Madeleine Pelletier

Les femmes et le féminisme

La Revue socialiste
p. 37 à 45
Janvier 1906

date de rédaction : 01/01/1906
date de publication : Janvier 1906
mise en ligne : 25/10/2006
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Les peuples, a t-on dit avec raison, n’ont jamais que le gouvernement qu’ils méritent. À un peuple ignorant et servile correspond un gouvernement despotique qui le mène durement et l’exploite sans merci ; à un peuple éclairé et capable au besoin de faire valoir des droits correspond un gouvernement purement administrateur.

Ce qui est vrai des peuples l’est également des différentes classes du même peuple et, dès qu’une classe jusque-là asservie, commence à prendre conscience de sa situation et à en désirer la fin, cette fin arrive et la classe cesse d’être asservie. A priori, on pourrait voir, dans ce fait, la preuve de l’existence d’une volonté bienfaisante qui se plaît à réaliser nos désirs et à récompenser notre énergie. En réalité la correspondance des situations aux mentalités n’est qu’une conséquence de la loi de lutte pour la vie formulée par Darwin.

Les gouvernements, comme les classes dirigeantes, tiennent naturellement à conserver les avantages qu’ils tirent de l’infériorité des dirigés. Si tous les dirigés se résignent à leur sort, les dirigeants ne cherchent pas à l’améliorer, mais si les dirigés sont mécontents et si, de plus, ils sont suffisamment éclairés pour organiser leurs mécontentements individuels, ces mécontentement organisés constituent une grande force devant laquelle les dirigeants, craignant de perdre plus encore, s’empressent d’abandonner une partie de leurs prérogatives.

À l’heure présente, toute une moitié de l’humanité est asservie à l’autre. Les hommes dirigent, dominent et exploitent ; les femmes sont dirigées, dominées et exploitées.

Quelques esprits superficiels contestent le fait en s’appuyant sur des exemples particuliers ; de ce que certaines femmes sont les véritables chefs dans leur ménage, ils concluent que les hommes ont seulement la direction apparente et que ce sont les femmes qui, par leur influence toute puissante bien que discrète, mènent les familles et les sociétés.

L’influence des femmes n’est certes pas contestable. À bien y réfléchir, d’ailleurs, il est impossible qu’un être pensant et parlant soit absolument dénué d’influence sur les autres. Émise par un individu discrédité, l’idée perd, il est vrai, beaucoup de son prestige, mais elle n’en fait pas moins son chemin, soit que, par sa justesse, elle compense l’humilité de son origine, soit que, en ce qui concerne l’auteur, l’amitié ou tout autre sentiment corrige le discrédit social. La réalité de l’influence des femmes n’infirme donc en rien l’infériorité de leur situation dans la société. 

D’ailleurs pour qui envisage sérieusement la question, cette infériorité est incontestable.

Au point de vue politique, ce sont les hommes qui occupent toutes les situations ; eux seuls sont électeurs, élus, fonctionnaires ; au point de vue économique, tous les emplois lucratifs leur sont exclusivement réservés. Détenteurs du pouvoir et de l’argent, ils se servent du pouvoir pour édicter des lois favorables à leur sexe et oppressives de l’autre ; quant à l’argent, les hommes en dispensent la plus grande part aux femmes, il est vrai ; mais, par ce fait même, ils exercent nécessairement sur elles un pouvoir sans limites, puisqu’ils sont toujours les maîtres de donner cet argent à celles qui leur plaisent et d’en exiger en retour ce qui leur plait.

Depuis fort longtemps déjà, on a pu constater dans la moitié infériorisée de l’humanité des courants de révolte contre la situation qui lui est faite. 

Sans parler de quelques femmes isolées qui, à toutes les époques, se sont montrées suffisamment intelligentes pour voir clair dans leur situation et se rebeller contre elle, la révolution de 1789 nous a fait assister à des revendications nettement définies. Il s’est alors trouvé des femmes qui n’ont pas craint de demander leur admission aux Etats Généraux 1 et leurs desiderata pourraient, tant l’analogie est grande, être signés par n’importe quelle association féministe contemporaine.

Depuis, plusieurs tentatives ont été faites pour étendre aux femmes le droit de suffrage,  mais si ces efforts ont été couronnés de succès dans quelques Etats américains et australiens, néanmoins la plupart des nations du monde ont répondu jusqu’ici par une fin de non recevoir.

Certes, les progrès faits par l’émancipation féminine sont loin d’être nuls ; ils sont à tels point réels, au contraire, que de temps à autre des partisans du maintien de l’infériorisation des femmes croient pouvoir pousser le cri d’alarme devant ce qu’ils considèrent comme le péril féminin.

Autrefois, les femmes ne pouvaient guère que s’intéresser aux sciences que d’une manière officieuse et platonique. Çà et là, on signale une fille ou une femme de savant qui était, pour son mari et son père, une aide intelligente, mais l’idée qu’une femme puisse faire de la science pour son propre compte ne venait même pas.
Aujourd’hui, les titres universitaires sont devenus accessibles aux femmes et, si les mœurs en éloignent encore la plupart d’entre elles, le progrès a été assez notable en ce sens pour que, de nos jours, le diplôme de docteur ait cessé complètement d’être ridicule pour une femme et reste seulement une rareté.

Des progrès sont effectués aussi dans l’ordre purement économique. Certes, le salaire de la plupart des ouvrières est encore trop insuffisant pour qu’elles puissent se passer de l’appui pécuniaire d’un homme ; néanmoins, un très grand nombre de femmes peuvent maintenant, soit dans le commerce, soit, dans de petits emplois administratifs, gagner suffisamment pour suffire à couvrir seules les frais d’une vie modeste.

Cependant, il est incontestable que les progrès du féminisme sont lents, très lents. 
Je disais plus haut que les revendications des femmes de 1789 sont en tous points semblables à celles des femmes de nos jours : eh ! bien, depuis cent seize ans, les principales de ces revendications, les revendications politiques, n’ont pas eu en Europe le plus petit commencement de réalisation. Tandis que l’émancipation politique des ouvriers marchait très vite, celle des femmes se traîne lamentablement et les générations se succèdent pour formuler les mêmes desiderata sans jamais aboutir à rien.

À quoi cela tient-il ? À ce que la femme ne mérite pas encore son émancipation, à ce que les idées, les manières, le caractère de l’esclave sont demeurés en elle et contredisent de la façon la plus formelle ses revendications.

À quoi bon émanciper les femmes, disent à tout instants les antiféministes, puisqu’elles ne le désirent pas ? La tutelle est la seule condition qui leur convienne, la seule qui fasse leur bonheur. Et ce qui montre bien, d’ailleurs, que la servitude est inhérente à la nature de la femme, c’est qu’elle aime ses chaînes et désire les conserver.

Malgré la peine que j’en éprouve, le souci de la vérité me force d’avouer qu’en ce point, du moins, les anti-féministes ont raison. La femme aime ses chaînes, et cela est vrai non seulement de la masse ignorante, mais des femmes les plus instruites ; la preuve en est que, constamment, on peut voir les féministes, après avoir crié contre l’injustice des hommes, après avoir réclamé l’égalité politique et économique, conserver avec ostentation toutes les faiblesses de leur sexe en déclarant qu’elles tiennent avant tout à rester femmes.

C’est qu’en effet, l’asservissement de la femme n’est pas en tout point assimilable à celui des esclaves et l’on a pu dire avec raison que les chaînes qui rivent les femmes sont des chaînes dorées. Par l’union sexuelle, la femme procure à son maître des plaisirs que ne peuvent lui donner ses subordonnés masculins.

Tant que l’homme, soit par le fait de la race, soit par celui de la classe, reste grossier et inintelligent, le commerce sexuel ne procure à la femme que des compensations très restreintes à la dure condition qui lui est faite. Les plaisirs de l’amour n’empêchent pas l’homme sauvage d’exténuer sa femme de travail et de la tuer pour la manger 2; ils n’empêchent pas l’homme des classes incultes de l’injurier et de la frapper. Mais avec l’évolution mentale, le besoin d’amour devient plus raffiné ; l’homme se sent de la reconnaissance pour la compagne qui le rend heureux ; il est disposé à satisfaire en revanche ses désirs et, naturellement, la femme, découvrant dans ses charmes un moyen d’agir sur l’homme, ne manque pas de tout mettre en œuvre pour que ce moyen rende le plus possible.

Ainsi, la condition de la femme peut être définie : une servitude tempérée par l’union sexuelle. La femme ne prend pas part à la vie politique, elle reste confinée dans les situations inférieures de la société ; au point de vue intellectuel, les hommes la méprisent au point de flétrir de l’épithète de féminins, les raisonnements sans logique ; au point de vue moral, ils la traitent en enfant rusée et perverse. Mais si elle réussit à plaire à l’un d’entre eux soit comme épouse, soit comme maîtresse, elle a l’avantage de vivre sans travailler ; si même, elle sait inspirer suffisamment d’amour, l’homme dépense pour elle le plus clair de son avoir, se privant au besoin du confortable pour lui procurer le luxe.

Dans les moments de passion, l’homme est plein de prévenances pour sa femme ; il lui prodigue les noms les plus tendres et, s’il est poète, ces mots d’amour se cristallisent en chansons, en sonnets et en madrigaux qui vont se répandre sur toutes les femmes les éloges qui, à l’origine, n’étaient destinés qu’à une seule. Quant aux prévenances, elles se cristallisent aussi et elles deviennent le code de la galanterie à laquelle semblent tenir encore les féministes, sans réfléchir qu’elle n’est que la prérogative d’une royauté honteuse.

Ainsi, l’homme pare de chaînes dorées la femme qu’il aime ; seulement, il ne l’aime en général que pour un temps assez court, l’amour, comme tous les autres plaisirs, exigeant la variété. La passion éteinte, le mari reproche à l’épouse sa beauté évanouie, ses cheveux qui blanchissent, ses dents qui se gâtent, son teint qui n’a plus la fraîcheur de  jadis. Il vieillit bien, lui aussi, il est vrai ; mais cela n’a pas d’importance, il est le maître.

Parfois, cependant, d’un naturel meilleur, il reste l’ami de sa femme ; néanmoins, la vie conjugale ne laisse pas que de lui peser par instants ; c’est qu’il se sent des aptitudes amoureuses et que, tandis que les jeunes femmes excitent constamment ses désirs, la sienne ne lui produit plus d’impression.

Il en vient alors à s’impatienter contre la morale et la société qui le retiennent au foyer, alors qu’il a la plus grande envie d’aller voir ailleurs et, de temps à autre, il se permet quelques fugues dans le domaine défendu. La femme à laquelle ce changement dans les sentiments de son mari n’a pas échappé, déplore la jeunesse envolée. Comme son mari est toute sa vie, elle ne peut supporter l’idée de le perdre. Pour le garder encore, elle déploie toutes les ressources de son intelligence ; constamment, elle songe à son corps et aux moyens de le mettre en  valeur, mais les parfums, les onguents, les poudres et les dentelles n’arrivent que rarement à réveiller ce qu’ont assoupi la nature et l’accoutumance.

Lorsque l’amoureux d’autrefois n’est plus qu’un homme mesquin, despotique et cruel, la femme en vient à sentir douloureusement la dureté de la vie qui lui est faite ; mais le plus souvent, ignorante et inintelligente, elle est incapable de remonter à la cause générale de sa situation et elle se contente d’incriminer le mauvais mari qui la rudoie ou le lâche amant qui l’abandonne. Certaines gémissent bien sûr sur le malheur d’être femme, mais elles le font comme s’il s’agissait d’infortunes départies à leur sexe par des lois inéluctables que rien ne peut changer.

L’élite enfin comprend qu’il s’agit non de lois naturelles mais d’injustices sociales et elle devient l’armée du féminisme qui réclame la justice et l’égalité ; mais trop souvent les revendications traduisent plutôt le mécontentement personnel qu’un sincère désir de les voir se réaliser. Au fond d’elles -mêmes, les revendicatrices se disent qu’il serait bien dur de travailler pour se suffire et qu’il est plus commode d’être entretenue pas un homme ; qu’après tout, la situation serait encore tenable… « si les hommes faisaient leur devoir ». Les fadeurs qu’on leur débite continuent à leur plaire et elles récusent énergiquement un féminisme qui comporterait leur cessation.

C’est qu’elles ne comprennent pas assez les desiderata du féminisme pour pouvoir en faire l’expression de leurs sentiments véritables ; dans leur esprit, ces desiderata sont simplement accolés tels quels à des désillusions intimes ; le féminisme est pour elles ce que le socialisme est pour la masse ignorante des ouvriers : un ensemble de formules incomprises exprimant tant bien que mal des ressentiments passagers.

À la tribune, la féministe parle bien d’émancipation économique et de droits politiques, mais lorsque, assise à sa fenêtre, elle se confectionne un colifichet, elle pense surtout que sa vie est manquée et qu’elle n’a pas eu de chance. En imagination, elle parcourt l’appartement luxueux de la demi mondaine cotée, elle se dit qu’elle a eu bien tort de vouloir rester une femme honnête et, sous ses doigts, la garniture d’un chapeau prend un air provocant ; peut être lui vaudra-t-elle un sourire du jeune député qui doit venir bientôt au groupe pour faire une conférence.

C’est toute cette misère morale, vestige de l’antique servitude dans laquelle a été maintenue leur sexe, qui se traduit par ce que les féministes nomment leur volonté de rester femmes, tout en demandant des droits égaux à ceux des hommes. Pour rester femmes, elles continuent à se montrer dans les soirées les bras et les poitrines nus, le visage poudré et des fleurs aux cheveux. Dans ce déshabillé, elles entretiennent les hommes de l’injustice que la société a fait à leur sexe ; elles réclament le droit de vote, demandent à être éligibles. L’interlocuteur masculin transporte par la pensée ces belles épaules à la tribune du parlement, intérieurement, sourit en pensant que les convictions gagnées aux idées de la belle oratrice pourraient bien avoir une autre origine que la valeur de ses arguments. Revenant à la réalité, il se dit qu’après tout, la personne n’est pas mal et que, la mode étant maintenant de flirter en parlant féminisme, force est bien de faire comme tout le monde. Avec conviction, il défend donc les privilèges masculins, la partenaire riposte avec éloquence, et, la soirée finie, elle part heureuse d’avoir été à tel point appréciée dans son intelligence et… dans sa féminité.

Outre leur désir de plaire aux hommes pour profiter des avantages que procure, dans la société actuelle, la situation de la femme aimée, les féministes se soumettent aux servitudes de leur sexe par timidité et par crainte. En affrontant la vie publique, elles sont déjà, pensent-elles, très suffisamment osées et il leur faut racheter cette singularité en portant leurs efforts à ressembler par tout le reste aux autres femmes.

La foule naturellement n’aime pas les individualités qui s’affirment en se différenciant d’elle d’une manière quelconque. Sur les sexes, comme sur les classes, l’homme du commun a des concepts nettement établis et, en présence d’une personne qu’il ne peut pas classer, sa colère ou son ironie se venge des efforts que l’« original » impose à son cerveau peu habitué à en faire.

Si « l’original » est un homme et surtout un homme bien placé dans la société, la crainte arrête sur ses lèvres le sourire et le blâme, mais s’il s’agit d’une pauvre femme sans défense sociale qui se singularise en renonçant aux entraves imposées à son sexe, les choses changent. Au crime d’originalité s’ajoute pour elle le crime non moins grand de cesser volontairement d’être désirable.

Outre sa femme qui, au point de vue sexuel, lui appartient entièrement, l’homme croit très volontiers avoir le droit de posséder toutes les femmes ; chez les peuples sauvages, le devoir étroit de chacun est de se donner sur un signe, avec la civilisation, l’homme est moins brutal mais il s’imagine cependant encore que la femme doit, tout au moins, par la mise en valeur de son sexe, lui procurer de ces désirs qui sont déjà des plaisirs.

Confusément, les féministes sentent tout cela et, habituées à craindre l’homme, elles continuent de masquer par leur costume la personnalité sous le sexe. Elles oublient que les hommes auxquels elles font ces concessions sont précisément entre tous les moins disposés à émanciper les femmes.

Très rarement, en effet, un homme en qui les passions sexuelles dominent se montre en même temps un féministe convaincu ; car il songe trop aux plaisirs spéciaux que lui procurent les femmes pour pouvoir comprendre que, outre leur corps, elles ont aussi une intelligence. Assez facilement, ils consentiront, il est vrai, à faire un passe-droit en faveur d’une jeune personne complaisante, mais jamais ils n’assumeront la responsabilité d’une réforme générale dans le sens de l’émancipation féminine. Il est au contraire, une classe d’hommes à l’intelligence large et au sens droit qui comprennent très bien la justesse des revendications des féministes et seraient disposés à faire quelque chose pour elles.

Mais ceux-ci, les féministes se les aliènent en voulant précisément trop plaire aux autres par ce qu’ils ont des besoins amoureux, comme cela est normal, tout au moins ne font-ils pas des plaisirs sexuels le pivot de leur existence. Aussi, bien qu’ils adoptent, en principe, les revendications des femmes, ils en viennent souvent à penser qu’elles ne sont pas suffisamment sérieuses et se montrent inférieures aux idées qu’elles défendent.

Je sais bien que mes lectrices, semblables en cela à nombre d’hommes, penseront au fond d’elles-mêmes qu’un avantage immédiat, obtenu n’importe comment, est plus appréciable qu’une réforme générale profitant seulement au vague ensemble ; mais il est vrai aussi que pour gagner, même à titre individuel, il est parfois nécessaire de savoir perdre, tout au moins de savoir attendre. Le grand industriel qui dépense ses capitaux au début d’une entreprise ne sait jamais s’il les récupérera ; de même les individus véritablement supérieurs savent voir grand, ils ne craignent pas de s’affirmer courageusement en face de la société hostile, dussent-ils y perdre quelques avantages personnels. Et ce sont ceux-là seuls qui font avancer les collectivités, car elles stagneraient indéfiniment si les gens de petits moyens et de petits profits formaient l’humanité.

Je ne me dissimule pas que nombre de féministes m’accuseront de vouloir que les femmes renoncent à leur sexe ; mais si elles veulent bien réfléchir un peu, elles se rendront compte que, pour être courante, cette expression n’en est pas moins dénuée de sens. Il ne peut venir à personne l’idée de transformer les femmes en hommes ou les hommes en femmes, car, pour y réussir, il faudrait être un Dieu.

Les deux sexes existant dans l’humanité, force nous est bien de les accepter. Les femmes, même après la réalisation du féminisme, tel que nous le concevons, resteront donc des femmes, comme les hommes resteront des hommes. Ce que nous voulons supprimer, ce n’est pas le sexe féminin, mais la servitude féministe, servitude que perpétuent la coquetterie, la retenue, la pudeur exagérée, les mièvreries de l’esprit et du langage ; toutes choses qui ne sont en aucune façon des caractères sexuels secondaires, mais simplement les résultats de l’état de dépendance physique et morale dans laquelle les femmes sont tenues.

La femme émancipée sera une personnalité libre qui, comme l’homme, gagnera sa vie avec ses bras et son intelligence ; la liberté des allures décèlera chez elle l’indépendance du caractère et l’énergie de la volonté. Dans son costume, elle recherchera l’esthétique, mais elle cessera de tout subordonner à la mise en valeur de son sexe, parce qu’elle sera un individu avant d’être un sexe.

S’en suit-il que l’amour sera aboli pour cela ; en aucune façon. Il se transformera seulement, il ne comportera plus comme aujourd’hui un maître et un esclave, un possesseur et une possédée ; il sera l’union de deux individus également libres pour la réalisation du bonheur sexuel.

Tant que les femmes n’accepteront pas résolument les nécessités de la lutte pour la vie, tant que, selon leur expression, elles continueront à rester femmes, le féminisme ne sera qu’un vain mot.

Leur émancipation ne se réalisera pas, parce qu’elles ne mériteront pas d’être libres.

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Notes de bas de page
1 Le Faure, Le socialisme pendant la Révolution française
2 Note de l’Editrice : C’est bien la phrase écrite par M. Pelletier. Que voulait-elle dire ?

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