (Morale. Simon Claude) : (10 octobre) 2022. Entendu sur France Culture, Georges Raillard [1927-2018], auteur de : « Les ‘romans éthiques’ que Claude Simon [1913-2005] nomme ‘les romans de gare’. » 656 (Cf. Culture)

Penser (Morale. Soi) : La morale, ce n’est pas porter un jugement sur d’autres [« faire la morale »] ; c’est réfléchir, poser, en soi, pour soi, pour le monde, les critères selon lesquels des jugements peuvent être posés. C’est expliciter les fondements de ses propres jugements, ce qui exige que l’on s’autorise préalablement à porter le dit jugement, que l’on se reconnaisse donc une valeur qui le légitime. Ce qui n’implique rien en termes de leur validité… (Cf. Êtres humains. Soi)

Penser (Morale. Staël Germaine de) : 1818. Germaine de Staël [1766-1817], dans les Considérations sur la révolution française [édition posthume], auteure de :
« Les fautes causées par la passion dénotent assez souvent des facultés distinguées ; mais la corruption et l’intrigue tiennent à un genre de médiocrité qui ne permet d’être utile à rien qu’à soi-même. On serait plus près de la vérité en considérant comme incapable des affaires publiques un homme qui a consacré sa vie au ménagement artificieux des circonstances et des personnes. » 657
- Quel bonheur de lire une analyse si claire, si fondamentale, si définitive ! (Cf. Hommes. « Intellectuels », Politique, Histoire. Staël Germaine de)

Penser (Morale. Voltaire) : (14 octobre) 1758. Voltaire [1694-1778] dans une lettre à Charles Debrosses [1709-1777] lui écrit :
« Laissons, Monsieur […] le cynique, moral et comique Jean-Jacques [Rousseau.1712-1778] écrire contre la comédie. » 658 (Cf. Relations entre êtres humains. Injure)

Penser (Morale. Weber Max) : 1919. Première exigence de toute morale (à reconstruire) : dénoncer la distinction faite par Max Weber [1864-1920] dans Le savant et le politique entre « l’éthique de responsabilité » et « l’éthique de conviction » dont l’une des conclusions est :
« Il n’existe aucune éthique au monde qui puisse négliger ceci : pour atteindre des fins ‘bonnes’, nous sommes la plupart du temps obligés de compter avec, d’une part des moyens moralement malhonnêtes ou pour le moins dangereux, et d’autre part la possibilité ou encore l’éventualité de conséquences fâcheuses. » 659

VII. Penser (Obéir) :

Penser. Obéir :

Penser (Obéir) (1) : Ouvrir dès le plus jeune âge les débats sur les fondements de l’obéissance et donc sur les valeurs qui légitiment ou non sa nécessité, afin de clarifier, le plus tôt possible, les distinctions entre il-légalisme, in-justice, im-moralité, il-légitimité… (Cf. Êtres humains, Enfants. Penser. Obéir)

Penser (Obéir) (2) : Pour mieux élargir et approfondir la réflexion sur l’obéissance, et sur sa nécessité au sein de tous les rapports de domination (et donc sur leurs fondements spécifiques en fonction de leur propres logiques), penser la question de sa pertinence entre - concrètement - entre supposés égaux.

Penser (Obéir) (3) : Les multiples manifestations de l’obéissance progressivement à nous tous et toutes imposées dans la cadre des rapports de domination contribuent, du seul fait de leur nombre, à la naturalisation de l’idée même de domination. (Cf. Politique, Patriarcat)

Penser (Obéir) (4) : L’ordre n’a pas besoin d’être exprimé pour exiger d’être obéi. (Cf. Femmes. Silence, Relations entre êtres humains, Famille. Mariage, Politique, Violences. Viols)

Penser (Obéir) (5) : Entendu : « désobéir, c’est compliqué ». Pourquoi ? Parce c’est être à même de justifier sa décision - ce que ne demande pas nécessairement la révolte - d’en comprendre les risques et d’en assumer d’emblée les éventuelles conséquences. C’est donc, plutôt que « compliqué », risqué, inquiétant, dangereux, coûteux. Et libérateur. (Cf. Penser. Morale. Mnouchkine Ariane)

Penser (Obéir) (6) : À qui ? pourquoi ? à quel prix ? à quelles conditions ? dans quel délai ? avec quels recours ? sur quels fondements ? dans quel but ?

Penser (Obéir) (7) : Pour savoir / pouvoir / apprendre à dire « non », il faut d’abord tenter de comprendre pourquoi et comment on nous appris à obéir si aisément à une simple demande, à céder à l’injonction si souvent même anticipée, car si profondément intériorisée.
Un souvenir : Lors d’un procès, le geste de la main d’un avocat (à l’époque, années 80, responsable de La Ligue des droits de l’homme), à sa consœur par ailleurs féministe, en haut des marches d’un palais de Justice signifiant qu’il voulait lui parler et attendant qu’elle monte les marches pour le rejoindre. Ce qu’elle fit.

Penser (Obéir) (8) : Entendu : « Il a obéi sans comprendre. »
Mais s’il avait compris, il n’aurait pas obéi…

Penser (Obéir) (9) : L’obéissance est contenue dans la fonction et /ou : la fonction implique l’obéissance.

Penser (Obéir) (10) : Le moyen le plus sûr - bien que non garanti- de ne pas obéir, sans y avoir préalablement réfléchi - à un ordre, c’est de ne n’en avoir jamais entendu : ? (Cf. Enfants. Pédagogie, Femmes, Famille. Mariage. Patriarcat)

Par ordre alphabétique. Penser. Obéir :

Penser (Anonyme) (1) : 2018. Un moine catholique de l’Abbaye de Mont Melleray (Irlande), auteur de :
« L’obéissance, c’est une mort permanente de soi-même. » 660 (Cf. Êtres humains. Soi, Patriarcat, Politique)

Penser (Obéir. Bernanos Georges) (2) : 1911. Georges Bernanos [1888-1948], dans une lettre à son ami Yves de Colleville [1884-1915], écrit :
« L’obéissance est une vertu de valet […]. » 661 (Cf. Relations entre êtres humains. Valet, Penser. Obéir, Politique. Obéir)

Penser (Obéir. Brontë Charlotte) (3) : 1847. Charlotte Brontë [1816-1855], dans Jane Eyre, auteure de :
« Quand on a une énergie assez forte pour commander, il est facile de se faire obéir. » 662

Penser (Obéir. Castaner Christophe) (4) : (23 novembre) 2017. Christophe Castaner, à la veille d’un remaniement ministériel, actuel ministre mais et ‘patron’ [nommé] depuis peu, du parti majoritaire LaREM [La république en marche], interrogé sur son avenir, déclare :
« […] quelle que soit la décision qu'ils [Emmanuel Macron et Édouard Philippe] prendront, elle sera la bonne. » À ce degré de dépendance, il est difficile de progresser. 663
- Depuis lors, il est devenu ministre de l’intérieur. (Cf. Hommes. « Politiques ». Castaner Christophe, Politique)

Penser. Obéir. Chateaubriand François-René de :

Penser (Obéir. Chateaubriand François-René de) (5) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
- « J’ai en moi une impossibilité d’obéir. »
- (après le retour en 1814 de Napoléon en France) : « Un ordre du roi m’appela à Gand [qui le « nomma ministre de l’Intérieur par intérim]. » [!] 664

Penser (Obéir. Chateaubriand François-René de) (6) : 1850. François-René de Chateaubriand [1768-1848], dans les Mémoires d’Outre-tombe, auteur de :
« Mon esprit pouvait tendre à la domination, mais il était soumis à mon caractère ; je trouvais plaisir dans mon obéissance, parce qu’elle me débarrassait de ma volonté. » 665

Penser (Obéir. David-Neel Alexandra) (7) : Alexandra David-Neel [1868-1969], dans un texte intitulé L’Autorité (sans date), auteure de :
« L’obéissance, c’est la mort. Chaque instant dans lequel l’homme se soumet à une volonté étrangère est un instant retranché de sa vie. » 666

Penser (Obéir. Diderot) (8) : Denis Diderot [1713-1784], auteur de :
« Rien n’est plus difficile que de se défaire de l’habitude de commander, si ce n’est celle d’obéir […]. » 667

Penser (Obéir. Goldman Emma) : (9) 1931. Emma Goldman [1869-1940], dans Vivre ma vie, auteure de :
« Je n’avais pas peur de la pauvreté ou du besoin, mais de l’obligation d’obéir à ceux qui étaient en mesure de me couper les vivres. » 668 (Cf. Économie. « Pauvres Les »)

Penser (Obéir. Hœss Rudolf) (10) : 1945. Rudolf Hœss [1900-1947] au docteur Gilbert, psychiatre de la prison de Nuremberg, auteur de :
« Il est certain que ce n’était pas un plaisir de voir ces amoncellements de cadavres et de sentir l’odeur des fours… Mais Himmler l’avait ordonné et je n’avais pas à me demander si c’était juste ou non. […] La pensée de désobéir à un ordre ne pouvait même pas venir à l’esprit. Quel qu’ait été cet ordre... Vous ne pouvez pas comprendre notre monde à nous… Je devais obéir et j’en dois subir les conséquences. » 669 (Cf. Corps. Cadavres, Politique, Histoire)

Penser (Obéir. Mably Gabriel Bonnot de) (11) : 1788. Gabriel Bonnot de Mably [1709-1785], dans ses Observations sur l’histoire de la France, auteur de :
« L’obéissance aveugle à laquelle on accoutume les gens de guerre contre les ennemis de l’état, les préparer à exécuter pendant la paix tout ce qu’on leur ordonne contre les citoyens. » 670 (Cf. Politique. État. Démocratie. Guerre)

Penser (Obéir. Manzoni Alessandro) (12) : 1827. Alessandro Manzoni [1785-1873], dans Les fiancés, auteur de : « Si les supérieurs devaient rendre compte des ordres qu’ils donnent, où serait l’obéissance, ma chère femme ? » 671

Penser (Obéir. Monnet Jean) (13) : 1976. Jean Monnet [1888-1979], dans ses Mémoires, écrit concernant Charles de Gaulle [1890-1970] :
« Je savais qu’il lui avait fallu une grande force d’âme pour franchir ce pas immense qu’est pour un militaire de tradition la désobéissance aux ordres supérieurs, fussent-ils révoltants. Il fut le seul de son rang à oser. » 672

Penser (Obéir. Napoléon) (14) : 1812. Proclamation de Napoléon [1769-1821] affichée dans Moscou occupée par l’armée française, citée par Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix [1865-1869] :
« À vous paisibles habitants de Moscou […]. Le calme revient dans la capitale et l’ordre y est rétabli. Vos concitoyens sortent sans crainte de leurs refuges, sûrs d’être respectés. Toute violence exercée soit contre eux, soit contre leurs biens est aussitôt réprimée. Sa Majesté l’empereur et roi les couvrent de sa protection et ne considère comme ennemis que ceux qui désobéissent à ses ordres. » 673 (Cf. Politique, Histoire)

Penser (Obéir. Retz Cardinal de) (15) : 1675-1677. Le cardinal de Retz [1613-1679], dans ses Mémoires, réfléchissant au « voile qui couvre le mystère de l’État », auteur, concernant la France, de :
« [Ce voile] consiste dans cet espèce de silence religieux et sacré dans lequel on ensevelit, en obéissant presque toujours aveuglement aux rois, le droit que l’on ne veut croire avoir de s’en dispenser que dans les occasions où il ne serait pas même de leur service que de leur plaire. »
- Et il poursuit, lucidement, en considérant que « lever ce voile » serait « d’une conséquence plus dangereuse et plus funeste que la liberté que les peuples ont prise, depuis quelques temps, de voir à travers. » 674
- Subtile analyse, assurément fondée sur une réelle connaissance de la Cour, mais toujours néanmoins valide en démocratie. (Cf. Penser. Liberté, Politique. État. Peuple, Histoire)

Penser (Obéir. Roy Jules) (16) : 1989. Jules Roy [1907-2000], dans Mémoires barbares, auteur de : - « Pour moi, jeune officier, l’armée, malgré les bons camarades que j’y ai connus, fut une rigide école de non-pensée. Un militaire ne pense pas, il obéit. S’il ne reçoit pas d’ordre, il ne bouge pas. […]
Quant à la pensée, il faut relire le Journal de Claudel [Paul. 1868-1955], à ce moments-là : ‘Je dis timidement à cet amiral : ‘Est-ce que vous pensez…‘ Au mot de pensée il bondit ! ‘Je ne pense pas, Monsieur, j’obéis.’ »
- « Si j’avais su qui était Darlan [François. Amiral. 1881-1942], aurais-je osé le dire à l’époque ? Ose-t-on, dans l’armée, dire ce qu’on pense sans risquer d’être écrasé ? » 675 (Cf. Penser, Politique. Guerre)

Penser (Obéir. Sénèque) (17) : 4 avant J-C-65 après J.C. Sénèque, dans De la vie heureuse, auteur de :
« Quiconque se plaint, pleure et gémit, est contraint d’agir d’après la force qui le commande et se trouve entraîné malgré lui à l’obéissance. » 676
Formidable pensée… (Cf. Famille. Mariage. Article 213 du Code civil, Féminisme. Perte de temps, Résistance)

Penser (Obéir. Springsteen Bruce) (18) : 2012. Bruce Springsteen, auteur de :
« […] Quand ils m'ont dit : ‘assieds-toi’… Je me suis levé. » 677 (Cf. Femmes. Remarquables. Parks Rosa)

Penser (Obéir. Staël Germaine de) (19) : 1813. Germaine de Staël [1766-1817], dans De l’Allemagne, concernant Frédéric II. roi de Prusse [1712-1786], auteure de :
« Frédéric voulait que ses soldats fussent des machines militaires, aveuglément soumises, et que ses sujets fussent des citoyens éclairés capables de patriotisme. […] et cependant, il souhaitait qu’il y eut assez d’esprit de liberté dans son empire pour que l’obéissance y parut volontaire. » 678 (Cf. Penser. Pensée. Binaire. Liberté, Politique. Démocratie. État. Guerre, Histoire)  

Penser (Obéir. Stein Édith) (20) : 1918. Édith Stein [1891-1943], concernant ses relations avec Edmund Husserl [1859-1938] - « le Maître » - dont elle était l’assistante, écrit :
« Dans le fond, c’est l’idée de me tenir à la disposition de quelqu’un que je ne peux supporter. Je peux me mettre au service d’une cause et rendre à quelqu’un toutes sortes de services par amour, mais me tenir que service de quelqu’un, en un mot obéir, je ne le peux pas. Et si Husserl ne s’habitue pas à me traiter comme une collaboratrice en pratique - c’est ainsi que j’ai toujours considéré notre relation et lui aussi, en théorie - alors nous devrons nous séparer. » 679
Elle quitta effectivement son poste auprès de lui, sans que leurs relations ne cessent pour autant. (Cf. Femmes. Remarquables. Stein Édit, Philosophie)

Penser (Obéir. Taine Hippolyte) (21) : 1875. Hippolyte Taine [1828-1893], dans Les origines de la France contemporaine, auteur de :
- « L’obéissance générale qui fait la paix publique ».
- « Le commandement flotte et l’obéissance est moindre. »
- « Au mois de février1789, Necker [Jacques. 1732-1804] avoue ‘qu’il n’y a plus d’obéissance nulle part […]’. » 680 (Cf. Êtres humains, Politique. Autorité. Hiérarchie. État. Révolution)

Penser (Obéir. Tolstoï Léon) (22) : 1865-1869. Léon Tolstoï [1828-1910] dans La guerre et la paix, concernant les conditions exigées pour devenir maçon, auteur de :
« […] Quant aux cinq autres vertus que Pierre [Bezoukhov] récapitulait en les comptant sur ses doigts, il les sentait vraiment en lui : le courage, la générosité, les bonnes mœurs, l’amour de l’humanité et particulièrement l’obéissance, qui du reste lui semblait moins une vertu qu’un bonheur, tellement il était joyeux d’échapper à son libre arbitre et de soumettre sa volonté à celui ou à ceux qui possédaient l’incontestable vérité. » 681 (Cf. Patriarcat. Maçonnerie, Penser. Liberté. Vérité)

Penser (Obéir. Voltaire) (23) : 1737. 1759. 1771. 1773. Lettres de Voltaire [1694-1778] :
- (vers le 1er janvier) 1737. adressée à Frédéric II. prince royal de Prusse [1712-1786] :
« J’obéirai puisque c’est vous qui ordonnez. » 682
- 12 mai 1754. adressée à Charles-Jean-François Hénault [1685-1770] :
« Quand on ne fait qu’obéir, on ne réussit que médiocrement. » 683
- 9 février 1759. adressée à Frédéric II. roi de Prusse [1712-1786] :
« Si Votre majesté dit : J’ordonne, j’obéirai […]. » 684
- 7 avril 1771. adressée à Saint-Lambert [1716-1803] :
« J’aime mieux obéir à un beau lion [le roi] qui est né beaucoup plus fort que moi, qu’à deux cents rats de mon espèce. » 685
- 5 mai 1773. adressée au duc de Richelieu [1696-1788] :
« […] Je n’irai pas voir le spectacle [de sa pièce] à Lyon. Les suites de ma maladie ne me le permettent pas. Mais quand il s’agira d’obéir à vos ordres, je trouverai des ailes, et je volerai. » 686
- De telles formulations complexifient, et subvertissent encore plus, la nature des engagements politiques de Voltaire, l’une de ses nombreuses contradictions, l’une des nombreuses limites de « la philosophie des Lumières » qui n’a par ailleurs jamais eu, heureusement, aucune cohérence. (Cf. Relations entre êtres humains. Aimer. Voltaire)

VIII. Penser. Principe :

Penser. Principe :

Penser (Principe) (1) : L’affirmation d’un principe ne vaut rien en elle-même ; l’invocation d’un principe ne vaut pas grand’ chose. Et pourtant, nous avons besoin de principes.

Penser (Principe) (2) : Rien n’est possible sans principe, à charge pour celui/celle qui s’en prévaut de l’expliciter. Et de s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une béquille, d’un cautère sur une jambe de bois.

Penser (Principe) (3) : Ce qui pose problème, et n’est pas acceptable, ce n’est pas la rigidité des principes affirmés (définis par qui ?), mais l’affirmation de leur exclusivité et leur prétention à les imposer à d’autres qu’eux-mêmes.

Penser (Principe) (4) : Dès lors qu’un principe est posé et affirmé, « le combat pour l’imposer » ne peut, au nom du ‘réalisme’, le contredire. Ou alors les raisons qui ont exigé qu’il soit récusé doivent être, si elles sont possibles, affirmées.
Condorcet, notamment dans ses Réflexions sur l’esclavage des Noirs 687, est un excellent exemple des contradictions entre l’affirmation d’un principe et la volonté de leur auteur de vouloir mettre en œuvre ici «par degrés» (Cf. Chapitre IX) le processus qui, politiquement, y mènerait, sur le déni donc dudit principe.
- Vrai aujourd’hui pour tant d’analyses - toutes ? - présentées comme devant ‘abolir la prostitution’… (Cf. Politique. Morale. Opposition, Proxénétisme. Abolitionnisme)

Penser (Principe) (5) : Comment reconnaître les principes politiques gangrenés par les intérêts de ceux qui le défendent ? Les lier avec ceux qui s’en réclament, et donc avec soi-même, est un bon début…

Penser (Principe ) (6) : Un principe ne vaut que par sa définition.

Penser (Principe) (7) : Un principe n’a pas de cause ; il a des conséquences.

Penser (Principe) (8) : Eu égard aux exigences induites par l’affirmation de [ses] principes, être parcimonieux/euse quant à son usage.
Il en est de même eu égard aux principes que l’on accuse certaines-es de trahir.

Penser (Principe) (9) : Faire attention : Invoquer, se référer à un principe peut servir à évacuer l’idée même d’un débat.

Penser (Principe) (10) : Un principe ne se récuse pas, ne s’invalide pas en arguant de son inopérationnalité.

Penser (Principe) (11) : La recherche, impossible par ailleurs, de l’adéquation d’une vie à un principe l’étouffe, la tue. Et souvent, bien d’autres en sus…

Par ordre alphabétique. Penser. Principe :

Penser (Principe. Badinter Robert) : 2000. Robert Badinter, dans L’Abolition, rappelle que :
- François Mitterrand [1916-1996] « garde des sceaux de 1956 à 1957, avait accepté l’usage de la guillotine pendant la guerre d’Algérie » [45 hommes guillotinés lors qu’il était garde des Sceaux 688]
- « Le président [Valéry Giscard d’Estaing] avait envoyé à l’échafaud Ranucci. [Christian. 1954-1976] »
- Il s’interroge enfin sur la position concernant la peine de mort, en mars 1976, d’Alain Peyrefitte [1925-199] :
« J’attendais avec curiosité de voir comment le nouveau garde des Sceaux allait concilier le service de César et le culte de Minerve. » 689 (Cf. Justice. Peine de mort. Politique. Principe)

Penser (Principe. Beccaria Cesare) : 1764. Cesare Beccaria [1738-1794], dans Des délits et des peines, auteur de :
« Aussitôt que l’on confond des principes essentiellement distincts, il n’y a plus d’espoir de raisonner correctement sur les matières politiques. » 690 Fondamental. (Cf. Droit, Politique)

Penser (Principe. Bakounine Mikhaïl-Michel) : (septembre) 1872. En réaction à la Résolution du Congrès de La Haye d’exclure Bakounine [1814-1876] et ses soutiens de l‘Association internationale des Travailleurs, l’un de ses membres réagit ainsi :
« ‘Il faut payer ces gens (les ‘marxistes’) de leur propre monnaie ; ils calomnient, calomnions-les aussi’. »
Bakounine, selon Malatesta [1853-1932], « se secoua comme un lion blessé, foudroya du regard celui qui venait de faire une telle proposition, se dressa de sa taille de géant et s’écria :
‘Que dis-tu là, malheureux ! Non, plutôt être mille fois calomnié, même si la calomnie devait être écoutée, que de s’abaisser, vis-à-vis de soi-même, à être un calomniateur.’ Je revois encore le geste magnifique », conclu-t-il. 691 (Cf. Êtres humains, Relations entre êtres humains. Injure, Politique. Calomnie. Morale)

Penser (Principe. Cicéron) : 45 avant J.C. Cicéron [106-43 avant J.C], dans Les Stoïciens, auteur de :
« Je ne m’attache pas à une infinité de questions ; je me borne à considérer la question des principes dont toutes les choses sont formées. » 692
Belle ambition, louable méthode… (Cf. Penser. Cause, Méthode, Réalisme, Question)

Penser (Principe. Conrad Joseph) : 1899. Joseph Conrad [1857-1927], dans sa nouvelle Au cœur des ténèbres, au terme d’une réflexion sur « la vérité, dépouillée des oripeaux du temps », écrit :
« Des principes ?…Non, des principes ne suffiraient pas. Ce ne sont là qu’acquisition, déguisement, élégante friperie qui s’envolerait à la première secousse un peu rude. […] » 693

Penser. Principe. Constant Benjamin :

Penser (Principe. Constant Benjamin) (1) : 1797. Benjamin Constant [1767-1830], dans Des réactions politiques, auteur notamment de [mais c’est tout le chapitre VIII de son livre, Des réactions politiques qu’il faut lire] :
« Un principe, reconnu vrai, ne doit donc jamais être abandonné, quels que soient ses dangers apparents. Il doit être décrit, défini, combiné avec tous les principes circonvoisins, jusqu'à ce qu'on ait trouvé le moyen de remédier à ses inconvénients, et de l'appliquer comme il doit l'être.
La doctrine opposée est absurde dans son essence et désastreuse dans ses effets.
Elle est absurde, parce qu'elle prouve trop, et qu'en prouvant trop, elle se détruit elle-même.
Dire que les principes abstraits ne sont que de vaines et inapplicables théories, c'est énoncer soi-même un principe abstrait. Car cette opinion n'est pas un fait particulier, mais un résultat général.
C'est donc énoncer un principe abstrait contre les principes abstraits, et, par cela seul, frappée de nullité son propre principe.
C'est tomber dans l'extravagance de ces sophistes de Grèce, qui doutaient de tout et finissaient par n'oser pas même affirmer leur doute.
Outre cette absurdité, cette doctrine est désastreuse, parce qu'elle précipite inévitablement dans l'arbitraire le plus complet.
Car, s'il n'y a pas de principes, il n'y a rien de fixe : il ne reste que des circonstances, et chacun est juge des circonstances. On marchera de circonstances en circonstances, sans que les réclamations puissent trouver même un point d'appui.
Là où tout est vacillant, aucun point d'appui n'est possible.
Le juste, l'injuste, le légitime, l'illégitime, n'existeront plus, car toutes ces choses ont pour bases les principes, et tombent avec eux.
Il restera les passions qui pousseront à l'arbitraire, la mauvaise foi qui abusera de l'arbitraire, l'esprit de résistance qui cherchera à s'emparer de l'arbitraire, comme d'une arme pour devenir oppresseur à son tour : en un mot, l'arbitraire, ce tyran aussi redoutable pour ceux qu'il sert que pour ceux qu'il frappe, l'arbitraire régnera seul. » 694
Très, très juste. (Cf. Penser. Opinion, Politique. Morale. Principe)

Penser (Principe. Constant Benjamin) (2) : 1814. Benjamin Constant [1767-1830], auteur d’un magistral Cours de Politique constitutionnelle, 695 a opéré sans doute le plus rapide reniement politique de l’histoire.
- Benjamin Constant écrit fièrement le 11 mars 1814 un article (ou deux selon M. Gauchet) féroce contre Napoléon [1769-1821], publié 19 mars 1814 dans lequel on peut lire :
« Je n'irai pas, misérable déserteur, me traîner d'un pouvoir à l'autre, couvrir l'infamie par le sophisme, et bégayer des paroles profanées pour racheter une existence honteuse. »
Mais, dans la nuit même, Napoléon de retour de l’Ile d’Elbe arrive à Paris et Louis XVIII abandonne la capitale.
Craignant une répression politique à son encontre, Benjamin Constant s’enfuit en Vendée du 13 au 27 mars 1814.
Le 30 mars 1814, il rencontre Napoléon et écrit le 4 avril 1815 « un article anonyme qui vaut ralliement ».
Il le rencontre à nouveau le 14, [« C’est un homme étonnant »], le 15, 18, 19 avril, et in fine rédige pour lui un projet de constitution.
Le 20 avril 1814, il est nommé conseiller d’État.
Le 2 mai 1814, il écrit, sans gêne :
« Il me faut d’ici au plus court temps possible un ouvrage politique qui rétablisse ma réputation et constate mes principes. (sic) » 696 (Cf. Politique. Principe)

Penser (Principe. Constant Benjamin) (3) : La comtesse de Boigne [1781-1866], dans ses Mémoires, fit un récit de revirement / reniement. Le voici :
L’article où il annonçait son « hostilité éternelle à l’Empereur » fut imprimé dans Le Moniteur du 19 mars 1814. Constant fut « terrorisé » [du retour de Napoléon], se cacha, mais fut retrouvé par Fouché, « le lendemain ». 697 Il lui annonça que l’Empereur voulait le voir « sur le champ. » […] L’empereur l’accoste de la mine la plus gracieuse, le fait asseoir et entame la conversation en lui assurant que l’expérience n’a pas été vaine pour lui. Pendant les longues veilles de l’Ile d’Elbe, il a beaucoup réfléchi à sa situation et aux besoins de l’époque ; évidemment les hommes réclament des institutions libérales. Le tort de son administration a été de trop négliger les publicistes comme Monsieur Constant. Il faut à l’Empire une constitution et il s’adresse à ses hautes lumières pour la rédiger. Benjamin passa en une demi-heure de la crainte d’un cachot à la joie d’être appelé à faire le petit Solon et de voir s’accomplir le rêve de toute sa vie, pensa se trouver mal d’émotion. Il fut transporté d’admiration pour le grand Empereur qui rendait si amplement justice au mérite de Benjamin Constant. Et l’article de l’auteur du Moniteur du 19 était, le 22, Conseiller d’État et prôneur en titre de Bonaparte. […] Toutes ces variations l’avaient fait tomber dans un mépris universel », conclut-elle… 698 (Cf. Langage. Verbe. « Tomber », Politique. Conciliation [...]. Libéralisme. Principe)

Penser (Principe. Constant Benjamin) (4) : 2004. Dans la préface de 110 pages de Marcel Gauchet, intitulée : Benjamin Constant : l’illusion lucide du libéralisme (suivie d’un avertissement de 6 pages) ajoutées aux Écrits politiques de Benjamin Constant [1767-1830] [Folio. Essais] on ne peut que constater que cet épisode pourtant historiquement mémorable et si important ne soit abordé qu’en notes dans ce livre.
- Marcel Gauchet y évoque simplement « une palinodie » (note 1. Principes de politiques. p.790 à 792), transformée en « revirement spectaculaire qui l’a brièvement rapproché de sa bête noire. » (note 1, Chapitre XX. p.828).
- Marcel Gauchet écrit même, sans crainte de contradictions :
« Les volte-face du politicien et l’incohérence de l’individu dans la conduite de son existence s’allient avec une inébranlable fermeté doctrinale. » (p.792)
- Une lecture attentive des - passionnants - Écrits politiques de Benjamin Constant ne me permet en aucun cas d’en juger ainsi. 699 (Cf. Politique. Conciliation [...]. Libéralisme. Principe)

Penser (Principe. Gide André) : (8 avril) 1930. André Gide [1869-1951] écrit dans son Journal : « Lanson [Gustave. 1857-1934], dans sa très bonne étude sur l’influence du cartésianisme (p.89) cite l’étonnante déclaration de Montesquieu [1689-1755. sans date, sans source] :
«‘J’ai posé des principes et j’ai vu des cas particuliers s’y plier comme d’eux-mêmes…
Quand j’ai découvert ces principes, tout ce que je cherchais est venu à moi.’
C’est donc qu’il ne cherchait que ce qu’il avait trouvé par avance. Effroyable limitation !
[…]
Le cartésien n’accepte pas de pouvoir être jamais surpris. Somme toute, il n’accepte pas de se laisser instruire.
» 700

Penser (Principe. Halphen Éric) : 2004. Éric Halphen, juge d’instruction, dans Au lieu des larmes, auteur de :
« La vie n’est qu’une suite à peine interrompue de complaisances, de reniements, d’arrangements, d’une pratique qui ne peut que contredire la plus ferme des théories, de telle sorte que ceux qui, par rigidité ou par maladie, obstination ou maladresse, s’entêtent à ne pas dévier de leurs principes, à n’accepter aucune transaction, sont au mieux des emmerdeurs, au pire, des marginaux, de toute manière insatisfaits ou malheureux. » 701
Quelle charmante vision du monde… (Cf. Justice. Juge. Halphen Éric)

Penser (Principe. Ozouf Mona) : (20 juillet) 2017. Mona Ozouf, sur France Culture, concernant le roman Delphine [1802] de Germaine de Staël [1766-1817], auteure de :
« Le drame de Delphine est d’avoir épousé un homme à préjugés. C’est du reste quelque chose qui résume les fictions de Madame de Staël : c’est que les femmes supérieures s’éprennent toujours d’hommes à principe…ou à préjugés…ce qui est la même chose. » 702 (Cf. Penser. Pensée. Préjugé)

Penser (Principe. Rosanvallon Pierre) : 2015. Interrogé sur les « grands principes de la république » [« Laïcité », « Liberté », « Égalité »] et devant répondre à la question : « Au-delà des mots, comment trouver des remèdes ? », Pierre Rosanvallon, sur France Culture, répondit : « Le problème, justement, ce n’est pas les grands principes, c’est de faire vivre les choses […]. » Puis, interrogé sur « la non représentation des minorités », sur la non mise en œuvre par la gauche de « sa promesse fondamentale du vote des étrangers », il répondit :
« La citoyenneté, elle n’est pas seulement un bulletin de vote ; elle est un statut. […] » 703 Termes non définis, esquives, analyses peu rigoureuses, à tout le moins… (Cf. Hommes. « Intellectuels ». Rosanvallon Pierre, Relations entre êtres humains. Promesse, Langage. Mots, Penser. Liberté, Politique. Démocratie. Laïcité. Minorités. Peuple, Sociologie, Histoire. Historiographie. Patriarcale)

Penser (Principe. Saint Just) : (17 octobre) 1790. Louis Antoine de Saint-Just [1776-1794] dans son Discours sur l’affaire des biens communaux de Blérancourt, auteur de :
« […] En toutes choses, il faut poser le principe. » 704

Penser (Principe. Sand George) : 1855. George Sand [1804-1876], dans Histoire de ma vie raconte son émergence, à partir de 17 ans, à la vie intellectuelle. Elle lit « Mably, Locke, Condillac, Montesquieu, Bacon, Bossuet, Aristote, Leibnitz, Pascal, Montaigne […] La Bruyère, Pope, Milton, Dante, Virgile. » Et enfin, vint Rousseau.
Concernant le philosophe Mably [1709-1785], qu’il l’« avait fort mécontentée », elle en explique les raisons : « Pour moi, c’était une déception personnelle que ces élans de franchise et de générosité, arrêtés sans cesse par le découragement en face de l’application. ‘À quoi bon ces beaux principes, me disais-je, s’ils doivent être étouffés par l’esprit de modération ?’ Ce qui est vrai, ce qui est juste doit être observé et appliqué sans limites’. J’avais l’ardeur intolérante de mon âge. » 705 conclue-t-elle. Intolérante ? Non. Exigeante.

Penser (Principe. Terkel Studs) : 1984. Lu dans « La bonne guerre ». Histoires orales de la seconde guerre mondiale, de Studs Terkel [1912-2008] :
« Toutes les prisons se ressemblent. Toutes les guerres. Dans toutes les guerres, les deux camps s’entretuent pour des ‘principes’. Et le principe qui disparait dans l’affaire, c’est : ‘Tu ne tueras point.‘» 706

Penser (Principe. Tocqueville Alexis de) : (22 avril) 1838. Alexis de Tocqueville [1805-1859], dans un lettre à Gustave de Beaumont [1802-1866] lui écrivit :
« Je ne puis vous dire, mon cher ami, le dégoût que j’éprouve en voyant comment les hommes publics de nos jours trafiquent, suivant les plus petits intérêts du moment, de choses aussi sérieuses et aussi sacrées à mes yeux que les principes. » 707 (Cf. Politique. Principe, Économie. Voltaire)

Penser (Principe. Voltaire) : (15 novembre) 1765. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Friedrich Melchior Grimm [1723-1807], après avoir critiqué Jean-Jacques Rousseau [1712-1778], auteur de :
« […] car il ne faut se brouiller avec les rois que quand on peut se passer d’eux. » (Cf. Penser. Utilitarisme) 708

Penser (Principe. Winock Michel) : (23 octobre) 1964. Lu dans le Journal politique. 1958-1981 de Michel Winock :
« Sartre a refusé le prix Nobel de littérature qui lui était décerné : ‘Un écrivain ne doit pas de laisser transformer en institution’ a-t-il déclaré. Une attitude qui ne manque pas de gueule. Mais il aurait pu empocher les millions du prix pour ses bonnes œuvres révolutionnaires. […] » (Cf. Penser. Utilitarisme) 709

IX. Penser (Vérité) :

Penser. Vérité :

Penser (Vérité) (1) : Il y a plus de vérité politique dans le cri à la mort d’une vieille femme Ukrainienne du Donbass, dont la vie, dont l’environnement, dépend de tirs venant d’elle ne savait où, lancés par elle ne savait qui, et signifiant elle ne savait quoi, que dans toute ‘l’intelligence’ des ‘stratèges’. (Cf. Politique. Guerre)

Penser (Vérité) (2) : Toute prétention - de quiconque - de s’approcher d’une vérité, doit préalablement être précédée par l’affirmation, sans ambiguïté, du refus de tout lien pensable entre celle-ci et celle censée être, en tout impérialisme étatique, dite par « la justice ». (Cf. Justice)

Penser (Vérité) (3) : Penser la partialité sauve de la vérité.

Penser (Vérité) (4) : (29 mars) 2017. Entendu ce matin :
« C’est con de dire ça, mais c’est pas faux. »

Penser (Vérité) (5) : Dire : « Il / elle n’exagère pas », au lieu et place de : « Il / elle dit la vérité », c’est s’interdire de penser à la vérité.

Penser (Vérité) (6) : Les erreurs, les fautes - les crimes mêmes - d’une personne n’invalident pas la vérité d’une pensée. Elles en amoindrissent la portée.

Penser (Vérité) (7) : Si l’on remplaçait l’idée de « vérité » par l’analyse de la « vérité » telle qu’exprimée par la personne qui s’en prévaut, loin de s’éloigner du processus de sa recherche, on l’enrichirait en en multipliant les points de vue, les facettes.

Penser (Vérité) (8) : Je découvre soudain que moins la vérité est défendable, plus les mensonges sont gros… ce qui est, somme toute, logique. Dès lors, je m’étonne de ma tardive découverte.

Penser (Vérité) (9) : À question simple, réponse simple : à quoi sert de répéter, sans cesse, des choses fausses ? À faire croire qu’elles sont vraies. (Cf. Relations entre êtres humains, Penser. Répéter, Politique. Médias)

Penser (Vérité) (10) : Au nom de l’espérance, ils demandaient de l’optimisme ; au nom de la vérité, ils demandaient de la vérité.

Penser (Vérité) (11) : Que peut signifier « la vérité » à quelqu’un-e qui a réduit sa vision du monde à sa capacité à y survivre.

Penser (Vérité) (12) : Chercher la vérité : non ; à être crédible : oui

Penser (Vérité) (13) : Chercher la vérité : une absurdité ; chercher une vérité : une impudence ; affirmer sa vérité : oui.

Penser (Vérité) (14) : Qu’il n’y ait pas de vérité en soi, n’est pas faire preuve de scepticisme ; juste une manifestation de réalisme, de bon sens.

Par ordre alphabétique. Penser. Vérité :

Penser (Vérité. Adages latins) : Veritas temporis filia est : La vérité est fille du temps ;
Veritas in puteo est : La vérité est au fond du puit.

Penser (Vérité. Alexievitch Svetlana) : 1985. Svetlana Alexievitch, dans La guerre n’a pas un visage de femme, écrit :
« J’ai été plus d’une fois confrontée à la coexistence de deux vérités dans l’esprit d’un même personne : une vérité personnelle refoulée dans les tréfonds de la conscience, et une vérité empruntée, ou plutôt contemporaine, imprégnée de l’esprit du temps présent, de ses impératifs et de ses exigences. La première était rarement capable de résister à la pression de la seconde. »
Plus satisfaisant - ou autre formulation ? - que la coupure conscience / inconscience ? (Poursuivre) 710

Penser (Vérité. Bardot Brigitte) : (11 mars) 2017. Brigitte Bardot, [qui confirme par ailleurs qu’elle votera front national], affirme :
« À part moi, je ne vois pas qui d’autre dit la vérité. » 711

Vérité (Berdiaev Nicola) : 1979. Nicola Berdiaev [1874-1948], dans son Essai d’autobiographie spirituelle, auteur de :
« Je croyais à la vérité que je cherchais. […] » 712

Vérité (Bernanos Georges) : 1936. Georges Bernanos [1888-1948], dans le Journal d’un curé de campagne, auteur de :
« Nos fautes cachées empoisonnent l’air que d’autres respirent […]. » 713 Bien vu… (Cf. Politique. Mensonge)

Vérité (Butler Samuel) : 1890. Samuel Butler [1774-1839], dans Ainsi va toute chair, auteur [autour de 1890, mais publié en 1903] de :
« […] Il est non seulement permis, mais […] moral de la part de ceux qui prétendent être les gardiens et les dispensateurs par excellence de la vérité, et qui se font payer pour cela, d’organiser la conspiration du silence contre les choses dont la vérité apparaitrait immédiatement à tout investigateur désintéressé. » 714

Vérité (Buzyn Agnès) : (15 décembre) 2019. Agnès Buzyn, ministre des solidarités et de la santé, concernant la réforme des retraites, auteure de :
« Le gouvernement [d’Édouard Philippe] dit la vérité aux Français. » 715
- Je découvre que le matin même le premier ministre avait, dans Le Parisien, déclaré :
« J’assume de dire la vérité ». (Cf. Politique)

Vérité (Chaplin Charlie) : 1952. Il y a plus de vérité dans un regard de Charlie Chaplin [1889-1977], y compris dans des sketchs absurdes, que dans des centaines de pages de philosophes, si souvent dénués de toute humanité. [Après voir vu Les Feux de la rampe] (Cf. Culture, Cinéma, Philosophie)

Vérité (Chibas Edouardo) : 1996. Régis Debray, dans Loués soient nos seigneurs. Une éducation politique, évoque à Cuba, en 1951 [sous le régime de Batista donc], Raùl Chibas, leader du ‘parti orthodoxe’ et premier « maitre » du jeune Fidel Castro :
« Le politicien dénonçait la corruption du régime, mais qui croit un politicien ? On se moquait de lui. Alors il se tira une balle dans la tête, à la radio, au cours d’une émission en direct ; on crut alors à sa bonne foi, mais il était trop tard. ». 716
N.B. 1. Après vérification sur Wikipédia, c’est son frère Edouardo Chibas [1907-1951] qui se suicida en 1951 et non Raùl Chibas.
N.B. 2. Je lis aussi que des dizaines de milliers de personnes ont accompagné son enterrement : « trop tard » ?

Vérité. Constant Benjamin :

Vérité (Constant Benjamin) (1) : 1804. Benjamin Constant [1767-1830] après avoir lu Xénophon [-430,-355 avant J.C], dans son Journal intime, auteur de :
« Il y a des traces de vanteries dans sa relation de la Marche des Dix-Mille et de l’exagération sur le rôle qu’il a joué. On remarque pourtant malgré lui que ce rôle était assez subalterne et de l’exagération sur le rôle que Cléarque [qui dirigea la retraite] y a joué, car on remarque, malgré lui, que ce rôle était assez subalterne, le général Lacédémonien le traitait fort cavalièrement. » Et Benjamin Constant en conclut justement :
«La vérité est une chose bien puissante puisqu’elle se fait jour à travers tous les déguisements de l’amour-propre, dans un auteur qui a écrit il y a deux mille an. » 717 (Cf. Êtres humains. Cacher. Inutile de cacher)

Vérité (Constant Benjamin) (2) : 1804. Benjamin Constant [1767-1830], dans son Journal intime, auteur, à la suite d’un dîner, de :
« Je jouais la comédie, mais je me suis aperçu que cela donnait du soupçon sur mon caractère de véracité, ce qui serait injuste, car on ne peut me contester d’être l’homme le plus vrai du monde. » 718

Vérité (Custine Astolphe de) : 1839. Astolphe de Custine [1790-1857], dans ses Lettres de Russie, auteur de :
« […] Considérez que, dans l’ordre physique comme dans l’ordre moral, la vérité n’est qu’un assemblage de contrastes tellement criants, qu’on dirait que la nature et la société n’ont été créés que pour faire tenir ensemble des éléments qui, sans elles, devraient s’abhorrer et s’exclure… » 719
- Texte cité, moins pour l’argumentaire que pour dissuader de tout impérialisme de « la vérité ».

Vérité (D’Agoult Marie) : 1833-1854. Marie d’Agoult [Daniel Stern. 1805-1876], dans ses Mémoires, auteure de :
« […] Pour une vérité qui se dit de siècle en siècle au monde, combien d’erreurs monstrueuses, absurdes, s’accréditent chaque jour ! Que de préjugés inqualifiables s’établissent ! Que de mensonges sociaux jouissent d’un droit de prescription et se couvrent, avec le temps, d’une rouille sacrée qui les rend en quelques sorte indestructibles ! » 720 (Cf. Justice. Prescription, Penser. Pensée. Préjugé)

Vérité (Descartes René) : 1637. René Descartes [1596-1650], dans le Discours de la méthode, auteur de : « Ne recevoir jamais une chose pour vraie que je ne la connusse évidemment comme telle. » 721 Exigence jamais dépassée… si « la vérité » a un sens… (Cf. Philosophie. Descartes René)

Vérité (De Gaulle Charles) : 1945. Charles de Gaulle [1890-1970], dans ses Mémoires, auteur de : « Il n’y a de réussite qu’à partir de la vérité. » 722

Vérité (D’Holbach Paul Thiry) : 1770. Paul Thiry d’Holbach [1723-1789], dans L’essai sur les préjugés, auteur de :
« Si les ouvrages de nos sages nous présentent des vérités nouvelles et des systèmes utiles, on y rencontre à chaque page des traces plus ou moins marquées des préjugés dominants.
D’ailleurs si les hommes les plus éclairés et les plus honnêtes ont rarement le courage de dire tout ce qu’ils pensent, ils ont plus rarement encore celui de faire un divorce complet avec les erreurs qu’ils voient universellement établies ou dont eux-mêmes éprouvent les influences à leur insu.
Les personnes les plus sages ont des préjugés, des faiblesses, des passions, des intérêts qui les empêchent de voir la vérité dans son entier et de sentir les inconséquences et les contradictions de leurs écrits ; que d’embarras pour la postérité quand elle voudra les juger !
» 723 (Cf. Hommes. Féminisme. Penser. Idées. Préjugé. Théologie)

Vérité (Diderot Denis) : (27 novembre) 1758. Lettre de Denis Diderot [1713-1784] à Marie-Jeanne Riccoboni [1713-1792] :
« […] Tout ce qui n’est pas outré, forcé, strapassé est froid pour ceux qui ont perdu une fois le goût de la vérité. » 724

Vérité. Eliot George :

Vérité (Eliot George) (1) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Félix Holt, le radical, auteure de : « Car même la vérité a une couleur, qui vient de la disposition de celui qui la dit. » 725 (Cf. Justice)

Vérité (Eliot George) (2) : 1866. George Eliot [1819-1880], dans Félix Holt, le radical, auteure de : « Laisse-moi te dire : une vérité simple peut être tellement tourmentée et malmenée par les faux raisonnements qu’elle finit pas avoir le dessous. » 726 Le quotidien…

Vérité (Ferré Léo) : Une strophe de Léo Ferré [1916-1993] dans Les temps sont difficiles (mais à écouter pour lui conférer sa vérité) :
« Pour faire face à la vérité / J'ai poussé jusqu'à la télé / Où l'on m'a dit ‘ : Vous demandez qui’ ? La vérité ? C'est pas ici !’ Les temps sont difficiles ! » (Cf. Politique. Médias)

Vérité (Ferry Luc) : (26 avril) 2017. Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation nationale, « philosophe », soutien affiché de François Fillon déclare que Jean-Luc Mélenchon est « excellent dans le verbe sophistique, radicalement indifférent à la vérité » 727… vérité - au singulier - que lui et François Fillon lui considèrent donc légitime d’incarner…

Vérité (Fillon François) : (1er mars) 2017. François Fillon, mis en examen, auteur de :
« Je me rendrai à la convocation des juges. […] Je leur dirai ma vérité, qui est la vérité. » 728 (Cf. Droit, Justice, Hommes. « Politiques »)
* Ajout. 30 mars 2017. 2017. François Fillon, sur RTL, auteur de :
« Je vous le dis dans les yeux. Jamais les juges ne pourront démontrer que l’emploi de mon épouse était fictif. Jamais. » 729 En toute cohérence avec sa conception de « la » vérité : la négation de l’idée même de « justice », institution incluse. (Cf. Justice)

Vérité (France Culture) : (3 février) 2020. Guillaume Erner, sur France Culture, s’interroge sur la politique du gouvernement chinois concernant le coronavirus, sur le fondement de argument : « Ils ont déjà menti ». 730
À cette aune, censée intellectuellement et politiquement valide, que penser de ses propres analyses ?… (Cf. Politique. Coronavirus. Médias)

Vérité (Frédéric II. roi de Prusse) : (16 mars) 1771. Frédéric II. roi de Prusse [1712-1786], dans une lettre à Voltaire [1694-1778], auteur de :
« Ce n’est qu’à force de réflexions et de raisonnements que l’erreur se filtre, et se sépare de la vérité ; peu de personnes donnent leur temps à un examen aussi pénible, et qui demande une attention suivie. Avec quelle clarté qu’on leur expose leurs erreurs, ils pensent qu’on veut les séduire ; et, en abhorrant les vérités qu’on leur expose, ils détestent l’auteur qui les annonce. » 731 Fine analyse…

Vérité (Garçon Maurice) : (5 septembre) 1944. Paul Léautaud [1872-1956] dans son Journal littéraire, après la Libération et la défaite allemande donc, évoque [l’avocat] Maurice Garçon [1889-1967], selon lequel :
« On doit taire le bien qu’on trouve chez l’ennemi [et] on doit être à son égard de mauvaise foi. » 732 (Cf. Justice. Avocat-e)

Vérité (Gary Romain) : Romain Gary [1914-1980], auteur de :
« La vérité consiste à ne pas se faire prendre. » 733 (Cf. Penser. Morale, Politique. Morale)

Vérité (Gide André) : (29 mai) 1935. André Gide [1869-1951], dans son Journal, écrit :
« Je crois qu’il y a dans la sincérité d’un aveu plus d’éloquence et d’enseignement que dans les plus savantes feintes de l’éloquence. » 734 (Cf. Penser. Éloquence)

Vérité (Goldman Emma) : 1931. Emma Goldman [1869- 1940], dans Vivre ma vie, découvrant progressivement, douloureusement, en 1920 - déchirée entre son regard, son analyse, sa sensibilité anarchiste et le soutien à la révolution russe - les réalités de la Russie révolutionnaire, auteure de :
« Je refusais de voir avec mon regard intérieur la vérité qui était si visible de l’extérieur. J’étais abasourdie, décontenancée, le sol se dérobait sous mes pieds. Pourtant je m’accrochais, agrippée à un fil, tel un être qui se noie. […] » 735
Sa lucidité et sa capacité d’analyse politique lui revinrent vite.

Vérité (Gramsci Antonio) : Antonio Gramsci [1892-1937], dans ses Lettres de prison, auteur de :
« J’ai toujours été d’avis que la vérité porte en soi son propre remède. […] » 736 Profond, ambitieux, (souvent) juste. (Cf. Penser. Gramsci Antonio)

Vérité (Grégoire Abbé) : 1822. L’abbé Grégoire [1750-1831] dans son texte, Des peines infâmantes à infliger aux négriers, évoquant « quelques écrivains, quelques orateurs courtisans », auteur de :
« Ont-ils émis un reproche trop mérité, une proposition courageuse ? Vite, ils s’efforcent de l’atténuer par des compliments, comme si la vérité n’était qu’un badinage. » 737

Vérité (Laclos Choderlos de Pierre) : 1782. Pierre Choderlos de Laclos [1741-1803], dans Les liaisons dangereuses, met dans la bouche de madame de Merteuil, qui avait déclaré qu’elle était « née pour venger [s]on sexe et maîtriser le vôtre... » les phrases suivantes :
« Entrée dans le monde dans le temps où, fille encore, j'étais vouée par état au silence et à l'inaction, j'ai su en profiter pour observer et réfléchir. Tandis qu'on me croyait étourdie ou distraite, écoutant peu à la vérité les discours qu'on s'empressait à me tenir, je recueillais avec soin ceux qu'on cherchait à me cacher.
Cette utile curiosité, en servant à m'instruire, m'apprit encore à dissimuler [...].
Je n'avais pas quinze ans, je possédais déjà les talents auxquels la plus grande partie de nos politiques doivent leur réputation… » 738 Tout lire… (Cf. Enfants, Femmes. « Politiques », Hommes. « Politiques », Féminisme, Patriarcat)

Vérité (Lamartine) : 1893. Alexis de Tocqueville [1805-1859], dans ses Souvenirs, porte ce terrible jugement sur Alphonse de Lamartine [1790-1869], notamment concernant son rôle politique en 1848 :
« […] Je n’ai jamais connu [non plus] d’esprit moins sincère qui eût un mépris plus complet pour la vérité. Quand je dis qu’il l’a méprisait, je me trompe ; il ne l’a jamais assez honorée pour s’occuper d’elle d’aucune manière. […] » 739 (Cf. Relations entre êtres humains. Mépris)

Vérité (La Pléiade) : 1986. Je lis dans une note du Tome X de la Correspondance de Voltaire [1694-1778] pour commenter son affirmation [14 juin 1771] « Je ne l’ai jamais consulté [concernant le médecin Théodore Tronchin. 1703-1781] et je n’ai jamais pris un seul de ses remèdes » :
« Une telle phrase ouvre des perspectives étonnantes sur les rapports entre la parole et la réalité chez Voltaire. […] ».
Une formulation fort peu honnête pour ne pas avoir à reconnaitre que Voltaire ici ment grossièrement et qui permet plus globalement d’éviter la question des rapports, certes complexes à analyser, de Voltaire avec la vérité. 740
* Ajout. 18 novembre 2020. (21 octobre) 1767. Voltaire, auteur de :
« Voilà ce qui s’appelle un gros mensonge imprimé. » 741 (Cf. Voltaire. Histoire)

Vérité (Leiris Michel) : (25 mai) 1971. Michel Leiris [1901-1990], dans son Journal, auteur de : « L’instant de vérité qui n’en était pas un s’il ne vous avait pas marqué pour toute la vie. » 742

Vérité (Le Dœuff Michèle) : 1998. Michèle Le Dœuff, dans Le sexe du savoir, auteure de :
« La vérité n’est pas fille de l’autorité. [...] » 743

Vérité (Lessing Doris) : 1958. Doris Lessing [1919-2013], dans La cité promise. Les enfants de la violence (3), auteure de :
« Car telle était la vérité ; mais cette froide logique ne pouvait évidemment pas admettre la vérité. » 744 (Cf. Philosophie)

Vérité (Lessing Gotthold Éphraïm) : Gotthold Éphraïm Lessing [1729-1781], auteur de :
« Ce n’est pas tant la vérité qui importe, que de garder l’incessant élan vers la vérité. » 745

Vérité (Lounguine Liliana) : 2017. Liliana Lounguine [1920-1997], dans Mot à mot. Une vie dans le siècle soviétique, auteure de :
« Je n’apporte ici que des débris de vérité, mais d’une vérité authentique payée au prix de toute une vie. » 746 (Cf. Penser. Stalinisme)

Vérité (Macron Emmanuel) : (25 juillet) 2018. Emmanuel Macron, auteur de :
« Nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité. » 747 (Cf. Hommes. « Politiques ». Macron Emmanuel, Politique. Médias)

Vérité (Malaurie Jean) : (23 juin) 2004. Jean Malaurie, auteur de :
« J’ai voulu, pour être plus proche de la vérité, construire ma pensée. »
Oui, nécessaire pour quiconque... (Cf. Ethnologie. Anthropologie) 748

Vérité (Mann Thomas) : (3 janvier) 1930. Thomas Mann [1875-1955], dans une lettre à Sigmund Freud [1856-1939], évoque le « courage de la vérité où, plus j’avance en âge, plus je vois la source de tout génie. » 749

Vérité (Malraux André) : (25 juin) 1935. André Malraux [1901-1976], lors du Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, auteur de :
« Défense de la vérité. L’homme et les masses y ont droit… Je tiens la vérité pour une condition de santé intellectuelle et morale. » 750 (Cf. Êtres humains, Politique. Démocratie. « Masses »)

Vérité. Mill John Stuart John :

Vérité (Mill John Stuart John) (1) : 1859. John Stuart Mill [1806-1873], dans De la liberté, auteur de : « […] La vérité bénéficie encore plus des erreurs d’un homme qui, après les études et la préparation nécessaire, pense par lui-même, que des opinions vraies de ceux qui les détiennent uniquement parce qu’ils s’interdisent de penser. Non pas que la liberté de penser soit exclusivement nécessaire aux grands penseurs. Au contraire, elle est aussi indispensable - sinon plus indispensable - à l’homme du commun pour lui permettre d’atteindre la stature intellectuelle dont il est capable. Il y a eu de, et il y aura encore peut-être, de grands penseurs individuels dans une atmosphère générale de d’esclavage intellectuel. Mais, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais dans et il n’y aura jamais dans une telle atmosphère de peuple intellectuellement actif. » 751 (Cf. Penser. Liberté. Opinion, Politique. Peuple)

Vérité (Mill John Stuart John) (2) : 1861. John Stuart Mill [1806-1873], dans L’Utilitarisme, auteur de : « […] Ainsi il serait souvent expédient, pour se tirer de quelques embarras momentané ou atteindre quelques objet immédiatement utile à soi-même ou à autrui, de dire un mensonge. Mais la culture en nous-mêmes d’une sensibilité chatouilleuse en matière de véracité est l’une des choses les plus utiles, l’affaiblissement de cette sensibilité l’une des plus nuisibles, que nous puissions donner comme fin à notre conduite ; en s’écartant , même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel. […] » 752

Vérité (Mill John Stuart John) (3) : 1873. John Stuart Mill [1806-1873], dans son Autobiographie, auteur de :
« […] C’est à peine si j’ai trouvé un être qui insista autant que moi pour examiner la défense de toutes les opinions, quelle que fut leur nouveauté ou leur ancienneté, convaincus que les erreurs elles-mêmes doivent reposer sur un substrat de vérité et qu’en tout état de cause, l’analyse de ce qui les rend vraisemblable profite à la vérité. » 753 (Cf. Penser. Opinion)

Vérité (Morin Edgar) : (1er juin) 1978. Edgar Morin, dans Le Monde, auteur de :
« Malraux [André. 1901-1976] n’avait pas tort de diagnostiquer en Mai 68 une ‘crise de civilisation’. Ce terme de civilisation manque de précision, mais c’est dans ce manque de précision que réside la vérité. » 754 (Cf. Langage. Patriarcal. Morin Edgar, Penser. Morin Edgar)

Vérité. Nietzsche Friedrich :

Vérité (Nietzsche Friedrich) (1) : 1878. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans Humain, trop humain, auteur de :
« Lorsque nous plaçons la vérité sur la tête, nous ne nous apercevons généralement pas que notre tête, non plus, n’est pas placée là où elle devrait être. » 755 Facile ?

Vérité (Nietzsche Friedrich) (2) : 1901. Friedrich Nietzsche [1844-1900], dans La volonté de puissance, auteur de : « La vérité fait mal parce qu’elle détruit une croyance […]. » 756

Vérité (Onfray Michel) : (9 juin) 2017. Michel Onfray, dans Le Figaro, auteur de :
« Je préfère la vérité historique à la falsification hystérique et aux mythologies. […] Je suis un homme libre. » 757 Serait-ce suffisant de l’affirmer ? (Cf. Êtres humains. Soi, Penser. Liberté, Pensée. Binaire)

Vérité (Pascal Blaise) : 1670. Blaise Pascal [1623-1662], dans les Pensées [1670], auteur de :
- « [864] La vérité est si obscurcie en ce temps et le mensonge si établi qu’à moins d’aimer la vérité on ne saurait la connaître. »
- « [583] Les (malins) sont gens qui connaissent la vérité mais qui ne la soutiennent qu’autant que leur intérêt s’y rencontre, mais hors de là, ils l’abandonnent. »
- « [108] Quoique les personnes n’aient point d’intérêt à ce qu’elles disent, il ne faut pas conclure de là absolument qu’ils ne mentent point car il y a des gens qui mentent simplement pour mentir. » 758
Qui définit le mensonge ? la vérité ? l’intérêt ?

Vérité (Pelloux Patrick) : 2006. Patrick Pelloux, dans Histoires d’urgence, auteur de :
« Curieuse époque, où le verbe ‘étouffer’ peut s’appliquer aussi bien à l’air qu’à la vérité. » 759 (Cf. Langage)

Vérité (Pléiade La) : 1986. Dans une note de La Pléiade concernant un mensonge éhonté de Voltaire [1694-1778], tel qu’exprimé dans une lettre écrite le 14 juin 1771 à Mathieu Marchant de la Houilière [?-?], je lis :
« Une telle phrase ouvre des perspectives étonnantes sur les rapports entre la parole et la réalité chez Voltaire. » 760
- Les mythes se perpétueraient-ils aussi aisément sans ce type d’‘analyse’, de jugement, sans cette négation de l’idée même de vérité ; ici, concernant un « grand homme » ? (Cf. Histoire)

Vérité (Retz Cardinal de) : 1675-1677. Le Cardinal de Retz [1613-1679], dans ses Mémoires, en s’adressant à la dame, à l’amie (non nommée, sans doute madame de Sévigné) à laquelle il a adressé ses Mémoires, auteur de :
« Je fis, à ce moment, une seconde faute, presque aussi grande que la première. […]
Je ne pourrais pas vous dire encore, à l’heure qu’il est, les raisons ou plutôt les déraisons, qui me purent obliger à une aussi méchante conduite. Je cherche dans les replis de mon cœur le principe qui fait que je trouve une satisfaction plus sensible à vous faire une confession de mes fautes, plus que je n’en trouverais assurément dans le plus juste panégyrique. » 761

Vérité (Rolland Romain) : Romain Rolland [1866-1944], dans le Journal de Vézelay, auteur de : « Tout ce qu’on me dit commence par l’adhésion à une vérité qu’on sous-entend démontrée. » 762

Vérité (Russier Gabrielle) : 1969. Gabrielle Russier [1937-1969], dans ses Lettres de prison, auteure de :
« Peut-être qu’on ne voudra jamais me croire - et c’est si souvent que je me révolte à l’idée d’être enfermée pour rien - mais l’essentiel est de porter la vérité en soi. Elle était, elle est si simple. Tellement simple que personne ne la voit. Comme toutes les choses belles et simples. » 763 (Cf. Femmes. Enfermées, Justice)

Vérité (Saint-Simon) : 1829. Saint-Simon [1675-1755] dans ses Mémoires, concernant Louis XIV [1638-1715], auteur de :
« La vérité n’approcha jamais de lui dans la clôture où il s’était emprisonné lui-même. » 764 (Cf. Politique, État, Histoire. Saint-Simon)

Vérité. Sand George :

Vérité (Sand George) (1) : (5 avril) 1852. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Alphonse Fleury [1809-1877], auteure de :
« […] Parce qu’une vérité, n’eût-elle vécu qu’un jour, prend son rang et son droit dans l’histoire. » 765 (Cf. Histoire)

Vérité (Sand George) (2) : (11 janvier) 1865. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Ladislas Mickiewicz [1836-1926], auteure de :
« La vérité ne se fait qu’avec ce qui la provoque, car d’elle-même elle est paresseuse à se montrer et tant d’obstacles sont entre Dieu et nous ! » 766

Vérité (Sand George) (3) : (24 avril) 1867. George Sand [1804-1876], dans une lettre à Louis Viardot [1800-1883], auteure de :
« Mon cher incrédule, c’est très bien, très bien dit et pensé. Je ne vous dis pas non. Seulement, je vous dit : il y a plus que ça. Vous êtes dans le vrai, mais le vrai n’est pas un chemin fermé. Au-delà du but atteint, il y a encore autre chose, qui est encore le vrai, et ainsi toujours, jusqu’à la fin des siècles de l’humanité. […] » 767 (Cf. Penser. Sand George)

Vérité (Sand George) (4) : (juillet) 1874 (?). George Sand [1804-1876], au terme de sa vie, dans une lettre à Henri Harisse [1829-1910], auteure de :
« […] Car nous sommes tous malades de vérités rentrées. » 768

Vérité (Schœlcher Victor) : Victor Schœlcher [1804-1893], auteur de :
« Calomnier un propriétaire d’esclaves ! À quoi bon ? La vérité suffit et au-delà. » 769 (Cf. Politique. Esclavage, Proxénétisme)

Vérité (Styron William) : 1979. William Styron [1925-2006], dans Le choix de Sophie, auteur de : - « Sophie me raconta cet été-là bon nombre de mensonges. Peut-être devrais-je dire plutôt qu’elle se permit certaines dérobades qui a cette époque lui étaient indispensables pour ne pas perdre la face. Ou peut-être sa santé mentale. »
- « En règle générale, Sophie fit toujours preuve d’une extrême réserve au sujet de son séjour dans les entrailles de l’enfer - une réserve qui frisait l’obsession - et si elle voulait qu’il en fut ainsi, c’était Dieu le sait, un parti pris que l’on se devait de respecter. »
J’arrête-là, car pour comprendre, et prolonger le long, difficile, douloureux, chaotique processus d’émergence de la vérité, des vérités de Sophie, il faut continuer et lire tout le livre - ce grand livre - jusqu’à la dernière page. 770

Vérité (Székely János) : 1946. János Székely [1901-1958], dans L’enfant du Danube, auteur de : « Jusqu’alors je n’avais connus que des sentiments simples et entiers ; je respectais ou méprisais, j’aimais ou je haïssais telle personne. Mais voilà que j’éprouvais maintenant des émotions mélangées et troublantes. Terrifié et déconcerté, je découvrais soudain qu’un homme bon peut aussi être mauvais, que personne n’est entièrement bon ou mauvais, et que chacun ressemble à la rivière du village, tantôt malpropre et torrentueuse, tantôt calme et si claire qu’on peut en voir le fond. Doux Jésus, pensais-je, de pareils hommes ont un millier d’âmes différentes, et comment savoir quelle est la vraie, puisque, prise une par une, aucune ne paraît être la vraie. » 771 (Cf. Relations entre êtres humains, Penser. Pensée. Binaire, Philosophie)

Vérité (Trump Donald) : Ce qui est terrible à l’écoute des incessantes déclarations de Donald Trump, c’est qu’elles peuvent délégitimer l’hypothèse même, non pas de la vérité, mais de la recherche d’une possible, pensable vérité. À cet égard, leur nombre, leur répétition, importe. Et les critiques ponctuelles de chacune d’entre elles risquent fort de n’être qu’un piège de plus.

Par ordre chronologique. Vérité. Voltaire :

Vérité (Voltaire) (1) : (28 août) 1751. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], auteur de :
« Je tremble toujours d’avoir dit trop ou trop peu, il faut montrer la vérité avec hardiesse à la postérité, et avec circonspection à ses contemporains. Il est bien difficile de réunir ces deux devoirs. » 772 (Cf. Histoire. Voltaire)

Vérité (Voltaire) (2) : (3 juin) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Charles des Brosses [1709-177] a pu écrire :
« Ma modestie m’a perdu, je n’ai pas eu la témérité de parer de moi. » Sans crainte du ridicule, mais au grand dam de l’idée même de vérité.
- Même jour, à un autre interlocuteur, il qualifie sa « modestie » de « funeste ». 773 (Cf. Hommes. Modestes)

Vérité (Voltaire) (3) : (15 octobre) 1759. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à D’Alembert [1717-1783] écrit : :
« Luc [Frédéric II. roi de Prusse. 1712-1786] se débat violemment [à la guerre] mais Luc périra, je vous en réponds. C’est un autre fou dangereux, et c’est bien dommage. »
- Même jour, il écrit une lettre à Frédéric II qui commence par :
« Dans quelque état de vous soyez, il est très sûr que vous êtes un grand homme. » 774 (Cf. Relations entre êtres humains. Aimer. Voltaire)

Vérité (Voltaire) (4) : (31 juillet) 1762. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à D’Alembert [1717-1783], auteur de :
« […] Il n’y a pas d’autrui parti à prendre que de se déclarer meilleur chrétien que ceux qui nous accusent de n’être pas chrétiens. » 775 (Cf. Penser. Pensée. Binaire)

Vérité (Voltaire) (5) : (31 juillet) 1762. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Étienne-Noël Damilaville [1723-1768], auteur de :
« Mon dieu, mes frères, que la vérité est forte ! Un parlement [celui de Toulouse] a beau employer les bras de ses bourreaux, a beau fermer son greffe, a beau ordonner le silence, la vérité s’élève de toute part contre lui et le force à rougir de lui-même. » 776

Vérité (Voltaire) (6) : (2 avril) 1763. dans une lettre adressée au comte [1700-1788] et à la comtesse d’Argental [1703-174], auteur de :
« On sait bien qu’il faut dire la vérité. Mais les vérités contemporaines exigent quelque discrétion. » 777

Vérité (Voltaire) (7) : (18 juillet) 1766. Voltaire [1694-1778], dans une lettre à D’Alembert [1717-1783] auteur de :
« On prend à déterrer des erreurs un temps qu’on emploierait peut être à découvrir des vérités. » 778

Vérité (Voltaire) (8) : (8 juillet) 1767. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Louis Phélypeaux, comte de Saint-Florentin [1705-1777], auteur de :
« Monseigneur, La vérité et moi nous implorons votre protection contre la calomnie et les lettres anonymes. » 779

Vérité (Voltaire) (9) : (6 février) 1770. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à Michel-Paul-Guy de Chabanon [1730-1792], auteur de :
« Nous ne parlerions pas si hardiment à tout autre qu’à vous. Nous vous disons ce que nous croyons la vérité, parce que vous méritez qu’on vous la dise. Nous pouvons nous tromper ; mais nous ne voulons certainement pas vous tromper. » 780

Vérité (Voltaire) (10) : (25 janvier) 1773. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée à D’Alembert [1717-1783], auteur de :
« Ce pauvre avocat tremble. Il a les meilleures intentions du monde, il n’a dit que la vérité, et c’est pour cela qu’il tremble. » 781 (Cf. Justice. Avocat, Penser)

Vérité (Voltaire) (11) : (1er février) 1773. Voltaire [1694-1778], dans une lettre adressée au comte d’Argental [1700-1788], lui écrit :
« On saura la vérité, si on veut bien se donner un peu de peine. » 78