Madeleine Pelletier

Communisme et religion

L’Ouvrière
19/01/1924

date de publication : 19/01/1924
mise en ligne : 03/09/2006
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L’ancien parti socialiste affichait volontiers un désintéressement complet de la question religieuse.
Le socialisme disait -on avant la guerre, est une doctrine purement économique, elle refuse de s’occuper de la religion qui reste l’affaire privée de chacun. Quiconque est exploité et comprend la nécessité de la lutte de classes est avec nous ; peu nous importe que le dimanche il aille à la messe, au prêche ou nulle part.

On avait surtout en vue la province, et en particulier les centres industriels du Nord de la France. Là, les ouvriers restaient encore attachés aux vieilles croyances ; on voulait les attirer au parti socialiste et pour cela, il importait de ne pas les choquer.

À la faveur de l’union sacrée, la religion a singulièrement relevé la tête et on peut dire qu’aujourd’hui la vague mystique submerge tout. Le matérialisme, à l’heure actuelle, est dans nombre de milieux considéré avec l’étonnement que l’on a pour quiconque n’est pas habillé à la mode.

Un article bien modéré, cependant, que j’ai écrit dernièrement, dans l’Ustica, valut au directeur de ce journal nombre de lettres de lecteurs dont j’avais blessé les sentiments religieux. L’un était protestant et prétendait que sa religion ne devait pas être assimilée à un parti réactionnaire ; un autre était spirite ; un troisième théosophe ; un quatrième fusionniste, et, etc.

On sait cependant que l’Ustica est une organisation avancée, beaucoup de ses membres sont communistes. Il est donc tout à à fait inquiétant de voir dans cet après-guerre les esprits les plus près des nôtres dérailler ainsi au point de vie religieux.

Un certain nombre de camarades femmes ont jusqu’ici négligé de s’affranchir de la religion. Il en est qui, sans rougir, m’ont avoué être allées chez la tireuse de cartes, qui, naturellement, leur a dit des choses extraordinaires. Elles ont de la chance, entre parenthèses. Toutes les fois que, par hasard, on m’a fait les cartes ou lu dans la main, on ne m’a jamais dit que des banalités.

Un communiste doit être un esprit fort, son sens critique doit être assez développé pour qu’il ne soit pas la dupe du mystère et de la superstition.

Dans la religion comme dans les faits sociologiques, il faut rechercher l’armature qui est toujours matérielle. Certes, la crainte de la mort est pour quelque chose dans la renaissance du mysticisme ; mais il n’en est que la cause seconde. La cause première est la volonté de la bourgeoisie de détourner la classe ouvrière de la préparation de la révolution sociale.

Toute religion est au fond un parti politique. Le catholicisme, c’est la monarchie ; le protestantisme, c’est la République bourgeoise ; il n’est pas jusqu’ au plus vague spiritualisme qui n’ait pour effet d’endormir les énergies révolutionnaires.

Un communiste doit être avant tout l’homme ou la femme du fait et de la réalité.


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