Louis Couriau

Mon opinion

La Voix du peuple
05/04/1914

date de publication : 05/04/1914
mise en ligne : 03/09/2006
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Je suis avec intérêt la discussion engagée dans la Voix du Peuple. 1 En théorie, je suis bien d’accord avec la camarade Marie Guillot 2 en ce sens qu’il n’appartient pas aux groupes féministes - composées de salariées, il est vrai, mais aussi de bourgeoises - de se mêler des choses syndicales. Ceci, c’est le rêve.

Mais la réalité est toute autre. Qu’ont fait, jusqu’à présent, les syndicats, les Unions, les Fédérations et la CGT pour grouper les femmes ? Rien ou presque rien.

Seuls les groupements féministes ont pu avoir quelque influence sur les ouvrières et en profiter pour leur dire : Syndiquez-vous !  
Est-ce cela qu’on leur reproche et va-t-on en déduire de là que les « bourgeoises » veulent accaparer le mouvement ouvrier féminin à leur seul profit ?

À Lyon, qu’à fait l’Union des Syndicats du Rhône pour grouper les typotes ? Rien. Pourquoi ? N’est-il pas dans son rôle, sinon de soutenir et d’aider le groupement prolétarien, du moins de soutenir et d’aider dans leurs efforts de recrutement les initiatives individuelles ? Niera-t-on que des bonnes volontés de typotes se soient manifestées et que, si le découragement s’est un peu emparé des élèves militantes, c’est grâce non seulement à l’hostilité typographique masculine, mais surtout à l’inertie ouvrière syndicaliste qui a abandonné dans son isolement le syndicat des compositrices lyonnaises.

Et, pourtant, au début, l’Union avait fait montre de bonne volonté ! Elle avait même désigné un camarade pour se mettre à la disposition du Comité d’initiative des typotes. Aurait-elle réfléchi ou la crainte du typo serait-elle le commencement de la sagesse ?
Je m’empresse de dire que je n’en crois rien.

Toutefois, je reconnais - et je tiens à le dire par souci de vérité - que l’Union s’est occupée activement de grouper les femmes appartenant à d’autres corporations. Il est vrai que le sexe masculin de ces corps de métier ne pense pas à en évincer le sexe faible. Mais est-ce une raison suffisante ?

J’ai tenu à citer ces faits, non pas pour attaquer particulièrement l’Union du Rhône, dont je suis le premier à reconnaître le travail fécond, mais pour montrer, qu’à mon point de vue, les temps n’est pas encore venu d’envoyer « balader » les groupements féministes.

J’estime au contraire qu’il faut leur savoir gré d’oser dire à une ouvrière : « Syndique toi ! » au lieu de marquer l’indifférence qu’on semble souhaiter.

Il est entendu que ces groupements lui disent aussi de réclamer le droit de vote. Mais qu’est - ce que cela peut bien nous faire ! Craint-on, par là, de la détourner du syndicat pour se vouer à cette seule revendication ? Allons donc ! Le jour où la femme comprendra la nécessité de se syndiquer pour lutter contre l’exploitation patronale, ce jour-là - je crois -, la Révolution sociale sera un fait accompli et personne n’éprouvera le besoin de voter.

Je suis persuadé, en outre, que voter ou ne pas voter équivaut au même résultat. Par conséquent, cela n’a pas d’importance pour nous. 

Pour conclure, j’estime que nous n’avons pas le droit de dire aux féministes : « Occupez-vous du suffrage, laissez le syndicalisme tranquille ! », mais bien : « Restons indépendants les uns des autres, mais aidez-nous au recrutement des femmes ; nous ne serons jamais trop pour arriver à ce résultat ».

De là à dire que les féministes doivent se mêler des choses syndicales au point d’assumer la direction du mouvement syndical féminin, il y a un monde. Mais qui donc a jamais eu cette prévention [prétention ?] dans les cercles féministes ?

Et puis, somme toute, qui a obtenu du Comité Central du Livre ma réintégration ? La ligue des droits de l’homme. (De quoi allait-elle se mêler aussi, celle-là ?) Qui a fait connaître au monde ouvrier et a mené campagne en faveur du droit au syndicat d’une femme dont un syndicat fédéré et confédéré a voulu nier le droit au travail et a voulu en rendre responsable le mari ? Qui ? demandez-vous.
La Fédération féministe du Sud-Est et toutes les organisations féministes de France ?

Est-ce assez concluant ? 3

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Notes de bas de page
1 Louis Couriau, ouvrier typographe syndicaliste est aussi le mari d’Emma Couriau. Cf., L’histoire de L’affaire Couriau sur ce site. 
2 Cf., Marie Guillot : Action syndicale féminine. La Voix du peuple. 4 au 11 janvier 1914, 11 au 18 janvier 1904, 18 au 25 janvier 1914, 30 mars au 5 avril 1914.   
3 Pour la suite de ce débat - qui, en y incluant les articles de Marie Guillot, mériterait d’être intégralement reproduit - cf., la réponse - intitulée : Les femmes et l’Action Syndicale - de la Commission exécutive de l’Union des syndicats du Rhône. La Voix du peuple. 13 au 18 avril 1914.

Cf. aussi les articles de V. Pellat-Finet «féministe syndiquée » :

-  Action syndicale féminine. Le féminisme devant la C.GT. La Voix du peuple. 9 au 16 février 1914.

- Action syndicale féminine. Susceptibilité. La Voix du peuple. 5 au 12 avril 1914.

- Action syndicale féminine. Le plaidoyer du féminisme . La Voix du Peuple. 13 au 18 avril 1914.

Cf., aussi, l’article de Fernand Mamale, du Comité Central du Livre, Le problème féminin. La Voix du peuple. 30 mars au 5 avril 1914 et de Fernand Bellugue, des Jeunesses syndicalistes de la Seine. Les jeunes et les femmes. La Voix du Peuple. 5 au 12 avril 1914.

Cf., enfin :

- Action syndicale féminine. Au travail, signé de Marie Guillot et : L’Action syndicale chez les femmes d’Adrienne Ratgars, Secrétaire de la Ligue féminine d’action syndicale du Rhône. La Voix du Peuple. 27 avril au 3 mai.

- Ligue féminine d’action syndicale, article signé de l’Union des syndicats du Rhône et de la Ligue d’action féminine d’action syndicale. La Voix du peuple. 11 au 17 mai 1914.  


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