lettres politiques
 Marie-Victoire Louis

Lettre à Ignacio Ramonet - Les Amis du Monde Diplomatique

date de rédaction : 05/06/2001
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Paris, le 5 juin 2001

Monsieur Ignacio Ramonet
Directoire et Conseil de surveillance
Les Amis du Monde Diplomatique
BP 401 07. Paris cedex 07

Monsieur,


Abonnée au Monde Diplomatique, j'ai reçu une lettre en date du 20 mai, signée de vous, me demandant d'adhérer aux "Amis du Monde Diplomatique".

J'ai noté que vous faites état de "lecteurs", d'"Amis" (du Monde Diplomatique), de "citoyens", de "collaborateurs", de " correspondants locaux".  

Étant une "lectrice" du Monde Diplomatique, une "citoyenne" du pays que nous partageons, bien que fort inégalement en commun, et lisant des articles rédigés par des collaborateurs et des "collaboratrices" (dont je fais partie) de votre journal, je ne peux que tirer la conclusion qui, en toute clarté, s'impose. Votre lettre, et par son entremise, l'association "les Amis du Monde Diplomatique" me considère comme nulle et non avenue. Et au-delà de ma personne, nie toutes les femmes.

Aussi, n'ayant aucun goût particulier pour le masochisme, je ne peux que refuser d'adhérer à votre association. Et, ne désespérant pas de l'évolution des consciences, je tenais à vous en faire part.

Je me permets aussi d'attirer votre attention sur le fait que l'expression :"Nom de jeune fille" est non seulement culturellement dépassée, mais en outre discriminatoire.

Quant à l'expression "correspondants locaux", je souhaite vous transmettre ma mémoire d'une réalité qui les concernent.

J'ai été invitée à parler dans un débat organisé par les Ami-es du Monde Diplomatique (Secteur 5) en octobre 1999, dont j'ai gardé le meilleur souvenir. L'organisation, remarquable, avait été prise en charge par une femme et, lors du déjeuner qui eut lieu après la conférence, à l'occasion duquel où j'ai pu rencontrer les personnes responsables de ce secteur, un seul homme était présent. À part lui, nous n'étions que des femmes.

Cependant, au-delà de la question importante du langage, que vous ne manquerez pas de prendre en compte assez aisément, se pose, me semble-t-il  des questions plus fondamentales:
quelle place théorique et politique les Ami-es du Monde accordent-ils/elles à la division sexuelle du travail et du pouvoir en leur sein?
dans quelle mesure sont-ils/elles prêt-es à la modifier, afin qu'elle corresponde à la réalité de ses (éventuel-les) soutiens, sans même évoquer la question de la simple justice ?
dans quelle mesure la question politique de la sexuation du langage, de la division du travail et du pouvoir au sein de cette association peut-elle avoir des répercussions sur la ligne politique du journal lui-même ? Et notamment sur les relations entre domination masculine et libéralisation des marchés. Au plan national et international.

Veuillez agréer, Monsieur, avec mes regrets et l'espoir sincère que mes critiques et mes questions pourront être, à tout le moins être entendues, posées - et pourquoi pas, résolues ? - l'expression de mes salutations distinguées.

Marie-Victoire Louis


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