lettres politiques
 Marie-Victoire Louis

Lettre à Marie-France Baylet

date de rédaction : 14/11/2001
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Paris, le 14 novembre 2001


Madame Marie-France Baylet
Directrice Générale Directrice de publication
Ô Toulouse
L'Hebo des Toulousains
48, Allées Jean Jaurès
31000 Toulouse

Par télécopie et par LRAR


Madame la Directrice générale,

Je reçois, ce jour, le numéro 7764 en date du 9 novembre 2001 de Ô Toulouse, dans lequel le journal que vous dirigez a bien voulu publier une interview de moi, intitulé : "Faut-il abolir la prostitution ? "

Je vous remercie donc de la place que vous avez bien voulu accorder à mes analyses, comme aux positions que je défends.

Concernant la présentation de cet interview, j'aurais cependant apprécié être présentée comme "chercheuse" et non pas comme "chercheur".

J'aurais souhaité que le poncif sur le "plus vieux métier du monde" ne soit pas repris.

Je conteste enfin l'emploi utilisé par votre journal du terme de "permissifs", par ailleurs non défini, lequel s'opposerait aux "abolitionnistes". Ce qualificatif - que je vois ici employé pour la première fois - ne peut en effet aucun cas être utilisé pour définir les positions et les intérêts de personnes qui considèrent comme légitimes - ne les dénonçant pas et/ ou les justifiant - les assassinats, les viols, les tortures, les coups, les violences exercées quotidiennement sur des millions de personnes - des femmes dans l'immense majorité des cas - dans le monde.
Je regrette donc l'emploi de ce terme qui, de facto, délégitime, au moins partiellement, l'interview qui a été publié.

Par ailleurs, j'ai - avec stupéfaction - découvert que votre journal publie des publicités proxénètes qui occupent plus d'un tiers de la page 20 de votre journal.
Je cite la présentation de certaines des publicités, accompagnées des numéros de téléphones et de sites :

- Belles et timides. À dévergonder
- Seule dans ton lit. Elle aussi, rejoins la vite
- Beurs, blacks ch . Keums en plan direct
- Elles sont plutôt du genre infidèles
- Elles te font tout ce qu'elles refusent à leurs maris
- Sauras-tu les faire hurler ? Etc.
..

La publicité : "Marre des allumeuses ? (suivie d'un numéro de portable) 100 % contacts réels" est sans ambiguïté : il s'agit bien de prostitution.

Les lecteurs du journal que vous dirigez peuvent ainsi aisément devenir des " clients" des personnes prostituées : il leur suffit de téléphoner au numéro ou de taper sur le site que vous publiez.

Comment une telle atteinte à "la dignité humaine" à laquelle le journal que vous dirigez fait pourtant référence, page 8, peut-elle être possible ?

Ma vigilance a été prise en défaut : si j'avais su que votre journal publiait de telles annonces, je n'aurais pas accepté cet interview.

En outre, je constate que ces annonces sont insérées juste au-dessous de la présentation de la conférence que j'ai faite à Toulouse le 10 Novembre, à l'invitation du GREP, sous l'intitulé : "La prostitution". Je ne peux pas ne pas croire que cette présentation n'ait pas été intentionnelle, voire relève de la provocation.

En tout état de cause, la question essentielle posée est celle de l'éthique de votre journal. De votre responsabilité. De la conformité de la publication de ces annonces avec la loi française.

Dans l'attente, veuillez agréer, madame la Directrice Générale, l'assurance de mes salutations.

Marie-Victoire Louis

Copie au GREP


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