Egalité
 Marie-Victoire Louis

Bourdieu: Défense et illustration de la domination masculine 1

Les Temps Modernes
Sur la domination masculine: Réponses à Pierre Bourdieu2
Mai-juin-juillet 1999
N° 604. p. 325 à 358

date de rédaction : 12/03/1999
date de publication : 01/07/1999
mise en ligne : 16/10/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Le livre de Pierre Bourdieu : La domination masculine, publié en septembre 1998 fait suite et reprend un article paru, sous le même titre, dans Actes de la Recherche en 1990.3Comme beaucoup de ceux et celles qui l’ont lu, il m’a été très difficile d’en venir à bout et de comprendre ce que Bourdieu voulait dire.4Aussi, en donnant ma propre grille de lecture de ce livre, j’ai souhaité (aider à) voir plus clair dans ce livre, ce que Bourdieu n’a pas cru utile, ni nécessaire de (nous aider à) faire5. Je vais donc donner ma libre interprétation d’une pensée qui, avec une "virulence incroyable" 6, tout à la fois se cache et se dévoile,7 qui très souvent ne signifie rien 8 et que j’ai interprétée comme une défense et illustration de la domination masculine.

Bourdieu commence son livre en affirmant son étonnement que…" l’ordre du monde, tel qu’il est, ....(soit)grosso modo respecté.....; ou, plus surprenant encore,  que l’ordre établi, avec ses rapports de domination, ses droits et ses passe-droits, ses privilèges et ses injustices, se perpétue en définitive aussi facilement, mis à part quelques accidents historiques", (p.7). Si l’on peut accepter cette hypothèse de départ, on peut néanmoins s’étonner qu’il n’oppose que quelques "accidents historiques" à la perpétuation de l’ordre établi. Quelle place accorde-t-il donc aux révolutions, révoltes, résistances, luttes, grèves, sans évoquer les changements de modes de production ? Il est d’ailleurs significatif qu’il n’utilise aucun de ces termes, mais évoque exclusivement des modalités individuelles - et non pas sociales et politiques - des refus et de résistances : il évoque en effet les "transgressions ou subversions, délits et ‘ folies'". (Ibid.)
En outre, Bourdieu s’étonne, que nous tous et toutes " acceptions.... en définitive assez facilement...les conditions d’existence les plus intolérables .....qui apparaissent, dès lors, si souvent comme acceptables et même naturelles." Nous sommes donc amené-es dès le préambule de son livre - sans autre clarification conceptuelle - à accepter comme acquis ce qui relève d’une interprétation - d’une appréciation ? d’un jugement personnel ? - pour le moins fataliste, en tout état de cause, a-historique. Et qui, en outre, nie la personne humaine, la transformant en "une sorte de marionnette animée par une logique qui le  (/la) dépasse". 9
En outre, son "étonnement" a valeur de constat, voire de postulat : celui-ci n’est, en effet, ultérieurement ni questionné, ni donc remis en cause.

Bourdieu enchaîne alors sur la question de la " domination masculine" et pose, ici et là, des assertions qui, à tout le moins, posent problème. J’en ai relevé certaines.

- Alors que Bourdieu définissait dans son texte de 1990, la domination masculine comme " le paradigme (et souvent le modèle et l’enjeu) de toute domination" (p.30/31), dans ce livre, la domination masculine n’a plus statut que d’"exemple":  celle-ci s’inscrit en effet au sein même de son analyse générale concernant la reproduction de l’"ordre du monde", dont elle serait l’"exemple par excellence" (p.7). Dès lors, elle ne peut faire "système" et le patriarcat ne peut plus, en tant que tel, être l’objet d’ analyses. Pour reprendre Carole Pateman, dans un texte publié en 1988, " la théorie politique féministe perd (alors) son seul concept qui se réfère spécifiquement à l’assujettissement des femmes, qui isole la question des droits politiques que les hommes exercent du fait de leur sexe. Si le problème n’a pas de nom, le patriarcat peut alors aisément disparaître dans l’obscurité en s’intégrant au sein des catégories conventionnelles de l’analyse politique". 10

- Bourdieu considérant comme acquis la soumission des dominées (les femmes) aux dominants (les hommes) évacue toutes les luttes individuelles et collectives des femmes et des féministes et nie, de ce fait, leur apport à l’histoire, " feignant de ne pas voir que le travail de démocratie (et des sciences sociales antérieures) ont largement affaibli la ‘déférence’ des dominé (-e)s et légitimé la posture critique".11 Il écrit en effet: "On observe les contraintes externes s’abolissent et que les libertés formelles - droit de vote, droit à l’éducation, accès à toutes les professions, y compris politiques sont acquises... " 12(p.45) Cette phrase est sans ambiguïté : les femmes ne sont pas ici, pour lui, des sujets politiques.

- Celui-ci considère en outre que cette reproduction par les dominé-es de la domination serait un "paradoxe". (p.7) Ce qui signifie que cette opinion serait contraire à l’opinion commune13, alors qu’elle peut être aisément considérée comme une banalité. Cela laisse aussi entendre que cette question n’aurait pas été au coeur de toutes les réflexions et apports théoriques féministes. Tout au long de ma lecture du livre de Bourdieu, une interrogation de Marcelle Marini, posée dans les années 80 - dont je n’ai pu retrouver les références - me revenait en mémoire: "Qui se flatterait d’être épargnée par ce qui structure si profondément notre culture?"

- La domination masculine est définie par ce qu’elle produirait, à savoir" la soumission". Bourdieu la décrit, en effet, à la fois, comme "imposée  et subie".(p.7). En accouplant les deux termes, il neutralise, par la même, la domination. L’hypothèse d’une résistance des femmes à cette domination est, donc d’emblée, encore une fois évacuée, tandis que la responsabilité de la domination échappe aux dominants. Il écrit en effet: "La structure impose ses contraintes aux deux termes de la relation de domination, donc aux dominants eux mêmes qui peuvent en bénéficier tout en étant, selon Marx, ‘dominés par leur domination’ ". (p.76) Que Bourdieu utilise Marx pour légitimer la domination mérite d’être souligné. Là encore, cette phrase peut être interprétée comme une terrible régression de la pensée, laquelle peut ouvrir la voie à une formidable délégitimation de la contestation politique.

* Cette "domination/soumission" serait en outre "invisible pour ses victimes mêmes" (p.7). Ce qui signifie que les dominées (nous toutes) serions si profondément aliéné-es que nous ne serions même pas conscient-es de l’être.14

* Enfin, cette "domination-soumission" serait un "effet de la violence symbolique ", par ailleurs, qualifiée de "douce" et " insensible" et (s’exerçant) "pour l’essentiel par les voies purement symboliques de la communication et de la connaissance ou, à la limite, du sentiment." (p.7) Bourdieu procède ainsi, sans autre forme de procès et sans appel, à un déni de l’histoire meurtrière de la domination masculine.

Alors que la question de la définition de la "violence symbolique" semblait donc, dans le préambule, sinon réglée du moins clarifiée, Bourdieu croit cependant nécessaire, une trentaine de pages plus loin, (p.40) de revenir sur cette question et sur son affirmation.

La manière dont il procède mérite que l’on s’y arrête un instant. En effet, il utilise un procédé d’intimidation consistant à décrédibiliser, à discréditer ceux et celles qui seraient enclin-es à le critiquer, ou, plus simplement, qui aspirent à (mieux) comprendre ce concept de "violence symbolique". Ainsi, sans jamais citer personne, il commence par mettre "en garde", ceux et celles qui, selon lui, feraient les "contresens les plus grossiers" concernant son emploi du terme " symbolique ". D’emblée, il les accuse d’avoir une " interprétation plus ou moins (sic) réductrice de l’adjectif symbolique". Le fait que nous soyons nombreux et nombreuses à être renvoyé-es à nos erreurs - Bourdieu considère que ces contresens " sont communément commis" (ibid.) - ne rend pas pour autant notre statut plus enviable. Et ce d’autant plus qu’il nous informe qu’il a déjà clarifié cette question.15 Il nous renvoie alors, à l’un de ses textes publié, en 1977, dans les Annales, intitulé: "Sur le pouvoir symbolique" 16 Nous sommes alors pris en défaut de connaissance. Tandis qu’au moment même où il pointe ce qui serait notre erreur, il s’affirme, pour sa part, modeste et critique. C’est "dans un sens qu’il croit rigoureux" qu’il a rédigé cet article, dont il ne croit pas, pour autant, bon de nous rappeler la substantifique moelle tout en reconnaissant que ce texte est "certes, déjà ancien". Mais, faute avouée n’est-elle pas à moitié pardonnée?
Poursuivons ses accusations, puisque, dorénavant, nous sommes coupables ? Là, Bourdieu construit lui-même une opposition conceptuelle, binaire, simpliste17 qui serait erronée : "Prenant ’symbolique’ dans un de ses sens les plus communs", " on, (qui?) suppose parfois que mettre l’accent sur la violence symbolique, c’est minimiser le rôle de la violence physique et (faire) oublier qu’il y a des femmes battues, violées, exploitées, ou pis, de vouloir disculper les hommes de cette forme de violence". Inqui-ètes d’être accusé-es d’un tel délit, nous attendons alors la "bonne" interprétation. Et force est de constater que nous devons le croire sur parole: "Ce n’est pas du tout le cas, évidemment", écrit-il. Et nous voilà alors accusé-es de procéder à "une distinction naïve, propre à un matérialisme primaire" sur les fondements d’un raisonnement qu’il a lui-même construit . Nous recevons alors l’estocade finale . Pour clore le débat et le "raisonnement", il nous rappelle alors son projet intellectuel, qui, placé là, peut être aisément interprété comme un moyen de nous écraser par l’ampleur de son ambition. Il nous informe qu’il travaille " à construire, depuis plusieurs années...la théorie matérialiste de l’économie des biens symboliques, en faisant sa place dans la théorie à l’objectivité de l’expérience subjective des relations de domination".(p.40)

Quoi qu’il en soit, dans un livre publié en 1999, concernant son concept majeur, Bourdieu prend comme référence un article publié, il y a plus de vingt ans, c’est-à-dire avant l’explosion des recherches féministes sur la question des violences masculines à l’encontre des femmes. Dès lors, il évacue tous les questionnements féministes contemporains qui pourraient enrichir, nuancer ou invalider sa définition des "violences symboliques". Une explication de ce recours aux arguments d’autorité que Bourdieu nous donne ainsi, si aisément à voir, nous est fournie à la page suivante. (p.41) Il nous explique en effet que " la violence symbolique s’institue par l’intermédiaire de l’adhésion que le dominé ne peut pas ne pas accorder au dominant (donc à la domination) lorsqu’il ne dispose pour le penser et pour se penser ou mieux pour penser sa relation avec lui que d’instruments de connaissance qu’il a en commun avec lui et qui, n’étant que la forme incorporée de la relation de domination, font apparaître cette domination comme naturelle... ». (p.41) On comprend alors les effets d’attaques/camouflages auxquels Bourdieu a procédé: la violence symbolique peut d’autant moins être définie, ni explicitée en relation avec " la violence réelle, effective" (p.40) qu’elle est annihilée au moment même où elle s’exerce, du fait de l’incapacité des victimes à la penser et donc à la voir. Dès lors, quoi que nous aspirions à faire, quoi que nous fassions, nous n’y pouvons mais : dominé-es nous sommes, dominé-es nous resterons: "Les passions de l’habitus dominé ..ne sont pas de celles que l’on peut suspendre par un simple effort de volonté, fondé sur une prise de conscience libératrice. S’il est tout à fait illusoire de croire que la violence symbolique peut être vaincue par les seules armes de la conscience et de la volonté, c’est que les effets et les conditions de son efficacité sont durablement inscrits au plus intime des corps sous forme de dispositions". (p.45)
C’est ainsi que Bourdieu propose aux femmes, à la veille du XXI ème siècle, comme horizon politique, non plus "notre corps nous appartient", mais " notre corps est notre destin".  

Bourdieu évoquant, par ailleurs, après les avoir opposées, indistinctement " la violence physique ou 18symbolique exercée sur elles par les hommes" (p.38) et "la violence physique et symbolique" (p.41), j’ai alors souhaité en savoir plus sur son analyse de ce qu’il appelle "les violences physiques". (p.40)
Force est bien de constater que le vocabulaire qu’il utilise reprend, sans critique, la plus classique terminologie patriarcale. Il parle en effet "des femmes battues, violées, exploitées", sans même évoquer les hommes qui frappent, agressent et violent et exploitent. Il interdit alors , par la même, toute pensée des relations de pouvoirs entre les sexes - et donc de la relation de domination - qui, seules, donnent sens à ces violences. Il peut alors évacuer les apports théoriques et politiques majeurs des féministes à travers le monde, depuis une vingtaine d’années, qui est d’avoir posé :
- la question de ces violences autrefois enfermées - et légitimées - dans la sphère dite du "privé" et de l’avoir pensée du point de vue des victimes;
- la responsabilité individuelle et politique, des auteurs de cette violence. Et d‘avoir obtenu que l’Etat les pénalise.
En outre, sans autre clarification théorique, mettre au même niveau conceptuel le terme d’" exploitation" - avec la question des "femmes battues et violées" peut être interprété comme une relégitimation du concept marxiste d’ "exploitation" pour penser la domination masculine. Car Bourdieu ne peut pas ne pas savoir que c’est justement la critique féministe de ce concept qui permit les ruptures et les apports les plus marquants.
Mais allons plus avant dans l’analyse de ses présupposés et comme de leurs conséquences.  

- Concernant les violences exercées par les hommes sur les femmes dans une relation de couple, dans la structure familiale, Bourdieu évoque, une fois, sans plus s’y attarder, " les femmes battues" et ne fait donc aucune référence aux femmes torturées par leurs conjoints19. Il emploie pourtant le terme de "tortures" qu’il définit comme les " humiliations sexuelles, plaisanteries sur la virilité, accusations d’homosexualité", lorsqu’il évoque celles qui "sont délibérément organisées en vue de féminiser les hommes". (p. 28)
Quant aux femmes assassinées , il n’en est pas non plus fait état et ce alors qu’une simple lecture de la presse nous fournit quotidiennement matière à voir les effets de la domination masculine. A titre d’"exemple", dans la seule semaine des "fêtes" de fin d’année, en 1998, en France, trois hommes ont assassiné, deux à bout portant, leurs épouses/compagnes. L’un d’entre eux, avant de l’abattre, avait préalablement tué, à coups de fusil de chasse, leur enfant de 4 ans. Dans la fusillade, le nouveau compagnon de son ex-femme et une vieille dame ont été gravement blessés. Deux de ces hommes se sont ensuite donné la mort.20
Il est d'ailleurs intéressant de noter que Bourdieu, sur la question pourtant essentielle du statut de la domination masculine au sein du couple, donne deux interprétations différentes. Il écrit en effet page 10: "S’il est vrai que le principe de la perpétuation de ce rapport de domination ne réside pas véritablement, ou en tous cas principalement, dans un des lieux les plus visibles de son exercice, c’est à dire au sein de l’unité domestique... ". Tandis que, page 124, il évoque: " ...l’unité domestique  (comme) l’un  des lieux où la domination masculine se manifeste de la plus indiscutable et violente  (et pas seulement à travers le recours à la violence physique)"....

- Concernant les violences sexuelles, Bourdieu se contente de citer, en note, deux livres de Diana Russel21, en illustration de "l’analyse" suivante: " Les garçons sont inclinés à compartimenter la sexualité, conçue comme un acte agressif et surtout physique de conquête orienté vers la pénétration et l’orgasme".(p.26) Le viol est par ailleurs décrit comme une "pratique" et assimilé (en moins "bien", car prolétarisé) à la prostitution. Il évoque en effet " des pratiques comme certains viols collectifs de bandes d’adolescents - variante déclassée de la visite (sic)collective au bordel, si présente dans les mémoires d’adolescents bourgeois." .(p. 58)
Rien n’est dit sur la signification du viol et de la prostitution comme légitimation de l’"accès public" des hommes aux sexes des femmes. Rien n’est dit sur la force physique mise en oeuvre, sur les violences, abus d’autorité, menaces, manœuvres . Rien n’est dit sur la responsabilité des hommes, ni sur les - rares - solidarités masculines affirmées et mises en oeuvre. Rien n’est dit sur la souffrance des femmes. Rien n’est dit sur leurs luttes et leur soif de justice. Rien n’est dit sur leur peur des hommes.
Un exemple particulièrement significatif de cette occultation de la prise en compte de l’analyse des violences masculines nous est donné lorsque celui-ci interprète les modalités d’"examen vaginal par un médecin mâle". (p.22). Celui-ci n’évoque même pas le fait que cet examen, tel qu’il le décrit, pourrait (aussi) tenir compte du respect de la dignité des femmes, comme de la prise en compte par le "corps médical" des violences sexuelles exercées par des médecins sur leurs patientes.22

- Nulle part les mutilations sexuelles, qui sont le signe le plus violent et le plus manifeste de la domination masculine puisqu’elles l’inscrivent physiquement, dans la chair, dans le sexe même des femmes, ne sont même évoquées. Or, ces tortures sont infligées, au nom d’une certaine conception de la sexualité masculine, à plus de 130 millions de femmes dans le monde, selon les dernières estimations. Or, la lutte contre ces crimes commis sur de toute petites filles dont la vie n’est souvent plus que souffrances et manques, est l’un des acquis les plus importants de luttes féministes et l’une des manifestations les plus fructueuses de la solidarité politique internationale des femmes. En effet, des femmes vivant dans des pays ayant des interêts économiques et politiques opposés (dominants et dominés) ont pu poser et résoudre, partiellement, ces contradictions pour, malgré tout, unir leurs forces.

- Concernant la prostitution, ce qu’il en dit est puisé dans son interprétation de la société Kabyle 23:"C’est évidemment parce que le vagin continue à être constitué en fétiche et traité comme sacré, secret et tabou, que le commerce du sexe reste stigmatisé tant dans la conscience commune que dans la lettre du droit qui excluent que les femmes puissent choisir de s’adonner à la prostitution comme un travail 24". (p.22) Il suffirait alors de le déstigmatiser - comment ? pourquoi? - pour qu’enfin le commerce du sexe, en d’autres termes, le proxénétisme, soit légitimé. En une phrase, Bourdieu s’inscrit ainsi dans le camp de ceux et celles qui considèrent que la vente des corps et des sexes peut et doit être considérée comme étant de la  même nature que la vente la force de travail et reconnue comme activité marchande légitime. Il cite d’ailleurs comme référence Gail Pheterson qui est la principale théoricienne, en France, de la légitimation de la prostitution et du proxénétisme. En tout état de cause, son opposition au néo-libéralisme montre ici ses limites - qu’à sa décharge, il n’est pas seul à partager à gauche 25 et à l’extrême gauche - dues à ses postulats patriarcaux. Dès lors, il ne remet pas en cause le fait qu’à travers le monde, des millions de personnes, hommes, femmes adultes, adolescent-es et enfants des deux sexes n’aient quasiment d’autre horizon de vie que d’être pénétré-es dans le sexe, l’anus ou la bouche par des sexes d’hommes et/ou de les masturber, tandis que d’autres "cas de figures" s’avèrent encore plus dramatiques.

- Concernant le harcèlement sexuel, à deux reprises, Bourdieu y fait référence.
D’une part, pour affirmer (p.87) que "‘le sexual harassment’ a été sans doute sous-estimé par les dénonciations les plus radicales". Ce qui est par ailleurs erroné : en effet, ce sont justement les féministes dites "radicales" qui ont pensé ce concept et qui ont pris en charge la mise en oeuvre juridique et politique des législations qu’elles avaient initiées. D’autre part , pour affirmer que le harcèlement n’a pas " toujours pour fin la possession sexuelle. Il arrive qu’ il vise la possession tout court ,affirmation pure de la domination à l’état pur ". (p.27) Ce qui pourrait signifier que la "possession sexuelle" serait de nature différente que " la possession tout court". Et il cite, alors, pour appuyer la validité de son apport à l’analyse du harcèlement sexuel, non pas les textes fondateurs de Catharine A. Mac Kinnon, ni ceux des féministes françaises en la matière, mais un passage de la Misère du monde26. Je m'y suis alors référé.

Voici, ce que dit, dans ce livre, Corinne, secrétaire, du comportement de son patron et sur la manière dont elle vécu et analysé cette violence: Ça a été l’horreur..Ca a été très dur...J’ai subi les assauts de cet homme...Je ne voulais pas coucher avec lui...ça s’est traduit par des masses de travail énormes. .. c’était une angoisse tous les jours. Je vivais dans une angoisse épouvantable. ..Il couchait avec tout le monde. Ça, c’était la règle...Il y avait toujours cette agressivité à mon égard. Je faisais mon chemin de Damas. Mais c’était affreux. C’était continuel...Pour s’imposer il avait besoin de coucher avec.... c’était épouvantable...Jusqu’au bout, il a été crasseux avec moi...les gens qui n’ont jamais travaillé dans les PME ne peuvent pas savoir combien un employé peut être tributaire de son chef hiérarchique.. Vous dépendez carrément de lui. Si la personne est correcte, ça va. Sinon, c’est l’enfer.. Il était maître après Dieu. ..Je ne voulais pas accepter, c’était quelque chose d’atroce...Une employée, je l’ai vu pratiquement lui taper dessus. Il ne pouvait pas tolérer qu’on puisse partir du travail et rentrer chez soi rapidement. ..Il y en avait qui étaient maltraités, horrible, horrible...Il venait, si votre bureau était mal rangé, il vous foutait tout par terre...ça vous marque à vie…Ça vous rend un peu méchant, méfiant..."  

Et voici, en regard, ce que l’on peut lire dans la présentation faite dans La Misère du monde 27 de cet interview: "Pour Corinne, comme pour Roger G (le patron), partis tous deux sans véritable formation, tout se paie, il faut ' se battre' pour réussir. Parler de harcèlement sexuel, comme ' les petites secrétaires' serait une échappatoire trop facile, une manière de renier ses compétences et sa dignité. Elle ne se plaint pas, ne cherche pas vengeance ; elle réclame un peu de justice pour sa bonne volonté à jouer, elle aussi, le jeu de la réussite. ‘Je n’ai pas beaucoup de passion en dehors’ dit-elle pour expliquer son acharnement au travail et justifier le peu d’attention qu’elle accordait à sa vie privée. Et, en dépit des blessures petites et grandes, ou peut-être à cause d’elles, la vie au bureau lui apportait les émotions ou les événements les plus vivement ressentis, la peur, l’humiliation, mais aussi le goût de l’action et du succès et cette dépendance ambivalente à l’égard de Roger G. qui la plongeait chaque soir dans un agenda surchargé; auprès de tout cela, le rôle qui était le sien dans la vie ‘du dehors’, trop prévisible, lui semblait fade, même un peu ‘tristounet’. Elle avait vite reconnu chez Roger G. cette même attirance pour l’action, qui était à la mesure d’une virilité expansive et un sens de l’honneur toujours en alerte. Comme il achetait, les unes après les autres, des entreprises en faillite, il s’emparait des hommes et des femmes, puis leur imposait sa volonté et sa puissance d’homme et de patron. Toutes les femmes ‘devaient y passer  28, de la manière la plus ordinaire, mais chacune suivant son rang....Corinne n’était pas dupe et savait que, par delà l’objet apparent, l’amour n’intéressait pas Roger G. et qu’il cherchait à satisfaire un désir de possession plus totale et impossible à combler." (p.384,385)

- Quant à la pornographie, Bourdieu n’en parle pas et ne prend donc position sur aucun des débats, pourtant si politiquement fondamentaux , concernant sa signification. Pas plus qu’il n’évoque la question du fémicide dont la théoricienne est Diana Russel qu’il cite pourtant29.

- Que dire enfin d’un livre sur la domination masculine qui n’évoque même pas les bouleversements conceptuels et politiques imposés par l’introduction de la question des violences masculines contre les femmes chez les juristes, les politologues ? Et sans rappeler les nombreux débats concernant les critiques féministes du concept de "droits de l’homme"?

De fait, Bourdieu ne fait pas de place dans son analyse à ces violences "non symboliques" : Et, lorsqu’il parle des " expériences spécifiques qui rapprochent" (les femmes entre elles, par delà les classes sociales) et invoque " cet infiniment petit (sic) de la domination que sont les blessures infligées par l’ordre masculin", il les qualifie de "subliminales". (p.101)

Pour Bourdieu, il existe deux idéaux-types de femmes: les femmes Kabyles qu’il a "étudiés ...du dehors et avec beaucoup de sympathie", selon sa propre expression dans Télérama30et Madame Ramsay, un personnage de fiction issue d’un roman de Virginia Woolf. Quant au problème méthodologique de pouvoir comparer ethnologie et fiction, il est "réglé" par la critique préventive d’éventuel-les critiques, ici accusé-es d’avoir une "vision simpliste de la littérature". (p. 76)
Quoi qu’il en soit de sa méthodologie, Bourdieu ne nous présente que deux modalités de la soumission des femmes aux hommes ; l’une, générique, qui serait incarnée par les femmes kabyles, construites comme symbole éternel du sexe irrémédiablement dominé, et l’autre incarnée par une grande bourgeoise aimante et respectueuse de l’autorité de son mari, selon l’interprétation qu’il donne de la Promenade au Phare.

La vision du monde des femmes kabyles, toutes origines, classes, générations, statuts matrimoniaux confondus n’a pas, pour lui, semble-t-il, changé depuis ses derniers voyages en Algérie . Rappelons que la première édition de Sociologie de l’Algérie date de 1958 et celle du Déracinement de 1964 (dernière édition: 1977). En effet, lorsqu’il écrit, dans Télérama, qu’il a étudié "longuement naguère" la Kabylie, il confirme qu’il n’a pas cru nécessaire de retourner sur son terrain d’enquête. Faut-il rappeler que, depuis ces années, les femmes kabyles (qui sont aussi algériennes) ont participé - lorsqu’elles n’en ont pas été à l’origine - à toutes les luttes de femmes contre le code de la famille, à toutes les associations féministes algériennes, aux résistances, manifestations, initiatives de toutes sortes contre les violences perpétrées au nom et sous couvert de l’Islam et contre les violences étatiques? Faut-il rappeler que nombre d’entre elles ont payé de leur vie leurs engagements? De tout cela, il n’est pas fait état dans son livre31. La Kabylie de Bourdieu est éternelle. En outre, elle est universelle. En effet, à aucun moment de son analyse, il ne croit bon d’évoquer certaines explications historiques, sociologiques, culturelles, religieuses qui pourraient rendre son analyse plus nuancée et plus contemporaine. Et ce, alors que lui-même et nombre de sociologues ont interviewé, "sous sa direction", pendant trois ans, des dizaines d’hommes et de femmes vivant en France32, Bourdieu n’a-t-il pas instrumentalisé les femmes kabyles parce qu’il n’a pas osé porter une appréciation sur les Françaises? La question peut être posée.

En tout état de cause, pour Bourdieu, les femmes (kabyles) n’ont ni intelligence, ni pouvoir, ni alternative, ni révolte, ni avenir. Qu’on en juge:
" Les femmes elles-mêmes appliquent à toute réalité, et en particulier aux relations de pouvoir dans lesquelles elles sont prises, des schèmes de pensée qui sont le produit de l’incorporation de ces relations de pouvoir"..(p.38). Elles sont (donc) "préparées à accepter comme évidentes, naturelles et allant de soi des prescriptions et des proscriptions arbitraires" (p.63)." Vouées à la résignation et à la discrétion, elles ne peuvent exercer quelque pouvoir".(p.37). Certes, elles peuvent "retourner contre le fort sa propre force". Mais cette contre-violence - qui n’est pas analysée comme étant (souvent) l’exercice d’une légitime défense - est elle-même requalifiée et définie comme "douce, presque invisible". Et, là encore , infra-politique, même pas subversive (p.38). Bourdieu évoque en effet comme forme d’expression de la mise en oeuvre de " la force" des femmes, "la magie, la ruse, le mensonge ou la passivité (dans l’acte sexuel, notamment)" . Même les nuances qu’il apporte à son ‘constat’ les enferment encore un peu plus dans leur impuissance : elles ne peuvent en effet qu’" accepter de s’effacer". Ce que Bourdieu analyse comme étant l’expression d’un pouvoir des femmes qu’elles ne peuvent exercer " que par procuration (en éminences grises)".(p.38) Et Bourdieu, à l’appui de son ‘analyse’ utilise, pour ce faire, une appréciation - qu’il qualifie de "loi" - de Lucien Bianco à propos des résistances paysannes en Chine selon lequel: "les armes du faible sont toujours de faibles armes" .(p.38) Dès lors, "quoi qu’elles fassent, les femmes sont ainsi condamnées à apporter la preuve de leur malignité". (p.38) En outre, non seulement les stratégies... "qu’elles emploient contre les hommes restent dominées" (p.38), mais les femmes kabyles aggravent leur situation en donnant " des confirmations à la représentation dominante comme êtres maléfiques".. Les femme "ne peuvent (donc) devenir que ce qu’elles sont, confirmant ainsi, et d’abord à leurs propres yeux, qu’elles sont naturellement vouées au bas, au tordu, au mesquin, au futile etc..". (p.36) Aussi, renoncent-elles d’elles-mêmes à toute affirmation d’elles mêmes: " La femme qui, en Kabylie, se tient à l’écart des lieux publics, doit en quelque sorte renoncer à faire un usage public de son regard et de sa parole (le seul mot qui convienne est : je ne sais pas), antithèse de la parole virile qui est affirmation décisive et tranchée, en même temps que réfléchie et mesurée ". (p.23)
La boucle est bouclée, la thèse de Bourdieu, et par là même la domination masculine, n’est pas seulement reconnue, elle est confortée: "La vision androcentrique est ainsi continûment légitimée par les pratiques mêmes qu’elle détermine". (p.38) Les hommes dominent , les femmes sont dominées: quoi qu’elles fassent, l’" ordre établi" est conforté. Et que Bourdieu affirme qu’il considère ce constat comme "tragique " (p.31) ne lui enlève pas son caractère inéluctable.  
Enfin, il n’est pas anodin de rappeler que, dans la mesure où il considère la Kabylie comme le paradigme de toute domination masculine - son chapitre sur la Kabylie  s’intitule: "Une image grossie" - il est légitime d’étendre à toutes les femmes ce qu’il présente comme pertinent pour la Kabylie.

Dernier point, concernant la Kabylie de Bourdieu. On pourrait se demander pourquoi " le problème du rapport entre les sexes ne pourrait, selon lui, s’analyser que par un recours réflexif sur soi-même" et pourquoi il n’en serait pas de même pour la question des rapports (ex-) coloniaux. D’autant, qu’ici, le concernant, ces rapports se cumulent.

Bourdieu nous présente Mrs Ramsay, comme une grande bourgeoise, "raffinée", à l’image de Virginia Woolf (p.41).
Voici quelques éléments de description de son interprétation de ses rapports avec son mari qui focalisent l’essentiel de son analyse du roman. Confrontée à une situation où elle l’aurait "pris en flagrant délit d’enfantillage" (p.77), elle sait "comprendre la situation embarrassante...de son mari" (p.83) sans avoir le mauvais goût de le prendre en défaut. Plus encore , elle sait, avec délicatesse, faire passer ses intérêts après les siens; le" ménager continûment" (p.84); (prendre) " soin de dissimuler sa clairvoyance...pour protéger la dignité de son mari" (p.84; l’accueillir, sans rien dire, lorsqu’il viendra "solliciter sa compassion". (p.83). Elle saura alors " exprimer la compassion maternelle qui (est) statutairement assignée aux femmes". Car, selon Bourdieu, Madame Ramsay " doit à sa condition de femme"...  " son extraordinaire perspicacité". (p.85) Du fait de son sexe, elle est en effet, "étrangère aux jeux masculins et à l’exaltation obsessionnelle du moi et des  pulsions sociales qu’ils imposent".

Mais on peut avoir une autre interprétation de Mrs Ramsay, telle qu’analysée par Virginia Woolf. Pour ma part, j’ai lu ce livre comme un roman qui pose, avec d’infinies nuances, la question qui est au coeur des mécanismes de reproduction par les femmes de la domination masculine, à savoir celle de leur liberté34.

Voici ce que dit (aussi) Mrs Ramsay de son mari, après qu’il l’eut rabrouée: " Poursuivre la vérité avec un manque de considération aussi surprenant pour les sentiments d’autrui, déchirer les voiles légers de la civilisation avec tant de malice et de brutalité représentait pour Mrs Ramsay un si affreux attentat contre le respect humain que, sans répliquer, et prenant l’attitude d’une personne étourdie et aveuglée, elle inclina la tête, comme pour laisser passer l’avalanche de grêlons tranchants, la trombe d’eau sale l’assaillir sans qu’elle y opposât de résistance. Il n’y avait rien à dire". (p.48) Plus loin, Virginia Woolf nous montre Mrs Ramsay refusant d’accepter comme acquis les jugements de son mari. Alors que Bourdieu écrit que "les paroles (de Mr Ramsay) sont des verdicts" (p.77), on peut lire:  "Elle se dit (pensant à un de leur fils): " Il ne sera jamais aussi heureux que maintenant, mais elle s’arrêta, car elle se rappela que son mari s’irritait lorsqu’elle parlait ainsi. Et pourtant, c’était vrai." (p.77) Et cette femme qu’il nous avait décrite comme une femme au mieux "perspicace" et " étrangère aux jeux masculins" (p. 85) n’a pourtant pas renoncé, après avoir élevé huit enfants35, à mettre en oeuvre d’ambitieux projets. Mrs Ramsay, considérant comme " honteux" qu’il n’y ait pas d’hôpital dans l’île et refusant que le lait distribué soit "noir de saleté ", aurait " aimé réaliser".. ."une laiterie modèle et un hôpital...Mais comment? Avec tous ses enfants? Lorsqu’ils seraient plus grands, alors peut être aurait-elle le temps; lorsqu’ils seraient tous en pension". (p.76)
En outre, Bourdieu en focalisant son attention sur la relation de Mrs Ramsay à son mari - alors qu’elle-même évoquait la" force avec laquelle elle pouvait influencer les gens" (p.79) - l’enferme dans un rôle d’épouse amoureuse et aliénée. Dès lors, l’aura de Mrs Ramsay (qui emprunte nombre de traits à la mère de Virginia Woolf) qui est aussi au coeur de ce livre n’est pas prise en compte. "Ce phare, on le suppose bien, ce n’est pas seulement l’effort que poursuit isolément chacun des personnages pour ‘effacer les plis de quelques chose qu’on lui avait donné tout plié il y a des années’, c’est entre eux la présence unifiante de Mrs Ramsay les rassemblant tous dans sa tendresse inquiète". 36Enfin , l’auteure accorde une place importante à Lily, une amie célibataire du couple: "C’était une petite créature indépendante et Mrs Ramsay l’aimait à cause de cela" (p.32) peut-on lire. Aussi, le jugement que Lily donne de Mr Ramsay, "n’ayant aucune grandeur...mesquin, égoïste, vain, incapable de sortir de lui-même…un tyran..(usant) Mrs Ramsay jusqu’à la corde" n’est pas contingent.(p. 40/41) Pas plus d’ailleurs ne doit être considéré comme secondaire que Virginia Woolf achève son roman par l’évocation de la liberté enfin conquise de Lily.

Là encore, comme pour les femmes Kabyles, Bourdieu, sans justification, ni transition, au vu de son interprétation toute personnelle d’un roman assène des ‘constats’ qui prennent valeur et statut de vérité. En voici, parmi d’autres, un exemple particulièrement révélateur: "En fait, les femmes sont rarement assez libres de toute dépendance... Toute leur éducation les prépare à entrer dans le jeu par procuration, c’est-à-dire dans une position à la fois extérieure et subordonnée et à accorder au souci masculin, comme Mrs Ramsay, une sorte d’attention attendrie et de compréhension confiante, génératrice aussi d’un certain sentiment de sécurité. Exclues des jeux du pouvoir, elles sont préparées à y participer par l’intermédiaire des hommes qui y sont engagés, (car) la socialisation différentielle disposant les hommes à aimer les jeux du pouvoir et les femmes à aimer les hommes qui le jouent". (p.86)

Michelle Perrot dans sa critique du livre parue dans Libération,37 rappelle justement que Bourdieu s’inscrit dans une tradition déjà longue au Collège de France en matière d’analyse des rapports de sexe. Or, Bourdieu ne cite pas Françoise Héritier38, cite une fois Paul Veyne (p.27), une fois, en note, Georges Duby et Michelle Perrot39 à propos de l’Histoire des femmes. 40Et le jugement qu’il porte, en deux lignes, en note, sur ces cinq tomes rédigés par des dizaines d’ auteure-s, est si ambigu qu’il est impossible de savoir si ce jugement est positif ou non.
De fait, la suite du raisonnement montre qu’il est négatif.

Si Michel Foucault est cité à trois reprises, les références que Bourdieu fait à son illustre prédécesseur méritent que l’on s’y arrête. On y relève tout d’abord une critique qui peut être analysée comme une forme de disqualification: il lui est reproché d’avoir ignoré dans son travail sur l’histoire de la sexualité les grands auteurs et philosophes grecs ayant précédé Platon. Il est alors pris comme illustration du travail de ceux qui construisent des "mythes savants impliquant des omissions, des désinformations et les réinterprétations" de l’histoire. (p.13) Ailleurs, Bourdieu (en note), résume son apport de manière plus que simpliste: "Michel Foucault a bien vu le lien entre la sexualité et le pouvoir (masculin), notamment dans l’éthique Grecque qui, faite par des hommes pour des hommes, porte à concevoir ‘tout rapport sexuel selon le schéma de la pénétration et de la domination mâle". 41 Et enfin, tout en utilisant son oeuvre pour conforter l’interprétation de Bourdieu sur la manière dont "la distinction fondamentale entre le masculin et le féminin....s’exprime ". (p.112), il affirme s’inscrire dans la lignée de Foucault pour " réhistoriciser la sexualité contre la naturalisation psychanalytique" et faire "une généalogie de l’homme occidental en tant que ‘sujet de désir ’ " (p.110)

Qu’en est-il alors des recherches féministes42? Parmi les sociologues féministes françaises, très rapidement évoquées, Bourdieu ne fait qu’exceptionnellement référence à leurs apports théoriques. Ainsi, les analyses de Danielle Kergoat sur la division sexuelle du travail ne sont pas citées ; il ne se réfère, en note, qu’à son travail sur les infirmières ," à titre d’exemple", pour évoquer l’émergence des "coordinations". 43(note 17, p.96). Il en est de même pour celles de Margaret Maruani sur la sexuation du fonctionnement du marché du travail44, alors que le travail plus historique qu’elle a effectué avec Chantal Nicole sur les luttes des clavistes est cité. Et lorsqu’il fait référence à certains de ses textes (anciens), c’est pour appuyer ses propres analyses sur " le maintien de la structure des écarts" entre les sexes (p.99) et pour étayer un constat - plus que critiquable par ailleurs - selon lequel les femmes seraient exclues " à peu près infailliblement des jeux de pouvoir et des perspectives de carrière". (Ibid.) 

Le jugement porté par Bourdieu sur les travaux des ethnologues féministes 45 peut apparaître, à première vue, moins négatif. Il reconnaît en effet, dans une note, (65, p.47) "en passant", que les "avancées les plus décisives de la critique de la vision masculine des rapports de reproduction (...) ont trouvé leurs appuis les plus sûrs dans l’analyse ethnologique". Et il cite l’ouvrage l’Arraisonnement des femmes46 - est-il nécessaire d’en rappeler l’importance ? - auquel ont participé notamment Nicole Echard, Nicole-Claude Mathieu, Paola Tabet. Mais cet "hommage" montre vite ses limites. Lorsque Bourdieu fait référence au célèbre article , publié dans ce recueil, de Nicole-Claude Mathieu: "Quand céder n’est pas consentir" , après avoir reconnu qu’elle était "celle qui avait poussé le plus loin...la critique de la notion de consentement", c’est pour mieux la critiquer de " n’avoir pas poussé tout à fait jusqu’au bout" (son analyse). (p.47) 47

Quant aux historiennes, leur sort est scellé. Alors que la recherche historiographique féministe - qui comporte des centaines de titres - est sans doute l’apport le plus fécond de l’historiographie française depuis une vingtaine d’années, Bourdieu donne lapidairement son analyse qui vaut verdict: " La recherche historique ne peut pas se limiter à décrire les transformations au cours des temps de la condition des femmes, ni même la relation entre les genres aux différentes époques (sic)" (p.91). Il lui reproche aussi " d’enregistrer l’exclusion des femmes".48(p.90/91) et de "nier les permanences et les invariants" (p.90). Pour enfin, proposer l’orientation que devrait prendre " l’histoire des femmes" - catégorie conceptuelle, pourtant critiquable, qu’il ne critique pas - et ce, pour les historiennes, sous la menace de ne pas être considérées comme "conséquentes": "Une ‘histoire des femmes’…doit, si elle veut être conséquente, faire une place, et sans doute  la première, à l’histoire des agents et institutions qui concourent en permanence à assurer ces permanences49, Eglise, Etat, Ecole Etc."  (Ibid.)

Ces impositions normatives de Bourdieu doivent, enfin, être resituées en relation avec son propre rapport à l’histoire. Voici ce qu’il écrit dans ce livre et qui peut aisément être interprété comme une négation de l’histoire: "Le même système de schéma classificatoire se retrouve par delà les siècles et les différences économiques et sociales, aux deux extrêmes de l’espace des possibles anthropologiques chez les paysans montagnards de Kabylie et chez les grands bourgeois anglais" (p. 89)

Bourdieu, enfin, en quelques lignes, renvoie dos à dos "universalistes" et "essentialistes", effaçant ainsi des années de débats et de recherches féministes. (p.69), puisqu’il n’évoque aucun des débats qui ont eu lieu entre les très nombreux courants et revues féministes et non féministes. Citons pour les seules revues : Questions Féministes, Nouvelles Questions Féministes, La Revue d’en face, Les Cahiers du Grif, Pénélope, Le bulletin du BIEF, Mignonnes, allons voir sous la rose, Les Cahiers du féminisme, Les Cahiers du CEDREF, Cette violence dont nous ne voulons plus, Projets Féministes, La revue du MAGE, Le Mouvement Social, Les Révoltes Logiques, etc... Il n’évoque non plus toutes celles qui ont récusé cette dichotomie, mais aussi toutes celles mais qui ont réfléchi, aussi, grâce à ces schémas classificatoires, pour mieux ensuite les dépasser. Comment Bourdieu, enfin peut-il écrire que: " le féminisme dit universaliste ignore l’effet de domination" ? (P.69)
En dernière instance, même Virginia Woolf - dont il prend bien soin de nous préciser que le texte qu’il "analyse" ne fait pas partie de sa production féministe50 - est utilisée pour dévaloriser les féministes, qui, elles, se contentent de "citer inlassablement" ses livres "classiques" (p. 76) sans avoir perçu l’importance du texte littéraire que  Bourdieu, lui, a su trouver et analyser.  

Quant aux féministes américaines citées, elles sont peu connues dans le champ des études féministes (au même titre que nombre de revues citées51) et, le sont en outre par des textes souvent anciens. Et l’on ressent un certain malaise devant son usage de références - utilisées le plus souvent sur des points mineurs - dont on ne voit pas la cohérence.52
De fait, une seule féministe53 trouve grâce à ses yeux: Catharine A. Mac Kinnon54, présentée - on ne sait pourquoi - comme "particulièrement lucide, et pour cause." (p.122) Mais il est difficile d’accepter que l’oeuvre de celle qui est souvent présentée comme la principale théoricienne (et militante) d’"une nouvelle philosophie des droits de la personne" ne soit évoquée que pour le conforter (p.26,27; p.122,123), sans citation, en note, et au terme d’un développement de douze lignes sur les effets de "la pratique intensive du sport".(p.74). Quant à Andrea Dworkin , avec laquelle Catharine Mac Kinnon a travaillé, notamment sur la question de la pénalisation de la pornographie, de nombreuses années, et dont l’importance de l’oeuvre théorique n’est niée par personne, elle n’est même pas évoquée.

De fait, dans la conclusion de son livre, tout en reconnaissant s’appuyer " sur les acquis de l’immense travail encouragé 55 - mais non pas effectué ou réalisé - par le mouvement féministe" (p.123,124), qu’il met au même niveau que "les résultats de ses propres recherches", il procède à une quasi invalidation de l’ensemble de la production féministe. La conviction militante qu’il croit y déceler (dans tous les livres? chez toutes les chercheuses?) - et dont lui-même pourtant se targue dorénavant - est, en la matière, quasiment rédhibitoire. De fait, Bourdieu fait injure à toutes les chercheuses féministes et/ou travaillant en utilisant le concept de genre : "On ne saurait surestimer les risques auxquels est exposé tout projet scientifique qui se laisse imposer son objet par des considérations externes, si nobles et si généreuses soient-elles. Les ‘bonnes causes’ ne peuvent tenir lieu de justifications épistémologiques et dispenser de l’analyse réflexive qui oblige parfois à découvrir que la bienséance des ‘bons sentiments’ n’exclut pas nécessairement l’intérêt pour les profits associés aux ‘ bons combats’ » (ce qui ne signifie pas que tout projet militant est a-scientifique, comme on me l’a fait dire parfois)..... le meilleur des mouvements politiques est voué à faire de la mauvaise science, et, à terme, de la mauvaise politique, s’il ne parvient pas à convertir ses dispositions subversives en inspiration critique et d’abord de lui même".(p.121) Et, quelques pages plus loin, le procès continue: "Certaines féministes, selon lui, préfèrent esquiver l’analyse de la soumission, de crainte qu’admettre la participation des femmes à la relation de domination ne revienne à transférer des hommes aux femmes la charge de la responsabilité"..... (p.124).

Bourdieu, dès lors, quasiment seul (auto) légitimé, se confère le droit de proposer une réorientation des dites recherches. Il met, pour ce faire, tout son poids institutionnel dans la balance.
À cet égard, la manière dont il a décidé de présenter ce livre ne manque pas d’un certain intérêt. La domination masculine a en effet été publiée par les Editions du Seuil, dans la collection Liber qui avait déjà publié du même auteur Méditations pascaliennes. Il ne fait donc pas partie de la collection Liber-Raisons d’agir, dirigée par lui et dont l’association du même nom a pour projet politique de "mettre à la disposition du mouvement social le travail des sociologues, psychologues, historiens"56 en vue de "construire une internationale des intellectuels, un intellectuel international ". Bourdieu y avait cette même année publié, dans un langage accessible et donc politiquement efficace, Contre-feux, ouvrage d’accusation du néolibéralisme, qui s’affirmait, à juste titre sans honte, "militant scientifique". 57 Sur la quatrième de couverture, on pouvait lire: "Si j’ai pu me résoudre à rassembler pour la publication ces textes en grande partie inédits, c’est que j’ai le sentiment que....ces propos ...pourront ....fournir des armes utiles à tous ceux qui s’efforcent de résister au fléau du néolibéralisme". Ce petit texte est simplement signé: P.B.
En revanche, la quatrième de couverture de: La domination masculine est signée: " Pierre Bourdieu, anthropologue, sociologue, professeur au Collège de France, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales"., tandis que la présentation de l’ouvrage se veut scientifique et n’affirme aucun jugement de valeur, ni prise de position politique.
Et c’est ainsi que, se targuant de ses titres universitaires et institutionnels,58  Bourdieu affirme clairement, dans la dernière phrase de son préambule, son projet de redéfinir le champ théorique des études féministes. Et si ce projet n’est pas, en soi, illégitime, ce qui pose problème c’est la place qu’il s’y confère, alors que manifestement il n’y connaît pas grand-chosee ; c’est le fait qu’il fait quasiment table rase du travail effectué avant lui; c’est le fait de ses méthodes, fondées sur des arguments d’autorité, des impositions normatives et des injonctions.59 Il présente ainsi son projet comme " seul capable de fournir les instruments indispensables pour comprendre..." (p.95). De fait, il s’agit bien par cette reformulation intellectuelle et politique des priorités des féministes, d’une tentative de prise de pouvoir sur les recherches et sur la définition de l’engagement féministe. Il n’hésite donc pas à nous dire ce que nous devrions dorénavant faire et ne pas faire.

Ainsi, alors que les textes théoriques, essentiellement menés par les féministes françaises depuis une quinzaine d’années, sur la parité resteront comme l’un des plus précieux apports à la critique de la démocratie, c’est justement ce terrain-là que Bourdieu - dont « la pensée » sur ce sujet mérite d’être connue60 - nomme comme devant être, sinon abandonné, du moins délaissé: " Le mouvement féministe....ne doit pas ...se laisser enfermer dans des formes de luttes politiques brevetées féministes - l’expression "initiées par les féministes" eût été historiquement plus juste et plus adéquate - comme la revendication de la parité entre les hommes et les femmes dans les instances politiques". (p.124) Il propose, en outre, d’abandonner les recherches sur " l’unité domestique" et de réorienter nos (ses?) recherches sur "l’Eglise, l’Ecole, l’Etat".61
Il évoque alors comme projet de recherches - sans appel d’offres? - "un recensement" qui prendrait " en compte le rôle de l’Etat... " (p.94) et semble, en outre, découvrir l’importance de la distinction entre la sphère privée et publique, en la matière.62 Et ce, onze ans après la publication du livre de Carole Pateman63 qui proposait déjà, en 1988, une déconstruction de la ligne de partage.
Quoi qu’il en soit, si nous suivons ses conseils, "c’est un champ immense qui se trouve ouvert aux luttes féministes, ainsi appelées à prendre une place originale et bien affirmée au sein des luttes politiques  contre toutes les formes de domination." (p.10) 64.

Ceci étant dit, les nombreuses justifications de Bourdieu dans ce livre peuvent être interprétées comme autant de manifestations de faiblesses, comme autant de tentatives de se légitimer, dans un domaine où, jusqu’alors, son apport n’était pas vraiment considéré comme essentiel. Il ouvre significativement son livre par cette phrase: " Je ne me serais sans doute pas affronté à un sujet aussi difficile si je n’y avais pas été entraîné par toute la logique de ma recherche". (p.7) Il écrit ensuite: "Ne serait-ce que pour attester que mon propos présent n’est pas le produit d’une conversion récente, je renvoie aux pages d’un livre déjà ancien... ";  (Note 2, p.9) Et, concernant l’école, il nous informe enfin que "dès ses premiers travaux ...il s’est attaqué... à une petite partie de cette immense tâche".  (note 3, p. 91)

Mais le projet intellectuel de Bourdieu est étroitement lié - en réalité, il lui est consubstantiel - à un projet politique qu’il annonce très clairement, dès son préambule : " Cette révolution dans la connaissance (qu’il propose) ne serait pas sans conséquence dans la pratique, et en particulier dans la conception des stratégies destinées à transformer l’état actuel du rapport de force matériel et symbolique entre les sexes. » (p.10). Et, à la fin de son livre, il annonce son projet de "produire... une analyse capable d’orienter autrement et la recherche sur la condition féminine, ou de manière plus relationnelle, sur les rapports entre les genres,65 et  66l’action destinée à les transformer". (p.124)

Ensuite, il exclue le mouvement féministe du mouvement social, qu’il donne, en outre, en pâture au ‘mouvement’ homosexuel. Dans son fameux article du Monde 67 " Pour une gauche de gauche", il cite en effet le mouvement des sans papiers, des chômeurs, et contre l’AMI et exclut donc les féministes (et curieusement aussi les homosexuels) de son projet de construction d’"une internationale de la résistance au néolibéralisme et à toutes les formes de conservatisme". (Ibid.) Mais en outre, il décide - jouant ainsi un rôle de démiurge - que les féministes doivent se ranger sous la houlette des homosexuels, auxquel-les il confère ainsi un rôle de dominant-es des dominées.

En effet, Bourdieu ne propose pas moins que le mouvement gay et lesbien (on sait par ailleurs le "déséquilibre", pour employer un euphémisme, en matière de pouvoirs entre les gays et les lesbiennes ledit dit mouvement) se place à l’avant-garde des luttes. Après avoir évoqué la question de " la délégation à un porte-parole", il évoque en effet le projet que ce "mouvement" "se place à l’avant-garde  au moins  (sic) sur le plan du travail théorique et de l’action symbolique (ou certains groupes homosexuels sont passés maîtres) des mouvements politiques et 68scientifiques subversifs, mettant ainsi au service de l’universel les avantages particuliers qui distinguent les homosexuels des autres groupes stigmatisés". 69(p.134) Il n’est sans doute pas un hasard si cette proposition soit la dernière phrase de son livre sur la domination masculine. Bourdieu y a en effet intégré un petit texte intitulé: "Quelques questions sur le mouvement gay et lesbien" dans son livre; et ce pour la troisième fois 70, ce qui est un indice de l’importance qu’il lui accorde.
Là encore, l’analyse de cette phrase mérite d’être faite .
- Le théoricien des nouveaux mouvements sociaux relégitime le concept "d’avant-garde" - dont Michelle Perrot a justement noté "la dimension militaire virile" 71  - et que l’on croyait heureusement mort72. On peut noter cependant que Gérard Mauger, signant, en son nom propre mais aussi en tant que membre de Raisons d’agir  - il écrit: "nous"  - réfuta ultérieurement " en réponse aux procureurs de Bourdieu" la référence " au schème léniniste de l’avant-garde éclairée." 73
Peut-on cependant espérer une clarification politique de la part de Bourdieu lui-même ?

- Bourdieu reprend à son compte le concept d’"universel", pourtant bien délégitimé par les féministes. Celles-ci, en effet, par leurs très nombreuses critiques historiques, politiques et philosophiques de ce concept ont fort justement dévoilé les permanences de  la domination masculine sur lesquelles l’universalisme s’est (aussi) fondé.

- Il propose en outre que ces mouvements sociaux se dotent d’un " porte-parole"74. Comment peut-on, sans disqualifier son projet d’une critique "de gauche" du Politique, proposer qu’il puisse exister une délégation de pouvoir à une seule personne, ainsi chargée de parler au nom de tous et de toutes? Et d’exprimer la pensée de tous et toutes. En tout état de cause, que Bourdieu puisse imaginer une telle hypothèse est antinomique avec le concept d’" intellectuel collectif"75, qu’il revendique dorénavant.

- Enfin, cette proposition nous donne ici à voir un bel exemple d’"échange des femmes", qu’il évoque ainsi : "Les femmes ne peuvent y apparaître qu’en tant qu’objets ou, mieux, en tant que symboles dont le sens est constitué en dehors d’elles et dont la fonction est de contribuer à la perpétuation ou à l’augmentation du capital symbolique détenu par les hommes ". (p.49)
Bourdieu n’aurait-il pas lui aussi, par cette publication, augmenté son "capital symbolique" ?

Compte tenu de la gravité politique d’un tel projet, l’analyse des réactions de ceux et celles qui se sont exprimées dans la presse méritait d’être faite.

Les appréciations de Frédéric Martel et de Didier Eribon me sont apparues comme insuffisantes. Le premier, certes, critique cette proposition et considère que Bourdieu " se fait (sic) ainsi rattraper par ses démons idéologiques". Mais, s’il récuse son hypothèse, " dans le champ scientifique", il n’exclut pas sa mise en oeuvre dans "le champ politique" 76. Quant au second, il se contente de "regretter que Bourdieu se soit laissé aller à quelques considérations utopiques sur le mouvement gay et lesbien comme avant-garde possible" 77 du mouvement social.

Les féministes, pour leur part, sont encore moins critiques. Nombre d’entre elles ne relèvent même pas cette phrase. Ni Françoise Thébaud , ni Ilana Löwy, 78 ni Josette Trat 79, dans le dernier numéro des Cahiers du féminisme, (revue de la LCR) intitulé pourtant: "De la fierté lesbienne et gay", n’en parlent. Michelle Perrot écrit pour sa part - dans une interprétation inexacte - : " Les unes (les féministes) et les autres  (les homosexuels) ne devraient-ils pas plutôt constituer une ‘avant-garde’ susceptible de changer les fondements de l’ordre symbolique qu’est la domination masculine? " 80 Janine Mossuz-Lavau regrette que cette " annexe sur le mouvement gay et lesbien ne soit pas davantage raccordée intellectuellement au développement sur la domination masculine". 81 Alors qu’elle est, politiquement, très clairement liée. Quant à Laurent Sébillotte 82 - dont je ne sais s’il se revendique comme féministe - il écrit simplement: "C’est prophétiser tout en instrumentalisant quelque peu la lutte spécifique d’une minorité, et cela est un peu court comme méthode". .
Seule, à ma connaissance, à ce jour, dans un article radicalement critique, Marie-Hélène Bourcier prend clairement position contre sa "proposition" d’avant-garde. Elle écrit: " Que la figure si hexagonale de l’intellectuel nanti du savoir-pouvoir... prompt à se faire le porte-parole des opprimé-es ou des minorités symboliques est non seulement dépassée mais injurieuse". Et elle poursuit: "Il ne serait pas étonnant que ‘le mouvement’ gay et lesbien n’en ait rien à branler de l’avant-garde. Vouloir se placer à l’avant-garde est un combat d’arrière-garde. Qu’avons-nous à faire d’une terminologie si révélatrice, implicitement, d’une conception hiérarchisée et élitiste du changement "social" et culturel?". 83
Mais c’est tout son article qu’il faut lire...

Voilà où j’en suis arrivée du travail de déconstruction de Bourdieu que j’ai fait, sans aucun plaisir, sans avoir rien appris, ni découvert, et uniquement pour des raisons politiques.

Je pourrais continuer sur l’analyse des vertus dont il pare le mouvement homosexuel et dont les féministes seraient dépourvues; sur sa conception - surréaliste - de "l’amour  (comme possible) seule exception, la seule, mais de première grandeur à la loi de la domination masculine" ; sur Bourdieu et les hommes, etc.

Mais je suis fatiguée de cet exercice.
En outre, chacun-e peut s’il ou elle le souhaite et si il ou elle considère que l’exercice en vaut la chandelle - question que je me pose encore - continuer.
Alors, j’arrête84...

Paris, le 12 mars 1999

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Notes de bas de page
1 Ce texte a été présenté, dans une première mouture, au Centre parisien d’études critiques, le 19 novembre 1998, dans le cadre du séminaire : « Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel » animé par Odile Krakovitch et Geneviève Sellier. Je tiens aussi à remercier de leur travail critique des premières moutures de ce texte Odile Krakovitch, Pierrette Lebrun-Pezerat, Marcelle Marini.  
2 Ce texte a été publié dans ce "dossier" avec celui publié par Nicole-Claude Mathieu intitulé : " Bourdieu ou le pouvoir hypnotique de la domination masculine" auquel je renvoie.
3 Pierre Bourdieu, «La domination masculine » Actes de la Recherche en Sciences sociales. N° 84. 1990, p. 30/31. Alors que Bourdieu se cite lui-même , près de 30 fois, en note, cet article ne l’est pas.
4 Dans article intelligent et drôle intitulé : "In bed with Bourdieu" paru dans Elle, Alix Girod de l’Ain écrit: "Je finis tout juste de finir de traduire le préambule. Car, première découverte, Bourdieu n’écrit pas en français, mais en pierreboudieu, un idiome à base de mots extrêmement compliqués, entortillés dans des concepts volontairement énoncés en latin. Certaines phrases - les plus courtes - font huit lignes, les autres prennent un  bon paragraphe pour s’arrêter.... Je serais prof, je lui collerais déjà en rouge un  ‘plan confus’ dans la marge."
5 Un exemple parmi tant d’autres: alors que, dès la quatrième ligne de son livre, il nous expose sa question majeure et évoque « le paradoxe de la doxa », ce concept n’est même pas défini.
6 Marcelle Marini, A propos de ‘La domination masculine de Pierre Bourdieu ’, 16 avril 1996, Maison des Sciences de l’homme, Séminaire animé par Françoise Gaspard et Janine Mossuz-Lavau : Le sexe de la décision ». Celle-ci avait procédé à une remarquable critique, enregistrée, mais malheureusement non publiée, du texte de Bourdieu  d’Actes de la Recherche en Sciences Sociales de 1990.
7 En outre, l’homme se met si souvent à nu, dans ce livre, que j’ai regretté, pour lui, qu’il se ‘protège’ si peu et qu’il me mette, en outre, malgré moi, dans une situation de ‘voyeuse’.
8 La publication, en bonnes feuilles, du préambule, publié dans Le Monde Diplomatique d’août 1998 était, à cet égard, une caricature ; et le sous-titre, sans doute trop bien intentionné: "La lutte féministe au coeur des combats politiques"  était un contresens.
9 Patrick Bonnewitz, "Entre enthousiasme et contestation", in : Pierre Bourdieu. L’intellectuel dominant? Le Magazine littéraire. N° 369. Octobre 1998. p. 37.
10 Carole Pateman, The sexual contract. Cambridge, Polity press. 1988. p. 20.
11 Philippe Reynaud, "Le sociologue et sa philosophie". Le Magazine Littéraire. Art.cit.p. 25.
12 Souligné par moi.
13 Robert Maggiori, dont l’article est, par ailleurs, fort peu critique, écrit justement: "La question est vieille comme le monde". Libération. 27 août 1998;"Bourdieu et le mâle"
14 Cf., Alain Finkelkraut : "La formule est admirable qui invite femmes, ouvriers, enseignants, enseignés, bref tous les indigènes de la terre à se le tenir pour dit: soit ils ratifient l’idée que l’expert se fait de leur condition et c’est très bien ainsi; soit ils la contestent et refusent, par exemple, de rabattre les rapports de séduction sur des rapports de domination; c’est très bien aussi. Car la méconnaissance où ils sont de leur propre expérience confirme encore le diagnostic de l’expert. ". "Sauver l’innocence et le secret ". Le Monde. 18 septembre 1998. Cf. aussi le très pertinent article de Bruno Latour : "Bourdieu décrit les forces invisibles par lesquelles les acteurs n’ont pas conscience d’être manipulés. Or, il existe une différence essentielle entre les termes inventés par les personnes elles mêmes pour définir ces forces invisibles et les «  invisibles » révélés par le sociologue; les premières sont élaborés par les personnes elles mêmes, et ils peuvent traiter avec elles; les seconds, connues du seul sociologue, échappent aux personnes....;Peut-on nommer de gauche cette réduction des capacités de parole, d’invention et de résistance de ceux au nom desquels on prétend parler?". "La gauche a-t-elle besoin de Bourdieu ? " Libération. 15 septembre 1998.
15 Ce procédé m’a rappelé un souvenir. Lors d’une réunion féministe dans les années 70, une femme avait posé une question sur la maternité. Il n’avait pas été répondu à sa demande en arguant que l’on avait déjà traité de cette question, la semaine passée.  
16 Et non pas à son texte intitulé: "La violence symbolique" publié en 1996, dans l’ouvrage collectif intitulé: De l’égalité des sexes.  Ouvrage dirigé par Michel de Manassein. Paris, Edition du Centre de la documentation pédagogique. p. 83 à 87. Après avoir évoqué les " menaces que le nouveau pouvoir " (des femmes) due à la "révolution féministe"  ferait "peser sur les hommes", Bourdieu y avait écrit: "Les dominants ont toujours tendance à surestimer les conquêtes des dominés et à s’en attribuer le mérite, même si elles leur ont été arrachées. " (p. 83)
17En effet, les recherches féministes, dans leur grande majorité, n’opposent pas les différents type de violences entre elles, mais les analysent comme des modalités - qui s’inscrivent dans un « continuum » - d’expressions de la domination masculine. Cf. Liz Kelly, Surviving sexual violence, Cambridge, Polity press. 1988.
18  Souligné par moi.
19 Cf, Catharine A. Mac Kinnon, "A propos de la torture: une perspective féministe sur les ‘droits de l’homme"  Projets Féministes, N° 3, Droits, culture, pouvoirs. Octobre 1994. p. 3 à 16.
20 Un père de famille tue sa femme et sa fille dans le Rhône, Le  Monde. 27/28 décembre 1998; Drame familial: trois morts, Libération. 26/27 décembre 1999. Il tue sa femme et se suicide, Libération. 31 Décembre 1998. Morte pour une liste d’amants, Libération. 22 décembre 1998.
21 Diane Russel, The politics of rape, NewYork. Stein and day. 1975; Sexual exploitation. Beverly Hills. Sage. 1984. Mais curieusement, Bourdieu, dont les références bibliographiques sur le viol s’arrêtent à un livre publié il y a 15 ans, ne cite pas d’elle: Rape in mariage. New York, Mac Millan. 1982.
22  En France, 98 agressions sexuelles par soignants, en 1997, dans l’exercice de leur profession en 1997 ont été dénoncés au Collectif Féministe contre le viol. Bulletin 1996-1997. Viols Femmes Informations. p. 21.  
23 Mais Sade, Klossowski sont cités. Il évoque par ailleurs« la loi américaine »,  (Note 23, p.23) alors que la législation est fédérale.
24 Mais il parle aussi de « travail cosmétique (sic) beaucoup plus grand chez la femme » (que chez l’homme).... p.107.
25 A ce jour, seuls les Vert-es ont affirmé une opposition politique à l’institutionnalisation de la prostitution par l’Europe. Cf, la motion votée à la majorité du CNIR , les 30 et 31 janvier 1999.

Ajout au 3.3.2003 : Cf., pour une analyse postérieure de la position des Vert-es, le texte : "Pour construire l'abolitionnisme moderne", in : Les Cahiers Marxistes.  

26 (Sous la direction de Pierre Bourdieu), La misère du monde. Paris, 1993. Le Seuil. 950 p.
27 Vendu à plus de 100.000 exemplaires, sans tenir compte de l’édition de poche de février 1998.
28 En ce sens, qualifier de "harcèlement sexuel" les exigences sexuelles systématiques de ce patron est inexact et contribue à déqualifier ces violences; le terme: ' droit de cuissage' serait plus exact.
29 Cf., Femicide, The politics of Woman Killing. Edited by Jill Radford and Diana E.H. Russel. Buckingham. Open University Press . 1992.
30 "L’homme décide, la femme s’efface" , Télérama. 22 juillet 1998. Les cinq articles, qualifiés de "travaux pratiques" parus au cours de l’été 1998 dans Télérama peuvent être interprétés comme étant la traduction du livre de Bourdieu par Bourdieu pour le peuple. La comparaison des styles est à cet égard particulièrement signifiante.
31Dans Télérama, il parle certes des Kabyles (algériennes?) contemporaines (?) et exprime son "admiration" pour elles. Mais  la manière dont il les "qualifie": "femmes explosives, mûres pour la révolte et courageuses à la fois moralement et intellectuellement" . m’est apparue comme particulièrement méprisante. (Ibid.)
32  Pierre Bourdieu (Sous le direction de), La misère du monde. Op.cit.    
33 V. Woolf, La promenade au phare. ( Roman traduit de l’anglais par M. Lanoire) Paris, Stock. 1929. Une édition ultérieure à celle cité par Bourdieu a été publiée en 1979. Stock. Bibliothèque Cosmopolite. C’est à celle-là que je me référerai.  
34 Bourdieu considère comme acquis le concept de« liberté formelle »(p. 45)
35 Bourdieu n’évoque qu’un de leur fils.  
36  Préface de Monique Nathan. p. 13.
37 Michelle Perrot, « Femmes, encore un effort... » Libération. 27 août 1998.  
38  Son livre: Masculin/féminin, Paris, Odile Jacob, 1996,  ne mérite même pas une citation.
39 Michelle Perrot est citée deux fois, et en note.
40 Note 2, page 90.  
41 Note 38, page 112.
42 Les "chercheuses féministes" ne sont pas une entité au nom desquelles il serait possible de parler. Il n’est donc pas possible d’écrire, comme le fait Didier Eribon , que "nous serions prêtes à partager le point de vue  (de Bourdieu), mais que nous ne manquerions pas de faire valoir que de tels travaux  (que nous n’aurions pas effectués) ont déjà été menés à bien". "La reproduction du macho". Le Nouvel Observateur. 3-9 septembre 1998. 
43En outre, dans Télérama, il considère que la coordination infirmière ne fut "pas vraiment un mouvement de femmes" !  N° 2533. 29 juillet 1998.  
44  Ou plus exactement, celles-ci sont réduites à cette banalité, qui ont pour lui, d’ailleurs, simple statut d’ "observation": "C’est le travail qui se constitue toujours comme différent, selon qu’il est effectué par des hommes ou par des femmes" . (p.67)
45 Maurice Godelier n’est pas cité dans l’index des noms propres.
46  L’Arraisonnement des femmes. Essai en anthropologie des sexes, Paris. EHESS, 1985.
47  Les critiques du concept de "consentement" auquel il affirme adhérer ne l’empêche cependant pas de citer un texte de Michel Bozon, au titre pourtant explicite:  "Les femmes et l’écart d’âge entre conjoint: une domination consentie". (note 55, p.42). Cette question de l’écart d’âge dans un couple, comme celle de la (petite) "taille des hommes"  et de son importance - selon lui, pour les femmes - dont il parle à plusieurs reprises, semble préoccuper Bourdieu.
48  C’est pourtant ce à quoi lui-même, légitimement, procède : ainsi, page 99, à propos du travail salarié; page 105 à propos du travail domestique, etc...Il utilise même à plusieurs reprises, sans distance critique, les sondages d’opinion qu’il a autrefois si brillamment critiqués.
49 Souligné par Bourdieu.
50 "La promenade au phare...propose une évocation des relations entre les sexes débarrassée de tous les clichés sur le sexe, l’argent et le pouvoir que véhiculent encore ses textes plus théoriques". (p.76)

Ce qui concrètement signifie que le féminisme de Virginia Woolf est fondé sur des clichés.

51 Un exemple: la revue Signs  est citée une seule fois pour un texte de 1975 (Note p.10)
52 Bourdieu le reconnaît d’ailleurs partiellement lui même , lorsqu’il évoque en première note de son préambule, les personnes qui "lui ont apporté des témoignages, des documents, des références scientifiques, des idées" . On pourra noter - étrange aveu ?- que, s’il ne veut pas les citer, c’est parce qu’il craindrait, alors, de leur être "néfaste ". (p.7)
53  A qui il semble ainsi conférer le statut de seule élue du père/amant.
54 On peut cependant s’interroger sur la connaissance qu’il a de ses travaux. (note 44.p.87) En effet, son livre, fondamental, Only  words n’est pas cité.  Harper Collins Publishers. 1995. 110 p.  
55 Dans le même sens il évoque : «un certain discours féministe » - et non pas des recherches - «  qui a concentré tous ses regards  (sic) sur« l’unité domestique... » (p.10) Et ailleurs, il évoque «l’immense travail critique du mouvement féministe ». (p.95) L’expression: « recherches féministes»  n’est jamais employée.
56  "Pierre Bourdieu devient la référence intellectuelle du ‘mouvement social’ ". Le Monde. 8 mai 1998. Ses outils sont: la revue Liber dirigée par lui et la maison d’édition: Editions Liber/Raisons d’agir.
57 "Des livres ‘militants scientifiques ’au sommet des ventes". Le Monde. 8 mai 1998.
58 ...laquelle n’exclut ni l’"hésitation" ni conscience de l’"extrême difficulté", ni l’angoisse: Bourdieu évoque en effet "sa grande appréhension". (p. 123)
59 On pourrait ‘détourner’ Bourdieu évoquant Chirac: "Le plus haut (sociologue de l’Université), dans son rôle....un peu trop grand pour lui, tance (les féministes)..et promet le changement de la règle qui permettrait au jeu de reprendre sans (elles)". Pierre Bourdieu. "Pour une gauche de gauche". Le Monde. Art. cit.  
60 "On risque de remplacer des hommes bourgeois par des femmes encore plus bourgeoises" .  Télérama. 29 juillet 1998. Cf. Janine Mossuz-Lavau : "P.Bourdieu se prononcerait-il pour une Assemblée nationale bourgeoise mâle plutôt que pour une Assemblée nationale bourgeoise mixte" ? "Dominants et dominés" . Art. cit., p. 59.  
61 Michelle Perrot rappelait justement, dans une conversation, lors du débat à L’Ecole Normale Supérieure, qu’" il existe des bibliothèques entières sur ces questions" . Juin 1998.
62 Et, là, on ne sait pourquoi, Bourdieu utilise le concept de « patriarcat » .
63 Carole  Pateman, The sexual contract. Op.cit.
64 Lors du débat organisé le 13 juin 1998 à l’Ecole Normale Supérieure intitulé "Politiques sexuelles et mouvements sociaux" , Pierre Bourdieu avait, après un exposé fort nuancé de Michelle Perrot, exprimé ainsi son mécontentement concernant la teneur des débats: "Je ne suis pas ici pour écouter des déclarations triomphales sur les conquêtes du féminisme". (Notes personnelles) Il avait, en outre, quitté la salle et n’a donc pas pu entendre les nombreuses critiques des femmes et des féministes.
65 Que Bourdieu ne fasse pas, au terme de son livre, de différence théorique entre l’analyse de "la condition féminine"  et celle fondée sur les "rapports de genre"  - lesquelles, après s’être substitués au concept de patriarcat - se sont justement construits sur sa critique est, à cet égard, inquiétant.
66  Souligné par moi.
67  Pierre Bourdieu, "Pour une gauche de gauche". Art. cit.
68 Souligné par moi.
69 Sur la critique du privilège culturel qui serait, selon Bourdieu, propre aux homosexuels, Cf.: Frédéric Martel, "Bourdieu et la question homosexuelle". Le Magazine Littéraire. Art. cit. Cf. aussi l’article de Marie-Hélène Bourcier. (cité plus loin)
70 "Quelques questions sur la question gay et lesbienne" , Liber. N° 33. décembre 1997. p. 7 et 8. Même titre, in : Les études gays et lesbiennes. Textes réunis par Didier Eribon. Paris, Centre Pompidou, 1998. p. 45-50. Une analyse des différences entre ces textes mériterait d’être précisément effectuée.
71 Michelle Perrot, "Femmes, encore un effort" . Libération. 27 août 1998.
72  Cf. M. Gomez, "Bourdieu, tel quel" : "  On ne rêve pas, on a de nouveau une avant-garde éclairée, si quelqu’un retrouve la classe ouvrière ou quelque chose d’approchant, c’est reparti comme en 17!. Je m’étonnais du peu de réserves formulées par l’auteur de l’article , mais je vois bien maintenant qu’il y a déjà pas mal de cruauté à montrer ainsi Bourdieu, tel qu’ en lui même il se fantasme". Libération. 23 avril 1998.  
73 Gérard Mauger, "Ce qui échappe aux procureurs de Bourdieu" .  Le Monde. 26 juin 1998.
74 Bourdieu penserait-il à quelqu’un ?
75 Cf., "A la FNAC, Pierre Bourdieu, en ‘intellectuel collectif’ ? " Le Monde. 9 octobre 1998
76  Frédéric Martel, "Bourdieu et la question homosexuelle". Le Magazine Littéraire. Art. cit.
77  Didier Eribon, "La reproduction du macho " . Le Nouvel Observateur. Art. cit.
78 Françoise Thébaud, "La loi du genre" ;  Ilana Löwy, " La brèche", Mouvements, N° 2, Janvier- février 1999. p. 126 à 131.
79 Josette Trat, « Bourdieu et la domination masculine ». Cahiers du féminisme. Automne 1998. N° 81.  p. 38 à 41. On serait en droit de demander des éclaircissements politiques à la LCR  sur cette question de l’avant-garde et de lui demander de désavouer Bourdieu, sans ambiguïté, sur cette question essentielle.
80 Michelle Perrot, Libération. Art. cit.
81  Janine Mossuz-Lavau, « Dominants et dominées ». Le Magazine Littéraire. Art. cit. p. 59.  
82 Laurent Sébillotte, « L’ordre immuable de la domination masculine ». Lunes. N° 6, Janvier 1999. p. 101.
83 Marie-Hélène Bourcier, « Les bourdes de Bourdieu », 3  Keller. Le mensuel du centre gay et lesbien. N° 43. 15 nov/15 décembre 1998. p. 20.
84 Depuis la publication de cet article, la Revue du Mage, Travail, genre et Sociétés a publié un dossier intitulé : " Autour du livre de Pierre Bourdieu, la domination masculine". Michelle Perrot, Yves Sintomer, Beate Krais, Marie Duru Bellat y ont publié des articles auxquels Pierre Bourdieu répond. N° 1. Avril 1999. p. 201-234.

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