Parité
 Marie-Victoire Louis

La parité, pour quoi faire ?

Projets Féministes Nos 4-5
Actualité de la parité
p.165 à 189
Séminaire en neuf rencontres introduit et animé par Marie-Victoire Louis
Séminaire du 4 avril 1995

date de rédaction : 01/02/1996
date de publication : Février 1996
mise en ligne : 07/11/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Intervenantes : Florence Montreynaud, Françoise Duriez, Monique Minaca, Éliane Viennot


Florence Montreynaud

Je souhaitais vous parler brièvement de mon expérience de terrain et ensuite je parlerai de la parité en tant que féministe et intellectuelle.
En 1977, j'ai été élue conseillère municipale d'une petite commune de l'Oise. J'étais la première femme élue dans cette commune et j'avais fait campagne, certes, avec un programme, mais aussi sur ma différence qui se voyait puisque j'ai accouché quelques semaines après. J'étais aussi, depuis 1970, militante du Planning Familial dont j'avais ouvert la première permanence dans la région. En 1978, j'ai été la première femme de l'Oise à être candidate aux élections législatives. Je me suis présentée avec le mouvement Choisir dont j'étais membre depuis la fondation et sous la bannière de laquelle des tandems de femmes se sont présentées dans 44 circonscriptions. Gisèle Halimi nous appelait les "cent femmes pour les femmes". En réalité, nous étions 88. Par ailleurs, je n'ai compris que rétrospectivement le paradoxe, puisque je me présentais pour être élue par des femmes et par des hommes.

Dans mes discours, je disais que nous ne voulions pas seulement la moitié du gâteau ; nous voulions en changer la recette, élaborer, avec les hommes, une nouvelle recette puis, naturellement, partager le gâteau à égalité. J'ai reçu de l'aide d'inconnu-es pendant cette campagne et aussi de l'argent. Je me rappelle, après une réunion dans un bourg, un couple d'une quarantaine d'années qui est venu me donner une enveloppe contenant mille francs, en m'encourageant : "C'est bien, continuez, il faudrait qu'il y ait plus de femmes en politique." Je ne les ai jamais revus et je ne sais pas leur nom. Il faut dire qu'à chaque meeting, je faisais la quête. C'est une chose importante que le Planning Familial m'avait apprise, c'est n'existe pas de chose gratuite.

J'ai été très déçue de ne pas être élue parce que j'y croyais : 1 % des voix seulement se sont portées sur mon nom, ce qui était cependant le meilleur score de Choisir après Gisèle Halimi, qui en a eu le double à Paris.

Je me souviens des coups bas des militants socialistes locaux à l'annonce de ma candidature, dont ils pensaient qu'elle nuirait à leur candidat, Gilles Martinet. Finalement, celui-ci a été largement devancé par le communiste qui a été élu au second tour.
Je suis retournée à mon conseil municipal, tout en employant les énergies rassemblées pendant la campagne à recueillir des signatures pour obtenir l'ouverture d'un centre d'orthogénie à Senlis. J'ai publié dans le journal de Choisir un bilan qui se terminait par un appel à travailler désormais en mixité, pour élaborer avec les hommes cette fameuse nouvelle recette du gâteau.
J'ai toujours beaucoup apprécié de réfléchir et d'agir entre femmes dans le Mouvement des femmes. Je l'avais rejoint en septembre 197 près avoir lu dans Le Monde une information sur la manifestation à l'Arc de triomphe pour la femme du soldat inconnu. D'autre part, j'ai toujours été favorable à la mixité que je pratique dans d'autres groupes et qui me paraît effective, quand il y au moins 30 % de l'un ou l'autre sexe, l'essentiel étant qu'elle s'accompagne d'une parfaite égalité des droits et devoirs.

Quand le débat sur la parité a surgi entre nous, j'ai été très intéressée par la soudaine fortune du mot - car ma formation d'origine est la linguistique - tellement plus attrayant que le mot "mixité".

J'ai signé le manifeste des 577, parce que j'avais de la sympathie pour celles qui m'en ont parlé, puis j'ai réfléchi (j'aurais dû faire le contraire). Cette utopie, ce mirage, cet objet virtuel que constituerait une Assemblée Nationale respectant une égalité parfaite m'avaient d'abord séduite. Mais je n'ai jamais pu adhérer ni au raisonnement - qui, sous diverses formes, se ramène à "des femmes qui représenteraient mieux les femmes" - ni au mode retenu pour y parvenir, la contrainte par une loi ou, pire ! - par une modification de la Constitution.

Tant qu'à travailler sur une utopie, autant avoir une vision ample. Je trouve regrettable de concentrer l'énergie uniquement sur les assemblées politiques alors que, dans le projet féministe, c'est toute la société qu'il s'agit de transformer.

Depuis le siècle dernier, le féminisme défendu par des hommes et par des femmes entend parvenir à l'égalité des droits et des devoirs entre les sexes.
Je rappelle les devoirs, car je trouve qu'on se limite souvent aux droits.
Nos prédécesseurs avaient de l'imagination, des idées fortes, des désirs révolutionnaires, et nous, nous nous limiterions à la représentation...!

Puisqu'il s'agit de rêver, rêvons, mais rêvons ample !

Cette parité, objet virtuel sur l'écran de nos désirs, je la souhaite, tant qu'à faire, appliquée à l'ensemble des instances représentatives. Il faudrait que chaque structure, commission, conseil qui prétend nous représenter, qui parle en notre nom et prend des décisions engageant notre avenir, soit paritaire ou au moins mixte.
Cela concernerait toutes les structures prétendument représentatives 1: du jury d'agrégation au conseil d'école, du conseil scientifique de la Bibliothèque Nationale à la moindre commission extra municipale, de la Commission d'éthique au bureau de vote tenu dans la plus petite commune, du Conseil supérieur de l'audiovisuel au comité de gestion de la paroisse et au conseil d'administration de la moindre association dans la mesure où elle n'a pas pris la précaution de se définir statutairement comme non-mixte. 2

II me semble que tout ce qui est "en haut" devrait être comme tout ce qui est "en bas", et réciproquement.

Car c'est ce qui me gêne dans les revendications de parité : elles ne concernent que les instances prestigieuses, les lieux de pouvoir politique (le pouvoir économique étant considéré comme hors de portée, alors qu'il y aurait tant à faire dans les conseils d'administration des entreprises), les endroits où on collectionne, à défaut d'argent toujours, les titres, les honneurs, la pompe et l'encens.

Comment concevoir la parité - ou même la mixité, qui me suffirait autrement que comme une préoccupation globale ?

Pourquoi nous limiter aux lieux où les places sont si chères que toute femme qui "ose" y pénétrer enlève - "vole" pensent certains - son siège à un homme qui s'y accroche ? II me semble qu'il faudrait prendre le problème par les deux bouts : réclamer notre juste place au Parlement et demander en même temps que les structures les plus élémentaires, les plus humbles, mais q sont tout aussi indispensables que les autres, deviennent réellement mixtes.

Un exemple : la réunion de parents d'élèves. Dans le collège où vont mes enfants, elle est fixée immuablement un jour de semaine à 17h 30. La grande majorité des mères a une activité professionnelle prenante et toutes ne sont pas divorcées. Cependant, depuis treize ans que j'y vais, je n'y ai jamais vu plus de trois pères, dont deux accompagnaient leur femme, pour une vingtaine de mères.
Rêvons : Et si des réunions de ce type ne pouvaient plus valablement se tenir, à moins d'être réellement mixtes, c'est-à-dire dans ce cas, avec au moins neuf pères ? II existe bien pour les assemblés générales un constat de carence si le quorum n'est pas atteint. Et si nous remplacions les quotas par le quorum ? Demander la parité pour le haut seulement me semble regrettable parce que nous ne pouvons pas prendre d'un côté sans lâcher de l'autre, réciproquement pour les hommes. Même si ce ne sont pas les mêmes qui vont quitter la Chambre des députés pour le conseil de classe, il s'agit d'une vaste et complexe entreprise de permutation et non d'un jeu élémentaire, du type" ôte-toi de là que je m'y mette ! ".

Enfin, la demande de parité dans les lieux de prestige me semble évacuer la question du pouvoir dans sa globalité. Dans le compte-rendu de la dernière séance, j'ai vu affirmer de manière péremptoire que les femmes n'avaient pas de pouvoir. II n'est pas vrai que nous en soyons aussi démunies que certaines se plaisent à le croire. Il y a longtemps que des féministes travaillant sur les sujets de la maison et de la famille ont montré le pouvoir exercé par la femme dans son "royaume traditionnel" qui est foyer. Royaume dérisoire, certes, mais pouvoir tout de même. Il s'exerce au quotidien, dans des actes qui tirent leur importance de leur répétition comme de décider du menu ou des vêtements que portera chacun-e, ou l'organisation de la maison, de sa décoration ; il s'exerce aussi dans le symbolique, comme le fait de choisir le prénom de l'enfant à naître.

Si nous prenons conscience du pouvoir des femmes, cela nous aidera peut-être à comprendre la difficulté de tout partage. Si nous concevons le pouvoir comme une globalité, peut-être pourrons-nous envisager une stratégie progressive d'appropriation réciproque, à condition d'accepter d'abandonner d'une main pour gagner de l'autre, en un mot d'échanger : Comment imaginer de mettre en oeuvre une telle stratégie par la contrainte, alors qu'il s'agit, à l'évidence, de négociation et de dialogue ?
Cela prendra du temps, certes, mais est-ce que nous n'en perdons pas déjà en cherchant à arracher aux hommes une part de leur gâteau, auquel ils s'accrochent bec et ongles ? Et je propose, comme en 1978 : " Élaborons avec des hommes la recette d'un autre gâteau et ensuite partageons-le également !".
À cet égard, j'ai beaucoup apprécié dans ce séminaire, le fait que des hommes y participaient. Parler en effet de la parité entre femmes, me semble un paradoxe. Si nous n'arrivons pas à trouver une structure paritaire pour en parler, cela me pose un problème. Alors, seulement, nous vivrons pleinement la devise de la République, dans la liberté, c'est-à-dire en ayant progressé par un travail intérieur sur nous-mêmes, par la négociation avec l'autre et non par la contrainte. Nous aurons remplacé l'égalité par la parité, qui est une égalité parfaite, comme l'a dit Françoise Gaspard...

Françoise Gaspard

C'était dans le petit Larousse...

Florence Montreynaud

…dans une mixité réelle. II nous reste à trouver un nouveau mot pour la fraternité, si nous voulons vivre dans un autre régime que cette République de frères qui, en cette époque de campagne électorale, rappelle la horde d'hommes primitifs se disputant le gibier à grands coups de gueule et de dents.

Nous aussi, nous connaissons les sentiments forts qui peuvent lier des femmes. La sororité en est dans le meilleur des cas une composante. Nous savons aussi ce qui peut exister de cet ordre dans une relation entre une femme et un homme qui se ressentent comme frère et sœur.

Quand nous aurons pris conscience de la valeur de cette relation, quand nous aurons trouvé un mot pour la désigner, entre fraternité et sororité, alors la parité ira de soi.

Françoise Duriez

Sur le thème d'aujourd'hui : "La parité, pour quoi faire ?", j'ai voulu argumenter sur le fait que la question devait être posée et qu'ensuite, on pouvait apporter des éléments de réponses.

Je dirais d'abord à Florence Montreynaud, que le terrain politique n'est pas un lieu de prestige, ce n'est pas un gâteau, c'est un lieu de responsabilité. Et c'est pour cela qu'il nous semble nécessaire d'y être.

Avec la parité, nous entrons de plain-pied dans le domaine politique : il est donc logique que nous nous préoccupions des conséquences de projets.

Jusqu'à présent, nous avons réfléchi, dans le cadre de ce séminaire, sur les raisons fondant le principe de parité, sur les justifications historiques, sur les implications philosophiques.

Nous prenons la parité pour l'exercice du pouvoir parce que c'est du fait de leur sexe que les femmes ont été exclues de la citoyenneté. Si nous voulons la parité, c'est pour atteindre l'égalité, c'est pour réaliser une société où la mixité soit une réalité, mais ce n'est pas pour bâtir une société où les sexes constitueraient les fondements de l'organisation sociale. En fait, nous souhaitons la parité pour parvenir à une société où le sexe ne serait plus un facteur de discrimination. Donc, de mon point de vue, la parité est un moyen : c'est le seul moyen d'instaurer l'égalité politique entre hommes et femmes.
Dès lors, nous sommes sur le terrain de l'action politique et non pas sur le terrain des grands principes. Pour moi donc, la parité est un moyen de parvenir à l'égalité, mais ce n'est pas une finalité en soi.

Ensuite, la parité, pour quoi faire ? Dans les belles années du féminisme, et encore pour certaines actuellement, le terrain politique était considéré comme secondaire, par rapport aux autres domaines de la vie sociale, culturelle. Nous considérions qu'il fallait faire évoluer les mentalités pour modifier la société et faire évoluer la nature du pouvoir politique. Le pouvoir politique patriarcal, tel qu'il était exercé, ne nous intéressait pas : Nous le considérions comme un hochet, nous n'avions pas à le revendiquer en quoi que ce soit. Nous avions, certes, raison d'agir sur le terrain symbolique, mais nous avons certainement eu tort aussi de ne pas nous impliquer dans la réflexion et l'action dans le pouvoir politique. Parce que nous n'avons pas pris en compte la dialectique qui existe entre la culture et la politique : l'incidence de l'évolution des mentalités sur l'exercice pouvoir politique ainsi que la décision politique sur les mentalités et moeurs.

En refusant le terrain politique, nous avons essayé de nous protéger, d'élaborer notre propre culture, mais nous nous sommes aussi privées d'un levier important pour faire évoluer, précisément, les mentalités. Je pense à l'exemple de l'abrogation de la peine de mort qui allait à l'encontre de l'opinion dominante et qui a concouru à faire évoluer les esprits. Il faut que nous enrichissions notre pratique et notre réflexion sur le terrain politique pour accéder à la pleine dimension sociale.

À partir où nous nous investissons le pouvoir politique, nos conduites et nos pratiques vont évoluer. Nous n'allons plus seulement nous poser comme exclues - comme on le fait trop - mais comme actrices. Il ne s'agira plus de nous contenter de manifestations symboliques ou de revendications : nous allons agir. Je pense que la mise en ouvre de la parité impose que nous opérions notre propre révolution culturelle.

Nous allons accéder à une citoyenneté pleine et entière ; nous allons donc renverser la problématique dans laquelle nous vivons depuis des siècles. Nous n'allons plus geindre, récriminer, revendiquer, nous allons décider de notre propre avenir. Et je pense qu'en posant la question : " La parité, pour quoi faire ?'", nous commençons à faire notre apprentissage de citoyennes de plein exercice.

Je pense aussi que l'action politique a ses contingences que nous devons accepter. Nous voulons faire passer dans les mentalités l'évidence de la parité, comme instrument d'égalité politique. Je dirais qu'en ce qui concerne le bien - fondé du principe de parité, nous avons fait, en deux ans, des progrès considérables. La parité appartient désormais au vocabulaire politique : une bonne partie de la classe politique en accepte le principe (l'application sera autre chose) et l'évolution de l'opinion est manifeste.

Il nous faut maintenant démontrer en quoi l'exclusion des femmes introduit actuellement des distorsions dans l'exercice du pouvoir politique, faire de la pédagogie, en anticipant sur ce que sera le futur pouvoir politique.
Je pense aussi que la crédibilité de notre projet auprès de l'opinion passe par l'illustration de ce que la parité peut apporter.

J'ai retenu un certain nombre de thèmes de l'action politique pour lesquels on peut prendre des exemples qui, à mon avis, sont significatifs.

La parité, pourquoi faire ? Pour faire de la politique. Autrement dit, pour orienter le développement de notre société dans le sens que nous souhaitons.
Toute la difficulté réside dans le fait que nous ne pouvons pas faire table rase. Nous devons partir de l'état de la société - à la construction de laquelle nous avons si peu participé - et nous devons répondre à des problèmes qui sont nécessairement mal posés, car la problématique de départ n'est pas la nôtre. Mais il faut " se coltiner" cette réalité.

On peut s'interroger pour savoir en quoi la parité, indépendamment des divergences politiques modifiera l'appréhension des problèmes. Et par conséquent la nature des solutions que nous proposerons.

Je proposerais ici quatre grands domaines de l'action politique.

L'élaboration de la loi.

En ce qui concerne le régime de la loi, on peut dire que nous avons vécu pendant plus de 150 ans sous un régime de droit qui ignorait les femmes, qui ne les reconnaissait que pour les réprimer ; c'est le code Napoléon, avec toutes ses implications que nous n'avons encore pas fini de "nettoyer". Il reste les effets de la transmission du nom, les effets du mariage sur l'organisation sociale. Et on passe notre temps, comme Pénélope, à reprendre les choses.

Nous sommes ensuite passées à un droit destiné à réprimer des violences dont les femmes sont victimes : c'est la loi pénale sur le viol, sur le harcèlement sexuel... Mais nous n'en sommes pas encore arrivées à un droit positif qui intègre, dans ses fondements, les deux sexes. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais progressivement, avec la parité de représentation, nous devons parvenir à refonder l'édifice législatif et institutionnel.
Je prends ici deux exemples, un inspiré de l'article de Marie-Victoire Louis sur le nouveau code pénal français. 3
Une des conséquences de ce système, c'est la banalisation de la violence à l'encontre des femmes dans notre société. Je pense que la parité devrait déboucher sur une autre hiérarchie des valeurs sociales, des peines et contribuer à modifier le climat de violences de notre société.

Le second exemple en matière législative -là, je m'inspire de ce que disait Anne Le Gall - concerne la question de la représentation politique qui est fondée sur le territoire. On représente les régions, les départements, c'est un mode de représentation qui est issu du système des fiefs et le scrutin uninominal est parfaitement adapté à cette représentation territoriale, mais il n'est pas du tout adapté à la mise en oeuvre de la parité.

Cela va nous poser assez rapidement des problèmes. On peut penser que si les femmes avaient été associées, partie prenante à l'élaboration du mode de représentation, le résultat eut été tout autre.

Le prélèvement de l'impôt et l'élaboration des budgets.

Les femmes ne sont pas plus parties prenantes à l'élaboration de la loi fiscale que du reste, néanmoins, elles ne sont pas ignorées du fisc.
On peut considérer que le mode d'imposition des revenus dans le cadre du mariage qui institue une solidarité totale entre les époux en matière fiscale est un instrument de guerre contre les femmes, du fait de leur infériorité économique. Les femmes ont des revenus moins élevés que les hommes, elles sont plus souvent salariées que les hommes et sont donc plus facilement repérables par le fisc, mais elles peuvent être contraintes du fait de la solidarité complète entre mari et femme à payer des dettes fiscales de leur mari, dettes relatives à des revenus dont elles ne connaissent pas nécessairement l'origine et dont elles n'ont pas nécessairement bénéficié.

On peut imaginer que, face à cet énorme problème, une assemblée paritaire aurait depuis longtemps lancé une étude sur la fiscalité relative des deux sexes et qui devrait conduire à des résultats étonnants, aussi bien dans le cadre du mariage qu'après dissolution du mariage.
Il faudrait d'ailleurs faire une comparaison européenne ; car je pense que nous sommes particulièrement maltraitées en France.
Il y a une forte contribution des femmes à l'impôt sur les revenus.

Françoise Laborie

Vous proposez une fiscalité différenciée sexuellement ?

Françoise Duriez

Oui, je propose une fiscalité par individu-e.

Florence Montreynaud

En Suède, c'est la situation depuis 20 ans.

Françoise Duriez

Si le système actuel est maintenu, ce n'est pas par hasard. Cela entraîne un rendement plus élevé.

Marie-Victoire Louis

Cela contribue surtout à maintenir la structure inégale des pouvoirs entre les sexes. Et ceci s'inscrit dans la logique du code civil qui dépossédait légalement les femmes mariées de leur propres revenus. De par ces dispositions législatives, un gigantesque transfert des revenus des propriétés, des rentes et des salaires des femmes aux hommes s'est instauré des femmes vers les hommes. Je m'étonne que ni les libéraux, ni les marxistes n'aient analysé économiquement et politiquement la signification de cette législation dont les conséquences furent essentielles en matière d'accumulation du capital. Les féministes, elles-mêmes, qui ont dénoncé cette dépossession, ont cependant, à mon avis, insuffisamment analysé l'enjeu que celle-ci a représenté. Un vaste champ de recherche devrait s'ouvrir, me semble-t-il.

Françoise Duriez

En ce qui concerne les budgets, sans entrer dans le détail des lois budgétaire - je n'en serais d'ailleurs pas capable - il me semble évident que des assemblées paritaires définiraient des priorités différentes.

Je parlerais simplement du budget militaire.

La France est le seul pays au monde à avoir, l'an dernier, augmenté son budget militaire, en réduisant ses budgets. Cela a été en partie expliqué par le déclin des exportations de matériel militaire qu'il fallait compenser par des achats de la part de l'État. Il faut aussi noter que certains analystes ont relevé que dans notre budget étaient prévus des équipements particulièrement sophistiqués, pour que des militaires "fassent joujou" et dont l'utilité n'était pas évidente, mais qui néanmoins coûtaient très cher.

On peut imaginer qu'une assemblée paritaire aurait pu examiner de façon différente la loi de programmation militaire, de même qu'elle aurait aussi examiné de façon différente le mode de financement de nos exportations de matériel militaire.
Il faut quand même savoir que l'Irak a laissé une "ardoise" de 18 milliards de francs en 1987 et c'est nous qui payons cette note.
On peut s'interroger sur les paiements qu'effectueront des pays comme le Rwanda, le Mali, le Niger, le Burundi, tous largement armés par la France.

Les arguments des économistes sur l'effet d'entraînement de l'industrie militaire sur l'ensemble de l'économie laissent perplexes, quand on sait que 80 à 90 % de cette production financée par le contribuable, d'une façon ou d'une autre, par les crédits à l'exportation ou par le budget. Sans entrer dans un débat sur la nécessité de la défense militaire, il me semble clair que s'il y avait une représentation paritaire à l'assemblée, il y aurait pour conséquence immédiate de réduire pour le bénéfice de la collectivité, le poids du lobby militaro-industriel.

En ce qui concerne le budget, je voudrais quand même noter que femmes mariées aujourd'hui peuvent disposer de leurs revenus sans autorisation du mari, nous ne pouvons toujours pas décider de l'utilisation nos impôts.

Monique Minaca

Personne ne peut, dans les ménages.

Françoise Duriez

Oui, mais les hommes sont représentés politiquement et décident ce que l'on fait avec l'argent.

La défense du territoire.

Je crois qu'il faut s'interroger sur l'idéologie républicaine qui lie l'attribution de la qualité de citoyen à la capacité de servir la nation, en portant des armes pour défendre le territoire national. La Garde Nationale a armé les citoyens, mais parallèlement, elle a désarmé les femmes révolutionnaires auxquelles elle déniait la citoyenneté.
Notre service militaire obligatoire aujourd'hui est un héritage de la Révolution française ; et l'exclusion des femmes de la citoyenneté est liée à cette doctrine de la République.
Nous n'avons jamais demandé, à ma connaissance, que la conscription obligatoire soit étendue aux femmes.
J'imagine que c'est pour des raisons évidentes, parce que nous honnissons (d'ailleurs comme beaucoup d'hommes) l'état d'esprit et la culture racistes, sexistes diffusés par les armées.
Mais je crois que nous n'avons pas d'argumentation pertinente à l'appui de cette abstention.
Le pacifisme n'est pas nécessairement repris par l'ensemble des féministes et la suppression du service militaire obligatoire est certainement une fausse solution, car elle laisserait la défense du territoire aux mains exclusives des hommes. Sur cette question, nous sommes encore en porte-à-faux. Et nous devons réfléchir.
À partir du moment où nous disposerons des moyens politiques, il n'est pas possible que nous laissions survivre un tel foyer de machisme, de fascisme dans notre société.
Et si nous sommes convaincues des nécessités de la défense armée, sous quelque forme que ce soit, il faudra que les femmes y participent, à part entière.

Les relations étrangères.

J'ai pensé à la question du droit d'ingérence et de la conditionnalité démocratique et au problème de la construction européenne. En ce qui concerne le premier, je trouve stupéfiant que l'on puisse tenir un discours sur l'ingérence humanitaire et la conditionnalité démocratique - c'est le discours de Mitterrand à La Baule4 - sans jamais considérer que les droits des femmes soient partie intégrante des droits de la personne humaine.

On a utilisé des moyens de pressions de toutes sortes, en premier lieu, des moyens financiers, pour convaincre des États africains d'organiser des élections démocratiques, ou pseudo démocratiques. Mais nous avons trouvé parfaitement normal, pendant la guerre du Golfe, d'avoir des relations privilégiées avec des États -l'Arabie Saoudite, le Koweït - qui privent les femmes de tous leurs droits élémentaires.
Sur cette guerre, je pense que si les femmes avaient pu avoir le droit à la parole, certainement les choses se seraient passées différemment. Et je pense aussi aux femmes algériennes, africaines.
La France aurait pu jouer un rôle beaucoup plus marquant ; elle aurait pu réagir quand le F.L.N. en Algérie a entériné le code de la famille et elle aurait pu soutenir les femmes dans leurs protestations. Compte tenu des milliards que l'on a accordés, sous forme de protocoles financiers, à l'Algérie, on avait des moyens de persuasion et aujourd'hui, on ne serait pas face à la situation devant laquelle nous sommes.

Marie-Victoire Louis

Je crois qu'il faut poser le problème des conditions politiques dans lesquelles des décisions sont prises, faute de quoi l’on risque de tomber dans un anachronisme idéaliste. Pourquoi - et surtout, sur quels fondements - le gouvernement français aurait-il défendu les droits des femmes algériennes, alors qu'il ne soutenait pas - c'est le moins que l'on puisse dire - à l'époque, la gauche algérienne, qui, elle-même, ne soutenait pas les luttes des femmes ? 5
En la matière, la solidarité des intérêts des Etats l'emporte sur tout autre critère. Ainsi, le gouvernement français ne défendait même pas les droits de ses propres ressortissantes, mariées avec des Algérie des enfants, français - y compris en danger de mort - issus de ces couples dits "mixtes". 6Ces femmes, françaises, ont été longtemps sacrifiées sans vergogne sur l'autel de la prééminence des intérêts politiques et économiques et diplomatiques français avec l'État algérien. Mais, par ailleurs, bien d'autres contradictions étaient en oeuvre (qu'ont dévoilé les luttes de femmes algériennes et françaises) qui ne peuvent s'enfermer dans la seule dimension des rapports de sexe.
C'est la raison pour laquelle il ne me semble pas possible d'affirmer simplement que les choix politiques auraient été différents si la parité avait été mise en oeuvre à l'époque.

Il faut enfin noter - et c'est important dans le cadre d'une réflexion sur la parité - que c'est par l'intermédiaire d'un ministère chargé des droits des femmes que des féministes ont choisi d'abandonner la défense des droits des femmes concernées au profit de la défense d'une logique étatique. 7

Françoise Duriez

Pour continuer mon raisonnement, il me semble qu'aujourd'hui, les tergiversations pour reconnaître le statut de réfugiées aux femmes menacées de mort du fait de leur sexe ne sont pas à la hauteur des enjeux et du péril. En admettant que ces hésitations soient fondées en droit - je n'en sais rien - alors, il faut changer la législation sur le statut des réfugiées. En ce domaine-là aussi, la parité doit faire évoluer les choses, les mentalités et les institutions.

En ce qui concerne l'Europe, j'en reviens à Maastricht. Il me semble que le traité n'aurait jamais été soumis au suffrage universel, dans sa forme actuelle si la représentation parlementaire avait été paritaire. La Charte sociale, me semble t-il, aurait été incluse. Car, les femmes sont parfaitement conscientes de la précarité de leur statut économique et donc de l'importance des droits sociaux.

Autre point, la libre circulation des services en Europe aura probablement des incidences sur la diffusion de la prostitution et sa légalisation. Je ne vois pas pourquoi nous n'aurions pas, avec Maastricht, des Éros Center, d'abord en Alsace et ensuite ailleurs, et pourquoi les proxénètes ne feraient pas des recours auprès de la Cour de Justice pour défendre l'ouverture de ces maisons.
Cet aspect du traité n'a pas été examiné car ce n'est pas déterminant pour la classe politique masculine.

Voilà les exemples que je voulais aborder et que je voulais suffisamment convaincants pour qu'en en vienne vite à examiner une autre question qui me semble urgente : "La parité, comment ? "

Monique Minaca

Je vais intervenir dans un champ différent, et surtout sur le mode du défi.
On dit souvent : "A quoi cela sert que les femmes entrent en politique puisque finalement, elles sont identiques aux hommes et n'apporteront rien de spécifique, puisqu'elles sont moins au fait des problèmes, des décisions et sont en deçà des méthodes nécessaires ".
Mais, il y a une autre hypothèse qui dit que les femmes sont capables d'apporter de nouvelles forces qui s'inscrivent autrement. Et qu'elles seront capables de changer les règles du jeu, dans un but bénéfique.
Entre ces façons d'aborder le problème, on ne peut pas trancher, mais je vais opter pour une troisième approche. À savoir que toute nouveauté dans une structure apporte quelque chose.
Et je vais vous dire, à mon sens, pourquoi,

D'abord, il y a un état des lieux à faire. On ne peut pas, dans un certain environnement politique, entrer n'importe comment, de n'importe quelle façon, n'importe quand.
Actuellement, il peut y avoir une opportunité, les systèmes politique et civil ont une très mauvaise image. La population ne se reconnaît plus dans les décisions prises actuellement. Le dysfonctionnement actuel dans la marche du monde décrédibilise les politiques comme les experts et techniciens d'ailleurs. Ni la politique, ni la science, ni la technique ne constituent plus un espoir de développement comme par le passé. Les "valeurs sûres" ont disparu, le rêve est cassé. Le seul moteur mondial actuel est la course à l'argent : la compétition s'est renforcée, la guerre économique fait rage et est affichée : "Si on ne suit pas, on crève ".

Face à cette situation, il y a un désir diffus de changer les règles du jeu. Donc, derrière l'entrée des femmes dans les instances de décision se profile une autre problématique, plus vaste. Comment trouver d'autres valeurs à mettre en avant, retrouver du sens à la marche de nos sociétés l'on souhaiterait plus humaines ?
En ce sens, plusieurs types de propositions existent.

La première, qui est très forte, est de retourner au passé ; on remet tout le monde "à sa place". Cet état régressif correspond à un besoin très celui d'y voir clair, d'avoir des repères, de se sécuriser.
Mais il y a une autre alternative : sortir "par le haut" et tenter, au contraire, d'émanciper la société toute entière en proposant des alternatives, pour avancer. C'est une remise en cause fondamentale qui serait une forme de transformation en profondeur de la société, dans ce qu'elle a de plus intime, c'est-à-dire les relations entre les sexes, sur lesquelles ont été fondées les relations dominants / dominé-es.

En reconstituant ces types de relations, on pourrait espérer du mieux. On propose, alors, à tout le monde, une aventure, aux femmes, comme aux hommes, avec une reconnaissance mutuelle, à bâtir ensemble.
On avait dit - dans ce séminaire - qu'on avait le droit de rêver.…Mais en fait, je ne considère pas que cela soit du rêve. Et en plus, ce n'est pas une utopie.
C'est une démarche constructive qui se fait avec des partenaires et dont ni les étapes, ni les rythmes de progressions ne sont définis d'avance, car elles dépendent des sociétés différentes. Il peut néanmoins y avoir un effet d'entraînement. Le but à atteindre, en outre, est inconnu; c'est une transformation sociale, c'est une longue marche vers l'émancipation des sexes.

On peut se demander ce que l'on gagne à jouer ce jeu et "qui perd quoi" ? Fondamentalement, c'est la construction sociale d'une démocratie ; ceux qui vont perdre, ce sont ceux et celles qui sont et constituent les élites aujourd'hui et qui ont eu l'habitude de confisquer le pouvoir. Cela va remettre en cause tous les systèmes élitaires, quels qu'ils soient : ces habitudes de développer des systèmes de castes, de lobbies, de s'arroger les droits de faire et de penser pour les autres et de croire que l'on sait pour les autres. C'est le point le plus difficile à franchir car c'est la sclérose de nos systèmes jusqu'à maintenant.
On a vécu sur une reconnaissance très particulière selon laquelle par le savoir, induit par une certaine forme de connaissances, on avait des aptitudes à diriger les autres et à prendre des décisions. En fait, ces décisions sont prises sans responsabilité véritable. On a perdu l'éthique démocratique fondamentale, c'est-à-dire d'en référer à une population, d'accepter de se tromper et d'être remplacé par quelqu'un d'autre. Des personnes neuves ne sont pas plus ni moins expérimentées, elles sont seulement autrement expérimentées, même si elles n'ont pas les habitudes acquises d'un système qui a finalement déraillé.

La parité, pour moi, c'est une nouvelle forme de culture démocratique. Il faut prendre le risque d'accepter l'autre et de travailler dans l'action ; avancer dans une transformation sociale, sans savoir d'avance le résultat, mais en ayant l'obligation de s'impliquer soi-même. L'idée forte, c'est de donner du corps au principe de parité, de ne pas vouloir le changement uniquement en termes de représentativité, mais de transformation sociale, même assez radicale. C'est-à-dire s'autoriser à espérer que nous sommes capables de porter un projet fructueux ; avant de savoir où on va, il faut apprendre à marcher.

Dans nos sociétés, on parle de démocratie, mais il n'y a pas de pratiques de la démocratie, ni à l'école, ni ailleurs. Il y a des habitudes acquises qui sont autant de mauvaises habitudes de démocratie.
Parmi les femmes, il y a autant de personnes qui ont une habitude de confiscation des pouvoirs que chez les hommes.
Les femmes ne sont pas plus démocrates que les hommes ; elles sont seulement dominées, donc elles voient mieux les formes de confiscation des pouvoirs. Il y a cependant aujourd'hui beaucoup de gens qui sont prêts à reconnaître que l'on ne peut pas laisser la situation en l'état et qu'il faut franchir une étape
On ne pourra pas travailler avec tout le monde, il y aura toujours peu de personnes qui seront parties prenantes car il y a déjà énormément qui sont déjà réfugiés "sous la couette des certitudes".

Et ce que l'on pose, c'est une démarche profondément insécuritaire par rapport aux "acquis".
S'il faut savoir prendre des risques, il ne faudrait peut-être pas poser la parité comme un risque ou un danger à prendre, mais plutôt une étape positive de la démocratie et dont les effets peuvent être vus comme du sang neuf pour renouveler des bases sclérosées.
Il faut s'autoriser à déployer toutes les formes d'intelligence qui ne sont pas reconnues dans la société actuelle.

Un exemple : la priorité de la tradition de l'écriture sur la tradition orale est ainsi une perversion des modes de reconnaissance de l'intelligence : ne pas savoir écrire ne signifie pas que l'on n'a rien à dire. Au contraire, parfois, c'est extrêmement édifiant. C'est une autre forme d'intelligence ; ce n'est pas parce que l'on n'a pas les modes et les codes sociaux dominants que l'on est un-e imbécile.

Ce qui est aussi important, aussi, c'est qu'au lieu de s'interroger toujours sur ce que nous sommes, il faut accepter de vivre ici et maintenant et ne pas rater ce que l'on est. Et dans ce que l'on est, peut être faut-il ré-insuffler un peu d'imaginaire dans notre recherche d'identité : savoir avoir des rapports à l'autre pour échanger, pour prendre nos propres distances. On est tous et toutes des "hybrides culturels en devenir ».

En tant que femmes et féministes, je crois que nous avons nos chances parce qu'il y a, dans cette crise, une toute petite fenêtre ouverte. Mais celle-ci peut se refermer très vite, en relation avec les forces - qui sont des sacrés pouvoirs - qui proposent un retour au passé. Il faut refuser qu'on nous oblige à reculer ; et je ne suis pas sûre que nous ayons toutes les protections possibles.
Seule notre action nous permettra de garder nos acquis et avancer ; c'est-à-dire qu'il nous faut forcément avancer pour ne pas reculer.

Marie-Victoire Louis

Le mot d'ordre actuel aux États-Unis est : "We won't go back".

Monique Minaca

C'est une obligation d'avancer. Et, au fond, nous n'avons pas le choix. Mais il faut nous dépêcher ; je suis personnellement dans l'urgence, parce que je ne crois pas que nous avons autant de temps que cela pour entreprendre.
Il y a dans le monde d'aujourd'hui des facteurs de régression terrifiants.
Je crois que nous pouvons nous autoriser le droit de revendiquer d'avoir une nouvelle pensée du monde.
Je ne sais pas si la recette du gâteau sera meilleure ; de toute façon la recette actuelle est très mauvaise, alors qu'on a mis des millénaires à la bâtir.
Mais on a le droit à la créativité, on a le droit de démarrer tout de suite, on a aussi le droit de la rater.
Ce qui me gêne le plus, c'est l'autocensure des femmes. "J'y vais, j'y vais pas ?"
Faut-il d'abord apprendre dans un livre à nager et puis se demander, si avec trois bouées, on flotte ? Non, il faut se jeter à l'eau et nager, et chaque jour, en faisant ses mouvements, on apprend très vite, de toute façon car, sinon, on se noie.

(Rires...)

J'estime que la parité, c'est quelque chose d'extrêmement important, en tant qu'étape. Ce n'est pas un "produit jetable", comme je l'ai entendu dire, une fois.

Éliane Viennot

J'ai essayé de me situer sur un plan un peu plus théorique, mais cela recoupe beaucoup de choses qui ont été dites et sur lesquelles je suis tout à fait d'accord.
Je voulais m'interroger sur la pertinence de la question : "La parité, pour quoi faire ?", sur les pièges que renferme cette question et sur les stratégies qui en découlent.

Concernant la pertinence de la question, elle est évidente.
Un objectif, pour qu'il se transforme en combat et en conquête, doit sembler désirable en termes de changements, à la fois concrets et symboliques. Et, en même temps, on ne sait pas quels changements seront induits par les modifications du système politique que nous visons.
C'est donc une situation inconfortable pour nous, bien qu'elle soit habituelle dans le champ politique.
Nul-le n'est visionnaire en politique : personne ne lit dans la boule de cristal.
Et cependant, je crois que nous sommes attendues sur ce terrain-là : "Que voulez-vous faire de la parité  ?" à la fois par nos adversaires et par nos allié-es.
Et on ne peut pas délaisser le terrain en disant : " On verra bien" ou : "On ne peut pas savoir ce qui se passera". Tout le monde sent bien qu'il ne s'agit pas d'une modification de degré, ce qu'auraient symbolisés les quotas. On sent bien qu'il s'agit, avec la parité, de changer la structure, la philosophie et même la nature du système politique.
Je dirais, à cet égard, que la parité suscite, depuis quelle est née, deux positions extrêmes. L'une qui dit que cela ne changera rien ou pas grand-chose ; c'est la position des adversaires de la démocratie représentative

Françoise Gaspard

Voire, qu'elle sera dangereuse...

Éliane Viennot

C'est la position des gauchistes ou assimilé-es - c'est aussi la position des anarchistes - selon laquelle quelques centaines de femmes en plus qui se partageront le gâteau avec le petit groupe d'hommes qui le monopolisent pour l'instant ne changeront pas grand-chose dans la vie de en général ; cela changera simplement que le groupe dominant sera mixte.

La deuxième position, c'est celle qui dit que la parité changera tout.

C'est la position - pas toujours affichée, car on n'ose pas - de beaucoup d'entre nous. C'est en tout cas la position de beaucoup de celles qui parlent et qui écrivent à l'heure actuelle sur la parité. Et d'une certaine manière, c'est normal, puisque derrière cette modification du système, nous en attendons des changements dans tous les domaines, y compris peut être, encore plus profonds, en dehors du strict domaine politique.

Les deux positions devraient être entendues et analysées sérieusement, car chacune appelle des réponses différentes et l'analyse de chacune pourrait nous permettre d'être plus précises en termes d' élaboration de stratégies.

En ce qui concerne la première position : "cela ne changera rien ou pire" - ce qui demande quand même beaucoup d'imagination - souvent exposée de manière sommaire ou caricaturale et souvent à contresens de ce que nous disons.

Françoise Gaspard

Ce n'est pas seulement que cela ne changera rien, dit-on, c'est que la parité aura des effets pervers. Ce qui est dit, c'est que le système politique étant ce qu'il est, les femmes qui seront élues ne seront pas nécessairement féministes et que, quand bien même elles le seraient, tout peut arriver.
Dès lors, des assemblées paritaires peuvent légitimer des politiques qui soient mauvaises pour les femmes, ce qui, au bout du compte, serait une catastrophe pour les femmes. Cela tuerait alors le féminisme.
Et c'est cette déclinaison des effets pervers que j'ai trouvé dans Les Cahiers du féminisme, dans les textes de Michèle Riot-Sarcey et d'Eléni Varikas.

Éliane Viennot

Je disais donc qu'il me semble que cette position doit cependant être entendue sur le fond. C'est-à-dire qu'il est possible que "le mouvement de modernité" dans lequel s'inscrivent les luttes des femmes aboutisse à un monde tout à fait inégalitaire, mais au sein duquel, l'inégalité serait égalitairement répartie entre les sexes.
C'est-à-dire qu'il y aurait autant d'hommes que de femmes parmi les exclu-es, parmi les dirigeant-es.

Il faut entendre cela, parce que le patriarcat et le capitalisme ne me semblent pas deux systèmes totalement imbriqués ; bien qu'ils le soient historiquement, ils peuvent se dissocier. Je ne pense pas qu'il soit de la nature du capitalisme d'être absolument patriarcal ; c'est son histoire, mais ce n'est pas sa nature.

Donc, le fait qu'il y ait des femmes qui soient incluses massivement dans les instances de décision, au niveau national, comme international, n'entraînera pas de facto un monde meilleur et plus juste. Sauf à penser que les femmes seraient meilleures que les hommes, ce qui reste à démontrer...

Par rapport à cela, je pense que cette position doit être combattue parce qu'elle ne tient pas compte de l'histoire ; notamment, quand nos camarades nous expliquent que les hommes peuvent très bien inclure autant de femmes que d'hommes dans les assemblées, sans que cela gêne profondément le système.
Il faut répondre que s'ils ne l'ont pas fait jusque-là, c'est qu'il y a sûrement des raisons ; il y a une histoire de cette exclusion qui est beaucoup plus lourde que ce qu'elles croient ou que ce qu'elles disent. C'est ne tenir compte ni des résistances, ni de ce qu'est une dynamique de lutte.

Peut-être que dans 50 ans ou dans 100 ans, quand on aura eu la parité, on verra que grosso modo les hommes et les femmes ont fait la même politique élitiste et ont laissé inchangée la domination de ceux et celles qui ne font pas partie des classes dominantes. Mais, dans les années à venir aura non seulement une dynamique pour obtenir la parité, mais la dynamique qui lui sera propre, une fois qu'elle sera obtenue.

Ceci étant, je crois que l'on doit assumer les limites de la parité en disant clairement qu'elle n'a pas pour objectif de réaliser l'égalité entre les êtres humains, mais entre les hommes et les femmes.
Ce qui suffit à légitimer la parité, mais ne suffit pas à satisfaire toutes celles et tous ceux aussi qui ont comme aspiration de changer le monde et dont nous faisons partie. Le combat pour la parité ne prendra pas la place des combats pour la justice et il ne faudrait surtout pas refuser l'un au nom de l'autre.

La deuxième position est, elle aussi, souvent exposée de manière sommaire, parce qu'elle fait partie des utopies et des rêves des femmes.
Mais on doit faire preuve, là aussi, de sang froid, d'autant plus qu'on se situe à l'intérieur de cette réflexion. Il semble quand même assez, qu'on tient, là, une idée, un outil qui est peut-être plus puissant que les autres pour convaincre et pour réaliser l'égalité.
Florence Montreynaud parlait de la fortune du mot, tout à l'heure ; ce n'est pas seulement le mot, mais l'idée qui a "fait tilt". Mais il faut se souvenir de l'histoire : les changements qu'attendaient nos grands-mères du droit de vote n'ont pas amené autant de choses qu'elles le pensaient.
D'autre part, il faut rester ferme sur le fait que ce n'est pas en raison des changements bénéfiques que nous en attendons que nous voulons que la parité se réalise. Si on laissait croire qu'on va tout s'améliorer grâce à la parité, ce serait semer de lourdes illusions et ce serait laisse croire que la parité est conditionnelle.
Ce qui signifierait qu'elle ne serait légitime que si elle améliore la situation, ce qui voudrait dire que si elle n'apporte pas d'effets positifs, on pourrait la supprimer.
Ceci dit, il faut assumer le fait que cela changera certainement beaucoup de choses et dans beaucoup de domaines, notamment ceux évoqués par Françoise Duriez.
Cela fait partie de notre travail de commencer à pointer tous les domaines qui pourraient être modifiés par cette mesure. Et, après viendra le débat sur la stratégie.
Est-ce qu'il faut dire tout ce que l'on sait ou tout ce que l'on pense est un autre débat.

Sur les changements que l'on peut attendre, j'irais très vite.

- Changements de personnel politique, c'est évident et tout de suite. Les conseils généraux, départementaux, les Chambres. Ce sont des milliers de gens nouveaux qui seraient amenés à s'occuper des tâches politiques.

- Changements aussi des politiques menées. Il n'est pas matérialiste de penser qu'un changement aussi massif dans le personnel politique donnerait exactement les mêmes politiques. À l'heure actuelle, si les intérêts des hommes politiques sont si bien défendus, c'est parce que ce sont des hommes qui prennent les décisions.

- Changement dans des rapports entre le corps électoral et les élu-es. Du fait même de l'introduction dans le débat politique de domaines qui aujourd'hui sont censés ne pas faire partie de la politique. Évoquer, par exemple, les problèmes liés aux gardes d'enfants qui reposent actuellement sur le travail des femmes et qui sont presque accessoirement discutés par le pouvoir politique changerait certainement des relations. Et cela pourrait répondre aux critiques sommaires mais réelles que l'on entend souvent : "Mais, enfin, ces gens-là ne s'occupent pas de nos problèmes"

- Changement d'exercice du pouvoir, à court et moyen terme. À la fois, en termes de manières - tout ce qui relève de l'archaïsme des combats politiques (combats de coqs, de chefs, composition de chefferies, etc…)
Pourquoi les négociations ont-elles lieu la nuit ? Ce qui signifie en outre, que ces gens -là n'ont pas de vie réelle.8On peut donner comme exemple positif celui des horaires du Parlement suédois qui viennent d'être changés du fait de l'entrée massive de femmes. On a aussi changé le protocole de travail pour que l'une des ministres enceinte puisse travailler chez elle.

-  Changements de modèles. Nos rares femmes politiques ne donnent pas souvent l'envie de les prendre comme modèles. Par ailleurs, le fait que l'on ne voit que des hommes dans les instances de pouvoir ne peut pas créer des vocations. L'incapacité dans laquelle les femmes se vautrent vient de ces modèles impossibles à trouver. Entre rien et Thatcher, on est 95 % à dire : "Non, rien, plutôt que cela" !

Le choix que nous faisons de nous concentrer sur la sphère politique a un but : celui de ne pas s'y enfermer. La symbolique, le centralité de cette sphère entraînerait, me semble t-il, des modifications de perceptions dans tous les autres domaines. Voir régulièrement à la télévision des assemblées paritaires rendrait extrêmement difficile la permanence, ailleurs, da la présence de femmes alibi.
Il y aurait donc un effet d'entraînement.

Je voulais finir sur la question des réactions face à ces changements.
On aura peut-être des réactions qu'on n'attendait pas et qu'on ne désirait pas. En politique, on aura des femmes devenant des adversaires d'autres femmes.
Pour celles-là, ce ne sera certainement pas très drôle et c'est pour cela qu'il faut y être massivement.

On aura aussi une réintroduction du sexe dans la politique.
Après la parenthèse masculiniste, on devrait avoir un retour à la normalité, c'est-à-dire la reconnaissance que la sphère politique, aussi, est sexuée, c'est-à-dire est aussi traversée par la différence sexuelle.
Ce qui était caché, va revenir au centre. Cela risque d'être intéressant…

Françoise Laborie

Tu veux dire bi-sexué, parce que sexuée, elle l'est fortement.

Éliane Viennot

Oui.
Dernière chose, quelles seront les conséquences dans la société. Cela va forcément induire des identités différentes, et donc des relations différentes entre les hommes et les femmes.
Cela va donc faire peur à beaucoup de gens.
Il est important de réfléchir au fait, qu'après la deuxième guerre mondiale, après l'obtention du droit de vote par femmes, en France, on a eu une période de régression idéologique avec la fois la mode du sadisme, la mode B.B et les femmes enfants.

Il faut analyser cela - comme ce qu'évoque Françoise Gaspard9 en parlant du voile islamique - pour comprendre comment les femmes tractent leur modernité.

Quel est le prix symbolique et réel, pour arriver à l'égalité ? Cela fait partie du débat sur les stratégies.

Florence Montreynaud

Nous pouvons déjà voir ces effets de nos yeux. Cela se passe dans les pays Nordiques. La situation dans le domaine économique et culturel est beaucoup moins bonne chez nous ; il y a beaucoup moins de femmes chefs d'entreprise en Norvège qu'en France.

Marie-Victoire Louis

On ne peut pas mettre sur le compte de l'effet de la parité - qui joue sur le long ou moyen terme - ce qui relève de la comparaison ponctuelle beaucoup plus  complexe des systèmes sociaux et politiques…

Florence Montreynaud

Je parle de l'effet d'entraînement ; je ne le vois pas en suède ou en Norvège dans le domaine économique. Et j'en conclus que, comme cela se passe couramment, quand les femmes entrent dans un lieu de pouvoir, le pouvoir s'en retire. Et le pouvoir actuellement, il est dans l'économique.

Marie-Victoire Louis

Je voudrais demander à Françoise Duriez quel lien elle établit entre la parité et les revendications politiques qu'elle a proposées ? Est-ce que quelqu'un-e d'autre qu'elle mais qui ne serait pas favorable à la parité n'aurait-elle pas pu les partager ?
Et je voudrais poser à Eliane Viennot une autre question : Que réponds -tu quand on te rétorque, le plus souvent pour invalider le principe de parité : " Oui, mais alors pourquoi pas autant d'ouvriers que de patrons...?  " C'est-à-dire pousser la logique démocratique de la revendication de parité jusqu'à ce que le principe de la représentation parlementaire - ou autre - soit au plus près de la structure socio-politique du pays. Personnellement, je réponds : " Eh bien tant mieux si cet effet d'entraînement de la parité hommes / femmes joue en faveur de cet élargissement du spectre de la représentativité démocratique". Mais je ne suis pas sûre de la validité de ce raisonnement, un peu primaire quand même.

En tout état de cause, il est clair que la revendication de parité est une véritable "boîte de Pandore" qui ouvre une critique radicale de la notion de représentation démocratique. Et que ceci est très positif.

Éliane Viennot

Je crois que cette question rejoint des questions de stratégie et de tactique. Ma position est, par ailleurs, de répondre que, premièrement, ce n'est pas pareil et que si le débat sur la parité - qui ne souffre pas de condition - permet de poser la question du déficit démocratique dans nos sociétés, tant mieux.

La campagne électorale actuelle est particulièrement frappante : si on ne propose pas de rupture réelle, alors les citoyen-nes vont vers ceux qui sont connus et qui leur proposent la même chose.
Demi-aventuriers, cela ne vaut rien. Comment mobiliser des gens pour proposer, dans les conditions de vie actuelle, deux heures de travail de moins ? C'est sans aucun doute ce qui explique le succès d'Arlette Laguiller.

Françoise Laborie

Je voudrais vous donner les résultats d'une enquête que nous avons menée au GEDISST (Groupe d'étude sur la division sociale et sexuelle du travail) 10. 56 % des associations disent qu'elles sont pour la parité et en attendent une meilleure représentation des femmes au plan politique des effets dans tous les domaines, bien sûr au premier chef ceux qui concernent actuellement directement les femmes, mais, pas uniquement, loin de là.

En ce qui me concerne, la seule conséquence dont je suis sûre qui concerne la parité, c'est qu'elle entraînera un changement dans les rapports entre les sexes. Et c'est fondamental.

Quant à ma position, elle évolue ; il y a des jours où je ne suis pas sûre que cela changerait grand-chose parce qu'autour de moi, l'exercice du pouvoir par les femmes me montre que cela ne change rien, si ce n'est que c'est pire…
(Rires.... )
Je vous le dis entre nous.

La question que je me pose est de comment on peut si vite oublier une position de dominées ? C'est comme la gauche au pouvoir, c'est pire que la droite.
De fait, c'est une des raisons pour laquelle je suis sensible aux arguments de mes copines du Gedisst qui sont globalement contre la parité et qui disent : "Tout cela, ça quelques bourgeoises au pouvoir, en plus". À quoi, je suis tentée de répondre : "Certes, la parité ne fera pas que la représentation des prolétaires et des dominé-es sera meilleure".

C'est vrai que je ne le crois pas.
La question qu'Éliane Viennot a bien posée, c'est celle de l'entraînement. Là, je n'ai pas de réponse.

Enfin, je voulais dire que je ne suis pas du tout d'accord avec Florence Montreynaud, quand elle dit que les femmes ont du pouvoir dans le domestique. Le chois du menu du repas, c'est ridicule, quand on sait qu'elles font tout ce boulot gratuitement. Elles sont, d'abord, exploitées. Alors, après, qu'elles aient quelques petites compensations...
Les sociologues du travail n'arrêtent pas de nous montrer à quel point les rapports entre les sexes dans ce domaine évoluent peu.

Florence Montreynaud

Je suis absolument d'accord sur ce point, sur la domination masculine la maison. Mais dans le symbolique, c'est autre chose. Et même si c'est pouvoir dérisoire, les femmes s'y accrochent. Et ce n'est pas parce que est dérisoire que ce n'est pas important dans le symbolique.

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Notes de bas de page
1 Cf. Annexe V.
2 C'est la lecture du livre de Michèle Le Doeuff, L'Étude et le rouet, qui m'avait fait penser à cette réflexion.
3 Louis M.-V. - "Ébauche d'analyse féministe du nouveau code pénal". -Projets Féministes. N° 3. Octobre 1994. p. 40 à 67.
4 Discours prononcé en juin 1990, à l'occasion duquel Mitterrand avait affirmé que la France continuerait à "aider" les pays africains, mais que cette aide serait modulée en fonction de l'avancée du processus démocratique (pluralisme des partis et élections).
5 Louis M.-V. - "Les Algériennes, la lutte". - Les Temps Modernes. Juillet 1982.
6 Louis M.-V. et Muller Martine. - "Les enlèvements d'enfants franco- maghrébins ou : l'intérêt des États contre le droit des personnes". - Les Temps Modernes 1984.
7Louis M.-V. et Dental Monique. - "De la médiation féministe entre les femmes et l'État ou : Du féminisme radical aux féministes responsables. L'aventure du bateau pour Alger." Documentation sur la recherche féministe. Canada. Vol. 17. N° 2. 1989.

8 Note de l'Editrice. Un autre hypothèse m'a été suggérée par un député réagissant par rapport à la suppression des séances de nuit à la Chambre : nombre d'entre eux n'auront plus de justifications à proposer à leurs compagnes - "légitimes" ou non - pour pouvoir mener une "autre "  vie…
9 Gaspard Françoise et Khosokhavar Farahd. - Le foulard et la République. Paris: Le Seuil, 1995.
10 "Évolution des droits des femmes. Analyses des discours et pratiques du mouvement associatif féminin". Enquête pour la préparation du rapport officiel de la France. IVème conférence mondiale sur les femmes. 20 juin 1994. p. 49.

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