Politiques publiques France
Le Sport
 Marie-Victoire Louis

"Le courage de ces pionnières n'est pas reconnu, y compris au ministère"1

Le Monde
28 / 29 mai 2000
(Propos recueillis par Bénédicte Mathieu)

date de rédaction : 28/05/2000
date de publication : 25/05/2000
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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- Elles sont sans doute plus nombreuses à être contraintes au silence, du fait de l'omerta qui règne dans le milieu sportif. Ce milieu est en outre pénétré de "valeurs" masculinistes fondées sur le mépris des femmes. L'homophobie et le sexisme - pour employer un euphémisme - font intégralement partie de la culture sportive, de son histoire, de ses codes, ses normes, ses valeurs.
Les sportives vécues comme des concurrentes sont alors perçues comme dérangeantes pour l'ordre masculin. Les agresser sexuellement, c'est montrer que les hommes doivent rester les seuls maîtres du jeu. Ces violences s'accroissent donc avec l'augmentation de la présence des femmes dans le sport.
Ce milieu masculin dans lequel en outre l'homosexualité est si présente, mais aussi si refoulée, est un milieu clos, très fermé sur le monde extérieur et très peu à même d'en accepter les critiques.

Dans le sport comme ailleurs, les femmes ne peuvent vivre qu'en acceptant les codes et les normes dominantes du milieu. Cela ne signifie pas qu'elles les acceptent. Et le prix très élevé que paient encore les sportives qui ont parlé est un signe pour toutes les autres ; : vous paierez votre parole du prix de violences, menaces, injures. Pendant des années. Sans évoquer la fin de leur carrière sportive. À qui peut -on demander, à 20 ans, de se faire hara-kiri ?

Le courage de ces pionnières n'est pas reconnu, y compris au ministère.
Cependant ce qui a changé - et c'est une révolution - c'est que la honte est dorénavant du côté des agresseurs.
Mais le ministère les protège encore : ils gardent le plus souvent leurs postes, leurs fonctions, leurs prérogatives. Quand ils ne sont pas promus.

Oui. Mais ces violences sont aussi exercées sur elles par des sportifs, leurs collègues. Sans parler des violences homosexuelles qui sont encore un plus grand tabou.
Concernant les entraîneurs, leur responsabilité est cependant plus grande du fait du pouvoir qui leur est confié sur des jeunes qui sont dans une situation de totale dépendance à leur égard. Leurs pouvoirs doivent donc être contrôlé et limité.

Ce principe est inacceptable. Parler de conciliation, c'est nier qu'une violence a eu lieu. Et que la victime a droit à la justice et à la réparation. C'est nier la fonction symbolique de la loi qui pose l'interdit. Il n'y a aucune exception sportive qui vaille : la règle de droit s'applique à tout le monde.

Les lois pénalisant le viol, les agressions sexuelles, le harcèlement sexuel - je l'espère, bientôt, le harcèlement moral, l'homophobie et le sexisme - doivent être mises en œuvre dans le sport comme ailleurs. Il n'y a aucune spécificité sportive en la matière.

Enfin, la ministre qui s'est positionné courageusement sur le dopage ne peut plus continuer à se taire sur les violences sexuelles. Son silence devient pesant et risque d'être interprété comme valant approbation. À moins que l'absence de tout projet de politique contre ces violences ne soit la reconnaissance de son impossibilité - faute de pouvoir nécessaire - de la mettre en œuvre.

Enfin, on ne peut pas affirmer vouloir "promouvoir les femmes dans le sport" - qui est son programme - sans changer les donnes qui les ont exclues pendant des siècles.

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Notes de bas de page
1 A la suite de l'article de Bénédicte Mathieu : "Les sportives victimes de violences sexuelles brisent le silence".

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