Prostitution. Proxénétisme. Traite des êtres humains
 Marie-Victoire Louis

Faut-il abolir la prostitution ?

Ô Toulouse 1
9 Novembre 2001

date de rédaction : 08/11/2000
date de publication : 9/11/2000
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Oui. À ceci près qu'un tel projet ne se décrète pas. Mais on peut - en tout cas, c'est ma position - affirmer vouloir se battre pour l'abolition du système prostitutionnel, c'est-à-dire du système proxénète qui lui est indissociable. Au même titre, que, dans l'histoire, l'ont été et le sont encore les projets d'abolition de l'esclavage, du servage, du colonialisme, de l'apartheid, du racisme…La différence, c'est que la prostitution est le plus ancien de tous les systèmes de domination.  Cela ne le rend pas plus légitime, pour autant.

Je renverserai même la question : comment peut-on ne pas défendre un tel projet ? En effet, accepter sa permanence, c'est se situer du côté de ceux qui trouvent légitime de vivre des revenus de l'exploitation des sexes et des corps de millions de personnes à travers le monde et donc que la croissance des pays riches soit alimentée par la mise sur le marché du sexe des femmes venant des pays pauvres, dans l'immense majorité des cas.  

Défendre le système prostitutionnel, c'est donc accepter que le droit à disposer du sexe et du corps d’autrui soit reconnu comme un "droit de l’homme". Personne ne peut, dans une société fondée sur la dignité et le respect de la personne humaine, défendre une telle position.
L'indignité, c'est de défendre la légitimité du système prostitutionnel. La morale - ou plus justement une position politique fondée sur une éthique - c'est de le condamner.
Pour cela, il faut affirmer et défendre le principe de l'intégrité de la personne humaine, et pour cela, poser un nouveau principe, jamais encore affirmé dans aucun texte concernant les droits de l'homme: celui de l'inaliénabilité du corps humain.

Donc, oui, la prostitution doit disparaître et la meilleure politique de prévention est d’en poser le principe. Les statuts et revenus alternatifs reconnus et mis en place avec et pour les personnes prostituées doivent être le paradigme de cette nouvelle politique.   

Il n'est pas juste d'affirmer que l'Etat français soit proxénète, puisque le code pénal criminalise (encore ?) le proxénétisme. On peut cependant dénoncer la diminution très marquante des incriminations pour proxénétisme, la faiblesse des moyens accordés à ceux (juges et policiers) ont pour fonction de lutter contre le proxénétisme, ainsi que la faiblesse - et c'est une litote - des engagements politiques français en la matière.
Quel homme, quelle femme politique, que ce soit au Parlement, au gouvernement ou à l'Elysée a politiquement posé la question et a exigé des réponses claires, en matière de la lutte contre le système prostitutionnel ?  

Si le silence est la norme, c'est que la France a ratifié tous les textes européens, mais aussi onusiens qui ont abandonné la référence à la convention abolitionniste des Nations Unies du 2 décembre 1949 "pour la répression de la traite des êtres humains et de l’ exploitation de la prostitution d’autrui".
Ainsi, le Parlement européen a même - sans aucun débat démocratique de quelque nature qu'il soit - formellement considéré, dans la résolution adoptée le 19 mai 2000, qu'elle était dorénavant " inappropriée".  
Or cette convention, ratifiée par la France en 1960, est le seul texte de droit international de référence qui affirme une position éthique forte contre le système prostitutionnel, jugé "incompatible avec la dignité et la valeur de la personne humaine" et qui pose le principe de la pénalisation du proxénétisme. Ou, plus justement, de certaines modalités de "l'exploitation de la prostitution d'autrui".

Il n'est donc plus possible dès lors - sans plus de précautions - de dire que la France est encore abolitionniste.
Plus encore, accepter de ratifier ces textes, c'est, pour l'Etat Français, entériner l'acte de décès de l'abolitionnisme. Et s'aligner sur les politiques libérales qui ont décidé de mettre les sexes sur le marché mondial.  
Aussi, se taire sur les politiques d’ores et déjà mises en œuvre, signifie accepter de vivre dans un monde qui reconnaît qu'une personne puisse être considérée comme un objet de commerce.
Le silence d'Attac sur cette question doit, lui aussi, être dénoncé.

Je suis absolument pour la pénalisation des "clients", comme la politique Suédoise l'a déjà fait. Avec succès. Mais la France ne peut politiquement plus - sauf à prendre le risque d'être en opposition avec des textes qu'elle a entérinés - poser la question en ces termes.

8 Novembre 2000.

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Notes de bas de page
1 On pourrra se reporter à la lettre adressée à Madame Marie-France Baylet, à la suite de la publication de cet interview. Cf., les « Lettres politiques »

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