Harcèlement sexuel. Droit de cuissage
Livre : Le droit de cuissage
 Marie-Victoire Louis

Chapitre VIII. Le silence des femmes

Le droit de cuissage. France, 1860 - 1930
Éditions de l'Atelier
Février 1984
p. 204 à 235

date de rédaction : 01/10/1983
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
Augmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteImprimer le texteRecommander ce texte par mail

Une honnête femme sait toujours
se faire respecter. 1

La femme, dès son plus jeune âge,
reçoit une éducation qui fausse ses attitudes.  
On ne l'empêche pas seulement de penser ce qu'elle dit ;
on lui défend de dire ce qu'elle pense. 2

Le silence des femmes confrontées aux agressions ou aux chantages sexuels ne peut être isolé de celui, plus global, auquel elles sont contraintes, au XIXe siècle, dans leurs foyers, comme au travail.

À l'aube du XX ème siècle, la situation se renverse ; c'est leur silence qui devient obsédant, qui est critiqué par les forces de progrès.

Leur parole se libère progressivement ; leur accès au travail salarié, la plus grande facilité du divorce due à la loi de 1884, les progrès, bien lents encore, de la contraception contribuent à desserrer les contraintes sociales et sexuelles qui pèsent sur elles. Après la Première Guerre mondiale et alors que tant de femmes durent vivre célibataires, la découverte du freudisme, l'émergence d'un droit au plaisir comme au bonheur pour les femmes furent des jalons vers plus d'autonomie, bien fragile encore.

Les femmes au travail, doublement contrôlées par l'autorité patronale et maritale, moins exercées que les hommes à l'action collective, sont encore, à quelques exceptions près, au XIXe siècle, les muettes du sérail.

Dans leur grande majorité, les femmes du peuple ne connaissent que la résignation qu'on leur a imposée au foyer où l'homme, le père, le mari les mettent souvent devant la nécessité de se plier à leur volonté. "Sont-ils si nombreux, demande Marie Guillot, féministe et socialiste, les maris gui traitent leur femme en égale, prenant son avis, discutant ses raisons et déterminant la conduite des affaires communes par une entente commune ?"3 La réponse ne semble, pour elle, pas faire de doute.
L'isolement et l'enfermement auxquels les femmes sont contraintes dans leur foyer ne les prédisposent ni à la solidarité, ni à l'ouverture au monde extérieur : "La femme travaille seule. Et chaque fois, c'est la même besogne qu'il faut recommencer, elle est connue et familière, elle est toujours la même. Par sa sphère d'activité, elle est accoutumée à penser en fonction de ce qu'elle a directement sous les yeux ; toute sa vie est enfermée dans d'étroites frontières. Son ménage est, pour elle, la mesure de toute chose. De ce gui se passe en dehors de la maison, elle sait peu de choses, elle ne s'y intéresse guère. Si elle lit, ce ne sont que des contes ou des faits divers ; toujours des choses petites, particulières, personnelles. Et le sentiment maternel la maintient encore davantage à l'écart de la société." 4
Ce constat n'émane pas d'un misogyne, mais d'une femme dans un congrès international de femmes en 1923.

Madeleine Pelletier va même jusqu'à écrire : "Bornées au cercle étroit de la famille, (les femmes) ne comprennent rien à tout ce qui le dépasse. Seul l'intérêt immédiat, son intérêt à elle et celui de son foyer la guident. Elle s'insurge d'instinct contre tout ce qui peut le menacer." 5
Toujours selon elle, et non sans justesse : "Même si les jeunes filles, de la bourgeoisie surtout, se marient pour être libres, lorsque les femmes s'affranchissent de la tutelle familiale, c'est pour tomber sous le joug d'un homme. Même la célibataire qui vit seule dans la chasteté, qui n'a pas de mari ou d'amant jaloux à craindre, ne se comporte pas autrement que la femme mariée. Son existence méthodique et vide est comme un culte rendu au sexe masculin dont l'autorité pèse néanmoins sur elle. S'affranchirait-elle de la concierge, de ses voisins, que la société lui rappelle à chaque instant qu'elle appartient au peuple esclave. Jeune et jolie, elle est en butte aux grossièretés masculines ; disgraciée par la nature, elle essuie les quolibets; vieille, on injurie son âge. Des règlements de police protègent les hommes contre les assiduités des raccrocheuses, mais la femme, sans doute parce qu'elle est plus faible, est laissée à la merci des raccrocheurs. Dans les rues, pour l'entretien desquelles on ne manque pas cependant de lui demander sa contribution, elle est comme en pays ennemi ; aussi, elle se hâte. À la campagne, c'est pire qu'à la ville." 6

En 1922, une communiste, la "camarade" Badet, évoquant, dans L'Ouvrière, la situation dans les Basses-Pyrénées, se demande "comment les femmes qui n'appellent jamais autrement leur mari que lou meste (le maître) peuvent avoir conscience de leur situation d'exploitées, elles qui ne se rebellent pas contre l'autorité maritale". 7

Le pouvoir conféré au mari d'autoriser sa femme à travailler, les pressions sociales exercées par le milieu environnant, le voisinage et les belles familles limitent considérablement leur liberté ; les femmes vivent et travaillent sous tutelle, sous réserve, sous contrôle, sous menace et sans pouvoir se prévaloir, en cas de contraintes ou de violences, de la protection de la justice.

Un procès au tribunal correctionnel d'Orléans, en 1884, est, en ce sens révélateur. La plaignante est enfermée tous les soirs par son mari, lequel est semble-t-il, par ailleurs, l'amant de sa mère. Depuis trois années, outre les menaces de mort, il exerce régulièrement des sévices physiques sur elle [On évoque notamment des coups de poings sur le visage]. Le Président du tribunal "fait observer à la plaignante qu'en admettant que les accusations soient vraies, elle aurait mieux fait de garder le silence, car elle a causé par cette affaire, un scandale qu'il eût mieux valu épargner à sa famille. 8 Cette caricature de procès n'est pas exceptionnelle.

Tout, y compris la justice, contribue donc à leur imposer le silence.

Les assassinats de femmes au travail par des maris, inquiets ou jaloux de la concurrence masculine des collègues ou des supérieurs hiérarchiques ne sont pas exceptionnels; ils nous dévoilent les limites du droit au travail des femmes. Les jugements qui souvent les acquittent nous dévoilent la permanence du bon droit - reconnue par la justice - à tuer leurs femmes, dès lors quelles ne se conduisent pas - ou qu'elles sont soupçonnées de ne pas se conduire - comme bon leur semble à leur propriétaire et maître.

En voici trois exemples, parmi d'autres.

En 1900, une dénommée Arsénie travaillant à la fabrique Lebaudy est, sur suspicion de son compagnon nommé Courcherie, sauvagement assassinée. Celui-ci avait appris par un camarade qu'"elle accueillerait favorablement les avances" que lui auraient faites un ouvrier de la raffinerie. Sans autre élément de preuve et sans autre forme de procès, il lui taillade la gorge et lui brise le crâne avec un marteau, "poussé par une irrésistible jalousie".  
Bien qu'il ait fait des aveux complets et qu'il ait informé préalablement de son intention plusieurs personnes: "Je lui ouvrirai le sein et je ne la lâcherai pas jusqu'à ce que je verrai  son coeur battre" avait-t-il proclamé, il fut acquitté par la Cour d'Assises de la Seine.9

En 1901, un mari tire trois balles, dont deux dans la tête, sur sa femme. Il déclare avoir agi sous l'empire de la jalousie et explique que sa femme, dans le débit de boisson où elle sert, a "des allures extrêmement libres avec tous les clients et ne veut tenir aucun compte de ses observations". Ayant vu un client l'embrasser, pourtant en sa présence, il exige qu'elle quitte son emploi. Devant son refus, il tire sur elle. Les témoins donnent de bons renseignements sur l'épouse assassinée ; leurs dépositions vont à l'encontre des soupçons du mari. Il est acquitté. 10

Enfin, en 1912, le maître d'hôtel du Pavillon d'Ermenonville tire, sans la tuer cinq balles à bout portant, sur sa femme de 22 ans, caissière dans un restaurant parisien. Il l'accuse de "le tromper" avec le chasseur. Elle affirme au procès qu'elle a toujours eu une "conduite régulière". Le Procureur de la République dans son réquisitoire a reproché au mari d'avoir "laissé sa femme exposée aux entraînements d'un établissement à la mode ". Il est, lui aussi, acquitté.11

Comme les hommes, les femmes sont aussi confrontées à la contrainte brutale et quotidienne du travail, à la subordination humiliante, aux ordres des chefs, obsédées par le rendement et la cadence. Plus les conditions de travail sont pénibles, répétitives, dépourvues d'initiatives, plus cette soumission se traduit dans les consciences, se lit sur les corps.

Décrivant la situation des domestiques au XIXe siècle, Guy Thuillier et Pierre Guiral écrivent justement : "Croyant toute résistance impossible, ne se doutant même pas qu'elle est possible, elles se reconnaissent inférieures, incapables de toute initiative. Elles se règlent entièrement sur la conduite de ceux qui les emploient. Le peu de sens critique qu'elles pouvaient posséder disparaît. Le travail machinal et ininterrompu auquel elles sont astreintes, les sèches paroles qu'on leur adresse les poussent dans un état de quasi-hébétude. Elles deviennent routinières. Le moindre changement dans les habitudes les affole. Elles acceptent impassiblement tous les traitements sans en comprendre toujours la gravité". 12 Et, citant une thèse de Maurice Cusenier, de 1912, les auteurs concluent : "Elles deviennent indifférentes et offrent à toutes les vicissitudes qui viennent secouer leur âme une sérénité d'âme qui serait admirable si elles y parvenaient par un effort philosophique plutôt que par une régression de l'esprit"13
Asservies, elles ont le comportement inhérent à leur position.
Sans reprendre sans distance l'atavisme de ce jugement, les nombreuses enquêtes sociales nous laissent penser, sans trop de risque d'erreurs, que cette appréciation est aussi valable pour nombre d'ouvrières et d'employées.

L'oppression engendre souvent moins la révolte qu'elle ne provoque une tendance souvent irréversible à la soumission.

Les enquêtes ouvrières montrent que les conditions de travail des femmes, fortement marquées par le maintien de rapports de subordination, sont plus sévères, exigeantes, tatillonnes, arbitraires, culpabilisatrices que celles imposée~ aux hommes. "L'usine est le lieu de l'obéissance, de la hiérarchie, du mépris. Les femmes doivent obéir sans regimber et sont perpétuellement soupçonnées, fautives."14

Ainsi, si cette imposition du silence n'est pas l'apanage du seul travail féminin, il en est incontestablement l'une de ses caractéristiques.

Le silence est formellement imposé dans nombre de règlements intérieurs d'usines employant majoritairement des femmes.

Dans les Manufactures de Tabacs, vers 1870, les ouvrières n'ont le droit ni de parler, ni de sourire.15 Il en va de même aux Galeries Lafayette, en 1914, où l'on ajoute à ces interdits, celle de se tutoyer. À la Perlerie de Périgueux, en 1925, il est absolument défendu de parler, mais aussi de chanter : "c'est dans un silence absolu, troublé seulement par le bruit des objets indispensables à l'accomplissement de leur tâche que les ouvrières doivent travailler toute la journée."16

Cette répression de la parole est imposée par le système des amendes pour bavardage : 5 à 10 sous pour une parole dans les filatures de coton du Nord, en 1914. 17 En 1926, à la société la perle Cléo à Plessis Robinson, il est interdit de parler "pour la bonne marche de l'entreprise et dans l'intérêt du personnel"; les infractions au règlement sont punies d'une amende de 0,50 Fr, versées à la caisse du personnel. 18
Des mises à pied sont prévues : 1 à 5 jours à la Compagnie Industrielle des Pétroles Bassens près de Bordeaux, en 1925, "pour les femmes qui se sont rendues coupables de bavardage". 19
Cette contrainte, que renforce "l'interdiction de manquer de respect au personnel dirigeant"20 - formellement inscrite dans le règlement de l'usine des lampes Osram en 1913 - apparaît comme le moyen efficace d'empêcher tout lien entre femmes, comme de maintenir les rapports de subordination.

Comment, dans ce contexte, concevoir une action de contestation ? Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard affirme avec raison : "la permission de parler a développé la solidarité". 21

Ces exigences peuvent être moins contraignantes dans certains ateliers féminins, dans la couture notamment. Les relations paternalistes entre employeurs et employées se greffent sur des relations de type familial, prolongeant ainsi les traditions d'échanges entre femmes.
Marguerite Audoux nous en a laissé une description dans L'Atelier de Marie-Claire : le bavardage y est la règle, seul l'accroissement du travail et la fatigue qui s'en suit en rompt le cours.22

Mais cette prescription du silence se perpétue dans les bureaux comme dans les magasins.
Une vendeuse se fait ainsi l'écho de ses camarades qui affirment "ne pouvoir agir par elles mêmes". Elle prie donc en 1898, Marguerite Durand, directrice du journal La Fronde, de se faire leur porte-parole auprès de leur employeur: "Notre lot, le voici : nous devons accepter des salaires qui ne suffisent pas à nous faire vivre et nous taire ; nous devons supporter la station debout, intolérable au bout de quelques heures et nous taire ; nous devons, l'été, subir l'excès du chaud, l'hiver, l'excès du froid et nous taire ; nous devons, après une journée excédante, veiller quand et comment le veulent nos maîtres et nous taire ; nous devons supporter les propos malséants des passants, les propositions brutales de nos patrons et nous taire ; nous devons, malades, nous composer un visage aimable et nous taire. Nous taire, toujours nous taire, si nous ne voulons pas le renvoi."  23

Ce silence s'explique donc moins par la timidité considérée comme "naturelle" de leur sexe ou par la bonne éducation qui vilipende les "répondeuses" ; il relève de l'ordre de la contrainte.
Il est cependant dorénavant contesté.

Syndicalistes, libertaires, communistes, féministes déplorent la passivité des femmes salariées : "Nul est leur rôle social, autant que passif leur rôle de travailleuse", déplore Aline Valette.24

"On aurait cousu le bec aux pauvres bougresses qu'elles ne seraient pas davantage muettes" s'indigne, lui aussi le Père Peinard à l'occasion du ‘fait divers’ suivant.
Un grand couturier de l'Opéra, sous prétexte de rechercher l'auteur du vol de sa bague, impose à ses mannequins "de se foutre à poil".
À cette occasion, Le Père Peinard déplore, lui aussi, "la nigauderie des victimes qui acceptèrent d'être soumises à la visite. Journellement, elles sont le témoin de vacheries que commettent sans vergogne leurs crapuleux exploiteurs et elles ne pipent mot ! Elles subissent tout, assistent à tout sans protester. Pauvres chiffes vivantes, elles n'ont pas conscience de leur personnalité ; engrenées toutes petiotes dans les rouages de l'exploitation, elles trouvent naturelles, les pires horreurs. Et c'est justement parce que ces petiotes sont farcies d'esprit de soumission que les patrons se permettent toutes les ignominies."25.

Les deux grandes enquêtrices féministes du monde ouvrier du XIXe siècle, Marcelle Capy et Aline Valette, confirment ce jugement.
Aline Valette déplore qu' "exploitées comme femme autant que comme producteur, il faut, pour qu'elles ouvrent les yeux que le mal atteigne à son paroxysme". 26
Marcelle Capy constate, douloureusement, que les ouvrières des filatures du Nord, "résignées, trop résignées, domptées, s'inclinent. Elles ne peuvent comprendre qu'une créature humaine s'intéresse à leur sort. Elles rient de qui les observe. Rires de perdues qui se savent irrémédiablement perdues, elles et leurs nichées de mioches. Rires d'esclaves qui croient que tout est fini et ne soupçonnent pas le plus faible espoir. Ces rires me font mal ", écrit-elle.
Et elle termine son article par ce terrible jugement : "Elles sont nées pour être des naufragées. Leurs bouches ont des grimaces de noyées".27

La première qualité des femmes est "leur résignation forcée aux besognes de rebut, aux salaires de famine" s'attriste la féministe Daniel Lesueur. 28

Madeleine Pelletier évoque, elle aussi, "la grande force d'inertie que représente, dans sa masse, la femme prolétaire, esclave de par sa classe et de par son sexe...
Il n'y a pas à se le dissimuler, la femme, dans sa majorité est en arrière de l'homme, elle forme la couche sociale la plus enténébrée."
29

Ces constats émanant de féministes ne sont pas remis en cause.
On les retrouve, mais d'une autre nature, chez les socialistes et les communistes, mais ils sont moins compréhensifs, plus culpabilisants, et le plus souvent, accusateurs à l'encontre des seules femmes.
Certes, l'on reconnaît qu'elles sont exploitées, mais ce qui domine, c'est l'idée qu'elles sont coupables. Certains n'hésitent pas à considérer qu'elles contribuent à la perpétuation du système capitaliste: alliées du patronat pour avoir osé "entrer en concurrence avec les ouvriers", elles sont responsables et de leur "condition" et de l'"œuvre de réaction contre le socialisme".
Pour Fernand et Maurice Pelloutier en 1900 :"L'ouvrier a [donc] le devoir de dire à sa compagne que sa condition est en quelque sorte son oeuvre. Qu'elle n'a, jusqu'à ce jour, rien tenté pour s'affranchir et qu'elle semble même accepter son sort matériel avec autant de passivité et de résignation qu'elle subit son infériorité civile. En acceptant le prix dérisoire que le capital voulait bien lui offrir elle coopère brutalement à l'oeuvre de réaction entreprise contre le socialisme. Elle a commis la faute d'entrer en concurrence avec les ouvriers."

Les femmes sont alors accusées non seulement d'être traîtres à la cause du socialisme, mais aussi à leurs propres maris : "Elles cèdent, sans résistance, comme des prostituées, au lieu de décliner les propositions à la première invite du patronat". 30
En 1903, l'organe de la CG. T. évoque même "la veulerie des ouvrières". 31

Certes, on affirme qu'il faut "gagner la masse encore amorphe des femmes du prolétariat à la révolution", comme l'affirme la résolution présentée au Congrès de Lyon sur la politique féminine du Parti communiste. Mais que l'on croit nécessaire de préciser que l'on doit agir, en ce sens, "sans crainte du ridicule"32, donne une idée de l'état des mentalités, au lendemain de la Première Guerre mondiale, de la société française, de sa classe ouvrière et de son avant-garde communiste.

Ces jugements accusateurs, tranchés, méprisants sont tous marqués de présupposés sexistes, et, dans certains cas, de jugements de classe.
Ils s'expliquent aussi par l'impatience de forces politiques qui déplorent ne pouvoir s'appuyer sur la contestation des femmes.

Mais à se limiter, à s'interroger sur le seul comportement des femmes, on élude la responsabilité masculine.

L'imperceptible tyrannie journalière à laquelle une longue accoutumance asservit si efficacement les femmes, l'isolement dans lequel elles sont tenues, la pesanteur des préjugés expliquent mieux que toutes les interdictions formelles, leur silence, en cette fin de siècle.

Ce en quoi l'oppression vécue par les femmes diffère de celle des hommes, c'est qu'elle leur est enseignée. La culture populaire affirme ainsi qu'" une femme qui se révolte augmente son malheur, celle qui se résigne l'atténue"33.

Cette éducation qui accorde tant de place au rêve d'amour et laisse si peu de place à la liberté individuelle, façonne au don de soi. Comme l'écrit justement Madeleine Vernet, "à l'opposé de l'homme qui se détache dès qu'il a obtenu la possession de la femme, la femme s'attache par le fait même qu'elle se donne ; plus elle se donne, plus elle s'attache". 34

Concernant le comportement des sardinières de Saint-Guénolé, la journaliste de La Fronde emploie ces mêmes termes : "Elles s'attachent à leurs maîtres", lesquels, par ailleurs, les apprécient comme des " bêtes de somme".
Ainsi, le fait "qu'un peu de justice a fait moins rude leurs rapports avec le remplaçant du maître les impressionne fortement", constate-t-elle en le regrettant.
Celles-ci se mettent néanmoins en grève, en 1901. 35

Les relations que les femmes entretiennent à l'autorité, à la hiérarchie, comme avec leurs collègues sont, tout au moins dans un premier temps, nécessairement marquées par cette éducation. Les femmes qui n'ont d'autre identité que de se voir reconnue par un homme, d'autre statut que celui de servir un homme, d'autre alternative de vie que la recherche d'une protection masculine sont les plus nombreuses.
Et, si l'on excepte celles qui avaient une activité salariée ou autonome et les rares militantes, mis à part l'attente de l'amour, quelle occasion d'une vie meilleure peuvent-elles espérer ?

Nous savons cependant peu de choses sur la manière dont cette soumission - ou cette apparence de soumission - est vécue et sur les moyens utilisés par des personnes placées dans des situations sans issue pour abriter leurs refus.

Si la résignation n'est que l'expression plus ou moins consciente de l'absence d'alternative, la ruse, le mensonge, la dissimulation, la vengeance ne sont-elles pas les armes séculaires des faibles ? 36

Aussi serait-il grave de confondre le silence des femmes avec leur consentement. Les féministes dénoncent l'intériorisation par les femmes des valeurs de soumission: "Victimes d'une éducation fausse, (les femmes) tiennent pour vertueux ce principe négateur de tout progrès, la résignation", déplore Marie Bonnevial au Congrès des droits de la femme de 1900.

Ces valeurs féminines se révèlent la plus efficace des contraintes. À trop protéger sans informer, cette éducation entretient la peur et la naïveté, meilleurs garants de l'impuissance.
Résister, suppose, en effet, avoir une certaine conscience de soi, estimer avoir droit à la parole et savoir exprimer son refus.

Là encore, Madeleine Pelletier s'avère une analyste éclairante. Pour elle, l'éducation à l'initiative féminine est toute d'abstention, elle "consiste à mettre l'enfant en présence des difficultés et à y refuser de l'y diriger".37 Et, après avoir dénoncé cette "morale de la passivité", elle explique que "les femmes sont, par suite de cette éducation stupide, privées de l'instinct de défense personnelle qui nous porte, avant toute réflexion personnelle, à riposter lorsqu'on nous attaque".38

Sur les lieux du travail, le beau roman américain de Nancy Zaroulis : Lumières des ténèbres, dont l'action se passe dans le prolétariat américain du Massachusetts du XIXe siècle, nous fournit une situation exemplaire.

Sabra, l'héroïne est ouvrière dans une filature.
Le contremaître s'approche d'elle sous prétexte de l'aider à réparer des fils de chaînes cassés : "Il fit un pas... Son mouvement, qui lui barrait le chemin, était aussi éloquent qu'un mot déplacé.. .
Elle évitait son regard. Elle se tenait parfaitement immobile.
Le moindre mouvement aurait signifié l'acceptation de sa défaite ou du moins aurait été un signe de faiblesse.
Mais non. Il y avait moyen de s'échapper.
Elle se tourna... Elle ne pouvait sortir de là. Elle était sûre qu'il ne la suivrait pas. Elle sentit la main de l'homme sur son bras.
Une vie entière de conseils : sois obéissante, docile, aimable, bien élevée, l'empêcha de réagir.
Sa soumission la surprit autant que sa propre témérité.
Elle ne l'avait pas repoussé brutalement. Il s'enhardit... Il maintint son étreinte... Maintenant, trop tard, elle réagit... : Arrêtez…"
39

Les jeunes filles, les jeunes ouvrières, élevées dans la crainte d'un danger dont elles ne connaissent souvent pas vraiment la nature, sont le plus souvent sans défense, n'ayant pour tout bagage dans la vie que leurs illusions.

C'est ainsi que l'on peut comprendre ce que certains analystes de l'époque ont remarqué, à savoir que nombre de prostituées viennent directement des maisons du Bon Pasteur ou institutions religieuses analogues, fondées sur la soumission et l'enfermement, sur la crainte et l'obsession du corps et de la sexualité.

Lorsque les mères transmettent à leurs filles conseils et mises en garde, c'est sur le mode abstrait de "la méfiance des hommes ", qu'il ne faut pas écouter, qu'il faut éviter, auxquels il ne faut pas répondre, mais auxquels il faut obéir.

Autant de conseils, porteurs d'autant de contradictions, qui n'aident guère à réagir positivement face aux pressions ou aux agressions sexuelles.

Un modèle type de cette injonction en est donné dans le livre pieux de Mathilde Bourdon : Marthe Blondel ou l'ouvrière de fabrique tout entier construit pour démontrer les dangers du travail en usine pour la moralité des femmes.
La mère, contrainte par la dureté de la vie d'envoyer sa fille travailler, lui fait ce sage discours : "Mon enfant, tu seras prudente de toute manière. Tu ne feras pas de connaissances dans la fabrique ; sois honnête avec tous et familière avec personne et puis tu reviendras toujours tout droit à la maison, sans t'amuser dans les rues".40  

L'expression : "Passez votre chemin !", afin de tenter de repousser les avances des hommes, est, selon Madeleine Pelletier, le seul conseil transmis par les femmes du peuple à leurs filles, "de génération en génération, comme l'usage du corset et des bigoudis. Talisman de vertu", cette formule ne renferme, d'après elle, que "la misère des mentalités féminines".41

Pour les plus jeunes, l'ignorance de leur corps, de ses fonctions, de la sexualité, les rend particulièrement désarmées face à des propositions dont elles ne mesurent pas toujours la véritable nature, ni les conséquences possibles.

Dans un article concernant les attentats à la pudeur sur les fillettes au XIXe siècle, Anne-Marie Sohn reproduit, dans un paragraphe, significativement intitulé : "De l'innocence au Péché", la déclaration de l'une d'entre elles, âgée de 10 ans, auprès du juge : " Comment voulez-vous, Monsieur, que j'ai inventé ces choses dont je n'avais jamais entendu parler ? "
Une autre, plus âgée d'une année, rapporte un dialogue avec un domestique : "Il me demanda si je voulais faire l'amour. Je lui répondis que je ne savais pas ce que c'était."
Une troisième, âgée de 14 ans, enceinte après avoir été violée par son propre père, répond à sa mère, qu'elle ignorait ce que c'était que d'être enceinte.

Dans nombre de dossiers dépouillés, poursuit Anne-Marie Sohn, "les récits témoignent d'une incompréhension avouée, d'une incapacité à nommer le sexe ", mais aussi d'une absence de mise en relation entre l'acte sexuel et la grossesse". 42

La diffusion des méthodes néo-malthusiennes contribuera efficacement à relativiser les conséquences pour les femmes de cette ignorance.
Mais la liberté de ton du langage populaire en matière de sexualité, ni la multiplication des avortements, ni même la cohabitation juvénile avant le mariage ne peuvent être considérés, à cet égard, en eux-mêmes, comme des éléments tendant à prouver l'autonomie sexuelle féminine.

Il faut aussi relativiser la réalité de l'éducation sexuelle des hommes, le plus souvent, faite au bordel, sans prise en compte du désir des femmes, ni des conséquences physiologiques de l'acte sexuel.

Les féministes, soutenues par quelques individualité-es, dénoncent l'hypocrisie de l'inégal accès à l'éducation sexuelle. Louise Bodin43 fait ainsi remarquer avec un certain humour, tout en dénonçant cette "injustice violente et révoltante ", que "les hommes affectent de laisser les femmes dans l'ignorance des gestes de l'amour sexuel pour l'accomplissement desquels, cependant, il faut tout au moins la collaboration, l'acquiescement ou la soumission des femmes... La femme n'a pas besoin de savoir ce que l'on fait avec elle. Cela ne la regarde pas." 44

Les différences de classes entre "séducteurs" et "femmes séduites" renforcent encore le poids de cette éducation qui accorde si peu de place à la valeur d'une femme : "La dignité d'une ouvrière, qu'est-ce que c'est que ça ? Ils la violent, il s'en font litière, ils marchent dessus ", constate un libertaire, en 1896, qui a toujours travaillé dans les ateliers et qui "sait très bien de quoi ces gens-là sont capables" 45. Le respect des riches, des puissants n'est-il pas inculqué aux pauvres - aux femmes pauvres plus particulièrement - dès l'enfance ? Aussi, le sens commun veut que "lorsqu'on n'a pas le sou, on ne fait pas la fière."

Dans cet esprit, Hector Malot met en scène la grand-mère d'une institutrice qui veut quitter un emploi, faute du respect qu'elle estime devoir lui être dû : "Elle, qui était assez malheureuse pour avoir le droit de ne pas être juste, ne comprenait pas qu'on ait tant de susceptibilité et de fierté quand on était dans leur position.
Cela était bon pour les riches de lever la tête, pour les pauvres, il n'y avait qu'à tendre le dos."
46

La volonté n'est-elle pas bien fragile lorsque la conscience de soi est écrasée par les contraintes de la vie ? Et ce d'autant plus que l'humilité, le renoncement, le sacrifice sont érigés au niveau de valeurs morales, en vertus cardinales féminines.
Et pourtant ce sont bien les femmes doivent bien assumer tous les jours les contraintes de la vie. Le constat de Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard évoquant "le matriarcat de la responsabilité et du sacrifice" sonne à cet égard fort juste. 47 Les "fortes femmes du peuple" sont issues de cette culture faite de résignation, de force, de générosité.

Si nous connaissons peu la sexualité féminine au XIXe siècle, nous savons que le plaisir féminin est une découverte récente.
Les besoins, les désirs des hommes sont, sans ambiguïté, la norme à laquelle les femmes doivent volens nolens s'adapter.

Pas d'égalité dans le couple, beaucoup de contraintes et bien peu d'amour durable, telle est la réalité dominante de la sexualité des femmes, au XIXeme siècle.
Un médecin, auteur d'un livre intitulé : Le droit à l'amour pour la femme, publié en 1919, estime même que : "99 % fois sur 100, la femme supporte l'acte sexuel sans s'y associer".48
En 1894, pour faire état de violences sexuelles d'un agriculteur sur plusieurs jeunes filles (il est qualifié de Don Juan du village), la Gazette des Tribunaux, qui précise cependant qu'il est la "terreur de celles qu'il embauche", relate, incidemment que : "presque toutes y passaient". 49
L'apparente neutralité de ces termes nous dévoile crûment le peu d'importance accordé, à cette date, par la justice, au consentement des femmes à l'acte sexuel.

Ce n'est qu'après la Première Guerre mondiale que les dénonciations sortent du domaine exclusif de quelques rares féministes ; elles-mêmes sont plus exigeantes.

Madeleine Pelletier, qui, en tant que femme et médecin du peuple, reçoit nombre de confidences, est la plus avancée dans la critique : "Que la femme puisse elle-même désirer ou refuser l'amour, y prendre du désir ou y avoir du dégoût, cela ne vient même pas à l'idée. L'amour est pour elle un devoir, et il serait immoral qu'elle songeât à y chercher du plaisir", affirme-t-elle, en 1923.50 Et elle estime, par ailleurs, que si l'homme "plus intelligent que les bêtes a relevé l'acte sexuel en y ajoutant quelques fois de l'amour, il reste encore bien près de l'animalité".51

Quelques années auparavant, Madeleine Vernet, auteure d'un essai sur L'amour libre, l'une des rares femmes, avec Madeleine Pelletier, à s'être interrogée sur le vécu sexuel des femmes, dénonce la morale courante qui veut que: "seul l'homme a des désirs et des besoins qu'il doit satisfaire.
Ce qu'on justifie du titre de besoin chez l'homme, on l'accable du qualificatif de vice chez la femme.
Il est bien entendu que la femme n'a et ne doit avoir, ni désir de chair, ni besoin des sens.
Les femmes, qui ont ces besoins, sont des anormales.
L'homme se sert d'elles et les méprise.
Pour le plus grand nombre, constate-t-elle, aimer une femme, c'est la désirer et la posséder. L'amour se borne à cela"
. 52

Cette autorité dont les hommes se prévalent pour imposer leurs propres exigences a son corollaire obligé : les femmes se font passives, résignées. Selon Edward Shorter, dans son livre sur Le corps des femmes, c'est bien la résignation - terme que sera aussi employé par Paul Vaillant-Couturier - qui est le comportement sexuel plus courant parmi les paysannes et les ouvrières, au tournant du XX ème siècle. 53 Il n'est pas sûr que les bourgeoises échappent à ce constat.

La peur de la grossesse peut aisément transformer cette résignation en peur, voire en répulsion. La propagande néo-malthusienne ainsi que les progrès de l'avortement en milieu rural et ouvrier - pourtant si traumatisant et si souvent porteur de mort - contribueront néanmoins à diminuer les pressions sur les femmes et à ouvrir la voie à leurs désirs.

Quelques hommes abordent cependant ce problème.

Dans un texte courageux, datant de 1924, un responsable communiste, Paul Vaillant-Couturier dénonce le pouvoir sexuel masculin.
Tout en affirmant farouchement l'opposition du communisme au féminisme, "la pire des sottises et la mieux organisé des duperies, doctrine de stérilité et de fin du monde qui convient à une société pourrissante", il adresse à ses camarades hommes, "le frein le plus puissant à l'émancipation de leurs compagnes", des critiques que les féministes n'auraient pas reniées : "Avouons le donc... Nous acceptons comme dus les services domestiques de nos femmes et leurs gestes sexuels souvent résignés. Nous nous reconnaissons trop souvent une autorité sur elles, autorité qu'exigent, seule, une loi que nous répudions et les injustices d'une société que nous voulons jeter par terre...
Quelle que soit l'idéologie anarchisante d'amour libre, la classe ouvrière est parfaitement ravagée par l'esprit de la petite bourgeoisie conservatrice.
L'esprit de propriété que les pauvres ne peuvent guère exercer que sur des meubles tristes, ils le réservent à la puissance jalouse de leurs femmes.
On dit 'posséder une femme', être 'en puissance de mari'."
54

C'est dans le cadre de ces rapports de domination que l'on peut comprendre la difficulté de ces femmes à réagir face aux exigences d'un maître. Dans l'immense majorité des cas, les femmes subissent, en se taisant, ces contraintes sexuelles. Comme la petite Roque, violée, puis tuée par Renardet, dans la nouvelle de Maupassant, elles sont alors "trop effarées pour résister (et) trop épouvantées pour appeler".55

Mais la peur et la force brutale n'expliquent pas tout.
Sans sous-estimer ces violences - alors que nous commençons seulement à découvrir leur ampleur et leur gravité - on doit s'interroger sur les mécanismes qui permettent de comprendre la relative faiblesse affirmée de la résistance.

On peut également tenter de saisir comment certaines femmes ont pu, non pas accepter ces violences, ni y consentir - ce qui supposerait qu'elles aient été libres - mais, en les subissant, tenter de les banaliser, les relativiser, s'y adapter.

Faute de sources historiques adéquates, nous pouvons évoquer, non sans précautions, quelques sources littéraires qui nous ouvrent des pistes de réflexion.

Dans Une vie, de Maupassant, Rosalie, sommée de répondre sur les raisons qui ont conduit son patron dans son lit - comme si elle en était responsable - tente d'expliquer à la baronne, son épouse, ce qui s'est passé : "J'sais ti, mé ? C'est le jour qu'il a dîné ici, qu'il est v'nu m'trouver dans ma chambre. Il s'était caché dans le grenier. J'ai pas osé crier pour pas faire d'histoire. Il s'est couché sur m'é ; j'savais pu c'que faisais à çu moment là ; il a fait c'qu'il a voulu. J'ai rien dit parce que je le trouvais gentil." 56

Si le patron de Rosalie se cache dans le grenier, celui de Rose, La fille de ferme, se glisse dans son lit, alors qu'elle dormait : "Elle comprit ce qu'il cherchait et se mit à trembler très fort, se sentant seule dans l'obscurité, encore lourde de sommeil. Elle ne consentait pas, pour sûr, mais elle résistait nonchalamment, luttant elle-même contre l'instinct toujours plus puissant chez les natures simples. Il la découvrit d'un mouvement brusque. Alors, elle sentit bien qu'elle ne pouvait pas résister. Obéissant à une pudeur d'autruche, elle se cacha la figure dans ses mains et cessa de se défendre." 57

Le terme "céder", l'expression "se laisser faire" sont probablement ceux qui, dans nombre de cas, s'approchent au plus près de la réalité.
Les femmes, jeunes pour la plupart, "cèdent" par attachement au maître, lié au pli du servage, par peur d'être renvoyées, faute de savoir comment réagir, sans évoquer "la séduction troublante des bonnes manières, de la gentillesse du délinquant".58
Car, dans un monde fait d'uniformité, d'ennui, de solitude, d'absence de reconnaissance de soi, de répétition éternelle des mêmes gestes ; dans un monde qui nie la sexualité et, plus profondément encore l'individu-e, le désir de la jeune fille, de la jeune femme ne demande qu'un objet de fixation.

Un patron, bien habillé, la joue fraîche, porteur, par sa seule présence, de l'existence possible d'un autre monde, peut aisément jouer ce rôle.
Pour autant qu'il ne soit pas la caricature de la peau de vache ou du chameau, il lui suffit souvent d'utiliser, avec plus ou moins de raffinement, le prestige qui émane de lui.
Un comportement paternaliste, sévère mais compréhensif, peut désarmer les résistances, et permettre à des tendresses inavouées d'émerger.

Faute d'une même culture de classe, d'une même culture sexuelle, certaines prennent la commisération pour de la sollicitude, la familiarité pour de la bienveillance, les fausses promesses pour argent comptant.
Pour peu que certaines formes soient respectées, le désir de l'homme est interprété comme de l'amour.
Ajoutons que beaucoup de femmes, élevées dans une culture de dépendance, sensibles au prestige masculin, peuvent être flattées de se voir l'objet d'attention.

Ces exigences masculines, en rêvant un peu, peuvent alors s'accorder à de secrètes aspirations.

Dans un monde ouvrier où tout nie la féminité, dans un monde domestique où les bonnes sont considérées, selon Séverine, comme "un être à part, entre le piano et la pierre à évier" 59, ou selon Octave Mirbeau, comme "quelque chose d'intermédiaire entre le chien et le perroquet" 60, un geste, un compliment, une simple attention peuvent faire tomber aisément de bien fragiles forteresses.

Dans la nouvelle de Maupassant, Rosalie Prudent, celle-ci se laisse "prendre" par le neveu de ses patrons, parce que, explique : "Il me répétait que j'étais une belle fille, que j'étais plaisante... Que j'étais de son goût. .. Moi, il me plaisait, pour sûr. .. Que voulez-vous ? On écoute ces choses-là, quand on est seule... toute seule... comme moi... Ça m'a fait comme un frère qui s'rait revenu quand il s'est mis à me causer. Et puis, il m'a demandé de descendre à la rivière, un soir, pour bavarder, sans faire de bruit. J'y suis v'nue, moi. J'sait-il ? Je sais-t-il après ? Il me tenait par la taille…
Pour sûr que je ne voulais pas... non... non...
J'ai pas pu... je vous jure... J'ai pas pu...
Il a fait ce qu'il a voulu...
Ça a duré trois semaines".
61

Jules Simon évoque, pour sa part, "ces pauvres filles isolées qu'il est si facile de séduire parce qu'elles sont si reconnaissantes à la première attention qui s'offre" 62 et Michelet - qui savait de quoi il parlait - "la petite bonne, qui est d'avance à celui qui lui montrera un peu d'amitié." 63

Un rapport sexuel, une liaison, donne, redonne un temps le sentiment d'exister.

En outre, céder à un supérieur, c'est aussi, pour autant qu'il ne s'agisse pas d'un viol sans appel, transgresser un moment la barrière des classes ; c'est, un temps, abolir les frontières, dans le court moment de la relation.

Sulette, dans le roman de Léon Frapié, La figurante, après avoir été l'objet d'une habile stratégie du fils du patron pour désamorcer son refus, se laisse finalement prendre, "inconsciemment subjuguée de se sentir arrachée à la domesticité vulgaire et entraînée vers un autre servage réservé, inconnu." 64

Quand Marianne, dans le roman d'Octave Mirbeau, Le journal d'une femme de chambre, annonce à Célestine "avec une sorte de fierté", qu'elle est enceinte de Monsieur, qui, sans rien lui dire, "s'était jeté sur elle", elle lui précise : "J'ai bien vu de quoi il s'agissait... Monsieur, vous comprenez... Je n'ai pas osé me défendre... Et puis, on a si peu d'occasions, ici ! Ça m'a étonné... mais ça m'a fait plaisir... Alors, il est revenu, souvent... c'est un homme bien mignon, bien caressant." 65

Mais, c'est le plus souvent, dans la violence, le silence, la non communication que se passent ces rapports entre deux êtres qui n'ont souvent que peu de choses à partager, à échanger, à l'exception d'un échange physique.

Dans le roman de Jules Renard, Les cloportes, une scène entre Monsieur Emile, le fils de la patronne, et Françoise, la petite bonne nous dévoile cette absence de culture amoureuse que l'écart de statut social aggrave encore.
Émile est tombé, dans le foin, sur elle: "Françoise se débattait, étouffée et pouvait à peine articuler : Oh ! Monsieur Emile, monsieur Emile ! Elle pleurait, sans force, soumise, aimante. Ils ne se parlaient pas, ne se disaient aucune tendresse. Françoise ne savait pas et Emile ne pouvait pas. Étroitement mêlés, ils restaient étrangers l'un à l'autre. Se bornant à la caresse, ils hésitaient devant le mot du coeur qui lie plus fortement encore. Si Emile avait dit : Je t'aime, Françoise ne l'aurait pas crû. Si elle lui avait dit : Je t'aime, elle lui aurait déplu. Vaguement, ils se rendaient compte qu'un vide existait entre eux, impossible à combler. Françoise était heureuse et pleurait. Émile possédait avec gêne. Embarrassés, passionnés, sans paroles, ils se sentaient mal à l'aise, inhabiles aux aveux, comme s'ils se fussent servis d'une langue différente. Pleine d'amour, Françoise subissait Monsieur Emile et Monsieur Emile prenait sa servante comme un muet prend une sourde". 66

Signe des temps, dans certains romans modernistes de l'après-guerre, non seulement les hommes qui "profitent de leur situation" pour coucher avec leurs employées sont sévèrement jugés, mais le comportement, jugé trop passif de celles-ci, est, lui aussi, l'objet de la critique.

Il en est ainsi du personnage de Rosa, la femme de chambre, dans le roman de Victor Marguerite : Le Compagnon.
Pierre Lebeau, directeur de journal, "un de ces malades qui ne peuvent se trouver seul avec une femme sans passer de la vue au désir, et du désir aux actes, l'avait trouvée jolie, le lui a dit et même prouvé !... Mais oui, sur le champ... comme ça, dans son cabinet de travail. Elle attend un bébé de cette furtive liaison".
Informée de cette histoire, Cécile Hardy, l'institutrice féministe, ne fait pas de misérabilisme et exprime sa colère contre "cette idiote qui s'est laissé faire... abrutie... peut être flattée".67

La dénonciation des pouvoirs sexuels masculins sort de l'analyse abstraite qui déréalise, du misérabilisme qui accable et de la culpabilité inopérante pour entrer dans l'ère de la responsabilité.

Les féministes peuvent pour leur part tout à la fois critiquer ces pouvoirs, sans pour autant revendiquer le maintien d'une logique de protection. L'amour libre - qui n'est plus le seul apanage des hommes - devient une revendication des femmes. Mais cela suppose que "l'homme et la femme soient pleinement consentants, sans contrainte de part et d'autre... Cela déplaît, paraît-il à ces messieurs" écrit Madeleine Vernet. "Sans doute ont-ils peur de ne plus avoir de femmes pour eux, le jour où h femmes seront libres de se donner à leur gré.  Loin d'être une permission de dévergondage, 'l'amour libre' sera la vraie moralité." 68

Ce qui doit être noté, c'est que, si la liberté des femmes est encore largement invoquée pour mieux les accabler, des failles apparaissent dans des discours fondés sur leur exclusive responsabilité.

Dans une série d'articles intitulés : "Qu'est-ce que l'honneur?" publiés en 1900, dans La Fronde, la romancière Marcelle Tynaire affirme que : "pour les hommes, celui-ci consiste surtout à respecter la propriété, (et) pour les femmes, à respecter, en elles-mêmes, la propriété de l'homme".
C'est alors dans leur capacité à se taire que réside leur fierté.
À l'appui de cette affirmation, elle affirme que : "Lorsqu'un père découvre que sa fille a été déshonorée, neuf fois sur dix, il commence par l'assommer, ensuite, il recherche partout le séducteur pour le lui faire épouser. Le séducteur est un malhonnête homme ; il est méchant, hypocrite, brutal. Tant pis ! La jeune fille sera malheureuse toute sa vie, mais l'honneur sera satisfait. "

Elle évoque en ce sens, le cas d'une institutrice française, Louise Masset, pendue en Angleterre, le 9 janvier 1899. D'après elle, les tribunaux britanniques la jugèrent beaucoup moins "à cause d'un crime hypothétique, qu'en vertu du péché d'impureté qu'elle avait commis". Sa propre mère, "révoltée de son inconvenance amoureuse", a refusé de l'embrasser, la veille de sa mort.69

De fait, les risques d'une accusation sont si lourds, si graves pour la victime, que les femmes, préfèrent souvent défendre une morale de la pudeur.
Le silence peut apparaître - et l'est effectivement le plus souvent - moins coûteux que le prix de la dénonciation.

Lorsque certaines dénoncent les injustices dont elles sont les victimes, dans la quasi-totalité des cas, c'est à elles de partir. "Les plaintes isolées ne donnaient aucun résultat et portaient plutôt préjudice à celles qui les formulaient" affirme lucidement, sur la base d'une expérience de plusieurs dizaines d'années, une responsable syndicale, en 1907. 70
Aussi, les femmes sur lesquelles un homme a jeté son dévolu, ou qui ont été violentées, doivent "passer à la caisse" ou même, s'en aller, "sans demander leur compte", sans mot dire.

Les patrons ont en outre vite fait d'évoquer, devant les récalcitrantes, une possible intervention policière.
Julie Daubié évoque même des "hommes fort connus qui ont eux-mêmes livré à la police des femmes dont ils ont abusé".71
On peut toujours créer de toutes pièces une faute professionnelle - justifiant légalement le licenciement - placer une pièce d'outillage dans un casier personnel ou une somme d'argent, de l'argenterie dans la malle d'une bonne à tout faire.

La norme est donc soit le départ, soit le licenciement de celle par qui le scandale risque d'arriver. Car c'est elle qui dérange, parce qu'elle dévoile ce qui aurait dû rester caché.

Une jeune ouvrière, au Creusot, en 1899, est violentée par un contremaître, pourtant reconnu coupable. Mais c'est elle fut "en butte à de telles vexations, à de telles injustices qu'elle dût quitter l'usine et même la ville où la vie était devenue impossible, sans que l'on fit rien, en haut lieu, pour la retenir ou pour demander l'explication de ce départ."72

En 1900, une jeune fille à l'usine Clément à Levallois est enfermée par un contremaître dans la salle d'archives d'une usine désaffectée. Le directeur passe, par hasard, par là. "Sur ses injonctions répétées, le quidam dut ouvrir. Grand tapage dans la maison…Le directeur prit une mesure énergique et renvoya qui ? la demoiselle. " 73

Trente ans plus tard, chez Flaive, à Saint Etienne, à l'atelier de mécanique 3, une jeune fille se trouve être "l'objet de convoitise d'un chef qui tenta même d'abuser de sa force". Bref, une tentative de viol. "Se voyant repoussé, ce petit monsieur lui cherche querelle et tenta par tous les moyens, à la faire renvoyer". Sur une "petite peccadille" - la jeune fille s'étant mise au travail un peu après l'heure - il alla se plaindre d'elle au chef d'atelier.
La coupe était pleine, l'injustice trop insupportable. "Devant tant de brimades", elle explique à ce dernier les vrais motifs pour lesquels on exigeait son renvoi. Le chef d'atelier déclare qu'il allait en référer au directeur, ce qui fut fait. Ce dernier procède à une enquête. Elle fut menée et aboutit.... au renvoi de la jeune fille, alors que "devant elle, il avait fait des aveux complets au chef d'atelier". 74

De toutes façons, "ce sera votre parole contre la mienne" affirment, ave beaucoup d'assurance, les auteurs de ces violences.

L'hypothèse que la parole d'une femme puisse, en elle-même, avoir une valeur et fonder une accusation, qu'une décision de justice puisse aller à l'encontre des hiérarchies sexuelles et sociales, n'est alors pas évoquée.

Qui peut en effet imaginer qu'un policier, qu'un tribunal puisse mettre sur le même plan, la parole d'une femme - qui plus est, subordonnée - avec celle d'un homme qui est en outre hiérarchiquement en position de pouvoir vis-à-vis d'elle, comme souvent, vis-à-vis de bien d'autres ?

L'absence de chef d'inculpation [sauf si la victime est violentée physiquement et a moins de 13 ans ou, si elle a entre 15 et 21 ans et est capable d'apporter les preuves de la séduction dont elle a été l'objet] est l'une des raisons premières du silence des femmes.

Le difficile accès à une justice - exclusivement masculine - coûteuse pour des femmes déjà démunies, cumulé avec la nécessité d'une préalable autorisation maritale pour les femmes mariées, le renforce encore.
De fait, la justice ne traite souvent pas mieux les femmes que ne le fait la société.

Julie Daubié signale un procès, à la Cour d'assises des Bouches-du-Rhône, en mars 1864, au cours duquel l'avocat général déclare : "J'admets que Monsieur Roux ait fait des ravages dans la partie féminine de la domesticité d'Alais ; je ne veux certes pas le couronner de roses ; mais je ne crois pas non plus qu'il mérite le gibet pour cela." 75Le sexisme si patent de cette affirmation provoque cependant la réaction indignée de l'avocat de la partie adverse.

Il existe plusieurs moyens pour faire taire les victimes lorsqu'elles réclament ce qu'elles estiment être leurs droits, pour mieux occulter la réalité de la situation inégale et invalider leur témoignage.

Le premier, classique, est la subornation de témoins, placés en général, eux-mêmes, dans des rapports de subordination - inhérents au contrat de travail - lesquels ne leur laissant que peu d'autonomie.

Le second, en cas de dépôt de plainte, est de menacer l'accusatrice de dénonciation calomnieuse, déplaçant ainsi le problème ; c'est alors à elle, accusée d'avoir voulu nuire, qu'incombe la charge de la preuve.

Dans le même sens, il est aussi possible d'accuser les femmes de chantage.
En 1901, une jeune femme qui pose le nu pour un peintre de Montparnasse, donne naissance à un enfant. Le peintre met autant d'énergie à nier sa paternité que le modèle en met à l'affirmer ; elle exerce des menaces, fait un chantage.
Il porte plainte contre elle et obtient gain de cause. Le fait qu'elle se retrouve seule à élever son enfant et que cela a produit, selon ses termes, "le désastreux effet de briser sa carrière" n'est pas évoqué par le tribunal qui "se garde bien d'essayer de percer le voile que la loi a elle même jeté sur la paternité naturelle". Et c'est elle qui est condamnée à 13 mois de prison avec sursis et 100 francs d'amende.76

Enfin, il est possible - et très fréquent - d'accuser les victimes d'avoir effectivement été la maîtresse des hommes qu'elles accusent, ce statut étant supposé effacer contraintes et violences. C'est en tout cas l'argument employé par Nicolas Touloppe, âgé de80 ans, habitant à Maison-Laffite. Il a vitriolé sa femme de ménage qu'il "poursuit de ses assiduités" et qui "ne répond pas, à [son] gré, à ses avances". 77 Son seul système de défense à l'audience est qu'elle est sa maîtresse.
Nous ne savons pas la réalité de leurs relations, mais nous pouvons nous interroger sur le raisonnement. Faut-il déduire que, dès lors qu'elle a eu des relations sexuelles avec lui, elle lui appartient et qu'il est alors en droit de la vitrioler ? Ou pense t-il, en affirmant son "inconduite", justifier qu'elle mérite le sort qui lui est fait ?

Comme Marie-Agnès Mallet l'a montré, les femmes confrontées à la justice, le sont parce qu'elles sont déjà inculpées pour infanticides, avortements ; elles sont alors dans les plus mauvaises conditions pour dénoncer leur complice, voire l'auteur même du crime.
Il faut vraiment des circonstances exceptionnelles pour que cela arrive.

L'histoire véridique suivante, publiée dans le journal Le Rappel, en août 1869, produite par Léon Richer, semble sortir tout droit d'un roman populiste Ponson du Terrail, Mathilde Bourdon ou Hector Malot. Mais elle met le doigt la partialité masculiniste des jugements d'assises dont les jurés sont exclusivement des hommes. Et la gravité de leurs conséquences.

Au service d'un notaire M.C, Félicie R. accusée d'infanticide, est arrêtée et jugée. Le dit notaire qui fait partie des jurés - demande les circonstances atténuantes, puis se rétracte rapidement, confronté à l'allusion d'un autre juré sur son éventuelle responsabilité quant à la naissance de l'enfant de Félicie. Celle-ci, sommée de nommer son complice, refuse.
La sentence tombe.
Elle est condamnée à mort.
C'est alors qu'elle s'écrie : "Eh bien quand on m'a demandé si j'avais un complice, j'ai dit : non. J'ai menti. J'ai même fait mieux, ce n'est pas moi qui a tué l'enfant, c'est le père. Et ça ne suffit pas, maintenant, voilà qu'il tue la mère, à présent ! "
Et elle poursuit : "Dites donc, vous les bourgeois ! Ça ne vous suffit pas de nous faire des enfants et de nous les tuer de peur qu'ils nuisent à votre ménage et à votre réputation. Il faut encore que vous soyez nos juges et que vous nous condamniez ! "
Je ne sais si elle fut exécutée. Quant au notaire, inculpé, fut condamné dans un procès ultérieur, mais bénéficia de circonstances atténuantes. 78

Aux contraintes sociales, économiques et sexuelles, s'ajoute, pour les seules femmes, le poids des normes sociales qui confère aux femmes la responsabilité de leurs rapports aux hommes. L'accusation est le plus souvent sommaire : "Elle a fauté " fait fonction d'analyse.

Comme le dit Antoine Silvère dans Toinou, à la fin du XIXe siècle, "la responsabilité de la fille étant seule en jeu, il ne serait venu à l'esprit de personne que la faute put être partagée avec quiconque". 79

Peu importe les moyens employés par le séducteur, c'est à elle d'assumer les conséquences d'avoir "mal tourné". Aussi, dénoncer une violence, c'est se mettre soi-même au ban de la société car c'est confirmer la perte de son honneur. C'est ainsi que l'on peut comprendre que les femmes sont d'autant plus contraintes au silence que les violences durent plus longtemps et qu'elles sont plus révoltantes.

Dans "la bonne société", comme dans la petite bourgeoisie, une jeune fille enceinte n'est pas fréquentable, on ne l'épouse pas, on la montre du doigt ; elle disparaît de son milieu, marquée du mépris et de la honte. À moins que la famille compréhensive ne trouve rapidement un mari de remplacement dont on peut acheter la complaisance par une dot qu'il est alors en droit de négocier, à son avantage.

Dans les petites annonces du Chasseur Français de l'avant-guerre, toute une catégorie d'annonces matrimoniales, émanant d'hommes, précisent que l'on est "prêt à passer sur tache".

C'est la femme qui est salie, flétrie, souillée, altérée ; son intérêt bien compris réside alors dans sa capacité à se cacher aux yeux des autres.
Il faut se taire pour ne pas entacher une réputation, si facilement salie et empêcher à tout prix le scandale qui rejaillirait d'abord sur la victime, mais aussi sur sa famille.
L'essentiel est alors de sauvegarder les apparences face à la menace d'une accusation de l'opinion qui vaut souvent jugement.
Pour les femmes qui exercent une activité professionnelle, tout se passe souvent comme elles devaient racheter, par une vie d'austérité, la transgression que représente la volonté d'autonomie que représente le travail salarié et comme si elles devaient, en affichant une conduite réservée, circonvenir l'accusation de se vouloir indépendantes.

Ce sont les premières institutrices laïques qui se sont plaintes le plus fortement de ce contrôle social si pesant. L'une d'entre elles évoque cette réalité : "Elle vit toujours seule et toujours épiée. Sa moindre démarche prête aux plus malveillants commentaires. Veut-elle, après la classe, aller rafraîchir son front sur les grandes routes ? Elle court à un rendez-vous. S'enferme-t-elle dans sa chambre pour y pleurer ? C'est une hypocrite qui cache son jeu, ses amours ? Pare-t-elle sa jeunesse d'une fleur ou d'un ruban ? C'est une coquette, dévergondée. Demeure t-elle prudente et réservée ? C'est une mijaurée que méprise ceux qui valent mieux qu'elle...
Trop heureuse si quelque jour l'insistance des calomnies ne provoque pas le scandale, le déplacement d'office, la disgrâce, l'exil".
80

Dans les classes populaires, ce modèle n'est pas aussi prégnant.
Il est alors moins question de chute - d'où serait-on tombée ? - que de "faute", de "bêtise", de "destin malheureux".
En tout état de cause, les femmes n'ont pas grand-chose non plus à gagner en parlant.

Cependant, dans tous les milieux, la capacité d'une indépendance par le salaire permettra, plus que tous les discours, aux femmes de vaincre ces préjugés, ces abus des temps passés. Il faudra attendre l'arrivée des jeunes diplômées sur le marché du travail, pour que le poids des préjugés s'érode. Toutes n'y parvinrent cependant pas.

La marge d'initiative laissée aux femmes est bien faible.
Les suicides de femmes, mais surtout de jeunes filles "séduites" par leurs maîtres ne sont pas par hasard, de si populaires sujets de romans à succès.
Le préjugé pesant sur les filles perdues est lourd ; la réputation imputée à une femme qui peut décider d'une vie, et en tout état de cause d'un mariage, expliquent que tant de jeunes filles, faute de pouvoir réagir face à ces exigences, de pouvoir en parler, a fortiori braver l'opinion, n'ont d'autre alternative que le suicide.

Julie Daubié évoque celui d'une servante à Paris qui, apprenant que son patron a décidé, après lui avoir promis le mariage, de la licencier dès qu'il avait appris qu'elle était enceinte, se pendit dans la maison même d'où elle allait être bannie. La justice appelée sur les lieux fit son enquête et constata "un suicide volontaire". 81

En 1893, un double suicide, particulièrement atroce, consécutif à l'exercice d'un droit de cuissage est découvert à Troyes.
Deux jeunes filles de 17 ans, liées l'une à l'autre par leur tablier "afin sans doute de montrer plus de fermeté et de s'encourager réciproquement" 82, les yeux bandés avec leurs mouchoirs, sans doute pour ne pas se voir mourir, sont repêchées dans le canal de la haute Seine, à deux kilomètres de la ville. L'autopsie révèle que l'une d'entre elles, Octavie Dupont, à qui on ne connaît aucun amoureux, est enceinte de deux mois.

Les deux amies travaillent dans le même atelier de bonneterie.
L'une d'entre elles qui a dans son corsage une somme de 4,25 francs correspondant au reliquat de son compte a été renvoyée, le matin même par son patron Oscar Hirlet, fabricant de bonneterie. Elle a déclaré qu'elle n'osait plus rentrer chez sa mère.

Son amie, apprenant la nouvelle de son renvoi avait voulu, elle aussi, quitter son emploi.
Selon le Père Peinard, "son patron a pratiqué sur elle, comme sur bien d'autres, le droit de cuissage et l'a envoyée paître lorsqu'elle l'avait informée de sa grossesse." Octavie raconte son histoire à Marie Renaud, lui conseillant de se méfier, car, "un de ses matins, c'est à elle que le patron s'en prendrait. Fallait pas qu'elle se croie plus à l'abri que les autres. Et ça arriva, nom de Dieu ", lit-on dans le Père Peinard, particulièrement indigné par ce droit féodal, si aisément repris à leur compte par les patrons capitalistes. "À se voir les victimes de leur singe, à se dire que ce que l'une avait subi, l'autre avait évité, il faudrait l'endurer demain et après... ça leur tourna la boule. L'horreur de vivre esclave, de servir de matelas à leur exploiteur, horreur si forte qu'elles préférèrent en finir illico que de vivre cette garce de vie". 83

La nouvelle de ce double suicide fait, selon la presse régionale, l'objet de toutes les conversations des milliers d'ouvriers - et d'ouvrières - qui se rendent à leurs ateliers respectifs.

Cependant, une semaine après la découverte des corps, un journaliste du Petit républicain de l'Aube, constate l'absence de manifestation de douleur ou de sentiment de pitié, dans la population de Troyes : "L'indifférence a été si profonde, si générale, que la plupart de ses concitoyens se demandaient de quoi il voulait faire part " explique-t-il dans son article. Et pourtant, écrit-il : "les acteurs vivaient au milieu de nous, beaucoup d'entre vous les connaissent, étaient des vôtres...
Mais le suicide de deux enfants ne menace personne.
Et chacun pense à autre chose"
.84

La triste -et si belle - histoire de Rose telle qu'elle nous fut retranscrite par Antoine Sylvère se conclut aussi par un suicide.

Toinou, le paysan auvergnat, nous explique que "cette histoire bouleversa (leurs) cœurs, pourtant si difficiles à émouvoir et (les) plongea dans une extrême perplexité quant aux lois qui régissaient (leur) société".

Voici ce texte, si bouleversant :
"Rose, la petite vachère des Cussac, s'abandonnait au fils de ses maîtres comme les vaincus de la vie s'abandonnent au malheur. Ce grand gars aux dents noir insolent et brutal était le cauchemar de ses nuits, la permanente hantise ses jours empoisonnés.
- Eh la petite garce, on y va ?
Que ce fût sous l'une ou l'autre forme, un identique sentiment de honte et de dégoût soulevait le coeur de la fillette.
- Je me demande pourquoi tu fais encore des grimaces, disait ensuite gars, médiocrement satisfait d'une abdication consentie dans le fatalisme la résignation.

Depuis deux mois, c'était un fait accompli.
Le mal était ci, venu une habitude et la petite, entrée dans le monde sans joie des filles qu'on prend sans amour, s'y débattait sans apercevoir d'issue.
Elle n'avait pas 15 ans.
Les alternances de peines légères et de joies puériles avaient fait place pour elle à un marasme chronique ; comme si elle eût souffert de l'un quelconque de ces maux prétendus incurables et gardés secrets...

Elle avait été placée la Saint-Martin chez les Cussac, une maison qui nourrissait bien.
Elle y avait été heureuse jusqu'au jour où... Le jour de la foire de Moissac, elle était restée seule avec le fils pour ensacher le restant du blé de l'année...

Et ce fut un grand malheur.
Elle ne s'était pas méfiée quand il avait commencé à la regarder drôlement.
Puis tout à coup, il était devenu comme enragé. Il l'avait jetée à terre en étouffant ses cris, et forcée sans ménagement. Après, pendant qu'elle sanglotait, le gars avait été chercher un fusil et, devant elle, l'avait chargé de deux cartouches.
Folle de terreur, elle s'était jetée à genoux, pleurant sa mort que raconteraient les journaux, et avait demandé grâce, jurant dix fois de suite que personne, jamais, ne saurait rien.

Il l'avait durement signifié, en tapant sur la batterie :
- Mets-toi bien dans la tête que je ne veux pas aller en prison. Compris ?
Avant que les gendarmes viennent sur notre bien, il y aura une cartouche pour toi et une pour moi. Alors autant que tu te fasses une raison. Il y en a toujours un qui t'aurait eue, pas vrai, alors un peu plus tôt, un peu plus tard.
Et il avait conclu, avec un sourire satisfait :
- Autant que ça soye moi qu'un autre, hein, t'es d'accord ?

Depuis, la pauvre Rose se sentait toute abîmée, lasse de son corps, comme elle s'imaginait que doivent l'être les femmes qui sont très vieilles.
Si souvent le fils Cussac avait réitéré ses violences qu'il était impossible d'en dire le nombre et cependant, jamais il ne faisait attention à elle quand il y avait du monde.
Un soir, la patronne avait observé :
- Notre Rose prend des tétons comme une nourrice. Faudra la surveiller. C'est déjà fait comme une femme mais faut pas croire que ça a de la raison.
Le fils avait riposté :
- T'inquiète pas, va ! Yen a plus d'un dans le pays qui se vante de la frayer. Tout de même, s'il lui arrivait quelque chose, pense un peu aux embêtements qu'on aurait, nous autres !

La petite s'était enfuie, prise d'une épouvantable confusion, anéantie par le cynisme de cette offensive inattendue.

À table, pendant la soupe, la vieille avait repris le sujet et l'avait admonestée sans délicatesse :
- Tu prends de drôles de manières, ces temps-ci, ma petite. Je me méfie, tu sais. T'aurais ça dans le sang que ça ne m'étonnerait qu'à moitié. Mais si tu fais la pute, c'est nous qu'on serait responsables.
Et elle avait ajouté :
- Je crois qu'on ferait bien de prévenir M. Gaure, si ça commence à se savoir dans le pays. Pas de fumée sans feu, comme disait ma grand-mère !

Cette menace terrifiait la petite :
- Quoi j'ai fait ? avait-elle bredouillé, sanglotante. Dites-le, au moins. Pourquoi que vous m'êtes tous après ?

 Si elle n'avait pas manqué de courage, elle aurait pu en appeler à M. Gaure.
Mais, non elle aurait été trop honteuse. Comment dire ces choses-là ?
Et puis, elle avait peur de cette charge de plomb dans le ventre qui lui était promise.
Et si elle ne mourrait pas, personne ne voudrait croire la vérité.
Il y avait trop longtemps que ça avait commencé...

L'idée cent fois reprise et refoulée de se confier à M. Gaure l'agitait comme une houle.
Je lui dirai et lui demanderai pardon décidait-elle soudain et puis elle changeait d'avis :
-
Non, je n'oserai pas, au premier mot, j'en perdrais le souffle !
Les pauvres, les abandonnés n'ont qu'à se taire quand il leur arrive des choses de la sorte. Le mieux est toujours que personne ne sache...

 Le dimanche de la Fête-Dieu, les Cussac et leur fille prirent la voiture pour aller à Ambert, à la séance du soir donnée par le cirque Kruger... La charge de la maison était laissée à Rose...
Le fils Cussac, ivre depuis le matin, cuvait son vin...
Dès le départ des voyageurs, Rose appréhenda le réveil de la brute, se tenant prête à le subir puisque le fait était maintenant coutumier.

Désormais, elle obéissait dans l'attente d'un avenir qu'elle prévoyait avec épouvante : sa taille s'épaissirait et on la montrerait du doigt.
C'était si affreux qu'elle s'efforçait de ne pas penser.

Au crépuscule, le fils Abrial, le fils Beisse et un gars de la Murette vinrent faire grand tapage dans la cour et réveiller l'ivrogne.
Il s'agissait de consommer sur l'heure une bouteille d'absinthe...
La jeune fille se réjouit prématurément d'une arrivée qu'elle croyait opportune.

Un appel éraillé la tira de ses réflexions douloureuses :
- Hé la fille ! Viens par ici !
Passive, elle obéit à la voix du fils Cussac comme l'eut fait un chien docile et se traîna vers la grande salle avec une lenteur craintive. Derrière elle, quelqu'un ferma la porte à clé.

Les quatre gars, les yeux luisants, la respiration courte, se rassemblèrent autour d'elle.
Avec autorité, son jeune maître rompit le groupe et entraîna Rose vers la chambre du rez-de-chaussée encore souillée de vagues odeurs de vomissures. Un garçon observa :
- Elle ne dit rien, elle doit aimer ça !
Mais bientôt la pauvre enfant se mit à crier :
- Je ne veux pas laissez-moi tranquille ! Pitié !
Un moment après, du seuil de la pièce qu'il quittait, le fils Cussac invita Abrial :
- T'es le plus ancien dans le grade le plus élevé, c'est ton tour.
La malheureuse petite tenta alors une résistance désespérée qui la dénuda complètement.
Les mâles présents furent appelés en renfort.

Ce ne fut que plusieurs heures après que Rose, enfin rendue à elle-même eut le droit de se lever et de s'habiller.
Le fils Beysse proposa une collecte en faveur de la p'tite.
Cette idée fut acceptée avec enthousiasme.
- Ça vaut bien dix francs chacun, proposa Abrial.
Le gars de la Murette offrit à Rose un verre de liqueur qu'elle dédaigna autant que les pièces de dix francs, abandonnées sur la table.

Elle n'eut pas un mot de reproche.
Son visage sans larmes avait la pâleur sereine que l'on observe chez les êtres frappés à mort.
- Te tourmente pas pour les vaches, repose-toi, proposa le fils Cussac, vaguement troublé. On ira les traire à ta place.

S'agenouillant près d'un baquet d'eau fraîche, Rose mouilla ses paupières douloureuses, se peigna soigneusement et, sans dire un mot, regagna sa chambre...
Rose écrivit une courte lettre qu'elle cacheta avec application et déposa sur le lit pendant qu'elle mettait un tablier propre.

Sans bruit, elle quitta la maison en tenant ses sabots à la main...
Au bureau de tabac, elle acheta un timbre et le marchand observa :
- Tu crois que c'est une heure pour être dehors à ton âge ?
Et, à part lui, il pensa :
- Avant d'être femme, ça a déjà du vice plein les yeux et plein la peau.

La petite Rose n'appartenait plus au monde des vivants et se désintéressait tout autant de leurs paroles que de leurs regards...

La lettre dûment timbrée mise à la boîte, elle se dirigea vers la rivière où l'appelaient les eaux profondes du Grand Tournant.
Demain sans doute, M. Gaure saurait toute l'histoire et la défendrait devant tout le monde.

Il dirait qu'elle n'était pas une mauvaise fille.
Et on le croirait puisqu'elle serait morte.
La mort donne l'indulgence...

Avant d'atteindre la berge, elle ferma les yeux.
Et tout à coup, ce fut le vide et dans un éclair, la pensée suprême, fulgurante, que mourir est le pire des maux.
Les eaux se refermèrent sur son jeune corps.

Le tribunal d'Ambert eut à connaître de l'affaire et prononça des condamnations avec sursis. Des avocats parisiens, déplacés à grands frais, blanchirent approximativement ces quatre garçons, qu'un soir de beuverie avait égarés regrettablement.
La disparition de la petite Rose fut ramenée à ses justes proportions.
Le monde est plein de filles abandonnées, mal instruites ou mal surveillées".
85  

Retour en haut de page
Notes de bas de page
1 Hector Malot, Séduction, Paris, E. Dentu, 1881, p. 209.
2 Eugénie Niboyet, Le vrai livre des femmes, Paris, E. Dentu, 1863, p. 160.
3 Marie Guillot, Notre féminisme, La Bataille Syndicaliste. 28 Juillet 1913.
4 Henriette Host, Discours prononcé pendant la semaine internationale des femmes : L'homme et la femme dans la classe ouvrière, L'Ouvrière. 7 avril 1923.
5 Ibid., Madeleine Pelletier, La femme au pouvoir, 9 février 1924.
6 Madeleine Pelletier, L'émancipation sexuelle de la femme, Paris, V. Giard & Brière, 1911, p. 7,8,9. .
7 L'Ouvrière, Rapport du secrétariat féminin du parti communiste, 23 septembre 1922.
8 La Gazette des Tribunaux, Tribunal correctionnel d'Orléans, 8 janvier 1894.
9 Ibid., 29/30 janvier 1900.
10 Ibid., 21 novembre 1901
11Ibid., 6 septembre 1912.
12 Guy Thuillier et Pierre Guiral, La vie quotidienne des domestiques en France au XIX' siècle. Op.cit. p.120.
13 Maurice Cusenier, Les domestiques en France, Thèse en droit, Paris, A. Rousseau, 1912
14 Marie-Helène Zylberberg-Hocquard, L'Ouvrière dans les romans populaires du XIXe siècle, Art.cit.p.629.
15 Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard, Les ouvrières d'Etat, Art.cit. p. 101.
16 L'Ouvrière, A la perlerie de Périgueux, 16 avril 1925.
17 Marcelle Capy, Filature de coton, La Bataille Syndicaliste,9 avril 1914.
18 L'Ouvrière, A la société La perle Cléo, 21 janvier 1926.
19 Ibid., L'exploitation des ouvrières dans la région bordelaise, 3 septembre 1925.
20 Marcelle Capy, A l'usine de la lampe Osram. La Bataille Syndicaliste,29 septembre 1913.
21 Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard, Les ouvrières d'Etat, Art. cit. p. 101.
22 Marguerite Audoux, L'Atelier de Marie-Claire, Op.cit. p. 90 et suivantes
23 Aline Valette, La loi liberticide. La Fronde, 29 mai 1898.
24 Aline Valette, L'Ouvrière de Michelet. La Fronde, 17 juillet 1898.
25 Le Père Peinard, Vacheries patronales, 26 décembre 1897.
26 Aline Valette, Le travail des femmes, La Fronde. 12 septembre 1898.
27 Marcelle Capy, À travers les barreaux, La Bataille Syndicaliste,30 mars 1914.

On pourra aussi se référer aux treize articles issus de l'enquête menée par Marcelle Capy dans les filatures du Nord, accompagnés de dessins de Raleter et publiés dans la Bataille Syndicaliste en Mars et avril 1914. Ils sont un document remarquable des conditions de travail des femmes à la veille de la guerre.

28 Daniel Lesueur, L'évolution féminine. Ses résultats économiques, A. Lemerre Ed., 1905, p. 16.
29 Madeleine Pelletier, La femme au pouvoir. L'Ouvrière,9 février 1924.
30 Fernand et Maurice Pelloutier, La vie ouvrière en France, Bibliothèque internationale des sciences sociologiques, Paris, Schleicher frères Ed. 1900, p. 118-119.
31 La Voix du peuple, 3 mars 1903.
32 L'Ouvrière, Résolution à présenter au congrès de Lyon sur la politique féminine du parti communiste, 12 janvier 1924.
33 Georges Dubois Desaulle, La faim et l'amour, Paris, Librairie de la raison, 1907, p. 112.
34 Madeleine Vernet, L'amour libre, Op. cit., p. 27
35 Osmont, Les sardinières de Saint Guénolé, La Fronde 15 Octobre 1901.
36 Pour une période plus récente, on pourra se reporter à Marie-Elisabeth Handman, La violence et la ruse, Les hommes et femmes dans lin village grec, Aix en Provence, Edisud, 1983.
37 Madeleine Pelletier, L'Education féministe des petites filles. Préface et notes de Claude Meignien. Editions Syros. 1978. Collection Mémoire des femmes. p. 93.
38 Ibid. p. 75.
39 Nancy Zaroulis, Lumières des ténèbres, roman, Gallimard, 1980, p. 203.
40 Mathilde Bourdon, Marthe Blondel ou l'ouvrière de fabrique, Études populaires, Paris, 1876, H. Allard, p. 27
41 Madeleine Pelletier, La femme en lutte pour ses droits, V. Giard et Brière, 1908, p. 16.
42 Anne-Marie Sohn, Les attentats à la pudeur sur les fillettes en France et la sexualité quotidienne, 1870-1939, Mentalités, No 3, Violences sexuelles, Sept. 1989.
43 Sur Louise Bodin, cf. Colette Cosnier, La bolchevique aux bijoux, Louise Bodin, Pierre Horay Ed., 1988.
44 Louise Bodin, Prostitution et prostituées, L'Ouvrière. 5 avril 1925.
45 Le Libertaire, A la recherche de travail, 28 mars 1896.
46 Hector Malot, Séduction, Op. cit., p. 208.
47 Marie-Hélène Zylbeberg-Hocquard, L'ouvrière dans les romans populaires du XIX" siècle, Art. cit. p. 634.
48 Docteur Michel Bourgas, Le droit à l'amour pour la femme, Paris, Vigot Frères, 1919, p. 10.
49 La Gazette des Tribunaux, Cour d'Assises de Seine Inférieure, 1er juin 1894.
50 Madeleine Pelletier, L'amour et la maternité, La Brochure mensuelle, Editions du groupe de propagande par la brochure, 1923, p. 7.
51 Madeleine Pelletier, Le cerveau et le sexe, L'ouvrière, 31 juillet 1924.
52 Madeleine Vernet, L'amour libre, Le Libertaire, 5 mai 1908.
53 Edward Shorter, Le corps des femmes, Le Seuil, 1984, p. 27
54 Paul Vaillant-Couturier, Naissance de l'amour, L'Ouvrière.11 mars 1926.
55 Guy de Maupassant, La petite Roque, Contes et Nouvelles, Albin Michel. 1964. Tome II p. 1040
56 Guy de Maupassant, Une vie, Coll. Folio, p.144.
57 Guy de Maupassant, Histoire d'une fille de ferme. Ibid. p.780.
58 O. Gevin-Cassal, Filles-mères, La Fronde. 27 janvier 1898.
59 Séverine, La bonne, Ibid., 24 mai 1900.
60 Octave Mirbeau, Le journal d'une femme de chambre, Op.cit. ,p.161
61 Guy de Maupassant, Rosalie Prudent, Contes et nouvelles, Albin Michel, Tome Il, p. 645.
62 Jules Simon, L'Ouvrière, Op. cit., p. 298.
63 Michelet, La femme, Flammarion, 1981, p. 58.
64 Léon Frapié, La figurante, p. 162.
65 Octave Mirbeau, Le journal d'une femme de chambre, Op. cit. p.377.
66 Jules Renard, Les cloportes, roman, Paris. G. Crès. 1889.
67 Victor Margueritte, Le Compagnon, Paris, Flammarion, 1923, p. 25,26.
68 Madeleine Vernet, L'amour libre. Le Libertaire, 5 mai 1908.
69 Marcelle Tinayre, Qu'est-ce que l'honneur ? La Fronde,21 mars 1900.
70 Conférence de la citoyenne Jacoby, janvier 1907, cité par Marie-Hélène Zylberberg-Hocquard, Les ouvrières d'Etat, Art. cit., p. !02.
71 Julie Daubié, La femme pauvre au XIX' siècle, Op. cit., p. 256.
72 La Fronde, Les femmes au Creusot, 4 octobre 1899.
73 La Voix du peuple, Le droit de cuissage, 1er décembre 1900
74 L'Ouvrière Chez Flaive, Un scandale, 1er mai 1930.
75 Julie Daubié, Op. cit., p. 60.
76 La Gazette des Tribunaux, 16 janvier 1901
77 Ibid., 11 mars 1911.
78 Léon Richer, La femme libre, op. cit., p. 101 à 104
79 Antoine Sylvère, Toinou, Le cri d'un enfant auvergnat. ColI. Terres Humaines, Plon, p. 218.
80 Andrée Téry, La défense de l'institutrice, La Fronde, 13  Octobre 1902.
81 Julie Daubié, op. cil., p. 88.
82 Le Petit Républicain de l'Aube, 21 mai 1893.
83 Le Père Peinard, Patron assassin, 4 juin 1893.
84 Le Petit Républicain de l'Aube, 29 mai 1893.
85 Antoine Sylvère, Toinou, Le cri d'un enfant auvergnat, Paris, Plon, ColI. Terres Humaines, 1980, p. 222 à 232.

Retour en haut de page