Harcèlement sexuel. Droit de cuissage
 Marie-Victoire Louis

Le harcèlement sexuel : quels enjeux pour les féministes ?1

Chronique Féministe
N° 44. Juin-Juillet 1992
p. 30 à 38

date de rédaction : 01/05/1992
date de publication : 01/07/1992
mise en ligne : 16/10/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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En tant que sociologue féministe au Centre National de la Recherche Scientifique française (C.N.R.S.), j'ai travaillé sur la division sexuelle du travail, les luttes de femmes, l'évolution du rapport au travail, les contradictions entre féminisme et syndicalisme. . .

Tous ces thèmes m'amenèrent presque naturellement au harcèlement sexuel sur lequel je travaille aussi sur un plan historique.2 Cette approche m'est apparue nécessaire car, en abordant l'histoire des rapports de genre, on découvre que les femmes ont toujours subi ces violences et qu'elles n'ont pas toujours tu cette réalité, et que les liens entre prostitution et salariat furent plus complexes que ceux qu'on a bien voulu décrire en isolant artificiellement deux mondes: celui du travail et celui du bordel ou du trottoir.

Les contradictions d'intérêts entre hommes, mais aussi leur complicité sur des valeurs masculines, les mécanismes de reproduction, par les femmes, des systèmes qui les aliènent, la découverte de grèves de femmes contre le droit de cuissage, sont probablement parmi les aspects les plus passionnants de cette recherche.

Par ailleurs, avec Joëlle Causin et Yvette Fuillet, nous avons décidé - en 1985 - de créer l'association contre les violences faites aux femmes au travail. (AVFT)

Il apparaissait clairement que pour lutter contre une réalité, celle-ci devait avoir au préalable acquis - de fait retrouvé par rapport au XIXème siècle - une certaine visibilité.

Il fallait pouvoir donner un nom à cette réalité - ce qui fut fait grâce au terme «harcèlement sexuel» emprunté au vocabulaire anglo-saxon, la dénoncer grâce à la prise de parole des femmes.
Le processus fut de rendre visible, inacceptable et objet d'analyse ce qui était jusque-là caché. Aussi, la question centrale n'est sûrement pas : «Comment avez-vous découvert le problème ?», mais bien plutôt: « Comment et par quelles convergences d'intérêts et de complicités, par quels mécanismes d'occultation de cette violence, cette réalité a-t-elle pu être masquée si longtemps ?»

Cette association fut d'abord subventionnée par la C.E.E., puis par le Secrétariat d'Etat aux droits des femmes et le Ministère du travail.
Deux personnes à mi-temps travaillent comme salariées à l'A.V.F.T. entourées d'une dizaine de bénévoles.

Nous avons organisé à Paris en mars 1989 le premier colloque international sur le thème : «Violences, harcèlement et abus de pouvoir au travail» qui nous a fourni la matière d'un livre paru un an plus tard aux Editions La Découverte, intitulé: «De l'abus de pouvoir sexuel. Le harcèlement sexuel au travail ».

Par ailleurs, une étude subventionnée par le Ministère du travail et le Secrétariat d'Etat aux droits des femmes est en cours fondée sur l'analyse de cent quarante dossiers de femmes qui ont fait appel à nous.
Il s'agit de mieux connaître les différentes formes que recouvre le harcèlement sexuel, comprendre les obstacles rencontrés par les femmes, les modes de réactions des institutions confrontées à cette réalité, les réponses judiciaires, les conséquences sur les femmes du point de vue de leur carrière, de leur santé. 3

Nous publions aussi une revue consacrée à l'analyse et à la dénonciation des violences faites aux femmes : «Cette violence dont nous ne voulons plus» dont les douze numéros publiés ont porté notamment sur les thèmes suivants : Harcèlement sexuel et patronat, syndicalisme et sexisme, les violences conjugales, la prostitution...
Cette revue s'intitule dorénavant : «Projets Féministes».

Sur le plan juridique, nous avons proposé un projet de réforme du code pénal et du code du travail.
Je vous rappellerai simplement les principes essentiels sur lesquels ce projet s'appuie :
- Une définition du harcèlement sexuel.
- La pénalisation du harcèlement sexuel.
- L'existence de circonstances aggravantes:
* lorsque la personne qui harcèle est en situation de pouvoir hiérarchique sur sa victime, qu'il s'agisse d'un employeur, d'un député, d'un médecin, d'un professeur, d'un prêtre, d'un fonctionnaire, d'un propriétaire...
* lorsque la personne harcelée a subi du fait du harcèlement la perte de son emploi (démission provoquée ou forcée) s'est trouvée gravement affectée sur le plan de sa santé (dépression).
- La protection des témoins, sans laquelle il ne peut y avoir de politique contre le harcèlement sexuel.
- La responsabilité patronale qui ne serait pas limitée à l'hypothèse où l'employeur n'aurait pas élaboré une politique en la matière.
Car, si cette hypothèse présentait l'avantage de contribuer à impulser l'élaboration de telles politiques, le risque est grand que la discussion devant les tribunaux porte plus sur le fait de savoir si l'employeur a ou non promulgué une politique contre le harcèlement (une note sur tableau d'affichage est-elle une politique ?) que sur la véracité des faits dénoncés eux-mêmes.
Une telle possibilité risquerait de détourner du vrai débat: celui des modalités de fonctionnement et de la légitimité de la hiérarchie dans l'entreprise.

Nous proposons enfin - et cela devrait être valable pour toutes les violences contre les femmes - que la vie sexuelle de la victime ou les interrogations concernant sa vie privée antérieure aux faits ne puissent avoir lieu.

Nous avons diffusé cette proposition de loi à la presse, aux député-es, aux ministères.
Le gouvernement travaille sur la base de notre projet.
Nous avons aussi proposé un projet de réforme du code du travail.
Le harcèlement sexuel est en effet, en outre, un problème de discrimination, de conditions de travail, d'hygiène et de sécurité, d'abus de pouvoir et de gestion du personnel : à tous ces titres, l'employeur est responsable. Il s'agirait non seulement de lutter contre les conséquences du harcèlement, mais aussi de mettre en place une véritable politique de prévention. 4

***

Nous savons actuellement que le discours selon lequel « les femmes ont honte, elles ont peur, elles se taisent...» n'est plus de mise. Dès que les femmes savent qu'elles ont une chance que leur dépôt de plainte aboutisse, que le risque de cette dénonciation n'est pas insupportable, que le coût humain d'un passage devant les tribunaux n'est pas au-dessus de leurs forces, qu'elles ont une chance que le système soit à même de leur garantir les droits les plus élémentaires dont elles ont été jusque-là privées - le droit à la protection de leur vie contre les agressions masculines notamment - elles déposent plainte beaucoup plus normalement.

Nous savons maintenant que ce discours sur la honte, la peur, le silence, la responsabilité, la culpabilité des femmes a servi pendant des siècles à justifier tous les abus de pouvoir dont elles étaient les victimes.

***

Je voudrais vous parler maintenant du travail de l'A.V.F.T.
Nous tenons beaucoup - et là, je sais que nous nous opposons à beaucoup de féministes italiennes, à affirmer que nous sommes une association mixte, même si ce sont essentiellement - sinon exclusivement des femmes qui y travaillent, qui réfléchissent, qui agissent. Mais la mixité est un principe, pas une donnée quantitative.

Refusant le principe de reproduire avec les hommes ce que ceux-ci ont pratiqué avec les femmes, à savoir les enfermer dans une identité sexuée négatrice d'elles-mêmes, refusant un déterminisme quasi biologique niant le principe de la liberté individuelle, refusant le pessimisme qui exclurait toute possibilité de modification des rapports de sexe, nous souhaitons que les hommes aient leur place à l'A.V.F.T.
Qu'il n'y ait pas d'ambiguïté : ils peuvent avoir une place, non pas du fait de leur sexe, mais du fait de leur accord sur certains ou tous les fondements de notre action, en tant qu'avocat, que syndicaliste, qu'inspecteur du travail, que journaliste, que mari ou compagnon, qu'individu.
Nous devons tâcher en outre de nous prémunir du syndrome de « la forteresse assiégée».

Un deuxième principe est que nous tâchons de sortir de la logique de la charité dont il n'est pas sûr que les féministes soient totalement sorties, celle de «l'avant-garde», voire de celle du travail social.

Nous fonctionnons sur une logique de contrat.
Le travail que nous faisons n'est pas un "don" que nous accordons à d'autres, ni un "sacrifice" de notre personne, ni l'expression de «la voie juste».

Nous avons un projet, celui de contribuer à modifier les rapports de pouvoir en fonction du genre et nous pensons avoir une certaine compétence. C'est tout.

Nous posons alors un contrat et nous disons : voilà qui nous sommes, voilà ce que nous faisons, voilà en quoi nous pouvons - si vous le souhaitez - vous donner des avis, vous fournir des suggestions que vous pouvez suivre ou ne pas suivre. Maintenant : «Que s'est-il passé?», «Que voulez-vous faire?», «Que pouvons-nous faire ensemble ?»

Sauf exceptions, nous ne fonctionnons donc pas sur le mode de l'anonymat.

Cette approche impliquant deux partenaires, dont les contraintes et les intérêts respectifs sont posés, nous permets dès lors de nous réserver le droit de ne pas prendre en charge certains dossiers.

Quelques exemples :
- cas de provocations où notre interlocuteur/trice voulait nous pousser à prendre des initiatives qui auraient eu - de par leur inconséquence - pour finalité de nous disqualifier.
- cas de femmes qui présentent des troubles psychologiques. Nous ne devons pas faire de psychanalyse sauvage : nous sommes sur une logique de défense des droits de la personne.
- cas de vengeance: Lorsqu'une femme défend son dossier uniquement pour se venger d'un homme, nous ne pouvons l'accompagner.

Lorsque nous prenons en charge les dossiers, que pouvons-nous faire ?
Il faut savoir qu'un dossier de harcèlement sexuel est souvent complexe, comprend dans la majeure partie des cas aussi des atteintes au droit du travail, se prolonge souvent sur une longue période, intègre une multiplicité de paramètres, peut impliquer plusieurs protagonistes dont les intérêts sont le plus souvent contradictoires (témoins, hiérarchie, collègues, parents, syndicats etc. . .).

Ce n'est qu'en reconstituant historiquement la logique des faits que nous arrivons à donner son sens à certains éléments qui, isolés du contexte, peuvent paraître anodins (attouchements, plaisanteries, propositions de relations personnelles etc...). C'est sur ce fondement de la logique de la situation (impliquant une logique hiérarchique et/ou une logique sexuelle ou sexiste) que nous pouvons réfuter par exemple l'argument de l'incompétence - souvent «découverte» après des années de «bons et loyaux services» .

Le déplacement du problème du harcèlement, qui est à l'initiative et de la responsabilité du harceleur, vers celui de l'incompétence de la femme harcelée est souvent la seule réaction de la hiérarchie décidant de «couvrir» un harcèlement qu'elle ne sait pas ou ne veut pas traiter, parce qu'elle ne veut ni ne peut se déjuger sur un fondement de solidarité masculine le plus souvent

C'est ainsi que nous tentons de réfuter l'argument d'un licenciement pour dépression nerveuse ou absentéisme, conséquences du harcèlement que cette personne subit et non pas, comme les employeurs veulent le faire croire, cause réelle du licenciement...
Dans tous les cas, il faut tenter de trouver des témoignages, créer des réseaux de solidarité, saisir officiellement la hiérarchie.

La parole de la femme qui s'affirme comme victime est en tout état de cause le point de départ et le référent de notre action.
Beaucoup de harceleurs obtiennent le silence des femmes avec pour seul argument « Si tu te plains, ce sera ta parole contre la mienne ».
L'implicite de ce discours est que la parole d'une femme - qui plus est, subordonnée - n'a pas de valeur.
En tant que féministes, nous devons bien sûr nous battre avec force pour que cette affirmation - qui nie l'idée même de justice - et qui a fondé le pouvoir masculin ne soit plus de mise.

Nous demandons à la personne qui veut se battre de constituer un mémoire de que qui s'est passé (faits, dates, paroles, atmosphère etc...) et de recueillir des témoignages.
Par un certain regard à la fois solidaire et extérieur, en lui posant des questions précises, nous l'aidons à constituer ce dossier.
Dès que nous avons l'intime conviction qu'il peut être valablement défendu - ce qui ne signifie pas qu'il comporte nécessairement des preuves du harcèlement - nous envoyons une lettre circonstanciée à l'employeur.
Nous n'écrivons ni au harceleur (sauf s'il est lui même l'employeur), ni à l'assistante sociale, ni même à la direction du personnel, mais au Président directeur général. Ou dans les plus petites entreprises, au responsable le plus élevé dans la hiérarchie.

Ces lettres sont essentielles, car elles engagent notre responsabilité comme celle de la femme en cause.
Elles sont lourdes de signification et peuvent être la cause d'une poursuite pénale en diffamation et provoquer une aggravation de la situation de la femme harcelée (provoquer le licenciement par exemple).

Nous posons à l'employeur le principe de sa responsabilité ainsi que celui du droit au respect dans le travail pour tous et toutes.
Et nous donnons les arguments tirés des faits en cause qui nous permettent de dire que ces principes n'ont pas été respectés.
Nous lui faisons part des accusations portées contre l'un des salariés de son entreprise en lui demandant de faire une enquête et de prendre clairement position sur les faits.
Nous n'acceptons donc pas l'argument selon lequel l'employeur ne saurait pas « dénouer les fils d'une histoire trop complexe ». Il est de sa responsabilité de se donner les moyens de faire une enquête contradictoire [et non de se limiter à interroger la seule hiérarchie] et de prendre position, sans renvoyer dos-à-dos les protagonistes.
Cette responsabilité patronale n'exclut pas, bien sûr, la responsabilité du harceleur.
Quant à la forme de nos dénonciations, nous refusons d'avoir de « fausses pudeurs ». Nous tentons de réagir contre toute une partie de notre histoire de femmes selon laquelle « ces choses-là » (sous entendre, tout ce qui touche à la violence et à la sexualité) ne doivent pas être dites.
Les femmes ont en général tendance à ne pas oser dire cette réalité; en maniant la litote, en utilisant des termes allusifs. Je pense que c'est une erreur.

Car nous contribuons ainsi à reproduire les mécanismes de l'oppression des hommes qui ont fondé au nom de la « pudeur féminine » ou d'une certaine conception de « la bonne éducation », la permanence du silence des femmes sur les violences qu'ils leur imposent.
C'est pourquoi dans nos lettres, nous citons textuellement les paroles prononcées, nous décrivons précisément les gestes, les pratiques du harceleur.

Enfin, nous avons un principe selon lequel nous ne devons pas nous substituer - au nom de principes féministes - à la parole de la femme concernée.
Personne ne peut être utilisé « au nom d'une cause ».
Nous nous refusons dans le même sens à parler « au nom des femmes harcelées », ni même « au nom des femmes qui s'adressent à l'association ».
Toutes les dérives totalitaires ont commencé lorsqu'un groupe s'est arrogé le droit de parler «au nom de»...

Quel statut alors accorder à la nécessaire fonction politique ? S'obliger à clarifier les fondements de sa propre légitimité peut être un commencement de réponse. Le respect de la personne qui vient nous voir conditionne le processus de réappropriation par elle de sa propre vie. Aussi avons-nous un principe : celui de n'aller ni plus loin, ni moins loin que là où la personne en cause ne veut aller.
Pour ce faire - et en reconnaissant que nous avons un certain pouvoir vis-à-vis de ces femmes qui viennent nous voir, souvent désemparées ou désespérées ou en colère - nous nous donnons des cas limites. Si, sur un très lourd dossier, sur lequel nous avons travaillé des dizaines d'heures, la femme harcelée vient nous voir en nous disant: «J'arrête, je n'en peux plus, je veux oublier», nous pouvons certes toujours lui faire valoir les arguments selon lesquels nous pensons que c'est le mieux - y compris et surtout pour elle - de continuer. Mais si sa position est maintenue, nous devons alors décider de fermer ce dossier.
Ce qui ne signifie pas que nous ne puissions continuer à dénoncer la situation qu'elle a vécue, mais non plus dans son contexte spécifique.

Photocopies de nos lettres sont envoyées au Ministère du travail, qui informe la Direction régionale du travail, laquelle diligente une enquête sur place.
Il est cependant important qu'un employeur se rende compte que l'Inspection du travail vient faire une enquête suite à un harcèlement sexuel, même si, faute de pouvoir, il doit le plus souvent se contenter de verbaliser sur des atteintes au droit du travail (salaire, contrat de travail, heures supplémentaires, etc...) sans pouvoir aborder le problème de fond.
Notre réforme du droit du travail a pour finalité de poser le cadre juridique qui permette cette incrimination.

Il est important de contester les raisons invoquées par les femmes des vraies causes de leur licenciement ; il n'en reste pas moins qu'elles ont été exclues, de fait, du marché du travail. La lutte contre les conséquences du harcèlement ne suffit donc pas.
Nous pouvons, avec d'autres associations, nous constituer partie civile dans les procès.
Il nous semble qu'une multiplicité d'approches et de points de vues dans les plaidoiries ne peuvent qu'être utiles et fructueuses.
Un exemple en ce sens : un procès à venir implique un employeur qui était aussi un adjoint au maire d'une ville du nord de la France, qui pendant plus de dix ans a contraint de très nombreuses femmes à des attouchements, des relations sexuelles en échange d'un emploi. À notre demande, se sont constitués parties civiles, la Ligue des droits de l'Homme dont nous souhaitions qu'elle s'implique plus qu'elle ne faisait dans une défense du droit des femmes, le Mouvement français pour le planning familial (M.F.P.F.) dont l'un des objectifs est de lutter contre les violences faites aux femmes et l'A.V.F.T. Le seul problème, mais il est de taille, est celui du coût financier de cette défense et non pas celui du principe de la pluralité des défenses.5

Je voudrais aussi - tout en étant consciente des difficultés - faire un plaidoyer pour une collaboration entre associations féministes et syndicats.
Elles peuvent être d'un grand poids et nous les avons pratiquées positivement dans certains dossiers. Nous avons, en effet, une force relative, celle d'être à l'extérieur de l'entreprise et donc d'être moins l'objet de pressions. Si l'on exclut la suppression des fonds publics qui nous permettent de vivre, le risque que nous pouvons encourir viendrait probablement plus d'une faiblesse interne que des pressions extérieures. C'est la raison pour laquelle nous sommes extrêmement exigeantes concernant notre indépendance vis-à-vis des institutions, quelles qu'elles soient.

Nous pouvons ainsi «faire sortir» un dossier de l'entreprise en le rendant public. L'entreprise n'est pas une « chasse gardée » et les atteintes aux droits de la personne doivent y être dénoncées, là comme ailleurs.

Je voudrais enfin aborder trois questions :
- celle de l'articulation entre harcèlement sexuel et violences contre les femmes, - celle de la responsabilité des femmes en matière de harcèlement,
- celle des solidarités à mettre en oeuvre, et ceci, pour tenter de répondre aux arguments - du sens commun - souvent entendus:
- «oui, mais les hommes sont aussi harcelés»...
- «oui, mais les femmes ne sont pas solidaires entre elles»...
- «oui, mais les femmes sont aussi responsables »...
(d'être trop séduisantes, de s'habiller trop court, de «coucher» pour une promotion, etc.. .).

Le harcèlement sexuel est l'expression d'un rapport de pouvoir qui s'exerce dans l'immense majorité des cas à l'encontre des femmes et à l'initiative d'hommes du fait de leur statut hiérarchique et du fait de leur sexe.

Comme les hommes sont situés majoritairement dans des statuts hiérarchiques supérieurs aux femmes et qu'en outre, ce sont eux qui décident - via le contrôle quasi exclusif des postes politiques de l'Etat - des valeurs structurant nos sociétés, ces violences masculines (dont le harcèlement est l'une des nombreuses manifestations) sont non seulement banales, mais aussi largement impunies, voire encouragées.

Que ces « valeurs » évoluent dans le sens d'une plus grande prise en compte des droits des femmes n'invalide pas cette analyse.

Et donc du fait de ce profond déséquilibre de cette pyramide des sexes, le harcèlement sexuel s'exerce donc dans la grande majorité des cas du fait d'hommes situés à des niveaux hiérarchiques supérieurs à ceux des femmes.

Cependant, comme dans les sociétés patriarcales, le sexe est en lui-même une hiérarchie, le harcèlement sexuel peut donc être le fait d'un homme placé à un niveau hiérarchique égal, mais aussi inférieur à celui d'une femme.
L'enjeu est alors de tenter de démontrer à celle qui en est l'objet, de démontrer aux autres, mais aussi à soi que l'ordre des sexes doit être maintenu.
Pour ceux d'entre eux qui n'ont pas d'autre identité que celle que leur sexe est censé leur conférer, cette exigence est fondamentale.
L'assassinat de jeunes étudiantes de l'institut polytechnique de Montréal par un homme qui « haïssait les femmes et les féministes », le 6 décembre 1990, doit nous rappeler que la menace de la violence et de la mort plane toujours au-dessus de la tête de toutes les femmes.

La division sexuelle des pouvoirs, des rôles et des tâches étant l'expression d'une culture - tout à la fois ou isolément - misogyne, phallocentriste, sexiste et antiféministe6, le harcèlement sexuel peut représenter la culture du travail, s'exprimer par des plaisanteries sexistes, un environnement pornographique, par une dénégation des compétences des femmes ramenées à un statut d'objet sexuel.

C'est ainsi que tout jugement concernant le harcèlement qui élude la prise en compte des rapports de pouvoir qui structurent les rapports entre les sexes, de facto, les conforte.

L'analogie abstraite entre homme harcelé par une femme et femme harcelée par un homme n'a qu'un sens très limité, car elle évacue justement ce qui donne son sens au harcèlement : le rapport de pouvoir. 7

Le cas d'un harcèlement sexuel exercé par une femme patronne sur un de ses employés - même en faisant abstraction de sa rareté - ne peut être assimilé à la situation inverse.
Cette analogie, en effet, évacue la prise en compte des valeurs patriarcales qui condamnent a priori les femmes qui transgressent les valeurs dominantes. Une femme qui serait en mesure d'«exiger» un rapport sexuel d'un homme a les plus grandes chances de n'être pas plus défendable que ne le sont les prostituées, à l'exception des «protégées», dans nos prétoires et peut se voir même accorder des circonstances aggravantes pour avoir voulu s'approprier une pratique jusqu'alors symbole du pouvoir masculin.

Elle peut cependant, en tant que femme exerçant un pouvoir d'autorité, bénéficier partiellement du statut concédé à ceux de ses pairs de l'autre sexe.

Quant à l'homme qui serait l'objet de son chantage - et qui le dénoncerait - il serait probablement entouré de la sympathie admirative de son entourage, d'avoir été l'objet de ces demandes de la part d'une femme et de les avoir démasqués. S'il cède à ces pressions, il risque fort d'être renvoyé dans le camp méprisé des «mignons».

Cette ébauche d'analyse ne doit, bien entendu, ni sous-estimer la gravité de cet abus de pouvoir, ni déresponsabiliser celle qui en est l'actrice, ni occulter les dommages que cet homme aurait subis.
En tant que féministes, nous devons affirmer clairement notre solidarité de principe à l'égard de cet homme harcelé à l'encontre de la femme qui le harcèle. il faut cependant reconnaître que les cas de harcèlement à l'encontre d'un homme sont, dans l'immense majorité des cas actuellement connus, le fait d'un ou de plusieurs autres hommes.

C'est sans doute par le biais de cette complexe articulation entre abus de pouvoir, violences, sexualité que nous pourrons effectivement dénoncer toutes ces situations et que celles-ci pourront être le plus efficacement combattues.

Une analyse féministe est, à mon avis, incontournable dans la mesure où les structures hiérarchiques étatiques, religieuses, scolaires, professionnelles ont, toutes en commun, d'être fondées sur une division sexuelle du pouvoir.
Briser une approche strictement binaire, opposant hommes/femmes, pourrait signifier que :

- Un engagement féministe ne serait plus alors fondé sur une seule solidarité entre femmes.
Avons-nous, en tant que féministes, à cautionner, à justifier ou à excuser un harcèlement homosexuel lesbien, à passer sous silence les violences commises par les femmes sur leurs enfants, voire sur leurs compagnons, à justifier - au nom des contraintes masculines qui pèsent sur elles  - l'absence de solidarité des femmes témoins d'un harcèlement? Ces positions - ou le non-dit qui les renforce - sont probablement erronées car elles sont fondées sur une identification entre la défense d'un sexe et la lutte politique pour modifier les rapports de force entre les sexes.

- Un engagement féministe devrait aussi permettre de mieux comprendre pourquoi et comment le patriarcat a pu se donner les moyens de faire en sorte que tant de femmes reproduisent l'essentiel d'une culture fondée sur la négation d'elles-mêmes. Comme le disait avec force Marcelle Marini: «Qui se flatterait d'être épargnée par ce qui structure si profondément notre culture»?

- Un engagement féministe n'exclurait pas une solidarité vis-à-vis d'hommes eux-mêmes victimes de violences, y compris à l'initiative des femmes. Femmes, nous avons été contraintes à nous poser ces problèmes ; féministes, nous avons tenté de poser des alternatives pour les combattre.
Au lieu de postuler qu'une reconnaissance d'un harcèlement sexuel, des violences sexuelles subies aussi par des hommes annihilerait celles faites aux femmes (approche masculiniste) ou n'aurait pas à être prise en charge (approche féministe), nous pourrions poser le principe que cette réalité n'en rend que plus nécessaire la lutte contre toutes ces violences et les cultures qui les cautionnent

Sensibiliser tous ceux et celles qui refusent les injustices et posent l'exigence du droit à la dignité pour toutes et tous est probablement la condition grâce à laquelle le féminisme pourra être reconnu comme porteur d'universalisme.

Nous serions alors peut-être en droit d'exiger que la société reconnaisse que les femmes, les féministes, ont été un des sujets collectifs majeurs de transformations sociales, à l'origine de nombre d'avancées en matière de droits de la personne. Et qu'elle en accepte les conséquences politiques.

- Un engagement féministe ne conduirait pas à exclure les hommes d'un engagement solidaire vis-à-vis des femmes qui sont les objets de la violence masculine. Le discours culpabilisateur : «Les femmes ne sont pas solidaires entre elles» pourrait être plus efficacement combattu.

Au nom de quelle légitimité - sinon celle de la permanence des droits acquis masculins et de rentes de situations - les hommes devraient-ils être dédouanés de l'exigence morale et politique de dénoncer une injustice ?
Comment en outre croire à une possible modification des rapports de force entre les sexes si nous ne cherchons pas à impliquer, à responsabiliser, à interpeller les hommes ?
Comment croire que le féminisme est un humanisme si nous excluons a priori les hommes de toute capacité d'évoluer, si nous les enfermons dans une identité d'oppresseur ?
Le problème du harcèlement sexuel n'est pas «un problème de femmes»: délit ou crime où les victimes seraient les coupables, de n'avoir pas su réagir, de n'avoir pas été solidaires entre elles.
Bref, la victimisation des femmes à vie...

Cette approche nous permet d'être sans doute plus exigeantes à leur égard: je me refuse présentement à croire à aucune affirmation «égalitaire» tant que cette réalité de la subordination des femmes, comme les violences masculines qui ne sont que l'expression des droits de l'homme sur la femme, ne sera pas reconnue.
À cet égard, le nombre de femmes au sein d'une structure n'est pas une réponse pertinente.
Le problème est de savoir quelle est la structure hiérarchique entre les sexes, quelle est la structure du pouvoir selon les sexes et dans quelle mesure cette structure s'assigne pour projet de remédier à cette inégalité.

- Un engagement féministe imposerait que l'on se pose le problème de la «responsabilité» des hommes mais en matière de violences, de harcèlement sexuel, faut-il rappeler que la responsabilité n'est pas synonyme de culpabilité ?
Si l'on évoque la responsabilité de la femme victime d'avoir été harcelée, violentée, celle-ci ne peut être acceptée. La responsabilité du délit ou du crime incombe à son agresseur.

Il faut que les hommes comprennent que :
- La sexualité n'est pas un droit qui cautionnerait les violences
- Leurs désirs ne sont pas des exigences
- Leur sexe n'a pas le monopole des fantasmes
- Leurs fantasmes ne leur confèrent aucun droit à régir le monde
- Leur silence sur ces violences ne fait qu'accroître l'approbation tacite de ces pratiques
- L'acte sexuel est aussi un rapport de pouvoir
- Toute personne a droit à être respectée dans son intégrité.

Une psychiatre féministe québécoise écrivait récemment: «Passives, les femmes sont infériorisées; différentes, elles sont culpabilisées. La sexualité féminine est déniée au profit de la tradition sexuelle masculine... De ce point de vue, l'acte sexuel incarne l'un des actes les plus oppressifs de notre société. Il représente le symbole millénaire de l'appropriation des femmes par les hommes.»8

La culture patriarcale fait si peu cas des femmes que la violence dont elles sont si couramment l'objet n'est pas même prise en compte en tant que telle.
Tout juste, des faits-divers dont la banalité n'interroge personne, des cas d'espèces que l'on a vite fait d'expliquer par le milieu social, l'alcool, la folie, la confusion mentale... l'amour... Bref, tout est mis en oeuvre pour ne pas aborder les fondements constitutifs du pouvoir masculin et la haine, la peur des femmes qui en est souvent le substrat.

Il faut d'ailleurs rétorquer à ceux et celles qui reprochent aux femmes d'être responsables de ce qui leur arrive par trop grande naïveté ou du fait de la séduction qu'elles mettraient en oeuvre que:
- Etre moins naïve signifie reconnaître que les hommes sont des êtres dangereux pour les femmes  
- Etre moins séductrice signifie retirer aux hommes le substrat de leurs fantasmes et de leur pouvoir sur les femmes.

Cependant, la dénégation des femmes par elles-mêmes, l'usage que nous faisons du rare pouvoir qui nous a été concédé, celui de la séduction, n'est pas cependant que fantasme méprisant d'hommes machistes ; il doit être abordé sans culpabilisation.

Si « la promotion canapé» et le harcèlement sexuel ressortissent à la même logique - celle du pouvoir hiérarchique masculin plus ou moins imposé, combattu, reconnu, intériorisé, reproduit... et doivent être analysés conjointement, ils ne peuvent être cependant mis sur le même plan.

Il n'est donc pas possible d'excuser, de récuser, de justifier le harcèlement au nom de l'analyse selon laquelle les femmes aussi accepteraient de coucher avec leur supérieur hiérarchique pour avoir une promotion.

Car la réalité des contraintes économiques, sociales, culturelles, familiales, le poids des chantages qui pèsent sur ces femmes n'ont pas été suffisamment dénoncés, tandis que la part de la projection masculine n'a pas été analysée avec suffisamment de rigueur.
Nombre d'hommes participent par procuration aux exploits sexuels réels et supposés d'autres hommes, par convoitise, par transfert.
Ces identifications mythiques sont nécessaires à beaucoup d'entre eux, car elles nourrissent leurs espoirs et participent à la constitution de leur propre identité. Combien d'homme se vantent de relations sexuelles imaginaires ?
Combien de fois les hommes laissent-ils, encouragés par leurs pairs, planer l'ambiguïté concernant l'existence de ces relations afin de conserver le bénéfice du doute ?
La séduction masculine est probablement aussi un mythe de notre culture.

Par ailleurs, combien de femmes ont-elles été accusées - à tort - de n'avoir obtenu leur poste ou leur promotion que grâce à leurs «charmes» et ce, pour mieux les dévaloriser professionnellement ?

On peut incidemment noter que jamais les femmes ne sont considérées comme aussi égales et aussi libres que lorsqu'il s'agit de les reconnaître comme coupables.
Une reconnaissance des femmes qui ne se maintient qu'au prix d'une mise en dépendance personnelle vis-à-vis d'un homme fut de fait l'un des seuls moyens qui leur fut laissé pendant des siècles.

Mais, il me semble que, tout en étant conscientes de la faible marge de liberté laissée aux femmes, nous n'avons pas à cautionner le pouvoir délégué qu'acceptent celles qui, au nom d'un «rapport privé» privilégié, se voient offrir des promotions «indues». L'accès au pouvoir peut-il être à ce prix ?
Un pouvoir concédé n'en est d'ailleurs pas un et n'est pas reconnu comme tel.

Nous devons apprendre à nous défaire de cette culture féminine fondée sur la valorisation d'une vulnérabilité dépendante, sur la soumission aux désirs des hommes, sur l'attente de leur approbation de ce que nous faisons, qui se traduit par une impuissance à leur résister. Nous devons nous réapproprier cette part de culture qui ne nous a pas été enseignée, celle des rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Pour cela, sans doute déconstruire les mythes du «masculin» comme du «féminin» pour mieux nous réapproprier singulièrement notre identité.

Le harcèlement sexuel, soit parce qu'il place d'emblée une femme dans un rôle exclusivement sexuel, soit parce qu'il joue de l'ambiguïté des rôles sexuels, professionnels, voire maternels, ne peut que raviver des blessures liées à la difficulté que les femmes ont à se construire comme individualité propre, comme à assurer les différents rôles, le plus souvent contradictoires entre eux, que la société leur assigne.

Chaque plainte déposée par une femme contribue à ébranler des millénaires de dénis infligés aux femmes et rend plus crédibles les plaintes déposées par la suite. Chaque plainte déposée par une femme contribue à ébranler les fondements constitutifs d'identités construites comme masculines, fondées sur la violence, l'autorité, le non-respect de l'autre.

Je laisserai la conclusion de cet exposé à l'un de ceux qui se sont interrogés sur ce que le massacre de Montréal a révélé du fonctionnement de nos sociétés, comme sur les moyens de changer l'ordre des sexes : «Les motifs et les causes qui ont poussé un cerveau à se détraquer par un après-midi de décembre doivent être placés dans le contexte plus large des principes et des valeurs qui nous animent. En ce sens, nous sommes tous coupables, nous les hommes s'entend, dans la mesure où nous tolérons l'existence et l'approfondissement au coeur de nos sociétés de cette ambivalence vis-à-vis de femmes qui sont pavoisées, adulées, vénérées au niveau des images, des fantasmes et des sentiments creux, mais qui sont frappées, avilies assassinées dans nos violentes intimités (...) Pour mettre un terme à ces horreurs, il faudrait commencer par nous inscrire contre toutes les discriminations possibles, des plus intolérables jusqu'aux plus insignifiantes ou les plus mesquines. En attendant, nous avons perdu le privilège de regarder les femmes avec droiture.» 9

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Notes de bas de page
1 Ce texte a été présenté à «lncontro lnternazionale Sulle Molestie e Ricatti Sessuali Nei Luoghi di Lavoro», Rome, 1l Décembre 1990. Coordinamento donne CGIL & Differenzia donne. C’est la retranscription écrite qui est présentée ici.
2 Marie-Victoire Louis, Le droit de cuissage. Travail et sexualité. France XIXe siècle. À paraître aux Editions du Seuil fin 1992.
3 Sylvie Cromer, à paraître, octobre 1992.
4 Le texte de l'A

VFT en matière pénale a été publié dans « Cette violence dont nous ne voulons plus», n° 10, juin 1990, celui de réforme du code du travail, dans Projets féministes, n° 1, mars 1992.

Les critiques par l'AVFT des textes gouvernementaux français ont été publiés dans La Semaine sociale Lamy, n° 557.7. 1991 et n° 559.11.5. 1992.

5 À ce jour, juin 1992, ce procès n'a toujours pas eu lieu. Voici le communiqué de presse de l'A VFT, daté du 5 juin 1992 : « Un procès de droit de cuissage enterré ?

A l'heure où le gouvernement a adopté une proposition de loi visant à pénaliser le harcèlement sexuel au travail, après le vote à l'unanimité d'un texte par le Sénat, qui sera présenté sous peu à l'Assemblée Nationale, un procès symbole contre le droit de cuissage sera-t-il enterré par la justice? Au début de 1987, dans le Nord de la France, une salariée porta plainte pour viol contre son employeur et il apparut que de nombreuses femmes avaient fait l'objet d'attentats à la pudeur et de harcèlements de la part de celui-ci. L'instruction diligentée fut interrompue pendant près de deux ans en l'absence de tout Juge d'Instruction au Tribunal concerné ; puis la procédure fut annulée pour vice de forme ; le nouveau Juge d'instruction, en deux ans, n'a pas entendu la victime malgré ses nombreuses demandes et ne procède à aucun acte d'instruction au motif qu'il sera prochainement muté. En d'autres termes, le dossier est pratiquement au point mort depuis cinq ans et semble s'enliser définitivement, malgré la constitution de partie civile de l'Association Européenne contre les violences faites aux femmes au travail (A VFT). Cela constituerait un véritable déni de justice pour les victimes et est contraire aux dispositions de l'article 6, alinéa 1, de la Convention européenne des Droits de l'Homme stipulant : «Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable».

Il ne faut pas de loi-alibi. Nous exigeons que l'instruction soit reprise et menée avec diligence et que le procès s'ouvre enfin ».

Remarque: cette affaire avait été évoquée dans l'émission de J.F. Delassus du 14 / 10/ 1999 diffusée sur TF1 et dans l'ouvrage «Le droit de cuissage en procès» in De l'abus de pouvoir sexuel, La Découverte 1990.

6 J'emprunte à Nicole Brossard les éléments d'analyses suivants :

- «La misogynie, c'est la haine ou le mépris des femmes…»
- «Le phallocentrisme valorise et déifie les hommes à partir du centre fantasmé de leur phallus comme signifiant suprême. Moi, ego phallus, nous sommes l'Homme. Cultivé sur des millénaires, le phallocentrisme permet de justifier que Dieu, ses envoyés et ses représentants soient tous des mâles. »
- «Le sexisme est une attitude et une pratique discriminatoire à l'égard des femmes.»
- «L'antiféminisme est la réponse politique des hommes à la parole politique des femmes enfin advenue sur la place publique.. .»

ln Polytechnique, 6 décembre, les Editions du Remue-Ménage, Québec Canada, 1990, P. 95 à 100.

7 On peut aussi sur ce point se reporter à l'analyse de Michael Rubenstein :«Pour une politique au sein de l'entreprise européenne»; ln A.V.F.T. De l'abus de pouvoir sexuel. La Découverte. 1990. P. 112 à 120.
8 Andrée Matteau, In Polytechnique, 6 décembre, Op cit. p.104.
9 Dorval Brunelle, ln: Polytechnique, 6 décembre, Op cit. p.150.

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