Dis-moi [...] ça veut dire quoi ?
 Marie-Victoire Louis

Dis moi « la sexualité », ça veut dire quoi ?

date de rédaction : 29/05/2009
mise en ligne : 29/05/2010
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29 mai 2009

J’ai alors cherché comment le mot était employé dans la presse écrite quotidienne pendant une année et demie [mai 2007 - novembre 2008].

Et voici ce que j’ai, notamment, lu :

I. J’ai lu que « la sexualité » était définie en regard à la loi, à la morale, à l’éthique, à l’identité, à l’esprit, aux mœurs, aux valeurs...

Au corps...

Au marché...

À soi, à l’autre, aux autres...

II. J’ai lu que « la sexualité » était analysée comme un tabou, un mythe, un préjugé, un interdit, une force obscure, un miroir, une chose...

III. J’ai lu que « la sexualité » était considérée comme un sujet [de société], [de préoccupation] [délicat] [essentiel], une question [complexe], un thème [difficile], un registre, un endroit, une thématique, une problématique, un débat [sensible], un phénomène [majeur], un outil [d’analyse], un domaine [d’investigation], une préoccupation, un effet, un enjeu [pour tous] et un écueil [pour certain-es]...

IV. J’ai lu que « la sexualité » était équivalente à, synonyme de:

- L’érotisme, la séduction, la pornographie, la sensualité, l’excitation, la jouissance, l’orgasme, la libido...

- Un [le] désir, [un] le [moment de] plaisir [sexuel] [partagé ou non]...

- La [des] relation-s [sexuelle-s] [physique-s], la [les] performance-s [sexuelle-s], la [les] prestation-s sexuelle-s, la [les] pratique-s [sexuelle-s], à des [aux] service-s sexuel-s...

- Un accès [unique] à la chair [et à l’âme] de l’autre, un aspect [important] de la vie [affective], le fondement de l’intime et/ou [du privé], un mode d’expression [privilégié]...

- L’épanouissement, le bien être, une détente, un abandon, une performance, un exercice, un jeu, une activité, un surplus d’énergie [à dépenser], un comportement...

- Une affaire, un investissement, un travail [libre et/ou contraint], une drogue, une addiction, une obsession, une nécessité...  

- Au sexe...

- Et, enfin, à des « histoires de cul », des « plans culs » et autres délicatesses...

V. J’ai lu que « la sexualité » n’était pas dissociée de [la connaissance de l’importance] du clitoris, de la taille du pénis, de la masturbation, de l’impuissance [sexuelle], de la baisse et/ou les pannes du désir, du dysfonctionnement érectile, des troubles de l’érection, des maladies sexuellement transmissibles, du/des risque-s, de la transmission du VIH, des préservatifs, de l’éjaculation [nocturne] [précoce], de la vaginite, de la ménopause [chez la femme] et de l’andropause [chez l’homme], de l’abstinence [sexuelle]...

VI. J’ai lu que l’on parle, que l’on écrit - indifféremment ou non – de [sur] la sexualité, les sexualités, sa sexualité, leur sexualité, notre sexualité, mais aussi de l’a-sexualité...

J’ai lu enfin que l’on peut - ou non - avoir une sexualité...

VII. J’ai lu que « la sexualité » était mise en relation avec l’acné juvénile, l’alcool, l’alcoolisme, l’alimentation, les alliances, l’ambition, l’amitié, l’amour, l’appétit, l’appareil cardio-vasculaire, l’argent, l’art, le célibat, la communication [intime], les conduites addictives, les contes, les croyances, « le cul », le dialogue, la dignité, les douleurs, l’école, l’écologie, l’équilibre physique et psychique, la fécondité, la fête, la fidélité, la filiation, la folie, les hormones, l’hygiène, l’intimité, le manque de foi, [l’aspiration à] la modernité, la mort, les nouvelles technologies, la passion, les pathologies, la politesse, les prénoms, la préparation à la vie de couple et à la fonction de parent, les problèmes osseux et de poids, la psychologie, les relations [sociales], la santé, la sécurité [routière], les sentiments, le sport, le stress, le tabagisme, la tendresse, le vide existentiel, la [qualité de] la vie [quotidienne]...

VIII. j’ai lu que, politiquement, « la sexualité » était liée à :

- La démocratie, la liberté [d’expression], la citoyenneté, la justice [sociale]...

- Au racisme, au fascisme, au colonialisme, aux classes sociales, au patriotisme, au christianisme, au judaïsme et à [la montée de] l’islam[isme]...

- Aux droits de l’homme, aux droits des femmes, aux droits des femmes et des personnes homosexuelles...

- À la maternité, la procréation, la périnatalité, la contraception, l’avortement, l’IVG, les mutilations sexuelles, la reproduction...

- Au « genre »...

- Aux violences [masculines] [contre les femmes]...

- À l’écologie...

- À la prison, l’enfermement, la répression...

- Aux guerres...

- Au développement [durable]...

IX. J’ai lu que « la sexualité » était qualifiée de, considérée comme :

- Acceptée, [peu] active, adolescente, [non] affichée, affirmée, affligeante, africaine, agressive, alternative, à l’air libre, [d’essence tragiquement] ambiguë, ambivalente, anale, animale, apte à éviter les infections VIH et autres MST, appauvrie, archaïque, assoupie, assumée, athlétique, attractive, au grand jour, authentique, autorisée, autre, avisée...

- Banalisée, bénéfique, bi-sexuelle, blanche, bloquée, bonne, belle, bouleversée, branchée, [à l’état] brut-e, brutale...

- Classique, collective, complexe, compliquée, compulsive, contrainte, coincée, contrariée, choisie, contre-nature, [plus ou moins] conventionnelle, criminelle...

- Débordante, débridée, déchaînée, décontractée, dédramatisée, dégradante, délicate, délurée, démobilisée, déviante, dévorante, diabolisée, différente, discordante, diversifiée, dominante, douteuse, dans tous ses états...

- Écolo, ennuyeuse, exotique, égalitaire, empruntée, énergétique, en forme, en dehors du couple, ennuyée, envahissante, épanouie, exaltante, exhibée, explicite...

- Féconde, féminine, fidèle, figée, fragile, franche...

- Gay, grossière...

- Harmonieuse, heureuse, hypo-active, homosexuelle, homo-sexuelle, honteuse, hors la loi, humaine...

- Illégale, inconfortable, inexplorée, imaginative, immature, immédiate, imparfaite, importante, impossible, impulsive, indécise, individuelle, inexistante, inquiétante, innée, insatisfaite, interdite, [peu] inventive, irresponsable...

- Joyeuse...

- Libérée, libertine, libre, ludique, lesbienne...

- Machinique, maîtrisée, maladroite, masculine, mature, médiatique, méprisée, minoritaire, mise en danger, modifiée, monnayée, mystique...

- Naturelle, naturiste, nécessaire, non protégée, noire, normale, nue, normée...

- Obligatoire, obsédante, offerte, omniprésente, ordonnée...

- Perverse, [relativement] pauvre, phallique, plurielle, précoce, prosaïque, protégée, prude, prudente, pudique, pulsionnelle, pure, puritaine...

- Queer...

- Racoleuse, raisonnée, ramenée à elle-même, rassurante, [hyper] réaliste, reconnue, réduite à sa plus simple expression, réelle, refoulée, refusée, réprimée, [axée sur] [en dehors de] [finalisée à] la reproduction, [plus] responsable, revendiquée, revitalisée, riche, risquée...

- Sacralisée, sado-maso, saine, sale, scandaleuse, satisfaisante, séduisante, sereine, sournoise, sous contrôle, stigmatisée, sulfureuse. Sans âge, sans comptabilité, sans contact physique, sans horizon, sans limite, sans partenaire, sans risque [de transmission du virus], sans signification...

- Techniciste, tiède, totale, tordue, tragique, transfigurée [par le néant], transsexuelle, triviale, trivialisée...

- Usée...

- Valorisée, vécue, viable, vigoureuse, vile, violente, virile, voyante, vulgaire…

X. J’ai lu que les relations entre « la sexualité » et l’être humain étaient loin d’être clarifiées. Ainsi :

- J’ai lu que l’on naît à la sexualité, mais aussi que l’on découvre sa sexualité [à 4 ans] [à 12 ans] [à l’adolescence], mais aussi qu’elle se découvre.

- J’ai lu que l’on entre [de plus en plus tôt] dans la sexualité, que l’on peut la re-découvrir [à tout âge], mais aussi qu’elle s’éveille, se déroule, se maintient, se conserve, s’exerce, ne s’arrête pas [à 50 ans, 60 ans, 70 ans...et plus].  

- J’ai lu que l’on peut s’initier, s’exercer à la sexualité, mais aussi l’explorer, la mettre à l’épreuve, la vivre [pleinement ou non], la protéger.

- J’ai lu que la sexualité fait partie du bien être, de la santé globale et de la vie, au même titre que respirer, boire, manger, mais aussi qu’elle nous ouvre à l’autre.

- J’ai lu que la sexualité fonctionne par à-coups, mais aussi qu’elle augmente, s’améliore, s’enrichit, évolue [positivement ou non], se ravive [ou non].

- J’ai lu qu’elle peut se pimenter, se revitaliser, être encouragée, promue, enrichie, remise à niveau, bénéficier d’un nouveau départ, prendre un nouvel essor.

- J’ai lu qu’elle peut être au ralenti, en veilleuse, en retrait, mais aussi qu’elle se démobilise, s’use, fléchit, se détériore, s’arrête, disparaît. Et qu’elle peut même être en chute libre.  

- J’ai lu enfin que l’on peut s’en débarrasser.

XI. J’ai lu que les analyses concernant « la sexualité » étaient loin d’être clarifiées. Ainsi :  

- J’ai lu que la sexualité sait se faire discrète, mais aussi qu’elle nous envahit.

- J’ai lu que la sexualité a ses secrets, est encore un mystère, mais aussi qu’elle n’a plus de secret pour personne.

- J’ai lu que la sexualité charrie toujours autant de tabous, mais aussi qu’elle s’est modernisée et qu’elle est plus libre qu’avant.

- J’ai lu que la sexualité se démocratise, mais aussi qu’elle s’est convertie en pulsion de pouvoir.

- J’ai lu que tout passe par la sexualité, mais aussi qu’elle voit son intérêt diminuer, qu’elle est en crise endémique, et, même, qu’elle perd tout intérêt.

- J’ai lu que la sexualité relève [exclusivement] d’un choix privé, mais aussi qu’elle est éminemment politique.

- J’ai lu que la sexualité exprime, révèle et dévoile la relation à l’autre, exprime des sentiments [partagés], mais aussi qu’elle nous révèle à nous-même.  

- J’ai lu que la sexualité peut donner un sens à notre vie, mais aussi qu’elle peut avoir un sens à elle toute seule, comme elle peut n’en avoir aucun.

- J’ai lu qu’on ne peut pas parler du corps [et/ou d’expérimentation corporelle] sans parler de sexualité, mais aussi qu’elle s'inscrit [est inscrite] dans la culture, dans le psychisme, dans l’inconscient et même dans les gènes.  

- J’ai lu enfin qu’il n’existe pas que la sexualité dans la vie, et qu’il y a aussi l’asexualité...

XII. J’ai lu qu’il y avait des [nouvelles] normes, des [nouvelles] exigences concernant « la sexualité », mais qu’elles étaient loin d’être clarifiées. Ainsi :   

- J’ai lu qu’il fallait confronter sa propre sexualité, mais aussi se confronter à elle.

- J’ai lu (à propos des « sex toys ») qu’il fallait parler de sexualité entre filles, mais aussi que le dialogue avec les garçons était essentiel.

- J’ai lu qu’il fallait user de subtilité pour en parler, l’aborder et l’évoquer avec délicatesse, mais aussi qu’il fallait prendre en compte le fait que la violence lui était consubstantielle.

- J’ai lu qu’il fallait regarder la sexualité en face, mais aussi qu’il fallait favoriser la réflexion sur la sexualité.

- J’ai lu qu’il fallait libérer la parole et oser exposer sa manière de voir la sexualité, mais aussi qu’il fallait [trouver le courage de] consulter pour trouver des solutions.

- J’ai lu qu’il fallait vivre sa sexualité de manière responsable [et/ou avec un maximum de responsabilité], mais aussi qu’il fallait responsabiliser les citoyens sur leur sexualité.

- J’ai lu qu’il fallait avoir une vision saine de la sexualité et affirmer son éthique personnelle, mais aussi qu’il fallait considérer qu’elle était dépourvue de toute morale.

- J’ai lu qu’il fallait vivre [pleinement] ses amours et sa sexualité, mais aussi qu’il fallait cesser de considérer qu’il n’y a que la sexualité dans la vie et même, que l’amour devait se débarrasser de la sexualité.  

- J’ai lu (à propos des ‘jouets de l’amour au grand jour’) que la sexualité devait faire du plaisir un but en soi, mais j’ai lu aussi qu’elle devait être [ludique] un moment de plaisir partagé et non un moment de performance ou d'enjeu.  

- J’ai lu qu’il fallait en finir avec les blocages, les inhibitions, le mur du silence, l’hypocrisie, le conservatisme, mais que, pour cela, il fallait chasser, déjouer, dénoncer, briser les idées reçues...  

- J’ai lu enfin qu’il était difficile d'établir des limites, [voire] des interdits ; que chacun-e a son seuil de tolérance et d'acceptation, mais aussi [que l’on ne dira jamais assez] qu’il n'existe pas de norme en matière de sexualité...

XIII. J’ai lu que « la sexualité » était un [vaste] sujet de recherches.  

- J’ai lu que, dans la mesure où la sexualité était, pouvait, devait être analysée, découverte, abordée, évoquée, débattue, décortiquée, dévoilée, expérimentée, explorée, promue, sondée, quantifiée, il y avait des expert-es en sexualité, des spécialistes de la sexualité, des maîtres de la recherche sur la sexualité, des sociologues [du ‘genre’ et] de la sexualité, des chercheurs/euses spécialisé-es sur la politisation des questions de « genre » et de sexualité, des docteurs en sexualité [clinique], des scientifiques spécialisés dans les mécanismes psychiques de la sexualité [humaine], un historien [célèbre] de la sexualité, des consultants en sexualité humaine et en reproduction, des sexologues [qui répondent à toutes les interrogations en matière de sexualité]... et qu’une formation d’assistant-e sexuel-le va voir le jour en Suisse…

- J’ai lu que beaucoup de livres, beaucoup de colloques, beaucoup de recherches d’enseignements, de conférences, mais aussi des symposiums, des ateliers, des thèses, des rencontres, des appels à contribution, des [numéros de] revues, des réseaux, des chats, des posts, des états des lieux, étaient consacrés à la, aux sexualité-s...

- J’ai lu que des enquêtes [par sondage, par téléphone] sur la sexualité des Français ont été menées et publiées.

- J’ai lu qu’il existe une académie de la sexualité et des relations.

- J’ai lu qu’une fondation entend favoriser une meilleure connaissance du cycle féminin et de la sexualité.

- J’ai lu qu’il existe un Larousse de la sexualité.

- J’ai lu qu’un nouveau magazine sur la sexualité a été créé afin de mieux vivre sa sexualité.

- J’ai lu aussi que le syndicat national des entreprises gays (SNEG) a réalisé un guide hard sur la sexualité, destiné principalement aux lieux avec backroom…

XIV. J’ai lu, toujours dans la presse, des analyses concernant les liens entre « la sexualité » et [certains] auteurs :  

- J’ai lu que Jouhandeau et Gide avaient réglé, chacun à leur manière, le déchirement entre foi et sexualité.

- J’ai lu que Bourdieu se pose des questions sur le mouvement gay et lesbien, mais parle bien peu de la (sa) sexualité.

- J’ai lu que, pour Durkheim, la sexualité a un caractère double.  

- J’ai lu que, pour Kierkegaard, sans péché, point de sexualité et sans sexualité, point d’histoire.  

- J’ai lu que la théorie de Freud sur la sexualité, qu’il considérait lui-même comme la pièce maîtresse de la psychanalyse, est toujours aussi dérangeante.

Mais c’est incontestablement Foucault qui est le plus repris.

- J’ai lu qu’il avait procédé à une enquête historique sur les sources de la [notre] sexualité occidentale ; travaillé sur la sexualité dans son rapport à la vérité ; réglé son compte à "l’hypothèse répressive" de W. Reich ; analysé comment la sexualité est marquée par la société dans laquelle elle s'incarne et que, loin d'être une donnée naturelle, celle-ci est le résultat d'une histoire, d'un contexte.

- J’ai lu qu’avec lui, il est question de philosophie, de liberté, de sexualité et d'expériences diverses.

- J’ai lu que ce qu’il appelait un dispositif de sexualité était un effet normatif socialement construit.

- J’ai lu que, pour lui, la folie, le crime, la sexualité étaient des instruments de pouvoir, mais aussi que la sexualité n’est jamais plus présente que lorsqu’elle est apparemment interdite.

- J’ai lu que sa pensée concerne la dimension sexuelle et le souci de soi.

- J’ai lu que, chez lui, les corps et les plaisirs n’ont de sens qu’en tant qu’opérateurs d’un retournement tactique des divers mécanismes de la sexualité.  

- J’ai lu qu’il a beaucoup fait avancer la réflexion sur la sexualité gay et l’avenir du mouvement gay et lesbien.

- J’ai lu enfin qu’il contourne l’hypothèse répressive pour s’attacher de front non pas à l’interaction des surveiller et punir, interdits et transgressions, mais à l’analyse des discours sur la sexualité tels qu’ils se sont multipliés, diversifiés et extrêmement spécialisés depuis l’âge classique. Et que, plutôt que de noter un tabou et une répression de la sexualité propre à un imaginaire victorien, il stipule que les trois derniers siècles d’histoire moderne n’ont fait au contraire qu’hypertrophier les incitations à l’expression et la réflexion de et sur la sexualité.

- J’ai même lu que Foucault avait amorcé une analyse féministe de la sexualité.

J’arrête là ce brouillamini sexuel...

Que retenir en effet de cette succession de mots, de qualifications, d’analogies, de jugements, d’appréciations, aussitôt lu-es, aussitôt oublié-es ?

Rien.

Que reste t-il après son écriture ?

Un immense malaise.  

Mais constater cela ne suffit pas.

Je pense, au terme de ce petit travail de recension, que l’on peut déjà, dans un premier temps, affirmer que le terme de « sexualité » ne peut plus – tant sa confusion est immense – être simplement qualifié ni d’ambigu, ni de paradoxal, ni de polysémique.

Et que la question de savoir s’il a une quelconque signification doit être posée.

Il faudrait certes, pour pouvoir y répondre sans ambiguïté, ou à tout le moins apporter un début de réponse, se pencher sur l’usage de ce terme par les chercheur-es en sciences sociales, par les féministes, par ceux et celles qui se réfèrent au « genre »1 et voir si – et dans quelle mesure – ce terme est employé par eux/par elles, plus rigoureusement que par la presse quotidienne.

Pour ma part, sur la base de la connaissance, certes partielle, des travaux contemporains en la matière, je pencherai plutôt vers la négative.

Il faudrait aussi savoir si Freud et Foucault, à tout le moins, ont donné une définition rigoureuse de ce terme.

Pour ma part, sur la base de ma connaissance, certes partielle, de leurs travaux, je pense pouvoir répondre par la négative.

Mais, ces deux précautions posées, sur le corpus qui fut le mien, je ne peux que constater que ce terme n’a pas de définition rigoureuse qui puisse le faire peu ou prou accéder au statut de concept.

Et après avoir lu une assertion de Nietzsche qui m’avait frappée, à savoir :  qu’il considérait « l’égalité [comme] une vague assimilation de fait »2, j’en suis venue à me demander si « la sexualité » n’était-elle rien d’autre qu’« une vague assimilation de fait » au-x sexe-s ?.

Faut-il ici rappeler qu’il est peu de termes ayant été l’objet de plus de signifiants, de significations, d’analyses ?

Aussi, dès lors que le mot de « sexualité » - au singulier comme au pluriel - se greffe sur le premier, non seulement il charrie avec lui  toutes les ambiguïtés dont le terme de « sexe », auquel peut s’ajouter celui de « sexuel » est porteur, mais il contribue en sus à en élargir le spectre.

Pour ma part, je pense même qu’il empêche de - ou, à tout le moins, qu’il ne peut aider à - penser les rapports de domination qui se sont construits depuis des millénaires sur la différenciation sexuée entre les êtres humains, entre les hommes et femmes. Et donc sur le patriarcat.3

Dans ce cadre, l’inflation du terme de « sexualité » est politiquement signifiante.

Que peut-on en dire ?

Quelques premiers éléments qui me viennent à l’esprit :

En occupant l’espace, en martelant l’entendement, [l’abus de] l’usage du terme de « sexualité » provoque une gigantesque confusion mentale, intellectuelle, si utile, si nécessaire à tous les pouvoirs, quels qu’ils soient : sur un pseudo consensus quant à sa signification, se créent en effet autant de faux clivages, autant de faux débats. Et donc autant de régressions intellectuelles, mais aussi autant d’intérêts mieux ainsi camouflés.

Par ailleurs, sur le terreau de cette confusion, apparaissent progressivement de nouvelles donnes : « la sexualité » devient un nouveau critère d’identification, une nouvelle identité selon lesquel-les les individu-es sont appréhendé-es, apprécié-es, jugé-es, jaugé-es, critiqué-es, prise-s en compte, nié-es, enfermés...

Sur quels fondements ?

Une précision, sans doute utile : cette question des fondements d’un nouveau processus d’identification des êtres humains par « la sexualité » - et les références de ce texte en attestent – ne peut se limiter à la question de l’homosexualité, de l’hétérosexualité, de la bi-sexualité, de la contrainte à la sexualité, de l’hyper sexualisation, etc, etc...

Dernier point : je n’ai pu que constater, sur la base de cette recension, que «la sexualité» après avoir qualifié les êtres humains, a progressivement pris son autonomie vis-à-vis d’eux : pourvue de qualités, de défauts, chargée de tous les qualificatifs autrefois - exclusivement ? - affectés aux êtres humains, elle vit dorénavant sa vie.

Seule.

« La sexualité » est en train de bouffer les êtres humains.

En d’autres termes, l’emploi du terme de « sexualité » contribue à subsumer les êtres humains.

Pour les faire, ensuite, disparaître ?

N.B. Ce texte n’est que le début d’une réflexion....

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Notes de bas de page
1 Cf. Marie-Victoire Louis, «  Dis-moi, ça veut dire quoi « le genre » ? »
2 Nietzsche, Le Crépuscule des idoles. Folio. Essai. p. 82
3 Cf. Marie-Victoire Louis, « Mais il est où le patriarcat ? »

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