Poèmes politiques
 Marie-Victoire Louis

De qui les femmes sont-elles le nom ?

date de rédaction : 03/09/2010
mise en ligne : 26/11/2010
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« Un nom, c’est un moi »
Victor Hugo1

En souvenir de la Comtesse d’Agoult2

Quand les femmes naissent, elles naissent avec un nom et se voient attribuer un prénom.
Qu’elles pensent leur.

Aujourd’hui encore :
Lorsqu’elles se marient :
Soit, elles gardent leur nom, dont elles ont découvert qu’il était celui de leur père
Soit, elles perdent leur nom – celui de leur père – et prennent, à sa place, celui de leur mari
Soit, dorénavant pourvues de deux noms, elles prennent le nom de leur père, accolé à celui de leur mari
Elles peuvent aussi faire appel à la justice pour prendre le nom de leur mère
Qui n’est toujours pas le leur...

Si elles divorcent :  
Soit, elles gardent leur nom, c’est-à-dire celui de leur mari, si celui-ci ne s’y oppose pas
Soit elles veulent revenir à leur nom antérieur, c’est-à-dire celui de leur père, lequel ne peut s’y opposer
Elles peuvent aussi faire appel à la justice pour prendre le nom de leur mère
Qui n’est toujours pas le leur...

Si elles se remarient :
Soit, elles gardent le nom de leur premier mari, si celui-ci ne s’y oppose pas
Soit, elles prennent le nom de leur deuxième mari
Soit, elles retournent au premier, celui de leur père
Elles peuvent aussi faire appel à la justice pour prendre le nom de leur mère
Qui n’est toujours pas le leur...

Si, mariées, elles ont des enfants :
Soit, ceux-ci ont le nom de leur mari
Soi ceux-ci ont leur nom et celui de leur mari, si celui-ci est d’accord
Si leur mari n’est pas le père, l’enfant aura néanmoins, sauf exceptions, le nom du père

Si elles ne sont pas mariées et ont un ou des enfants, d’un ou plusieurs pères
Soit, elles peuvent transmettre leur nom à leurs enfants
Soit leurs enfants peuvent avoir le nom de l’un ou des autres pères ; les mères pourront alors avoir des enfants qu’elles ont mis au monde pourvus de noms différents.

J’arrête là.
J’oubliais, le nom du mari, qui est aussi celui de son père, lui, ne change pas.
Il peut reprendre aussi le nom de sa mère.

Revenons à l’essentiel :

L’identité, si tant est qu’on puisse penser qu’elle peut être incarnée par un nom, est pour les hommes un acquis politique, pour les femmes une conquête personnelle.

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Notes de bas de page

1  Victor Hugo, Les Misérables, Folio classiques t. 2, mars 2010, p. 811.

2  Concernant ses enfants dont Liszt était le père, alors qu’elle n’était pas divorcée de son mari, elle écrit : « Je ne voulais pas éloigner de moi les enfants qui m’étaient nés dans des conditions où, selon la légalité française, je ne pouvais rien être pour eux. Ni mon nom ne pouvait leur être donné, ni ma fortune ne devait leur appartenir ; d’autant plus tenais-je à leur garder toute ma tendresse et à ne jamais paraître désavouer une maternité contre laquelle conjuraient ensemble toutes les sévérités de la loi et de l’opinion. » Comtesse d’Agoult (Daniel Stern), Mémoires, souvenirs et journaux. Le temps retrouvé. Mercure de France. 846p. 2007. p.388.  


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