Hubertine Auclert

Aux femmes

L’avenir des femmes
01/11/1876

date de publication : 01/11/1876
mise en ligne : 03/09/2006
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Mme Hubertine Auclert vient de publier dans plusieurs journaux de Paris, notamment La Tribune, les Droits de l’Homme, Le Rappel, etc., le chaleureux appel qui suit :

Femmes de France !

Malgré les bienfaits de notre Révolution de 1789, deux sortes d’individus sont encore asservis : les prolétaires et les femmes.

Le prolétaire succombe sous le faix du travail qui lui procure parcimonieusement un morceau de pain, sans possibilité d’économie ou de réserve pour sa vieillesse. Aussi, en dépit du lustre et de la richesse qu’il a contribué à donner à sa patrie, il meurt fatalement de misère.

La femme prolétaire a un sort bien plus déplorable encore. Pour faire la même besogne que l’homme, elle est payée deux fois moins que lui. Aussi, souvent, si honnête soit-elle, il lui faut trafiquer de son corps pour ne pas mourir de faim.
À cela se joint, pour elle comme pour toutes les autres femmes, des vexations et des injustices de toutes sortes.

Nous n’avons aucun droit.
Si préoccupés que nous soyons du gouvernement de notre pays, nous sommes impitoyablement repoussées de toutes les assemblées, tant électives que législatives.
La République n’aurait cependant pas trop du concours de tous et de toutes.
Nous comptons moins que rien dans l’Etat.
L’homme qui joint le plus de sottise au plus d’ignorance compte plus en France que la femme la plus instruite ; il peut nommer ses législateurs, la femme ne le peut pas ; elle est un être à part qui naît avec beaucoup de devoirs et pas de droits.
En présence du code pénal, la femme est cependant l’égale de l’homme1. Quelle drôle d’anomalie ! La femme est incapable pour les actes de la vie sociale et politique ; on l’assimile aux interdits et aux fous ; mais quand elle s’écarte de la loi, elle est tout aussi sévèrement punie que l’homme en pleine possession de ses capacités.

Toute carrière libérale nous est fermée ; nous ne devons nous immiscer dans aucune administration financière ; mais le fisc nous trouve bonnes pour payer des impôts que notre sexe n’a pas été admis à discuter.

Des deux individus lésés par notre Code, l’un des deux s’est levé pour conquérir ses droits ; c’est le prolétaire. Il s’est réuni en Congrès ; il a jeté au monde ce grand cri : « Je veux être libre ! ». Nous avons suivi ses travaux, et encore tout électrisés du feu de leur action, nous venons vous dire :

Femmes de France, nous aussi, nous avons des droits à revendiquer ; il est temps de sortir de l’indifférence et de l’inertie, pour réclamer contre les préjugés et les lois qui nous humilient.
Unissons nos efforts, associons-nous ; l’exemple des prolétaires nous sollicite ; sachons nous émanciper comme eux !

Que les femmes qui désirent sincèrement conquérir leur place dans la vie sociale et dans la vie politique, veuillent bien m’adresser leur adhésion.

La porte est ouverte à toutes les initiatives, aux citoyennes, comme aux citoyens qui voudraient nous apporter leur concours.

Quand nous aurons un certain nombre d’inscrits, nous verrons à nous réunir, afin de prendre les voies et les moyens les plus pratiques pour arriver à notre affranchissement.

Hubertine Auclert

4 rue des Deux Gares.  

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Notes de bas de page
1 Note de l’Editrice. Cette affirmation - fausse - est surprenante sur un sujet d’une telle importance.  

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