Eugène Pottier

La grève des femmes

date de rédaction : 01/01/1867
date de publication : 01/01/18871
mise en ligne : 25/10/2006
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À Édouard Hachin
(Lice chansonnière)


Il surgit une autre Pucelle.
Insurgeant la femme, elle dit :
Jusqu'à la paix universelle
Tenons l'amour en interdit.

À bas la guerre ! en grève ! en grève !
La femme doit briser le glaive.
Nargue à l'époux, nargue à l'amant !
Jusqu'au désarmement :
Les femmes sont en grève !

Coeurs dévoués, brunes ou blondes,
Que le sang versé révolta ;
Ô citoyennes des deux mondes,
Faisons notre grand coup d'État !

Puisque la guerre inassouvie
Entasse morts et mutilés,
Nous, sur les portes de la vie,
Dès ce soir posons les scellés !

Ce noble but, chastes coquettes,
Nous l'atteindrons les bras croisés !
En rayant le droit de conquêtes,
En rayant le droit aux baisers !

Monsieur, je suis votre servante,
Exercez-vous au chassepot !
Le lit conjugal est en vente
Pour cause de refus d'impôt.

Épouses, mères, que nous sommes,
Laissons ces héros maugréer.
Tous ceux qui massacrent les hommes
Ne sont pas dignes d'en créer.

Quoi, mettre au monde et, folle et fière,
Allaiter mes bébés joufflus,
Pour les jeter dans la carrière
Quand leurs aînés n'y seront plus ?

S'il faut recruter vos milices,
Fécondez tigresse ou guenon.
Nous ne sommes plus vos complices
Pour fournir la chair à canon.

Dieu de paix, bénis ce chômage,
Et, pour l'honneur des temps nouveaux,
Nous ferons l'homme à ton image
À la reprise des travaux.

À bas la guerre ! en grève ! en grève !
La femme doit briser le glaive.
Nargue à l'époux, nargue à l'amant !
Jusqu'au désarmement :
Les femmes sont en grève !
   

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Notes de bas de page
1 Eugène Pottier, Chants révolutionnaires. Edition Dentu, Paris 1887.

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