lettres politiques
 Marie-Victoire Louis

Lettre à Dinah Derycke - Délégation aux droits des femmes du Sénat

date de rédaction : 10/02/2001
mise en ligne : 03/09/2006 (texte déjà présent sur la version précédente du site)
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Paris, le 10 février 2001

Dinah Derycke
Sénatrice
Délégation aux droits des femmes
et à l’égalité des chances entre
les hommes et les femmes
Palais du Luxembourg
15 rue de Vaugirard
75291 Paris cedex 06.

Par mail d.derycke@senat.fr et par lettre

Madame la Sénatrice,

J’ai lu dans le « Rapport d’activité 2000 de la délégation du Sénat aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre hommes et femmes » le compte-rendu de vos travaux sur la prostitution, intitulé : « Les politiques publiques et la prostitution ».  

À sa lecture, j’ai découvert que dans ce document ont été intégrés les comptes-rendus des auditions des personnes que vous aviez invitées à s’exprimer en vue de la préparation de votre rapport.

J’ai donc, en ce qui me concerne, pris connaissance de la publication d’un texte intitulé : « Audition de Mme Marie-Victoire Louis.Chercheur au CNRS (20 juin 2000) ».

Outre le fait que l’usage du masculin dans l’intitulé de mon statut m’a choquée, j’ai souhaité vous exprimer mon désaccord concernant le principe de la publication d’un texte qui m’engage et ce, sans qu’il m’ait été demandé préalablement de le relire et de le corriger.

Il s’agit donc d’une appropriation indue de ma parole qui ne reflète pas en outre mes positions.

Car, au-delà de la position de principe, pour moi essentielle, j’ai découvert que ce ‘compte-rendu’ – dont je viens de découvrir qu’il est par ailleurs sur internet - comporte :
des termes conceptuellement inappropriés,
des expressions que je ne peux pas - tant elles s’opposent à des années de recherches comme à mes engagements - avoir prononcées,
des euphémismes qui ne font pas partie de mon mode de pensée,
des inexactitudes et des erreurs,
des raisonnements incompréhensibles, sur des sujets par ailleurs, pour moi, très importants.

Je me permets, par ailleurs, d’émettre certaines critiques concernant les conditions mêmes dans lesquelles cette audition a eu lieu.
La nature de l’audition n’ayant pas été explicitée, je suis venue au Sénat sans savoir ce qui me serait demandé. Ni sur la forme, ni sur le fond.

Je considère par ailleurs qu’une audition d’une vingtaine de minutes sur des sujets d’une telle complexité ne permet pas – a fortiori oralement – la précision, la rigueur, l’exhaustivité que nécessite l’analyse d’un nombre impressionnant de textes législatifs et politiques français, européens, onusiens, en la matière. C’est ainsi que nombre de thèmes n’ont pas été abordés, les quelques questions posées se situant en effet, en outre, à un très haut niveau de généralité.

Je tenais enfin à vous dire, à nouveau, mon étonnement d’avoir été auditionnée dans un climat que j’ai vécu comme pénible, clairement hostile de la part de deux sénateurs. L’un d’entre eux s’est même interrogé - au sein même d’une Chambre dont la fonction est de légiférer - sur la pertinence de la référence à la loi, en la matière.

Ceci ayant étant posé, je souhaiterais savoir ce que vous comptez faire pour que mes critiques soient prises en compte. Et pour que je puisse, à tout le moins, notamment, sur la base du compte-rendu analytique de la discussion que seul le Sénat possède, corriger le texte publié par votre Délégation. Mais comment alors faire connaître mes corrections concernant un texte déjà publié ?

Puis-je me permettre, à cet égard, pour transformer une critique en proposition constructive, une suggestion ?

Vous avez insisté lors de la conférence de presse que vous avez tenue, le 8 février, sur le fait qu’il s’agissait d’un « rapport d’étape ». Pourquoi, lors de la publication du prochain rapport d’activité 2001 ne publieriez-vous pas, à nouveau, mais sur d’autres fondements notamment de méthode, les critiques des analyses et des propositions que vous avez faites ?

Pour ma part, j’ai d’ores et déjà de nombreuses réactions dont je souhaiterais faire part.

 
Dans l’attente, et en vous en remerciant à l’avance, je vous prie d’accepter l’assurance de mes salutations distinguées.

Marie-Victoire Louis.


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